28 06 09

Moi, Anne, mère du Roi

ALEXANDRELes oubliés de l'Histoire sont innombrables. D'autant plus oubliés quand ils ont vécu dans l'ombre du Roi soleil qui, question ombre, a du en faire pas mal, affublé d'un tel sobriquet.
Après le Montespan de Jean Teulé, c'est au tour de la reine Anne, mère de Louis XIV, d'avoir les honneurs de la littérature d'aujourd'hui : Anne d'Autriche, rendue célèbre par Alexandre Dumas dans Les trois mousquetaires à cause de son amour pour le duc de Buckingham. Qu'y a-t-il de vrai dans ses rapports mythiques avec Richelieu, Mazarin, Buckingham, son mari Louis XIII ou encore le Prince de Condé ? C'est le propos de Philippe Alexandre (journaliste politique popularisé par la radio périphérique et la télé) et Béatrix de l'Aulnoit dans ce livre qui n'est pas ans rappeler les grandes heures littéraires de Castelot et Decaux.
Brice Depasse

  PHILIPPE ALEXANDRE - Brice Depasse 1
  PHILIPPE ALEXANDRE - Brice Depasse 2

Pour Mon Fils pour Mon Roi, de Philippe Alexandre et Béatrix de l'Aulnoit, Robert Laffont, avril 2009, 365p., 21€00.

28 06 09

Non dire fregnacce ! (« Ne dis pas de conneries ! »)

cochonneAvec Je parle italien comme un(e) cochon(ne) rédigé par Béatrice Passera (cherchez la contrepèterie…), les Éditions Blanche à Paris poursuivent les expérimentations péripatético-pédagogiques entamées avec d’autres langues (l’anglais, l’allemand et l’espagnol) et avec les mathématiques. Fondant sa méthode d’apprentissage sur les éléments fédérateurs que sont « la famille, le sexe et la bouffe » et après avoir finement remarqué que « la plupart des mots désignant le sexe masculin sont au féminin en français mais pas en italien », l’auteure lance l’apprenant à la découverte des arcanes de la vie corporelle (de la tête aux… pieds), sexuelle (pour prendre son pied), fonctionnelle (pour aller où le roi va à pied) et sociale (pour partir du bon pied) de la Botte, sans omettre ce qui touche à l’argent, aux bagnoles, au boulot, aux animaux, à l’amusement, aux flics, aux voleurs et à la drogue tout en terminant par d’intéressantes listes d’injures (« bordel » se dit « casino » dans l’idiome du Dante, tandis qu’« idiot » s’y traduit par
« fesso » et qu’« imbécile » s’y dit « idiot », allez savoir pourquoi…).
Le vocabulaire abordé est riche et varié, les leçons passionnantes et les exercices pratiques plutôt créatifs. Attention toutefois aux faux amis, car il ne faut pas confondre « Pinocchio » et
« finoccio » (qui qualifie davantage les invertis que les marionnettes à long nez) ou « sono in sciopero » (« je suis en grève ») et « ti scopero » (« je vais te baiser »). C’est à ces petits détails qu’on devine qui use d’une bonne langue ou pas, non ?
Bernard DELCORD

Je parle italien comme un(e) cochon(ne) par Béatrice Passera, Paris, Éditions Blanche, avril 2009, 123 pp., broché, 12 €

22 06 09

Au coeur du système Madoff

GUIBERTDeux journalistes du Point enquêtent sur Madoff, sa famille, ses amis, ses contacts, ses victimes. Un livre vertige sur l'univers du fric et des géants de la finance. Leur rigueur interne, mais aussi leur naïveté, leur fragilité suscitée par le rendement. La fuite en avant, l'immoralité.
Vous allez en apprendre de belles en nous écoutant.

  ROMAIN GUIBERT - Brice Depasse 1
  ROMAIN GUIBERT - Brice Depasse 2

Et surtout n'en parlez à personne... , Romain Gubert et Emmanuel Saint-Martin, Albin Michel, juin 2009, 320p., 19€00.

08 06 09

Voyage au bout de la Femme

THOMASSLa lingerie est une question d'intimité que l'on partage d'abord avec soi-même. Une sensibilité de peau contre peau, un corps enrubanné de dentelle. Jupons, guêpières, porte-jarretelles, culottes minuscules, madame de Montespan aurait adoré les créations de Chantal Thomass pour séduire Louis XIV. Secret de beauté pour les unes, séduction pour les autres, confort et élégance pour toutes, la lingerie revisitée dans ce livre nous emporte à travers les époques depuis le Moyen-Äge jusqu'à la libération absolue de notre temps. La lingerie n'est plus tabou; les femmes en usent avec ruse, les messieurs en raffolent et en offrent. Entrez dans le boudoir de Chantal Thomass : le rêve est accessible, il est aussi doux que la soie des bas.
Nicky Depasse

  CHANTAL THOMASS - Nicky Depasse 1
  CHANTAL THOMASS - Nicky Depasse 2
  CHANTAL THOMASS - Nicky Depasse 3

THOMASS2Histoire de la lingerie, Chantal Thomass, Perrin, avril 2009, 271p., 19€80.

07 06 09

Clara Rojas, l'autre captive

Rojas_C23 février 2002: prise en otage par les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), aux côtés d'Ingrid Bettancourt, dont elle orchestre la campagne présidentielle, Clara Rojas restera, 6 ans durant, prisonnière de la jungle colombienne. On vit dans une atmosphère étouffante, malsaine. Chaque journée passe comme une longue asphyxie à laquelle on survit miraculeusement.
Sa survie, elle la doit à une force de caractère peu commune, une hygiène morale, mentale et cérébrale qui lui évite de sombrer dans le désespoir. Régulièrement, elle s'imposera des jeûnes de neuf jours - des neuvaines - qui renforceront sa volonté et opposeront à ses geôliers le seul espace de liberté dont ils ne peuvent la priver. Et puis, il y a le rôle essentiel de la Foi: Elle a pris une importance dans ma vie que je n'aurais jamais pu imaginer. Chaque jour où j'ai été privée de liberté, c'est la foi qui m'a maintenue en vie et je suis convaincue que je n'aurais pas survécu à ce cauchemar si je n'avais pas possédé cette conviction religieuse profonde.
Un fils, Emmanuel, naîtra durant sa captivité. Il lui sera retiré quelques mois plus tard, atteint de leishmaniose. Clara Rojas connaîtra alors une période de désespoir profond. Le récit est sobre, pudique, déjà traversé par ce sentiment de pardon dont l'ex-otage sait qu'il constitue le salut de sa sérénité retrouvée.Au sujet de  la discorde qui a eu raison de son amitié avec Ingrid Bettancourt, Clara Rojas se contentera d'observer: Ce n'est pas un fait concret qui a rompu notre amitié, mais plutôt une mise à distance progressive et mutuelle liée aux circonstances."
Un récit digne. Une leçon de survie, en même temps qu'une admirable leçon de vie.
Apolline Elter

Captive, Clara Rojas, Plon, avril 2009, 248 pp, 19 €.

01 06 09

Ceci n’est pas un livre… comme les autres !

MAGRITTEEn ressortant, pour l’ouverture, le 9 juin 2009, du musée consacré à son œuvre picturale, les Écrits complets de René Magritte (1898-1967), établis et annotés par feu André Blavier, ci-devant oulipien et pataphysicien de génie, les Éditions Flammarion ont fait œuvre pie !
Car rassembler tout ce que Magritte publia ou destina à la publication ne fut certes pas une mince affaire, et cet ouvrage ouvre ses pages non seulement aux textes proprement dits, mais aussi aux inédits, aux interviews, aux fragments, aux propositions, aux tracts, aux manifestes, à la correspondance (hormis la privée) et même aux « propos », c’est-à-dire des paroles non datées et des conversations rapportées, aux « textes épars », à savoir des articles et des textes de toutes sortes citant le maître, ainsi qu’aux écrits apocryphes. On ne s’étonnera pas, dès lors, du caractère volontairement « brolatique » de cette compilation passionnante et forcément surréaliste où l’on retrouve de tout, même des phrases relevant de l’agression, de l’insulte, du cri de rage, du manifeste ou du sarcasme, toutes choses bien peu académiques mais ô combien vivantes dans le chef du peintre au chapeau boule.
Et André Blavier de mettre en exergue cette forte assertion : « L’art de peindre, tel que je le conçois, n’est ni facile ni difficile. Je sais qu’à certains moments, des images imprévisibles m’apparaissent et qu’elles sont les modèles de tableaux que j’aime peindre. Ces images me semblent dominer mes idées et mes sentiments bons ou mauvais. Elles les dominent vraiment si elles révèlent le présent comme un mystère absolu ». Et à bien y réfléchir, c’est vrai qu’on ne sait pas, par exemple, s’il y a du tabac dans la pipe qui n’en est pas une : mystère, mystère…
Bernard DELCORD

Écrits complets, René Magritte, nouvelle édition établie et annotée par André Blavier, Paris, Éditions Flammarion, mars 2009, collection « Écrits d’artistes », 764 pp., 30,00€.

31 05 09

Pour secouer le prunier…

SASTREDans Ex utero, sous-titré « Pour en finir avec le
féminisme » et paru aux Éditions La Musardine à Paris, la jeune (elle est née en 1981) philosophe des sciences Peggy Sastre règle quelques comptes avec le discours moralisateur des féministes contemporaines et avec celui, complaisant et tout aussi convenu, de certains hommes pétris de leurs certitudes phalliques actuelles. Partant du principe que les femmes sont probablement les premières responsables des injustices dont elles sont encore aujourd’hui les victimes, l’auteure se penche sur diverses questions (désir d’enfant dans le couple, grossesse, histoire de l’évolution féminine, biologie, mythologie, pornographie, sado-masochisme, libertinage et prostitution) avec autant de profondeur que de liberté, pour en dégager, dans l’opposition procréation vs sexualité, quelques lignes de force surprenantes et provocatrices, certes, mais dont la sagacité ne laisse pas d’impressionner. Car pour Peggy Sastre, tenante d’une certaine forme de féminitude, la question est posée : « Les femmes feront-elles quelque chose de leur vie tant qu’elles auront un utérus ? » Et tant que les féministes se targueront de les défendre…
Bernard DELCORD

Ex utero, Peggy Sastre, Paris, Éditions La Musardine, collection « L’attrape-corps », novembre 2008, 182 pp., 14 €

31 05 09

Quels talents !

HISTOIREL’architecture, la sculpture et la peinture prennent toute leur mesure dans la remarquable Histoire de l’art qui vient de paraître chez Flammarion sous la plume de Jacques Thuillier qui fut jadis professeur de faculté à Dijon, enseigna naguère à la Sorbonne et professe aujourd’hui au Collège de France. L’auteur, qui refond ici un ouvrage paru en 2002, y soutient une triple gageure :
« Évoquer toute l’histoire de l’art en un seul volume ; faire une part égale au texte et à l’illustration ; chercher à éveiller la curiosité pour chaque époque et chaque art » et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il remporte la palme haut la main ! Dans cette somme où tous les courants, toutes les tendances, toutes les recherches et tous les grands noms émergent à leur place, l’auteur fait la part belle aux productions occidentales, sans négliger pour autant celles en provenance d’Asie et d’Afrique, Ses explications sont d’une grande limpidité, son érudition est sans faille, ses choix sont incontestables et le service iconographique de sa maison d’édition a fait du (très) beau travail. Toutes les conditions sont donc réunies pour que le lecteur sorte de cette lecture émerveillé et ébloui comme nous l’avons été !
Bernard DELCORD

Histoire de l’art, Jacques Thuillier, Paris, Éditions Flammarion, mai 2009, 638 pp., au format 17,8 x 24,5 cm illustrées en quadrichromie sous couverture souple à rabats, 30 €

13 05 09

Cannes cancans

decorationC’est aujourd’hui que s’ouvre le Festival de Cannes, l’occasion toute trouvée de parler du livre de souvenirs de son « boss » (depuis trente ans), Gilles Jacob, qui les a joliment intitulés La vie passera comme un rêve. Il y raconte tout de son enfance marquante (d’origine juive, il trouvera refuge dans un séminaire de pères assomptionnistes durant la Seconde Guerre mondiale), de sa jeunesse trépidante, de sa carrière d’industriel et de critique (il œuvra aux Nouvelles littéraires et à L’Express), mais surtout de son cinéma à lui, celui de la Croisette, où il a côtoyé les grands parmi les grands, français, américains, britanniques, italiens et tutti quanti. Le récit, alerte et bien troussé, enfile les anecdotes avec beaucoup de bonne humeur et livre à travers celles-ci des portraits instantanés d’Alfred Hitchcock, de Federico Fellini, d’Orson Welles, de Woody Allen, d’Alain Delon, de Stanley Kubrick, de Catherine Deneuve, d’Ettore Scola, d’Isabelle Adjani, de Jeanne Moreau, de Gérard Depardieu, de Jane Fonda, d’Isabelle Huppert, de Sharon Stone, de Clint Eastwood… Et gageons que le récit de la rencontre de ce dernier en 1994 à Hollywood, interrompue par un tremblement de terre qui le laissa de marbre, fera briller encore davantage au Panthéon des héros du septième art l’auréole du réalisateur de Sur la route de Madison !
Bernard DELCORD

La vie passera comme un rêve par Gilles Jacob, Paris, Éditions Robert Laffont, mars 2009, 385 pp. en noir et blanc sous jaquette en quadrichromie, accompagnées d’un cahier photo, 21 €

12 05 09

Vox populi…

marianne« Au début de la Révolution française », explique Bruno Fuligni dans La parlotte de Marianne, l’excellent petit dictionnaire sous-titré “1000 mots d’argot politique” qu’il vient de faire paraître chez Horay à Paris, « on appelait du surnom hautement dépréciatif de ‘culocratie’ l’Assemblée nationale parce que ses membres votaient par assis et lever », tandis que la « ‘canaillarchie’ désignait chez les aristocrates l’Assemblée nationale dominée par les roturiers ». Par ailleurs, sous la Ve République, on nommait « députettes » les premières élues au sein de l’Hémicycle après les lois de 1944 et
« connarium » le bureau vitré de la questure du Parlement « où se trouvaient affectés les fonctionnaires jugés incompétents ou tombés en disgrâce ».On le voit, l’humour, parfois sardonique, n’est pas loin. Ainsi en est-il aussi pour les « travaux de mastication » désignant un banquet maçonnique, pour le « crachat » arboré sur le côté droit de leur poitrine par les grands-officiers de la Légion d’honneur ou pour le « bouffe-galette » qu’est un député aux yeux des antiparlementaires (synonyme : « tout-à-l’œil »). Mais n’oublions pas « l’argent-braguette », alias les allocations familiales, les listes « chabada » où les hommes et les femmes sont à parité complète et alternée (un candidat, une candidate), les « francoquins » partisans du Caudillo espagnol, ni l’Europanto, mot-valise créé à partir d’Europe et d’esperanto pour désigner la langue communautaire nouvelle inventée en 1996 par le traducteur italien Diego Marani. Bruno Fuligny précise que ce sabir moderne est un joyeux mélange des principales langues en usage dans les États-membres, qui « wannt nicht informe aber amuse », et il reproduit dans son ouvrage très joyeusement illustré notamment par Cabu les paroles de La Marseillaise en Europanto. Un beau cadeau de fête des pères pour Yves Leterme…
Bernard DELCORD

La parlotte de Marianne par Bruno Fuligni, Paris, Éditions Horay, mars 2009, 272 pp. en noir et blanc au format 16 x 16 cm sous couverture souple à rabats, 18 €.