20 09 07

Six rois, trois communautés, un pays : une histoire spectaculaire

ROEGIERSVoilà un livre qui va vous réconcilier avec votre pays. "La spectaculaire histoire des rois des Belges" n'est pas une apologie du gotha. C'est de l'Histoire romancée, un récit follement passionant. Admirablement écrit, il dépoussière l'histoire de tous nos rois (et donc de la Belgique) sans concession mais sans faire les poubelles. Roegiers ne se contente de briser des mythes ou de remettre en lumière des faits oubliés : il rend à notre Belgique une dignité que les cent jours que nous vivons occultent (ce n'est pas un hasard donc s'il fait un malheur auprès du public). Notre petit pays est divisé par l'ignorance et la bêtise arriviste. Un peu d'histoire remet en perspective les choses essentielles, donne des leçons de courage politique. Ce dont nous manquons cruellement, "suicidairement".
Brice Depasse

  PATRICK ROEGIERS - Brice Depasse 1
  PATRICK ROEGIERS - Brice Depasse 2

ROEGIERS Trellu
"La spectaculaire histoire des rois des Belges", Patrick Roegiers, Perrin, 450p, 22€.

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Photo : Alain Trellu

18 09 07

Entretien N°5

WEISSMANGabrielle Chanel était une femme de fer. Derrière / un coeur meurtri. Une vie que raconte Elizabeth Weissman à travers un livre émouvant qui nous apprend beaucoup de choses sur cette femme admirée mais aussi controversée à son époque. Une femme oprheline aussi, en famille comme en amour et qui a pu, surtout à force de travail acharné, oublier son passé. Gabrielle Chanel rêvait d'une revanche sur ses désillusions, ce qui l'a mené au sommet d'une gloire presque éternelle. Un récit éblouissant comme Coco éblouit la mode en la simplifiant, tout simplement.
Entretien aux 2 Magots.

  ELISABETH WEISSMAN - Nicky Depasse


"Coco Chanel", Elisabeth Weissman, Maren Sell, 133p, 12€.

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12 08 07

Ô Jerusalem

JERUSALEM DE FOOZSébastien de Fooz est un homme de la route : il a voyagé dans une quarantaine de pays. Mais de là à partir à pied jusqu'à Jérusalem avec cinquante euros en poche, il y a un pas (si vous me permettez l'expression). Six mois, 184 jours de voyage, d'aventures et de rencontres, un splendide récit d'ouverture vers les hommes. Sébastien marche, lie connaissance, reprend la route. Les paysages changent. Les hommes aussi. Mais la fraternité est partout au rendez-vous. Tourner les trente pages intérieures de photos du voyage vous convaincra d'entamer la lecture de ce livre, à la découverte de ces 184 visages.
Nicky Depasse

  SEBASTIEN de FOOZ - Nicky Depasse

Photo : Edouard Smekens / Writer Pictures

"A pied à Jérusalem", SEBASTIEN de FOOZ, éditions Racine, 22€95.

07 08 07

Les nuits de noces de Juan d'Oultremont

NUITSDENOCESPeut-être le l’ouvrage ne vous tente guère :
Vous avez tant de choses à faire…
Et puis, il est tout de même un peu cher.

Sans doute, réviserez-vous votre jugement
Voici un petit livre rose et plaisant.

Démythifiée, la nuit de noces se décline selon une mine de scenarii. Car c’est bien de mises en scène qu’il agit. Prétextes à ses fantasmes de plume, magistrale, et d’imagination, nourrie, l’auteur a rassemblé une collection de menus de noces, ingérés de 1892 à 2005. On rit, on pourrait même se retrouver dans l’une ou l’autre situation. Ca, ça ne regarde personne…
La plume est superbe : du haut vol littéraire pour des situations parfois très peu planantes. Humour, subtilité psychologique, comique alternent avec des relations triviales, crues, parfois franchement cyniques. Mais ne jouons pas les vierges effarouchées : il est des scènes désuètes, attachantes.
Et puis, la reproduction de ces quelque 70 menus est belle. Elle cristallise de façon émouvante la mémoire gustative du repas de noces. Intéressante aussi est l’évolution de composition des menus et de l’énoncé des plats. Comment ne pas fondre devant les taches de graisse qui célèbrent la joyeuse ingestion des mets.
Un mot enfin sur le lien entre menu et texte qui s’y rapporte : contre toute attente, Juan d’Oultremont utilise peu cette veine d’inspiration. Son imagination, fertile, s’en passe aisément et puis ce lien obligé aurait rapidement lassé le lecteur. Soulignons néanmoins un rapport inversement proportionnel entre la longueur de certains menus et du texte qui lui fait face. L’effet est brillant.
Apolline Elter

Juan d'Oultrement, « Nuit de Noces », éditions Racine, 24 € 95

02 08 07

La jeunesse n'a pas d'âge

AUFRAYQui pourrait deviner en le voyant que Hughes Aufray est dans sa soixante-dix-huitième année? Le chanteur qui publiera un nouvel album à la rentrée, remontera sur la scène de l'Olympia avant de partir en tournée, monte toujours à cheval et s'occupe de sa grande famille.
A-t-il un secret pour prolonger ainsi sa jeunesse ? Il en a plutôt une multitude qu'il égrène dans ce livre au fil de ses expériences de vie. Il ne s'agit ici ni de remède miracle, ni de médecine parallèle, ni de traitements coûteux dont on trouve une abondante littérature chez des éditeurs occultes.
Comme l'écrit Muriel Barbéry :" Vivre, mourir : ce ne sont que des conséquences de ce qu'on a construit. Ce qui compte, c'est de bien construire."
Brice Depasse

  HUGHES AUFFRAY - Brice Depasse 1

  HUGHES AUFFRAY - Brice Depasse 2

29 07 07

La reine éternelle

MARIE STUARTAvec Marie Stuart, Hortense Dufour ajoute un tableau supplémentaire à sa grande galerie des personnages féminins historiques. Et Marie Stuart n'est pas des moindres; reine, cultissime quasi-martyre de la cause des femmes et du catholicisme, elle est encore aujourd'hui vénérée par de très nombreux cercles et associations.
Royauté, mariages, trahisons, France, meurtres, amour, duperie, Médicis, Ecosse, Angleterre, passion, décapitation, Hortense Dufour, vous emporte avec ce livre fleuve au siècle dramatique de l'enfant-reine. Editions du Rocher.
Nicky Depasse

HORTENSE DUFOUR - Nicky Depasse


Entretien dans les salons de l'hôtel Méridien

Horetnse Dufour
Photo : Nicolas Wibaut (Writer Pictures)

24 07 07

Si les accents du monde entier ...

ORSENNA« La grammaire est une chanson douce » et « Les chevaliers du subjonctif », ces livres atypiques, contes inattendus pour adultes et enfants dont le sujet est langue française, ont été de grands succès de librairie. Avec « La révolte des accents », Erik Orsenna pose une pierre supplémentaire à l’édifice du beau parler et du bien écrit. La langue française est de plus en plus malmenée par la raréfaction du manuscrit, les chats, mails, et autres textos. La cédille disparaît, l’accent aigu aussi au profit de l’infinitif, et j’en passe.
Jeanne est une insulaire qui rêve de trouver un emploi. Nantie d’une vue exceptionnelle, elle a réussi à se faire engager comme adjointe stagiaire au capitaine du port de l’île. Après un mois passé au sommet du phare en compagnie du capitaine, elle assiste à l’arrivée d’une jonque de comédiens. Ils ont monté les tréteaux, déroulé les calicots, joué « Roméo et Juliette » et s’en sont allés.
Mais les épices et les accents sont montés à bord de la jonque et ont quitté l’île. Il ne reste qu’un accent circonflexe et une kljukica (le petit v slave qui transforme le c en tch et le s en ch.
Sans les accents la vie est sans saveur, comme la nourriture sans epices. Jeanne est chargee par ses concitoyens de retrouver les accents. Un voyage initiatique qui la conduit dans l’Himalaya ou les accents du monde entier (français, portuguais, tibetains, arabes, persans, hebraiques), las d’etre maltraites, se sont regroupes en colonie au pied d’un glacier pour y vivre en liberte.
Leger comme du Baricco, le conte d’Erik Orsenna livre au lecteur une belle morale en conclusion de sa fable : les accents accentuent nos vies. Ne les abandonnez pas pendant vos vacances !
Brice Depasse

12 07 07

Le matricule des saints

REYNAERTNuit de la Saint Sylvestre, Gare Saint-Lazare, Saint-Honoré, nous vivons vraiment sur la planète des saints. Ils sont partout. Près de quarante mlle depuis le grand Saint Pierre (sommet de la hiérarchie) jusqu’au plus petit saint local d’une commune rurale des Philippines. Ca se bouscule donc aux portes du panthéon de la Sainte Mère (encore !) l’Eglise. Si leur nombre tend à montrer que nous n’avons rien à envier au polythéisme romain ou égyptien, nos grands ancêtres, les saints sont là pour nous montrer « que tout chrétien peut accéder à la vertu. »
François Reynaert, chroniqueur télé et radio, a publié dans le Nouvel Observateur, l’histoire d’une petite partie d’entre ces saints. « Avant de me plonger dans les innombrables ouvrages qui m’ont servie de documentation, j’ignorais à quel point l’eau bénite peut soûler. » Vrai, la plupart des gens qui colportent la bonne nouvelle sont d’un ennui de carême. Aussi, le propos de ce livre est-il de reprendre tout à zéro, garder la vérité des écritures et de donner un traitement plus léger voire franchement humoristique à la biographie de notre calendrier.
Divertissant et instructif.
Illustrations d'Emmanuel Pierre
Brice Depasse

10 07 07

La machine à chroniquer le temps

DORMESSONAh, le beau livre ! Odeur du temps. Gai comme lui et grave comme la vie. La vie qui avilit comme l’écrivait Régnier et comme le réfute les écrits de Jean d’Ormesson. Mais l’académicien n’est pas dupe. Si la vie n’avilit pas, elle ne fait pas de cadeau. Elle ne donne rien. Il faut lui prendre.
Et d’Omresson n’aura rien laissé sur le bord de la route.
Sa recette : l’admiration et l’humour. Admiration pour ce qu’ont fait de grand les hommes : la littérature et Venise. Admiration pour ce qu’a créé la nature: l’Homme et Venise.
Bien sûr, il n’y a pas que l’Homme et Venise dans ces chroniques du temps qui passe. Il y a aussi des hommes et des Venises.
Jean d’Ormesson aura donc fait deux cadeaux à sa fille Héloïse : la vie et ce livre. Nous profitons du second. Qu’il en soit remercié.
Brice Depasse
Extrait :
« Quel passé, quels souvenirs, quelle image de nous-mêmes laisserons-nous donc à ceux qui viendront après nous ? L’avenir est fait aussi de passé. Peut-être surtout de passé. Alors ? Que léguerons-nous en propre à l’avenir pour qu’il en fasse son passé ? Quelles Venises pour s’y promener ? Quelles places, quels ponts, quelles statues pour permettre aux jeunes gens de s’embrasser en beauté et de faire naître des amours qui ne soient pas sordides ? Quelles légendes, quels mythes, quelles traditions pour rêver ? Quelles inscriptions sur les murs ? Quelles vies charmantes et nobles pour enchanter nos petits-enfants ? A Venise comme ailleurs, on finit par se demander si, avec moins de machines et moins de politique mais parmi plus de beauté , les vies de nos grands-pères, malgré toutes les erreurs, ne valaient pas mieux que les nôtres. Et si ce passé, tant décrié et si souvent coupable, n’était pas plus généreux à l’égard de l’avenir que nos agitations d’à présent. »

01 07 07

Aphorismes selon Orban

ORBANChristine Orban en appelle aux plus grands depuis Aristote en passant par Freud, Verlaine, Tourgueniev, Spinoza, James, Hugo, j'en passe, pour évoquer tous ces mots qui parlent de la vie des hommes.
Etonnant mais la sauce ne prend pas et le lecteur se surprend à voler de plus en plus vite de page en page, de citations en italiques aux commentaires de l'auteure.
Reste un carnet qui n'était sans doute pas destiné à la publication. Décevant de la part d'un écrivain qu'on aime pour la finesse de son écriture.
Brice Depasse

Christine ORBAN, Petites phrases pour traverser la vie en cas de tempête... et par beau temps aussi, , 186 p., 12,50 € , Albin Michel