25 02 08

Ingrid Betancourt : Lettres à maman par-delà l’enfer

BETTANCOURTIl est une urgence : se procurer le petit livre paru aux Editions du Seuil, qui reproduit l'intégralité de la lettre qu'Ingrid Betancourt adresse à sa maman, Mamita, ses enfants, Mélanie, Lorenzo et Sébastien Delloye, depuis la jungle colombienne. La lettre est datée du 24 octobre 2007.
Otage des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) depuis bientôt six ans - le 23 février - Ingrid Betancourt vit dans des conditions inhumaines, dégradantes : " Ici la jungle est très épaisse, les rayons du soleil y pénètrent difficilement. Mais c'et un désert d'affection, de solidarité, de tendresse, et c'est la raison pour laquelle ta voix est le cordon ombilical qui me relie à la vie." ( p14)
L'épuisement physique et moral donne à certains passages des allures testamentaires "la vie ici n'est pas la vie, c'et un gaspillage lugubre du temps" ( p 19) "...la mort m'apparaît comme une option douce." (p 16) mais l'essence de la lettre est un message d'amour, d'affection, d'humilité, d'admiration envers les siens et de foi en Dieu.
...ton désespoir est désormais notre urgence" (p 52).
Cette urgence est nôtre.
Apolline Elter

Lettres à maman par-delà l'enfer, Ingrid Betancourt, Mélanie et Lorenzo Delloye-Bettancourt, Paris, Le Seuil, janvier 2008, 62 pp. 7 €

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Ecoutez l'interview de Yolanda Pulecio, la mère d'Ingrid Bettancourt par Nicky en cliquant sur la couverture

24 02 08

À l’aube d’une critique nouvelle

BLANCHOTLes Éditions Gallimard ont confié à Christophe Bident, très éminent spécialiste universitaire de Maurice Blanchot, la tâche délicate de rassembler divers textes rédigés et publiés par celui-ci durant la Seconde Guerre mondiale et de les faire reparaître à l’occasion du centenaire de sa naissance. Coup de génie et coup de maître que ces Chroniques littéraires du Journal des Débats (avril 1941-août 1944) où l’on retrouve, sous l’œil vif du philosophe lévinasso-heideggerien, la quintessence de la littérature de toujours (Dante, Rabelais, Descartes, Montesquieu, Blake, Hoffmann, Mallarmé, Jarry) ou d’alors (Joyce, Montherlant, Mauriac, Sartre, Valéry, Aragon…) Et pour qui s’intéresse aux lettres belges, sa recension du Prélude à l’Apocalypse de Robert Poulet est tout bonnement stupéfiante, celle de Les poids et les mesures de Marcel Mariën proprement formidable et celle des exorcismes dans l’œuvre de Henri Michaux tout simplement magique !
Bernard Delcord

Maurice BLANCHOT, Chroniques littéraires du Journal des Débats (avril 1941-août 1944), Paris, Éditions Gallimard, 2007, collection « Les cahiers de la NRF », 686 pp., 30 €>

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17 02 08

Pour se rafraîchir les idées

DI MUROEn attendant, à paraître cette année aux Éditions Gallimard sous le titre Le sec et l’humide, la biographie de Léon Degrelle concoctée par Jonathan Littell (prix Goncourt et Grand prix de l’Académie française en 2006 pour son roman Les Bienveillantes), il ne serait sans doute pas inutile de (re)lire l’excellent essai qu’un éminent fonctionnaire européen d’origine italienne, Giovanni di Muro, a consacré en 2005 à l’ascension du « Beau Léon de Bouillon ». Intitulé Léon Degrelle et l’aventure rexiste (1927-1940) et paru à Bruxelles aux Éditions Luc Pire où il est toujours disponible. Cet ouvrage est l’aggiornamento du mémoire de maîtrise en sciences politiques de son auteur rédigé en 1965 sous la houlette des deux plus éminents historiens de la Seconde Guerre mondiale que l’Université Libre de Bruxelles ait nourris en son sein : les professeurs Jean Stengers et Jacques Willequet. Cornaqué par ces deux figures emblématiques et vacciné par la déportation de son père à l’instigation de Mussolini, Giovanni di Muro n’a pas hésité à recueillir et à traiter les témoignages des protagonistes, encore en vie à l’époque – et ils étaient nombreux ! –, de la saga degrellienne d’Avant-guerre. Quarante années plus tard, il en ressort bien des leçons, sur les similitudes avec notre temps, certes, mais aussi sur les trahisons de la mémoire, ou sur ses distorsions et ses mensonges, et l’auteur fait une démonstration limpide de la nature intrinsèquement antisémite du rexisme depuis son origine, nature si volontiers amenuisée ou passée à la trappe de la mémoire collective belge. Il est vrai que le 24 mai 1936, 11,5% de électeurs du pays dans son ensemble avaient envoyé d’un coup, d’un seul, 21 députés et 14 sénateurs au Parlement national…
Bernard Delcord

Giovanni F. DI MURO, Léon Degrelle et l’aventure rexiste (1927-1940), Bruxelles, Éditions Luc Pire, 2005, 206 pp., 23,00 €.

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13 02 08

La condition de sainte

MOIXOn attendait Yann Moix sur la toile avec son Cineman (sans Poelvoorde) dont il nous a tant parlé (de Cineman, pas de Poelvoorde). Et voici qu'il sort de sa tanière orléanaise avec un nouveau portrait issu de son panthéon : Edith Stein.
Un Yann Moix débarrassé de ses tics littéraires au service d'une réflexion personnelle sur une martyre du mythe aryen, une victime du nazisme.
Comment Edith Stein docteur en philosophie, proche de Husserl, a-t-elle pu entrer chez les carmélites après avoir eu la révélation ? Comment passe-t-on de Husserl à Thomas d'Aquin ?
Edith Stein, c'est aussi le positivisme d'une Juive qui se convertit au christianisme. Un retour aux sources, une révélation pour les carmélites, compagnes d'Edith Stein.
Au bout du voyage, Auschwitz, la béatification, la canonisation sous Jean-Paul II, les querelles de clochers et synagogues.
Yann Moix signe ici son meilleur livre depuis longtemps, du moins celui dont le propos est le plus clair, même si on doit déplorer quelques dérapages de fond et de forme lors de sa conclusion.
Brice Depasse

Incipit lu par Léonce Wapelhorst du Plaisir du Texte :

  YANN MOIX - Lecture par Léonce Wapelhorst

«Mort et vie d'Edith Stein» de Yann Moix, Grasset, 193p, 2008, 14€90

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13 02 08

Ordre et discipline…

Sylvain GOUGUENHEIMArmures effrayantes, volonté de fer, foi évangélisatrice brutale, cruauté implacable, avidité sans bornes… Telles sont les images délicates et surfaites dont le vulgum pecus affublait volontiers les membres de la « maison de l’hôpital des Allemands de Sainte-Marie de Jérusalem », véritable nom de l’Ordre teutonique, fondé en Terre sainte le 29 août 1189, premier jour du siège de Saint-Jean d’Acre (qui tomba aux mains des croisés en juillet 1191). Composé à l’origine de bons Samaritains germaniques soucieux, à l’instar des premiers Templiers et Hospitaliers français, de venir en aide à leurs compatriotes blessés au combat contre les Sarrazins, cette organisation caritative assez informelle s’est en effet rapidement transformée en ordre militaire d’une très grande efficacité, s’appuyant sur une règle spécifique, une lecture particulière de l’Ancien Testament et une liturgie adaptée à des combattants. Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que leurs chevauchées les menèrent de victoires (en terre de Palestine, de Prusse – dont ils bâtirent l’État autant que les forteresses – ou de Sicile) en défaites (par les Russes d’Alexandre Nevski sur les glaces du lac Peïpous le 5 avril 1242 ou par une coalition de Polonais et de Lituaniens à Tannenberg le 15 juillet 1410). Et rien d’étonnant non plus à ce que le volumineux essai qui leur est consacré par l’historien Sylvain Gouguenheim, professeur à l’École normale supérieure de Lyon, qui insiste également sur les réalisations politiques et économiques très novatrices de l’Ordre, tienne le lecteur en haleine d’un bout à l’autre de ses vingt et un chapitres nourris de sang, de sueur et de larmes !
Bernard Delcord

Sylvain GOUGUENHEIM, Les chevaliers teutoniques, Paris, Éditions Tallandier, 2007, 775 pp., 27,00 €.

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12 02 08

Mignonne, allons voir ....

IMAGE0006L'amour, c'est de saison. Et il ne pouvait manquer l'occasion, ce raconteur d'histoires qu'est Marc Pasteger. Les folles histoires d'amour sont un cadeau (ou un complément de cadeau) idéal pour cette incontournable St Valentin.
Comme pour le précédent volume, les histoires (vraies), nouvelles et anecdotes sont nombreuses et parlent toutes d'amour.
Jugez plutôt : "Amnésique, il retrouve la mémoire grâce à une fille qu'il ne connaissait pas et qui a été victime du même accident de voiture que lui. Ils ne quitteront plus.
Les lecteurs de La Dernière Heure et de Ciné-Télé-Revue connaissent son nom. Les auditeurs de Nostalgie y ont ajouté une voix depuis quelques années déjà. La voici. Marc Pasteger vous lit une de ses folles histoires d'amour.

  MARC PASTEGER - Brice Depasse 2

Folles histoires d'amour, Marc Pasteger, Jourdan éditeur, février 2008, 215P.

12 02 08

A table !

IMAGE0005Après les histoires de la Mer du Nord (entendez la côte belge, l'unique!), les histoires de Belges, celles de Noël et celles autour de nos mamans, Marc Pasteger s'est penché sur ce qui, finalement avec l'amour, reste la principale préoccupation du Gaulois : bien manger et bien boire.
Cela donne un recueil, Les folles histoires à boire et à manger, avec en couverture quelqu'un que vous connaissez tous et à l'intérieur une foule d'invités pour cause d'anecdotes culinaires ou bibitives : Philippe Noiret, Claude François, Jerry Lewis, ainsi que de nombreux quidams comme vous et moi.
A votre santé, bon appétit et surtout, bonne lecture.

  MARC PASTEGER - Brice Depasse

Folles histoires à boire et à manger, Marc Pasteger, Jourdan éditeur, 225p.

05 02 08

Le livre de la sagesse

PHILOSOPHIELa nouvelle édition, revue et augmentée, de La philosophie pour les nuls est un ouvrage magistral pour qui veut comprendre un tantinet le sens des choses de la vie et répondre autrement que vaille que vaille aux trois questions décisives qui orientent notre action, vous savez-bien : « Qui suis-je ? », « D’où viens-je ? » et « Où vais-je ? », ces trois énigmes qui font de notre destinée un labyrinthe… Véritable fil d’Ariane de la pensée des vingt-cinq siècles qui nous précèdent, ouvert à la réflexion classique autant qu’à celle de nos contemporains et élargi à la sagesse orientale comme à la philosophie juive sans faire fi des forums d’Internet ou des anecdotes révélatrices, ce guide de la raison et du cœur est une pure merveille d’intense clarté de l’exposé, de grande simplicité de la forme et de profondeur insondable du fond. Qu’on se le dise !
Bernard Delcord

Sur ce sujet écoutez nos entretiens avec Raphaël Enthoven et Luc Ferry en cliquant sur la couverture du livre ci-contre.

Christian GODIN, La philosophie pour les nuls, Paris, Éditions First, 2007, 656 pages, 22,90 euros.

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31 01 08

Into the great wild open

KRAKAUERAlors que le très beau film de Sean Penn est diffusé dans toutes les salles, je voudrais attirer votre attention sur le livre dont il s'est inspiré : "Voyage au bout de la solitude". Ce livre publié il y a plus de dix ans par Jon Krakauer raconte l'histoire incroyable mais vraie de Chris McCandless. Vous le trouverez aujourd'hui en librairie sous le même nom que le film avec son affiche en couverture. Je n'ai qu'un conseil : que vous soyez jeune, à l'aube de l'âge adulte ou père de famille confirmé, courez voir ce film et, surtout, lisez ce livre qui en dit beaucoup plus.
Jon Krakauer fut le premier journaliste à rapporter l'histoire de ce jeune homme de 24 ans qui après avoir terminé ses études, partit sans laisser de nouvelles à ses parents pendant deux ans à travers l'Amérique. Il le fit après avoir offert à OXFAM toutes ses économies et brulé les billets de banque qui lui restaient. Après deux années d'errance et de petits boulots à travers le middlewest et la Californie, Chris s'attaqua à son rêve : se perdre dans la forêt de l'Alaska, comme Jack London, pendant les mois d'été. Il n'est pas le seul à s'y être perdu, à être mort bêtement. La conclusion pourrait être rapide et laconique : stupide.
Je n'en dirai pas plus. Car il y a un plus, vous vous en doutez. Vous serez boulversé selon que serez du côté du fils ou de la mère et du père ou des trois. Jon Krakauer n'oublie personne. Ayant lui-même affronté l'Alaska, par sport, durant sa jeunesse, il était très bien placé pour se glisser dans la peau d'un Chris McCandless dont le sort a ému l'Amérique.
Je ne suis moi-même pas sorti indemne sorti de ce livre inclassable.
Ce texte écrit d'une seule traite en est la preuve.
Brice Depasse

«Into the wild : voyage au bout de la solitude», de Jon Krakauer, Presses de la cité, 248p, novembre 2007, 19€00

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31 01 08

Une histoire paradoxale

FOHLENLa plus ancienne démocratie occidentale moderne (1787) est aussi la dernière à avoir aboli l’esclavage (en 1865), après une guerre civile épouvantable, la guerre de Sécession (1861-65), qui fit plus d’un million de morts et a plongé les États du Sud dans un chaos économique et moral qui persiste encore aujourd’hui, avec son cortège de misères, de racisme, de violence et de bêtise. De leur côté, les États du Nord se sont montrés incapables d’intégrer la communauté noire qu’ils avaient libérée, alors même qu’ils transformaient en citoyens actifs de nombreuses vagues d’immigrants en provenance des quatre coins de la planète. C’est à l’explication de ce paradoxe que s’est attaché Claude Folhen, professeur émérite à la Sorbonne, dans un petit essai passionnant et richement documenté qui donne à comprendre les ressorts de la société yankee, qui croit tout à la fois en Dieu et au veau d’or, qui a foi dans ses institutions mais s’accommode des mafias de toutes sortes, et affirme l’égalité des hommes tout en déniant le statut d’humain à ceux dont la peau rappelle la couleur des ténèbres…
Bernard Delcord

Claude FOLHEN, Histoire de l’esclavage aux Etats-Unis, Paris, Éditions Perrin, collection Tempus, 2007, 343 pp., 8,50 €