27 12 08

Les deux Albert et autres abracadabras

ALBERTSignalons, pour les amateurs d’occultisme, la parution de deux forts volumes aux Éditions Le Pré aux Clercs à Paris, reproduisant des textes fameux et quasi-mythiques.
Le célèbre Albert de Groot, dit Albert le Grand, vécut de 1193 à 1280, et fut canonisé en 1933. Son immense compilation, dite Le Grand Albert, parut à Lyon en 1651 et fut rééditée d’innombrables fois. Elle est divisée en quatre livres groupant diverses incantations et recettes médicinales. Tout cela est assez amusant à lire, surtout les petits conseils relatifs à la vie quotidienne, « pour savoir si les semences seront abondantes », « contre l’ivresse du vin » ou même
« pour empêcher que la femme puisse paillarder avec quelqu’un ». Il y a des recettes hautement remarquables comme celle-ci : « Les poils qui sont autour de la verge d’un âne étant découpés dans du vin, si on les fait boire à quelqu’un, il pètera sur le champ ». Le corps fait l’objet de très nombreuses attentions semblables. Notons l’intéressant avertissement de Claude Seignolle, et l’impressionnante liste de commentaires sur les différentes éditions de cet ouvrage qui se complète ici du Petit Albert, qui est une autre compilation bien plus tardive puisqu’elle date de 1706 et qui comporte également des recettes du même genre.
Quant au second volume, Grimoires de rituels magiques, il se compose de neuf écrits différents dont deux composés par des papes. Ici, nous sommes en pleine magie, ces grimoires contenant bon nombre d’incantations et de prières. Elles étaient fort populaires, transmises par des colporteurs dans les campagnes et même dans les couvents. Cela va du pacte avec le diable et des rituels d’exorcisme jusqu’aux plus fidèles oraisons latines telles que le Credo ou le Veni creator en passant par « Le Dragon rouge », « La Poule noire », « Le Génie et le Trésor du Vieillard des Pyramides », etc. L’ouvrage culmine par « Le Rituel de Haute Magie » de l’illustre Corneille Agrippa (1486-1535). Joliment illustré par de mystérieux dessins, ce livre fera le bonheur de ceux qui sont attirés par ces textes anciens. Le véritable amateur de l’imaginaire préférera néanmoins Le Necronomicon, par ailleurs publié aux mêmes éditions et que nous avons déjà commenté sur Phénix Web.
Bruno PEETERS

GRIMOIRESLe Grand et le Petit Albert, les secrets de la magie naturelle et cabalistique, avertissement de Claude Seignolle, préface de Bernard Husson, Paris, Éditions Le Pré aux Clercs, 2008, 558 pp., 18 €.

Grimoires de rituels magiques, présentation de François Ribadeau Dumas, Paris, Éditions Le Pré aux Clercs, 2008, 531 p., 18 €

27 12 08

Un casting d'enfer

100_bibleEn voilà un livre surprenant ! Sous-titré Biographies et arbres généalogiques de l’Ancien et du Nouveau Testament, l’ouvrage du Californien Robin P. Nettelhorst intitulé 100 personnages clés de la Bible qui vient de paraître aux Éditions Le Pré aux Clercs à Paris brosse le portrait d’une centaine d’acteurs de la Bible, selon deux axes : l’époque et les noms.
L’ouvrage traite aussi bien de personnages pour lesquels peu de traces historiques sont disponibles que de personnages généralement peu connus du public. On pourrait regretter le trop petit nombre de femmes dans le corpus, car que serait la religion sans les « mères de tous » : Ève et Marie ?
Richement illustré de reproductions d’oeuvres picturales classiques et de gravures, ce beau livre fera mesurer à certains (dont nous sommes !) l’étendue de leur inculture religieuse...
Remarquons au passage que la traductrice a un nom tout prédestiné !
Véronique DE LAET

100 personnages clés de la Bible par Robin P. Nettelhorst, traduit par Elisabeth Luc, Paris, Éditions Le Pré aux Clercs, 2008, 192 pp., 22 €

27 12 08

Les brillantes pensées d’un grand homme d’action

CHURCHILLLes Éditions Tallandier à Paris poursuivent la publication des
« choses vues » par sir Winston Churchill, entreprise l’année dernière avec la parution de Mes jeunes années dans la collection « Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, et prolongée aujourd’hui par un passionnant Réflexions et aventures qui ouvre des perspectives pour le moins surprenantes sur les idées et la personnalité de l’homme d’État de Sa Gracieuse Majesté qui mit une avoinée à « ce galopin de Hitler » et décrocha le Nobel de littérature en 1953 pour l’ensemble de son œuvre avant de se retirer sur la côte d’Azur afin de se consacrer (avec talent) à la peinture figurative.
« D’un essai enlevé sur les caricatures à un autre, magnifique, sur le plaisir de peindre, en passant par une analyse du gouvernement parlementaire et des problèmes économiques, Winston Churchill (1874-1965) partage avec son lecteur les sujets divers et parfois inattendus qui l’occupaient dans l’entre-deux-guerres. On avait découvert un écolier turbulent, un soldat courageux et un écrivain prometteur dans Mes jeunes années. On retrouve ici un homme tout aussi aventureux, dont l’expérience s’est considérablement enrichie, la vision du monde et de la société sensiblement affinée et dont la vivacité de style reste un grand plaisir littéraire. À travers cette collection de pensées, de souvenirs, de réflexions et même de prédictions se dégage une philosophie profonde et originale » : on ne saurait mieux dire que la quatrième de couverture de ces Réflexions et aventures tout en joyeux et multiples rebondissements…
Un ouvrage réconfortant, par les temps qui courent, cela ne se boude pas !
Bernard Delcord

Réflexions et aventures par Winston Churchill, Paris, Éditions Tallandier, collection « Texto », 365 pp, 10 €

21 12 08

L'exil et le royaume

WARESQUIELParaphraser Camus pour qualifier ce dernier ouvrage d'Emmanuel de Waresquiel, l'auteur de Talleyrand, le prince immobile, cet ouvrage résolument éclairant qui fut sanctionné par le succès récemment.
Les cent jours du retour de Napoléon vus par le petit bout de la lorgnette d'un Louis XVIII (dont la mémoire est revisitée) et de sa suite en exil à Bruges. La fin de l'empire vue de l'autre côté de la Manche. Bref, la remise des choses dans leur contexte, même si l'ombre impressionnante du personnage de l'empereur n'arrive pas à disparaître totalement tant elle éclipse toutes les grandes âmes qui lui furent contemporaines.

  WARESQUIEL - Brice Depasse 1
  WARESQUIEL - Brice Depasse 2
  WARESQUIEL - Brice Depasse 3

Cent jours, La tentation de l'impossible, mars-juillet 1815, Emmanuel de Waresquiel, Fayard, septembre 2008, 704p., 28€00.

21 12 08

L'impératrice belge

PAOLIDestin tragique et romantique d'une vie qui s'annonçait somptueuse. Charlotte de Belgique, fille de Léopold Ier, ce grand personnage de l'échiquier européen post-napoléonien, et petite-fille du roi des Français, ceignit successivement la couronne du dûché de Vénétie-Lombardie et de l'empire du Mexique. Dominique Paoli a choisi, dans cette biographie publiée chez l'excellent éditeur Perrin, de faire la lumière sur la folie précoce de l'impératrice belge.

  DOMINIQUE PAOLI - Brice Depasse 1
  DOMINIQUE PAOLI - Brice Depasse 2

CHARLOTTE

L'impératrice Charlotte : « Le soleil noir de la mélancolie », Dominique Paoli, Perrin, novembre 2008, 328p., 21€00.

18 12 08

Pour avoir la bosse... des maths !

MATHSLe succès appelant le succès, les Éditions Blanche à Paris font paraître ces jours-ci, après le fameux tiercé Je parle anglais comme un(e) cochon(ne), Je parle allemand comme un(e) cochon(ne) et Je parle espagnol comme un(e) cochon(ne),
un amusant petit Je fais des maths comme un(e) cochon(ne) propre à rendre cartésien le plus évanescent des poètes parnassiens ou einsteinien le plus rébarbatif des hip-hoppeurs de banlieue.
Rédigé par un prof revêtu d’un pseudonyme transparent (Gérard-Olivier Maitry), cet ouvrage « parascolaire » revisite les fondements de l’arithmétique, de la géométrie, de l’algèbre ou des calculs de probabilités en joignant l’utile (des cours sérieux, clairs et précis) à l’agréable (des exemples pour le moins délurés) et le concret le plus vibrant (« On ne dit pas ‘un carré un peu plus long d’un côté que de l’autre’, on dit ‘un rectangle’ ») à l’abstrait le plus éthéré (« Moi, j’ai sauté un gogol de nanas ! » est, par exemple, présenté comme une affirmation peu vraisemblable, un gogol étant le nombre composé du chiffre 1 suivi de cent zéros, par ailleurs à l’origine du mot « Google »).
Le tout est exposé dans le respect le plus strict des consignes ministérielles, qui en appellent à l’ancrage dans le vécu des apprenants. Qu’on en juge par la sagacité de l’énoncé de ce problème : « La mère de Toto donne à celui-ci 50 € pour aller acheter un pain à 1,50 €. En chemin, il rencontre la grosse Lulu qui lui fait une petite gâterie pour 30 €. Toto est donc obligé de piquer le pain et de revendre 2 barrettes de shit à 14 € pièce. Pourra-t-il rendre la monnaie ? » Ou par l’actualité de celui-ci : « Tony fabrique sa coke lui-même en mélangeant 1/5 de farine, 3/8 de sucre en poudre et le reste de maïzena. Calculer la quantité de chaque ingrédient que Tony devra acheter pour préparer 100 g de dope. ». Les autres ne sont pas racontables ici. Ce qui n’empêche tout de même pas la morale de rester sauve : « José boit 6 pastis avant de reprendre la route. Chaque verre augmente son taux d’alcoolémie de 0,25 g/L. Quel taux le médecin légiste va-t-il mesurer lors de l’autopsie ? »…
Bernard DELCORD

Je fais des maths comme un(e) cochon(ne) par Gérard-Olivier Maitry, Paris, Éditions Blanche, 123 pp., 12 €.

16 12 08

Nom(s) de Dieu !

SOUFFREPréfacé par Pierre Kroll et illustré de 55 dessins originaux issus de sa plume, c’est un bien intéressant petit ouvrage qui vient de paraître aux Éditions Modulaires Européennes à Fernelmont. Intitulé Une cuillère d’eau bénite et un zeste de soufre, il croise les regards d’Éric de Beukelaer, prêtre, théologien et porte-parole des évêques de Belgique, et de Baudouin Decharneux, philosophe libre-penseur et historien des religions
à l’Université libre de Bruxelles, ce temple du libre-examen, en une joute oratoire amicale autour de 55 mots-clefs tels qu’Âme, Doute, Franc-maçonnerie, Liberté, Mort… mais aussi Bigoterie, Diable, Femme, Humour, Hypocrisie, Langue de bois, Sexualité ou Uniforme.
Sans jargon, sans forfanterie et sans a priori, leurs réflexions ouvrent sur un monde de doutes et de certitudes qui déconcertent, passionnent et secouent. Bakounine l’assurait :
« Si vraiment Dieu existait, il faudrait s’en débarrasser ! » À lire nos trois compères (le texte de Kroll est plus que surprenant),
le vieil anarchiste russe aurait peut-être quelques doutes…
Bernard DELCORD

Une cuillère d’eau bénite et un zeste de soufre, par Éric de Beukelaer et Baudouin Decharneux, préface et illustrations de Pierre Kroll, Fernelmont, Éditions Modulaires Européennes, collection « Société », 2008, 165 pp., 21 €

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11 12 08

Une boîte à lettres bien de chez nous

CHATELAINLes Éditions Le Cri à Ixelles ont eu le nez creux en faisant paraître, sous la plume de Paul Aron et de Françoise Chatelain, tous deux issus de l’Université Libre de Bruxelles, un excellent ouvrage scolaire qui, sous le titre fleuve de Manuel et anthologie de littérature belge à l’usage des classes terminales de l’enseignement secondaire, permet aux enseignants d’aborder à partir d’extraits d’œuvres d’auteurs belges les grands courants littéraires (réalisme, naturalisme, symbolisme, littérature du peuple, surréalisme…) ou divers genres de textes (théâtre, fantastique, science-fiction, roman policier, poésie expérimentale) ainsi que différents thèmes (les communautés linguistiques, les arts plastiques, l’immigration, le colonialisme, le travail, la vie et les conflits politiques, les rapports sociaux de sexe, les passions humaines, l’esthétique). Au programme, des séquences et des
« situations-problèmes » à partir d’André Baillon, Madeleine Bourdouxhe, Achille Chavée, Paul Colinet, Charles De Coster, Christian Dotremont, Georges Eekhoud, James Ensor, Michel de Ghelderode, Hubert Juin, Camille Lemonnier, Maurice Maeterlinck, Louis Scutenaire, Georges Simenon, Émile Verhaeren, mais aussi Paul Willems, Guy Vaes, Jean Tousseul, Paul Nougé, Marcel Mariën, André Franquin, sans oublier les prolétariens (Constant Malva, Pierre Hubermont) et tout un tas d’écrivains encore en vie, parmi lesquels un véritable ténor de la création verbale contemporaine : Jean-Pierre Verheggen, l’inclassable auteur d’Artaud Rimbur, de Ninietzsche, peau d’chien, des Folies belgères et du Degré Zorro de l’écriture, véritables « problèmes de situation » pour tous ses exégètes ébaubis !
Bernard DELCORD

Manuel et anthologie de littérature belge à l’usage des classes terminales de l’enseignement secondaire par Paul Aron et Françoise Chatelain, Bruxelles, Éditions Le Cri, 274 pp. noir et blanc au format quarto, 10 €

29 11 08

Un livre peu banal...

congoVivant et travaillant actuellement en République Démocratique du Congo, Georges Antippas est un Grec né au Congo Belge, à Kolwezi en 1956, dont les ascendants grecs sont établis dans ce pays depuis 1895.
La consultation des archives familiales lui a donné l’idée d’écrire un ouvrage étonnant, Pionniers méconnus du Congo Belge, paru en 2007 à Bruxelles aux Éditions Masoin et remarquablement illustré d’innombrables documents iconographiques inédits, dans lequel il retrace, nom par nom et famille par famille, l’histoire et l’action de ses compatriotes dans l’ancienne colonie de la Belgique. Il en résulte une image tout à fait originale du Congo de Léopold II, des communautés étrangères dans son État, de la vie des Noirs, des métis et des Indiens dans la colonie, de la Seconde Guerre mondiale vue d’Afrique, de l’urbanisme et de l’économie africaines de l’Après-guerre, de la vie culturelle et associative de l’époque et même de la discographie coloniale… Concentrés essentiellement à l’Est (parce qu’ils provenaient de Grèce continentale et des îles, mais aussi de Turquie, d’Égypte, d’Éthiopie et d’Afrique du Sud), les Grecs du Congo Belge laissèrent néanmoins des traces dans la capitale, comme par exemple l’immeuble Diaco sur le boulevard du 30 juin, ainsi appelé en raison du nom de son constructeur Georges Diacomichalis, ou l’immeuble « ex-Bata » édifié par son frère André. Actifs dans le commerce, les travaux publics et les transports, ils marquèrent aussi divers secteurs industriels (les mines, la production de tissus, la mode, l’agro-alimentaire, l’hôtellerie ainsi que la pêche dans les régions de Kasenga et du lac Tanganyika).
Nul doute que les historiens européens et africains de l’Afrique coloniale autant que les anciens du Congo et leurs descendants voire même les Congolais (y compris de Belgique) trouveront dans ce bel ouvrage dépourvu d’accents polémiques et quelque peu hagiographique l’occasion de jeter un regard neuf sur un passé ancien…
Bernard DELCORD

Pionniers méconnus du Congo Belge par Georges Antippas, Bruxelles, Éditions Masoin, 2007, 346 pp. illustrées en quadrichromie, 60 €

25 11 08

Un livre à dévorer !

MILLAUCofondateur des guides Gault-Millau, l’auteur du Dictionnaire amoureux de la gastronomie paru tout récemment chez Plon à Paris, Christian Millau, est un merveilleux conteur qui y narre avec une belle faconde et dans un style gouleyant à souhait ses souvenirs gourmands
les plus marquants et qui y fait part de son expérience d’amateur éclairé de chère fine et de boissons de qualité.
Découvreur de talents autant que baroudeur de la table et même parfois kamikaze de la diététique (par exemple quand il tâta, dans une sorte de bordel à Shanghai, d’une bouillabaisse prétendument « comme à Marseille »), il a roulé sa bosse et sa serviette a travers le vaste monde et il en a ramené des considérations passionnantes, parfois très drôles, sur le canard laqué, Marrakech, la cuisine anglaise, irlandaise ou indienne, la sushimania, la Belgique, les trattorias romaines, l’Espagne, les bouchons lyonnais, la malbouffe yankee, les Winstuben, voire sur l’anthropophagie…
D’une entrée à l’autre, il ressuscite Apicius, Grimod de La Reynière, Brillat-Savarin, Curnonsky ou Talleyrand, a une de ces frites, fait un sort à la cuisine moléculaire, dénonce le faux luxe, prononce l’éloge du métier de maître d’hôtel, se penche sur les mots de la faim, s’intéresse aux chefs francs-maçons, croise Alain Ducasse, Paul Bocuse, Joël Robuchon, Marc Veyrat, explique comment lire une carte de restaurant ou consommer un bon foie gras, murmure son amour de l’oreille de cochon à la dijonnaise, raconte l’histoire du caviar, établit la typologie du cassoulet, rend hommage aux femmes en cuisine, conseille le champagne rosé, s’extasie au souvenir d’un merveilleux jambon-beurre, sert un coup de rhum et chante les louanges du chou farci. Entre autres…
Quel bon bouquin !
Bernard DELCORD

Dictionnaire amoureux de la gastronomie par Christian Millau, Paris, Éditions Plon, 2008, 771 pp., 25 €