18 02 09

Les chiffres et les lettres de la « der des der »

beckerRemarquablement informé, le Dictionnaire de la Grande Guerre que l’historien Jean-Jacques Becker a publié tout récemment chez André Versaille éditeur s’articule autour de mots-clés de la Première Guerre mondiale, tant humains (Albert Ier, Briand, Churchill, Clemenceau, D’Annunzio, Foch, Hindenburg, Joffre, Kitchener, Lénine, Mata Hari, Pétain, Radiguet, Trotski…) qu’abstraits (le problème des nationalités, la psychose de guerre, les plans d’opérations…), technologiques (le rôle et les progrès de l’aviation ou de la médecine au front, l’utilisation des gaz de combat, l’invention du char d’assaut, de la grenade, de la mitrailleuse, de la guerre sous-marine…), culturels (l’engagement des écrivains, les journaux de tranchées, l’érection des monuments aux morts, la naissance du Canard enchaîné, l’exploitation ultérieure du conflit par le cinéma…), militaires (batailles de Liège, de Tannenberg, de la Marne, de la Somme, de Caporetto, des Dardanelles, du Jütland, de Verdun…) ou politiques (l’attitude des socialistes français et allemands durant le conflit, celle des spartakistes, des catholiques français, de Benoît XV, des bolcheviks, les progrès du féminisme…). Sans oublier l’effondrement des empires centraux (allemand, autrichien et ottoman), la Révolution russe et la naissance de l’Union soviétique, celles de la Pologne, de la Tchécoslovaquie et des États baltes ou l’émergence des USA sur la scène internationale.
Soulignons aussi la grande limpidité des exposés relatifs au contenu et aux enjeux des divers traités qui régirent les relations internationales d’alors (traités du Trianon, de Saint-Germain-en-Laye, de Brest-Litovsk, de Versailles…) et par celui concernant l’impact, souvent oublié, de l’épidémie de grippe espagnole de 1918-19. Car celle-ci fit entre 20 et 40 millions de morts (!) dans le monde, dont 550 000 personnes aux États-Unis, soit bien plus que les pertes américaines des deux guerres mondiales…
Bernard DELCORD

Dictionnaire de la Grande Guerre par Jean-Jacques Becker, Bruxelles, André Versaille éditeur, octobre 2008, 264 pp., 19,90 €.

14 02 09

Ne vous résignez jamais, mesdames

HALIMIL'invitation est forte: Gisèle Halimi entreprend la rédaction de l' ouvrage, le 27 juillet 2007, jour de ses 80 ans. Ce jour-là, avec une "tête intacte, nickel, et peut-être plus.(...) pleine à craquer de livres lus et d'expériences uniques. D'audace et de sagesse (acquise par la force des choses). De logique et de fantaisie" , la célèbre avocate décide de faire le point sur son action, sur l'engagement de sa vie au service de la cause féminine.
Un féminisme pragmatique, ancré sur fond de révolte . A la différence de Simone de Beauvoir doit on pourrait qualifier le féminisme d'intellectuel, partant, de froid, Gisèle Halimi insuffle à son combat une dose essentielle d'empathie, de compassion. Brimée dans son enfance tunisienne en tant que femme, elle ne cessera désormais de surmonter ce handicap originel, avec une force proportionnelle à l'injustice ressentie.
C'est sur ce féminisme subjectif, "solitaire dans la pensée, collectif dans l'action" que l'écrivain s'interroge, évoquant sa genèse, celle du mouvement "Choisir - La Cause des femmes " qu'elle fonda tout début des années '70, le célèbre "Manifeste des 343" (avril 1971) par lequel 343 femmes, célèbres et inconnues confondues, reconnaissent avoir avorté et le très médiatisé procès de Bobigny *, lequel cristallise autour du viol d'une jeune fille de 16 ans, Marie-Claire Chevalier, le droit à l'avortement. S'ensuit l'analyse des facteurs nuisibles à la dignité féminine que sont la prostitution, la dépendance financière et la violence conjugales.
"Les femmes connaissent le prix de leur indépendance économique. Il est lourd"
La dernière partie de l'ouvrage trace l'engagement politique de Gisèle Halimi, la marginalisation persistante de la femme dans ce domaine et les dérives possibles. Et l'auteur d'inviter les générations actuelles, fortes des acquis engrangés, mais en proie à l'expérience toujours renouvelée du "handicap" féminin, à ne jamais...se résigner.
Apolline Elter

Ne vous résignez jamais, Gisèle Halimi, Plon, janvier 2009, 246 pp, 20, 90€.

* Le procès de Bobigny fera l'objet d'un téléfilm attachant, réalisé par François Lucciani, avec notamment Anouk Grinberg dans le rôle de Gisèle Halimi, Sandrine Bonnaire, dans le rôle de la maman de la jeune accusée et Marie Bunel en faiseuse d'ange.

14 02 09

Un livre éclairé et éclairant

ISRAELAlors que fument encore les ruines de la récente offensive de Tsahal contre Gaza et après des élections au sortir desquelles la démocratie israélienne a connu un coup de tonnerre sinon un coup d’arrêt en amenant l’extrême droite jusque dans l’antichambre du pouvoir, on lira avec intérêt l’essai de Marius Schattner intitulé Israël, l’autre conflit, laïcs contre religieux, paru en septembre dernier chez André Versaille à Bruxelles. L’auteur, un mathématicien israélien libre-penseur, est correspondant de l’Agence France-Presse à Jérusalem depuis plus de vingt ans, spécialisé dans la politique de son pays. Dans son passionnant ouvrage remarquablement documenté, il décortique une des tensions fondatrices du sionisme et d’Israël, le conflit entre laïcs et religieux, c’est-à-dire entre partisans de la modernité pour qui la tentation intégriste voue l’État à sa perte et tenants d’une tradition antique pour qui les attaches religieuses sont la raison d’être de l’État juif. À l’heure où des ultra-orthodoxes n’hésitent plus à fermer des rues à travers tout le pays pour forcer au respect du repos sabbatique, on ne manquera pas, en lisant ce livre, de relever de nombreuses similitudes sociétales avec l’Iran et on comprendra peut-être mieux pourquoi la seule démocratie du Moyen-Orient en est venue à perdre son âme le 10 février 2009 en donnant 15 parlementaires aux extrémistes d’Israël Beïtenu, le parti d’Avigdor Lieberman…
Bernard DELCORD

Israël, l’autre conflit, laïcs contre religieux, Marius Schattner, Bruxelles, André Versaille éditeur, 2008, 400 pp., 22,90 €

14 02 09

Un livre dans le vent

PETIl est un dieu du panthéon égyptien antique dont on ne parle plus guère, et c’est bien dommage ! Car les fondements du culte de Crépitus (c’est le nom que les Romains lui attribuèrent), le dieu du pet mentionné dans des textes de Clément d’Alexandrie, de saint Jérôme, de saint Césaire et de Minutius Felix, ont traversé les âges avec une constance digne de tous les éloges et de toutes les dévotions. Nous en voudrons pour preuve le contenu d’un livre sain et ô combien savant publié récemment à Paris par Jean Feixas chez Jean-Claude Gawsewitch. Intitulé Histoire du pet de l’Antiquité à nos jours, il fait œuvre pie en rendant aux flatulences le rôle qu’elles n’ont jamais perdu dans la vie des nations en passant du rire aux larmes, et de la méchanceté à la théologie ou au patriotisme. Car, avouons-le tout net, si l’on ne peut que regretter la bienséance cagote qui a raccourci la formule amicale du « comment allez-vous à selle ? », si parfaitement soucieuse de la santé d’autrui, notre indignation est totale devant le fait que se prolonge aujourd’hui encore l’interdiction par Napoléon III (dit Le Petit) de péter à sa cour et, partant, en public. Car quoi de meilleur pour la santé ? Ronsard l’atteste, et Balzac, et Flaubert, par exemple. Ou Louis XIV, parlant de ses « fusées d’humeurs ». On touche là à la politique et à ses côtés implacables (Clemenceau n’assurait-il pas, s’agissant de son chef de cabinet Georges Mandel : « Quand je pète, c’est lui qui pue » ?). Et pour le rire ? Alphonse Daudet, Jules Renard, Alfred Jarry, Sacha Guitry et Alphonse Boudard en louèrent le caractère convivial et badin. Quant à Martin Luther, il trouvait au pet des vertus théologales, puisqu’il éloignait le Diable. Et quand le Pétomane, immortalisé par Nadar, interprétait en public « La Marseillaise », il ne venait à personne l’envie de la siffler, contrairement à ce qui se passe de nos jours dans les stades. Soufflons donc l’idée au Président Sarkozy pour ses déplacements à l’étranger et à sa ministre des Sports Mme Bachelot pour les rencontres internationales de football… Il y va de la restauration de la grandeur de la France, merde !
Bernard DELCORD

Histoire du pet de l’Antiquité à nos jours, Jean FEIXAS, Paris, Éditions Jean-Claude Gawsewitch, 2008, 238 pp à l’italienne illustrées en quadrichromie, 24,90 €

12 02 09

Le juge et l'assassin

LATAPIEPrésident de la cour d'assises des Ardennes françaises, Gilles Latapie s'est retrouvé face aux monstres Fourniret et Olivier, mais aussi face à la foule et à la machine médiatique.
Michel Geyer, une des deux voix éditoriales du Grand Morning évoque avec lui le livre dans lequel il témoigne de cette épreuve de force.

  GILLES LATAPIE - Michel Geyer 1
  GILLES LATAPIE - Michel Geyer 2

Face à Fourniret, Gilles Latapie, Michel Lafon, janvier 2009, 258p., 17€95.

06 02 09

La téléréalité, c'est du bidon ...

BARTHEROTTEDans le Journal de la Télé, cette semaine sur Nostalgie, il a été question du monde de la téléréalité, décidément bien ébranlé ces derniers temps. Alors qu’un procès est toujours en cours pour déterminer si oui ou non les candidats de l’Ile de la Tentation sont des acteurs, voici qu’un autre pavé dans la mare est lancé : Philippe Bartherotte, journaliste qui a suivi les candidats de l’Ile de la Tentation et de Pekin Express, le jeu d’aventure de M6, publie un livre intitulé la Tentation d’une Ile. Mystérieusement difficile à trouver en librairie, ce livre fait découvrir au public l’envers du décor de ces tournages et ce n’est guère reluisant.
Voici l'entretien intégral (et très édifiant) de Philippe Bartherotte avec Nathan Skweres.

  NOSTALGIE JOURNAL TELE [2009-2-5 9:37:00]
  NOSTALGIE JOURNAL TELE [2009-2-5 9:40:00]
  NOSTALGIE JOURNAL TELE [2009-2-5 9:41:00]

La tentation d'une île : Derrière les caméras de la téléréalité, Philippe Bartherotte, Editions Jacob-Duvernet, janvier 2009, 340p., 20€00.

Le Journal de la Télé, du lundi au vendredi à 9 heures sur Nostalgie et dans le Télémoustique.
Cliquez sur la couverture du livre pour accéder au blog du Journal de la Télé, toutes les infos essentielles (100% exempt de censure) sur le monde de la télé.

29 01 09

Le roman des Bretons

MARTINCHAUFFIERRetrouvailles avec Gilles Martin-Chauffier, loin de Paris-Match (dont il est le rédacteur en chef) et de la vie parisienne (qui l'inspire ou a inspiré) pour parler de la Bretagne, un sujet qui révèle un autre homme, que dis-je, une autre nationalité.
Je me suis retrouvée happée par l'Histoire de ce pays pourtant parcouru tant de fois mais finalement jamais vu. Des grands personnages, rois avant les rois de France, des héros, des marins, des écrivains.
Et une question ...

  GILLES MARTIN-CHAUFFIER - Nicky Depasse 1
  GILLES MARTIN-CHAUFFIER - Nicky Depasse 2
  GILLES MARTIN-CHAUFFIER - Nicky Depasse 3

Le roman de la Bretagne, Gilles Martin-Chauffier, Editions du Rocher, novembre 2008, 217p., 19€90.

Gilles Chauvier03Photo : Alain Trellu
(qui est breton, lui aussi).

29 01 09

"J'aime les dictionnaires amoureux"

dictam2Gros succès éditorial depuis plusieurs années, les dictionnaires amoureux imaginés et dirigés par Jean-Claude Simoën marient un thème à la littérature sous la plume de grandes "figures-cautions".
Après avoir reçu des auteurs de cette collection tels que Philippe Sollers, Frédéric Vitoux, Christian Millau, Jean-Noël Schifano ou encore Jean des Cars, nous retournons à la source vitale de la collection qui s'étoffe avec bonheur au fil des mois. Un entretien direct et sans langue de bois avec un éditeur étonnant (et heureux). Suffisamment rare pour être souligné.

  JEAN-CLAUDE SIMOEN - Brice Depasse 1
  JEAN-CLAUDE SIMOEN - Brice Depasse 2
  JEAN-CLAUDE SIMOEN - Brice Depasse 3

Cliquez sur la couverture pour écouter notre entretien avec Bernard Pivot lors de la sortie du dictionnaire amoureux du vin.

28 01 09

Pas « BOUM » mais « FLOP »…

RAGONLe talentueux écrivain libertaire et prolétarien Michel Ragon, qui est aussi docteur d’État en Sorbonne où il a soutenu en 1975 une thèse sur "La pratique architecturale et ses idéologies", bien qu’il ne soit pas né de la dernière pluie (il a vu le jour à Marseille en 1924), en se fendant d’un Dictionnaire de l’anarchie qui vient de paraître chez Albin Michel, a pris quelques vessies pour des lanternes (et s’est donc brûlé, comme l’assurait Pierre Dac dans son célèbre sketch du Sâr Rabindranath Duval avec Francis Blanche).
Car, à côté de penseurs, de militants ou de criminels anarchistes patentés, comme Bakounine, Proudhon, Kropotkine, Brassens, Ferré, Masereel, Caserio ou Ravachol, il recense dans son ouvrage quelques activistes en peau de lapin, façon Noël Godin dit « l’entarteur », Renaud Séchan alias « le chanteur énervant » ou Oscar Wilde « le dandy ».
En dépit d’une préface bien fichue où l’on retrouve la « patte » de Ragon, l’ouvrage (quelque peu bâclé : la maquette « flotte », les titres de notices itou, certaines définitions et notes biographiques sont d’une brièveté saisissante et beaucoup ne se limitent finalement qu’à une distribution de « bons points » comme à la maternelle) ne tient guère la route et ne répond pas aux attentes que l’on pouvait fonder sur le prestige de son auteur.
Caramba ! Quel dommage !
Bernard DELCORD

Dictionnaire de l'anarchie par Michel Ragon, Paris, Éditions Albin Michel, 2008, 666 pp., 23 €

10 01 09

"C'était le bon temps !" (air connu)

30_40Signalons avec plaisir la parution, aux Éditions Hors Collection à Paris, d’un bel album intitulé 30-40 L’album de ma jeunesse. Rédigé par Armelle Leroy et Laurent Chollet et abondamment illustré en couleur, il restitue le décor (mode, culture, design, sport, société) dans lequel évoluaient les enfants et les adolescents de ces deux décennies, avec par exemple au cinéma des vedettes comme Charlie Chaplin, Johnny Weissmuller, Errol Flynn, Shirley Temple, Fernandel ou Blanche-Neige pour la première et Judy Garland, Gene Kelly, Fred Astaire, Rita Hayworth ou Mickey Rooney pour la seconde, mais aussi Esther Williams, Tyrone Power et Gary Cooper... Les sujets abordés dans les différents chapitres sont explicites : le Salon de l’Automobile, celui des Arts ménagers, la chambre, la classe et la mode vestimentaire d’un enfant en 1930, celles d’un adolescent en 1940, les confiseries et les boissons, le Noël d’une fille en 1930, celui d’un garçon la même année, les jeux de société, d’extérieur et de plage en vogue à l’époque, les Jeux Olympiques (d’hiver et d’été), le cyclisme sur piste et sur route, la boxe, le football, les scouts, les « pin-up », les zazous, les livres, la presse BD, le cinéma, la radio et la musique pour enfants des années 30 et pour adolescents des années 40… Tempus fugit, certes… Mais scripta manent !
Bernard DELCORD

30-40 L’album de ma jeunesse par Armelle Leroy et Laurent Chollet, Paris, Éditions Hors Collection, album de 120 pp. au format 26 x 26 cm illustrées en quadrichromie sous couverture à rabats, 21 €