20 10 11

Réconcilier la science et Dieu ?

Le Lotus et le Cosmos.jpgLongtemps j'ai cru que les religions remplissaient par des "mystères" nos ignorances scientifiques ; je sais aujourd'hui après la lecture de plusieurs ouvrages passionnants de Trinh Xuan Thuan ("La mélodie secrète" ou "L'infini dans la paume de la main") que la science peut s'accommoder de l'existence d'un Dieu ! Dans "Le Cosmos et le Lotus", sous-titré "Confessions d'un astrophysicien", le célèbre savant d'origine vietnamienne, mais éduqué à la française et formé aux Etats-Unis, explique son parcours professionnel et personnel, mais aussi en deuxième partie de l'ouvrage, il détaille très clairement le point actuel de ses recherches. Le titre le dit, il est imprégné de traditions bouddhiste et confucéenne, mais finalement n'est pas d'accord avec tous leurs préceptes. Il m'est difficile de rendre compte de mes notes de lecture (j'en ai une dizaine de pages, des notations qui me paraissent essentielles pour ma propre compréhension de l'existence), donc j'essaie d'esquisser des pistes. Sur l'unicité de la nature : "La nature est donc belle parce qu'elle possède un ordre, parce qu'elle est régie par des lois. Plus étonnant encore, ces lois peuvent être exprimées en termes mathématiques". L'auteur met aussi en parallèle, ce qui me réjouit, le processus de la création scientifique et celui de la création artistique. "Quand on crée une oeuvre d'art, on a le même sentiment de s'être approché un bref instant de la Vérité éternelle, d'avoir soulevé un modeste pan du Grand Mystère". Sa grande idée est, bien sûr, que tout a été prévu pour que l'homme apparaisse et puisse contempler la création, ici et maintenant. Que nous sommes reliés à tout. "Le simple fait de respirer nous relie à tous les êtres qui ont vécu sur le globe". Mais aussi "Nous descendons tous d'un seul et même organisme, une cellule primitive datant d'environ 3,8 milliards d'années". On connaît un peu cette théorie des atomes qui changent en onde ou en point selon l'observateur. "Ce concept de changement perpétuel et omniprésent rejoint ce que dit la cosmologie moderne : tout bouge, tout change, tout évolue, tout est impermanent, du plus petit atome à l'univers entier en passant par les galaxies, les étoiles et les hommes." Et cette incroyable affirmation, qui nous donne de l'espoir, qui gonfle l'âme : "Si l'univers est aussi vaste, c'est pour permettre notre présence. Si l'univers est tel qu'il est, c'est parce que l'homme est là pour l'observer et se poser des questions." Il reste bien des problèmes à régler (comme l'unification des quatre forces fondamentales dans la nature) et nous connaissons aussi le théorème de Gödel qui dit qu'il existe une limite à notre connaissance d'un système donné, car nous faisons nous-mêmes partice de ce système. L'auteur nous parle encore de tant de choses : de la liberté, de la spiritualité, de la créativité... Un livre qui exalte, qui nous change !

Jacques MERCIER

"Le Cosmos et le Lotus", Trinh Xuan Thuan, édition Albin Michel, 264 pp. 19 euros.

16 10 11

Un essai juridique pour le moins décoiffant…

le port du voile islamique dans l'enseignement.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 16/10/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

 Sous-titré Évolution juridique, sociologique et politique d’une controverse multiculturelle sensible, l’essai juridique très complet d’André Van de Weyer qui vient de paraître à Waterloo chez Kluwer sous le titre Le port du voile islamique dans l’enseignement traite avec une belle objectivité et une grande mesure d’un thème polémique s’il en est.

 

Car dans notre pays, en particulier au sein des régions où les Belges de culture musulmane sont établis, le moins que l’on puisse dire est que le vivre ensemble n’est pas toujours aisé, notamment quand, comme on vient de le voir ces jours-ci dans une école saint-gilloise mise à sac par de petites frappes téléguidées du dehors, les « barbus » se mêlent de vouloir imposer leur loi fasciste autant que rétrograde.

 

Car si, dans un certain nombre de cas éminemment respectables, le port du hidjab manifeste une foi authentique dans le chef de la femme qui le porte, on sait bien qu’il n’en va malheureusement pas toujours ainsi et que nombre de nos jeunes compatriotes musulmanes, d’ailleurs parfois elles-mêmes contraintes par un homme à le porter ou bien poussées dans le dos par la maffia islamiste – la quête étant, comme chacun sait, le seul point commun à toutes les religions du monde –, n’hésitent pas à s’adonner dans les cours de récréation ou à la sortie des établissements scolaires à un prosélytisme menaçant voire violent, en parfaite contradiction, soit dit en passant, avec les valeurs les plus sacrées de l’Islam.

 

Membre de la cellule juridique de la CSC-Enseignement et conseiller social à la Cour du travail, André Van de Weyer a longuement œuvré en faveur de l’intégration des plus faibles, notamment  en enseignant durant plusieurs dizaines d’années dans un établissement à « discriminations positives » d’un quartier défavorisé de Bruxelles. Il a ainsi eu l’occasion d’observer au quotidien les mutations sociologiques qui s’y sont succédé et les difficultés parfois spécifiques qu’elles ont engendrées.

 

Écoutons-le :

 

« Depuis la fin des années ’80, la question du port du voile islamique, particulièrement dans l’enseignement, a alimenté un grand nombre de discussions, de débats, de conflits et d’actions en justice. Le relatif mutisme des textes législatifs à ce propos a amené la plupart des écoles à pallier cette carence en définissant leurs propres règlements intérieurs. Se pose dès lors la question de l’opportunité de légiférer sur le port de signes religieux dans les établissements scolaires afin de sortir du flou juridique actuel.

 

Pour y répondre, j’ai rassemblé un maximum d’éléments sur le sujet : références religieuses à la base des requêtes concernant le voile islamique, législations nationales et internationales, jurisprudence européenne et belge, comparaison de la situation en Belgique francophone avec la communauté flamande ou d’autres pays européens, récapitulation des positions des différents partis politiques et des principales organisations et personnalités de la société civile.

 

Au-delà du débat sur le voile (…) les acteurs de l’enseignement sont confrontés à un certain nombre de questions complexes liées à la coexistence des citoyens dans une société multiculturelle, sans avoir beaucoup de prise sur l’élaboration de solutions de fond qui dépendent d’options à prendre par notre société dans son ensemble. (…) La visibilité particulière de la question du voile et les applications juridiques qu’elle a connues devraient permettre (…) la recherche de pistes nouvelles (…) ».

 

Soulignons et louons la grande modération de l’auteur qui, respectueux des points de vue de chacun, a produit une vaste et passionnante synthèse argumentative et alimente avec brio, dans un style clair et largement accessible loin des logorrhées de tant de juristes, une réflexion de fond qui va bien au-delà des clivages idéologiques ou religieux.

 

Qui sont, rappelons-le, bien trop souvent générateurs, chez les partisans autant que chez les adversaires du port du voile islamique dans l’espace public, d’outrances et de débordements suant la haine aveugle et puant le racisme antioccidental ou la xénophobie antimusulmane.

 

Voici donc – enfin ! – un ouvrage permettant de mieux comprendre les évolutions et les enjeux qui accompagne(ro)nt l’une des plus importantes mutations de la société belge depuis le règne de Charles-Quint...

 

PÉTRONE

 

Le port du voile islamique dans l’enseignement par André Van de Weyer, Waterloo, Éditions Wolters Kluwer Belgium, octobre 2011, 264 pp. en noir et blanc au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 55 €

12 10 11

Les kékés de Ouistreham

Le quai de Ouistreham (Points).jpgL'article ci-dessous a été mis en ligne le 12/10/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

 N’est pas Günter Walraff ou Nellie Bly qui veut…

 

Car, malgré toute la bonne volonté et le sérieux qu’a nécessités son intégration dans le quart-monde, touché de plein fouet par les effets de la crise sur l’économie réelle (expression présumant qu’il existe une économie irréelle), Florence Aubenas n’arrive pas à sortir du cliché : des chômeurs de longue durée mangeant des patates même pas bio devant leur télévision, nouvel opium du peuple.

 

Et son enquête, Le Quai de Ouistreham, ressortie pour la rentrée littéraire au format de poche chez Points à Paris, finit par relever de l’humoristique tant la candeur de l’auteur surprend. Par exemple, elle s’étonne qu’une femme de quarante ans sans diplôme, sans expérience et sans voiture n’obtienne pas d’emploi simplement en poussant la porte d’une agence d’intérim. Et lorsqu’elle décroche enfin un job d’« agent de propreté[1] », elle n’en revient pas de la difficulté de la tâche et de la pression d’enfer qu’exercent les employeurs sur leurs ouvriers précaires. Allo, Florence ? Ici la France !

 

Après un commentaire romantique, teinté de gauchisme de bon ton, sur le syndicalisme qui se meurt mais ne se rend pas et sur la politique qui n’est souvent que le cadet des soucis de ce quart-monde qui peine à survivre, Florence Aubenas gratifie le lecteur d’une histoire de transsexuel tendant à prouver à quel point l’indigente engeance est généreuse et ouverte d’esprit.

 

Il n’y a pas à dire, c’est une pauvreté digne, une pauvreté belle, une pauvreté de chez nous que nous sert la journaliste dans son reportage.

 

Il lui aura fallu six mois pour bénéficier d’un contrat à durée indéterminée et aligner tous ces clichés (n’) éblouissant (que) l’intelligentsia parisienne qui n’a jamais connu la précarité qu’au travers de ces horribles clochards qui vous alpaguent dans le métro.

 

Nous sommes donc loin d’une enquête décoiffante, car ni la forme, ni le fond ne sont originaux…

 

Et dire qu’en parallèle d’autres journalistes innovent en invitant à découvrir, dans un format adapté aux technologies numériques, une investigation sur l’industrie de l’incarcération dans Prison Valley (http://prisonvalley.arte.tv/?lang=fr) serait sans doute enfoncer davantage encore le doigt dans la plaie.

 

Soulignons toutefois que l’ancienne otage, qui a vu son portrait affiché sur la façade de la mairie de Paris, aura eu la décence de ne pas raconter dans un livre sa captivité de six mois en Irak.

 

Mais il semble que six mois à Ouistreham se sont avérés tout aussi juteux pour le monde du livre.

 

Pour notre part, nous invitons de tout cœur l’auteure à s’inscrire au prochain Rally World Quart qui traversera certainement le quai de Ouistreham.

 

http://www.dailymotion.com/video/x5v8rz_monsieur-manatane...

 

ÉLIOGABALE

 

Le quai de Ouistreham par Florence Aubenas, Paris, Éditions Points, septembre 2011, 238 pp. en noir et blanc au format 10 x 17,6 x cm sous couverture brochée en couleurs, 6,50 € (prix France)



[1] C’est le terme de novlangue pour « femme de ménage » ou « Madame pipi ».

28 09 11

Matière à dispute

matière à dispute.jpgComment ne pas être d'accord avec la manière de voir la langue française expliquée par Zapf Dingbats ? D'autant que ces chroniques sont encadrées d'une préface de Jacques A. Bertrand ("Zapf nous rappelle qu'on ne connaît jamais suffisamment une langue...") et d'une postface de Michel Francard, qui souligne la grande variété de ton de l'ouvrage. Il s'agit donc d'un recueil de chroniques langagières, parues le lundi dans l'Avenir du Luxembourg. Les illustrations originales sont signées Palix. La couverture en donne un exemple significatif ! Pour vous inciter à sourire, à réfléchir, à apprendre autour de la langue, quelques mots de la quatrième de couverture devraient suffire pour vous convaincre : "Il faut veiller sur la langue, surveiller sa marche, son cours, ses écarts, ses flambées". Ou ceci : "La langue sert à faire société. Une phrase est, en résumé, une société ; un modèle de société; société faite de mots; avec ses règles, sa syntaxe." Cette citation aussi d'Alain Duchesne et Thierry Leguay : "Réfléchir sur les mots qui conduisent notre vie permet de mieux sentir le monde et notre destin." On ne peut mieux dire !

Jacques MERCIER

 

Matière à dispute, chroniques langagières, (tome 2) Zapf Dingbats et Palix, Ed Weyrish 2011, 132 pages, 14,5 / 24 cm, Couverture cartonnée. Prix : 19,90 Euros.

02 09 11

Le métro comme vous ne l'aviez jamais vu !

images.jpgVous pensiez tout savoir sur le métro, ses lignes, ses heures de pointe, sa rapidité, ses voyageurs, ses avantages, ses désagréments ? Détrompez-vous : ce n'est pas en tant que simple passager que Rodolphe Macia vous invite à le suivre au bout de la ligne 2 du métro parisien, mais à ses côtés dans la cabine du conducteur. Copilotée par Sophie Adriansen, la plume de ce témoignage plein d'humour, de sensibilité et de vivacité, nous propose en effet de découvrir les coulisses de ce monde underground. Car conduire un métro, c'est au quotidien aller à la rencontre d'un univers riche, surprenant, fascinant. Et ce n'est pas juste conduire...

      Des citadins pressés aux touristes en groupe, des graffeurs aux musiciens, des fêtards aux travailleurs, de la femme enceinte aux supporters de foot, des amoureux d'un soir aux désespérés, des électriciens aux contrôleurs, des voleurs à la tire aux policiers, vaste est la population qui emprunte ce moyen de transport - plus de cinq millions de personnes au quotidien sur Paris. Voilà qui donne lieu à des scènes cocasses, tragiques, étonnantes, et détonantes, auxquelles le conducteur doit faire face. Un métier qui n'est donc pas seulement technique – mener d'un point A à un point B – mais résolument tourné vers l'humain. Un métier que Rodolphe Macia aime. Et qu'il nous fait aimer.

      Une chose est certaine : vous ne prendrez plus jamais le métro comme avant. Et s'il est inutile de courir après un métro car un autre suivra toujours, courez après « Je vous emmène au bout de la ligne » en librairie !

 

Je vous emmène au bout de la ligne ou les tribulations et secrets d'un conducteur de métro. De Rodolphe Macia et Sophie Adriansen, aux Editions Max Milo. 16€. 183 p.

Karine Fléjo

Écrit par Karine Fléjo dans Documents, récits, essais | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 08 11

Un jour je suis morte

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" Les femmes qui n'enfantent pas sont des erreurs. Des déviantes, veuves d'elles-mêmes."

Verdict fatal, impitoyable que s'assène l'écrivain, actrice, face à son "infertilité mortifère". Depuis ce jour où une fausse couche met un terme irrévocable à  son espoir de maternité, sa vie devient sursis, mascarade d'euphorie, masque d'énergie mise au service des autres.

" Je suis de la race des troubadours. Je suis là pour vous distraire, pour vous émouvoir, et vous apaiser. Votre paix sera la mienne, mon succès est dans vos yeux pétillants de rire ou de larmes sans conséquences."

Promu destinataire d'une confidence vitale, d'un cri de douleur modulé avec une poignante lucidité, le lecteur ne devrait-il protester? La vie n'a-t-elle de sens que dans l'enfantement?

" Ma déveine ne sert à rien, mais ma souffrance peut servir. Si une seule femme hésitante, en me lisant, prend la décision de faire un enfant, si elle va, le coeur léger, accomplir son destin de femme, alors j'aurai servi à quelque chose.

   Alors tous les enfants de la Terre seront mes enfants, j'aurai gagné ma mort prématurée."

Une lettre longue, saisissante, dérangeante, sincère et ...bouleversante.

Apolline Elter

Un jour, je suis morte, Macha Méril, Albin Michel, 2008, 113 pp, 12 €

 

 

31 07 11

Un continent incontinent ?

 

Les 100 mots de l’Europe.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 31/07/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

Qui est Jerzy Buzek, quelle fonction occupe-t-il et pour combien de temps encore ? Quel est le rôle du Conseil européen présidé par Herman Van Rompuy, et quelles différences y a-t-il entre lui, le Conseil de l’Union européenne et le Conseil de l’Europe ? Quand sont entrés en vigueur les accords de Schengen ? Et le traité d’Amsterdam ? Et celui de Lisbonne ? Pourquoi au juste déjà ? Qu’a été la « Crise de la chaise vide » ? Et l’échec de la CED ?

 

Vous donnez votre langue au chat ?

 

Rien d’étonnant à cela, rassurez-vous ! Car, pour la plupart d’entre nous, l’Europe, en construction depuis près de soixante ans, s’apparente à une usine à gaz aux ramifications d’une complexité dantesque, accouchant trop souvent…d’un pet de souris.

 

D’autres esprits (chagrins ou réalistes ?) voient dans ce continent divisé une Tour de Babel au sein de laquelle, à l’instar du Plat Pays, on communique et on se comprend de moins en moins.

 

Mais l’Europe, pourtant, existe bel et bien. Pourquoi, dès lors, ne pas essayer de faire un peu mieux connaissance avec elle, ses acteurs et ses institutions ? C’est l’objectif de l’ouvrage intitulé Les 100 mots de l’Europe cosigné par deux spécialistes de la chose publique, Jean-Paul Betbèze et Jean-Dominique Giuliani, que les Presses Universitaires de France ont eu la bonne idée de publier récemment dans la célèbre collection « Que sais-je ? ». Ce petit livre pratico-pratique explore dans tous les azimuts les différentes institutions (leur origine, leurs transformations et leurs raisons d’être), les grandes personnalités de la construction européenne ainsi que les politiques menées depuis les bureaux du Berlaymont, de Strasbourg ou de Luxembourg, sans oublier les défis futurs qui attendent le Vieux continent et ses citoyens dans un monde globalisé.

 

Rédigé dans un style clair et précis (ce qui constitue une réussite en soi, s’agissant d’un sujet quelque peu pointu), ce livre permettra à l’étudiant, au connaisseur ou au simple curieux d’en savoir beaucoup sur cette machinerie parfois surréaliste mais qui ne cesse de faire parler d’elle, et de prendre connaissance des échecs, mais aussi des réussites (il y en a eu…) de la politique européenne depuis l’après-guerre.

 

Parce qu’une Europe forte constitue le rempart contre tous les extrémismes, voilà un ouvrage qui trouvera bien vite sa place dans la bibliothèque de tout honnête homme, ou sur la tronche des fachos de tous bords qui attendent au coin du bois qu’on leur fasse leur fête une bonne fois pour toutes… Pas vrai, Breivik ?

 

EUTROPE

 

Les 100 mots de l’Europe par Jean-Paul Betbèze & Jean-Dominique Giuliani, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? », avril 2011, 128 pp. en noir et blanc au format 11,5 x 17,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 9 € (prix France)

17 07 11

Les mots de chez nous…

 

Façons belges de parler.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 13/07/2011 sur le site des guides gastronomiques belges DELTA (www.deltaweb.be) :

 

Professeur émérite de l’Université catholique de Louvain, secrétaire perpétuel (1996-2001) de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, président du Conseil international de la langue française (depuis 1991), continuateur depuis 1986 du Bon usage de Maurice Grevisse dont il était le gendre, André Goosse est sans contredit l’un des plus gros calibres de la linguistique française contemporaine.

 

Il a en outre publié dans le quotidien belge La Libre Belgique, entre 1966 et 1990, plusieurs centaines de chroniques de langage intitulées « Façons de parler », qui ont séduit un large public tant en raison de la richesse de leur documentation que de la précision de leurs raisonnements, mais surtout parce qu’elles étaient rédigées dans un style simple et souriant, accessible à tous.

 

Bien que devenus inaccessibles (sauf aux chercheurs et aux rats de bibliothèque), ces textes n’ont pas pris une ride, et ils demeurent largement pertinents.

 

C’est pourquoi deux membres belges du Conseil international de la langue française[1], Christian Delcourt (à qui l’on doit le Dictionnaire du français de Belgique) et Michèle Lenoble-Pinson (co-auteure, avec six autres linguistes – dont André Goosse…– de Belgicismes. Inventaire des particularités lexicales du français en Belgique), en ont rassemblé la quintessence dans un recueil intitulé Façons belges de parler paru récemment aux Éditions Le Cri à Bruxelles.

 

À titre « exemplatif », on y apprend tout sur les verbes « prester », « stater » et « gréer », sur les origines du mot « estaminet », d’où viennent les « flamingants » (sans que cela empêche pour autant les gens d’« aller promener » « à la côte »), ce que sont une « aubette », un « abribus », un « bac » – éventuellement « à schnick » –, des « crolles », une « dringuelle », un « parastatal », une « plate buse », une « loque », une « clicotte », un « djok », « l’amigo », un « façadeclacher », une « potale », une « chaire de vérité », une « macrale », un « auditoire », une « buse », des « valves », le « régendat » ou un « doctorand », l’origine et l’usage de « septante » et de « nonante », les particularités du parler de Comines et Warneton, les raisons pour lesquelles nous consommons « à la bonne flanquette » (et parfois comme des « goulafs ») des « chiques », des « pralines », des « pistolets », des « « cougnous », de la « maquée », des « vitoulets », du « ramonach » et des « bouquettes » parfois arrosés de « péquet » ou de « faro », quand sonne l’heure du souper ou encore comment nous mélangeons artistement l’usage des verbes « savoir », « pouvoir » et « devoir »…

 

« Qué n’affaire ! À Lidje et amon nos autes… »

 

Bernard DELCORD

 

Façons belges de parler par André Goosse, Bruxelles, Éditions Le Cri, collection « Langue et linguistique », mars 2011, 658 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 25 €

 

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage plaisamment érudit l’explication suivante :

 

À la bonne franquette

 

J’ouvre une parenthèse à l’intention d’un lecteur de Jette qui m’interroge sur l’origine de la locution à la bonne franquette. Celle-ci n’est pas dans la liste des régionalismes. Pourtant la question n’est pas si éloignée des observations que nous venons de faire.

 

Les dictionnaires présentent à la bonne franquette (attesté depuis 1741) comme issu de la formule synonyme à la franquette (depuis 1650 environ), elle-même dérivée de l’adjectif franc « sincère ». À la réflexion, cela n’est pas si évident : pourquoi qu et non ch, puisque les autres dérivés de franc sont, outre franche, franchement et franchise ? Franquette ne viendrait-il pas de régions où le k est normal, soit du Midi, soit de Normandie ou de Picardie ?

 

À la bonne franquette a une variante à la bonne flanquette (attestée en 1808), que Wartburg considère comme une altération de la première, sous l’influence de flanquer. Mais n’est-il pas surprenant que dans toutes les mentions dialectales (sauf dans la vallée d’Yères, dans la Seine-Maritime), en Picardie, à Nantes, à Langres, dans les Ardennes, en Lorraine, en Franche-Comté ou en Savoie, on ait des formes avec fl- ou fi ? Si l’on ne tient compte que de la géographie, on a l’impression que flanquette est la forme « normale », non pas du point de vue de la correction, naturellement, mais quant à l’origine.

 

J’espère que mon correspondant ne sera pas choqué que je réponde à sa question par des points d’interrogation. N’est-il pas utile de montrer que les étymologies reçues ne sont pas pour cela hors de conteste ?



[1] Christian Delcourt est l’auteur du Dictionnaire du français de Belgique (Éditions Le Cri). Michèle Lenoble-Pinson est, avec six autres linguistes (dont André Goosse lui-même), l’auteur de Belgicismes. Inventaire des particularités lexicales du français en Belgique (Éditions Duculot/CILF). Ils ont édité en 2006 un volume d’hommage à André Goosse : Le point sur la langue française (Revue belge de philologie et d’histoire/Le Livre Timperman).

 

05 07 11

Hommage au pois chiche !

 

pois chiches.jpgPierre-Brice Lebrun est un gourmet, un journaliste gourmet. Il partage avec les autres ses passions culinaires. On se souvient du « Petit traité de la boulette », rempli d'humour, qui lui a valu le Prix Cerise sur le gâteau 2009 du Festival des littératures gourmandes. Cette fois, cet auteur liégeois s'attache au pois chiche, sympathique légumineuse millénaire, injustement cantonnée à la couscoussière, capable pourtant de briller de l'entrée au déssert. Et l'auteur en fait une brillante démonstration. On apprend tout sur son origine, son exode, son déracinement : une belle aventure culinaire ! On apprend même à bien cultiver le pois chiche ! Et comme l'auteur gourmand manie aussi l'humour, il a parsemé (c'est le cas de le dire) son ouvrage de quelques calembours délicieux !

Jacques MERCIER

 

Petit traité du pois chiche, par Pierre-Brice Lebrun, Edition Le Sureau, 160 pp, cartonné, illustrations de Mireille Gayet, 19,50 euros.

24 06 11

Appel à la guerre saine…

 

Blasphème.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 24/06/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

Victime de l’obscurantisme qui règne encore aujourd’hui – et même de plus en plus, semble-t-il – en maître au Pakistan, la jeune Asia Bibi explique dans Blasphème, un témoignage recueilli au fond de sa prison par Anne-Isabelle Tollet et publié à Paris chez Oh Éditions, comment elle a été arrêtée au Pendjab le 14 juin 2009 puis condamnée un an plus tard à être pendue pour avoir bu de l’eau dans un puits durant son travail aux champs…

 

Car cette paysanne, mère de cinq enfants, est chrétienne alors que le Pakistan est musulman, et elle s’est vue par conséquent accusée de blasphème pour avoir « souillé l’eau des femmes musulmanes »…

 

Une accusation grotesque proférée par des gens qui ne le sont pas moins ?

 

Une tragédie, plutôt : depuis lors, Asia Bibi croupit dans une geôle sans fenêtre tandis que les deux seules personnes qui ont volé à son secours, le gouverneur du Pendjab et le ministre des Minorités, un musulman et un chrétien, ont été assassinés sauvagement.

 

Sa famille a par ailleurs dû fuir le village où elle vivotait suite aux menaces qu’elle a subies en provenance d’intégristes crétins (ce qui, il est vrai et quelle que soit la religion qu’ils prétendent défendre, est un pléonasme...).

 

Et Asia Bibi est devenue une icône pour tous ceux qui luttent, au Pakistan et dans le monde, contre les violences faites au nom des religions, particulièrement à l’encontre des femmes.

 

Un combat dans lequel nous invitons ardemment les grandes voix et les hautes consciences musulmanes, notamment en Occident, à s’engager avec courage et détermination, par exemple en prenant publiquement leurs distances avec les barbares impies et blasphémateurs qui, au sein même de l’Islam, dévoient les préceptes du Prophète.

 

Le respect par tous – à commencer par ces personnalités elles-mêmes – et la pérennité de leurs convictions sont à ce prix !

 

PÉTRONE

 

Blasphème par Asia Bibi avec Anne-Isabelle Tollet, Paris, Oh Éditions, mai 2011, 185 pp en noir et blanc au format 14,5 x 22,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 16,90 € (prix France)