24 03 08

BOGDANOV + MOTL = BIG BANG²

BOGDANOVOn a beaucoup parlé et écrit au sujet de la thèse de doctorat des frères Bogdanov. Crier à l'escroquerie et à la folie, c'est cependant mettre en cause les professeurs des doctorants mais aussi les revues scientifiques qui ont publié leurs articles. Pourquoi ? Parce que Igor et Grichka prétendent avoir trouvé une équation permettant de remonter avant le Big Bang, soit avant la "création" de l'univers. Et pourtant, il ne s'agit que de théorie, de mathématiques. Mais quand même !
Et voilà qu'au milieu de la tourmente surgit un physicien théoricien d'Europe de l'Est qui, après être passé par le professorat à Harvard, se penche sur la fameuse thèse et nous l'explique dans ce livre. Loin de moi la prétention de dire si tout cela est fondé; ma pratique des mathématiques et de l'astrophysique remonte au début des années quatre-vingts. Je dirai toutefois que le livre de Motl vous apportera énormément de connaissances sur la physique quantique et les mathématiques appliquées. En cela, il se révèle passionnant. Tout comme la manière dont les frères Bogdanov plient l'immensité de l'univers pour le rapprocher de l'infinitésimal. Si on ne comprend pas le second, on ne peut appréhender le premier. En cela, c'est déjà un grand pas pour nous.
Brice Depasse

  IGOR GRICHKA BOGDANOV - Brice Depasse 1
  IGOR GRICHKA BOGDANOV - Brice Depasse 2

L'équation Bogdanov : Le secret de l'origine de l'Univers ? , Lubos Motl, Presses de la Renaissance, janvier 2008, 240p, 19€00

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Les Bogdanof12Photo : Alain Trellu

23 03 08

Un ouvrage de référence(s)

PAUL ARONUne large équipe d’historiens issus pour la plupart de l’Université Libre de Bruxelles (mais, et le fait est suffisamment rare par les temps qui courent pour être loué chaudement, rassemblant aussi des spécialistes flamands de premier plan) a planché durant plusieurs années sous la houlette de Paul Aron, le meilleur connaisseur actuel – avec Marc Quaghebeur – de l’histoire de nos lettres, et celle de José Gotovitch qui a dirigé durant de nombreuses années le CREHSGM* à Bruxelles, sur la rédaction d’un Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale en Belgique qui vient de paraître chez André Versaille et fera incontestablement date. Si l’ouvrage ne consacre aucune entrée à des personnes, il traite en revanche d’un nombre impressionnant de thèmes, depuis la question juive, bien entendu (remarquablement cernée par Maxime Steinberg), jusqu’à la Résistance, l’Ordre nouveau, la collaboration, le Rexisme, la Légion Wallonie, la Légion flamande, la délation, le génocide, l’épuration, la Question royale, ou la Bataille des Ardennes, et il aborde aussi la bande dessinée, la caricature, l’édition, la littérature de langue française et wallonne, le théâtre, les prix littéraires, le roman policier, les droits d’auteur, la presse, la censure, pour ne reprendre que ce qui touche à l’écriture (saluons en particulier les contributions fort bien informées de Paul Aron, de Cécile Vanderpelen-Diagre et de Michel Fincœur sur ces différents sujets). Sans oublier les arts plastiques, le cinéma, la musique, le music-hall, l’opéra, la mode, les musées, le folklore, l’alimentation, le marché noir… Une mine d’informations nouvelles sur l’une des périodes historiques les plus mouvementées de la Belgique, indispensable pour comprendre les ressorts et les enjeux de l’évolution politique actuelle du pays.

Bernard DELCORD

* Centre de Recherches et d’Études historiques de la Seconde Guerre mondiale

Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale en Belgique, sous la direction de Paul ARON et José GOTOVITCH, Bruxelles, André Versaille éditeur, 2008, 528 pp., 29,90 €

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04 03 08

Amours, délices et orgasmes

VERHEGGEN« Un homme inverti en vaut deux », dit à peu près la sagesse populaire. Elle ajoutera désormais que « Sodome et grammaire », le nouveau livre de Jean-Pierre Verheggen, publié par les Éditions Gallimard à Paris, vaut assurément tous les bouquins en vente à la FNAC depuis des lustres ! Car le plus doué (n’en déplaise à certains pisse-froids – et copie – de l’Académie royale etcetera) des écrivains vivants de Ce Pays moribond sait y faire, question créations verbales et révisions grammaticales surréalistes… Épigone de Jarry, des dadaïstes, de Chavée, de Boris Vian et des deux Raymond (Queneau et Devos) autant que de Magritte ou de San-Antonio, l’auteur namurois du « Degré Zorro de l’écriture », de « Ridiculum Vitae », d’« Artaud Rimbur » et d’« On n’est pas sérieux quand on a 117 ans » a une nouvelle fois frappé très fort ! Si dans l’inoubliable « Écume des jours » de Boris Vian, on allait à la pêche dans les lavabos et Notre-Dame de Paris était confiée aux bons soins d’un chuiche et d’un bedon, chez Verheggen, « Tout fout Lacan ! L’évêché sont bouchés de l’intérieur (et) les curés ne sert à rien » tandis que le dangereux « Lavabo est à nouveau en fuite » après avoir pris « le Beur et l’argent du Beur », poursuivi par « les tireurs de litres » alors que « le marchand de tabac cent balles, le marchand de tabac vu Mirza, le marchand de tabac toute ta tête à toi et le marchand trop vite qui criait attendez-moi sont, tous, partis en fumée ! » Et que Baudelaire, cet anti-Belge, n’a pas hésité à dénaturer le talent de Félicien Rops en le faisant rimer avec la pyramide de Khéops plutôt qu’avec un bocal de rollmops, la Plaza de Toros de Torremolinos ou, mieux encore, l’organe de Priape, l’os de Dionysos. Visionnaire, il aurait alors pu s’écrier, à l’instar de Nicolas Sarkozy chez le pape : « Gsm ? Toi non plus ! SMS ? Moi non plus ! » Ah ! men, c’eût alors été un vrai latin de garenne !
Bernard DELCORD

Jean-Pierre VERHEGGEN, Sodome et grammaire, Paris, Gallimard, 2008, 168 pp., 19 €

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25 02 08

L'alliance suprême

PELTLes grandes traditions philosophiques et religieuses convergent sur des points qui nous concernent de plus en plus : l'écologie pour respecter une nature qui nous fait vivre, l'alliance nécessaire de l'homme avec cette nature pour survivre (voir le réchauffement de la planète) et enfin, le rêve de puissance et de domination de l'homme sur la Nature qui nous emmène vers la catastrophe. Ainsi l'hindouisme, le taoïsme, le bouddhisme, l'islamisme, le judaïsme, le christianisme nous disent que le sort de l'homme et celui de la nature sont étroitement liés. L'homo économicus doit faire place à un homo spiritualis s'il veut avoir un avenir, tout simplement. Tel est le propos de Jean-Marie Pelt dans ce livre. Ecoutez-le ... avant de le lire ?

  JEAN-MARIE PELT - Brice Depasse 1
  JEAN-MARIE PELT - Brice Depasse 2

«Nature et spiritualité», de Jean-Marie Pelt, Fayard, 301p, janvier 2008, 19€00

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25 02 08

Ingrid Betancourt : Lettres à maman par-delà l’enfer

BETTANCOURTIl est une urgence : se procurer le petit livre paru aux Editions du Seuil, qui reproduit l'intégralité de la lettre qu'Ingrid Betancourt adresse à sa maman, Mamita, ses enfants, Mélanie, Lorenzo et Sébastien Delloye, depuis la jungle colombienne. La lettre est datée du 24 octobre 2007.
Otage des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) depuis bientôt six ans - le 23 février - Ingrid Betancourt vit dans des conditions inhumaines, dégradantes : " Ici la jungle est très épaisse, les rayons du soleil y pénètrent difficilement. Mais c'et un désert d'affection, de solidarité, de tendresse, et c'est la raison pour laquelle ta voix est le cordon ombilical qui me relie à la vie." ( p14)
L'épuisement physique et moral donne à certains passages des allures testamentaires "la vie ici n'est pas la vie, c'et un gaspillage lugubre du temps" ( p 19) "...la mort m'apparaît comme une option douce." (p 16) mais l'essence de la lettre est un message d'amour, d'affection, d'humilité, d'admiration envers les siens et de foi en Dieu.
...ton désespoir est désormais notre urgence" (p 52).
Cette urgence est nôtre.
Apolline Elter

Lettres à maman par-delà l'enfer, Ingrid Betancourt, Mélanie et Lorenzo Delloye-Bettancourt, Paris, Le Seuil, janvier 2008, 62 pp. 7 €

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Ecoutez l'interview de Yolanda Pulecio, la mère d'Ingrid Bettancourt par Nicky en cliquant sur la couverture

24 02 08

À l’aube d’une critique nouvelle

BLANCHOTLes Éditions Gallimard ont confié à Christophe Bident, très éminent spécialiste universitaire de Maurice Blanchot, la tâche délicate de rassembler divers textes rédigés et publiés par celui-ci durant la Seconde Guerre mondiale et de les faire reparaître à l’occasion du centenaire de sa naissance. Coup de génie et coup de maître que ces Chroniques littéraires du Journal des Débats (avril 1941-août 1944) où l’on retrouve, sous l’œil vif du philosophe lévinasso-heideggerien, la quintessence de la littérature de toujours (Dante, Rabelais, Descartes, Montesquieu, Blake, Hoffmann, Mallarmé, Jarry) ou d’alors (Joyce, Montherlant, Mauriac, Sartre, Valéry, Aragon…) Et pour qui s’intéresse aux lettres belges, sa recension du Prélude à l’Apocalypse de Robert Poulet est tout bonnement stupéfiante, celle de Les poids et les mesures de Marcel Mariën proprement formidable et celle des exorcismes dans l’œuvre de Henri Michaux tout simplement magique !
Bernard Delcord

Maurice BLANCHOT, Chroniques littéraires du Journal des Débats (avril 1941-août 1944), Paris, Éditions Gallimard, 2007, collection « Les cahiers de la NRF », 686 pp., 30 €>

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17 02 08

Pour se rafraîchir les idées

DI MUROEn attendant, à paraître cette année aux Éditions Gallimard sous le titre Le sec et l’humide, la biographie de Léon Degrelle concoctée par Jonathan Littell (prix Goncourt et Grand prix de l’Académie française en 2006 pour son roman Les Bienveillantes), il ne serait sans doute pas inutile de (re)lire l’excellent essai qu’un éminent fonctionnaire européen d’origine italienne, Giovanni di Muro, a consacré en 2005 à l’ascension du « Beau Léon de Bouillon ». Intitulé Léon Degrelle et l’aventure rexiste (1927-1940) et paru à Bruxelles aux Éditions Luc Pire où il est toujours disponible. Cet ouvrage est l’aggiornamento du mémoire de maîtrise en sciences politiques de son auteur rédigé en 1965 sous la houlette des deux plus éminents historiens de la Seconde Guerre mondiale que l’Université Libre de Bruxelles ait nourris en son sein : les professeurs Jean Stengers et Jacques Willequet. Cornaqué par ces deux figures emblématiques et vacciné par la déportation de son père à l’instigation de Mussolini, Giovanni di Muro n’a pas hésité à recueillir et à traiter les témoignages des protagonistes, encore en vie à l’époque – et ils étaient nombreux ! –, de la saga degrellienne d’Avant-guerre. Quarante années plus tard, il en ressort bien des leçons, sur les similitudes avec notre temps, certes, mais aussi sur les trahisons de la mémoire, ou sur ses distorsions et ses mensonges, et l’auteur fait une démonstration limpide de la nature intrinsèquement antisémite du rexisme depuis son origine, nature si volontiers amenuisée ou passée à la trappe de la mémoire collective belge. Il est vrai que le 24 mai 1936, 11,5% de électeurs du pays dans son ensemble avaient envoyé d’un coup, d’un seul, 21 députés et 14 sénateurs au Parlement national…
Bernard Delcord

Giovanni F. DI MURO, Léon Degrelle et l’aventure rexiste (1927-1940), Bruxelles, Éditions Luc Pire, 2005, 206 pp., 23,00 €.

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13 02 08

La condition de sainte

MOIXOn attendait Yann Moix sur la toile avec son Cineman (sans Poelvoorde) dont il nous a tant parlé (de Cineman, pas de Poelvoorde). Et voici qu'il sort de sa tanière orléanaise avec un nouveau portrait issu de son panthéon : Edith Stein.
Un Yann Moix débarrassé de ses tics littéraires au service d'une réflexion personnelle sur une martyre du mythe aryen, une victime du nazisme.
Comment Edith Stein docteur en philosophie, proche de Husserl, a-t-elle pu entrer chez les carmélites après avoir eu la révélation ? Comment passe-t-on de Husserl à Thomas d'Aquin ?
Edith Stein, c'est aussi le positivisme d'une Juive qui se convertit au christianisme. Un retour aux sources, une révélation pour les carmélites, compagnes d'Edith Stein.
Au bout du voyage, Auschwitz, la béatification, la canonisation sous Jean-Paul II, les querelles de clochers et synagogues.
Yann Moix signe ici son meilleur livre depuis longtemps, du moins celui dont le propos est le plus clair, même si on doit déplorer quelques dérapages de fond et de forme lors de sa conclusion.
Brice Depasse

Incipit lu par Léonce Wapelhorst du Plaisir du Texte :

  YANN MOIX - Lecture par Léonce Wapelhorst

«Mort et vie d'Edith Stein» de Yann Moix, Grasset, 193p, 2008, 14€90

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13 02 08

Ordre et discipline…

Sylvain GOUGUENHEIMArmures effrayantes, volonté de fer, foi évangélisatrice brutale, cruauté implacable, avidité sans bornes… Telles sont les images délicates et surfaites dont le vulgum pecus affublait volontiers les membres de la « maison de l’hôpital des Allemands de Sainte-Marie de Jérusalem », véritable nom de l’Ordre teutonique, fondé en Terre sainte le 29 août 1189, premier jour du siège de Saint-Jean d’Acre (qui tomba aux mains des croisés en juillet 1191). Composé à l’origine de bons Samaritains germaniques soucieux, à l’instar des premiers Templiers et Hospitaliers français, de venir en aide à leurs compatriotes blessés au combat contre les Sarrazins, cette organisation caritative assez informelle s’est en effet rapidement transformée en ordre militaire d’une très grande efficacité, s’appuyant sur une règle spécifique, une lecture particulière de l’Ancien Testament et une liturgie adaptée à des combattants. Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que leurs chevauchées les menèrent de victoires (en terre de Palestine, de Prusse – dont ils bâtirent l’État autant que les forteresses – ou de Sicile) en défaites (par les Russes d’Alexandre Nevski sur les glaces du lac Peïpous le 5 avril 1242 ou par une coalition de Polonais et de Lituaniens à Tannenberg le 15 juillet 1410). Et rien d’étonnant non plus à ce que le volumineux essai qui leur est consacré par l’historien Sylvain Gouguenheim, professeur à l’École normale supérieure de Lyon, qui insiste également sur les réalisations politiques et économiques très novatrices de l’Ordre, tienne le lecteur en haleine d’un bout à l’autre de ses vingt et un chapitres nourris de sang, de sueur et de larmes !
Bernard Delcord

Sylvain GOUGUENHEIM, Les chevaliers teutoniques, Paris, Éditions Tallandier, 2007, 775 pp., 27,00 €.

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12 02 08

Mignonne, allons voir ....

IMAGE0006L'amour, c'est de saison. Et il ne pouvait manquer l'occasion, ce raconteur d'histoires qu'est Marc Pasteger. Les folles histoires d'amour sont un cadeau (ou un complément de cadeau) idéal pour cette incontournable St Valentin.
Comme pour le précédent volume, les histoires (vraies), nouvelles et anecdotes sont nombreuses et parlent toutes d'amour.
Jugez plutôt : "Amnésique, il retrouve la mémoire grâce à une fille qu'il ne connaissait pas et qui a été victime du même accident de voiture que lui. Ils ne quitteront plus.
Les lecteurs de La Dernière Heure et de Ciné-Télé-Revue connaissent son nom. Les auditeurs de Nostalgie y ont ajouté une voix depuis quelques années déjà. La voici. Marc Pasteger vous lit une de ses folles histoires d'amour.

  MARC PASTEGER - Brice Depasse 2

Folles histoires d'amour, Marc Pasteger, Jourdan éditeur, février 2008, 215P.