03 03 10

Le bouquet final

Dernières salvesLa chronique ci-dessous a paru dans la livraison du
3 mars 2010 de l’hebdomadaire satirique bruxellois
PAN :

Avec ses Dernières salves parues il y a trois mois chez Plon à Paris, le célèbre journaliste français Jean-François Kahn complète son Dictionnaire incorrect et son Abécédaire mal-pensant au moyen de formules qui font mouche (et bien souvent mal, car il est difficile pour les politiques et autres paltoquets de faire rire à leurs dépens – pas vrai, BHL ?), comme : « Besancenot, Olivier : facteur… de division » ;
« Chauffeur : seul représentant du peuple auquel sont confrontés certains élus du peuple » ; « Guerre d’Irak : guerre dirigée contre le régime baassiste criminel de Saddam Hussein et qui a fait, en sept ans, beaucoup plus de victimes civiles que le régime baassiste criminel de Saddam Hussein » ; « Jackson, Michael : icône de la pop music. Star noire qui crut que, pour rester éternellement en enfance, il suffisait de se transformer en spectre blanc. Ce qui n’était pas tout à fait faux puisqu’il mourut jeune, adulé, dans le noir, mais blanchi de ses turpitudes » ; « Lang, Jack : prêt à ramper sous le feu ami plutôt que de s’éloigner des feux de la rampe » ; « Plus-value : ce que rapporte aux uns le travail des autres » ; « Rafistoler : ce que Sarkozy appelle ‘refonder’ » ; « Séguin, Philippe : Homme politique original et talentueux. C’était un ours. Le problème, c’est que c’était un ours en peluche. Aurait pu… mais n’a pas osé : comme ne dit pas la proverbe : ‘Qui reste à sa place perd la chasse’ » ; « Tombe : trou de mémoire »…
Un feu nourri d’intelligence et d’esprit !
PANTHOTAL

Dernières salves
par Jean-François Kahn, Paris, Éditions Plon, novembre 2009, 560 pp. au format 14,2 x 22,6 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 23,90 €

02 03 10

La grande affaire criminelle à la cour de Louis XIV

PETITFILSS'il est un scandale  qui a envenimé le règne de Louis XIV, c'est bien l'affaire des poisons. Visé en son cercle intime  - Madame de Montespan fut suspectée d'avoir voulu l'empoisonner - le monarque institua, dès 1679, une commission d'enquête, la Chambre ardente, avec mission de livrer  chasse aux sorcières:  mis sur la sellette, soumis à la petite, grande questions et autres tortures, une série de personnages obscurs et malfaisants furent exécutés sur la voie publique, par décapitation, pendaison ou passage sur le bûcher. 
Des noms comme La Voisin, La Filastre, la Grange et quelque 160 autres comparses étaient impliqués dans des pratiques sordides : commerce de poisons, sortilèges, messes noires, pactes sataniques, sacrifices rituels...qui drainaient des adeptes jusque dans les cercles haut-placés du pouvoir.
Figure centrale de l'enquête, Gabriel Nicolas de la Reynie, lieutenant général de Police dut tempérer zèle et intégrité des éléments de l'enquête visant La Montespan. Le résumé de ses notes constitue une source précieuse pour  l'ouvrage.
Résultat de recherches approfondies,  basées sur une bibliographie et source d’archives impressionnantes, l'ouvrage de l'historien Jean-Christian Petitfils propulse le lecteur au coeur des intrigues de Cour, dénonciations gratuites, mentalités stupéfiantes et d'une psychose bien compréhensible.
Un ouvrage majeur.
Apolline Elter

L'affaire des poisons, Jean-Christian Petitfils, Editions Perrin, janvier 2010, 382 pp, 21,5 €

28 02 10

"C'était le bon temps"

Les produits de notre enfance en 60 recettesCeux qui ont connu jadis l’arrivée sur nos tables du Banania, du Coca-Cola, de la grenadine, du Nutella, du Toblerone, de la Vache qui rit, du Boursin, du camembert Lanquetot, du carré frais Gervais, du Saint-Moret, du ketchup Heinz, du bouillon Kub, de la gelée Maggi, de la Maïzena, de la purée Mousline, des coquillettes Lustucru, du thon Petit Navire, de la crème de marrons Clément Faugier, du condiment Savora, du Tabasco, des petits beurres Lu, du Carambar, des fraises Tagada et du lait concentré Nestlé auront plus d’une pensée émue à la lecture de Les produits de notre enfance en 60 recettes, une compilation de réminiscences souriantes et gustatives des regrettées « Golden Fifties & Sixties »…
Chaque produit y est présenté sur une double page reproduisant aussi les affiches publicitaires d’antan, elle-même suivie de recettes qui, si elles n’excellent pas toujours par leurs qualités gastronomiques, brillent au firmament du souvenir d’un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître !
Bernard DELCORD

Les produits de notre enfance en 60 recettes, Paris, France Loisirs, (© Éditions Marie-Claire), août 2008, 184 pp. en quadrichromie au format 19, x 26 cm sous couverture cartonnée en couleur, 20 €

18 02 10

Chroniques d'une vestale zen

BRUNISpécialiste des têtes couronnées, Patrick Weber n'hésite pas à introniser la France républicaine dans les rangs des monarchies les plus établies. Sans doute faut-il être Belge pour s'attaquer ainsi à un portrait de la première Dame des Français sans être taxé d'implication partisane.
Relatant  les apparitions publiques de l'ex-mannequin, mangeuse d'hommes et encore actuelle chanteuse, depuis son mariage avec "Nicolas Ier", le journaliste tente de percer l'énigme d'une femme experte consommée dans l'art de l'esquive.
Une richissime vestale zen qui donne l'impression de jouer un rôle, avec fonction d'apaiser le président et de le défaire de son image de Zébulon hyperkinétique doublé de celle d'un homme d'Etat autoritaire.
Elégante, élancée, naturellement indolente, polyglotte avertie, politiquement éprise des intellectuels de gauche, la reine Carla tiendrait tant  d'une Catherine ou d'une Marie de Médicis, Joséphine de Beauharnais, Marie-Antoinette que d'une Astrid de Belgique, Diana Spencer, Grâce de Monaco ou même et surtout d'une Jackie Kennedy. Chacune de ces ressemblance étant évaluée selon un coefficient de Carla-compatibilité.
Carla souffre d'un syndrome bien connu par les reines de France. Elle paraît lointaine, coupée des réalités du peuple. A ceux qui réclament du pain, elle propose de lire de la poésie. Et quand on s'attendrait à la voir marcher, tête baissée, deux pas derrière son auguste époux, elle donne plus souvent l'impression de n'en faire qu'à sa tête.
Mystère d'un couple, mystère d'une fonction bien délicate à négocier.
Apolline ELTER

La reine Carla, Patrick Weber, Editions du Rocher, février 2010, 190pp, 18€00.

09 02 10

Vie privée, vie publique

si_tu_ne_m_aimes_pas_je_t_aime_01Peut-être ,poursuit-elle, les textes qui vont suivre, nous aideront-ils à comprendre, à déchiffrer le mystère amoureux, et pas seulement le nôtre Peut-être, en mettant par écrit notre histoire, de notre rencontre jusqu'à aujourd'hui, aurons-nous trouvé, tels des alchimistes modernes, ce passage toujours recherché, jamais découvert, qui transforme le plomb en or: l'or de l'amour contre le plomb du quotidien.
Voilà le défi philosophal que s'assignent Catherine Laborde et Thomas Stern, couple célibataire -partageant des tranches de vie plutôt qu'un toit - tandis qu'ils rédigent, à deux voix, le récit d'une relation aux allures aussi libres qu'irrémédiablement aimantes. Dans le chef d'un philosophe et d'une présentatrice habituée aux turbulences de la météo, on ne peut qu'attendre une mise en scène secouée: de ce côté, le lecteur ne sera pas déçu, découvrant comme l'amour peut être complexe dans son expression: L'amour est fractal. Pour durer dans les corps et dans les âmes, il a besoin de ruptures. Un couple sans scène, ça n'est pas vraiment un couple, juste un pâle arrangement entre les fantômes. (Thomas Stern)
Cynique à ses pages (Lui), tendre à d'autres (Elle), pudique sur certains points, crue sur bien d'autres, sincère sans doute, irrésistible quand le chapitre 57 se fait le théâtre d'une scène conjugale hilarante, indiscrète et complice, cette relation d'amour est pour le moins...déconcertante.
J'hésite à l'écrire, mais nous sommes sans doute un couple heureux...Nous vivons un bonheur comme tous les bonheurs, nourri de rêves et de projets avortés qui semblent prouver que la réalité est insatisfaisante. Pas du tout. Les couples heureux ont des histoires et nous ne sommes jamais à court d'invention.
De ce côté, on peut compter sur eux.
Apolline Elter

Si tu ne m'aimes pas, je t'aime, Catherine Laborde & Thomas Stern, Flammarion, février 2010, 344 pp, 19 €

06 02 10

D'une seule main et avec le sourire

AMOUR NUITJe vous avais promis la chronique de ce petit livre plein de  promesses - et qui les tient - je ne faillirai  à la mienne. Sitôt votre flamme déclarée à l'élu(e) de votre coeur (cfr chronique du Petit livre à offrir en guise de déclaration d'amour) vous en consacrez l'ardeur à vos ébats vespéraux.
Soulignons le professionnalisme des auteurs de ces pages - Raphaële Vidaling est assistée de Laurence Schaack, Thomas Deligny et Nicole Seeman - l'inventivité et le souci...d'exhaustivité. L’aiguillon de l’humour frappe à nouveau, qui évite à l'érotisme de verser dans la pornographie basique.
Des postures du Kama Sutra - encore lui - contrepèteries, épigrammes, haïkus et fables revisités aux accords parfaits des fruits et légumes, bontés d'Agnès et usage insolite d'objets ménagers, vous considérerez, c'est sûr, votre quotidien d'un regard neuf et parfaitement ...troublé.
Le mot de la fin, nous le laisserons aux auteurs: En pariant sur le fait que l'amour et l'humour peuvent faire bon ménage, même  au lit, vous y trouverez donc de quoi nourrir vos cellules grises afin de mettre celles de la chair en condition.
Apolline Elter

 Le petit livre à offrir à l'amour de ses nuits et à lire ensemble d'une seule main pour les rendre encore plus torrides, Raphaële Vidaling , avec la participation  de Laurence Schaack, Thomas Deligny et Nicole Seeman, Tana éditions, janvier 2009, 126 pp, 14,9 €

06 02 10

La déclaration d'amour pour Les Nuls

AMOUR 1Parce que tout le monde ne peut pas être poète même si le coeur y est.
Assistée de Michel Clavel, Nicole Seeman, Christelle Simonutti et Etienne Lécroart, Raphaële Vidaling dote les déclarations d'amour d'une arme redoutable et fatale: l'humour.
Des marguerite génétiquement modifiée, lettres d'amour à customiser, citations et blasons revisités, rébus, patchworks et métagrammes ...à l'interprétation d'un test psychologique, de sagesse séculaire du Kama Sutra ou d'un simple électrocardiogramme, l'ouvrage constitue une mine de déclarations à exp(l)oser à l'être aimé.
Si lui offrir ce prodige d'inventivité constitue une déclaration en bonnes et dues formes - de ce côté, il y a le choix - vous éviterez de clamer qu'il a boosté votre imagination : vous aviez, il est vrai, une hésitation pour l'orthographe exacte d'un Je t'aime* en zoulou...
Un petit livre à offrir et à... s'offrir.
Apolline Elter

Le petit livre à offrir en guise de déclaration d'amour, parce que tout le monde ne peut pas être poète même si le coeur y est, Tana éditions, 2008, 126 pp, 14,9€

* NGIYAKUTHANDA

05 02 10

Bonsoir !

NARCYJ'ai toujours pensé que les téléspectateurs ne se trompaient pas sur les véritables qualités de coeur de leurs animateurs et que les plus humains d'entre eux faisaient les plus longues carrières.
Ce doit être vrai pour les journalistes aussi...
Avec, à son actif, quelque six mille présentations de journaux télévisés, Jean-Claude Narcy trace le tableau de 50 ans passés au service de la TV, de la RTF à TF1. Amnésique sélectif, le chevaleresque journaliste privilégie la relation de souvenirs forts et d'amitiés nouées: Philippe Labro, l'ami des années d'Algérie,  Roger Gicquel, celui des présentations en tandem, Line Renaud, les innombrables personnalités pour lesquelles Jean-Claude Narcy clame son admiration, Simone Veil, Jean Piat, Pierre Arditi, Bernadette Chirac...
Au-delà des portraits bienveillants de la plupart de ses interlocuteurs, le journaliste s'interroge sur la mission de la télévision, celle de l'information  et ses dérives potentielles. C'est un message éthique qu'il livre aux générations actuelles et à venir, une passion qu'il entend partager dans ses plus nobles motivations.
Apolline Elter

 Une vie en direct, Jean-Claude Narcy, Ed. JC Lattès, janvier 2010, 298 pp, 18 €

05 02 10

Madame Malraux

BONALa vie est une maison qui ne fait pas crédit et où la seule dignité consiste à payer comptant sans essayer de tricher (Clara Malraux)
Voici que nous revient Dominique Bona (Le Manuscrit de Port-Ebène, Stefan Zweig, Romain Gary,  Berthe Morisot, Camille et Paul Claudel, ...) avec une nouvelle biographie, consacrée à Clara Malraux, épouse d'une figure mythique  de notre XXe siècle. Le fil d'une vie qui se lit tel un roman, en toute page, captivant.
Née Goldschmidt, au sein d'une famille parisienne, bourgeoise et aisée, Clara ne renouera avec ses racines juives qu'à l'automne de sa vie. Pour l'heure, on est en 1921, elle a 24 ans et rencontre André Malraux dont le côté révolutionnaire - romantique et grisant -  lui permet de fuir le conformisme d'une jeunesse dorée.
Bohême, généreuse, passionnée, bavarde, ...Clara s'engage,  à la suite de Malraux, sur tous les fronts,  voyages orientaux, succès  et ...fiascos  que le jeune dandy échafaude.  La légende de ce dernier s'effiloche de quelques sombres trafics dont le vol de vestiges antiques à Angkor...
Mais surtout, c'est  l'inéluctable érosion du couple que l'ouvrage s'emploie à démontrer. Maintenue dans l'ombre d'un Malraux qui conquiert, dans les années 30, son chemin de gloire, Clara ne pourra s'exprimer qu'une fois la séparation consommée. Elle publiera alors une série de livres à composantes autobiographiques qui résonneront comme des règlements de comptes.
Paradoxe d'une personnalité attachante, qui se veut libre et anti-conformiste, mais  restera, sa vie durant, inféodée à un André Malraux énigmatique et fier, dont elle conservera le patronyme, au-delà du divorce.
Riche d'une bibliographie fouillée et d'une rencontre, en 1978 avec l'intéressée, l'ouvrage de Dominique Bona est tout simplement magistral. Si le portrait de Clara Malraux est empreint de bienveillance et même d'une certaine tendresse, l'auteur ne se départit pas de la rigueur objective et de la subtile analyse psychologique qui font le cachet de ses écrits.
Une lecture hautement recommandée.
Apolline ELTER

Clara Malraux, de Dominique Bona, Grasset, janvier 2010, 470 pp, 20€90

30 01 10

Les tréfonds de Paris

DEUTSCHLe concept est génial - décliner l'histoire de Paris au gré de ses stations de métro -  son rendu ne l'est pas moins.
Un Paris que Lorànt Deutsch connaît comme sa poche et dont il livre les coutures, en une ballade de 21 chapitres (stations), affectant à chacun un siècle de l'ère chrétienne.
Ce Paris qui au fil des siècles impose à la France son rôle ...capital, l'auteur nous le fait vivre d'une plume alerte, riche de 17 années de gestation, farcie de remarques perso et d'une prodigieuse érudition. Des encadrés jalonnent le  texte, qui remettent à l'heure les pendules de l'Histoire et de ses anecdotes: des sort des dépouilles royales, invasions des Vikings, tribulations de la Joconde..aux destins d'un Nicolas Flamel, Roi Dagobert et des 1119 têtes guillotinées sur la Place de la Concorde, l'auteur crée le théâtre d'une visite guidée aussi captivante qu'inédite.
Une Histoire jaillie des profondeurs dont la lecture s'impose, au coin du feu et en guise de guide..  d'un chemin de croix cochées au gré des rames.
Apolline ELTER

Métronome. L'histoire de France au rythme du métro parisien, Lorànt Deutsch, Michel Lafon, sept.2009, 380 pp, 17,9 €



Riche d'une impressionnante filmographie, l'acteur impose à son érudition, le souffle vrai de la passion.