13 02 08

Ordre et discipline…

Sylvain GOUGUENHEIMArmures effrayantes, volonté de fer, foi évangélisatrice brutale, cruauté implacable, avidité sans bornes… Telles sont les images délicates et surfaites dont le vulgum pecus affublait volontiers les membres de la « maison de l’hôpital des Allemands de Sainte-Marie de Jérusalem », véritable nom de l’Ordre teutonique, fondé en Terre sainte le 29 août 1189, premier jour du siège de Saint-Jean d’Acre (qui tomba aux mains des croisés en juillet 1191). Composé à l’origine de bons Samaritains germaniques soucieux, à l’instar des premiers Templiers et Hospitaliers français, de venir en aide à leurs compatriotes blessés au combat contre les Sarrazins, cette organisation caritative assez informelle s’est en effet rapidement transformée en ordre militaire d’une très grande efficacité, s’appuyant sur une règle spécifique, une lecture particulière de l’Ancien Testament et une liturgie adaptée à des combattants. Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que leurs chevauchées les menèrent de victoires (en terre de Palestine, de Prusse – dont ils bâtirent l’État autant que les forteresses – ou de Sicile) en défaites (par les Russes d’Alexandre Nevski sur les glaces du lac Peïpous le 5 avril 1242 ou par une coalition de Polonais et de Lituaniens à Tannenberg le 15 juillet 1410). Et rien d’étonnant non plus à ce que le volumineux essai qui leur est consacré par l’historien Sylvain Gouguenheim, professeur à l’École normale supérieure de Lyon, qui insiste également sur les réalisations politiques et économiques très novatrices de l’Ordre, tienne le lecteur en haleine d’un bout à l’autre de ses vingt et un chapitres nourris de sang, de sueur et de larmes !
Bernard Delcord

Sylvain GOUGUENHEIM, Les chevaliers teutoniques, Paris, Éditions Tallandier, 2007, 775 pp., 27,00 €.

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12 02 08

Mignonne, allons voir ....

IMAGE0006L'amour, c'est de saison. Et il ne pouvait manquer l'occasion, ce raconteur d'histoires qu'est Marc Pasteger. Les folles histoires d'amour sont un cadeau (ou un complément de cadeau) idéal pour cette incontournable St Valentin.
Comme pour le précédent volume, les histoires (vraies), nouvelles et anecdotes sont nombreuses et parlent toutes d'amour.
Jugez plutôt : "Amnésique, il retrouve la mémoire grâce à une fille qu'il ne connaissait pas et qui a été victime du même accident de voiture que lui. Ils ne quitteront plus.
Les lecteurs de La Dernière Heure et de Ciné-Télé-Revue connaissent son nom. Les auditeurs de Nostalgie y ont ajouté une voix depuis quelques années déjà. La voici. Marc Pasteger vous lit une de ses folles histoires d'amour.

  MARC PASTEGER - Brice Depasse 2

Folles histoires d'amour, Marc Pasteger, Jourdan éditeur, février 2008, 215P.

12 02 08

A table !

IMAGE0005Après les histoires de la Mer du Nord (entendez la côte belge, l'unique!), les histoires de Belges, celles de Noël et celles autour de nos mamans, Marc Pasteger s'est penché sur ce qui, finalement avec l'amour, reste la principale préoccupation du Gaulois : bien manger et bien boire.
Cela donne un recueil, Les folles histoires à boire et à manger, avec en couverture quelqu'un que vous connaissez tous et à l'intérieur une foule d'invités pour cause d'anecdotes culinaires ou bibitives : Philippe Noiret, Claude François, Jerry Lewis, ainsi que de nombreux quidams comme vous et moi.
A votre santé, bon appétit et surtout, bonne lecture.

  MARC PASTEGER - Brice Depasse

Folles histoires à boire et à manger, Marc Pasteger, Jourdan éditeur, 225p.

05 02 08

Le livre de la sagesse

PHILOSOPHIELa nouvelle édition, revue et augmentée, de La philosophie pour les nuls est un ouvrage magistral pour qui veut comprendre un tantinet le sens des choses de la vie et répondre autrement que vaille que vaille aux trois questions décisives qui orientent notre action, vous savez-bien : « Qui suis-je ? », « D’où viens-je ? » et « Où vais-je ? », ces trois énigmes qui font de notre destinée un labyrinthe… Véritable fil d’Ariane de la pensée des vingt-cinq siècles qui nous précèdent, ouvert à la réflexion classique autant qu’à celle de nos contemporains et élargi à la sagesse orientale comme à la philosophie juive sans faire fi des forums d’Internet ou des anecdotes révélatrices, ce guide de la raison et du cœur est une pure merveille d’intense clarté de l’exposé, de grande simplicité de la forme et de profondeur insondable du fond. Qu’on se le dise !
Bernard Delcord

Sur ce sujet écoutez nos entretiens avec Raphaël Enthoven et Luc Ferry en cliquant sur la couverture du livre ci-contre.

Christian GODIN, La philosophie pour les nuls, Paris, Éditions First, 2007, 656 pages, 22,90 euros.

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31 01 08

Into the great wild open

KRAKAUERAlors que le très beau film de Sean Penn est diffusé dans toutes les salles, je voudrais attirer votre attention sur le livre dont il s'est inspiré : "Voyage au bout de la solitude". Ce livre publié il y a plus de dix ans par Jon Krakauer raconte l'histoire incroyable mais vraie de Chris McCandless. Vous le trouverez aujourd'hui en librairie sous le même nom que le film avec son affiche en couverture. Je n'ai qu'un conseil : que vous soyez jeune, à l'aube de l'âge adulte ou père de famille confirmé, courez voir ce film et, surtout, lisez ce livre qui en dit beaucoup plus.
Jon Krakauer fut le premier journaliste à rapporter l'histoire de ce jeune homme de 24 ans qui après avoir terminé ses études, partit sans laisser de nouvelles à ses parents pendant deux ans à travers l'Amérique. Il le fit après avoir offert à OXFAM toutes ses économies et brulé les billets de banque qui lui restaient. Après deux années d'errance et de petits boulots à travers le middlewest et la Californie, Chris s'attaqua à son rêve : se perdre dans la forêt de l'Alaska, comme Jack London, pendant les mois d'été. Il n'est pas le seul à s'y être perdu, à être mort bêtement. La conclusion pourrait être rapide et laconique : stupide.
Je n'en dirai pas plus. Car il y a un plus, vous vous en doutez. Vous serez boulversé selon que serez du côté du fils ou de la mère et du père ou des trois. Jon Krakauer n'oublie personne. Ayant lui-même affronté l'Alaska, par sport, durant sa jeunesse, il était très bien placé pour se glisser dans la peau d'un Chris McCandless dont le sort a ému l'Amérique.
Je ne suis moi-même pas sorti indemne sorti de ce livre inclassable.
Ce texte écrit d'une seule traite en est la preuve.
Brice Depasse

«Into the wild : voyage au bout de la solitude», de Jon Krakauer, Presses de la cité, 248p, novembre 2007, 19€00

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31 01 08

Une histoire paradoxale

FOHLENLa plus ancienne démocratie occidentale moderne (1787) est aussi la dernière à avoir aboli l’esclavage (en 1865), après une guerre civile épouvantable, la guerre de Sécession (1861-65), qui fit plus d’un million de morts et a plongé les États du Sud dans un chaos économique et moral qui persiste encore aujourd’hui, avec son cortège de misères, de racisme, de violence et de bêtise. De leur côté, les États du Nord se sont montrés incapables d’intégrer la communauté noire qu’ils avaient libérée, alors même qu’ils transformaient en citoyens actifs de nombreuses vagues d’immigrants en provenance des quatre coins de la planète. C’est à l’explication de ce paradoxe que s’est attaché Claude Folhen, professeur émérite à la Sorbonne, dans un petit essai passionnant et richement documenté qui donne à comprendre les ressorts de la société yankee, qui croit tout à la fois en Dieu et au veau d’or, qui a foi dans ses institutions mais s’accommode des mafias de toutes sortes, et affirme l’égalité des hommes tout en déniant le statut d’humain à ceux dont la peau rappelle la couleur des ténèbres…
Bernard Delcord

Claude FOLHEN, Histoire de l’esclavage aux Etats-Unis, Paris, Éditions Perrin, collection Tempus, 2007, 343 pp., 8,50 €

29 01 08

La chute

DE VILLEPINNapoléon Bonaparte n’en finit pas d’alimenter bibliothèques, vidéothèques et librairies. Quel sujet de livre, de film que sa vie, quel objet de réflexion que sa carrière politique et guerrière. Deux siècles nous séparent de ce règne qui fut le dernier éclair de ce qui fut la plus grande puissance mondiale. Dominique de Villepin, à qui on doit déjà un ouvrage paru en 2001, « Les cent jours » s’est attelé à la tâche ambitieuse de décrire les années de pouvoir de Bonaparte sous l’angle de sa chute. D’où un titre « Le soleil noir de la puissance ». Car, bien qu'ébloui par le soleil d'Austerlitz, je pressentais qu'il ne s'agissait que d'un "soleil noir ".
Soulignerais-je que cet essai sur Bonaparte, extrêmement bien documenté, très bien écrit, est d’autant plus intéressant qu’il est l’oeuvre d’un homme ayant dirigé la même nation, deux siècles plus tard. Un sacré recul. Et une communauté d’esprit, celui de l’après.
Excellent complément à la brillantissime biographie de Castelot, ce Soleil noir qui décrit les années de conquête de Bonaparte connaîtra un second tome à paraître dans quelques mois, lors de la rentrée de septembre. Hors antenne, Dominique de Villepin m'a confié qu'entretemps, il publiera ses propres mémoires d'années de pouvoir.
Brice Depasse

  DOMINIQUE DE VILLEPIN - Brice Depasse

«Le soleil noir de la puissance, 1796-1807 » de Dominique de Villepin, Perrin, 568p, 2007, 24€00

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Photo : Nicolas Wibaut

Entretien enregistré chez Filigranes, la plus vaste librairie d'Europe.

29 01 08

Toute notre jeunesse !

BOB MORANELe saviez-vous ? Le livre de poche de langue française est né en Belgique après la Seconde Guerre mondiale, à Verviers, aux Éditions Marabout, à l’instigation de l’éditeur André Gérard, et le succès du concept fut immédiat, alimenté notamment par des ouvrages destinés à la jeunesse. Parmi ceux-ci, à partir de 1953, les quelque 210 romans du Belge Charles-Henri Dewisnes dit Henri Vernes ont occupé une place centrale et passionné plusieurs générations d’aficionados de Bob Morane (et de son faire-valoir écossais Bill Ballantine), si bien que les aventures de ces deux héros ont été déclinées au cinéma, en dessins animés, en bandes dessinées et même en chansons (la plus célèbre restant L’aventurier par le groupe Indochine en 1982). Rien d’étonnant, par conséquent, au fait que deux lecteurs mordus ont publié tout dernièrement une véritable bible des histoires tantôt d’espionnage et tantôt fantastiques qui ont mené aux quatre coins du monde (et même au-delà) les deux adversaires de l’Ombre Jaune, de Roman Orgonetz et de Miss Ylang-Ylang. Et tout y est : les prolégomènes de l’œuvre, ses antécédents, la nomenclature et la typologie des personnages, un résumé de chaque roman (!), un lexique des inventions du méchant docteur Ming, une chronologie, une bibliographie, la reproduction de nombreuses couvertures, une comparaison avec l’univers de Jean Ray… Palpitant !
Bernard Delcord

Bob Morane, Profession aventurier par Rémy GALLART & Francis SAINT-MARTIN, Amiens, Encrage, Paris, Les Belles Lettres, 2007, 288 pp., 25 €

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29 01 08

Henri Vernes, père & fils

HENRI VERNESTrès intéressant, indispensable même, le livre de Daniel Fano (paru il y a quelques semaines) qui retrace le parcours d'Henri Vernes, écrivain, et de son héros récurent, Bob Morane. On a tellement assimilé le lecteur (jeune ou populaire) à l'auteur, qu'on en oublie les vocations d'écrivain qu'il a suscitées et son amour de la langue française (ou son respect) .
Dans cet essai qui comprend aussi bien des entretiens avec Henri Vernes, des témoignages, des extraits de Bob Morane et une bibliographie, sans oublier des photos, Daniel Fano analyse le phénomène Bob Morane de l'intérieur (l'écrivain) et de l'extérieur (le public).
Brice Depasse

« Henri Vernes & Bob Morane, une double vie d'aventures » de Daniel Fano, Ed Le Castor Astral, Escales des Lettres, 292p, octobre 2007, 18€00

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20 01 08

Les critiques d’un prince

THIBAUDETLa prestigieuse collection Quarto de Gallimard accueille cette année sous le titre de Réflexions sur la littérature l’ensemble des articles qu’Albert Thibaudet (1874-1936) a donnés chaque mois à la NRF de 1912 à sa mort. Cela donne un fort beau volume de 1764 pages au format de poche dans lesquelles le plus important critique littéraire français de l’entre-deux-guerres aborde en toute liberté, dans une langue parfaite soutenue par un style plein de panache et – ô merveille si on le compare à celui de tant de ses successeurs actuels – exempt de charabia, « les sujets les plus divers, grands et petits, bas et hauts, graves et cocasses, à travers les dernières parutions du moment ou à propos des classiques, sans oublier les films de Chaplin », ainsi que le mentionne l’éditeur. Élève de Bergson, admirateur de Barrès, de Maurras et de Mistral, condisciple de Jarry et interlocuteur de Proust, notre homme fut aussi un proche de Gide et de Paul Valéry, l’égal d’Alain, le rival de Julien Benda et le complice de Jean Paulhan. Son éclectisme bienveillant et l’ingéniosité de ses comparaisons donnèrent une audience européenne à ses critiques, et ses exégètes de 2007, notre compatriote Antoine Compagnon (qui enseigne à la Sorbonne et à l’université Columbia de New York) en tête, n’hésitent pas à voir dans ces réflexions l’équivalent, pour le XXe siècle, des Essais de Montaigne. On ne saurait mieux dire !
Bernard Delcord

Albert THIBAUDET, Réflexions sur la littérature, Paris, Gallimard, coll. Quarto, 1764 pp., 35 €

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