02 04 09

Le choc des mots…

MATCHAvant de devenir la très souple d’échine « Voix de la Sarkozie » (Ô tempora ! Ô mores !), Paris Match qui vient de souffler ses 60 bougies (cet hebdomadaire est né le 25 mars 1949) aura été un grand magazine de reportages remarquablement écrits et formidablement illustrés au moyen de photographies très éloquentes. Car il fut dirigé par de grands « pros » comme Gaston Bonheur, Raymond Castans et Roger Thérond et rédigé par de grandes plumes comme Raymond Cartier, Joseph Kessel, François Nourissier, Philippe Bouvard ou les correspondants de guerre Pierre Schoendoerffer, Jean Lartéguy et Jean Durieux qui en devint plus tard rédacteur en chef. Tout comme son ami Patrick Mahé, à qui Durieux s’est associé pour faire paraître chez Robert Laffont un ouvrage anniversaire intitulé Les dossiers secrets de Paris Match.
Sous-titré « 60 ans de scoops, 60 ans d’Histoire », il retrace l’aventure du journal à travers l’évocation de divers reportages qui assirent sa réputation et justifièrent son fameux slogan publicitaire « Le poids des mots, le choc des photos » : de la victoire sur l’Annapurna à la défaite de Dien Bien Phu, de la mort de Churchill à celle de Pétain, du mariage de Grace Kelly à celui de Caroline de Monaco, du pont aérien de Berlin en 1949 aux funérailles de Kennedy en 1963, de De Gaulle en 1970, de Mao en 1976, en passant par l’invasion des chars russes à Prague en 1968, les 300 jours de détention du journaliste Roger Auque à Beyrouth en 1987 et les premières photos clandestines de la prison de Guantánamo en 2003. Sans oublier l’actualité des
« pipoles », bien entendu, sans qui les ventes n’auraient pas été et ne seraient pas ce qu’elles sont : Brigitte Bardot, Françoise Sagan, Johnny Hallyday, Jackie Kennedy, Salvador Dali, la reine d’Angleterre, Lady Diana, Gérard Depardieu, Mazarine Pingeot ou Nicolas Sarkozy.
Et tant d’autres encore…

Bernard DELCORD

Les dossiers secrets de Paris Match
par Jean Durieux et Patrick Mahé, Paris, Éditions Robert Laffont, mars 2009, 491 pp. au format 15,3 x 24 cm, 22 €

02 04 09

Un bel album de famille

decorationLe professeur de Sorbonne Jacques Marseille, s’il est parfois contesté, ne manque ni d’esprit de géométrie ni d’esprit de finesse. On se souviendra de la stupeur déclenchée auprès de ses confrères et de l’opinion quand, dans une thèse défendue en 1984 et republiée chez Albin Michel en 2005 sous le titre Empire colonial et capitalisme français, histoire d’un divorce, il démontra, chiffres et preuves innombrables à l’appui, que les colonies n’avaient pas du tout été une bonne affaire pour la France et que l’empire avait au contraire constitué, tant pour les entreprises que pour l’État, un boulet entravant la modernisation du capitalisme de l’Hexagone. Il a fait paraître dernièrement aux Éditions Omnibus à Paris sous le titre Les 100 dates qui ont fait la France du baptême de Clovis à nos jours un intéressant vade-mecum illustré dans lequel il passe en revue, succinctement mais avec beaucoup de sagacité, un certain nombre d’événements demeurés dans les annales et qui ont, peu ou prou, des prolongements actuels. Qu’il s’agisse du couronnement de Charlemagne en 800, de la fondation de la Sorbonne en 1257, de la Saint-Barthélemy en 1572, de la publication du Discours de la méthode de Descartes en 1637, du massacre des Vendéens en 1795, de la bataille de Waterloo en 1815, de la naissance de l’impressionnisme en 1874, de la révolte du Languedoc en 1907, du traité de Rome 50 ans plus tard ou de la présence d’une femme au second tour de l’élection présidentielle en 2007, aussi bien que de la prise de la Bastille en 1789, de la Commune de 1871 ou de l’appel du 18 juin 1940, Jacques Marseille sait tirer la quintessence de l’événement, en brosser le tableau et en exposer les enjeux en quelques mots bien sentis.
Bernard DELCORD

Les 100 dates qui ont fait la France du baptême de Clovis à nos jours par Jacques Marseille, Paris, Éditions Omnibus, septembre 2008, 216 pp. au format 19 x 26 cm illustrées en quadrichromie, 28 €

22 03 09

Taisez-vous, Elkabach !

QUIVYJean-Pierre Elkabach. Né le 27 septembre 1937. Voilà une certitude… La seule ? A en croire l’ouvrage de Vincent Quivy, il est très compliqué de cerner concrètement « qui est » Elkabach. Journaliste ? Patron ? Ami des politiques ? Tout à la fois ? Dans ce livre, un portrait, des portraits de cet homme toujours sûr de lui. Tantôt Sarkoziste, tantôt Chiraquien, tantôt Mittérandien, Giscardien voire Gaulliste. A chaque période de sa vie, Jean-Pierre Elkabach a côtoyé les plus grands de France jusqu’à les tutoyer, à en faire ses amis.
Les bons et les mauvais côtés des connivences médias et politiques à découvrir dans « Profession : Elkabach ».
Interview de l'auteur, Vincent Quivy, réalisée pour le Journal de la Télé sur Nostalgie (du lundi au vendredi à 9.00).
Nicolas Gaspard

  VINCENT QUIVY - Nicolas Gaspard 1
  VINCENT QUIVY - Nicolas Gaspard 2

Profession : Elkabbach, Vincent Quivy, Editions du Moment, février 2009, 219p., 17€90.

18 03 09

L'oursin pique toujours

BOUVARDBien sûr, j'ai aimé (adoré) les Grosses Têtes des premières années (fin 70 et début 80) mais c'est surtout le Philippe Bouvard télévisuel du samedi soir chez "Maxim's" qui m'a marqué. Il avait immortalisé cette époque dans un livre Un oursin dans le caviar en 1973. Le temps où le journaliste était à la fois incontournable, redoutable et redouté mais aussi le temps où il découvrait de nouveaux talents qui allaient devenir des légendes.
Ces 140 portraits pour la galerie sont la digne suite, cette fois millésimée, des chroniques de l'oursin. De François Mauriac à Nicolas Sarkozy, de Coco Chanel à Olivier Besancenot, ces portraits et anecdotes sur un mode court sont des miniatures de plaisirs "ni dupes, ni complices". Avec une différence énorme dans le degré de lecture : l'auteur est aujourd'hui aussi célèbre que ses sujets.
Brice Depasse

Portraits pour la galerie, Philippe Bouvard, Albin Michel, février 2009, 280p, 17€00.

Interview réalisée pour Livre de Bord sur LIBERTY TV et Le Journal de la Télé sur NOSTALGIE.


Philippe Bouvard Entretien intégral from Brice Depasse on Vimeo.

15 03 09

Rien ne va plus ! Mais depuis quand ?

STEEMANDix ans après s’être retiré du showbiz et des médias, Stéphane Steeman sort de sa réserve avec un recueil de textes qui témoigne du sempiternel acharnement d’une certaine classe politique sur la Belgique et sa capitale.
En faisant le bilan de sa carrière, celle d'un chansonnier dont l'inspiration fut le théâtre politique communautaire (à son grand regret quand il constate le résultat final), le fils de l'écrivain (dont on a fêté le centenaire) dresse aussi le portrait de ceux qui ont pédalé dans la choucroute ces cinquante dernières années.
Cette interview n'était pas destinée à être podcastée car réalisée pour la presse écrite. Mais à l'écoute des "bandes", en rédigeant l'article, je ne résiste pas à l'envie de vous en faire profiter.
Nicky Depasse

  STEPHANE STEEMAN - Nicky Depasse 1
  STEPHANE STEEMAN - Nicky Depasse 2

Ma Belgique à moi, Stéphane Steeman, Noir dessin production, 2008, 197p., 19€00.

15 03 09

Le tour de Belgique en 50 dates

DESTEXHEL’ouvrage commence avant la guerre des Gaules, il s’arrête aujourd’hui après avoir traité des luttes pour le droit de vote ou de la période coloniale.Une revue pédagogique de l’histoire du pays, avant même qu’il n’en devienne un. L’auteur, ancien Médecin sans Frontière reconverti en sénateur depuis plus de 10 ans, jure qu’il s’est abstenu de tout commentaire politique. On ne juge pas l’Histoire, on la raconte dit-il en substance. A l’écoute on serait tenté de le croire, faites-vous un avis.
Michel Geyer

  ALAIN DESTEXHE - Michel Geyer 1
  ALAIN DESTEXHE - Michel Geyer 2

Alain Destexhe, 50 dates clé de l’histoire de Belgique, éditions Luc Pire, mars 2009, 176p., 15€00.

10 03 09

Une histoire vraie… qui n’a pas eu lieu !

LONDRESVers la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le grand nombre des détenus allemands (plus de 250 000…) dispersés à travers tout le Royaume-Uni constituait pour celui-ci un véritable cheval de Troie. Du nord de l’Écosse jusque dans le Wiltshire au sud, de Colchester sur la côte est à Bridgend à l’ouest, tous les champs de courses importants, tous les terrains de football abritaient des camps de prisonniers de guerre teutons. Ils se trouvaient dans la plupart des grandes villes ou dans leur voisinage, Hull, York, Sheffield, Swansea, Southampton, Ayr… Les Allemands étaient donc partout. Jeunes, robustes et souvent fanatiques, ils étaient gardés par des soldats britanniques malades, âgés ou inaptes au service actif outre-mer. Qu’auraient fait ces jeunes hommes, en décembre 1944, s’ils avaient été armés ? Que se serait-il passé si cela avait coïncidé avec la bataille d’Ardenne, à un moment où la Grande-Bretagne était pratiquement dépourvue de troupes combattantes ? Et que se serait-il passé si ces soldats, prêts à se battre pour leur patrie jusqu’au dernier, avaient été appuyés par l’atterrissage en Grande-Bretagne de troupes allemandes aéroportées ?
La Marche sur Londres de l’historien anglais Charles Whiting, parue chez Luc Pire à Bruxelles, est l’histoire vraie de cette tentative avortée d’évasion en masse et des opérations spéciales nazies sur le continent qui l’accompagnèrent.
Un récit haletant où tout est réel… pour se faire peur rétrospectivement !
Bernard DELCORD

La Marche sur Londres par Charles Whiting, traduit de l’anglais par Paul Maquet et Josette Maquet-Dubois, Bruxelles, Éditions Luc Pire, 2007, 252 pp., 20 €

07 03 09

Léon Degrelle et le « Rex-appeal »

DEGRELLELe rexisme est généralement considéré comme une violente poussée de fièvre due soit à la crise économique persistante soit à une détérioration constante du régime parlementaire et représentatif tel qu’il était pratiqué en Belgique durant l’entre-deux-guerres. Le mouvement rexiste se lancera à cette époque dans une campagne sans précédent de dénigrement des institutions, du gouvernement, des partis et du Parlement. Son corporatisme et son antiparlementarisme l’apparenteront alors étroitement au fascisme italien.
Si l’état d’insatisfaction permanente des classes moyennes a représenté l’élément actif du rexisme, l’exploitation des scandales politico-financiers a constitué la condition psychologique favorable à son affirmation éphémère.
C’est ce que démontre Giovanni F. di Muro dans un essai très documenté paru chez Luc Pire à Bruxelles sous le titre Léon Degrelle et l’aventure rexiste (1927-1940).
L’auteur, expert italien de politique européenne formé à l’Université libre de Bruxelles et qui a mené une brillante carrière au sein des institutions de l’Union, y livre le témoignage (bien souvent recueilli par lui-même dans les années soixante) de nombreux représentants du monde politique et intellectuel des années trente, tels que Paul Van Zeeland ou Pierre Nothomb, des professeurs de Léon Degrelle, des condisciples de l’Université de Louvain, des partisans et des contempteurs de la première heure. Il dessine ainsi par petites touches la personnalité d’un homme qui a fait trembler la Belgique pour un court instant. Il permet de mieux cerner la nature d’un mouvement né dans les rangs d’une jeunesse catholique assoiffée d’idéal, rejeté ensuite par une société qu’effrayaient les positions de plus en plus radicales du Chef de Rex, l’homme de tous les excès qui s’est cru capable de gouverner à sa guise le pays du bon sens.
Bernard DELCORD

Léon Degrelle et l’aventure rexiste (1927-1940) par Giovanni F. di Muro, Bruxelles, Éditions Luc Pire, 2005, collection « Voix de l’Histoire, 208 pp., 23,00 €

03 03 09

Un drôle de bouquin !

DUCHAMP« Vivre, c’est croire ; c’est du moins ce que je crois », écrivait Marcel Duchamp (1887-1968), l’artiste célèbre et un tantinet brindezingue qui transgressa, dès les années 1910, les conventions esthétiques occidentales en élevant, sous le vocable de
« ready-made », des objets ordinaires et manufacturés, comme une roue de bicyclette (1913) ou un porte-bouteilles (1914), au statut d’œuvres d’art, ouvrant ainsi la voie aux créateurs des générations futures, comme Andy Warhol, par exemple. Plus fort sans doute que Salvador Dali dans l’art de la provocation médiatique et du dynamitage des stéréotypes culturels, il est le créateur d’une collection de pissotières (« Fontaines », 1917), acquises à prix d’or par les plus grands musées du monde et exposées au public avec un luxe de précautions et d’explications des plus réjouissants. Les Éditions Flammarion à Paris ont eu l’excellente idée de republier, sous le titre de Duchamp du signe suivi de Notes, l’intégralité de ses textes théoriques où les loufoqueries à la Pierre Dac (« Parmi nos articles de quincaillerie paresseuse, nous recommandons un robinet qui s’arrête de couler quand on ne l’écoute pas ») voisinent des présentations sérieuses et profondes de la démarche de Georges Braque, de Giorgio de Chirico, d’André Derain, de Man Ray, de Kandinsky, de Paul Klee ou de Max Ernst. Le tout est agrémenté d’un grand nombre de fac-similés d’inscriptions diverses, lettres, articles, gribouillis, bouts de papiers et ronds de bocks où abondent les paronomases (« délices d’hélices »), les contrepèteries (« L’aspirant habite Javel/J’avais la bite en spirale ») et les dessins explicatifs un peu étranges.
Pas à dire, ça chauffe, chez ce Marcel !
Bernard DELCORD

Duchamp du signe suivi de Notes, par Marcel Duchamp, Paris, Éditions Flammarion, 2008, collection « Écrits d’artistes », 432 pp., 30 €

03 03 09

Santa Belgica

DUTILLEULLa Belgique ne résume pas à l'affaire Dutroux et à nos longs mois sans gouvernement. L'auteur des célébrissimes reportages "Bye bye Belgium", "Une délégation de très haut niveau" a mené sa propre enquête pour expliquer aux Belges et surtout aux Français (d'où cette édition parisienne) notre beau pays. Avant de le retrouver sur le petit écran ce jeudi avec un nouveau film dont on va parler (et dont on "cause" déjà), "La Fürher de vivre", voici un livre qui parle de "nous autres tous" et une interview du journaliste auteur qui aime à remuer notre Belgitude.

  PHILIPPE DUTILLEUL - Brice Depasse 1
  PHILIPPE DUTILLEUL - Brice Depasse 2
  PHILIPPE DUTILLEUL - Brice Depasse 3

Un asile de flou nommé Belgique : Portrait à l'aigre-doux d'un pays en décomposition, Philippe Dutilleul, Buchet Chastel, mars 2009, 380p., 20€00.