10 12 07

Le monde selon Serres

SERRES1Deuxième volume des chroniques de Michel Serres sur l'actualité. A l'instar du précédent livre, le texte est la transcription exacte du dialogue que tient Michel Serres chaque dimanche soir sur France Info avec Michel Polacco. Comme toujours, le propos est très éclairant et à la portée de tous. De l'étymologie d'un mot comme "Nostalgie" au syndrôme du 11 septembre, en passant par le concept du faux ou la théorie du "c'était mieux avant", il y a de quoi dans ce livre en finir avec la pensée unique sur de nombreux sujets.

  MICHEL SERRES - Brice Depasse 1
  MICHEL SERRES - Brice Depasse 2

«Petites chroniques du dimanche soir : Entretiens avec Michel Polacco», Michel Serres, Editions Le Pommier, 220p, 19€90

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06 12 07

Guy Verhofstadt, Prix du Livre Européen

PIRELe premier lauréat du Prix du Livre européen est donc notre actuel Premier Ministre (toujours en fonction) pour cause d'affaires courantes. Si le propos de son essai est courageux et sympathique, loin de la tendance eurosceptique depuis les référendums français et hollandais, on ne doutera pas non plus qu'il s'agit d'un signal émis par le jury envers la situation politique que nous connaissons et qui commence à inquiéter nos grands voisins.
Après avoir reçu son Prix des mains du président du jury, l'écrivain suédois Henning Mankel, Guy Verhofstadt s'est exprimé en toute décontraction, avec beaucoup d'humour, "encouragement pour la tâche difficile que je fais maintenant ... Une tâche qui n'a peut-être rien à voir avec l'Europe ou peut-être beaucoup à voir car on dit souvent que la Belgique est le laboratoire de l'Europe. Et si la Belgique ça ne marche pas, hein, alors....".
Et plus sérieusement, d'adresser un message fort : "il faut repenser à la multiculturalité qui est en train de disparaître en Europe ... Tout le monde souhaite désormais vivre entre soi, dans des espaces bien définis, en parlant la même langue, en ayant la même religion, et je sais de quoi je parle...".

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"Les Etats-Unis d'Europe", Guy Verhofstadt, Ed Luc Pire, 70p, 11€.

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Photo : Nicky Depasse

02 12 07

Si les citations m'étaient contées

BOLOGNEJean-Claude Bologne, l'auteur de "L'histoire de la conquête amoureuse", retrace dans ce recueil l'origine des expressions et paroles historiques en les plaçant dans la perspective de leur utilisation actuelle : du bois dont on fait la flûte, faire la queue (qui date de l'exécution de Robespierre), briller par son absence, ... Ces 200 expressions sont, bien sûr, commentées avec références historiques, contexte de l'anecdote ou du mot, utilisations dans la langue actuelle (exemples relevés dans la littérature contemporaine, la presse écrite et audio visuelle ou sur Internet). De quoi alimenter beaucoup de conversations mondaines et, plus sérieusement, élargir notre esprit.

  JEAN-CLAUDE BOLOGNE - Nicky Depasse 1
  JEAN-CLAUDE BOLOGNE - Nicky Depasse 2

" Qui m'aime me suive", Jean-Claude Bologne et Emmanuel Pierre (illustrations), Larousse, 304p, 9€90.

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22 11 07

Sauver la planète

DheliatLa "Miss Météo" de TF1 se sent très concernée par l'avenir de notre Terre. Il faut dire qu'elle est aux premières loges pour constater les dérèglements climatiques (inondations, canicules...). Depuis déjà environ trois ans, elle clôture régulièrement ses bulletins du temps par de petits conseils simples, facilement applicables par Monsieur ou Madame Tout-le-Monde. Parce que les petits ruisseaux font les grandes rivières, parce que le moindre petit effort de chacun peut peser dans la balance...
Evelyne Dhéliat vient de publier un livre au titre évocateur : "C'est bon pour la planète". Il s'agit d'un guide enjoué mais néanmoins rigoureux d'un nouvel art de vivre respectueux de l'environnement. Une véritable "boîte à idées" pour apprendre à se comporter autrement au quotidien et dans tous les domaines.
Caroline Martin

  EVELYNE DHELIAT 1 - Caroline Martin
  EVELYNE DHELIAT 2

21 11 07

Une beauté fascinante

BURRUSEncore largement méconnue en Europe il y a vingt ans, l’œuvre de l’artiste mexicaine Frida Kahlo (1907-1954) y fait aujourd’hui l’objet d’un véritable engouement, au demeurant parfaitement justifié. Aussi le passionnant petit essai que l’historienne d’art Christina Burrus lui a consacré récemment dans la collection Découvertes Gallimard à l’occasion du centenaire de la naissance du peintre est-il parfaitement bienvenu. Abondamment et intelligemment illustré, cet ouvrage met en lumière la genèse et les développements d’une production picturale sans équivalent, à la croisée de la maladie, du communisme, de l’érotisme et de la déréliction. Épouse du créateur de fresques murales Diego Rivera, maîtresse de Trotski, amie de Picasso, Breton et Marcel Duchamp, admiratrice de Freud, atteinte de poliomyélite durant son enfance, elle avait été victime à l’âge de 18 ans d’un terrible accident d’autobus qui lui laissa la colonne vertébrale en ruines (elle subit en tout 22 interventions chirurgicales durant sa courte existence) et qui fut à l’origine de sa peinture : immobilisée durant de longs mois, elle composa ses premiers tableaux grâce à un chevalet posé au-dessus de son lit. Mélange de cruauté, d’humour, de candeur et d’insolence, ses œuvres, qui ont été qualifiées par Breton de « ruban autour d’une bombe », sont pour l’essentiel des autoportraits. « Si je me peins, c’est parce que c’est le sujet que je connais le mieux », affirmait-elle. De L’Autoportrait aux cheveux coupés à La Colonne brisée en passant par Racines ou Le Petit Cerf, elle s’est livrée à un exercice fascinant d’introspection aux confins de la souffrance et de l’espérance comparable à celui de Vincent van Gogh…
Bernard Delcord

« Frida Kalho : Je peins ma réalité », Christina Burrus, Découvertes Gallimard, 143p, 14€00

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09 11 07

Le journal d'un apprenti pervers

ALEX TAYLOR ... et pourtant homme de télé !
On se souvient d’Alex Taylor et de son émission Continentales au début des années 1990, compilation de journaux télévisés européens diffusés en version originale sous-titrée. Britannique résidant en France, il avait été l'un des membres fondateurs de la première version de la radio libre Fréquence Gaie il y a vingt-cinq ans. Car celui qui a été directeur des programmes de Radio France internationale et a présenté la revue de presse européenne tous les matins sur France Inter, n’a jamais caché son homosexualité. Probablement parce que dans son enfance, il a du taire sa différence.
Alex Taylor dresse dans ce livre son propre portrait d’apprenti pervers qu’il fut, de tout naturellement qu’il est devenu.
Attention, en raisons de certains passages très concrets et directs, cette interview (passionnante) n’est pas à mettre entre toutes les oreilles.
Philippe Cantamessa

  ALEX TAYLOR - Philippe Cantamessa
  ALEX TAYLOR - Philippe Cantamessa 2


«Journal d'un apprenti pervers», Alex Taylor, JC Lattès, 304p, 17€10

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02 11 07

Au « temps béni » des colonies

LAROUSSE COLONISATIONLes Éditions Larousse publient, sous la direction du professeur Claude Liauzu (Paris VII) un Dictionnaire de la colonisation française qui fait œuvre de pionnier tant par l’impartialité de son approche que par la diversité de son propos. Car si l’on y consacre de savantes notices sur les lieux de mémoire (statues, monuments aux morts, musées), sur l’histoire du Maroc, des guerres d’Indochine et d’Algérie, de la décolonisation, sur les acteurs majeurs comme Brazza, Lyautey, le Père de Foucauld ou Charles De Gaulle, on y trouve aussi de précieuses informations sur des thèmes aussi variés que les doctrines et les théoriciens coloniaux, le cacao, la place des femmes aux colonies, l’outre-mer comme source d’inspiration des artistes et du cinéma, le cannibalisme, la propagande coloniale et les enfants, l’école du colonisé, les danses et les musiques, le sucre de canne, les bordels militaires de campagne… ainsi que 16 pages passionnantes de cartes en couleur sur la traite des esclaves, l’Afrique au XIXe siècle ou le Moyen-Orient pendant et après la Première Guerre mondiale, entre autres.
Bernard Delcord

«Dictionnaire de la colonisation française», Collectif sous la direction de Claude Liauzu, Larousse, 646p, 26€60

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02 11 07

Pour rire à pleins tuyaux

DAC« Pour tout ce qui est contre, contre tout ce qui est pour ! » Tel était le fier slogan du journal L’Os à Moelle, sous-titré Organe officiel des Loufoques, que Pierre Dac fit paraître avec quelques amis entre le 13 mai 1936 et le 7 mai 1940, en pleine montée des périls donc. Dans ce monument d’humour absurde, on trouvait des comptes rendus hilarants (« Trois encaisseurs attaquent un gangster et lui dérobent sa sacoche »), des reportages surprenants (« L’élevage des plastrons », « Le charmeur de bretelles »), des enquêtes historiques (« Philippe II de Macédoine est-il l’inventeur de la salade russe ? »), des petites annonces invraisemblables (« Article nouveau : essuie-glace automatique pour moustachu amateur d’ice-cream », « Bactériologiste atteint folie des grandurs échangerait microscope contre télescope » ou « Mosaïste devenu myope demande place paveur »), des recettes de cuisine mémorables (« La sauce aux câpres sans câpres », « La prune aux tartes »), des conseils pratiques (« Tricotez votre porte-bouteilles », « Apprenez à bégayer convenablement »), des rubriques médicales (« La flanelle liquide »), culturelles (« Alarme dans les théâtres : la scène monte ! »), poétiques (« L’appel de la pioche »), sportives (« Escrime : les chauves contre les chevelus, un match à tous crins »), des conseils ménagers (« Préparez lentement vos pendules à revenir à l’heure d’hiver »), des chroniques régulières (de Redis-le-Moelleux et de Nostrautobus, entre autres) et des publicités efficaces (« Un rhume signé Gaétan… est garanti pour longtemps » ou « J’étais chauve… et je le suis encore grâce aux Pastilles de Menthe »). Les Éditions Omnibus à Paris viennent d’en faire reparaître une sélection opérée par Jacques Pessis. Une excellente idée de cadeau qui déridera tous ses lecteurs, même les plus lisses !
Bernard Delcord

Pierre DAC, L’Os à Moelle, choix et présentation de Jacques Pessis, Paris, Omnibus, 2007, 1216 pp., 28,00 €

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29 10 07

Théâtre de campagne

REZALa déception est souvent à la mesure de l’attente.
J’attendais en effet beaucoup de l’intrusion d’un grand auteur –Yasmina Reza –dans les coulisses de campagne présidentielle d’un grand homme, Nicolas Sarkozy.
Dommage. L’œuvre semble bâclée, décousue. Un portrait sans doute réaliste, brossé par petites touches, ponctué de quelques sentences géniales – ouf, on retrouve Yasmina Reza – pour aboutir, somme toute à une forme d’infantilisation du candidat, à cette « gaucherie ensorcelante pour faire passer l’idée » qui semble l’attendrir. Car sympathie, il y a, qui servira plus à démythifier le candidat qu’à agrandir son aura.Laissons cependant à Yasmina Reza, ce qui fera office de mot de la fin « Pourtant, c’est souvent hors micro, hors caméra, livrant sans y penser, la pleine mesure de sa liberté que je l’admire sans réserve. ».
Apolline Elter

« L’aube le soir ou la nuit », Yasmina Reza, Paris, Flammarion, août 2007, 190p,

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26 10 07

Au goût du jour

TABLE ANCIENSJusqu’ici, qui disait cuisine antique disait Banquet de Platon ou orgie à la Roma de Fellini. Mais les choses ont désormais changé, par l’entremise d’un passionnant petit ouvrage savant intitulé À La Table des Anciens, dans lequel on trouve, traduits en français, une centaine d’extraits d’auteurs antiques aussi divers qu’Aristophane, Homère, Horace, Ovide, Pétrone, Virgile, Xénophon, on en passe et des meilleurs, expliquant tout de la préparation, de la conservation et de la consommation du pain, de l’huile et du vin, mais aussi des viandes, des poissons, des fruits et des légumes, sans oublier la description des mets barbares, des plats de riches et des plats de pauvres ainsi que de quelques spécialités locales. D’autres thèmes sont abordés, comme l’anthropophagie et le cannibalisme, les plans de table et les bonnes manières, les propos à tenir durant les repas, le souvenir des cuisiniers extraordinaires, le sexe et la table, des principes diététiques pour les lendemains de fête, quelques régimes et toutes les recettes pour réussir un festin mémorable. L’ouvrage se complète de cartes, d’une table des poids et des mesures, d’une présentation des auteurs antiques ainsi que d’un descriptif des dieux grecs et romains. Savoureux !
Bernard Delcord

”À La Table des Anciens, Guide de cuisine antique », textes réunis et présentés par Laure de Chantal, précédés d’un entretien avec Alain Senderens, Paris, Les Belles Lettres, 2007, 338 pp., 13,00 €

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EXTRAITS :
Mœurs égyptiennes
(à en croire HERODOTE, Histoires, II)
Au cours des réunions chez les riches Égyptiens, après que le repas est terminé, un homme porte à la ronde une figurine de bois dans un cercueil, peinte et sculptée à l’imitation très exacte d’un mort, mesurant en tout une coudée ou deux ; il montre cette figurine à chacun des convives en lui disant : « Regarde celui-là, et puis bois et prends du plaisir ; car, une fois mort, tu seras comme lui. » Voilà ce qu’ils font, pendant qu’ils sont réunis pour boire.

Un convive malappris (selon CHRYSIPPE, cité par ATHENEE dans Les Deipnosophistes)
« Je puis citer certain glouton tombé à ce point de manque de vergogne à l’égard de ses voisins de table qu’à la vue de tous dans les bains publics il habituait sa main à la chaleur en la plongeant dans l’eau bouillante et se gargarisait la bouche à l’eau chaude, afin, c’est clair, de ne pas souffrir de la chaleur des morceaux. On disait en effet qu’il soudoyait jusqu’aux cuisiniers pour qu’ils servissent au plus chaud, voulant être seul à consommer, les autres incapables de l’accompagner. »

Comment améliorer une piquette (dixit CATON dans De l’Agriculture)
Pour faire partir la mauvaise odeur d’un vin : faites bien chauffer dans le feu un tesson de tuile épais, propre ; quand il sera chaud, enduisez-le de poix, attachez-le à une cordelette ; laissez le tesson descendre doucement au fond de la jarre ; maintenez la jarre scellée pendant deux jours. Si la mauvaise odeur est partie, ce sera parfait ; sinon, recommencez à plusieurs reprises, jusqu’à ce que vous ayez fait partir la mauvaise odeur.

Entrée aux abricots (recette d’APICIUS dans L’Art culinaire)
Pelez et dénoyautez des abricots, mettez-les dans l’eau froide et disposez-les dans un plat. Pilez du poivre et de la menthe sèche, mouillez de garum, ajoutez du miel, du vin paillé, du vin et du vinaigre. Versez dans le plat sur les abricots, ajoutez un peu d’huile et cuisez à feu lent. Après ébullition, liez avec de la fécule, saupoudrez de poivre et servez.

Contre la gueule de bois (PLUTARQUE, Propos de table)
Aristénète de Nicée se souvenait d’avoir lu quelque part que le jus de raisin mélangé au vin dissipait l’ivresse ; et aussi que certains médecins recommandaient à ceux qui avaient trop bu de vomir, puis de manger, au moment d’aller dormir, du pain trempé dans du miel…