15 03 09

Le tour de Belgique en 50 dates

DESTEXHEL’ouvrage commence avant la guerre des Gaules, il s’arrête aujourd’hui après avoir traité des luttes pour le droit de vote ou de la période coloniale.Une revue pédagogique de l’histoire du pays, avant même qu’il n’en devienne un. L’auteur, ancien Médecin sans Frontière reconverti en sénateur depuis plus de 10 ans, jure qu’il s’est abstenu de tout commentaire politique. On ne juge pas l’Histoire, on la raconte dit-il en substance. A l’écoute on serait tenté de le croire, faites-vous un avis.
Michel Geyer

  ALAIN DESTEXHE - Michel Geyer 1
  ALAIN DESTEXHE - Michel Geyer 2

Alain Destexhe, 50 dates clé de l’histoire de Belgique, éditions Luc Pire, mars 2009, 176p., 15€00.

10 03 09

Une histoire vraie… qui n’a pas eu lieu !

LONDRESVers la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le grand nombre des détenus allemands (plus de 250 000…) dispersés à travers tout le Royaume-Uni constituait pour celui-ci un véritable cheval de Troie. Du nord de l’Écosse jusque dans le Wiltshire au sud, de Colchester sur la côte est à Bridgend à l’ouest, tous les champs de courses importants, tous les terrains de football abritaient des camps de prisonniers de guerre teutons. Ils se trouvaient dans la plupart des grandes villes ou dans leur voisinage, Hull, York, Sheffield, Swansea, Southampton, Ayr… Les Allemands étaient donc partout. Jeunes, robustes et souvent fanatiques, ils étaient gardés par des soldats britanniques malades, âgés ou inaptes au service actif outre-mer. Qu’auraient fait ces jeunes hommes, en décembre 1944, s’ils avaient été armés ? Que se serait-il passé si cela avait coïncidé avec la bataille d’Ardenne, à un moment où la Grande-Bretagne était pratiquement dépourvue de troupes combattantes ? Et que se serait-il passé si ces soldats, prêts à se battre pour leur patrie jusqu’au dernier, avaient été appuyés par l’atterrissage en Grande-Bretagne de troupes allemandes aéroportées ?
La Marche sur Londres de l’historien anglais Charles Whiting, parue chez Luc Pire à Bruxelles, est l’histoire vraie de cette tentative avortée d’évasion en masse et des opérations spéciales nazies sur le continent qui l’accompagnèrent.
Un récit haletant où tout est réel… pour se faire peur rétrospectivement !
Bernard DELCORD

La Marche sur Londres par Charles Whiting, traduit de l’anglais par Paul Maquet et Josette Maquet-Dubois, Bruxelles, Éditions Luc Pire, 2007, 252 pp., 20 €

07 03 09

Léon Degrelle et le « Rex-appeal »

DEGRELLELe rexisme est généralement considéré comme une violente poussée de fièvre due soit à la crise économique persistante soit à une détérioration constante du régime parlementaire et représentatif tel qu’il était pratiqué en Belgique durant l’entre-deux-guerres. Le mouvement rexiste se lancera à cette époque dans une campagne sans précédent de dénigrement des institutions, du gouvernement, des partis et du Parlement. Son corporatisme et son antiparlementarisme l’apparenteront alors étroitement au fascisme italien.
Si l’état d’insatisfaction permanente des classes moyennes a représenté l’élément actif du rexisme, l’exploitation des scandales politico-financiers a constitué la condition psychologique favorable à son affirmation éphémère.
C’est ce que démontre Giovanni F. di Muro dans un essai très documenté paru chez Luc Pire à Bruxelles sous le titre Léon Degrelle et l’aventure rexiste (1927-1940).
L’auteur, expert italien de politique européenne formé à l’Université libre de Bruxelles et qui a mené une brillante carrière au sein des institutions de l’Union, y livre le témoignage (bien souvent recueilli par lui-même dans les années soixante) de nombreux représentants du monde politique et intellectuel des années trente, tels que Paul Van Zeeland ou Pierre Nothomb, des professeurs de Léon Degrelle, des condisciples de l’Université de Louvain, des partisans et des contempteurs de la première heure. Il dessine ainsi par petites touches la personnalité d’un homme qui a fait trembler la Belgique pour un court instant. Il permet de mieux cerner la nature d’un mouvement né dans les rangs d’une jeunesse catholique assoiffée d’idéal, rejeté ensuite par une société qu’effrayaient les positions de plus en plus radicales du Chef de Rex, l’homme de tous les excès qui s’est cru capable de gouverner à sa guise le pays du bon sens.
Bernard DELCORD

Léon Degrelle et l’aventure rexiste (1927-1940) par Giovanni F. di Muro, Bruxelles, Éditions Luc Pire, 2005, collection « Voix de l’Histoire, 208 pp., 23,00 €

03 03 09

Un drôle de bouquin !

DUCHAMP« Vivre, c’est croire ; c’est du moins ce que je crois », écrivait Marcel Duchamp (1887-1968), l’artiste célèbre et un tantinet brindezingue qui transgressa, dès les années 1910, les conventions esthétiques occidentales en élevant, sous le vocable de
« ready-made », des objets ordinaires et manufacturés, comme une roue de bicyclette (1913) ou un porte-bouteilles (1914), au statut d’œuvres d’art, ouvrant ainsi la voie aux créateurs des générations futures, comme Andy Warhol, par exemple. Plus fort sans doute que Salvador Dali dans l’art de la provocation médiatique et du dynamitage des stéréotypes culturels, il est le créateur d’une collection de pissotières (« Fontaines », 1917), acquises à prix d’or par les plus grands musées du monde et exposées au public avec un luxe de précautions et d’explications des plus réjouissants. Les Éditions Flammarion à Paris ont eu l’excellente idée de republier, sous le titre de Duchamp du signe suivi de Notes, l’intégralité de ses textes théoriques où les loufoqueries à la Pierre Dac (« Parmi nos articles de quincaillerie paresseuse, nous recommandons un robinet qui s’arrête de couler quand on ne l’écoute pas ») voisinent des présentations sérieuses et profondes de la démarche de Georges Braque, de Giorgio de Chirico, d’André Derain, de Man Ray, de Kandinsky, de Paul Klee ou de Max Ernst. Le tout est agrémenté d’un grand nombre de fac-similés d’inscriptions diverses, lettres, articles, gribouillis, bouts de papiers et ronds de bocks où abondent les paronomases (« délices d’hélices »), les contrepèteries (« L’aspirant habite Javel/J’avais la bite en spirale ») et les dessins explicatifs un peu étranges.
Pas à dire, ça chauffe, chez ce Marcel !
Bernard DELCORD

Duchamp du signe suivi de Notes, par Marcel Duchamp, Paris, Éditions Flammarion, 2008, collection « Écrits d’artistes », 432 pp., 30 €

03 03 09

Santa Belgica

DUTILLEULLa Belgique ne résume pas à l'affaire Dutroux et à nos longs mois sans gouvernement. L'auteur des célébrissimes reportages "Bye bye Belgium", "Une délégation de très haut niveau" a mené sa propre enquête pour expliquer aux Belges et surtout aux Français (d'où cette édition parisienne) notre beau pays. Avant de le retrouver sur le petit écran ce jeudi avec un nouveau film dont on va parler (et dont on "cause" déjà), "La Fürher de vivre", voici un livre qui parle de "nous autres tous" et une interview du journaliste auteur qui aime à remuer notre Belgitude.

  PHILIPPE DUTILLEUL - Brice Depasse 1
  PHILIPPE DUTILLEUL - Brice Depasse 2
  PHILIPPE DUTILLEUL - Brice Depasse 3

Un asile de flou nommé Belgique : Portrait à l'aigre-doux d'un pays en décomposition, Philippe Dutilleul, Buchet Chastel, mars 2009, 380p., 20€00.

21 02 09

Quelle(s) affaire(s) !

COMMERCERédigé par Pascal Madry qui professe à l’Essec de Paris (c'est l’une des écoles supérieures de commerce les plus réputées d’Europe) et à l’Institut d’Urbanisme de la capitale française, le Dictionnaire pratique du commerce qui vient de paraître aux Éditions De Boeck à Louvain-la-Neuve tombe à pic pour tous ceux, étudiants, professionnels (enseignants, économistes, urbanistes, sociologues, distributeurs et commerçants)ou clients, qui veulent mieux comprendre les mécanismes chaque jour davantage mondialisés du business contemporain. L’ouvrage compte 1900 entrées dont les définitions sont illustrées par des exemples et éclairées par des chiffres clés. Elles renvoient aussi à leurs synonymes, à leur traduction anglaise et à leurs éventuelles variantes francophones de Belgique, de Suisse et du Québec.
Dans ce livre, l’occasion ne fait pas le larron mais permet d’entendre ou de voir une publicité, la fidélité est une preuve d’amour à une marque ou à un produit, les girafes s’offrent à la clientèle (ce sont des primes), les gondoles ne naviguent pas à Venise mais dans les grandes surfaces (ce sont des présentoirs) et une notion aussi actuelle que celle du pouvoir d’achat se trouve définie en termes de pouvoir d’achat de la monnaie et de pouvoir d’achat du consommateur, qui peuvent être antinomiques, tandis que la notion de besoin se trouve déclinée en 16 définitions différentes…
Un outil indispensable à la compréhension de notre époque troublée où, plus que jamais, « les affaires sont les affaires » !
Bernard DELCORD

Dictionnaire pratique du commerce
par Pascal Madry, Louvain-la-Neuve, Éditions De Boeck,
286 pp., 19,50 €

19 02 09

Sire, ils ont voté la mort !

GALLO_1Vingt ans que le bicentenaire appartient lui-même au passé et personne n'est d'accord avec personne sur l'interprétation à donner à la révolution française et à ses sources. La Révolution façon Max Gallo, c'est dix années de bouleversements, de basculement d'un siècle et d'une ère à l'autre avec des dizaines d'acteurs majeurs. Rien de neuf me direz-vous. Sauf qu'ils ont tous le droit à la parole. Naturellement. Chacun à leur tour, ou ensemble. Au bout du compte, tout le monde aura entraîné tout le monde, le plus souvent contre son gré. Et encore, vous voyez, je ne suis pas sûr que Max Gallo soit entièrement d'accord avec cette analyse. C'est ça la Révolution. Comme si aujourd'hui, elle était encore en mouvement.

  MAX GALLO - Brice Depasse 1
  MAX GALLO - Brice Depasse 2
  MAX GALLO - Brice Depasse 3

La Revolution Française, T1 : le peuple et le Roi, Max Gallo, XO, janvier 2009, 377p., 21€90.

18 02 09

Les chiffres et les lettres de la « der des der »

beckerRemarquablement informé, le Dictionnaire de la Grande Guerre que l’historien Jean-Jacques Becker a publié tout récemment chez André Versaille éditeur s’articule autour de mots-clés de la Première Guerre mondiale, tant humains (Albert Ier, Briand, Churchill, Clemenceau, D’Annunzio, Foch, Hindenburg, Joffre, Kitchener, Lénine, Mata Hari, Pétain, Radiguet, Trotski…) qu’abstraits (le problème des nationalités, la psychose de guerre, les plans d’opérations…), technologiques (le rôle et les progrès de l’aviation ou de la médecine au front, l’utilisation des gaz de combat, l’invention du char d’assaut, de la grenade, de la mitrailleuse, de la guerre sous-marine…), culturels (l’engagement des écrivains, les journaux de tranchées, l’érection des monuments aux morts, la naissance du Canard enchaîné, l’exploitation ultérieure du conflit par le cinéma…), militaires (batailles de Liège, de Tannenberg, de la Marne, de la Somme, de Caporetto, des Dardanelles, du Jütland, de Verdun…) ou politiques (l’attitude des socialistes français et allemands durant le conflit, celle des spartakistes, des catholiques français, de Benoît XV, des bolcheviks, les progrès du féminisme…). Sans oublier l’effondrement des empires centraux (allemand, autrichien et ottoman), la Révolution russe et la naissance de l’Union soviétique, celles de la Pologne, de la Tchécoslovaquie et des États baltes ou l’émergence des USA sur la scène internationale.
Soulignons aussi la grande limpidité des exposés relatifs au contenu et aux enjeux des divers traités qui régirent les relations internationales d’alors (traités du Trianon, de Saint-Germain-en-Laye, de Brest-Litovsk, de Versailles…) et par celui concernant l’impact, souvent oublié, de l’épidémie de grippe espagnole de 1918-19. Car celle-ci fit entre 20 et 40 millions de morts (!) dans le monde, dont 550 000 personnes aux États-Unis, soit bien plus que les pertes américaines des deux guerres mondiales…
Bernard DELCORD

Dictionnaire de la Grande Guerre par Jean-Jacques Becker, Bruxelles, André Versaille éditeur, octobre 2008, 264 pp., 19,90 €.

14 02 09

Ne vous résignez jamais, mesdames

HALIMIL'invitation est forte: Gisèle Halimi entreprend la rédaction de l' ouvrage, le 27 juillet 2007, jour de ses 80 ans. Ce jour-là, avec une "tête intacte, nickel, et peut-être plus.(...) pleine à craquer de livres lus et d'expériences uniques. D'audace et de sagesse (acquise par la force des choses). De logique et de fantaisie" , la célèbre avocate décide de faire le point sur son action, sur l'engagement de sa vie au service de la cause féminine.
Un féminisme pragmatique, ancré sur fond de révolte . A la différence de Simone de Beauvoir doit on pourrait qualifier le féminisme d'intellectuel, partant, de froid, Gisèle Halimi insuffle à son combat une dose essentielle d'empathie, de compassion. Brimée dans son enfance tunisienne en tant que femme, elle ne cessera désormais de surmonter ce handicap originel, avec une force proportionnelle à l'injustice ressentie.
C'est sur ce féminisme subjectif, "solitaire dans la pensée, collectif dans l'action" que l'écrivain s'interroge, évoquant sa genèse, celle du mouvement "Choisir - La Cause des femmes " qu'elle fonda tout début des années '70, le célèbre "Manifeste des 343" (avril 1971) par lequel 343 femmes, célèbres et inconnues confondues, reconnaissent avoir avorté et le très médiatisé procès de Bobigny *, lequel cristallise autour du viol d'une jeune fille de 16 ans, Marie-Claire Chevalier, le droit à l'avortement. S'ensuit l'analyse des facteurs nuisibles à la dignité féminine que sont la prostitution, la dépendance financière et la violence conjugales.
"Les femmes connaissent le prix de leur indépendance économique. Il est lourd"
La dernière partie de l'ouvrage trace l'engagement politique de Gisèle Halimi, la marginalisation persistante de la femme dans ce domaine et les dérives possibles. Et l'auteur d'inviter les générations actuelles, fortes des acquis engrangés, mais en proie à l'expérience toujours renouvelée du "handicap" féminin, à ne jamais...se résigner.
Apolline Elter

Ne vous résignez jamais, Gisèle Halimi, Plon, janvier 2009, 246 pp, 20, 90€.

* Le procès de Bobigny fera l'objet d'un téléfilm attachant, réalisé par François Lucciani, avec notamment Anouk Grinberg dans le rôle de Gisèle Halimi, Sandrine Bonnaire, dans le rôle de la maman de la jeune accusée et Marie Bunel en faiseuse d'ange.

14 02 09

Un livre éclairé et éclairant

ISRAELAlors que fument encore les ruines de la récente offensive de Tsahal contre Gaza et après des élections au sortir desquelles la démocratie israélienne a connu un coup de tonnerre sinon un coup d’arrêt en amenant l’extrême droite jusque dans l’antichambre du pouvoir, on lira avec intérêt l’essai de Marius Schattner intitulé Israël, l’autre conflit, laïcs contre religieux, paru en septembre dernier chez André Versaille à Bruxelles. L’auteur, un mathématicien israélien libre-penseur, est correspondant de l’Agence France-Presse à Jérusalem depuis plus de vingt ans, spécialisé dans la politique de son pays. Dans son passionnant ouvrage remarquablement documenté, il décortique une des tensions fondatrices du sionisme et d’Israël, le conflit entre laïcs et religieux, c’est-à-dire entre partisans de la modernité pour qui la tentation intégriste voue l’État à sa perte et tenants d’une tradition antique pour qui les attaches religieuses sont la raison d’être de l’État juif. À l’heure où des ultra-orthodoxes n’hésitent plus à fermer des rues à travers tout le pays pour forcer au respect du repos sabbatique, on ne manquera pas, en lisant ce livre, de relever de nombreuses similitudes sociétales avec l’Iran et on comprendra peut-être mieux pourquoi la seule démocratie du Moyen-Orient en est venue à perdre son âme le 10 février 2009 en donnant 15 parlementaires aux extrémistes d’Israël Beïtenu, le parti d’Avigdor Lieberman…
Bernard DELCORD

Israël, l’autre conflit, laïcs contre religieux, Marius Schattner, Bruxelles, André Versaille éditeur, 2008, 400 pp., 22,90 €