16 06 10

Requiescat in pace...

Le GIEC est mort, vive la scienceFondateur de l'Institut Hayek à Bruxelles (un « think tank » paneuropéen d'inspiration libérale et atlantiste), le Belge Drieu Godefridi, né en 1972, est docteur en philosophie (Paris IV-Sorbonne) tout en étant titulaire de masters en droit et philosophie (Université Catholique de Louvain) et d'un DEA en droit fiscal (Université Libre de Bruxelles). Il a fait paraître ces jours-ci un petit essai roboratif intitulé Le GIEC est mort, vive la science ! (Louvain-la-Neuve, Éditions Texquis), dans lequel, avec un brio incontestable et sous le regard approbateur de quelques pointures de son bord politique (l’économiste Henri Lepage qui a été professeur associé à l'Université Paris-Dauphine et travaille maintenant au Parlement européen, l’essayiste Guy Sorman qui fut l'un des co-fondateurs en 1979 de l'organisation non gouvernementale Action Internationale contre la faim, l’ancien Premier ministre belge Mark Eyskens qui enseigna l’économie à la Katholieke Universiteit Leuven ou le biologiste et philosophe Henri Atlan qui dirige le centre de recherche en biologie humaine de l'hôpital universitaire d'Hadassah à Jérusalem et qui est aussi directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales [EHESS, Paris], par exemple), il dénonce avec fougue « l’imposture » du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat accusé de présenter comme scientifique (alors qu’il ne l’est pas, ou guère…) un projet essentiellement politique… Et il faut bien reconnaître que la charge est rude, qui met grandement en évidence l’instrumentalisation du GIEC et les collusions d’intérêt entre celui-ci et les universités, les entreprises, les gouvernements, les ONG, les médias, les instituts et les partis politiques.
En ce qui concerne les universités, il nous semble d’ailleurs que les faits donnent raison à l’auteur, puisqu’on a même vu en avril 2010, après la parution d’un ouvrage tapageur du géographe climato-sceptique Claude Allègre, circuler une pétition de 410 chercheurs et climatologues français demandant à leur ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pecresse, de réaffirmer sa confiance « vis-à-vis de leur intégrité et du sérieux de leurs travaux », preuve évidente qu’ils ne se sentent pas droits dans leurs bottes (il est vrai que les subsides en provenance de l’étranger étaient en jeu, ceci expliquant cela, c’est-à-dire l’appel affolé à ce qu’il faut bien appeler un retour de la censure et de l’Inquisition…).
En tout cas, au-delà de certaines prises de position très personnelles de l’auteur, le texte polémique et solidement argumenté de Drieu Godefridi donne au passage une belle leçon de rigueur morale et technique administrée par la philosophie à la science, ce qui n’était plus arrivé depuis bien longtemps.
Rien que pour cela, la lecture de ce brûlot rafraîchissant l’atmosphère du « politiquement correct », ce pollueur de débat, s’avère indispensable, démocratique et salutaire !
Bernard DELCORD
Le GIEC est mort, vive la science ! par Drieu Godefridi, préface de Henri Lepage, [Louvain-la-Neuve], Éditions Texquis, mai 2010, 123 pp. en noir et blanc au format
15,2 x 22,8 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 16 €

23 05 10

« Ayez de la chance, vous aurez le reste ! » (Victor Hugo)

Le Geôlier de la ChanceCharles de Trazegnies est un conteur de talent et trop peu prolixe, à qui l’on doit un remarquable recueil intitulé Le Grand Inventeur du Temps, paru en 2003.
Il remet enfin le couvert en faisant paraître aux Éditions Le roseau vert à Bruxelles Le Geôlier de la Chance, une compilation de quatorze textes courts d’une belle habileté et d’un esprit caustique indéniable. Dans celui qui donne son titre à l’ouvrage, un dénommé Roch Ocarina fait un rêve qui lui permettra de capturer la chance à son profit, avant de découvrir que l’argent a bel et bien une odeur fétide. Dans un autre conte, le président de Plomatie, Sigur Kartach, veut connaître personnellement chacun de ses nombreux concitoyens, mais la tâche s’avèrera vite surhumaine. Dans un autre encore, la petite Garonne rêve qu’elle est une rivière et décide de changer de lit. Ailleurs, la princesse Clavère, transformée en limace, passe littéralement à la casserole pour survivre dans les beaux yeux d’Ernest, un quadragénaire sans importance dont elle est tombée amoureuse...
Autant d’histoires drolatiques dont la morale, à chaque fois, surprend le lecteur lorsqu’elle s’abat sur ces divers Candide que n’eût pas désavoués Voltaire !
Bernard DELCORD

Le Geôlier de la Chance par Charles de Trazegnies, Bruxelles, Éditions Le roseau vert, novembre 2009, 165 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en quadrichromie,
16 €

23 05 10

Homo homini lupus…

Les assassins et leurs mobilesDans Les assassins et leurs mobiles qu’il a fait paraître aux Éditions Racine à Bruxelles, l’avocat pénaliste flamand Jef Vermassen qui officie dans les prétoires depuis plus de trois décennies soutient la thèse que dans chaque être humain se cache un assassin potentiel.
Pour ce faire, il part du constat que seuls les humains et certains primates sont capables de cet acte bestial qu’est le meurtre, et que « plus on s’apparente à l’homme, plus on est violent ». Il y voit une corrélation avec la maîtrise du langage, et donc la capacité de conceptualisation et de préméditation. Il établit ensuite une typologie des meurtres isolés (du conjoint, d’un membre de la famille, d’un voisin ou d’une connaissance, commis par vengeance, pour faciliter le vol ou pour rendre service à une tierce personne, en ce compris ceux perpétrés par des tueurs en série ou de masse) et des attentats collectifs à la vie (consécutifs de la recherche de boucs émissaires ou provoqués par la haine raciale et des peuples, dont l’Holocauste constitue l’un des exemples les plus effarants), avant de conclure par quelques « conseils pour une société plus sûre ».
Émaillée de nombreux exemples, cette démonstration philosophico-judiciaire ne manque ni d’intérêt ni de souffle (plus de 650 pages de texte serré) et ouvre sur un abîme de réflexions sur celui dans lequel notre monde est en train de sombrer…
Bernard DELCORD
Les assassins et leurs mobiles par Jef Vermassen, Bruxelles, Éditions Racine, novembre 2009,
656 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleur, 29,95 € (prix Belgique)

13 05 10

Ce plat pays qui est le nôtre…

outers...jour après jour, chacun dans notre langue, nous tissons un lien de part et d'autre de la frontière linguistique pendant que la Belgique se détricote sous nos yeux.
Intéressant propos que celui de la correspondance échangée, de mars 2008 à juillet 2009, entre deux écrivains de rôle linguistique différent : Jean-Luc Outers (FR) et Kristien Hemmerechts (NL). Chacun écrit dans sa langue - les lettres de Kristien Hemmerechts sont traduites en français - et tente, à renforts d'interrogations, de considérations politiques, littéraires, de voyages  et agenda de définir son identité nationale. Une Belgique en sursis ? Une Belgique prête à en découdre ? Saturée de compromis et de "rondeur molle" à l'instar de notre souverain ?
Les propos désabusés de Jean-Luc Outers semblent - heureusement - contredits par l'aimable connivence des échanges épistolaires : Maar het zou goed zijn als elke Vlaming zijn "ami francophone" had en elke "francophone" zijn Vlaamse vriend (Il serait bon que chaque Flamand ait son ami francophone et que chaque francophone ait son ami flamand).
Des funérailles d'Hugo Claus, chute de Fortis, péripéties du gouvernement Leterme... aux particularités sociologiques des "lode" (détenteurs de loden), les correspondants échangent leurs points de vue, sans langue de bois, osant même un frisson de dispute aussitôt étouffé par l'évidente consensualité de leur amitié. Et si l'essence de notre identité n'était autre que cette résignation  (gelatenheid) à vivre en notre plat pays ?
Conviant le lecteur à s'immiscer dans une conversation d'ordre privé, Kristien Hemmerechts et Jean-Luc Outers amorcent un dialogue qui ne demande qu'à être poursuivi.
Apolline ELTER

Lettres du plat pays, Kristien Hemmerechts  et/en Jean-Luc Outers, éditions de la Différence, mars 2010, 220 pp,  18€00

12 05 10

Pour voir la vie en vert (de gris)

Les profiteurs du bizness écoloLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 05/05/10 de l’hebdomadaire satirique bruxellois PAN :

À l’heure où, la chaleur aidant, tout le monde (ou presque) a décidé de se mettre au vert, notre bon confrère parisien Le Canard enchaîné a sorti un dossier tout à la fois hilarant, édifiant et consternant sur les rapports entre l’écologisme et l’argent. Il s’intitule Les profiteurs du bizness écolo, et il flingue dans tous les azimuts les innombrables parasites qui se remplissent les poches à coups d’idéologie millénariste
(« La fin du monde est proche, repentez-vous, repentez-vous ! », l’air est connu depuis avant l’an mil…) : les Dominique Voynet, Noël Mamère et autres Daniel Cohn-Bendit, bien entendu, mais aussi le GIEC, Al Gore, Nicolas Hulot, Yann Arthus Bertrand ou Nicolas Sarkozy, sans pour autant rater les anti-millénaristes comme Claude Allègre… Le discours de trouille autour du progrès est, on le sait, désormais savamment entretenu pour leur plus grand profit par les entreprises qui ont investi massivement dans le filon vert afin de se faire du carbure avec le carbone, les biocarburants, l’éolien, le photovoltaïque, l’électricité, la dépollution, le recyclage, les produits bancaires… et le nucléaire ! Par ailleurs, quand l’infrastructure change, les superstructures suivent : la littérature, le cinéma, la chanson, la gastronomie, le commerce alimentaire et les people se sont donc largement parés de la couleur du dollar pour ébaubir le peuple et lui faire avaler force couleuvres vendues au prix de l’émeraude. Connaissez-vous les éco-recharges pour shampooing ? La vodka équitable ? Le caviar éthique (de gauche, of course, et made in Uruguay…) ? La radio en bioplastique de maïs et bambou ? Le « biorupteur » à 134 euro pour économiser l’énergie électrique quand la lumière est éteinte ? La « ruche à lombrics »de balcon pour transformer les déchets en engrais ? Les aliments bio (et en boîte…) pour chiens ? Non ? Alors, mettez-vous vite au courant (alternatif) en lisant ce dossier vertueux ! Vous aurez, c’est chic, c’est smart, la « green attitude » !
PANTHOTAL

Les profiteurs du bizness écolo, Paris, Les dossiers du Canard enchaîné, avril 2010, 82 pp. en noir et blanc au format 23 x 30 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 5,35 € (prix France)

06 05 10

Vies de chats

CHATSSe doutaient-elles, nos belles-filles bien-aimées qu'en épousant nos fils elles entraient sans espoir de retour dans une famille de chats ? (FH)
Véritables fils d'or qui relient les membres de la famille Velle, les chats, Bonheur, Tybert, La Souris, Câline, Chantier, Tapenade et Pelardon rythment  la vie conjugale et le paisible bonheur familial de Frédérique Hébrard et de Louis Velle. D'un Coin-Perdu qui  s'ouvre à toutes les rencontres, humaines et félines.
Je savais la première romancière; je n'avais rien lu de Louis Velle: la surprise de découvrir une réelle qualité de plume doublée d'un style plaisant n'en est que meilleure: Tous les chats ont un mystère. Elle semblait en avoir au moins deux. Elle était de passage. Elle attendait patiemment. Quoi? (Louis Velle)
Récit à deux voix, qui se répondent d'une même affection pour les chats, l'ouvrage entraîne le lecteur au sein d'un univers félin présenté sous son jour le plus sympathique.
Apolline ELTER

Tant qu'il y aura des chats...dans une famille, Frédérique Hébrard et Louis Velle, éd. Plon, mai 2010, 200 pp, 17€90

24 04 10

Delenda Francia est


Quand Zemmour sort de l'argumentation au lance-pierre imposé par le langage télévisuel, il peut donner toute la mesure de son raisonnement et de sa démarche intellectuelle. Penché sur l'Histoire de son pays, la France, il évoque l'empire romain, sa chute et les candidats à sa succession pour mieux comparer leur destin.Je me garderai bien de vous en faire quelque résumé laconique pour lui laisser vous développer lui-même son analyse qui, si elle ne sera pas partagée par tous, a au moins un mérite : apporter une autre grille de lecture sérieuse de l'Histoire dont notre présent est l'inéluctable reflet.
Brice DEPASSE

Mélancolie française, Eric Zemmour, Fayard, 251p., 17€00.

 

12 04 10

De t'avoir aimée

HUSTEROn pourrait trouver un millier d'autres titres de chansons françaises qui siéraient à merveille à ce recueil d'aphorismes, mots, lettres et petits textes que Francis Huster adresse dans ce recueil à l'amour et aux aimées (du passé). L'exercice de celui qui compte parmi l'étroit cercle des comédiens adulés par la gent féminine pour son art, son charme et son physique est aussi intéressant que rare.
Extraits :
Une nuit agitée, sans sommeil, j'ai voulu écrire une lettre aux femmes pour leur dire à quel point je les aime. J'ai préféré le faire avec mon cœur et mon encre, sans tricher, pour être vrai, maladroit et choquant peut-être, mais avec humour et cette tendresse que je vous dois. Une vie sans amour n'est pas une vie.
Une lettre sans amour n'est pas une lettre non plus. Puisse celle-ci vous faire rire et vous offrir, à votre tour, ce que vous m'avez tant donné : l'amour de l'amour.


Lettre aux femmes et à l'amour, Francis Huster, Le Cherche-Midi, février 2010, 14€00.

A découvrir cette semaine, l'interview télé intégrale de Francis Huster par Nicky (il s'agit du rough d'une seule caméra avant mixage et égalisation son et lumières):

07 04 10

« Cacaille », comme disait Panthotal…

Racaille comme disait RacineL'article ci-dessous a paru dans la livraison du 07/04/2010 de l'hebdomadaire satirique bruxellois PAN :

Sous-titré « Les gros mots des grands classiques », le petit recueil de Christophe Belzunce intitulé « Racaille ! » comme disait Racine qui vient de paraître aux Éditions du Seuil à Paris ne manque pas de bonnes intentions : relever les termes grossiers dans l’œuvre des écrivains français classiques, question de montrer que la langue verte n’est pas l’apanage de la rue, du peuple, des jeunes ou des ignares. Ce dont il manque, en revanche, c’est d’envergure et de profondeur. Bien sûr, on y “pète” chez Rabelais, Jean Calvin y traite les jésuites de “racaille”, Agrippa d’Aubigné y vilipende des “maquereaux”, Molière y évoque un “coup dans la gueule”, une baronne y est “folichonne” chez Marivaux, Balzac y dénonce un “lascar”, un louveteau y “bâfre” sous la plume de Victor Hugo, on y prend des “torgnoles” chez Zola, George Sand y voit la gauche “fichue”, les Goncourt y évoquent une bonniche aux allures de “poufiasse”, Mérimée s’y dit “patraque”, Marcel Proust y ose un “qui n’est pas foutu de l’être”, Feydeau s’y “marre” et Courteline y moque un “gros plein de soupe”… Mais bon, mais bof… On eût aimé y trouver, à en croire le titre, du solide, des mots gaillards, provocants ou grivois (il y en a, mais de Sade et de l’un ou l’autre pornographe du second rayon, ce qui est sans surprise), plutôt que ceux, de pacotille, qui émoustillent – peut-être – la gentry d’Uccle ou celle du XVIe arrondissement parisien quand elle prétend s’encanailler…
PANTHOTAL

« Racaille ! » comme disait Racine par Christophe Belzunce, Paris, Éditions du Seuil, mars 2010, 224 pp. en noir et blanc au format 9 x 17 cm sous couverture brochée en couleur, 12 €

24 03 10

Voyage en Sarkozie profonde

Le quai de OuistrehamDans Le quai de Ouistreham qui vient de paraître aux Éditions de l’Olivier à Paris, la grande reporter française d’origine belge Florence Aubenas (dont on se souvient qu’elle fut otage à Bagdad durant 157 jours en 2005) livre le compte rendu de sa plongée incognito dans l’underground quotidien de l’Hexagone, le monde des chômeurs de longue durée, des demandeurs d’emploi sans qualification et des prestataires de petits boulots, façon personnel d’entretien dans un fast-food, nettoyeuse de toilettes dans un ferry-boat ou vacataire dans un camping, dont elle a partagé la vie de février à juillet 2009, moment où on lui proposa un CDI mettant fin à l’expérience (elle s’était fixé pour règle de ne pas bloquer un emploi réel). Se prétendant séparée d’un homme avec qui elle aurait vécu pendant 20 ans, et ne pouvant de ce fait exciper au Pôle Emploi d’aucun revenu durant cette période, elle s’était teinte en blonde et porta des lunettes, conserva son nom et ses papiers, se trouva une voiture d’occasion (qu’elle surnomme « Le Tracteur » et à qui elle dédie son ouvrage) et loua une chambre meublée à Caen avant de se dégotter un petit job à 15 km de cette ville, à Ouistreham, et que vogue la galère.
Son témoignage – remarquablement rédigé, soit dit en passant, chose de plus en plus rare chez la gent journalistique – est saisissant, sur le travail d’abattage des conseillères d’insertion (qui attendent avec angoisse les futures restructurations de leur administration, prévues pour 2013, qui les jetteront elles aussi à la rue), des recruteuses d’agences d’intérim, d’un patron d’entreprise de nettoyage, ainsi que sur la vie quotidienne, désespérante et bien souvent désespérée des petites gens que la crise économique et sociale frappe de plein fouet, sur leur vie d’esclaves, leurs idées, leurs rêves, leur solidarité, leurs souvenirs des luttes syndicales, leurs maladies, leur combat pour manger…
Misère, quel bon bouquin !
Bernard DELCORD

Le quai de Ouistreham par Florence Aubenas, Paris, Éditions de l’Olivier, février 2009,
274 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en bichromie, 19 €