22 11 07

Sauver la planète

DheliatLa "Miss Météo" de TF1 se sent très concernée par l'avenir de notre Terre. Il faut dire qu'elle est aux premières loges pour constater les dérèglements climatiques (inondations, canicules...). Depuis déjà environ trois ans, elle clôture régulièrement ses bulletins du temps par de petits conseils simples, facilement applicables par Monsieur ou Madame Tout-le-Monde. Parce que les petits ruisseaux font les grandes rivières, parce que le moindre petit effort de chacun peut peser dans la balance...
Evelyne Dhéliat vient de publier un livre au titre évocateur : "C'est bon pour la planète". Il s'agit d'un guide enjoué mais néanmoins rigoureux d'un nouvel art de vivre respectueux de l'environnement. Une véritable "boîte à idées" pour apprendre à se comporter autrement au quotidien et dans tous les domaines.
Caroline Martin

  EVELYNE DHELIAT 1 - Caroline Martin
  EVELYNE DHELIAT 2

21 11 07

Une beauté fascinante

BURRUSEncore largement méconnue en Europe il y a vingt ans, l’œuvre de l’artiste mexicaine Frida Kahlo (1907-1954) y fait aujourd’hui l’objet d’un véritable engouement, au demeurant parfaitement justifié. Aussi le passionnant petit essai que l’historienne d’art Christina Burrus lui a consacré récemment dans la collection Découvertes Gallimard à l’occasion du centenaire de la naissance du peintre est-il parfaitement bienvenu. Abondamment et intelligemment illustré, cet ouvrage met en lumière la genèse et les développements d’une production picturale sans équivalent, à la croisée de la maladie, du communisme, de l’érotisme et de la déréliction. Épouse du créateur de fresques murales Diego Rivera, maîtresse de Trotski, amie de Picasso, Breton et Marcel Duchamp, admiratrice de Freud, atteinte de poliomyélite durant son enfance, elle avait été victime à l’âge de 18 ans d’un terrible accident d’autobus qui lui laissa la colonne vertébrale en ruines (elle subit en tout 22 interventions chirurgicales durant sa courte existence) et qui fut à l’origine de sa peinture : immobilisée durant de longs mois, elle composa ses premiers tableaux grâce à un chevalet posé au-dessus de son lit. Mélange de cruauté, d’humour, de candeur et d’insolence, ses œuvres, qui ont été qualifiées par Breton de « ruban autour d’une bombe », sont pour l’essentiel des autoportraits. « Si je me peins, c’est parce que c’est le sujet que je connais le mieux », affirmait-elle. De L’Autoportrait aux cheveux coupés à La Colonne brisée en passant par Racines ou Le Petit Cerf, elle s’est livrée à un exercice fascinant d’introspection aux confins de la souffrance et de l’espérance comparable à celui de Vincent van Gogh…
Bernard Delcord

« Frida Kalho : Je peins ma réalité », Christina Burrus, Découvertes Gallimard, 143p, 14€00

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09 11 07

Le journal d'un apprenti pervers

ALEX TAYLOR ... et pourtant homme de télé !
On se souvient d’Alex Taylor et de son émission Continentales au début des années 1990, compilation de journaux télévisés européens diffusés en version originale sous-titrée. Britannique résidant en France, il avait été l'un des membres fondateurs de la première version de la radio libre Fréquence Gaie il y a vingt-cinq ans. Car celui qui a été directeur des programmes de Radio France internationale et a présenté la revue de presse européenne tous les matins sur France Inter, n’a jamais caché son homosexualité. Probablement parce que dans son enfance, il a du taire sa différence.
Alex Taylor dresse dans ce livre son propre portrait d’apprenti pervers qu’il fut, de tout naturellement qu’il est devenu.
Attention, en raisons de certains passages très concrets et directs, cette interview (passionnante) n’est pas à mettre entre toutes les oreilles.
Philippe Cantamessa

  ALEX TAYLOR - Philippe Cantamessa
  ALEX TAYLOR - Philippe Cantamessa 2


«Journal d'un apprenti pervers», Alex Taylor, JC Lattès, 304p, 17€10

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02 11 07

Au « temps béni » des colonies

LAROUSSE COLONISATIONLes Éditions Larousse publient, sous la direction du professeur Claude Liauzu (Paris VII) un Dictionnaire de la colonisation française qui fait œuvre de pionnier tant par l’impartialité de son approche que par la diversité de son propos. Car si l’on y consacre de savantes notices sur les lieux de mémoire (statues, monuments aux morts, musées), sur l’histoire du Maroc, des guerres d’Indochine et d’Algérie, de la décolonisation, sur les acteurs majeurs comme Brazza, Lyautey, le Père de Foucauld ou Charles De Gaulle, on y trouve aussi de précieuses informations sur des thèmes aussi variés que les doctrines et les théoriciens coloniaux, le cacao, la place des femmes aux colonies, l’outre-mer comme source d’inspiration des artistes et du cinéma, le cannibalisme, la propagande coloniale et les enfants, l’école du colonisé, les danses et les musiques, le sucre de canne, les bordels militaires de campagne… ainsi que 16 pages passionnantes de cartes en couleur sur la traite des esclaves, l’Afrique au XIXe siècle ou le Moyen-Orient pendant et après la Première Guerre mondiale, entre autres.
Bernard Delcord

«Dictionnaire de la colonisation française», Collectif sous la direction de Claude Liauzu, Larousse, 646p, 26€60

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02 11 07

Pour rire à pleins tuyaux

DAC« Pour tout ce qui est contre, contre tout ce qui est pour ! » Tel était le fier slogan du journal L’Os à Moelle, sous-titré Organe officiel des Loufoques, que Pierre Dac fit paraître avec quelques amis entre le 13 mai 1936 et le 7 mai 1940, en pleine montée des périls donc. Dans ce monument d’humour absurde, on trouvait des comptes rendus hilarants (« Trois encaisseurs attaquent un gangster et lui dérobent sa sacoche »), des reportages surprenants (« L’élevage des plastrons », « Le charmeur de bretelles »), des enquêtes historiques (« Philippe II de Macédoine est-il l’inventeur de la salade russe ? »), des petites annonces invraisemblables (« Article nouveau : essuie-glace automatique pour moustachu amateur d’ice-cream », « Bactériologiste atteint folie des grandurs échangerait microscope contre télescope » ou « Mosaïste devenu myope demande place paveur »), des recettes de cuisine mémorables (« La sauce aux câpres sans câpres », « La prune aux tartes »), des conseils pratiques (« Tricotez votre porte-bouteilles », « Apprenez à bégayer convenablement »), des rubriques médicales (« La flanelle liquide »), culturelles (« Alarme dans les théâtres : la scène monte ! »), poétiques (« L’appel de la pioche »), sportives (« Escrime : les chauves contre les chevelus, un match à tous crins »), des conseils ménagers (« Préparez lentement vos pendules à revenir à l’heure d’hiver »), des chroniques régulières (de Redis-le-Moelleux et de Nostrautobus, entre autres) et des publicités efficaces (« Un rhume signé Gaétan… est garanti pour longtemps » ou « J’étais chauve… et je le suis encore grâce aux Pastilles de Menthe »). Les Éditions Omnibus à Paris viennent d’en faire reparaître une sélection opérée par Jacques Pessis. Une excellente idée de cadeau qui déridera tous ses lecteurs, même les plus lisses !
Bernard Delcord

Pierre DAC, L’Os à Moelle, choix et présentation de Jacques Pessis, Paris, Omnibus, 2007, 1216 pp., 28,00 €

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29 10 07

Théâtre de campagne

REZALa déception est souvent à la mesure de l’attente.
J’attendais en effet beaucoup de l’intrusion d’un grand auteur –Yasmina Reza –dans les coulisses de campagne présidentielle d’un grand homme, Nicolas Sarkozy.
Dommage. L’œuvre semble bâclée, décousue. Un portrait sans doute réaliste, brossé par petites touches, ponctué de quelques sentences géniales – ouf, on retrouve Yasmina Reza – pour aboutir, somme toute à une forme d’infantilisation du candidat, à cette « gaucherie ensorcelante pour faire passer l’idée » qui semble l’attendrir. Car sympathie, il y a, qui servira plus à démythifier le candidat qu’à agrandir son aura.Laissons cependant à Yasmina Reza, ce qui fera office de mot de la fin « Pourtant, c’est souvent hors micro, hors caméra, livrant sans y penser, la pleine mesure de sa liberté que je l’admire sans réserve. ».
Apolline Elter

« L’aube le soir ou la nuit », Yasmina Reza, Paris, Flammarion, août 2007, 190p,

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26 10 07

Au goût du jour

TABLE ANCIENSJusqu’ici, qui disait cuisine antique disait Banquet de Platon ou orgie à la Roma de Fellini. Mais les choses ont désormais changé, par l’entremise d’un passionnant petit ouvrage savant intitulé À La Table des Anciens, dans lequel on trouve, traduits en français, une centaine d’extraits d’auteurs antiques aussi divers qu’Aristophane, Homère, Horace, Ovide, Pétrone, Virgile, Xénophon, on en passe et des meilleurs, expliquant tout de la préparation, de la conservation et de la consommation du pain, de l’huile et du vin, mais aussi des viandes, des poissons, des fruits et des légumes, sans oublier la description des mets barbares, des plats de riches et des plats de pauvres ainsi que de quelques spécialités locales. D’autres thèmes sont abordés, comme l’anthropophagie et le cannibalisme, les plans de table et les bonnes manières, les propos à tenir durant les repas, le souvenir des cuisiniers extraordinaires, le sexe et la table, des principes diététiques pour les lendemains de fête, quelques régimes et toutes les recettes pour réussir un festin mémorable. L’ouvrage se complète de cartes, d’une table des poids et des mesures, d’une présentation des auteurs antiques ainsi que d’un descriptif des dieux grecs et romains. Savoureux !
Bernard Delcord

”À La Table des Anciens, Guide de cuisine antique », textes réunis et présentés par Laure de Chantal, précédés d’un entretien avec Alain Senderens, Paris, Les Belles Lettres, 2007, 338 pp., 13,00 €

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EXTRAITS :
Mœurs égyptiennes
(à en croire HERODOTE, Histoires, II)
Au cours des réunions chez les riches Égyptiens, après que le repas est terminé, un homme porte à la ronde une figurine de bois dans un cercueil, peinte et sculptée à l’imitation très exacte d’un mort, mesurant en tout une coudée ou deux ; il montre cette figurine à chacun des convives en lui disant : « Regarde celui-là, et puis bois et prends du plaisir ; car, une fois mort, tu seras comme lui. » Voilà ce qu’ils font, pendant qu’ils sont réunis pour boire.

Un convive malappris (selon CHRYSIPPE, cité par ATHENEE dans Les Deipnosophistes)
« Je puis citer certain glouton tombé à ce point de manque de vergogne à l’égard de ses voisins de table qu’à la vue de tous dans les bains publics il habituait sa main à la chaleur en la plongeant dans l’eau bouillante et se gargarisait la bouche à l’eau chaude, afin, c’est clair, de ne pas souffrir de la chaleur des morceaux. On disait en effet qu’il soudoyait jusqu’aux cuisiniers pour qu’ils servissent au plus chaud, voulant être seul à consommer, les autres incapables de l’accompagner. »

Comment améliorer une piquette (dixit CATON dans De l’Agriculture)
Pour faire partir la mauvaise odeur d’un vin : faites bien chauffer dans le feu un tesson de tuile épais, propre ; quand il sera chaud, enduisez-le de poix, attachez-le à une cordelette ; laissez le tesson descendre doucement au fond de la jarre ; maintenez la jarre scellée pendant deux jours. Si la mauvaise odeur est partie, ce sera parfait ; sinon, recommencez à plusieurs reprises, jusqu’à ce que vous ayez fait partir la mauvaise odeur.

Entrée aux abricots (recette d’APICIUS dans L’Art culinaire)
Pelez et dénoyautez des abricots, mettez-les dans l’eau froide et disposez-les dans un plat. Pilez du poivre et de la menthe sèche, mouillez de garum, ajoutez du miel, du vin paillé, du vin et du vinaigre. Versez dans le plat sur les abricots, ajoutez un peu d’huile et cuisez à feu lent. Après ébullition, liez avec de la fécule, saupoudrez de poivre et servez.

Contre la gueule de bois (PLUTARQUE, Propos de table)
Aristénète de Nicée se souvenait d’avoir lu quelque part que le jus de raisin mélangé au vin dissipait l’ivresse ; et aussi que certains médecins recommandaient à ceux qui avaient trop bu de vomir, puis de manger, au moment d’aller dormir, du pain trempé dans du miel…

26 10 07

Un livre (toujours) d’une actualité brûlante

CORANLe Coran est devenu aujourd’hui le prétexte et la cause de nombreuses revendications, parfois explosives dans tous les sens du terme, à travers le monde et en provenance de courants religieux, spirituels et politiques très divers. Aussi quantité de caricatures (pas seulement des dessins scandinaves) circulent-elles à propos de l’islam, qui fait peur en Occident. C’est pour pallier le manque de connaissance et d’informations à l’origine de cette peur et de l’incompréhension qu’elle engendre de part et d’autre que le professeur Mohammad Ali Amir-Moezzi, qui enseigne à Paris, en Sorbonne et au FNRS, a mené à bien, avec une équipe de 27 auteurs remarquablement informés, une entreprise titanesque : présenter en français et avec une grande clarté le contenu du Coran à partir de 500 entrées classées par ordre alphabétique (Aumône, Calendrier, Chiisme, Écoles coraniques, Femme, Jérusalem, Jésus, Juifs, La Mecque, Mahomet, Pèlerinage, Porc, Ramadân, Sharia, Sunnisme, Voile… mais aussi Chien, Cheval, Magie, Musique, Papier, Pluie, Singe, Veau d’or…) renvoyant à une très riche bibliographie, croisées dans un index très complet et complétées d’un glossaire et de cartes. Un ouvrage éclatant…
Bernard Delcord

« Dictionnaire du Coran », ouvrage collectif sous la direction de Mohammad Ali Amir-Moezzi, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 982 pp., 30,00 €

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17 10 07

Un revenant bien conservé

ouvertureLe premier véritable livre de cuisine écrit en français est l’œuvre d’un Wallon, Lancelot de Casteau, originaire de la région montoise comme son nom l’indique. Cet ouvrage, sans doute rédigé vers 1585 et dans lequel il est question, fait nouveau à l’époque, de poids, de mesures, de temps de cuisson et de spécifications de viandes, fournit 181 recettes et le menu de deux banquets. Il s’intitule Ouverture de cuisine et il a paru pour la première fois à Liège en 1604, chez « Léonard Streel imprimeur juré ». Car l’auteur avait été, au XVIe siècle, le cuisinier successif de trois Princes-Évêques de la Cité Ardente (Robert de Berghe, entre 1557 et 1564, Gérard de Groesbeek de 1564 à 1580 et Ernest de Bavière, par ailleurs archevêque de Cologne, entre 1581 et 1612) dont la table fut grandement munificente et le chef-coq particulièrement créatif, à qui l’on doit, outre l’invention de la crème fouettée, les recettes du brochet à la mode de Hongrie, du pâté d’artichaut, de la perdrix à la catalane, du hachis de carpe ou des moustacholes, une sorte de biscuit aux amandes. Considérée comme perdue depuis plusieurs siècles, l’Ouverture de cuisine a refait surface grâce aux bons soins de feu le professeur Léo Moulin (qui enseigna notamment à Bruges au Collège d’Europe et dont le fils Marc est une figure bien connue de la Belgique musicale) et du gastronome Jacques Kother qui, avec la complicité du célèbre linguiste et grammairien André Goosse, en ont établi et commenté le texte qui vient de reparaître en langue d’aujourd’hui à Liège chez Noir Dessin Production.
Bernard Delcord

"Ouverture de cuisine", Lancelot de Casteau commenté par Jacques Kother, Noir Dessin, 136p , 18€

12 10 07

Le bon usage est l'affaire de tous

GREVISSEBien plus qu'une grammaire, énonce le communiqué de presse, le Bon Usage, est le reflet de notre temps.
Maurice Grévisse et André Goose, deux noms liés à notre apprentissage de la langue française dans le secondaire mais dont l'expérience professionelle nous a maintes fois rappelé que la grammaire n'est pas uniquement l'affaire de l'école.
Pour sa quatorzième édition (la précédente date de 1994), "Le bon usage", La grammaire de référence, se met à l'ère électronique (complémentaire ou facultatif, à vous de voir), ajoute un quart d'exemples aux règles énoncées et, ce qui nous intéresse le plus dans ce blog, multiplie les auteurs cités. Aux classiques (Proust, Flaubert, Gide, ...) viennent se joindre les contemporains (Weyergans, Orsenna, Nothomb, BHL et même Philippe Claudel).
Rencontre avec André Goose :

Avec la complicité spontanée de Bernard Delcord de Pan.

  ANDRE GOOSE - Nicky Depasse


«Le bon usage : Grammaire française», Maurice Grevisse et André Goosse, De Boek - Duculot, 1.600p, 79€

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