02 09 11

Le métro comme vous ne l'aviez jamais vu !

images.jpgVous pensiez tout savoir sur le métro, ses lignes, ses heures de pointe, sa rapidité, ses voyageurs, ses avantages, ses désagréments ? Détrompez-vous : ce n'est pas en tant que simple passager que Rodolphe Macia vous invite à le suivre au bout de la ligne 2 du métro parisien, mais à ses côtés dans la cabine du conducteur. Copilotée par Sophie Adriansen, la plume de ce témoignage plein d'humour, de sensibilité et de vivacité, nous propose en effet de découvrir les coulisses de ce monde underground. Car conduire un métro, c'est au quotidien aller à la rencontre d'un univers riche, surprenant, fascinant. Et ce n'est pas juste conduire...

      Des citadins pressés aux touristes en groupe, des graffeurs aux musiciens, des fêtards aux travailleurs, de la femme enceinte aux supporters de foot, des amoureux d'un soir aux désespérés, des électriciens aux contrôleurs, des voleurs à la tire aux policiers, vaste est la population qui emprunte ce moyen de transport - plus de cinq millions de personnes au quotidien sur Paris. Voilà qui donne lieu à des scènes cocasses, tragiques, étonnantes, et détonantes, auxquelles le conducteur doit faire face. Un métier qui n'est donc pas seulement technique – mener d'un point A à un point B – mais résolument tourné vers l'humain. Un métier que Rodolphe Macia aime. Et qu'il nous fait aimer.

      Une chose est certaine : vous ne prendrez plus jamais le métro comme avant. Et s'il est inutile de courir après un métro car un autre suivra toujours, courez après « Je vous emmène au bout de la ligne » en librairie !

 

Je vous emmène au bout de la ligne ou les tribulations et secrets d'un conducteur de métro. De Rodolphe Macia et Sophie Adriansen, aux Editions Max Milo. 16€. 183 p.

Karine Fléjo

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25 08 11

Un jour je suis morte

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" Les femmes qui n'enfantent pas sont des erreurs. Des déviantes, veuves d'elles-mêmes."

Verdict fatal, impitoyable que s'assène l'écrivain, actrice, face à son "infertilité mortifère". Depuis ce jour où une fausse couche met un terme irrévocable à  son espoir de maternité, sa vie devient sursis, mascarade d'euphorie, masque d'énergie mise au service des autres.

" Je suis de la race des troubadours. Je suis là pour vous distraire, pour vous émouvoir, et vous apaiser. Votre paix sera la mienne, mon succès est dans vos yeux pétillants de rire ou de larmes sans conséquences."

Promu destinataire d'une confidence vitale, d'un cri de douleur modulé avec une poignante lucidité, le lecteur ne devrait-il protester? La vie n'a-t-elle de sens que dans l'enfantement?

" Ma déveine ne sert à rien, mais ma souffrance peut servir. Si une seule femme hésitante, en me lisant, prend la décision de faire un enfant, si elle va, le coeur léger, accomplir son destin de femme, alors j'aurai servi à quelque chose.

   Alors tous les enfants de la Terre seront mes enfants, j'aurai gagné ma mort prématurée."

Une lettre longue, saisissante, dérangeante, sincère et ...bouleversante.

Apolline Elter

Un jour, je suis morte, Macha Méril, Albin Michel, 2008, 113 pp, 12 €

 

 

31 07 11

Un continent incontinent ?

 

Les 100 mots de l’Europe.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 31/07/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

Qui est Jerzy Buzek, quelle fonction occupe-t-il et pour combien de temps encore ? Quel est le rôle du Conseil européen présidé par Herman Van Rompuy, et quelles différences y a-t-il entre lui, le Conseil de l’Union européenne et le Conseil de l’Europe ? Quand sont entrés en vigueur les accords de Schengen ? Et le traité d’Amsterdam ? Et celui de Lisbonne ? Pourquoi au juste déjà ? Qu’a été la « Crise de la chaise vide » ? Et l’échec de la CED ?

 

Vous donnez votre langue au chat ?

 

Rien d’étonnant à cela, rassurez-vous ! Car, pour la plupart d’entre nous, l’Europe, en construction depuis près de soixante ans, s’apparente à une usine à gaz aux ramifications d’une complexité dantesque, accouchant trop souvent…d’un pet de souris.

 

D’autres esprits (chagrins ou réalistes ?) voient dans ce continent divisé une Tour de Babel au sein de laquelle, à l’instar du Plat Pays, on communique et on se comprend de moins en moins.

 

Mais l’Europe, pourtant, existe bel et bien. Pourquoi, dès lors, ne pas essayer de faire un peu mieux connaissance avec elle, ses acteurs et ses institutions ? C’est l’objectif de l’ouvrage intitulé Les 100 mots de l’Europe cosigné par deux spécialistes de la chose publique, Jean-Paul Betbèze et Jean-Dominique Giuliani, que les Presses Universitaires de France ont eu la bonne idée de publier récemment dans la célèbre collection « Que sais-je ? ». Ce petit livre pratico-pratique explore dans tous les azimuts les différentes institutions (leur origine, leurs transformations et leurs raisons d’être), les grandes personnalités de la construction européenne ainsi que les politiques menées depuis les bureaux du Berlaymont, de Strasbourg ou de Luxembourg, sans oublier les défis futurs qui attendent le Vieux continent et ses citoyens dans un monde globalisé.

 

Rédigé dans un style clair et précis (ce qui constitue une réussite en soi, s’agissant d’un sujet quelque peu pointu), ce livre permettra à l’étudiant, au connaisseur ou au simple curieux d’en savoir beaucoup sur cette machinerie parfois surréaliste mais qui ne cesse de faire parler d’elle, et de prendre connaissance des échecs, mais aussi des réussites (il y en a eu…) de la politique européenne depuis l’après-guerre.

 

Parce qu’une Europe forte constitue le rempart contre tous les extrémismes, voilà un ouvrage qui trouvera bien vite sa place dans la bibliothèque de tout honnête homme, ou sur la tronche des fachos de tous bords qui attendent au coin du bois qu’on leur fasse leur fête une bonne fois pour toutes… Pas vrai, Breivik ?

 

EUTROPE

 

Les 100 mots de l’Europe par Jean-Paul Betbèze & Jean-Dominique Giuliani, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? », avril 2011, 128 pp. en noir et blanc au format 11,5 x 17,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 9 € (prix France)

17 07 11

Les mots de chez nous…

 

Façons belges de parler.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 13/07/2011 sur le site des guides gastronomiques belges DELTA (www.deltaweb.be) :

 

Professeur émérite de l’Université catholique de Louvain, secrétaire perpétuel (1996-2001) de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, président du Conseil international de la langue française (depuis 1991), continuateur depuis 1986 du Bon usage de Maurice Grevisse dont il était le gendre, André Goosse est sans contredit l’un des plus gros calibres de la linguistique française contemporaine.

 

Il a en outre publié dans le quotidien belge La Libre Belgique, entre 1966 et 1990, plusieurs centaines de chroniques de langage intitulées « Façons de parler », qui ont séduit un large public tant en raison de la richesse de leur documentation que de la précision de leurs raisonnements, mais surtout parce qu’elles étaient rédigées dans un style simple et souriant, accessible à tous.

 

Bien que devenus inaccessibles (sauf aux chercheurs et aux rats de bibliothèque), ces textes n’ont pas pris une ride, et ils demeurent largement pertinents.

 

C’est pourquoi deux membres belges du Conseil international de la langue française[1], Christian Delcourt (à qui l’on doit le Dictionnaire du français de Belgique) et Michèle Lenoble-Pinson (co-auteure, avec six autres linguistes – dont André Goosse…– de Belgicismes. Inventaire des particularités lexicales du français en Belgique), en ont rassemblé la quintessence dans un recueil intitulé Façons belges de parler paru récemment aux Éditions Le Cri à Bruxelles.

 

À titre « exemplatif », on y apprend tout sur les verbes « prester », « stater » et « gréer », sur les origines du mot « estaminet », d’où viennent les « flamingants » (sans que cela empêche pour autant les gens d’« aller promener » « à la côte »), ce que sont une « aubette », un « abribus », un « bac » – éventuellement « à schnick » –, des « crolles », une « dringuelle », un « parastatal », une « plate buse », une « loque », une « clicotte », un « djok », « l’amigo », un « façadeclacher », une « potale », une « chaire de vérité », une « macrale », un « auditoire », une « buse », des « valves », le « régendat » ou un « doctorand », l’origine et l’usage de « septante » et de « nonante », les particularités du parler de Comines et Warneton, les raisons pour lesquelles nous consommons « à la bonne flanquette » (et parfois comme des « goulafs ») des « chiques », des « pralines », des « pistolets », des « « cougnous », de la « maquée », des « vitoulets », du « ramonach » et des « bouquettes » parfois arrosés de « péquet » ou de « faro », quand sonne l’heure du souper ou encore comment nous mélangeons artistement l’usage des verbes « savoir », « pouvoir » et « devoir »…

 

« Qué n’affaire ! À Lidje et amon nos autes… »

 

Bernard DELCORD

 

Façons belges de parler par André Goosse, Bruxelles, Éditions Le Cri, collection « Langue et linguistique », mars 2011, 658 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 25 €

 

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage plaisamment érudit l’explication suivante :

 

À la bonne franquette

 

J’ouvre une parenthèse à l’intention d’un lecteur de Jette qui m’interroge sur l’origine de la locution à la bonne franquette. Celle-ci n’est pas dans la liste des régionalismes. Pourtant la question n’est pas si éloignée des observations que nous venons de faire.

 

Les dictionnaires présentent à la bonne franquette (attesté depuis 1741) comme issu de la formule synonyme à la franquette (depuis 1650 environ), elle-même dérivée de l’adjectif franc « sincère ». À la réflexion, cela n’est pas si évident : pourquoi qu et non ch, puisque les autres dérivés de franc sont, outre franche, franchement et franchise ? Franquette ne viendrait-il pas de régions où le k est normal, soit du Midi, soit de Normandie ou de Picardie ?

 

À la bonne franquette a une variante à la bonne flanquette (attestée en 1808), que Wartburg considère comme une altération de la première, sous l’influence de flanquer. Mais n’est-il pas surprenant que dans toutes les mentions dialectales (sauf dans la vallée d’Yères, dans la Seine-Maritime), en Picardie, à Nantes, à Langres, dans les Ardennes, en Lorraine, en Franche-Comté ou en Savoie, on ait des formes avec fl- ou fi ? Si l’on ne tient compte que de la géographie, on a l’impression que flanquette est la forme « normale », non pas du point de vue de la correction, naturellement, mais quant à l’origine.

 

J’espère que mon correspondant ne sera pas choqué que je réponde à sa question par des points d’interrogation. N’est-il pas utile de montrer que les étymologies reçues ne sont pas pour cela hors de conteste ?



[1] Christian Delcourt est l’auteur du Dictionnaire du français de Belgique (Éditions Le Cri). Michèle Lenoble-Pinson est, avec six autres linguistes (dont André Goosse lui-même), l’auteur de Belgicismes. Inventaire des particularités lexicales du français en Belgique (Éditions Duculot/CILF). Ils ont édité en 2006 un volume d’hommage à André Goosse : Le point sur la langue française (Revue belge de philologie et d’histoire/Le Livre Timperman).

 

05 07 11

Hommage au pois chiche !

 

pois chiches.jpgPierre-Brice Lebrun est un gourmet, un journaliste gourmet. Il partage avec les autres ses passions culinaires. On se souvient du « Petit traité de la boulette », rempli d'humour, qui lui a valu le Prix Cerise sur le gâteau 2009 du Festival des littératures gourmandes. Cette fois, cet auteur liégeois s'attache au pois chiche, sympathique légumineuse millénaire, injustement cantonnée à la couscoussière, capable pourtant de briller de l'entrée au déssert. Et l'auteur en fait une brillante démonstration. On apprend tout sur son origine, son exode, son déracinement : une belle aventure culinaire ! On apprend même à bien cultiver le pois chiche ! Et comme l'auteur gourmand manie aussi l'humour, il a parsemé (c'est le cas de le dire) son ouvrage de quelques calembours délicieux !

Jacques MERCIER

 

Petit traité du pois chiche, par Pierre-Brice Lebrun, Edition Le Sureau, 160 pp, cartonné, illustrations de Mireille Gayet, 19,50 euros.

24 06 11

Appel à la guerre saine…

 

Blasphème.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 24/06/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

Victime de l’obscurantisme qui règne encore aujourd’hui – et même de plus en plus, semble-t-il – en maître au Pakistan, la jeune Asia Bibi explique dans Blasphème, un témoignage recueilli au fond de sa prison par Anne-Isabelle Tollet et publié à Paris chez Oh Éditions, comment elle a été arrêtée au Pendjab le 14 juin 2009 puis condamnée un an plus tard à être pendue pour avoir bu de l’eau dans un puits durant son travail aux champs…

 

Car cette paysanne, mère de cinq enfants, est chrétienne alors que le Pakistan est musulman, et elle s’est vue par conséquent accusée de blasphème pour avoir « souillé l’eau des femmes musulmanes »…

 

Une accusation grotesque proférée par des gens qui ne le sont pas moins ?

 

Une tragédie, plutôt : depuis lors, Asia Bibi croupit dans une geôle sans fenêtre tandis que les deux seules personnes qui ont volé à son secours, le gouverneur du Pendjab et le ministre des Minorités, un musulman et un chrétien, ont été assassinés sauvagement.

 

Sa famille a par ailleurs dû fuir le village où elle vivotait suite aux menaces qu’elle a subies en provenance d’intégristes crétins (ce qui, il est vrai et quelle que soit la religion qu’ils prétendent défendre, est un pléonasme...).

 

Et Asia Bibi est devenue une icône pour tous ceux qui luttent, au Pakistan et dans le monde, contre les violences faites au nom des religions, particulièrement à l’encontre des femmes.

 

Un combat dans lequel nous invitons ardemment les grandes voix et les hautes consciences musulmanes, notamment en Occident, à s’engager avec courage et détermination, par exemple en prenant publiquement leurs distances avec les barbares impies et blasphémateurs qui, au sein même de l’Islam, dévoient les préceptes du Prophète.

 

Le respect par tous – à commencer par ces personnalités elles-mêmes – et la pérennité de leurs convictions sont à ce prix !

 

PÉTRONE

 

Blasphème par Asia Bibi avec Anne-Isabelle Tollet, Paris, Oh Éditions, mai 2011, 185 pp en noir et blanc au format 14,5 x 22,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 16,90 € (prix France)

15 06 11

Aux sources de la sagesse

 

Textes sacrés d’Afrique Noire.gifLe texte ci-dessous a paru dans la livraison de juin 2011 de la revue des Belges d’Afrique EBENE :

 

 

Les Éditions Gallimard à Paris ont sorti en version de poche dans leur collection « Folio essais » le fameux recueil des Textes sacrés d’Afrique Noire choisis et présentés par Germaine Dieterlen, un ouvrage paru pour la première fois en 1965 dans la « Collection UNESCO d’œuvres représentatives, section africaine » et qui n’était disponible qu’en version quelque peu onéreuse.

 

Cette nouvelle ravira donc l’africaniste qui sommeille en tout honnête homme d’aujourd’hui, qui pourra ainsi se régaler de récits développant une profonde sagesse empirique venue de temps immémoriaux, mais aussi se délecter d’une passionnante préface du grand écrivain et ethnologue malien d’origine peule Amadou Hampâté Bâ (1900 ou 1901-1991).

 

Voici comment le Prix Nobel 2008 de littérature J.M.G. Le Clézio présente ce bel ouvrage :

 

« Comme l'écrit justement Amadou Hampâté Bâ dans sa préface à ce livre admirable, l'Afrique est avant tout la terre de la religion.

 

Non pas d'une religion mystique et abstraite vouée aux grandes questions de la métaphysique, mais d'une religion terrienne, liée à la nature, qui s'exprime à chaque instant de la vie, qui inspire aux hommes et aux femmes chaque geste, chaque parole. Tel est le sens de ce livre, collection de mythes, de chants, d'offrandes, de prières recueillis dans le vaste pays qu'on appelait naguère le Soudan, de l'arabe As-souad, le “pays noir”.

 

Songhay, Peul, Dogon, Mossi, Bambara, Fân, Yoruba de l'Ouest africain, Korona, Bantou, Nuer, Chagga, Hottentots de l'Afrique du Sud et de l'Est, leur parole saisie par de grands voyageurs et amoureux de l'Afrique tels que Germaine Dieterlen, qui collabora avec Amadou Hampâté Bâ et Marcel Griaule, Jean Rouch, le cinéaste de La chasse au lion à l'arc, ou Sir Edward Evans-Pritchard, découvre à nos yeux un pan ignoré de la culture universelle.

 

Elle nous montre la vigueur des mythes, mais aussi l'humour, la poésie, l'imagination des peuples africains, aussi divers dans leur culture que dans leur histoire. Telles les formules magiques songhay “pour s'enfuir à travers les murs”, l'incantation des forgerons peul, la prière des Tutshiokwe du Katanga pour venir en aide aux femmes lors d'un accouchement difficile, le culte de Fa et des Orisa qui se mêle au vaudou des Amériques, l'éloge à Amma, le dieu des Dogon, ou à Mbedzi, le grand prêtre kalanga du dieu Mwali, “l'étang d'eau tourbillonnante”.

 

Puissent ces parcelles étincelantes initier le lecteur d'aujourd'hui au trésor spirituel de l'Afrique, le continent trop longtemps oublié. »

 

On ne saurait mieux dire !

 

Bernard DELCORD

 

Textes sacrés d’Afrique Noire choisis et présentés par Germaine Dieterlen, préface d’Amadou Ampâté Bâ, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio essais », mai 2011, 389 pp. en noir et blanc au format 10,8 x 18 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 8,90 € (prix France)

13 06 11

Un roi à éclipses…

 

Amours de Louis XIV.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 13/06/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

L’élégante collection « À s’offrir en partage » publiée par l’éditeur bruxellois André Versaille s’est enrichie récemment d’un nouveau petit bijou proposé cette fois par Jean Lacouture. Il s’intitule Amours de Louis XIV et rassemble quelques extraits savoureusement vachards des Mémoires (en 43 volumes !) que Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1675-1755) rédigea quant à la vie à la Cour du Roi-Soleil (1638-1715) puis à celle du Régent Philippe d’Orléans (1674-1723), neveu de l’astre.

 

Dans cette petite compilation, le duc de Saint-Simon, styliste remarquable qui marqua la postérité littéraire, en particulier chez Stendhal et Proust, éreinte joyeusement et en termes choisis le château de Versailles et ses jardins auxquels il préfère Paris, le caractère du roi qu’il estime faible et quelque peu vulgaire (outre son despotisme, son orgueil, sa munificence, ses liaisons scandaleuses, sa magnificence, son – mauvais – goût des fêtes et sa façon grotesque de distribuer les honneurs ridicules, il reproche surtout au monarque de s’appuyer sur des bourgeois pour gouverner la France et de s’adresser plus souvent à la valetaille qu’aux gens bien nés…) et il moque d’une phrase bien affutée son choix de la marquise de Montespan (1640-1707) en guise de maîtresse, « cette femme adroite et experte au métier… »

 

À quel métier, au fait ?

 

PÉTRONE

 

Amours de Louis XIV par le duc de Saint-Simon, proposé par Jean Lacouture, Bruxelles, André Versaille éditeur, collection « À s’offrir en partage », avril 2011, 87 pp. en couleurs au format 10,5 x 15 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 5 €

07 06 11

Sous la botte boche…

Apocalypse en Belgique 1940-1945 destins singuliers.jpg

Le texte ci-dessous a été mis en ligne le 06/06/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

En 2009, France Télévisions diffusait la remarquable série documentaire Apocalypse, réalisée par Isabelle Clarke et Daniel Costelle, consacrée aux combats qui ont émaillé la Seconde Guerre mondiale. Il y était présenté par le biais de documents souvent peu connus, voire inédits, un panorama intelligemment construit de l’évolution du conflit et de ses diverses retombées sur les populations des deux camps.

 

Dans la foulée de la sortie du DVD de la série et de sa diffusion sur les antennes rtbéennes, les Éditions Racine avaient déjà fait paraître un premier opus passionnant écrit par les journalistes maison Bruno Deblander (un ancien du Soir, qui enseigne aussi à l’ULB) et Louise Monaux (par ailleurs historienne de formation), replaçant le focus du documentaire sur le sort de nos compatriotes durant cette guerre [1].

 

La parution du deuxième volet, dû aux mêmes auteurs et paru récemment chez le même éditeur, est ainsi à saluer, car il n’a rien à envier au précédent. Il s’agit à nouveau de voir quelle fut la vie de ceux qui vécurent dans une Belgique sous la botte (entendez, celle des nazis). L’ouvrage présente ainsi au lecteur une galerie de portraits hétéroclites d’une certaine « Belgique d’en bas », grâce aux témoignages, souvent touchants, que les auteurs ont pu recueillir de ces anonymes ou auprès de leurs descendants et de ceux qui les ont connus sous l’Occupation.

 

Nous retrouvons dès lors la Campagne des Dix Huit Jours relatée par le soldat Vantrogh dans son journal et la route de l’exil du mois de mai 1940 qu’emprunte la jeune Georgette Stulens pour la Grande-Bretagne avant de s’engager dans les forces britanniques. Nous prenons le chemin du travail obligatoire en Allemagne où nous croisons la future gloire du cyclisme belge Pino Cerami, envoyé à dix-huit ans du pays de Charleroi vers la région d’Erfurt pour y travailler dans une usine d’armements, ou celui de Dachau où fut envoyé l’abbé Jean Cassart, principal du Collège de Chimay. Nous apprenons aussi le destin tragique de la famille Callant, des Montois expatriés en Chine et prisonniers des Japs au camp de Lunghwa, d’où leurs fils cadet, âgé de onze ans à l’époque, mourut à son retour en Belgique.

 

À côté des soldats engagés sous les drapeaux alliés et des résistants de tous bords qui connurent le feu des armes, nous lisons aussi le témoignage ému que Georgette V. (souhaitant garder l’anonymat) a livré l’hiver dernier sur son père. Celui-ci, séduit autant par un certain appât du gain (mêlé aussi d’une trouille certaine) que par le chant lointain de sirènes de l’Ordre Nouveau, fournit ses vils services aux Allemands dans leurs traques contre la Résistance.

 

Ce livre invite donc le lecteur à entrer dans l’intimité d’un foyer, où sont racontés au coin du feu les exploits ou les histoires honteuses de « bon-papa et bonne-maman », dans un travail de mémoire très intéressant qui ne manque pas d’interpeller.

 

Car, héros ou gredins, les Belges qui composent cette galerie ne furent-ils pas, somme toute, des victimes du drame de la guerre ?

 

EUTROPE

 

Apocalypse en Belgique 1940-1945 : destins singuliers par Bruno Deblander & Louise Monaux, Bruxelles, Éditions Racine/RTBF, avril 2011, 208 pp. en noir et blanc au format 15 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,95 €



[1] Apocalypse en Belgique, 1940-1945. Témoignages inédits par Bruno Deblander & Louise Monaux, Bruxelles, Éditions Racine/RTBF, avril 2010, 192 pp. en noir et blanc au format 15 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,95 €

06 06 11

Le credo d’un militant…

 

Essais sceptiques.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 06/06/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

Le comte Bertrand Russell (1872-1870) est le plus éminent philosophe britannique du XXsiècle, doublé d’un mathématicien et d’un moraliste, qui apporta des contributions décisives dans les domaines de la logique et de l'épistémologie. Son ouvrage majeur, écrit avec Alfred North Whitehead, a pour titre Principia Mathematica. Par ailleurs, ses principes éthiques, qu’il incarna à travers ses engagements politiques et ses prises de position tranchées, lui valurent deux fois la prison.

 

On peut se forger une opinion claire de la morale russellienne dans ses Essais sceptiques que Jean-Claude Zylberstein a eu l’heur d’intégrer à la collection « Le goût des idées » qu’il dirige aux Éditions Les Belles Lettres à Paris.

 

Écoutons-le :

 

« “Ces propositions pourront paraître légères, mais, si elles étaient suivies, elles révolutionneraient totalement l'existence humaine.” C’est avec ces mots que Bertrand Russell ouvre ce qui est en effet un livre révolutionnaire. Prenant pour point de départ l’irrationalité du monde, il offre par contraste un point de vue “violemment paradoxal et subversif” : la croyance en la capacité de la raison à déterminer les actions humaines. Parce qu’ils pressentirent les horreurs qui résultèrent, dans les années suivant leur première publication en 1928, des passions irrationnelles issues des convictions religieuses et politiques, ces Essais sceptiques furent constamment réimprimés. Aujourd’hui, harcelés que nous sommes par les assauts violents du capitalisme, la défense russellienne du scepticisme et de l’indépendance d’esprit est plus que jamais d’actualité. Par sa prose engagée, Russel nous guide à travers les problèmes philosophiques fondamentaux qui concernent notre vie quotidienne – la liberté, le bonheur, les émotions, l’éthique et les croyances – et nous offre des conseils avisés. “Quels pourraient être les effets, demande-t-il ironiquement à ses lecteurs, d’une extension du rationalisme sceptique ?” »

 

On n’ose l’imaginer, en ces temps de « politiquement correct » !

 

PÉTRONE

 

Essais sceptiques par Bertrand Russel, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Le goût des idées » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, 2011, 280 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 13 € (prix France)