01 05 09

Le (mauvais) temps des cerises

JUPPE« J’aurai accumulé dans ma vie bien des expériences La plupart heureuses ! J’ai eu beaucoup de chance J’en rends grâce à ceux qui me l’ont généreusement dispensée, qu’ils soient de ce monde ou de l’autre.
J’ai connu quelques épreuves, aussi. Aucune ne me laisse de véritable amertume. Une seule a failli me briser (…) Parce qu’elle mettait en cause ce qui, dans l’idée que je me fais de moi-même, m’est le plus cher : l’estime de soi,…
»
C’est évidemment au procès dit des emplois fictifs, source de financement du RPR qu’Alain Juppé fait allusion, dans cette rétrospective cathartique de ses vie privée, action politique, exil canadien et engagement philosophique, Je ne mangerai plus de cerises en hiver…
L’ouvrage opte pour le ton de la sincérité, dénuée d’amertume. Le politicien tente de faire un bilan équitable de ses erreurs et de ses réussites, préférant , à la rancune, afficher sa reconnaissance envers ceux qui l’ont aidé, Jacques Chirac, notamment.
Défi écologique, urgence économique, amour nécessaire de l’Europe, …sont les chevaux de bataille qu’enfourche désormais ce « gaulliste européen convaincu » dont l’enthousiasme politique semble ne pas avoir faibli.
« Prélude amoureux », la préface du livre, signe, de la plume d’Isabelle Juppé, le journal du procès :
« Elle (ndlr : la présidente du Tribunal) vient de poser fugitivement sa main droite sur sa joue. Puis elle a doucement penché la tête, pour la reposer sur cette main, dévoilant au passage un tout petit bout de pull rose pâle sous la robe noire, comme un aveu de douceur dans un monde de brutes. »
Apolline Elter

Je ne mangerai plus de cerises en hiver…, Alain Juppé, Plon, mars 2009, 244pp, 18,90 €

Ndlr : Alain Juppé sera bientôt notre invité.

19 04 09

Une fameuse histoire !

ISLAMOn le sait, l’islam fait souvent peur en Occident, où il est par ailleurs largement méconnu des autochtones, alors qu’il est par exemple devenu la deuxième religion en France, en Allemagne et en Belgique. Cette ignorance est à l’origine de nombre des jugements hâtifs et péremptoires prononcés à l’encontre de cette foi, aussi bien dans les médias que par l’homme de la rue, préjugés et craintes qui nourrissent l’incompréhension et la mortification de ses adeptes sincères et qui favorisent largement la diffusion d’un intégrisme violent auprès de la jeunesse désoeuvrée et volontiers rebelle des quartiers populaires, où ce « nouveau fascisme » recrute (et convertit) en abondance. Il était donc indispensable que des explications claires, à l’usage de tous, soient rendues accessibles au plus grand nombre de nos compatriotes,
« de souche » comme « d’importation ». C’est chose faite en langue française avec le remarquable petit essai de deux directeurs d’études à l’École Pratique des Hautes Études à Paris, Mohammad Ali Amir-Moezzi et Pierre Lory. Intitulé Petite histoire de l’islam, leur ouvrage revient sur les origines et sur l'histoire de l'islam jusqu'à ses expressions contemporaines, c’est-à-dire de la naissance du prophète Muhammad au « télécoraniste » 'Amr Khaled, tout en exposant les différences entre sunnisme et chiisme, en expliquant ce qu’est un imam et en détaillant la manière dont se compose le Coran. Un ouvrage salutaire…

Bernard DELCORD

Petite histoire de l’islam
par Mohammad Ali Amir-Moezzi et Pierre Lory, Paris, Éditions Librio, 1997, collection « Mémo », 96 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture en quadrichromie et pelliculée, 3 €

15 04 09

Un monument de la critique

PROUSTL’auteur d’À la recherche du temps perdu, on le sait, réfutait l’explication des œuvres littéraires par la biographie de leurs auteurs et son Contre Sainte-Beuve sonna le glas d’une manière convenue d’exposer et de lire les classiques et les contemporains, tout en ouvrant la boîte de Pandore de la « Nouvelle critique » et, pire encore, du structuralisme de migraineuse mémoire des lettres. Car si l’approche intrinsèquement littéraire défendue par Proust présente l’avantage de mieux cerner le fait artistique, ce qu’en ont fait ses exégètes, à la suite de Georges Poulet, Gérard Genette (qui publie actuellement ses… mémoires !), Gilles Deleuze ou Serge Doubrovsky notamment, a de quoi laisser profondément perplexe.
Or, il y a tout juste 50 ans paraissait en anglais le magistral Marcel Proust (1871-1922) de George Duncan Painter (1914-2005), dont la traduction française suivit en 1966 et qui fut régulièrement réédité jusqu’en 1992. Infligeant un démenti élégamment cinglant aux théories de celui qu’il étudie sous la loupe, l’auteur, qui fut conservateur adjoint au British Museum, a consacré 18 années de sa vie à la recherche minutieuse du temps que vécut le neveu par alliance du philosophe Henri Bergson, dans ce qui est aujourd’hui unanimement loué comme un classique absolu de l’histoire littéraire. Les Éditions Tallandier à Paris ont pris l’année dernière l’excellente initiative de le ressortir en poche, et nous en recommandons vivement la (re)découverte aux amateurs de grande littérature. Incollable sur chaque instant, chaque rencontre et chaque texte de Proust, cet ouvrage monumental autant que passionnant est « un chef-d’œuvre avec un je-ne-sais-quoi de thé au jasmin accompagné d’un presque rien de madeleine, qui lui fait rejoindre son modèle », comme l’écrit joliment Pierre Assouline cité par l’éditeur. Une chose est en tout cas certaine : quand vous en aurez commencé la lecture, vous ne vous coucherez plus de bonne heure avant de l’avoir terminée !

Bernard DELCORD

Marcel Proust (1871-1922)
par George Duncan Painter, Paris, Éditions Tallandier, collection
« Texto » dirigée par Jean-Claude Zylbertstein, mars 2008, 956 pp. en noir et blanc au format
10 x 18 cm, 16 €

13 04 09

De naissance en renaissance

FLEMCurieux et touchant livre que celui-ci. Lydia Flem raconte le moment où une mère voit ses enfants partir, devenir adultes. L’occasion de revenir sur la vingtaine d’années passées, les liens tissés, les réussites, les erreurs. Cette grande banalité des rapports parents-enfants, à chacun unique.Entre récit et essai, elle touche à tous les aspects de cette relation et de cet événement particulier qu’est la séparation. Le cas particulier s’estompe : c’est nous tous qui sommes concernés. Nous qui avons été enfants, sommes devenus parents. Cessons, par la mort de nos parents, d’être enfants, à peu près au moment où nos enfants deviennent adultes. Sans rien cacher des difficultés, Lydia Flem insiste cependant sur le merveilleux mystère qui nourrit ces relations privilégiées. Sa fréquentation de la psychanalyse ne la conduit pas à dépister des traumatismes partout, mais des étapes qui construisent les personnalités. Lesquelles trouvent toujours dans l’amour de quoi se fortifier. Et c’est bien l’amour qui prime ici, un amour lucide et tendre.

Vincent ENGEL

Comment je me suis séparée de ma fille et de mon quasi-fils, Lydia Flem, Seuil, février 2009. 171 p. (La librairie du XXIe siècle). 14€00.

09 04 09

Une langue bien pendue...

REYLe grand lexicographe Alain Rey a fait paraître récemment chez Gallimard dans la collection
« Découvertes » un petit essai intitulé Le français, une langue qui défie les siècles, d’une grande clarté et richement illustré, dans lequel il entreprend de raconter l’histoire de notre langue. Il rappelle qu’issue du latin qui élimina le celtique parlé en Gaule, la langue d’oïl pratiquée en Île-de-France a connu dans l’hexagone dix siècles d’invasions, d’influences, de métissages et de révolutions permanentes tout en faisant florès jusque par-delà les océans. En six chapitres limpides, le père des dictionnaires célèbres que sont Le Petit Robert et Le Grand Robert expose comment la langue des Gaulois fut progressivement éliminée par celle des Romains, comment le « roman », un dialecte gallo-romain issu du latin, s’est développé sous des formes multiples, comment celle de Paris a été imposée en France par le pouvoir royal, comment cet idiome devint adulte au XVIe siècle et comment il a été doté au XVIIe, en 1634, d’une gardienne de la norme, l’Académie française, comment la Révolution de 1789 a fait du français un ciment de l’unité nationale par un mouvement qui s’est prolongé jusqu’en 1914, comment cette langue a franchi les mers aux XIXe et XXe siècles, au gré des expansions de l’Empire, du Royaume et de la République, comment elle s’en est trouvée et s’en trouve encore fortement enrichie, comment elle est aujourd’hui menacée par l’anglais et comment elle évolue à l’oral et à l’écrit, sous l’influence de la mondialisation, des nouvelles technologies et des nouveaux médias notamment. Un ouvrage passionnant !
Bernard DELCORD

Le français, une langue qui défie les siècles par Alain Rey, Paris, Éditions Gallimard, 2008, 160 pp. au format 12,5 x 17,8 cm illustrées en quadrichromie, 14,50 €

02 04 09

Le choc des mots…

MATCHAvant de devenir la très souple d’échine « Voix de la Sarkozie » (Ô tempora ! Ô mores !), Paris Match qui vient de souffler ses 60 bougies (cet hebdomadaire est né le 25 mars 1949) aura été un grand magazine de reportages remarquablement écrits et formidablement illustrés au moyen de photographies très éloquentes. Car il fut dirigé par de grands « pros » comme Gaston Bonheur, Raymond Castans et Roger Thérond et rédigé par de grandes plumes comme Raymond Cartier, Joseph Kessel, François Nourissier, Philippe Bouvard ou les correspondants de guerre Pierre Schoendoerffer, Jean Lartéguy et Jean Durieux qui en devint plus tard rédacteur en chef. Tout comme son ami Patrick Mahé, à qui Durieux s’est associé pour faire paraître chez Robert Laffont un ouvrage anniversaire intitulé Les dossiers secrets de Paris Match.
Sous-titré « 60 ans de scoops, 60 ans d’Histoire », il retrace l’aventure du journal à travers l’évocation de divers reportages qui assirent sa réputation et justifièrent son fameux slogan publicitaire « Le poids des mots, le choc des photos » : de la victoire sur l’Annapurna à la défaite de Dien Bien Phu, de la mort de Churchill à celle de Pétain, du mariage de Grace Kelly à celui de Caroline de Monaco, du pont aérien de Berlin en 1949 aux funérailles de Kennedy en 1963, de De Gaulle en 1970, de Mao en 1976, en passant par l’invasion des chars russes à Prague en 1968, les 300 jours de détention du journaliste Roger Auque à Beyrouth en 1987 et les premières photos clandestines de la prison de Guantánamo en 2003. Sans oublier l’actualité des
« pipoles », bien entendu, sans qui les ventes n’auraient pas été et ne seraient pas ce qu’elles sont : Brigitte Bardot, Françoise Sagan, Johnny Hallyday, Jackie Kennedy, Salvador Dali, la reine d’Angleterre, Lady Diana, Gérard Depardieu, Mazarine Pingeot ou Nicolas Sarkozy.
Et tant d’autres encore…

Bernard DELCORD

Les dossiers secrets de Paris Match
par Jean Durieux et Patrick Mahé, Paris, Éditions Robert Laffont, mars 2009, 491 pp. au format 15,3 x 24 cm, 22 €

02 04 09

Un bel album de famille

decorationLe professeur de Sorbonne Jacques Marseille, s’il est parfois contesté, ne manque ni d’esprit de géométrie ni d’esprit de finesse. On se souviendra de la stupeur déclenchée auprès de ses confrères et de l’opinion quand, dans une thèse défendue en 1984 et republiée chez Albin Michel en 2005 sous le titre Empire colonial et capitalisme français, histoire d’un divorce, il démontra, chiffres et preuves innombrables à l’appui, que les colonies n’avaient pas du tout été une bonne affaire pour la France et que l’empire avait au contraire constitué, tant pour les entreprises que pour l’État, un boulet entravant la modernisation du capitalisme de l’Hexagone. Il a fait paraître dernièrement aux Éditions Omnibus à Paris sous le titre Les 100 dates qui ont fait la France du baptême de Clovis à nos jours un intéressant vade-mecum illustré dans lequel il passe en revue, succinctement mais avec beaucoup de sagacité, un certain nombre d’événements demeurés dans les annales et qui ont, peu ou prou, des prolongements actuels. Qu’il s’agisse du couronnement de Charlemagne en 800, de la fondation de la Sorbonne en 1257, de la Saint-Barthélemy en 1572, de la publication du Discours de la méthode de Descartes en 1637, du massacre des Vendéens en 1795, de la bataille de Waterloo en 1815, de la naissance de l’impressionnisme en 1874, de la révolte du Languedoc en 1907, du traité de Rome 50 ans plus tard ou de la présence d’une femme au second tour de l’élection présidentielle en 2007, aussi bien que de la prise de la Bastille en 1789, de la Commune de 1871 ou de l’appel du 18 juin 1940, Jacques Marseille sait tirer la quintessence de l’événement, en brosser le tableau et en exposer les enjeux en quelques mots bien sentis.
Bernard DELCORD

Les 100 dates qui ont fait la France du baptême de Clovis à nos jours par Jacques Marseille, Paris, Éditions Omnibus, septembre 2008, 216 pp. au format 19 x 26 cm illustrées en quadrichromie, 28 €

22 03 09

Taisez-vous, Elkabach !

QUIVYJean-Pierre Elkabach. Né le 27 septembre 1937. Voilà une certitude… La seule ? A en croire l’ouvrage de Vincent Quivy, il est très compliqué de cerner concrètement « qui est » Elkabach. Journaliste ? Patron ? Ami des politiques ? Tout à la fois ? Dans ce livre, un portrait, des portraits de cet homme toujours sûr de lui. Tantôt Sarkoziste, tantôt Chiraquien, tantôt Mittérandien, Giscardien voire Gaulliste. A chaque période de sa vie, Jean-Pierre Elkabach a côtoyé les plus grands de France jusqu’à les tutoyer, à en faire ses amis.
Les bons et les mauvais côtés des connivences médias et politiques à découvrir dans « Profession : Elkabach ».
Interview de l'auteur, Vincent Quivy, réalisée pour le Journal de la Télé sur Nostalgie (du lundi au vendredi à 9.00).
Nicolas Gaspard

  VINCENT QUIVY - Nicolas Gaspard 1
  VINCENT QUIVY - Nicolas Gaspard 2

Profession : Elkabbach, Vincent Quivy, Editions du Moment, février 2009, 219p., 17€90.

18 03 09

L'oursin pique toujours

BOUVARDBien sûr, j'ai aimé (adoré) les Grosses Têtes des premières années (fin 70 et début 80) mais c'est surtout le Philippe Bouvard télévisuel du samedi soir chez "Maxim's" qui m'a marqué. Il avait immortalisé cette époque dans un livre Un oursin dans le caviar en 1973. Le temps où le journaliste était à la fois incontournable, redoutable et redouté mais aussi le temps où il découvrait de nouveaux talents qui allaient devenir des légendes.
Ces 140 portraits pour la galerie sont la digne suite, cette fois millésimée, des chroniques de l'oursin. De François Mauriac à Nicolas Sarkozy, de Coco Chanel à Olivier Besancenot, ces portraits et anecdotes sur un mode court sont des miniatures de plaisirs "ni dupes, ni complices". Avec une différence énorme dans le degré de lecture : l'auteur est aujourd'hui aussi célèbre que ses sujets.
Brice Depasse

Portraits pour la galerie, Philippe Bouvard, Albin Michel, février 2009, 280p, 17€00.

Interview réalisée pour Livre de Bord sur LIBERTY TV et Le Journal de la Télé sur NOSTALGIE.


Philippe Bouvard Entretien intégral from Brice Depasse on Vimeo.

15 03 09

Rien ne va plus ! Mais depuis quand ?

STEEMANDix ans après s’être retiré du showbiz et des médias, Stéphane Steeman sort de sa réserve avec un recueil de textes qui témoigne du sempiternel acharnement d’une certaine classe politique sur la Belgique et sa capitale.
En faisant le bilan de sa carrière, celle d'un chansonnier dont l'inspiration fut le théâtre politique communautaire (à son grand regret quand il constate le résultat final), le fils de l'écrivain (dont on a fêté le centenaire) dresse aussi le portrait de ceux qui ont pédalé dans la choucroute ces cinquante dernières années.
Cette interview n'était pas destinée à être podcastée car réalisée pour la presse écrite. Mais à l'écoute des "bandes", en rédigeant l'article, je ne résiste pas à l'envie de vous en faire profiter.
Nicky Depasse

  STEPHANE STEEMAN - Nicky Depasse 1
  STEPHANE STEEMAN - Nicky Depasse 2

Ma Belgique à moi, Stéphane Steeman, Noir dessin production, 2008, 197p., 19€00.