14 06 16

Qui sont nos héros ?

_cyrulnik héros ivres.jpgComment ne pas être pris par l'analyse magistrale de la société et de la manière dont nous y vivons, écrite par Boris Cyrulnik dans Ivres paradis, bonheurs héroïques.

Le propos ? : « Pas d'existence sans épreuves, pas d'affection sans abandon, pas de lien sans déchirure, pas de société sans solitude. La vie est un champ de bataille où naissent les héros qui meurent pour que l'on vivre. »

Voici donc quelques extraits du livre. J'espère qu'ils vous donneront envie de lire et de comprendre mieux notre existence sur terre.

« Tous les régimes totalitaires cherchent à contrôler les artistes, qui sont une arme pour gouverner les esprits. Si l'on veut s'emparer du pouvoir politique, il faut transformer en instrument de combat les romanciers, les comédiens et même les musiciens qui acceptent de servir la cause du dictateur. »

« Une fiction possède un pouvoir de conviction supérieur à une explication rationnelle. »

« Une vie furieuse est une souffrance, mais une vie sans rêves est une agonie psychique. »

 

« Tout récit est une falsification du réel puisqu'il s'agit d'aller chercher dans notre mémoire les images et les mots qui vont construire un autre réel, dans la représentation cette fois, comme une traduction. »

« Quand le « je » est fragile, le « on » sert de prothèse. »

« Quand les mots ne servent plus à raisonner mais qu'au contraire ils sont utilisés pour offrir une revanche affective, la langue devient un piège où s'arrête la pensée. »

« Ce qui reste dans la mémoire, c'est la première impression, celle qui déclenche l'émotion. Tout le reste n'est que travail fastidieux, nuance qui éteint la vertueuse indignation et laisse peu de traces dans la mémoire engourdie. »

« Les paroles s'envolent, alors que les écrits donnent une impression de vérité matérielle. C'est pourquoi les romanciers sont plus porteurs d'idéologie que ce qu'ils veulent nous faire croire. »

« Les politiciens utilisent le spectacle du malheur pour redorer leur propre image en se faisant photographier sur les lieux des tragédies, avant de manger un petit-four et de vite rentrer chez eux. »

« Ce n'est qu'à partir des années 1980 que la connotation du mot « victime » a changé. Le mot ne désignait plus une pauvre personne abîmée par l'existence, il racontait désormais comment un blessé se bagarrait pour se remettre à vivre. »

« La réduction des informations donne forme à ce qu'on raconte et, sans mentir, métamorphose ce réel. Pourrait-on faire autrement ? Si l'on voulait tout dire, personne ne pourrait comprendre. Il faut donc réduire, adapter nos souvenirs et adresser nos mots à celui à qui l'on raconte. »

« L'effet réducteur de la parole est lui aussi nécessaire pour exposer une idée claire. C'est ainsi que, le plus sincèrement du monde, on reconstruit son passé. »

 

Jacques MERCIER

 

« Ivres paradis, bonheurs héroïques », essai, Boris Cyrulnik, Edition Odile Jacob, 2016, 236 pp, 22,90 euros

 

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13 04 16

Retour aux sources...

Lire et relire les classiques.jpgSous la direction de Geneviève Simon, Éric de Bellefroid, Guy Duplat, Jacques Franck, Francis Matthys et Monique Verdussen, tous journalistes ou collaborateurs de La Libre Belgique, signent des critiques dans le cahier « Lire » publié chaque semaine dans le quotidien bruxellois.

Depuis 2011, chaque été, ils ont rédigé des articles de fond sur les grands textes de la littérature occidentale et, après cinq saisons, ils les ont rassemblés dans un ouvrage intitulé Lire et relire les classiques, paru aux Éditions Avant-Propos à Waterloo.

Au total, trente titres sont présentés en profondeur pour donner à chacun l’envie de les (re)découvrir.

Une belle synthèse !

Bernard DELCORD

Lire et relire les classiques, ouvrage collectif sous la direction de Geneviève Simon, Waterloo, Éditions Avant-Propos en collaboration avec La Libre Belgique, mars 2016, 221 pp. en couleurs au format 22 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 24,95 €

 

Liste des ouvrages présentés :

Un des Baumugnes par Jean Giono

Illusions perdues par Honoré de Balzac

Tendre est la nuit par Francis Scott Fitzgerald

Les Trois Mousquetaires par Alexandre Dumas

À la recherche du temps perdu par Marcel Proust

 

Lettres de Madame de Sévigné

L’Homme sans qualités par Robert Musil

Homme invisible, pour qui chantes-tu ? par Ralph Ellison

La Duchesse de Langeais par Honoré de Balzac

Belle du Seigneur par Albert Cohen

 

Les Réprouvés par Ernst von Salomon

La Lettre écarlate par Nathaniel Hawthorne

La Chartreuse de Parme par Stendhal

Le Misanthrope de Molière

Crime et châtiment par Fédor Dostoïevski

 

Childe Harold par Lord Byron

Les Grandes Espérances par Charles Dickens

Bel-Ami par Guy de Maupassant

Thérèse Desqueyroux par François Mauriac

Voyage au bout de la nuit par Louis-Ferdinand Céline

 

Mémoires d’outre-tombe par François-René de Châteaubriand

Le cœur est un chasseur solitaire par Carson McCullers

Climats par André Maurois

Aurélien par Louis Aragon

La Promesse de l’aube par Romain Gary

 

Le Ravissement de Lol V. Stein par Marguerite Duras

Le Docteur Faustus par Thomas Mann

Le Portrait de Dorian Gray par Oscar Wilde

Le Dernier jour d’un condamné par Victor Hugo

Lettres à son Frère Théo par Vincent van Gogh

02 04 16

Une tête brûlée de La Royale…

Un libertin chez les Esquimaux .jpgGrand amateur de destinées humaines insolites et chasseur de curiosités, le très prolifique et très talentueux écrivain et historien Bruno FULIGNI a fait naguère, sur un site de vente en ligne, la découverte et l’acquisition d’un manuscrit inédit signé d’un énigmatique « P… ».

Après avoir mené l’enquête dans les archives pour en identifier l’auteur, un certain Georges Péan, Bruno Fuligni a donné dans Un libertin chez les Esquimaux paru aux Éditions du Trésor à Paris la transcription complète de cet incroyable récit autobiographique, augmenté d’une analyse introductive et de nombreuses notes.

Voici ce qu’il en dit :

« Dans un récit épistolaire composé de 41 lettres, un officier de marine breton issu d’une famille de petite noblesse sans fortune et dont la jeunesse libertine détermina l’avenir de grand voyageur retrace l’odyssée que fut sa vie.

Poussé à quitter la France et à prendre la mer vers de lointaines contrées pour se faire oublier, il sera tour à tour naufragé en Guyane, prisonnier des Anglais à bord du Britannia, explorateur à la découverte du Grand Nord aux côtés de La Pérouse avec qui il prit part à la destruction du fort Prince-de-Galles dans la baie d’Hudson en août 1782 avant d’être témoin des journées insurrectionnelles de 1792 en France.

Tout à la fois récit d’aventures et témoignage d’un voyageur lettré de la fin du XVIIIe siècle, ce texte constitue une source historique nouvelle. »

L’ouvrage se complète d’un cahier hors texte proposant le fac-similé de plusieurs pages du manuscrit d’origine, ainsi que des gravures d’époque.

Le récit palpitant d’un ancêtre littéraire du fameux aventurier Henry de Monfreid !

Bernard DELCORD

Un libertin chez les Esquimaux par Georges Péan, texte présenté par Bruno Fuligni, Paris, Éditions du Trésor, février 2016, 192 pp. en noir et blanc et un cahier photo de 8 pp. en quadrichromie au format 14,7 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 17 € (prix France).

31 03 16

Commet je M'appelle ?

_costermans.jpgLe livre Comment je M'appelle de Dominique Costermans est intelligent et plein d'humour, sérieux et agréable à la fois. Ce sont des mini-récits de vie autour du prénom, de celui qu'on nous a imposé, de celui qu'on a renié ou modifié. Le prénom nous « inscrit dans l'ordre familial, social et symbolique » explique l'auteure.

Dominique Costermans est une nouvelliste et une vulgarisatrice scientifique, voilà pourquoi ce livre plaît tant !

En exergue, une citation de Jacques Lacan : « Ce langage dans lequel vous avez crû et grandi, que vous avez reçu chacun dans vos familles, n'est pas quelque chose qui vous a été transmis sans vous véhiculer en même temps toute une réalité vacillante et frémissante faite du désir de vos parents ».

Dans l'avant-propos, Dominique explique : « J'ai toujours été fascinée par l'origine des prénoms et par leur signification. Petite, je lisais et relisais l'almanach de mes parents, un petit Marabout des années 1960 où les Valérie, les Nathalie, les Vincent et les Olivier commençaient à ravir la vedette aux Nicole, aux Jacques, aux Martine et aux Françoise. Les Véronique et les Michel étaient en perte de vitesse, les Andrée et les Simone n'avaient plus du tout la cote, les Virginie et les Émilie dataient d'un autre siècle. On n'imaginait pas que reviendraient un jour les Amandine et les Chloé, ou que débarqueraient les Kévin et les Kimberley ».

J'adore ! Toute notre histoire surgit ainsi...

L'enquête qu'a menée l'auteure a porté sur 814 personnes, dont 463 ont répondu. Son parti-pris a été de ne contacter que des gens qu'elle connaissait de près ou de loin. Ce choix méthodique est une des clés du succès de l'enquête.

Entre les prénoms classés par ordre alphabétique, on trouve de très intéressantes pages sur l'administration, sur les prénoms refusés, le prénom marqueur social, le prénom est une musique, etc.

Une précision importante, il ne s'agit bien sûr pas d'un ènième livre sur l'origine étymologique du prénom, mais bien sur le sens de l'avoir attribué et des réactions que cela entraîne dans nos vies.

Un ouvrage passionnant, que l'on ouvre à n'importe quelle page au hasard des prénoms de nos proches ou d'autres...

 

Jacques Mercier

 

« Comment je M'appelle », (Porter un prénom, du déterminisme à la liberté) Dominique Costermans, Editions Academia, 262 pp, 22 euros. www.editions-academia.be

 

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27 03 16

« La physique donne le combien, la métaphysique le comment. » (Buffon)

Histoire de la physique.jpgSpécialiste de l'histoire des sciences et des techniques et membre du Centre national belge d'histoire des sciences, Jean C. Baudet, que nous avons déjà présenté dans ces colonnes, estn, on s’en souvient, un philosophe, écrivain et poète belge né à Bruxelles le 31 mai 1944.

Après une double formation en chimie et en philosophie, Jean C. Baudet a enseigné l'histoire des sciences et la philosophie au Congo ex-belge (de 1966 à 1968) puis au Burundi (de 1968 à 1973). Tout en poursuivant son enseignement, il a étudié la biologie à l'Université de Bujumbura.

De 1973 à 1978, il est chercheur en biologie à la Faculté agronomique de Gembloux et à l'Université Paris-VI. En 1978, il revient à la philosophie et fonde, à Bruxelles, la revue Technologia, consacrée à l'histoire des sciences, des techniques et de l'industrie. Depuis 1996, Jean C. Baudet est membre de la rédaction de la Revue Générale (Bruxelles).

Comme philosophe, il étudie le problème de la connaissance, selon l'approche de l'épistémologie historique. Il a spécialement mis en évidence le lien entre science et technique dans la constitution des savoirs.

Auteur prolifique, il a fait paraître de nombreux ouvrages de vulgarisation, parmi lesquels, aux Éditions Vuibert à Paris, après une passionnante Histoire des mathématiques déjà présentée dans ces colonnes, une remarquable Histoire de la physique qui résume vingt-six siècles d'histoire des sciences et fait découvrir, pas à pas, les grands concepts et les figures emblématiques qui ont forgé les bases de la physique moderne en suivant l’évolution d'un cheminement scientifique qui a balancé entre histoire et philosophie.

On peut conclure en assurant que l’auteur fournit dans cet ouvrage une explication claire et précise de l'élaboration des plus grandes théories de notre civilisation.

Une belle performance !

Bernard DELCORD

Histoire de la physique par Jean C. Baudet, Paris, Éditions Vuibert, mars 201(, 333 pp. en noir et blanc au format 17 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 32 € (prix France)

Table des matières :

Avant-propos

Les Grecs : la théorie des éléments

Qu'est-ce que la physique ?

Les cosmogonies

Thalès et les Milésiens

Pythagore et les pythagoriciens

Empédocle d 'Agrigente

Les atomistes

Les astronomes

Platon et Aristote

Archimède et les Alexandrins

Les Romains

Le XVIe siècle : l'instrumentation et l'héliocentrisme

La révolution héliocentrique

L'instrumentation

La chymie

Le XVIIe siècle : la mécanique et la gravitation universelle

De Galilée à Pascal

De Descartes à Varignon

De Salomon de Caus à Leibniz

Newton

Le XVIIIe siècle : la mathématisation de la « philosophie naturelle »

La thermométrie

Les cordes vibrantes

La calorimétrie

Le XIXe siècle : la thermodynamique, l'optique et l'électromagnétisme

La chaleur

L’électricité

Les atomes

De 1895 à 1945 : la structure de l'atome et la physique nucléaire

Les électrons

La radioactivité

Les quanta

La relativité

Les protons et les neutrons

La fission de l'uranium

Du côté des étoiles

De 1945 à nos jours : les particules et la naissance de l'Univers

De plus en plus de particules

Le Modèle standard

La radioastronomie

Le Big Bang

L'âge de l'Univers

Une formule d'Univers

 

Conclusion

Bibliographie

Index des noms propres

Index des notions

15 03 16

Chroniques passionnantes

_crickillon.jpgUne des spécialités littéraires de notre pays est l'imaginaire. Elle se décline sous une série de formes intéressantes, comme le fantastique, la science-fiction ou le heroic fantasy. Jacques Crickillon a eu l'excellente idée de tenir entre 1988 et 2013 des chroniques à ce sujet. L'édition Samsa et l'Académie royale de langue et de littérature françaises éditent ces chroniques sous le titre de « Compagnons d'aventure ».

Arnaud de la Croix dans l'introduction resitue le propos : « Un quart de siècle au rythme d'une chronique bimestrielle dans la revue Lectures, destinée en priorité aux bibliothécaires de la Communauté française de Belgique, le romancier et poète Jacques Crickillon, dont l’œuvre a été consacrée par différents prix, parmi lesquels le prestigieux Prix Rossel en 1980, s'est attaché à recenser et critiquer les parutions nouvelles dans plusieurs domaines de la littérature dite de genre. » Plus loin : « Son jugement est sans appel. A l'aube du XXIe siècle, il indique par exemple « le caractère prophétique de la SF de haut niveau ». Et de préciser, que l'auteur stigmatise avec un singulier et salutaire franc-parler : "Ce genre méprisé par les peigne-culs de la pseudo-culture véhicule depuis plus d'un demi-siècle les seules interrogations qui comptent, celles de la morale et de la métaphysique : Qui suis-je ? Et qu'est-ce qu'un humain ? »

Jacques Crickillon dans sa préface écrit des choses magnifiques, par exemple : « Sans l'imagination, l'écrivain n'est qu'une fourmi laborieuse. »

Il nous embarque ensuite dans un incroyable état des lieux. Il met en avant ses découvertes et ses avis, nous fait découvrir et redécouvrir.

Voici le début de sa première chronique en 1988 : « Et si l'on parlait des livres dont on en parle jamais ? Cette littérature d'aventure, classée paralittérature en francophonie, comme si de raconter n'était pas le propos du roman, comme si un bon romancier devait être avant tout philosophe et moraliste ! Si Jean Ray avait écrit en anglais, il serait considéré comme un classique aux côtés de Stevenson et de Fenimore Cooper.(...) Ces derniers temps, bien des livres d'aventure m'ont séduit et j'ai la faiblesse d'aimer faire partager mes découvertes. » Le style et le ton de Crickillon sont originaux : « Lisez et relisez d'abord Le Seigneur des anneaux. Lecture lente, attentive. Ça n'est pas du surgelé, que diable ! Lecture qui réclame l'environnement de la nature sauvage... »

Quelques endroit picorés dans ce merveilleux livre de découvertes. Il parle de Sternberg : « Dans les Contes à régler, on retrouve l'humour noir, le froid ricanement, la déception cachée sous le sarcasme de celui qui, dans Les Pensées, écrivait : « Il n'est pas nécessaire de réussir pour désespérer. » ou « Il y a deux sortes de ruminants : les bovidés qui ruminent de l'herbe et les humains qui ruminent du verbe ».

Plus loin, il fustige la Francophonie qui a dédaigné des écrivains comme Lewis Carroll « rejeté jusqu'il y a peu au rayon des petites histoires pour mouflets » ou Paul Féval « utilisé comme réserve à navets cinématographiques » ou enfin l'Italien Collodi « totalement effacé par son enfant de bois Pinocchio, avec même son œuvre édulcorée par Walt Disney et qui a été totalement purgée de sa pensée anarchisante ».

En 1993, Jacques Crickillon parle du Liégeois Alain Dartevelle : « Comme il arrive le plus souvent à nos écrivains de talent, Dartevelle traite son genre littéraire d'élection avec la liberté d'invention qui fleurit, vénéneuse et pulsante, dans notre marge nordique de la francophonie ».

L'auteur nous donne à aimer ces genres marginalisés, nous les explique, nous les définit. Il évoque Thomas Owen, Jean Muno, et au passage la collection dont je fus un temps le directeur littéraire « Les Maîtres de l'Imaginaire », ce qui me vaut d'être cité dans l'index avec mes années de naissance... et de mort en 2008 (Erreur sans doute par rapport à mon départ de la RTBF cette année-là... J'en souris, car c'est une première et forcément ça arrivera... avec une autre année!).

Encore, pour conclure, ce paragraphe génial : « Notre monde est-il à ce point insupportable (comme s'exclamait Joris-Karl Huysmans quand il avait égaré ses pantoufles) que depuis ses origines l'Humanité ne cesse d'en imaginer d'autres, sur Terre ou dans un improbable ailleurs ? C’est que la mort guette, que la perfection n'est pas de ce monde. Alors, rêvons ! »

 

Jacques Mercier

 

Compagnons d'aventure (Chroniques de Science-fiction, fantasy et fantastique (1988-2013), Jacques Crickillon, Éditions Samsa, Bruxelles. 280 pp. 22 euros.

 

09 03 16

L'humour est la courtoisie de la maladie

9782226321824m.jpg"  Les infirmières portent des armoires à glace émotionnelles sur leur dos en souriant. Ce sont les grandes déménageuses de l'espoir. A elles la lourde charge de diffuser quelques bribes de lumière aux quatre coins de l'enfer, là où les anges perdus font du stop à main nue. (...) Elles gagnent à être (re)connues."

Mathias Malzieu est le fondateur du groupe rock Dionysos. Il est doté d'une créativité à tout crin, écrit -très bien - compose, scénarise des films, bref, il  vit à 200 à l'heure. Une fatigue le saisit, fin novembre 2013, qui rapidement révèle une aplasie médullaire, entendez une maladie rare, auto-immune, qui stoppe net le fonctionnement de la moelle osseuse, fait chuter drastiquement globules et plaquettes. Le risque d'hémorragie est grand qui peut le conduire à se transformer "en arrosage automatique d'hémoglobine".

De sévère, l'aplasie médullaire se développe réfractaire...

 Du long (et victorieux) combat contre la maladie, ses embûches, ses attentes, les confrontations de son corps malade avec celui du monde médical, Mathias Malzieu décide de rédiger le journal. Chapitres courts et vifs, plume alerte, nourrie d'humour, d'autodérision et de formules inventives se succèdent, qui sont hommage au personnel soignant, aux proches qui l'ont soutenu, à la nouvelle "mère biologique" qui a cédé le cordon ombilical salvateur.

On dit que l'humour est la politesse du désespoir; il est aussi courtoisie face à la maladie, magnifique clin d'oeil à la vie.

Un témoignage pudique, sobre, éminemment attachant.

"Je suis rescapé d'un crash en moi-même. Les papilles gustatives de mes émotions sont en alerte maximum. Le normal correspond à l'extraordinaire."

Je vous en recommande la lecture

Apolline Elter 

 Journal d'un vampire en pyjama, Mathias Malzieu, témoignage, Ed. Albin Michel, janvier 2016, 236 pp

  

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01 03 16

Chemins de sagesse

_sagesse lavelle.jpgNous sommes tous à la recherche des « Chemins de sagesse », de cette sagesse qui nous apaise, mais aussi nous exalte. C'est précisément le titre d'un ouvrage du philosophe Louis Lavelle, que je découvre de plus en plus.

Comment ne pas être enthousiasmé par des phrases comme celles-ci :

« Être est toujours plus que connaître »

« Nous sommes à la fois dans le temps et dans l'éternité. »

« La science est exacte, la poésie est vraie. »

« La sagesse est une ouverture de l'âme qui livre accès en elle à l'intelligence et qui devient apte, en présence de l'univers, à tout aimer et à tout comprendre. »

« J'éprouve indéfiniment en moi la présence d'une puissance qui n'a point encore été employée, d'une espérance qui n'a point encore été déçue. »

« Le plus difficile dans nos relations avec les autres êtres, c'est ce qui paraît peut-être le plus simple : c'est de reconnaître cette existence propre, qui les fait semblables à nous et pourtant différents de nous, cette présence en eux d'une indivuadilité unique et irremplaçable, d'une initiative et d'une liberté, d'une vocation qui leur appartient et que nous devons les aider à réaliser, au lieu de nous en montrer jaloux, de de l'infléchir pour la conformer à la nôtre. »

« Les hommes les plus grands et les plus forts sont tout entiers à ce qu'ils font. Les autres sont toujours préoccupés. »

« Il y a dans la vie des moments privilégiés où il semble que l'univers s'illumine. »

 

Et enfin :

« La plus grande sottise et qui nous rend toujours dupe, c'est la peur d'être dupe. »

 

Avouez qu'il est des lectures plus superficielles. Celle de Louis Lavelle, qui vécut au début du XXe siècle et dont j'espère la plus large reconnaissance, est toujours d'une beauté profonde ! Bonne lecture et bonne réflexion.

 

Jacques MERCIER

 

« Chemins de sagesse », Louis Lavelle, notes de Bernard Grasset, préface de Jean-Louis Viaillard-Baron, Edition Hermann, 146 pp. 18 euros.

28 02 16

La puissance de la joie.

_joie lenoir.jpgFrédéric Lenoir dans « La puissance de la Joie » nous donne toutes les raisons de croire au bonheur. Avec des références, comme toujours, telles celles-ci :

« Le bonheur, c'est de continuer à désirer ce qu'on possède déjà. »

(saint Augustin)

ou

« La nature nous avertit par un signe précis que notre destination est atteinte. Ce signe est la joie. »

(Henri Bergson)

ou enfin

« La joie est une puissance, cultivez-la. »

(Dalaï-lama)

J'aime aussi beaucoup les pistes de musiques qu'il nous donne, et qu'il a suivies lui-même pour se mettre dans un état de bonheur. Cela va de la Messe en ut mineur de Mozart au fabuleux Köln concert de Keith Jarrett (qui tourne en boucle dans ma voiture).

Comme souvent, je vous donne à picorer quelques courts extraits, qui vous donneront sans doute envie de lire l'ensemble de ce fort bel essai.

« La persévérance dans l'effort jusqu'à la réalisation de notre projet est presque toujours source de joie. »

« Certaines personnes ne sont bien que seules, d'autres doivent en permanence être entourées, alors que la plupart ont besoin, pour s'épanouir, d'alterner moment de solitude et de sociabilité. »

« Une fois qu'on a compris qu'il est stupide et vain de vouloir être aimé par tout le monde, on est déchargé d'un grand poids. »

« La joie de pouvoir être pleinement soi. »

« Si l'amour n'est pas fondé sur une joie active mais passive, donc liée à l'imaginaire, il se transforme tôt ou tard en tristesse. »

« Aimer une personne ne consiste pas à la posséder mais, au contraire, à la laisser respirer. »

« La jalousie, la possessivité, la peur de perdre l'autre sont des passions qui parasitent, voire détruisent la relation du couple. »

« La joie a l'étrange faculté de s'accroître quand on la donne. »

 

Et enfin, sous forme de conclusion à ce billet/reflet :

«Lorsqu'on aime une personne, cet amour, dans ce qu'il a de vrai, est éternel. »

 

Jacques MERCIER

 

« La puissance de la Joie », Frédéric Lenoir, Édition Fayard, 216 pp. 18 euros.

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25 02 16

La tentation totalitaire de l’écologie

L’idéologie du réchauffement.jpgFormé à HEC et à Harvard, Rémy Prud’homme est devenu professeur d’économie à l’Institut d’Urbanisme de Paris, à l’Université Paris XII et au MIT (Massachusetts Institute of Technology). Il a occupé ensuite le poste de directeur adjoint de l’Environnement à l’OCDE.

Il a fait paraître aux Éditions du Toucan à Paris L’idéologie du réchauffement – Science molle et doctrine dure, un ouvrage solidement documenté dans lequel, sans nier le réchauffement de la planète – l’auteur affirme même qu’au cours du XXe siècle, la température moyenne de la Terre a augmenté de 0,6 à 0,8 degré –, il s’en prend vertement aux tenants du « réchauffisme » (un mot-valise mariant réchauffement et alarmisme) qui tiennent pour une certitude absolue que la hausse des températures est anthropique.

Après le démontage de quatre catastrophismes qui ont laissé, en dépit de leurs erreurs techniques et de leur inanité dans les faits, une trace indélébile dans les esprits contemporains, sans doute parce que leurs auteurs étaient considérés comme des « savants » alors qu’ils n’étaient que de simples prophètes de malheur quelque peu illuminés à la manière du professeur Philippulus annonçant le châtiment dans Tintin et l’étoile mystérieuse (Thomas Malthus et son Essai sur le principe de population [1798], Stanley Jevons et Sur la question du charbon [1865], Rachel Carson et Le printemps silencieux [1962], Dennis et Dorabella Meadows et The Limits of Growth [1972]), Rémy Prud’homme dénonce la dérive idéologique du « réchauffisme » qui, comme toute idéologie, porte en lui une tendance dangereusement totalitaire.

Écoutons-le :

« Ce mouvement d’idées présente les 5 caractéristiques d’une idéologie, selon les critères établis par Hannah Arendt :

– il est monocausal : les rejets de CO2 causés par l’homme expliquent à eux seuls le réchauffement dramatique de la planète.

– il est scientifiste : il prétend s’appuyer sur une science unique, irréfutable.

– il est étatique : à la différence des religions, les idéologies sont toujours capturées, instrumentalisées par des États.

– il est révolutionnaire : il faut tout changer pour « sauver » la Terre.

– il est populaire : l’adhésion des peuples est forte. »

Rémy Prud’homme décrit aussi le catéchisme « réchauffiste » et montre ses nombreuses failles, basées notamment sur des approximations méthodologiques, des contre-vérités scientifiques et une récupération politique autant qu’affairiste.

Enfin, il détaille par le menu les causes et les conséquences du réchauffement climatique, ainsi que l’aspect chimérique, voire dangereux, des solutions préconisées par le GIEC, par les ONG, par les médias et par les églises de tout poil, tous et toutes peu ou prou stipendiés, qui se sont emparés de la question pour en faire une véritable religion inquisitoriale…

À l'en croire, vivement la révolution des idées, l’abolition de la religion bobo, l’abandon de ses privilèges et le renversement de ses ayatollahs !

Bernard DELCORD

L’idéologie du réchauffement – Science molle et doctrine dure par Rémy Prud’homme, Paris, Éditions du Toucan, collection « L’Artilleur », novembre 2015, 282 pp. en noir et blanc au format 14 x 22 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 20 € (prix France)

Sommaire :

I. INTRODUCTION

Quatre catastrophismes

Le réchauffisme comme idéologie

Contenu de l'essai

II. LE CATÉCHISME RÉCHAUFFISTE

La notion de catéchisme

Le contenu du catéchisme

Une version médiatique du catéchisme

III. LES GARDIENS DU TEMPLE

Les organisations internationales

Les hommes politiques

Les chercheurs

Les ONG, les médias et les églises

Le GIEC

Le système réchauffiste

IV. LE RÉCHAUFFEMENT ANTHROPIQUE

Les fondements scientifiques de la doctrine

Les mesures de la température

Les températures avant le XIXe siècle.

La faible corrélation C02-températures

La stagnation des températures au XXIe siècle

Les réactions réchauffistes

V. LES CONSÉQUENCES DU RÉCHAUFFEMENT

Mise en perspective

Glaces et niveaux des mers

Précipitations et inondations

Évènements extrêmes

Bienfaits du C02

Dommages aux pays pauvres

VI. LE PAYS DES CHIMÈRES

La chimère de la planification intégrale

La chimère des réductions massives

La chimère de l'électricité sans C02

La chimère de la croissance verte

VII. LA TENTATION TOTALITAIRE

La propagande réchauffiste

L'endoctrinement réchauffiste

L'intolérance réchauffiste

Le colonialisme réchauffiste ?

VIII. CONCLUSION

Une science fragile

Une idéologie dangereuse

RÉFÉRENCES

SITES

SIGLES