22 11 08

Un phare de la culture

LANTERNEDans son essai intitulé La Lanterne sourde (1921-1931) paru chez Racine, la jeune romaniste de Liège Mélanie Alfano retrace une passionnante aventure culturelle internationale partie du cercle des étudiants de l’Université de Bruxelles dirigé au lendemain de la Grande Guerre par Paul Vanderborght. D’abord modeste revue ainsi baptisée par Charles Plisnier, La Lanterne sourde animée par Pierre Bourgeois et par Paul Vanderborght ne tardera pas à recevoir les éloges d’André Gide et la collaboration de plumes talentueuses ou de conférenciers illustres : Erik Satie, Georges Duhamel, Le Corbusier, Stefan Zweig, Louis Jouvet,
les Pitoëff, Jules Romains, Charles Vildrac, Rabindranath Tagore, Blaise Cendrars, Maurice Martin du Gard, Georges Bernanos, Jules Supervielle, Paul Valéry et James Ensor, entre autres et excusez du peu ! Tout en s’ouvrant sur Paris, Le Caire, Athènes, Barcelone, Jérusalem ou Londres et en ouvrant des tribunes, parfois de manière surprenante comme, le 16 février 1924, au grand sachem « White Elk » (Élan blanc), par ailleurs universitaire remarquable, qui s’exprima en français (!) sur la vie artistique, religieuse et sociale des Indiens d’Amérique du Nord. On retrouve, bien évidemment, mis en lumière par cette machine éclatante (une lanterne sourde était un instrument de projection lumineuse), quelques Belges d’envergure, comme le poète E.L.T. Mesens, l’architecte Henry Van de Velde, l’écrivain Georges Eekhoud, le peintre bruxello-parisien Pierre-Louis Flouquet, les pianistes de jazz John Ouwerx et Stan Brenders, le poète flamand Paul van Ostaijen… tous unis dans l’espoir d’une paix définitive en Europe, favorisée par l’expression des idées et l’éclosion de l’art propres à la jeunesse d’alors, ouvertement internationaliste. Quelques années à peine avant la Seconde Guerre mondiale, hélas !
Bernard DELCORD

La Lanterne sourde (1921-1931) par Mélanie Alfano avec la collaboration d’André Doms, Bruxelles, Éditions Racine, 184 pp., 19,95 €

20 11 08

Tôlards & Cie

HONDELATTEAu moment où d’aucuns, prenant des vessies pour des lanternes, s’ébaubissent devant les prétendus exploits
d’un Jacques Mesrine dont « l’instinct de mort » n’était, somme toute, animé que par des mobiles crapuleux, ou bien s’extasient devant les crimes infects d’un Bertrand Cantat dont les noirs désirs n’étaient finalement
que la part d’ombre imbibée d’une célèbre petite frappe camée et sans grand talent, le journaliste français Christophe Hondelatte parraine, aux Éditions Hors Collection à Paris, un passionnant compendium (en grand format et fort intelligemment illustré) des affaires traitées dans la célèbre émission "Faites entrer l’accusé" qu’il présente sur France 2 depuis 2002.
Intitulé Les grandes histoires criminelles, cet ouvrage traite aussi bien de la mort de Pierrot le fou, le chef du gang des tractions avant, que de l’affaire d’Outreau
et des exploits de son juge d’instruction minable, en passant par le célèbre « Omar m’a tuer » qui valut tant
de désagréments au dénommé Omar Raddad ou par les retentissantes affaires Besnard, Dominici et Grégory qui ont laissé sur leur faim les amateurs de vérité autre que judiciaire, sans oublier l’acquittement de Patrick Dils le 24 avril 2002 après 15 ans d’emprisonnement ni le « casse
du siècle », aux relents romantico-voyous, opéré à Nice en 1976 par Albert Spaggiari et ses complices, et il fait revivre une quarantaine de grands dossiers qui, depuis 1945, ont défrayé la presse ou agité les prétoires hexagonaux. Sans évoquer pourtant l’affaire Cantat et le meurtre de Marie Trintignant, ce qui est bien dommage… Un oubli (in)volontaire qui, espérons-le, sera réparé dans la prochaine édition de ce livre appelé à un grand succès !
Bernard DELCORD

Les grandes histoires criminelles présentées par Christophe Hondelatte et rédigées par Bruno Heckmann, Danièle Dulhoste et Emmanuel Caenn, Paris, Éditions Hors Collection, 192 pp. au format 23 x 30 cm, 29,90 €

20 11 08

Un OVNI littéraire

decorationDès le début des années 1950, une belle amitié s’est nouée entre Salvador Dali, l’artiste catalan aux talents multiples, et son éditeur français Michel Déon, qui publia sa Vie secrète en 1951 aux Éditions de la Table Ronde à Paris, avant Les cocus du vieil art moderne chez Fasquelle en 1956, puis le Journal d’un génie, à nouveau à la Table Ronde, en 1964.
Entre les deux, le peintre de et à moustaches lui avait confié, consigné dans un cahier d’écolier ligné, le manuscrit d’une nouvelle surréaliste intitulée Trifolie, que Déon adapta en vue de la publier sous le titre de L’Esputnic du Paubre, avant que le manuscrit ne s’égare… Il a été retrouvé tout récemment, mal classé qu’il était avec d’autres documents, et les Éditions de la Table Ronde viennent de le faire paraître dans une édition en fac-similé du plus bel effet, complétée d’un extrait d’Un bagage pour Vancouver, le livre de souvenirs de Déon paru en 1985, et de pièces d’archives de la maison d’édition (projets de couvertures, rapports de lecture, maquettes et courriers internes divers…). Il en résulte un ouvrage inclassable et inrésumable, surprenant et agaçant, truffé de fautes d’orthographe et de traits de génie, parfaitement dalinien, dans lequel les déchets terrestres finissent par se retrouver dans un satellite lunaire. Le texte commence par un vibrant « Olé ! Tu es belle parce que tes yeux sont plus grands que tes pieds ! » et il se conclut sur un retentissant « Seul Dieu pouvait intervenir, et il intervint comme toujours dans ces moments de pitié cosmique, avec le miracle de la guérison, car à ce moment-là, on aurait dû encore attendre les services des psychopathologues…! » Du grand art (?) (!)
Bernard DELCORD

L’Esputnic du Paubre par Salvador Dali, Paris, Éditions de la Table Ronde, 169 pp.
au format 21 x 31 cm, 45,00 €

16 11 08

Tout sur tout, avant tout et encore plus que tout !

LAROUSSE1La nouvelle édition du Grand dictionnaire Larousse de langue française en deux volumes (Le Larousse des noms communs et Le Larousse des noms propres) est un must pour qui veut s’exprimer dans un français précis, correct et riche sans commettre d’erreurs de références culturelles. Le premier tome rassemble les définitions de
85 000 mots et locutions enrichies de 2000 illustrations et 5000 développements et remarques. Le second volume éclaire sur 28 000 noms propres (de personnes, de lieux, d’œuvres et d’événements) et propose 700 dossiers de synthèse (sur les grands personnages, les pays et les continents) et 2500 photographies, cartes et dessins. Qui dit mieux ? Les définitions sont claires et précises et les encarts passionnants. Le choix des nouveautés est judicieux et celles-ci sont traitées avec mesure, indépendance et correction. La preuve ? Par les temps flagorneurs qui courent actuellement dans l’Hexagone, ce dictionnaire consacre 17 lignes à Henri Salvador contre 8 à Nicolas Sarkozy. Voilà qui mérite d’être louangé, non ?
Blague à part, en raison de ses grandes qualités, cet ouvrage se doit de figurer dans la bibliothèque de tout qui, érudit ou pas, est amené à prendre régulièrement la plume !

Bernard DELCORD

LAROUSSE2Grand dictionnaire Larousse de langue française
en deux volumes (Le Larousse des noms communs et Le Larousse des noms propres), 1536 pp. chacun au format 18,3 x 24, 8 cm, 29,90 € par volume.

14 11 08

Bien-être et bien vivre

HUMOURNous vous invitons, en cliquant sur la couverture ci-contre, à visiter notre site, HOMELIT, consacré aux livres de cuisine, bien-être et bien vivre, animé par notre joyeux compère Bernard Delcord, monstre de savoir bien vivre et d'intelligence (Bernard, si tu nous regardes ;o).
En voici deux échantillons :
Le Baril est un concentré d’humour, cadeau idéal pour les fêtes de fin d’année ! Parodiant les barils de lessive classiques (100% explosif, décrasse les méninges, assouplissant pour les fibres musculaires des mandibules supérieures…), il s’agit d’une boîte dotée d’une poignée et facilement transportable qui contient 6 livres parfaitement hilarants. Le premier, un concentré de cahier de vacances pour adultes, propose des exercices drôles et décalés pour revoir tout ce que vous avez oublié depuis vos tendres années de lycée. Le deuxième n’est rien de moins que le journal intime de Nicolas S. par Albert Algoud, dans lequel l’omniprésident français livre toutes ses pensées et ses doutes…Un régal de dérision ! Le troisième compile de l’humour français saugrenu : des perles de librairie (« Antigone de la nouille, vous avez ? »), des aphorismes (« Il ne faut jamais jouer à saute-mouton avec une licorne »), des calembours, des recettes de cuisine improbables ou des lettres administratives obscures. Le quatrième constitue la crème (anglaise,of course) de l’humour anglo-saxon, le « very best of » de ce qui se fait de plus drôle outre-Manche et outre-Atlantique : Woody Allen, Jerry Seinfeld, Groucho Marx… Quant au cinquième, intitulé Le Coup du lapin, il est l’œuvre du cartoonist Andy Riley. Dans ce Saint-Graal de l’humour noir, véritable quintessence de l’absurde et du nonsense rassemblant une soixantaine de dessins tous plus hilarants les uns que les autres, nos amis aux grandes oreilles cherchent par tous les moyens à en finir avec la vie. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ne manquent pas d’imagination… En cadeau bonus (!), vous recevrez en outre un livre truffé d’humour écrit par un auteur remarquable. Mais chut, c’est une surprise !
Bernard Delcord

Le Baril, concentré d’humour, Paris, Éditions Chiflet & Cie, 2008, 29,95 €

13 11 08

Alzheimer et nous

BAUWENSChantal Bauwens a vécu le cancer de son père ... et l'Alzheimer de sa mère.
Alzheimer, ma mère et moi parle de ce ménage à trois dans lequel on vit quand un proche est atteint par cette terrible maladie.
Elle en parle avec Philippe Cantamessa.

  CHANTAL BAUWENS - Philippe Cantamessa 1
  CHANTAL BAUWENS - Philippe Cantamessa 2
  CHANTAL BAUWENS - Philippe Cantamessa 3

Alzheimer, ma mère et moi, Chantal Bauwens, Editions de l'Arbre, 208p., 18€50.

04 11 08

Quelle(s) Histoire(s) !

FERRAND« Ce n’est pas ce qu’on fait qui compte, c’est l’Histoire », assurait jadis le chanteur Yves Duteil, et l’essayiste français Franck Ferrand, diplômé de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales,en apporte une démonstration éclatante dans un brillant petit ouvrage intitulé L’Histoire interdite, paru aux Éditions Tallandier à Paris. En 206 pages bien senties,
il fait un sort à cinq vérités historiques officielles et met en lumière les cinq vérités dissidentes qui leur correspondent et qui constituent très probablement la vérité tout court. À l’en croire, le siège d’Alésia (52 avant J.-C.) ne s’est pas tenu en Bourgogne mais dans le Jura (ce qui modifie radicalement le sens et la portée du duel entre César et Vercingétorix), l’épopée de Jeanne d’Arc (1429-1431) résulte non pas de l’action de la Providence mais bien des effets d’un vaste plan concerté dans l’ombre, notamment par Yolande d’Aragon, la belle-mère de Charles VII, les œuvres de Molière écrites après 1658 sont en réalité tombées de la plume de Pierre Corneille, le tombeau de Napoléon Ier au Panthéon (1840) ne contient pas le corps de l’empereur et l’affaire Dreyfus (1894) en cache une autre, infiniment plus gênante pour les autorités. Chaque thèse se fonde sur des travaux très sérieux, généralement occultés par la « bien-pensance » universitaire hexagonale. En ce qui concerne la dernière, relative à l’affaire Dreyfus, elle remet en lumière les travaux remarquables de l’historien fameux qu’était Henri Guillemin, condisciple de Jean-Paul Sartre à l’École Normale Supérieure et star de la RTB de papa, homme de convictions et secoueur de cocotiers, dont les partis pris démocrates chrétiens n’ont jamais obéré la lucidité ni le courage intellectuel. Rien que pour cela, le livre de Franck Ferrand vaut le détour !
Bernard Delcord

L’Histoire interdite
par Franck Ferrand, Paris, Éditions Tallandier, 2008, 206 pp., 17,90 €

01 11 08

Arriba Espana !

EMPALMADONous avons déjà écrit dans ces colonnes combien il nous semble important que toute pédagogie colle véritablement non seulement avec le terrain de l’apprenant, mais aussi avec son vécu, ce qui implique le recours à l’expérimentation. Nous ne pourrons donc que nous féliciter de la parution récente, à Paris aux Éditions Blanche, d’un cours de langue étrangère d’une efficacité totale, qui favorisera l’immersion linguistique et la pénétration culturelle. Intitulée Je parle espagnol comme un(e) cochon(ne), cette méthode fondamentale a été rédigée par une professeure réputée qui a choisi l’anonymat en se réfugiant derrière le pseudonyme masculin de Candido Empalmado (tout un programme, pour un tel manuel orienté vers la pratique…). On y trouve donc, basé sur les fonctions vitales et communicatives, tout l’attirail lexical et grammatical utile à une progression rapide dans l’expression, la compréhension et l’accomplissement de la vie sexuelle telle qu’elle s’envisage dans le pays de don Quichote, c’est-à-dire chaud bouillante. Les pratiques de la vie sociale sont mises en situation et le vocabulaire anatomique exploré en profondeur, ainsi que tout ce qui tourne autour, comme l’indiquent les titres de certains chapitres : Picoler, Bouffer, Pognon, Bagnole, Came et même (on n’est jamais trop prudent !) Bestioles. Notre pudeur légendaire nous ayant retenu de citer dans ces colonnes l’un ou l’autre exemple extrait de ce « Routard du Bandard en Ibérie », nous renvoyons nos lecteurs intéressés vers leur fournisseur habituel ou, à défaut, vers l’Institut Cervantès qui leur donnera bien volontiers tous les éclaircissements qu’il leur plairait d’obtenir.
Bernard DELCORD

Je parle espagnol comme un(e) cochon(ne)
par Candido Empalmado, Paris, Éditions Blanche, 2008, 125 pp., 12,00 €

01 11 08

La femme est l'avenir de l'homme (Aragon)

AFGHANISTAN_DVDLa journaliste Hadja Lahbib, ci-devant présentatrice du JT de la RTBF dont elle fut et demeure l’un des fleurons, a réalisé sous le titre Afghanistan, le choix des femmes un reportage hors norme consacré à deux grandes dames hors du commun, qui impriment leur marque dans un pays à la géographie magnifique mais aux mœurs archaïques et machistes. L’une, Habiba Sorabi, gouverne à Bamiyan (où ces crétins de talibans ont naguère fait sauter à la dynamite de magnifiques et imposantes statues millénaires du Bouddha) la plus grande province de son pays et l’autre, Aïcha Habibi, dont beaucoup d’Afghans pensent qu’elle n’est qu’une légende et n’existe pas, est un chef de guerre qui se fait appeler commandante Kaftar et règne en autocrate dans la vallée reculée de Sajjân. Leur point commun ? L’héroïsme, dans la paix pour la première, dans la guerre pour l’autre, et pour les deux la droiture, le sens de l’équité et celui de l’abnégation. Les images, disponibles sur un DVD en vente à la RTBF, sont absolument superbes, à couper le souffle, et les Éditions Racine à Bruxelles ont eu l’excellente idée d’en faire commenter un certain nombre par l’auteure, dans un fort beau livre portant le même titre que le reportage. Son récit, passionnant d’un bout à l’autre, met en exergue une qualité suprême : l’humanité. Pas de doute : s’il y a bien un ouvrage qu’il faut absolument acquérir en ces temps de pertes de valeurs pas seulement boursières, c’est celui-là !
Bernard DELCORD

decorationAfghanistan, le choix des femmes (livre) par Hadja LAHBIB, Bruxelles, Éditions Racine, 2008, 160 pp. en quadrichromie au format 22 x 24,8 cm, 39,95 €
Afghanistan, le choix des femmes (DVD de 52’) par Hadja LAHBIB assistée de Louis-Philippe CAPELLE, Bruxelles, RTBF Éditions, 2008, 14,90 €

25 10 08

La Russie vue d'en haut

JEANDESCARSA l'heure où nombreux sont ceux mettent en perspective Staline et Poutine, la nouvelle Russie avec celles qui furent blanches puis rouges, Jean des Cars publie l'histoire des Romanov, la dernière (et longue) dynastie qui régna sur la Russie avant de disparaître dans la bourrasque soviétique. Trois siècles d'Histoire, de grandes et petites figures régnantes et surtout le portrait d'un pays si proche de nous.

  JEAN DES CARS - Brice Depasse 1
  JEAN DES CARS - Brice Depasse 2
  JEAN DES CARS - Brice Depasse 3

La saga des Romanov : De Pierre le Grand à Nicolas II, Jean des Cars, Plon, 2008, 358p., 22€ env.