23 10 08

Expressions en péril

PIVOTAu fil de ses lectures, Bernard Pivot a collecté une centaine d'expressions populaires dont l'existence est menacée d'oubli par la jeune génération. Définitions, genèses, explications, citations et références pour des locutions qui n'ont pas eu droit de cité dans le Littré mais qui ont coloré durant des décennies nos conversations.

  BERNARD PIVOT - Brice Depasse 1

A propos de Philippe Sollers et du Goncourt 2008 :

  BERNARD PIVOT - Brice Depasse 2


100 expressions à sauver, Bernard Pivot, Albin Michel, octobre 2008, 145p., 12€00 env.

Photo : Alain Trellu

Ecoutez notre entretien à propos du Dictionnaire amoureux du vin en cliquant sur la photo.

Bernar Pivot02

11 10 08

Les dessous affriolants des petites phrases

DELERMAprès avoir observé les petits faits du quotidien avec ses célèbres Première gorgée de bière et Sieste assassinée, Philippe Delerm s'en prend à ces "petites phrases", ces expressions toutes faites qui jalonnent nos conversations: "Y a pas de souci, Ca a été? , On était écroulées, ...".
Décortiquées, les expressions révèlent "ce décalage apparemment maladroit qui fait souvent le succès du langage courant'. Et l'on se prend à se demander si l'on préfère Trouville à Deauville. Le choix n'est pas anodin qui préfigure une qualité d'âme, une sensibilité qu'il s'agit de faire valoir:
"On n'évoque pas deux villes en affimant je préfère Trouville à Deauville. On parle de soi. De ce petit raffinement d'autosatisfaction qui donne la préférence aux choses simples. L'opposition Trouville- Deauville, c'est l'opportunité pas si fréquente de se determiner par l'alternative" p 36
Quand nous vous disions que tout cela était finement observé...
Apolline Elter

Ma grand-mère avait les mêmes. Les dessous affriolants des petites phrases, Philippe Delerm, Points, septembre 2008, 93p., 11€.

26 09 08

A nous deux !

NYS_MAZUREC’est une invitation que Colette Nys-Mazure nous lance, avec la publication, aux Editions Bayard, de son dernier ouvrage.
Illustré d’une petite trentaine d’œuvres picturales dédiées à l’enfance, belles, touchantes, parfois sublimes, telle cette toile d’Ipolit Strâmbu, Les enfants au jardin, le recueil invite les adultes à (re) nouer le dialogue indispensable avec l’enfant, à remonter en leur propre enfance.Nous voudrions remonter en enfance et non y retomber. A notre insu, l’enfance se fait lointaine (…) elle nous hèle cependant. Serons-nous à la hauteur de l’enfant que nous avons été ?.
La contemplation commentée de chaque œuvre est « pré-texte » à poser les véritables questions. Elles sont parfois d’une simplicité déroutante. Sais-tu qui tu es ?. Fondamentale : Prêtes-tu attention à la musique du vent, de la pluie, des vagues, des feuilles ? ».
Et voici qu’au départ de thèmes quotidiens, le jeu, le rêve, le goûter, la lecture, l’ennui, …nous sommes tout naturellement amenés à évoquer des thèmes forts, comme l’identité, ou même tabous, telle la maladie, la mort et la Résurrection. Ceci avec cette force d’écoute et de respect qui est la signature de Colette Nys-Mazure et qui permet de franchir la barrière des générations.
Le mot de la fin ? : Le temps ? Personne n’en a, mais chacun en prend pour ce qui lui importe »
Apolline Elter

A nous deux, Colette Nys-Mazure, Bayard, septembre 2008, 141p., 21€00 env.

25 09 08

Ennemis publics (et demi ?)

BHL_HOUELLEBECQAlors que la grande chasse aux prix (dont nous ne serons plus) alimente tous les quotidiens et magazines, un autre buzz littéraire vient de partir en flèche avec la fin d'un des feuilletons burlesques de l'été publicitaire du monde de l'édition. Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy publient un ouvrage à quatre mains : Ennemis publics.
Le seul souci avec ce type de publicité du style on a tenté de garder le secret mais, diable, la presse a eu vent de l'affaire, c'est que le livre aura grandement besoin d'être à la hauteur des hectolitres d'encre qu'il va faire couler avant sa parution.
En clair, sachez qu'il s'agit d'une correspondance entretenue entre les deux écrivains (talentueux) et cinéastes (catastrophes). Le projet de publication serait venue au cours de ces échanges. (?)
On espère que le public et les idées seront aussi gagnants que les auteurs et éditeurs.
Brice Depasse

Ennemis publics, Michel Houellebecq et Bernard-Henri Lévy, Grasset & Flammarion, octobre 2008, 386p., 20€00.

11 09 08

Pour appeler un chat un chat

VITOUX_CHATSL’académicien français Frédéric Vitoux vient de faire paraître, dans la célèbre collection des « Dictionnaires amoureux » coéditée par Plon et Fayard, un Dictionnaire amoureux des Chats qui ravira tous les amis de ces félidés aussi intelligents qu’indépendants. Si l’on sait combien les chats ont compté dans la vie d’écrivains comme Marcel Aymé, Charles Baudelaire, Louis-Ferdinand Céline, Colette, Rudyard Kipling, Paul Léautaud, André Malraux ou Alexandre Vialatte et dans l’existence de personnages illustres comme les pharaons d’Égypte, Hérodote ou le cardinal de Richelieu, et si l’on n’ignore pas qu’ils peuplent l’univers des enfants, du Chat botté à Tom et Jerry ou Félix le Chat, on est peut-être moins au fait de l’influence des chats sur la musique (les duos des chats de Rossini et de Ravel ou Kittens on the Keys de Zeg Onfrey), sur la gastronomie (jadis en Espagne ou à Venise et chez nous pendant les périodes de disette) ou sur le cinéma (quoique le fameux savon que reçoit la Pomponnette de la part du mari trompé dans La femme du boulanger de Marcel Pagnol demeure un modèle confondant de discours indirect). En revanche, certains de leurs attributs (les yeux, les oreilles et les moustaches notamment) font l’unanimité, qu’ils soient le fait de chats de race ou de gouttière, et ne laissent pas de fasciner l’homo sapiens d’hier et d’aujourd’hui. Tant il est vrai que, comme l’assurait Marcel Mauss, le père de la sociologie : « Le chat est le seul animal qui soit arrivé à domestiquer l’homme ».
Bernard Delcord

Dictionnaire amoureux des Chats par Frédéric Vitoux, Paris, Éditions Plon & Fayard, 2008, 721 pp., 24 €.

04 09 08

Terres indiennes

GERONIMONous vous invitons dans les grands espaces de l'Amérique du Nord mais aussi dans l'Histoire avec ce livre atypique publié en Français chez Albin Michel. Voyage dans le temps et dans l'espace, ce livre est le récit de Corine Sombrun, une Française passionnée d'ethnologie, et d'Harlyn Geronimo, l'arrière petit-fils du défenseur du peuple apache.
Outre le portrait croisé des deux Geronimo que plus d'un siècle sépare,ce road-book met en miroir la vie d'un Amérindien d'aujourd'hui avec celle de son aïeul, le dernier à avoir combattu l'armée et l'usurpation des colons blancs.
LE document à lire cet automne.
Francis Geffard, l'infatigable traducteur et éditeur de la grande Amérique vous en parle :

   FRANCIS GEFFARD – Brice Depasse

Sur les pas de Geronimo, de Corine Sombrun et Harlyn Geronimo, Albin Michel, Terres indiennes, 2008, 311p., 22€00.

01 09 08

Horum omnium…

Ces BelgesTraduit du néerlandais, le passionnant essai d’Ugo Janssens consacré à l’Histoire de la Belgique gauloise vient de paraître aux Éditions Racine à Bruxelles sous le titre Ces Belges « les plus braves ». Il connaît un succès considérable non seulement auprès des passionnés de l’Antiquité occidentale mais aussi chez nombre de nos compatriotes désireux de connaître les causes lointaines du poto-poto sociopolitique et linguistique dans lequel s’embourbe chaque jour davantage le pays où firent souche les Ménapiens, les Éburons, les Nerviens, les Trévires et les Morins. On y apprend que leurs ancêtres celtes étaient venus d’Asie centrale pour s’établir sur les rives de la mer du Nord et de la Manche et on découvre comment des Belges fondèrent Londres (avant de créer New York, bien plus tard, sous la houlette de l’Anversois Peter Stuyvesant !), abordèrent aux côtes occidentales de l’Irlande et prirent possession de la région qui s’étend de la Seine au Rhin. La Guerre des Gaules de César y est passée au crible, et la figure d’Ambiorix restaurée, la condition de la femme exposée, le rôle des druides et druidesses décrypté et les inventions belges d’alors mises en lumière : le savon et les cosmétiques, les fûts en bois et la cotte de maille, le tissu écossais à carreaux... Leur religion y est décrite, mais pas les origines de la frontière linguistique, dont certains spécialistes se demandent doctement si elle résulte de la fière résistance des Belges à l’envahisseur romain ou si elle est la conséquence de la géographie marécageuse de ce qui serait un jour le Flandre, géographie qui n’aurait guère incité les Romains à marquer de leur empreinte linguistique, économique et culturelle des régions aussi peu attrayantes et aussi misérables. Dans les deux cas, la « bravitude » de nos ancêtres ne saurait être mise en doute ! On ne peut, hélas, pas en dire autant de leurs descendants actuels…
Bernard DELCORD

Ces Belges « les plus braves » par Ugo Janssens, Bruxelles, Éditions Racine, 2008, 262 pp., 24,95 €

01 09 08

Une somme mémorable

CONGOCodirigée par l’universitaire congolaise Bibiane Tshibola Kalengayi et par Marc Quaghebeur, l’éminent patron des « Archives et Musée de la Littérature » regroupées au sein de la Bibliothèque royale Albert Ier à Bruxelles, la revue Congo-Meuse s’attache avec passion à croiser, sous un même label d’investigation, les corpus africain et belge. Elle vient de faire paraître coup sur coup, en collaboration avec les Éditions de l’Harmattan à Paris, quatre passionnants essais collectivement intitulés Aspects de la culture à l’époque coloniale en Afrique centrale, essentiellement au Congo. Le premier livre fait le point sur la formation et l’éducation prodiguées à l’époque et reproduit un texte de celui que nous tenons pour le plus grand auteur vivant de langue française, Valentin-Yves Mudimbe, tandis que le deuxième traite de la littérature et du théâtre, tant des Africains que des « Mundélés » ; le troisième inventorie la presse et reproduit des archives (comme le décoiffant témoignage du jeune étudiant bruxellois Roger Lallemand, futur président du Sénat belge, à son retour d’un long voyage au Congo en 1956) et le quatrième s’intéresse à la perception du corps (à travers le sport et la rumba, par exemple), de l’image (qu’il s’agisse de peinture, avec Auguste Mambour, de publicité ou de films en Super 8) et de l’espace architectural (tel qu’il se concrétisa notamment lors l’Exposition Internationale d’Élisabethville en 1931). Rehaussés de nombreuses photographies en noir et blanc ainsi que de dessins au trait et de documents divers, ces ouvrages ont été rédigés pour moitié par des contributeurs africains et belges.
Ils constituent un corpus passionnant, vivant et actuel, indispensable à qui veut jeter un regard lucide et exempt de parti pris sur l’un des composants les plus controversés de l’histoire de notre pays.
Bernard DELCORD

Aspects de la culture à l’époque coloniale en Afrique centrale, (I. Formation – Réinvention, II. Littérature – Théâtre Archives, III. Presse – Archives IV. Le corps – L’image – L’espace), Paris, L’Harmattan, 2008, 296 pp., 293 pp., 295 pp. ,273 pp., 25,50 € chacun.

31 08 08

Le prix de la Liberté

BELHASSINELe phénomène des grands patrons d'entreprise publiant leurs mémoires est moins présent en Europe qu'aux États-Unis où il fait recette. Raison de plus pour épingler ceux de Lotfi Belhassine qui fut le premier actionnaire privé du Club Med et patron d'Air Liberté, deuxième compagnie d'aviation civile française dont la fin brutale a fait les gros titres de la presse nationale.
Aujourd'hui à la tête de plusieurs chaînes de télévision dont celle du voyage Liberty TV, bien connue des Belges, Lotfi Belhassine se retourne sur une carrière qui fut avant tout celle d'un enfant gâté, d'un homme qui a été marqué par la réussite.
À souligner la passion de cet ancien organisateur de festivals pour Dante Alighieri et la littérature en général, une passion qui l'a poussé à apprendre l'italien pour lire l'auteur de la Divine comédie dans le texte original. Écoutez plutôt.

   LOTFI BELHASSINE - Brice Depasse 1
   LOTFI BELHASSINE - Brice Depasse 2

Chère Liberté : Tunis, Paris, Bruxelles, Lotfi Belhassine, Hugo et Compagnie, 2008, 195p., 19€00.

23 08 08

Les 62 salopards

GUIDE_supremeEn ces temps de chinoiseries contestées, une petite remise en perspective s'imposait, et c'est précisément ce que les Éditions Gingko à Paris ont fait en publiant « Le Guide suprême » de Patrick Boman, Bruno Fuligni, & consorts. Sous-titré « Petit dictionnaire des dictateurs », cet essai règle une fois pour toutes, sur un ton allègre et en quelques coups de cuiller à pot, leur compte à 62 truands de l'Histoire, à commencer par les gros calibres, Hitler, Staline, Lénine, Mao, Franco, Brejnev, Pétain, Mussolini, Pol Pot et Pinochet, mais aussi de plus petits poissons comme les Duvalier père et fils (Haïti), Amin Dada (Uganda), Khomeiny (Iran), Bokassa (Centrafrique), Stroessner (Paraguay), Salazar (Portugal), Niazov (Turkménistan) ou Mobutu (Zaïre). Quelques apprentis sont même évoqués, comme le beau Léon de Bouillon, l’ineffable Degrelle… Chacun se voit tailler le costume qu'il mérite, en deux ou trois pages bien envoyées, où tout est dit, même la sottise des intellectuels de gauche qui s'évertuèrent à chanter le los de crapules façon Staline et Mao, c'est bien connu, ainsi que des tyrans Sékou Touré (Guinée), Tito (Yougoslavie), Ceausescu (Roumanie), Saddam Hussein (Irak) ou Enver Hoxha (Albanie). Plus fort encore, l'ouvrage s'en prend à quelques potentats encore en vie, Castro (Cuba) en tête, suivi de Kérékou (Bénin), Kadhafi (Libye), Kim Jong-il (Corée du Nord), Loukachenko (Biélorussie), Mengistu (Éthiopie), Mugabe (Zimbabwe) ou Noriega (Panama). Pour chacun, on rappelle les différents surnoms et titres dont-ils se sont affublés (« Führer »,
« Grand Timonier », « Duce », « Caudillo », certes, et puisque le ridicule ne tue – hélas ! – pas les tueurs, « Le Moïse de notre époque », « Le seul Miracle » voire « Le Seigneur de toutes les Bêtes de la terre et de tous les Poissons de la Mer »), de même que l’on fait état de leurs prétentions intellectuelles ou scientifiques et, cerise sur le gâteau, on fournit un petit florilège de citations. Sans oublier les anecdotes, comme la mésaventure d'un général centrafricain, arrêté pour complot et engraissé en prison en vue de servir de ragoût impérial à Bokassa, ou la fin très morale du tyran tchèque Klement Gottwald qui mourut des suites d'une mauvaise grippe contractée aux funérailles de Staline ! De quoi rire (jaune), non ?
Bernard DELCORD

Le Guide suprême
par Patrick Boman, Bruno Fuligni, Dr Lichic, Stéphane Mahieu & Pascal Varejka, Gingko éditeur, Paris, 2008, 235 pp., 12 €