29 11 08

Un livre peu banal...

congoVivant et travaillant actuellement en République Démocratique du Congo, Georges Antippas est un Grec né au Congo Belge, à Kolwezi en 1956, dont les ascendants grecs sont établis dans ce pays depuis 1895.
La consultation des archives familiales lui a donné l’idée d’écrire un ouvrage étonnant, Pionniers méconnus du Congo Belge, paru en 2007 à Bruxelles aux Éditions Masoin et remarquablement illustré d’innombrables documents iconographiques inédits, dans lequel il retrace, nom par nom et famille par famille, l’histoire et l’action de ses compatriotes dans l’ancienne colonie de la Belgique. Il en résulte une image tout à fait originale du Congo de Léopold II, des communautés étrangères dans son État, de la vie des Noirs, des métis et des Indiens dans la colonie, de la Seconde Guerre mondiale vue d’Afrique, de l’urbanisme et de l’économie africaines de l’Après-guerre, de la vie culturelle et associative de l’époque et même de la discographie coloniale… Concentrés essentiellement à l’Est (parce qu’ils provenaient de Grèce continentale et des îles, mais aussi de Turquie, d’Égypte, d’Éthiopie et d’Afrique du Sud), les Grecs du Congo Belge laissèrent néanmoins des traces dans la capitale, comme par exemple l’immeuble Diaco sur le boulevard du 30 juin, ainsi appelé en raison du nom de son constructeur Georges Diacomichalis, ou l’immeuble « ex-Bata » édifié par son frère André. Actifs dans le commerce, les travaux publics et les transports, ils marquèrent aussi divers secteurs industriels (les mines, la production de tissus, la mode, l’agro-alimentaire, l’hôtellerie ainsi que la pêche dans les régions de Kasenga et du lac Tanganyika).
Nul doute que les historiens européens et africains de l’Afrique coloniale autant que les anciens du Congo et leurs descendants voire même les Congolais (y compris de Belgique) trouveront dans ce bel ouvrage dépourvu d’accents polémiques et quelque peu hagiographique l’occasion de jeter un regard neuf sur un passé ancien…
Bernard DELCORD

Pionniers méconnus du Congo Belge par Georges Antippas, Bruxelles, Éditions Masoin, 2007, 346 pp. illustrées en quadrichromie, 60 €

25 11 08

Un livre à dévorer !

MILLAUCofondateur des guides Gault-Millau, l’auteur du Dictionnaire amoureux de la gastronomie paru tout récemment chez Plon à Paris, Christian Millau, est un merveilleux conteur qui y narre avec une belle faconde et dans un style gouleyant à souhait ses souvenirs gourmands
les plus marquants et qui y fait part de son expérience d’amateur éclairé de chère fine et de boissons de qualité.
Découvreur de talents autant que baroudeur de la table et même parfois kamikaze de la diététique (par exemple quand il tâta, dans une sorte de bordel à Shanghai, d’une bouillabaisse prétendument « comme à Marseille »), il a roulé sa bosse et sa serviette a travers le vaste monde et il en a ramené des considérations passionnantes, parfois très drôles, sur le canard laqué, Marrakech, la cuisine anglaise, irlandaise ou indienne, la sushimania, la Belgique, les trattorias romaines, l’Espagne, les bouchons lyonnais, la malbouffe yankee, les Winstuben, voire sur l’anthropophagie…
D’une entrée à l’autre, il ressuscite Apicius, Grimod de La Reynière, Brillat-Savarin, Curnonsky ou Talleyrand, a une de ces frites, fait un sort à la cuisine moléculaire, dénonce le faux luxe, prononce l’éloge du métier de maître d’hôtel, se penche sur les mots de la faim, s’intéresse aux chefs francs-maçons, croise Alain Ducasse, Paul Bocuse, Joël Robuchon, Marc Veyrat, explique comment lire une carte de restaurant ou consommer un bon foie gras, murmure son amour de l’oreille de cochon à la dijonnaise, raconte l’histoire du caviar, établit la typologie du cassoulet, rend hommage aux femmes en cuisine, conseille le champagne rosé, s’extasie au souvenir d’un merveilleux jambon-beurre, sert un coup de rhum et chante les louanges du chou farci. Entre autres…
Quel bon bouquin !
Bernard DELCORD

Dictionnaire amoureux de la gastronomie par Christian Millau, Paris, Éditions Plon, 2008, 771 pp., 25 €

23 11 08

La touche Groult

GROULTAprès l'énorme succès de La touche étoile, Benoîte Groult, du haut de ses quatre-vingts ans, nous brosse avec lucidité et humour le tableau de presque un siècle de rapports entre hommes et femmes. Sa propre histoire. Celle d'une femme qui n'avait pas le droit de vote et à peine celui de disposer d'elle-même avant la guerre.
J'ai adoré ce livre. J'adore cette femme.

  BENOITE GROULT - Nicky Depasse 1
  BENOITE GROULT - Nicky Depasse 2
  BENOITE GROULT - Nicky Depasse 3

ATT45780
Mon évasion, Benoîte Groult, Grasset, 2008, 333p., 18€50.

Photo : Alain Trellu

22 11 08

"America ! America !"

MELANDRIBrillant universitaire français, Pierre Melandri est un spécialiste des relations internationales contemporaines en général et de la politique étrangère yankee en particulier.
Il vient de faire paraître à Bruxelles chez André Versaille une volumineuse Histoire des États-Unis contemporains qui fera date, dans les divers sens du terme. D’abord parce qu’il situe en 1865 la naissance des États-Unis actuels, à l’issue de la Guerre de Sécession et après la défaite du Sud agricole, individualiste et esclavagiste face au Nord industrialisé, abolitionniste et affairiste. S’ensuivra jusqu’en 1897 une croissance économique foudroyante qui marquera l’avènement de l’Amérique contemporaine. Cet « Âge doré » sera balayé par la rébellion, à partir de 1898, des couches patriciennes et des classes moyennes de la société contre le big business d’une ploutocratie sans cesse plus âpre au gain, et par leur volonté de créer un nouvel ordre mondial rompant avec l’isolationnisme traditionnel des USA. Novembre 1918 et mai 1945 combleront leurs vœux en consacrant la chute à plus ou moins court terme des empires centraux en Europe et des empires coloniaux de par le vaste monde
(à l’exception de ceux d’Amérique latine, chasse gardée de l’Oncle Sam). Entre-temps, la crise de 1929 avait rebattu les cartes et l’attaque japonaise de Pearl Harbor donné à l’Amérique l’occasion d’assurer un leadership international compatible avec sa suprématie économique et militaire. On connaît la suite : guerre froide, course aux armements, torpillage politique de l’Union européenne,
« American way of life », guerres innombrables et bien souvent calamiteuses (Corée, Vietnam, Irak, Afghanistan…), chute du mur de Berlin en 1989, retour de l’affairisme et accession du pays de George W. « Caligula » Bush au statut de superpuissance unique, avec son lot d’heurs et de malheurs.
Publié en septembre 2008, c’est-à-dire peu de temps avant la déconfiture financière du pays de Tonton Picsou, cet ouvrage remarquablement sérieux et formidablement documenté débouche sur une vision prémonitoire, exprimée en termes diplomatiques : « Cependant, alors que l’Amérique peut croire accompli son “destin exemplaire”, les événements internationaux de ces dernières années montrent qu’elle n’est vraisemblablement qu’en train de vivre “un éphémère moment unipolaire” ».
Sic transit gloria mundi…
Bernard DELCORD

Histoire des États-Unis contemporains par Pierre Melandri, Bruxelles, André Versaille éditeur, collection « Références », 2008, 990 pp., 34,90 €

22 11 08

Un phare de la culture

LANTERNEDans son essai intitulé La Lanterne sourde (1921-1931) paru chez Racine, la jeune romaniste de Liège Mélanie Alfano retrace une passionnante aventure culturelle internationale partie du cercle des étudiants de l’Université de Bruxelles dirigé au lendemain de la Grande Guerre par Paul Vanderborght. D’abord modeste revue ainsi baptisée par Charles Plisnier, La Lanterne sourde animée par Pierre Bourgeois et par Paul Vanderborght ne tardera pas à recevoir les éloges d’André Gide et la collaboration de plumes talentueuses ou de conférenciers illustres : Erik Satie, Georges Duhamel, Le Corbusier, Stefan Zweig, Louis Jouvet,
les Pitoëff, Jules Romains, Charles Vildrac, Rabindranath Tagore, Blaise Cendrars, Maurice Martin du Gard, Georges Bernanos, Jules Supervielle, Paul Valéry et James Ensor, entre autres et excusez du peu ! Tout en s’ouvrant sur Paris, Le Caire, Athènes, Barcelone, Jérusalem ou Londres et en ouvrant des tribunes, parfois de manière surprenante comme, le 16 février 1924, au grand sachem « White Elk » (Élan blanc), par ailleurs universitaire remarquable, qui s’exprima en français (!) sur la vie artistique, religieuse et sociale des Indiens d’Amérique du Nord. On retrouve, bien évidemment, mis en lumière par cette machine éclatante (une lanterne sourde était un instrument de projection lumineuse), quelques Belges d’envergure, comme le poète E.L.T. Mesens, l’architecte Henry Van de Velde, l’écrivain Georges Eekhoud, le peintre bruxello-parisien Pierre-Louis Flouquet, les pianistes de jazz John Ouwerx et Stan Brenders, le poète flamand Paul van Ostaijen… tous unis dans l’espoir d’une paix définitive en Europe, favorisée par l’expression des idées et l’éclosion de l’art propres à la jeunesse d’alors, ouvertement internationaliste. Quelques années à peine avant la Seconde Guerre mondiale, hélas !
Bernard DELCORD

La Lanterne sourde (1921-1931) par Mélanie Alfano avec la collaboration d’André Doms, Bruxelles, Éditions Racine, 184 pp., 19,95 €

20 11 08

Tôlards & Cie

HONDELATTEAu moment où d’aucuns, prenant des vessies pour des lanternes, s’ébaubissent devant les prétendus exploits
d’un Jacques Mesrine dont « l’instinct de mort » n’était, somme toute, animé que par des mobiles crapuleux, ou bien s’extasient devant les crimes infects d’un Bertrand Cantat dont les noirs désirs n’étaient finalement
que la part d’ombre imbibée d’une célèbre petite frappe camée et sans grand talent, le journaliste français Christophe Hondelatte parraine, aux Éditions Hors Collection à Paris, un passionnant compendium (en grand format et fort intelligemment illustré) des affaires traitées dans la célèbre émission "Faites entrer l’accusé" qu’il présente sur France 2 depuis 2002.
Intitulé Les grandes histoires criminelles, cet ouvrage traite aussi bien de la mort de Pierrot le fou, le chef du gang des tractions avant, que de l’affaire d’Outreau
et des exploits de son juge d’instruction minable, en passant par le célèbre « Omar m’a tuer » qui valut tant
de désagréments au dénommé Omar Raddad ou par les retentissantes affaires Besnard, Dominici et Grégory qui ont laissé sur leur faim les amateurs de vérité autre que judiciaire, sans oublier l’acquittement de Patrick Dils le 24 avril 2002 après 15 ans d’emprisonnement ni le « casse
du siècle », aux relents romantico-voyous, opéré à Nice en 1976 par Albert Spaggiari et ses complices, et il fait revivre une quarantaine de grands dossiers qui, depuis 1945, ont défrayé la presse ou agité les prétoires hexagonaux. Sans évoquer pourtant l’affaire Cantat et le meurtre de Marie Trintignant, ce qui est bien dommage… Un oubli (in)volontaire qui, espérons-le, sera réparé dans la prochaine édition de ce livre appelé à un grand succès !
Bernard DELCORD

Les grandes histoires criminelles présentées par Christophe Hondelatte et rédigées par Bruno Heckmann, Danièle Dulhoste et Emmanuel Caenn, Paris, Éditions Hors Collection, 192 pp. au format 23 x 30 cm, 29,90 €

20 11 08

Un OVNI littéraire

decorationDès le début des années 1950, une belle amitié s’est nouée entre Salvador Dali, l’artiste catalan aux talents multiples, et son éditeur français Michel Déon, qui publia sa Vie secrète en 1951 aux Éditions de la Table Ronde à Paris, avant Les cocus du vieil art moderne chez Fasquelle en 1956, puis le Journal d’un génie, à nouveau à la Table Ronde, en 1964.
Entre les deux, le peintre de et à moustaches lui avait confié, consigné dans un cahier d’écolier ligné, le manuscrit d’une nouvelle surréaliste intitulée Trifolie, que Déon adapta en vue de la publier sous le titre de L’Esputnic du Paubre, avant que le manuscrit ne s’égare… Il a été retrouvé tout récemment, mal classé qu’il était avec d’autres documents, et les Éditions de la Table Ronde viennent de le faire paraître dans une édition en fac-similé du plus bel effet, complétée d’un extrait d’Un bagage pour Vancouver, le livre de souvenirs de Déon paru en 1985, et de pièces d’archives de la maison d’édition (projets de couvertures, rapports de lecture, maquettes et courriers internes divers…). Il en résulte un ouvrage inclassable et inrésumable, surprenant et agaçant, truffé de fautes d’orthographe et de traits de génie, parfaitement dalinien, dans lequel les déchets terrestres finissent par se retrouver dans un satellite lunaire. Le texte commence par un vibrant « Olé ! Tu es belle parce que tes yeux sont plus grands que tes pieds ! » et il se conclut sur un retentissant « Seul Dieu pouvait intervenir, et il intervint comme toujours dans ces moments de pitié cosmique, avec le miracle de la guérison, car à ce moment-là, on aurait dû encore attendre les services des psychopathologues…! » Du grand art (?) (!)
Bernard DELCORD

L’Esputnic du Paubre par Salvador Dali, Paris, Éditions de la Table Ronde, 169 pp.
au format 21 x 31 cm, 45,00 €

16 11 08

Tout sur tout, avant tout et encore plus que tout !

LAROUSSE1La nouvelle édition du Grand dictionnaire Larousse de langue française en deux volumes (Le Larousse des noms communs et Le Larousse des noms propres) est un must pour qui veut s’exprimer dans un français précis, correct et riche sans commettre d’erreurs de références culturelles. Le premier tome rassemble les définitions de
85 000 mots et locutions enrichies de 2000 illustrations et 5000 développements et remarques. Le second volume éclaire sur 28 000 noms propres (de personnes, de lieux, d’œuvres et d’événements) et propose 700 dossiers de synthèse (sur les grands personnages, les pays et les continents) et 2500 photographies, cartes et dessins. Qui dit mieux ? Les définitions sont claires et précises et les encarts passionnants. Le choix des nouveautés est judicieux et celles-ci sont traitées avec mesure, indépendance et correction. La preuve ? Par les temps flagorneurs qui courent actuellement dans l’Hexagone, ce dictionnaire consacre 17 lignes à Henri Salvador contre 8 à Nicolas Sarkozy. Voilà qui mérite d’être louangé, non ?
Blague à part, en raison de ses grandes qualités, cet ouvrage se doit de figurer dans la bibliothèque de tout qui, érudit ou pas, est amené à prendre régulièrement la plume !

Bernard DELCORD

LAROUSSE2Grand dictionnaire Larousse de langue française
en deux volumes (Le Larousse des noms communs et Le Larousse des noms propres), 1536 pp. chacun au format 18,3 x 24, 8 cm, 29,90 € par volume.

14 11 08

Bien-être et bien vivre

HUMOURNous vous invitons, en cliquant sur la couverture ci-contre, à visiter notre site, HOMELIT, consacré aux livres de cuisine, bien-être et bien vivre, animé par notre joyeux compère Bernard Delcord, monstre de savoir bien vivre et d'intelligence (Bernard, si tu nous regardes ;o).
En voici deux échantillons :
Le Baril est un concentré d’humour, cadeau idéal pour les fêtes de fin d’année ! Parodiant les barils de lessive classiques (100% explosif, décrasse les méninges, assouplissant pour les fibres musculaires des mandibules supérieures…), il s’agit d’une boîte dotée d’une poignée et facilement transportable qui contient 6 livres parfaitement hilarants. Le premier, un concentré de cahier de vacances pour adultes, propose des exercices drôles et décalés pour revoir tout ce que vous avez oublié depuis vos tendres années de lycée. Le deuxième n’est rien de moins que le journal intime de Nicolas S. par Albert Algoud, dans lequel l’omniprésident français livre toutes ses pensées et ses doutes…Un régal de dérision ! Le troisième compile de l’humour français saugrenu : des perles de librairie (« Antigone de la nouille, vous avez ? »), des aphorismes (« Il ne faut jamais jouer à saute-mouton avec une licorne »), des calembours, des recettes de cuisine improbables ou des lettres administratives obscures. Le quatrième constitue la crème (anglaise,of course) de l’humour anglo-saxon, le « very best of » de ce qui se fait de plus drôle outre-Manche et outre-Atlantique : Woody Allen, Jerry Seinfeld, Groucho Marx… Quant au cinquième, intitulé Le Coup du lapin, il est l’œuvre du cartoonist Andy Riley. Dans ce Saint-Graal de l’humour noir, véritable quintessence de l’absurde et du nonsense rassemblant une soixantaine de dessins tous plus hilarants les uns que les autres, nos amis aux grandes oreilles cherchent par tous les moyens à en finir avec la vie. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ne manquent pas d’imagination… En cadeau bonus (!), vous recevrez en outre un livre truffé d’humour écrit par un auteur remarquable. Mais chut, c’est une surprise !
Bernard Delcord

Le Baril, concentré d’humour, Paris, Éditions Chiflet & Cie, 2008, 29,95 €

13 11 08

Alzheimer et nous

BAUWENSChantal Bauwens a vécu le cancer de son père ... et l'Alzheimer de sa mère.
Alzheimer, ma mère et moi parle de ce ménage à trois dans lequel on vit quand un proche est atteint par cette terrible maladie.
Elle en parle avec Philippe Cantamessa.

  CHANTAL BAUWENS - Philippe Cantamessa 1
  CHANTAL BAUWENS - Philippe Cantamessa 2
  CHANTAL BAUWENS - Philippe Cantamessa 3

Alzheimer, ma mère et moi, Chantal Bauwens, Editions de l'Arbre, 208p., 18€50.