11 12 09

Il y a quelqu'un qui m'a dit

ORBANAprès Petites phrases pour traverser la vie en cas de tempête... et par beau temps aussi (Albin Michel, 2007), Christine Orban revient avec un recueil d'aphorismes, sentences, réflexions, ..inspirés d'une expérience de vie qu'elle entend partager.
Sentiments importants, opportuns, importuns, sagesse des lectures, contradictions, paradoxes, ....s'offrent à la méditation du lecteur, telles de délicieuses infusions qu'il fera peut-être siennes.
Ne boudons pas notre plaisir et laissons infuser quelques sentences avant de vous inviter à parcourir ce bel ouvrage de vie.
Je connais quelqu'un qui aime moins ses tableaux, quand ils perdent de la valeur.
Etre aimé n'est rien, il faut être préféré.
La fin d'un amour sonne quand même la gentillesse devient insupportable.
Le silence n'est jamais une mauvaise réponse.
La force est une sensation intérieure qui n'a rien à voir avec la réalité mais qui finit par l'influencer.
Le mondain doit être très invité pour ne pas avoir envie de sortir.
Une mine de sujets pour le bac..., Christine Orban a la pensée riche et généreuse. Une envie nous saisit de poursuivre avec elle la conversation amorcée.
Apolline Elter

La vie m'a dit ..., Christine Orban, Albin Michel, novembre 2009, 180 pp, 12,5€ 

01 12 09

Canonades intellectuelles du contemporain

KAHNJean-François Kahn remet le couvert (une dernière fois ? voir interprétations à donner à "dernières") après l'Abécédaire mal pensant (cliquez sur la couverture pour en lire notre chronique) et le Dictionnaire incorrect. Le principe reste le même : "contre vents et pensée unique avec la force d'un tank".
Jean-François Kahn est interrogé par Michel Geyer. En bonus, vous pouvez lire sur son blog, en cliquant sur la photo ci-dessous, ce que le fondateur du magazine Marianne pense des hommes politiques belges.

  JEAN-FRANCOIS KAHN - Michel Geyer

Kahn2Jean-François Kahn, Dernières Salves, Plon, novembre 2009, 560p., 23€90.

07 11 09

Le modeste humaniste

LEVI-STRAUSSClaude Lévi-Straus est mort, samedi 31 octobre dernier, dans sa centième année. Un choix de ses œuvres avait été rassemblé, sous son regard, dans un volume de La Pléiade, paru l’an passé. Révérence à l’écrivain…
Au printemps 1941, entre le 25 mars et le 20 avril, Claude Lévi-Strauss et André Breton se retrouvèrent sur le même bateau à destination de la Martinique, « une boîte de sardines sur laquelle on aurait collé un mégot », dixit Victor Serge, chargé de quelque deux cents passagers fuyant le nazisme. Evoquant cette traversée, Lévi-Strauss décrit André Breton, au début de Tristes Tropiques, qu’on peut dire aujourd’hui son chef-d’œuvre. sous les traits d’un voyageur « fort mal à l’aise sur cette galère » en précisant que, « vêtu de peluche, il ressemblait à un ours bleu »…
Claude Lévi-Strauss, qui deviendrait l’un des plus grands anthropologues du XXe siècle, magnifique écrivain par ailleurs et digne centenaire de l’Académie française, n’était alors qu’un jeune ethnologue « américaniste » revenu de deux expéditions chez les Indiens bororo et au Mato Grosso avec ses première collections et observations. De douze ans son aîné, André Breton faisait déjà figure de « pape » du surréalisme, taxé d’«agitateur dangereux » par la France de Pétain. Une même passion pour l’art, la littérature et la politique (Lévi-Strauss avait un passé de socialiste actif) allait cependant rapprocher les deux hommes, qui converseraient durant ce voyage par lettres et de vive voix.
Or le lecteur retrouvera, dans Regarder écouter lire, le dernier des sept livres des Œuvres de Claude Lévi-Strauss réunis (par celui-ci) dans la Bibliothèque de la Pléiade, un aperçu du débat qui les opposait alors. Breton y défend, notamment, le « spontanéisme » de l’art, le plus vrai dans son jet brut, tandis que Lévi-Straus, plus classique, rappelle l’importance du métier et de l’élaboration « secondaire » de l’œuvre. Plus tard, L’Art magique de Breton suscitera d’autres objections plus fondamentales de Lévi-Strauss, et pourtant, avec le recul, les passions communes et les œuvres de ces deux grands écrivains se rejoignent dans leur apport respectif à la connaissance de l’homme par la littérature et à travers les arts. Tous deux sont des « bricoleurs » de génie, qui pratiquent par collages. Tous deux sont de grands explorateurs de la créativité humaine, attentifs à ses mythes et pratiquant le même décentrage par rapport à l’Occident.
Dans sa remarquable préface aux Œuvres de Lévi-Strauss, Vincent Debaene rappelle que « l’étude de l’homme est, par essence, littérature », non du tout au seul sens du « beau style » mais au sens d’un approfondissement de la connaissance qui « exige réflexion, lenteur et confrontation patiente aux données empiriques », à laquelle l’anthropologie peut être d’un grand apport. Sans narcissisme ni fétichisation du style, Lévi-Strauss développe, poursuit Debaene, « une écriture majestueuse qui fait songer à Chateaubriand pour la posture et à Bossuet pour le rythme ». Formules un peu solennelles cependant, à nuancer à la lecture de Tristes Tropiques, d’un ton souvent très direct et d’une mélancolie fleurant le XXIe siècle (la mémorable conclusion, en hommage à la beauté des choses), mais qui inscrivent bel et bien l’anthropologue dans la filière classique des grands voyageurs-naturalistes-essayistes, tel un Montaigne, notamment, dans cette posture qui est de déférence envers le monde et l’homme nu, tranchant avec l’avidité contemporaine…
Taxé d’ «astronome des constellations humaines», Lévi-Strauss fut un grand lecteur des cultures conçues comme un ensemble de systèmes symboliques. Laissant les textes scientifiques les plus ardus, dégagées de la « mode » structuraliste, Ses Œuvres réunies ici visent le public cultivé mais non spécialisé. Avec Tristes Tropiques, captivant parcours sur le terrain et fondation des thèses structurales, Le Totémisme aujourd’hui et La pensée sauvage, suivie des trois «Petites Mythologiques» (La potière jalouse, La voie des masques et Histoire de lynx), celui qui se dit «humaniste modeste» a voulu retracer son parcours personnel sous son double aspect scientifique et littéraire, dont la conclusion de Regarder Ecouter Lire marque le point de fusion du savant et de l’artiste.
Jean-Louis KUFFER

Œuvres de Claude Lévi-Strauss, préface de Vincent Debaene ; édition établie par Vincent Debaene, Frédéric Keck, Marie Mauzé et Martin Rueff. Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade», 2008, 2062 p., 64 €

01 11 09

Parlons-en !

OBJETS BAVARDS"Le K-way, cet égalisateur d'âge et de sexe – n'est-on pas toujours un enfant à ses yeux ? – cet obus anti-érotique, bref, cet archétype du tue-l'amour, vous donne des airs de Schtroumpf Grognon surtout si vous l'avez choisi bleu électrique."
Il n’y a pas à dire, dans Les objets bavards qui sort aujourd’hui aux Éditions du Rocher à Paris, Sophie Carquain fait parler les vêtements, la panoplie d'objets, de jouets qui ont peuplé notre enfance et poursuivent leur carrière durant toute notre existence : des Barbie et cravate conçus comme des symboles hautement érotiques aux sempiternelles chaussettes célibataires, l'auteur passe en revue les objets de notre quotidien et nous révèle le sens profond dont ils sont porteurs.
L'usage du mug plutôt que du bol n'aura plus de secret pour vous tandis que vous vous interrogerez sur l'intérêt du hamac plutôt que du rocking-chair, du lit versus diva, du GPS, des soldes, du choix du bon melon, des erreurs de shopping...Résultat : un petit livre sympa, qui nourrit, sous ses allures débonnaires une réflexion sur la charge affective que nous conférons aux objets, lesquels en deviennent pour le coup, très... bavards.
Apolline ELTER

Les objets bavards de la Barbie au Camescope par Sophie Carquain, Paris, Éditions du Rocher, octobre 2009, 174 pp au format 17 x 19 cm, 14,5 €

20 10 09

Saint-Ex, le jardinier de la Terre des hommes

STEXIl n'avait d'horaires fixes que ceux des orages dans le ciel et de la tempête dans son coeur
Consuelo (de Saint-Exupéry)

Six pages de notes n'auront pas raison de mon enthousiasme pour ce magnifique ouvrage, signé Jean-Pierre Guéno, richement illustré par Jérôme Pecnard.Parti à la rencontre du célèbre écrivain et aviateur par la voix du Petit Prince, l'auteur trace le journal de sa vie. Le pari est réussi et le lecteur découvre au fil des chapitres thématiques, les circonstances biographiques, tantôt planantes, tantôt déprimantes, les liens affectifs, les sentiments ... qui ont forgé le caractère et le destin d'un homme hors du commun. Un être loyal et tourmenté, qui nous laisse en héritage une écologie de l'âme.
Il nous rappelle qu'il nous faut devenir les jardiniers de l'âme pour que la terre ait un avenir.
Quelque 450 extraits de lettres - Saint-Exupéry écrivit de nombreuses et tendres lettres à sa Maman, Marie de Fonscolombe -  d'oeuvres, d'interviews, d'articles de presse, photographies, dessins, ...illustrent le livre, qui permettent au lecteur d'entrer au coeur d'une vie par trop courte.  De cerner les circonstances d'écriture de chefs d'oeuvre tels  Terre des hommes, Vol de nuit, Le Petit Prince et Citadelle, son testament spirituel.
Un coup de coeur pour cet ouvrage que je vous recommande haut et fort.
Apolline Elter
La mémoire du Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry. Le journal d'une vie, Jean-Pierre Guéno , Mise en images Jérôme Pecnard, Ed. Jacob Duvernet, oct 2009, 200pp, 29,95 €

26 08 09

Au coeur du système Madoff

madoff2«Et surtout, n’en parlez à personne…»
«Un pervers narcissique», tel serait le diagnostic proposé par Kenneth Mueller, psychiatre, pour décrire la personnalité de Bernard Madoff, héros de la passionnante enquête qu’ont consacrée Romain Gubert, rédacteur en chef adjoint au service Economie du Point et Emmanuel Saint-Martin, correspondant à New York, à l’escroquerie financière monumentale dont il est l’instigateur.
Fort d’un réseau de relations et d’une faculté innée pour inspirer la confiance, « Bernie » édifie, dès les années ’80 (et peut-être avant…), une pyramide de Ponzi, promettant des intérêts faramineux – objectivement intenables - sur les sommes à lui confiées et rétribuant celles-ci, en cas de retraits des mises, avec les sommes placées par les nouveaux investisseurs.
11 décembre 2008 : la pyramide s’effondre, produisant une implosion parmi les sphères les plus puissantes de l’économie planétaire - européenne et juive-américaine – et la ruine de grosses et moyennes fortunes qui avaient placé tous leurs capitaux au sein de ce système réputé des plus fiables. Stupéfaction, amertume, haine, suicide - celui de Thierry de La Villehuchet, patron d’Access, inféodé en toute bonne foi au système – appel à la vengeance ou volonté de discrétion absolue sont les réactions que partagent les milliers de victimes, prises aux rets de l’escroc et d’un système d’intermédiaires bien trop confiants.
Si l’ouvrage des journalistes est à ce point passionnant, ce n’est pas uniquement par le style alerte qui lui est imprimé. Il inculque, de façon vivante, au lecteur, tout profane soit-il, les mécanismes des placements financiers, leur langage et les systèmes de protection imparables dont ils sont dotés et qui ont étonnamment oublié de jouer leur rôle dans l’affaire Madoff.
Stupéfiant.
Apolline Elter

  ROMAIN GUBERT - Brice Depasse 1
  ROMAIN GUBERT - Brice Depasse 2

Et surtout n'en parlez à personne... , Romain Gubert et Emmanuel Saint-Martin, Albin Michel, juin 2009, 320p., 19€00.

20 08 09

Bizarre, vous avez dit bizarre ?

Comment chatouiller un chimpanzéDans Comment chatouiller un chimpanzé et autres curiosités zoologiques paru aux Éditions du Seuil à Paris, le journaliste scientifique anglais Matt Walker donne une foule d’informations aussi biscornues qu’exactes sur nos amis les animaux. Saviez-vous par exemple que les abeilles et les guêpes ont un odorat si développé qu’on les emploie pour tester la fraîcheur des produits de supermarché ? Que la moule est cannibale ? Que les souris chantent en ultrasons ? Que les femelles orangs-outangs, qui dépassent pourtant couramment les 50 ans, ne connaissent pas la ménopause ? Que les huîtres ne produisent pas d’excréments ? Que les chimpanzés rient quand on les chatouille (d’où le titre de l’ouvrage) ? Que certains oiseaux, dont le diamant mandarin, bégaient ? Que la grenouille gèle l’hiver et dégèle au printemps ? Que la femelle du colibri se prostitue pour de la nourriture ? Que les coccinelles et les libellules sont attirées par les véhicules rouges ? Que les chiens ont, selon les spécialistes, entre sept et vingt groupes sanguins ? Que les lézards ont trois yeux ? Que les animaux le plus souvent impliqués dans des accidents de voiture sont les kangourous en Australie et les chameaux en Arabie saoudite ? Que les dents d’oursin ont une structure voisine de celle de la fibre de verre ? Que les rayures du zèbre servent à le protéger de la mouche tsé-tsé ? Que l’abeille reconnaît le visage des êtres humains ? Qu’un serpent peut être droitier ou gaucher ? Funny, isn’t it ?
Bernard DELCORD

Comment chatouiller un chimpanzé et autres curiosités zoologiques par Matt Walker, Paris, Éditions du Seuil, 2008, 172 pp. en noir et blanc au format 14 x 20 cm sous couverture souple
en quadrichromie, 14,00 €

20 08 09

Chronique d'une infamie

GuantanamoLe professeur Simon Petermann (universités de Bruxelles et de Liège) s’est rendu à trois reprises dans l’île de Cuba en tant qu’expert pour l’Assemblée parlementaire de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) afin de visiter le centre de détention de Guantánamo, ce succédané des geôles staliniennes ou nazies dans laquelle les Yankees pratiquent à tout va depuis 2002 la torture à l’encontre de « suspects » détenus sans inculpation ni jugement, en contravention avec toutes les lois internationales. Il a livré, sous le titre de Guantánamo paru chez l’excellent éditeur André Versaille à Bruxelles, un rapport détaillé sur l’histoire de cette infamie en tentant de répondre à quelques questions précises, comme Que s’est-il véritablement passé dans ce centre d’internement ? Qui sont ces terroristes présumés ? D’où viennent-ils ? Quels sont ceux qui ont été transférés des prisons secrètes de la CIA vers Guantánamo ? Quelles techniques d’interrogatoire ont été utilisées et quelle est la valeur des informations collectées ? Comment fonctionnent les tribunaux militaires mis en place pour juger les détenus ? Pourquoi des centaines de prisonniers ont-ils été libérés après des années de détention arbitraire ? Comment le Président Barack Obama va-t-il pouvoir gérer ce “cadeau” empoisonné de l’Administration Bush ?
Simon Petermann a sous-titré son ouvrage « Les dérives de la guerre contre le terrorisme », une manière somme toute fort diplomatique mais parfaitement honnête d’aborder, à l’instar du contenu de son livre, le vrai visage (hideux et hypocrite) de l’Amérique conservatrice d’aujourd’hui…

Bernard DELCORD

Guantánamo par Simon Petermann, Bruxelles, André Versaille éditeur, 230 pp. en noir et blanc au format 22 x 13 cm sous couverture souple en quadrichromie, mai 2009, 19,90 €

07 07 09

Cours de rois

versaillesDétenteur des clefs du château de Versailles dont il est le jardinier en chef, Alain Baraton nous livre celles des agapes royales qui s'y sont déroulées, de Louis XIII à Louis XVI.
Un Versailles intime, un Versailles des bosquets, maîtresses et favorites,  éclairage souvent édifiant, sur les personnalités et pratiques des quatre monarques évoqués: si Louis XIII n'attisait que l'ennui, Louis XV, le vice, Louis XIV apparaît comme un infatigable  Amphytrion. Henriette d'Angleterre, Louise de La Vallière, Françoise de Montespan et Françoise de Maintenon seront des figures marquantes de son règne et imprimeront aux lieux des souvenirs de leur faveur.
Du château intime, si labyrinthique que personne ne le connaît vraiment  l'auteur offre une description inédite: Rien n'est si parlant que ces petits appartements pour comprendre nos rois et nos reines. Et de confesser avoir lui-même poussé la conscience professionnelle jusqu'à faire goûter les lieux à quelque coquette conquête...
Un Versailles revisité par le biais de Cupidon, une promenade historique et coquine menée d'une plume alerte et soigneusement documentée.
Apolline Elter

L'amour à Versailles, Alain Baraton, Grasset, avril 2009, 282 pp, 17€50.

28 06 09

Moi, Anne, mère du Roi

ALEXANDRELes oubliés de l'Histoire sont innombrables. D'autant plus oubliés quand ils ont vécu dans l'ombre du Roi soleil qui, question ombre, a du en faire pas mal, affublé d'un tel sobriquet.
Après le Montespan de Jean Teulé, c'est au tour de la reine Anne, mère de Louis XIV, d'avoir les honneurs de la littérature d'aujourd'hui : Anne d'Autriche, rendue célèbre par Alexandre Dumas dans Les trois mousquetaires à cause de son amour pour le duc de Buckingham. Qu'y a-t-il de vrai dans ses rapports mythiques avec Richelieu, Mazarin, Buckingham, son mari Louis XIII ou encore le Prince de Condé ? C'est le propos de Philippe Alexandre (journaliste politique popularisé par la radio périphérique et la télé) et Béatrix de l'Aulnoit dans ce livre qui n'est pas ans rappeler les grandes heures littéraires de Castelot et Decaux.
Brice Depasse

  PHILIPPE ALEXANDRE - Brice Depasse 1
  PHILIPPE ALEXANDRE - Brice Depasse 2

Pour Mon Fils pour Mon Roi, de Philippe Alexandre et Béatrix de l'Aulnoit, Robert Laffont, avril 2009, 365p., 21€00.