29 12 15

La chronique de Jean d'Ormesson : un régal !

_dormesson journal.jpgCe recueil d'articles écrits d'une plume talentueuse « Dieu, les affaires et nous », c'est la chronique d'un demi-siècle que nous propose Jean d'Ormesson. Dans la préface, Jacques Julliard explicite : « Quelle chance vous avez de croire, disent les bonnes gens, mais que c'est difficile ! Ils ne savent pas qu'il est non moins difficile de croire. Miterrand, comme d'Ormesson, eux, le savent. Ils ont l'athéisme ctaholique, comme un Rocard ou un Jospin ont l'athéiosme protestant. N'imaginez pas que lma différence soit négligeable : c'est toute la sensibilité de la personne qui se trouve imprégnée par les orientations religieuses de base, même chez les incroyants. » et de poursuivre : « Alors il ne suffit pas d'avoir du talent, du charme et de la chance. Il faut encore, par ces temps de conformisme morose, avoir le courage d'être heureux. »

Dans la première partie, l'auteur nous donne un choix de « moments » : Quelques phrases picorées en 1984 :

« Nous sortons d'un univers qui valait ce qu'il valait. Plein de privilèges, d'injustices et d'inégalités, il vivait au moins dans l'impatience de l'avenir et dans l'espérance de l'amélioration. C'est ce qu'on appelait le progrès. »

« Les vieilles vertus d'autrefois – le respect pour les anciens, la tradition, la famillle, l'exaltation du travail, la patrie – sont tombées au rang de sarcasmes, de matières à plaisanterie, de lubies malfaisantes. »

« La vie est merveilleuse ; il faut tout trouver en toi-même : la justice, le bonheur, la simplicité, la grandeur. Et alors, peut-être, tu reconstruiras le monde. »

Quelques autres éblouissements écrits dans Le Figaro :

En 1993 :

« Ce n'est pas leur origine, c'est leur seul comportement qui met une différence entre les hommes. »

En 2000 :

« Il est trop facile de ne tolérer que les idées et les mots sur lesquels on est tous d'accord. »

En 2002 :

(Après que Jospin soit battu par Le Pen) « La première des leçons est, une fois de plus, le caractère intuile ou néfaste des sondages. Relayés sans relâche par les médias qui partagent leurs responsabilités, ils donnent des informations toujours exactes, mais qui ne répondent jamais à la réalité. »

Dans la deuxième partie intitulée « L'histoire que nous vivons », voici encore un extrait d'article publié en 2011 :

« Il semble que notre monde moderne soit devenu non seulement, comme nous l'a appris Edgar Morin, d'une compléxité toujours croissante, mais aussi d'une imprévisibilkité assez surprenante. »

Une incroyable traversée de notre temps effectuée en compagnie d'un très grand écrivain-éditorialiste !

 

Jacques MERCIER

 

« Dieu, les affaires et nous », chronique, Jean d'Ormesson, préface de Jacques Julliard, Edition Robert Laffont, 2015, 668 pages, 24 euros.

 

 

17 12 15

L'idée de Dieu, l'idée de l'âme

_vieilliard baron tourpê.jpgCe n'est pas un livre facile, mais quel bonheur de suivre ce dialogue entre le docteur en philosophie, Emmanuel Tourpe, et le professeur émérite de philosophie, en particulier la philosophie de la religion, connu pour ses travaux sur l'idéalisme allemand (Novalis, Hördelin), sur Bergson et Lavelle, qu'est Jean-Louis Vieillard-Baron. « L'idée de Dieu, l'idée de l'âme » passe en revue sa vie, ses études, ses oeuvres, ses idées.

Voici ce qu'il dit de la religion : « La religion chrétienne a joué un rôle dans ma vocation philosophique ; car elle avait deux atouts à mes yeux, sa doctrine, intellectuellement très attrayante, très axée sur les mystères de l'existence, et très spéculative aussi avec la prodigieuse élaboration de la Trinité, et la prière comme exercice spirituel, dépouillement de l'âme devant Dieu. J'étais beaucoup moins sensible, à tort certainement, à l'aspect communautaire, à l’Église comme union institutionnelle des croyants, à l'aspect sacramentel aussi. »

Il est intéressant de suivre et de comprendre aussi sa manière d'étudier. Il dit « Concentrer son attention, c'est cela qui est une vraie décision philosophique. » Et ceci qui est superbe : « Très tôt j'ai eu la chance de me jeter à l'eau pour apprendre à nager, tant bien que mal, souvent mal, mais parfois bien. Au moins, j'ai eu la satisfaction, comme Montaigne, de me faire une vérité à moi. Je pressentais que je ne pouvais être sage que par moi-même. Il a fallu beaucoup de temps pour y parvenir. »

A propos du temps : « Mais, entre le temps physique des choses et le temps vécu de la conscience, il y a deux intermédiaires instructifs : le temps biologique, qui est le temps de la croissance et du vieillissement, et le temps social, qui est le temps de la vie en commun. Le premier nous ouvre vers le temps cosmique ; le second nous oriente vers l'histoire des hommes. »

« C'est le passé qui, s'il est évoqué, et quand nous le rappelons, devient présent. »

Bien sûr à propos de l'âme : « Nous avons à faire une essence de l’existence qui nous est donnée. »

Et surtout : « En fait, c'est tout au cours de notre vie qui nous constituons notre âme et l'éternisons. Plus nous sommes engagés dans les affaires du monde et plus nous nous éloignons de notre âme. Il faut une certaine sagesse pour savoir prendre sa place dans l’éternité. »

Tout ce qui concerne l'art et les artistes m'a particulièrement intéressé, voici, par exemple : « Je ne suis pas certain que les artistes soient bien conscients de tout ce qu'ils mettent dans leur art. Mais je suis certain d'une chose : c'est que les artistes médiocres n'attachent d'importance qu'à la technique de leur art, alors que les vrais artistes ont une pensée personnelle vigoureuse et profonde. »

Et : « L'appréciation des oeuvres d'art est difficile et exigeante ; certains n'aiment ni les musées ni les salles de concert. »

Et : « Dans ce domaine, la connaissance ne nuit pas à l'émotion, heureusement. »

Et surtout : « Dans notre univers médiatique, la culture reste l'élément le plus déterminant de l’émancipation individuelle et collective. »

Cette phrase de Rainer Maria Rilke dans « Lettres à un jeune poète », que vous connaissez peut-être, devrait nous apparaître à tout moment de doute dans nos métiers de création : « La critique est la pire ennemie de l'art, car ce qui convient aux œuvres d'art, ce n'est pas la critique, mais l'amour. »

Bonne découverte ! Je ne vous donne encore qu'une phrase essentielle :

« C'est à nous qu'il appartient d'avoir une âme en réalisant notre vocation personnelle. »

 

Jacques MERCIER

 

« L'idée de Dieu, l'idée de l'âme », Essai, Jean-Louis Vieillard-Baron et Emmanuel Tourpe. 192 pp. Les dialogues des petits Platons 2014. 18 euros.

10 12 15

Une vie au jour le jour…

Célébration du Quotidien.jpgRemarquable de sensibilité, d’élégance et de finesse, Célébration du Quotidien, le court essai de la poétesse et nouvelliste catholique belge Colette Nys-Mazure paru en 1997 et réédité en 2007 et 2010, vient de ressortir à nouveau, cette fois dans la collection de poche des Éditions Desclée de Brouwer à Paris.

Il s’agit, inscrite dans le sillage de Les Chansons et les Heures (1922)[1] d’une succession de lettres dans lesquelles les touches pointillistes dépeignent subtilement le quotidien de son existence de femme toute simple, d’épouse aimée, de mère aimante, d’enseignante attentive, mais aussi d’enfant orpheline à 7 ans et d’amie d’une mourante qu’elle accompagne avec douceur, des drames qui, paradoxalement, ouvrent sur la grande joie des petits bonheurs, ceux que l’on savoure et surtout que l’on partage en pleine conscience de leur fragilité et de leur beauté passagère.

Parce que la mort rôde et taraude, chaque instant de vie devient, pour autant qu’on sache y être attentif en l’examinant sous le bon angle, la prémisse et la promesse d’une victoire personnelle et collective sur le néant.

Et Colette Nys-Mazure de conclure sur une citation de l’écrivain Jean Sulivan (1913-1980) : « Ne craignez pas pour ceux que vous laissez. Votre mort en les blessant va les mettre au monde ».

Un sacré livre !

Bernard DELCORD

Célébration du Quotidien par Colette Nys-Mazure, préface de Gabriel Ringlet, Paris, Éditions Desclée de Brouwer, collection « Poche », octobre 2015, 174 pp. en noir et blanc au format 11,2 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,90 € (prix France)

 

[1] De la poétesse auxerroise Marie Noël (1883-1967).

03 12 15

« Y en a pas un sur cent, et pourtant, ils existent… » (Léo Ferré)

Ni Dieu ni Maître – Anthologie de l'anarchisme.gifDaniel Guérin (1904-1988) fut un écrivain révolutionnaire français, anticolonialiste, militant de l'émancipation homosexuelle, théoricien du communisme libertaire, historien et critique d'art. Il est notamment l'auteur de Jeunesse du socialisme libertaire (1959), Essai sur la révolution sexuelle après Reich et Kinsey (1963), Sur le fascisme (1965), Rosa Luxemburg et la spontanéité révolutionnaire (1971), De l'Oncle Tom aux Panthères Noires (1973), La Révolution française et nous (1976) ou encore Homosexualité et révolution (1983).

En 2012, les Éditions La Découverte à Paris ont réédité son œuvre majeure [1], Ni Dieu ni Maître – Anthologie de l'anarchisme, un volumineux pavé – devenu un classique depuis sa première édition dans la « Petite collection Maspero » en 1970 – qui propose un choix raisonné de textes politiques et théoriques des grands noms de l'anarchisme.

En les replaçant en perspective, Daniel Guérin a retracé l'aventure d'un mouvement politique et intellectuel dont la force de contestation n'a jamais faibli depuis sa naissance au XIXe siècle. Il offre un panorama complet, sur deux siècles, de la pensée anarchiste, en restitue la richesse, et fait revivre les controverses qui l'animent.

L’auteur entend ainsi combattre le discrédit dont fut victime l'anarchisme, souvent réduit par ses détracteurs à une idéologie individualiste « réfractaire à toute forme d'organisation ».

La première partie de cette anthologie présente le travail théorique des anarchistes du XIXe siècle à travers des textes de Stirner, Proudhon, Bakounine, Guillaume et Kropotkine.

La seconde, plus historique, dresse le portrait des grandes figures du mouvement à la fin du XIXe siècle et au XXe siècle : Malatesta, Henry, Pelloutier, Voline, Makhno, Durruti. Elle met aussi en lumière le rôle intellectuel et politique des anarchistes pendant la révolution russe et la guerre d'Espagne.

Une somme philosophique qui surprendra plus d’un lecteur par sa vivacité d’esprit et son approche a-dogmatique du monde et des hommes.

Par les temps qui courent, où règne en maître la pensée polluée du politiquement correct, voici un ouvrage parfaitement rafraîchissant !

Table des matières :

Un précurseur : Max Stirner

Pierre-Joseph Proudhon

Michel Bakounine

Les premiers disciples de Bakounine

James Guillaume

Pierre Kropotkine

Errico Malatesta

Émile Henry

Les anarchistes français dans les syndicats

Les collectivités espagnoles

Voline

Nestor Makhno

Cronstadt (1921)

L'anarchisme dans la guerre d'Espagne

Durruti et la guerre libertaire

L'anarcho-syndicalisme au gouvernement

Bernard DELCORD

Ni Dieu ni Maître – Anthologie de l'anarchisme par Daniel Guérin, Paris, Éditions La Découverte/Poche, janvier 2012, 768 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée monochrome à rabats, 18 € (prix France)

 

[1] Elle est toujours disponible en librairie à l’heure où nous écrivons ces lignes, en décembre 2015.

29 11 15

« L'argent, ah ! Fléau des humains ! » (Sophocle dans Antigone)

Essai sur la criminalité financière – Le club des Cassandre.jpgAprès avoir été avocat durant vingt ans, le Belge Michel Claise est aujourd’hui juge d’instruction en matière financière dans la capitale de l’Europe. Maître de conférences à l’Université d’Aix-en-Provence, il est également chroniqueur et romancier.

Il vient de publier aux Éditions Racine à Bruxelles un brillant ouvrage intitulé Essai sur la criminalité financière – Le club des Cassandre dans lequel il s’en prend à la délinquance des très nantis – entreprises comme particuliers – dont il dresse le portrait sans concession en vue de contrer cette métastase qui a envahi le monde.

« Cassandre, dit-il, fille du roi Priam, avait reçu d’Apollon le don de prophétie. Mais comme elle s’était refusée à lui, le dieu courroucé la frappa d’une terrible malédiction : jamais elle ne serait crue.

Il en va de même de ceux qui dénoncent l’explosion de la criminalité financière dans le monde et se battent contre ce phénomène, qui détruit les démocraties : on ne les croit pas !

Pourtant, les chiffres sont là : les entreprises pirates se sont introduites dans les économies saines, l’argent sale circule sans difficulté, la corruption gangrène les États, la cybercriminalité bouleverse les comportements, les organisations criminelles développent leurs activités par une ingénierie sans cesse en développement et par le recours à la violence.

Le tout sur fond de crise financière, dont les conséquences renforcent la puissance des mafias, et de menaces terroristes tout aussi déstabilisantes. Alors que les institutions internationales ne cessent de marteler l’urgence d’une prise de conscience du phénomène et du combat qu’il nécessite, au niveau national, les gouvernements paraissent en ignorer les messages. »

Une fameuse déclaration de guerre !

Bernard DELCORD

Essai sur la criminalité financière – Le club des Cassandre par Michel Claise, Bruxelles, Éditions Racine, novembre 2015, 208 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,95 €.

 

Table des matières :

Avant-propos

Appel de Genève

Première partie : L'approche du concept dans la société mondiale actuelle

Un regard sur le passé et son présent héritage

C'est l'histoire d'un escalier

Première marche

Deuxième marche

Troisième marche

Quatrième marche

Tiens, un palier !

Cinquième marche

Sixième marche

Septième marche

Vous en pensez quoi, de la criminalité financière ?

Le désarroi des entrepreneurs

Pour 650 dollars seulement, entrez au paradis des sociétés offshore

Des chiffres et des lettres

Les belligérants

L'Organisation de Coopération et de Développement économiques (OCDE)

Le Groupe d'Action financière (GAFI)

FMI & Banque mondiale

Groupe Egmont

Union européenne

Conseil de l'Europe

ONU

Europol (European Police Office)

Eurojust

Eurofisc

Transparency International

Administration fiscale

La détection des infractions financières

Forces et faiblesses de la répression

Les acteurs de l'enquête

L'enquête

Le procès

« Selon que vous serez… »

Les aspects positifs

Les aspects négatifs

Deuxième partie : Galerie de portraits des infractions financières

Début de l'exposition

La corruption

La corruption publique

La corruption privée

Le blanchiment d'argent

Étendue des comportements illicites

L'infraction est principale et non accessoire

L’auteur de l’infraction en amont peut être son propre blanchisseur

L'implication des coauteurs et complices et ses conséquences dans leur patrimoine en termes de confiscation

Le délit d’initié

L’information privilégiée

L’information privilégiée doit être connue d’un « initié »

Les « initiés » se rendent coupables d'actes déterminés, achat-vente, recommandation de cette opération, dévoilement de l'information

Les organisations criminelles

La fraude sociale

Accès aux droits sociaux

Régularisation du séjour

Accès à des prêts bancaires

Regroupement familial

La fraude fiscale

Le choix de la voie le moins imposée

La fraude fiscale en général

La criminalité fiscale

Évasion fiscale

Paradis fiscaux

La cybercriminalité

Le faux informatique et le skimming

Le phishing

Le hacking

Le cyberespace

Bitcoin

Melting pot

L'escroquerie

Faux et usage de faux

La contrefaçon

Troisième partie : Le complexe du brahmane Sissa

Échec et math

Allô la terre ?

Belgium, no point!

Sur le plan législatif et judiciaire

L'appareil de l'État

Que fait la police ?

Et l'administration ?

Conclusion

Opération CTIF (Caïman Target International Fight)

Index

24 11 15

Le secret des affaires…

Le Tabouquin.jpgCollaboratrice scientifique à HEC-ULg, Nathalie Marly publie des romans, des nouvelles et des ouvrages économiques aux allures de fiction. Spécialisée dans les entreprises familiales et en communication d’entreprise, elle dirige sa propre société qu’elle a créée après dix années de journalisme en télévision à la RTBf où elle a notamment présenté l'émission de recherche judiciaire Appel à Témoins.

Dans son dernier ouvrage intitulé Le Tabouquin ou quels sont les petits secrets des entrepreneurs familiaux ? paru à Liège aux Éditions Dricot [1], elle dévoile les tabous des entreprises familiales.

Ce roman économique, commandé par l’Institut de l’Entreprise Familiale (IEF), est basé sur une étude scientifique réalisée par Nathalie Crutzen, professeure à HEC-ULg. À contre-courant des ouvrages classiques de management, il s’agit d’un subtil mélange de divertissement et d’étude scientifique.

En voici le pitch :

« L’histoire commence par un SMS énigmatique que reçoit une journaliste – un peu fantasque – en charge d’orchestrer un colloque aux allures d’émission de télévision. Projecteurs, caméras et une dizaine de techniciens sont mobilisés pour proposer un show multimédia à un public d’entrepreneurs familiaux.

Sur la scène défilent, interrogés par cette journaliste – étrangement très attachée à son sac qui caquette –,des experts et des patrons d’entreprises qui donnent vie à la problématique des tabous des entreprises familiales.

Ils y répondent à 100 questions qui les empêchent bien souvent de dormir, comme : “Quand faut-il parler pour la première fois aux enfants de l’entreprise familiale ? Faut-il privilégier à tout prix l’entente familiale ? Parents, enfants, frères et sœurs parlent-ils des salaires ? Reconnaissent-ils leurs (in)compétences ? Discutent-ils de la transmission de l’entreprise ? Pourquoi les pères ne parviennent-ils pas à recueillir les états d’âme de leurs enfants ?”

Derrière les confessions sur les secrets de famille ou les solutions pour venir à bout des tabous, Nathalie Marly – en lutte interne permanente avec un étrange personnage nommé Nombril du Monde –confie, au sein de cet ouvrage, ses idées incongrues… »

Une approche particulièrement originale !

Bernard DELCORD

Le Tabouquin ou quels sont les petits secrets des entrepreneurs familiaux ? par Nathalie Marly, Liège, Éditions Dricot, collection « Entreprise familiale », novembre 2015, 194 pp. en quadrichromie au format 13,5 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 20 €

 

[1] www.dricot.be

22 11 15

Monstre sacré de la chanson française

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 Je vous ai déjà signifié combien j'apprécie les aquarelles de Philippe Lorin. Des biographies de George Sand, Colette, Jacques Brel, Jean Ferrat... il sonde les psychologies des protagonistes, familles, amis, confrères (soeurs) , l'âme des lieux de vie.

Ce nouvel ouvrage, dont le texte est rédigé par Jean-Claude Lamy, biographe de Georges Brassens ( cfr, Brassens, le mécréant de Dieu, ed. Albin Michel, oct. 2004) trace l'enfance d'un être choyé, ses amours, ses amis, ses copains d'alors et surtout d'abord et l'accession à la notoriété d'un poète chantant qui préférait se prendre la pipe que la tête.

Dédicataires de ses chansons, circonstances de leur écriture, lieux de vie d'un monstre sacré de la chanson française qui cachait derrière une moustache pudique l'hospitalité d'un vrai et grand coeur.

Chez Brassens, Légende d'un poète éternel, Jean-Claude Lamy (texte) et Philippe Lorin (illustrations), beau livre,  Ed. du Rocher, sept. 2015, 116 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Documents, récits, essais | Commentaires (0) |  Facebook | |

19 11 15

Le bonheur, toujours le bonheur...

_bonheur lenoir.jpgFrédéric Lenoir nous parle du bonheur à travers les philosophes. Il s'en explique dans le prologue : « C'est un cheminement, plutôt, le plus vivant possible, ponctué d'interrogations et d'exemples concerts, dans lequel le lecteur croisera aussi bien l'analyse des psychologues que les derniers apports de la science. »

C'est un bonheur, sans jeu de mot, de parcourir ces pages écrites dans un langage clair, qui résume, explique, propose. Tout est bon à prendre, à écouter, pour se sentir mieux, pour toucher du bout de l'âme la vraie vie. Picorons quelques moments :

« Le bonheur épicurien se concrétise dans ce qu'il appelle l' « ataraxie » qui signifie « quiétude absolue de l'âme ». Cet état s'obtient par la suppression des craintes imaginaires et superstitieuses, par notre capacité à nous satisfaire de nos seuls besoins fondamentaux, et par la qualité de nos plaisirs – l’amitié étant sans doute le plus important. »

Les têtes de chapitres nous guident : Donner du sens à la vie ; Être heureux, c'est apprendre à choisir ; Tout être humain souhaite-t-il être heureux ? Etc. Bien sûr, il y a l'intérêt évident d'avoir les citations des philosophes – et elles sont aussi mises en exergue des chapitres :

Arthur Schopenhauer : « Les neuf dixièmes, au moins, de notre bonheur reposent exclusivement sur la santé. Un mendiant en bonne santé est plus heureux qu'un roi malade. »

Alain : « Il est impossible que l'on soit heureux si l'on ne veut pas l'être ; il faut donc vouloir son bonheur et le faire. »

Sénèque : « Pendant que l'on attend de vivre, la vie passe. »

Mais la science est elle aussi appelée à l'aide : « D'après le Pr Sonja Lyubomirsky (département psy de Californie) estime qu'à 50% les aptitudes au bonheur dépendent de la sensibilité de l'individu (déterminants génétiques), à 10% celles relevant de son cadre de vie et des conditions extérieures, à 40% celles qui sont tributaires de ses efforts personnels. »

Frédéric Lenoir nous parle de la contagion du bonheur : « L'une des clés de la sérénité consiste à ne plus se comparer, à se départir de l'esprit de rivalité, à chercher à surmonter toute jalousie. »

L'auteur dénonce la volonté des éducateurs de vouloir « remplir le crâne » des enfants en leur enseignant toutes sortes de connaissances, qui les aideront fort peu à vivre bien. Le vrai projet éducatif devrait consister à apprendre à l'enfant à développer son « jugement ». Car l'éducation doit apprendre à penser bien pour vivre mieux.

J'apprécie aussi que Tchouang-tseu et Montaigne ont un trait en commun : l'humour. Montaigne qui a choisi comme devise « Que sais-je ? »

Montaigne : « Il fallait s'enquérir qui est mieux savant, non qui est plus savant. Nous ne travaillons qu'à remplir la mémoire, et laissons l'entendement et la conscience vides. »

Tchouang-tseu : « Quiconque veut s'emparer du monde et s'en servir court à l'échec. »

 

Jacques MERCIER

Du Bonheur – Un voyage philosophique – Frédéric Lenoir – Le Livre de Poche – 240 pp – 6,60 euros.

19 11 15

La mort en partage

"Vous me coucherez nu sur la terre nue"" Ma mort m'appartient mais elle ne concerne pas que moi." 

Très investi dans l'accompagnement de fin de vie,fervent adepte de la pratique des soins palliatifs,  le théologien belge Gabriel Ringlet, ex-Vice-Recteur de l'Université catholique de Louvain, écrivain et poète, aborde sans fard ni tabou, avec une positive douceur,  la question de l'euthanasie. 

C'est assez courageux de sa part.

Parcouru d'anecdotes, de relations d'expérience -  celles du Professeur Christian de Duve, de Jacques Lusseyran, aveugle et résistant  [NDLR: lire à ce sujet Le voyant, Jérôme Garcin, en vitrine du blog] qui introduisit des séances de déclamation poétique au sein du camp de Buchenwald - et de références - entre autres, les sublimes Lettres de ma poupée de Kafka -  l'essai habille d'humanité, d'amour et de respect, la fin de vie, lui offrant une célébration qui se poursuit au-delà du trépas.

Cela fait du bien.

Et l'auteur, appelé en cette réflexion, en cette ...vocation,  par le docteur Corinne van Oost,  de s'interroger sur les rapports entre la technicité médicale  de l'euthanasie et  son accompagnement spirituel: 

" Laisse-t-on l'acte à sa seule technicité, même attentive et délicate, ou conduit-on la démarche spirituelle jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à sa dimension rituelle, Avec le recul et un début d'expérience, je découvre aujourd'hui cet appel comme une chance et une responsabilité, l'occasion de permettre à tous les acteurs de vivre, malgré et à travers la transgression, un moment d'exceptionnel intensité."

 Trangressive, certes, la pratique de l'euthanasie, indissociable dans le chef de Gabriel Ringlet de celle, majeure,  des soins palliatifs, est "acte posé, si j'ose dire, en état de légitime défense."

Ce qui n'exclut que " Que d'euthanasies pourraient être évitées si on passait en soins palliatifs  un peu plus tôt!" 

Tout est dit. Avec modestie.

Apolline Elter

"Vous me coucherez nu sur la terre nue" L'accompagnement spirituel jusqu'à l'euthanasie,  Gabriel Ringlet, essai éd. Albin Michel, septembre 2015,  248 pp

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18 11 15

Sic

Les petites phrases qui ont changé l'histoire

Depuis l' "Oeil pour oeil, dent pour dent" qui fonde la loi du talion, jusqu'au célèbre "Indignez-vous" qui leva, il n'y a guère,  des foules, certains adages revêtent une portée historique,  qui traversent allègement les siècles et influencent parfois le cours de l'Histoire.

Florence Vidal s'est longuement interrogée sur l'origine de douze d'entre eux, nous livre le résultat d'investigations fouillées  et nous situe avec précision, la genèse de leur création , les circonstances de leur expression . Au fataliste Alea jacta est de Jules César , "dictateur idéal" succèdent  l'injonction pacifique de Jésus :"Aimez-vous les uns les autres,"  la tête plutôt bien faite que bien pleine de ce cher Montaigne, la constatation  galiléenne de la rotation de la terre - " Et pourtant, elle tourne"- , celle de la liberté des hommes et de l'égalité de leurs droits .... et l'impérieux"Je vous ai compris " adressé par Charles de Gaulle au peuple algérien...

Assurément, nous aussi, on a mieux compris...

 

AE

Les petites phrases qui ont changé l'Histoire, Florence Vidal, essai, Ed. Pygmalion, sept. 2015, 462 pp

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