11 09 16

La confiance et la peur

_massin.jpgLe titre de ce superbe essai du docteur Christophe Massin, psychiatre, est Une vie de confiance ; mais le sous-titre est important : Dialogues sur la peur et autres folies.

Il s'agit d'un original dialogue avec un couple qui s'interrogent sur leurs blocages. L'idée est de passer de la peur à la confiance. On assiste donc à une expérience tout au long de ce livre qui a des résonances multiples en nous.

Voici quelques phrases extraites du livre et retirées de leur contexte, mais qui vous donneront le ton du livre.

« La peur animale apparaît en situation de danger réel et présent, avec une intensité adaptée.... La peur psychologique, elle, se déclenche à l'idée d'un danger qu'elle projette, ou alors elle amplifie considérablement la peur animale. »

« Ce qui compte, c'est de reconnaître les tiennes (ses peurs) et à quel registre elles appartiennent. En schématisant, elles touchent trois domaines, toi-même, ta relation avec les autres, ta relation avec la vie. »

« Souviens-toi que la méfiance est contagieuse. »

« Nous confondons souvent la vie et nos congénères, et notre méfiance envers la vie concerne en réalité l'espèce humaine. »

« Tu ne te tortures plus dans l'angoisse du futur, tu sais qu'en te détendant maintenant, tu te rends au mieux disponible pour le moment et pour celui qui va suivre. »

« Tu ne peux surpasser tes capacités intellectuelles ou physiques, mais tu peux être indéfiniment plus confiant, plus aimant ! »

Et cette extraordinaire phrase, qui devrait diriger toute notre vie :

« Prends le risque de te montrer, si tu veux être aimé pour ce que tu es. »

 

Jacques MERCIER

« Une vie de confiance », Dialogues sur la peur et autres folies, Essai, Dr Christophe Massin, Odile Jacob, 2016, 172 pp. 20,90 euros

 

 

01 09 16

Un petit carnet bleu

51eF0ROFOHL._SX195_.jpgSold out dès son entrée en librairie, le 17 août, le témoignage de Carine Russo, le journal qu'elle adresse à Mélissa, sa fillette arrachée voici 21 ans à la vie simple, banale et belle d'enfant aimée - faut-il vous rappeler la monstrueuse "Affaire Julie et Mélissa" qui mit la Belgique en émoi, du 24 juin 1995 au 17 août 1996, jour de macabre découverte - est digne.

Longtemps reportée, la démarche était malaisée.

" Oser me souvenir M'en faire un devoir. Pour elle, ma fille. Pour moi, pour mon fils. Pour tous ceux qui l'ont connue et aimée. Pour la rendre à la vie, laisser une trace d'elle quelque part, au creux de quelques pages. Parler d'elle. Pour ne pas laisser cette injustice suprême de la voir niée jusque dans sa tombe. Pour qu'on se souvienne d'elle... Oui, oser se souvenir, dire, rappeler cette histoire."

D"un ton sobre, cette Maman "désenfantée" offre à notre empathie, irrépressible sympathie la relation des faits qui ont jalonné quatorze mois d'attente rendue d'autant plus insupportable que les parents étaient privés d'informations, désinvestis de leur rôle et découvraient au fil des mois les dysfonctionnements ahurissants de l'enquête.

"Le temps des autres n'est plus le nôtre. L'attente a suspendu nos vies."

Corollaires d'une grande solidarité familiale, amicale et des multiples actions entreprises pour activer les recherches, la perte d'anonymat, la surexposition médiatique,  l'invasion constante de la maison - la salle à manger était devenue un QG -  la sonnerie continuelle du téléphone et sa prolifération anarchique de fausses pistes ... furent tant d'épreuves supplémentaires infligées à une famille dévastée.

On ne peut qu'admirer que le couple de Gino et Carine Russo ait résisté à ce cataclysme, qu'il ait raison gardée. Surtout qu'aujourd'hui encore subsistent tant de questions non résolues, dont celle cruciale du sort des petites filles durant les 104 jours d'emprisonnement de Marc Dutroux.

" A l'approche de l'hiver, le manque de ma petite fille me tenaillait tellement, mon besoin d'elle, de l'entendre, de la voir, de lui parler était devenu si pressant que je me suis mise à lui écrire dans un petit carnet bleu. Quelques lignes, presque chaque jour. En les relisant, elles me sont apparues singulièrement révélatrices de mon état d'esprit du moment. Pour cette raison, j'ai fait le choix de les retranscrire intégralement."

Et le lecteur de parcourir, pudique,  bouleversé, cette correspondance d'une maman tendre, chaleureuse, angoissée.. et d'acquérir la conviction qu'elle n'a pu rester lettre morte:  où qu'elle fût, Mélissa était imprégnée de l'amour de sa famille - les lettres n'en sont que la verbale confirmation.

Et la lectrice que je suis de remercier ces parents qui, par leurs actions justes et répétées, ont clairement permis au système policier belge  de s'améliorer, gagner en transparence et donc en efficacité - songeons à la création de Child Focus, cellule réactive, dès les premières minutes de signalement d'une disparition - à la fusion des corps de gendarmerie et de police, ... - et de leur souhaiter de vivre désormais une vie la plus apaisée possible - Mélissa demeurera part entière de mémoire, de famille - à l'abri des "journaleux" et de toute exposition médiatique toxique.

Apolline Elter

Quatorze mois, Carine Russo, témoignage,Ed.  La Renaissance du Livre, août 2016, 318 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Documents, récits, essais | Commentaires (0) |  Facebook | |

16 08 16

« L'amour est un plat tonique. » (Jean Richepin)

Toute une vie d'amour.jpgÉcrit à quatre mains par Jacques Mercier et sa fille Sophie, Toute une vie d’amour paru chez Academia-L’Harmattan à Louvain-la-Neuve fait le tour de la vie d’un couple d’aujourd’hui, du coup de foudre jusqu’au bout de l’existence, en se focalisant sur dix étapes saisies en brefs instantanés :

– La rencontre

– La lune de miel

– La « discute »

– Les tâches

– L’attente d’un enfant

– Devenir parents

– Comme d’habitude

– L’âge ingrat

– Nous vieillirons ensemble

– L’amour est éternel

Chacun de ces chapitres commence avec une description de la situation, joliment romancée par Jacques Mercier, et se conclut par l’opinion de sa fille qui est conseillère conjugale et familiale diplômée et thérapeute à Marcinelle.

Une manière originale et vivante de réfléchir à la vie comme elle va… ou comme elle devrait aller !

Bernard DELCORD

Toute une vie d'amour par Sophie et Jacques Mercier, Louvain-la-Neuve, Éditions Academia-L’Harmattan, collection « Livres libres », avril 2016, 110 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 13 €

23 06 16

« Dieu lui-même croit à la publicité : il a mis des cloches dans les églises. » (Aurélien Scholl)

Les 50 petits trucs (infaillibles) du marketing.jpgComment AirBnb invente-t-il le « markète-toi toi-même » ? Pourquoi YouTube fait-il de nous des stars ? Comment Le Slip Français s'impose-t-il sur un marché saturé en reprenant l'esprit potache ?

S’adressant aux entrepreneurs et aux marketeurs à la recherche de nouvelles tendances ou aux étudiants en quête d'idées flash, mais aussi plus largement aux consommateurs que nous sommes tous pour mieux comprendre les méthodes de persuasion publicitaires, Les 50 petits trucs (infaillibles) du marketing publié à Paris aux Éditions François Bourin sous la plume d’Emmanuel Malard, un professionnel du marketing diplômé de l’IEP de Lyon et cadre dans une entreprise multinationale, met en lumière, à travers 50 marques, 50 manières de réussir grâce à des « petits trucs du marketing » simples, mais terriblement efficaces.

Grâce à ces « dessous du succès » immédiatement opérationnels, le lecteur professionnel trouvera des clefs pour développer des idées neuves sur les marchés traditionnels et du numérique.

« Si on ne devait lire qu'un livre de marketing... ce serait celui-là ! », assure son éditeur.

C’est un peu excessif, mais pas dénué de fondement !

Bernard DELCORD

Les 50 petits trucs (infaillibles) du marketing par Emmanuel Malard, Paris, Éditions François Bourin, collection « Les dessous du succès », mai 2016, 224 pp. en noir et blanc au format 13 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France)

Extrait :

Apple

Il était une fois… le storytelling

Dorénavant, les marques nous racontent des histoires. Elles racontent leurs origines, réelles ou fantasmées, ou la vie de leur créateur. Est-ce nouveau ? Pas forcément, rappelez-vous : en 1898, les frères Kellog révolutionnent par erreur le petit déjeuner en fabriquant des pétales de maïs, c’était précisé sur tous les paquets de céréales de notre enfance !

Mais le storytelling a trouvé son plus fort écho auprès du public via la vie politique et notamment les campagnes électorales articulées en une série de « séquences thématiques » orchestrées par les communicants. Et il s’est intensifié avec l’arrivée des sociétés de la nouvelle économie, toutes fondées sur une expérience fondatrice qu’aime à nous raconter leur dirigeant : de la pénurie d’offres d’hébergement à San Francisco pour AirBnB jusqu’au Noël en famille auquel n’a pas pu assister le créateur de Blablacar faute de billets de trains disponibles… Pourquoi nous raconter des histoires ? Tout simplement parce qu’on dit qu’une bonne histoire est vingt-deux fois plus efficace que l’évocation d’un simple fait !

La marque qui excelle à cet art du récit, et ce depuis sa création, est incontestablement Apple. Pur produit de la Silicon Valley californienne, ayant connu des hauts et des bas propices à l’élaboration d’un récit, à l’image de la traversée du désert de son fondateur, Apple pratique un marketing savamment mis en scène et ritualisé, avec des produits épurés, une communication décalée, une large place accordée à l’esthétique, et la valorisation de la spécificité de ses utilisateurs (position toutefois plus difficile à tenir quand les ventes commencent à se massifier…)

Les prises de parole d’Apple respectent un code assez strict de la narration, établi dès les premiers lancements de produit. Quand Steve Jobs présente l’Ipod en 2001, lors d’une de ces fameuses “keynotes”, les lecteurs MP3 existent déjà et il le reconnaît d’ailleurs en préambule. Commence-t-il par montrer son produit ? Non, l’effet n’aurait pas été le même. Il évoque son amour de la musique, sa collection de CD, les difficultés à emmener avec soi ses musiques préférées et invite l’audience à imaginer un monde idéal où l’ensemble de ses disques ne quitterait pas sa poche. Et c’est seulement à ce moment-là, après cette intervention très construite (initiée par la recherche de l’adhésion du public avec un centre d’intérêt commun et la mise en évidence d’un « problème ») que le produit est montré au grand jour, s’assurant ainsi une répercussion qu’il n’aurait pas eu dans une présentation classique. Ce format sera répété à l’envie, créant une forme d’attente (quelle autre marque peut convoquer cinq cents journalistes avec un simple bristol intitulé « Nous avons quelque chose à vous dire » ?) et quelques désillusions lorsque les produits ne sont plus aussi épiques que la légende.

Ce qui change pour le consommateur ? Il a l’impression d’acheter non seulement le produit mais aussi de s’approprier un peu du mythe de la marque, de se reconnaître dans son histoire, de s’approcher de l’esprit de son fondateur… Les possesseurs d’iPhone vous le diront, qui de citer la Californie et son esprit cool, qui de mentionner la figure christique d’un Steve Jobs ou encore d’évoquer la genèse de la société dans le garage d’un pavillon de banlieue. Une incarnation de l’Amérique, ni plus ni moins. Au même titre que l’aura de la marque de joaillerie new-yorkaise Tiffany, ou que d’autres produits emblématiques outre-Atlantique : la Ford Mustang, vendue au prix d’une Ford Mondeo aux États-Unis, conserve cette puissance d’attraction « mythique » en Europe. Et pour Apple, peu importe la montagne de cash-flow générée par les ventes d’Iphone, les usines chinoises de Foxconn aux conditions de travail dont il est permis de douter, c’est le fameux “design in California”, figurant en bonne place sur l’emballage, qui l’emporte et qui confère à la marque sa valeur si particulière. Portée par un portfolio de produits à la finition souvent irréprochable et par plusieurs décennies de storytelling, la marque Apple est ainsi l’une des seules marques d’électronique que l’on peut offrir, comme on se transmettrait, entre initiés, une belle histoire.

Table des matières :

AirBnB

Alpine

Amazon

Apple

Armor-Lux

Auchan

Batman (DC Comics)

Bercy Arena (AccorHotels Arena)

Blablacar

Candy Crush (King / Activision)

Carrefour

Cetelem

Coca-Cola

Cochonou

Dacia

Darty

Disney

DS (Groupe PSA)

Europe 1

GoPro

Guinness

Kindle (Amazon)

La Poste

Le Slip Français

Lego

Leroy Merlin

M & M’s

Mammouth

Matmut

McDonald’s France

Michel et Augustin

Monoprix

Nespresso

Netflix

Nina Ricci

Oasis

Ola (France Télécom)

Only Lyon

Peeple

Playstation

Plus belle la vie

Prince de Bretagne

Red Bull

Samsung

Sony Music

Uber

Unibail-Rodamco

Vente-Privée

Volvo Trucks

YouTube


 

14 06 16

Qui sont nos héros ?

_cyrulnik héros ivres.jpgComment ne pas être pris par l'analyse magistrale de la société et de la manière dont nous y vivons, écrite par Boris Cyrulnik dans Ivres paradis, bonheurs héroïques.

Le propos ? : « Pas d'existence sans épreuves, pas d'affection sans abandon, pas de lien sans déchirure, pas de société sans solitude. La vie est un champ de bataille où naissent les héros qui meurent pour que l'on vivre. »

Voici donc quelques extraits du livre. J'espère qu'ils vous donneront envie de lire et de comprendre mieux notre existence sur terre.

« Tous les régimes totalitaires cherchent à contrôler les artistes, qui sont une arme pour gouverner les esprits. Si l'on veut s'emparer du pouvoir politique, il faut transformer en instrument de combat les romanciers, les comédiens et même les musiciens qui acceptent de servir la cause du dictateur. »

« Une fiction possède un pouvoir de conviction supérieur à une explication rationnelle. »

« Une vie furieuse est une souffrance, mais une vie sans rêves est une agonie psychique. »

 

« Tout récit est une falsification du réel puisqu'il s'agit d'aller chercher dans notre mémoire les images et les mots qui vont construire un autre réel, dans la représentation cette fois, comme une traduction. »

« Quand le « je » est fragile, le « on » sert de prothèse. »

« Quand les mots ne servent plus à raisonner mais qu'au contraire ils sont utilisés pour offrir une revanche affective, la langue devient un piège où s'arrête la pensée. »

« Ce qui reste dans la mémoire, c'est la première impression, celle qui déclenche l'émotion. Tout le reste n'est que travail fastidieux, nuance qui éteint la vertueuse indignation et laisse peu de traces dans la mémoire engourdie. »

« Les paroles s'envolent, alors que les écrits donnent une impression de vérité matérielle. C'est pourquoi les romanciers sont plus porteurs d'idéologie que ce qu'ils veulent nous faire croire. »

« Les politiciens utilisent le spectacle du malheur pour redorer leur propre image en se faisant photographier sur les lieux des tragédies, avant de manger un petit-four et de vite rentrer chez eux. »

« Ce n'est qu'à partir des années 1980 que la connotation du mot « victime » a changé. Le mot ne désignait plus une pauvre personne abîmée par l'existence, il racontait désormais comment un blessé se bagarrait pour se remettre à vivre. »

« La réduction des informations donne forme à ce qu'on raconte et, sans mentir, métamorphose ce réel. Pourrait-on faire autrement ? Si l'on voulait tout dire, personne ne pourrait comprendre. Il faut donc réduire, adapter nos souvenirs et adresser nos mots à celui à qui l'on raconte. »

« L'effet réducteur de la parole est lui aussi nécessaire pour exposer une idée claire. C'est ainsi que, le plus sincèrement du monde, on reconstruit son passé. »

 

Jacques MERCIER

 

« Ivres paradis, bonheurs héroïques », essai, Boris Cyrulnik, Edition Odile Jacob, 2016, 236 pp, 22,90 euros

 

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13 04 16

Retour aux sources...

Lire et relire les classiques.jpgSous la direction de Geneviève Simon, Éric de Bellefroid, Guy Duplat, Jacques Franck, Francis Matthys et Monique Verdussen, tous journalistes ou collaborateurs de La Libre Belgique, signent des critiques dans le cahier « Lire » publié chaque semaine dans le quotidien bruxellois.

Depuis 2011, chaque été, ils ont rédigé des articles de fond sur les grands textes de la littérature occidentale et, après cinq saisons, ils les ont rassemblés dans un ouvrage intitulé Lire et relire les classiques, paru aux Éditions Avant-Propos à Waterloo.

Au total, trente titres sont présentés en profondeur pour donner à chacun l’envie de les (re)découvrir.

Une belle synthèse !

Bernard DELCORD

Lire et relire les classiques, ouvrage collectif sous la direction de Geneviève Simon, Waterloo, Éditions Avant-Propos en collaboration avec La Libre Belgique, mars 2016, 221 pp. en couleurs au format 22 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 24,95 €

 

Liste des ouvrages présentés :

Un des Baumugnes par Jean Giono

Illusions perdues par Honoré de Balzac

Tendre est la nuit par Francis Scott Fitzgerald

Les Trois Mousquetaires par Alexandre Dumas

À la recherche du temps perdu par Marcel Proust

 

Lettres de Madame de Sévigné

L’Homme sans qualités par Robert Musil

Homme invisible, pour qui chantes-tu ? par Ralph Ellison

La Duchesse de Langeais par Honoré de Balzac

Belle du Seigneur par Albert Cohen

 

Les Réprouvés par Ernst von Salomon

La Lettre écarlate par Nathaniel Hawthorne

La Chartreuse de Parme par Stendhal

Le Misanthrope de Molière

Crime et châtiment par Fédor Dostoïevski

 

Childe Harold par Lord Byron

Les Grandes Espérances par Charles Dickens

Bel-Ami par Guy de Maupassant

Thérèse Desqueyroux par François Mauriac

Voyage au bout de la nuit par Louis-Ferdinand Céline

 

Mémoires d’outre-tombe par François-René de Châteaubriand

Le cœur est un chasseur solitaire par Carson McCullers

Climats par André Maurois

Aurélien par Louis Aragon

La Promesse de l’aube par Romain Gary

 

Le Ravissement de Lol V. Stein par Marguerite Duras

Le Docteur Faustus par Thomas Mann

Le Portrait de Dorian Gray par Oscar Wilde

Le Dernier jour d’un condamné par Victor Hugo

Lettres à son Frère Théo par Vincent van Gogh

02 04 16

Une tête brûlée de La Royale…

Un libertin chez les Esquimaux .jpgGrand amateur de destinées humaines insolites et chasseur de curiosités, le très prolifique et très talentueux écrivain et historien Bruno FULIGNI a fait naguère, sur un site de vente en ligne, la découverte et l’acquisition d’un manuscrit inédit signé d’un énigmatique « P… ».

Après avoir mené l’enquête dans les archives pour en identifier l’auteur, un certain Georges Péan, Bruno Fuligni a donné dans Un libertin chez les Esquimaux paru aux Éditions du Trésor à Paris la transcription complète de cet incroyable récit autobiographique, augmenté d’une analyse introductive et de nombreuses notes.

Voici ce qu’il en dit :

« Dans un récit épistolaire composé de 41 lettres, un officier de marine breton issu d’une famille de petite noblesse sans fortune et dont la jeunesse libertine détermina l’avenir de grand voyageur retrace l’odyssée que fut sa vie.

Poussé à quitter la France et à prendre la mer vers de lointaines contrées pour se faire oublier, il sera tour à tour naufragé en Guyane, prisonnier des Anglais à bord du Britannia, explorateur à la découverte du Grand Nord aux côtés de La Pérouse avec qui il prit part à la destruction du fort Prince-de-Galles dans la baie d’Hudson en août 1782 avant d’être témoin des journées insurrectionnelles de 1792 en France.

Tout à la fois récit d’aventures et témoignage d’un voyageur lettré de la fin du XVIIIe siècle, ce texte constitue une source historique nouvelle. »

L’ouvrage se complète d’un cahier hors texte proposant le fac-similé de plusieurs pages du manuscrit d’origine, ainsi que des gravures d’époque.

Le récit palpitant d’un ancêtre littéraire du fameux aventurier Henry de Monfreid !

Bernard DELCORD

Un libertin chez les Esquimaux par Georges Péan, texte présenté par Bruno Fuligni, Paris, Éditions du Trésor, février 2016, 192 pp. en noir et blanc et un cahier photo de 8 pp. en quadrichromie au format 14,7 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 17 € (prix France).

31 03 16

Commet je M'appelle ?

_costermans.jpgLe livre Comment je M'appelle de Dominique Costermans est intelligent et plein d'humour, sérieux et agréable à la fois. Ce sont des mini-récits de vie autour du prénom, de celui qu'on nous a imposé, de celui qu'on a renié ou modifié. Le prénom nous « inscrit dans l'ordre familial, social et symbolique » explique l'auteure.

Dominique Costermans est une nouvelliste et une vulgarisatrice scientifique, voilà pourquoi ce livre plaît tant !

En exergue, une citation de Jacques Lacan : « Ce langage dans lequel vous avez crû et grandi, que vous avez reçu chacun dans vos familles, n'est pas quelque chose qui vous a été transmis sans vous véhiculer en même temps toute une réalité vacillante et frémissante faite du désir de vos parents ».

Dans l'avant-propos, Dominique explique : « J'ai toujours été fascinée par l'origine des prénoms et par leur signification. Petite, je lisais et relisais l'almanach de mes parents, un petit Marabout des années 1960 où les Valérie, les Nathalie, les Vincent et les Olivier commençaient à ravir la vedette aux Nicole, aux Jacques, aux Martine et aux Françoise. Les Véronique et les Michel étaient en perte de vitesse, les Andrée et les Simone n'avaient plus du tout la cote, les Virginie et les Émilie dataient d'un autre siècle. On n'imaginait pas que reviendraient un jour les Amandine et les Chloé, ou que débarqueraient les Kévin et les Kimberley ».

J'adore ! Toute notre histoire surgit ainsi...

L'enquête qu'a menée l'auteure a porté sur 814 personnes, dont 463 ont répondu. Son parti-pris a été de ne contacter que des gens qu'elle connaissait de près ou de loin. Ce choix méthodique est une des clés du succès de l'enquête.

Entre les prénoms classés par ordre alphabétique, on trouve de très intéressantes pages sur l'administration, sur les prénoms refusés, le prénom marqueur social, le prénom est une musique, etc.

Une précision importante, il ne s'agit bien sûr pas d'un ènième livre sur l'origine étymologique du prénom, mais bien sur le sens de l'avoir attribué et des réactions que cela entraîne dans nos vies.

Un ouvrage passionnant, que l'on ouvre à n'importe quelle page au hasard des prénoms de nos proches ou d'autres...

 

Jacques Mercier

 

« Comment je M'appelle », (Porter un prénom, du déterminisme à la liberté) Dominique Costermans, Editions Academia, 262 pp, 22 euros. www.editions-academia.be

 

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Documents, récits, essais, Jacques Mercier | Commentaires (0) |  Facebook | |

27 03 16

« La physique donne le combien, la métaphysique le comment. » (Buffon)

Histoire de la physique.jpgSpécialiste de l'histoire des sciences et des techniques et membre du Centre national belge d'histoire des sciences, Jean C. Baudet, que nous avons déjà présenté dans ces colonnes, estn, on s’en souvient, un philosophe, écrivain et poète belge né à Bruxelles le 31 mai 1944.

Après une double formation en chimie et en philosophie, Jean C. Baudet a enseigné l'histoire des sciences et la philosophie au Congo ex-belge (de 1966 à 1968) puis au Burundi (de 1968 à 1973). Tout en poursuivant son enseignement, il a étudié la biologie à l'Université de Bujumbura.

De 1973 à 1978, il est chercheur en biologie à la Faculté agronomique de Gembloux et à l'Université Paris-VI. En 1978, il revient à la philosophie et fonde, à Bruxelles, la revue Technologia, consacrée à l'histoire des sciences, des techniques et de l'industrie. Depuis 1996, Jean C. Baudet est membre de la rédaction de la Revue Générale (Bruxelles).

Comme philosophe, il étudie le problème de la connaissance, selon l'approche de l'épistémologie historique. Il a spécialement mis en évidence le lien entre science et technique dans la constitution des savoirs.

Auteur prolifique, il a fait paraître de nombreux ouvrages de vulgarisation, parmi lesquels, aux Éditions Vuibert à Paris, après une passionnante Histoire des mathématiques déjà présentée dans ces colonnes, une remarquable Histoire de la physique qui résume vingt-six siècles d'histoire des sciences et fait découvrir, pas à pas, les grands concepts et les figures emblématiques qui ont forgé les bases de la physique moderne en suivant l’évolution d'un cheminement scientifique qui a balancé entre histoire et philosophie.

On peut conclure en assurant que l’auteur fournit dans cet ouvrage une explication claire et précise de l'élaboration des plus grandes théories de notre civilisation.

Une belle performance !

Bernard DELCORD

Histoire de la physique par Jean C. Baudet, Paris, Éditions Vuibert, mars 201(, 333 pp. en noir et blanc au format 17 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 32 € (prix France)

Table des matières :

Avant-propos

Les Grecs : la théorie des éléments

Qu'est-ce que la physique ?

Les cosmogonies

Thalès et les Milésiens

Pythagore et les pythagoriciens

Empédocle d 'Agrigente

Les atomistes

Les astronomes

Platon et Aristote

Archimède et les Alexandrins

Les Romains

Le XVIe siècle : l'instrumentation et l'héliocentrisme

La révolution héliocentrique

L'instrumentation

La chymie

Le XVIIe siècle : la mécanique et la gravitation universelle

De Galilée à Pascal

De Descartes à Varignon

De Salomon de Caus à Leibniz

Newton

Le XVIIIe siècle : la mathématisation de la « philosophie naturelle »

La thermométrie

Les cordes vibrantes

La calorimétrie

Le XIXe siècle : la thermodynamique, l'optique et l'électromagnétisme

La chaleur

L’électricité

Les atomes

De 1895 à 1945 : la structure de l'atome et la physique nucléaire

Les électrons

La radioactivité

Les quanta

La relativité

Les protons et les neutrons

La fission de l'uranium

Du côté des étoiles

De 1945 à nos jours : les particules et la naissance de l'Univers

De plus en plus de particules

Le Modèle standard

La radioastronomie

Le Big Bang

L'âge de l'Univers

Une formule d'Univers

 

Conclusion

Bibliographie

Index des noms propres

Index des notions

15 03 16

Chroniques passionnantes

_crickillon.jpgUne des spécialités littéraires de notre pays est l'imaginaire. Elle se décline sous une série de formes intéressantes, comme le fantastique, la science-fiction ou le heroic fantasy. Jacques Crickillon a eu l'excellente idée de tenir entre 1988 et 2013 des chroniques à ce sujet. L'édition Samsa et l'Académie royale de langue et de littérature françaises éditent ces chroniques sous le titre de « Compagnons d'aventure ».

Arnaud de la Croix dans l'introduction resitue le propos : « Un quart de siècle au rythme d'une chronique bimestrielle dans la revue Lectures, destinée en priorité aux bibliothécaires de la Communauté française de Belgique, le romancier et poète Jacques Crickillon, dont l’œuvre a été consacrée par différents prix, parmi lesquels le prestigieux Prix Rossel en 1980, s'est attaché à recenser et critiquer les parutions nouvelles dans plusieurs domaines de la littérature dite de genre. » Plus loin : « Son jugement est sans appel. A l'aube du XXIe siècle, il indique par exemple « le caractère prophétique de la SF de haut niveau ». Et de préciser, que l'auteur stigmatise avec un singulier et salutaire franc-parler : "Ce genre méprisé par les peigne-culs de la pseudo-culture véhicule depuis plus d'un demi-siècle les seules interrogations qui comptent, celles de la morale et de la métaphysique : Qui suis-je ? Et qu'est-ce qu'un humain ? »

Jacques Crickillon dans sa préface écrit des choses magnifiques, par exemple : « Sans l'imagination, l'écrivain n'est qu'une fourmi laborieuse. »

Il nous embarque ensuite dans un incroyable état des lieux. Il met en avant ses découvertes et ses avis, nous fait découvrir et redécouvrir.

Voici le début de sa première chronique en 1988 : « Et si l'on parlait des livres dont on en parle jamais ? Cette littérature d'aventure, classée paralittérature en francophonie, comme si de raconter n'était pas le propos du roman, comme si un bon romancier devait être avant tout philosophe et moraliste ! Si Jean Ray avait écrit en anglais, il serait considéré comme un classique aux côtés de Stevenson et de Fenimore Cooper.(...) Ces derniers temps, bien des livres d'aventure m'ont séduit et j'ai la faiblesse d'aimer faire partager mes découvertes. » Le style et le ton de Crickillon sont originaux : « Lisez et relisez d'abord Le Seigneur des anneaux. Lecture lente, attentive. Ça n'est pas du surgelé, que diable ! Lecture qui réclame l'environnement de la nature sauvage... »

Quelques endroit picorés dans ce merveilleux livre de découvertes. Il parle de Sternberg : « Dans les Contes à régler, on retrouve l'humour noir, le froid ricanement, la déception cachée sous le sarcasme de celui qui, dans Les Pensées, écrivait : « Il n'est pas nécessaire de réussir pour désespérer. » ou « Il y a deux sortes de ruminants : les bovidés qui ruminent de l'herbe et les humains qui ruminent du verbe ».

Plus loin, il fustige la Francophonie qui a dédaigné des écrivains comme Lewis Carroll « rejeté jusqu'il y a peu au rayon des petites histoires pour mouflets » ou Paul Féval « utilisé comme réserve à navets cinématographiques » ou enfin l'Italien Collodi « totalement effacé par son enfant de bois Pinocchio, avec même son œuvre édulcorée par Walt Disney et qui a été totalement purgée de sa pensée anarchisante ».

En 1993, Jacques Crickillon parle du Liégeois Alain Dartevelle : « Comme il arrive le plus souvent à nos écrivains de talent, Dartevelle traite son genre littéraire d'élection avec la liberté d'invention qui fleurit, vénéneuse et pulsante, dans notre marge nordique de la francophonie ».

L'auteur nous donne à aimer ces genres marginalisés, nous les explique, nous les définit. Il évoque Thomas Owen, Jean Muno, et au passage la collection dont je fus un temps le directeur littéraire « Les Maîtres de l'Imaginaire », ce qui me vaut d'être cité dans l'index avec mes années de naissance... et de mort en 2008 (Erreur sans doute par rapport à mon départ de la RTBF cette année-là... J'en souris, car c'est une première et forcément ça arrivera... avec une autre année!).

Encore, pour conclure, ce paragraphe génial : « Notre monde est-il à ce point insupportable (comme s'exclamait Joris-Karl Huysmans quand il avait égaré ses pantoufles) que depuis ses origines l'Humanité ne cesse d'en imaginer d'autres, sur Terre ou dans un improbable ailleurs ? C’est que la mort guette, que la perfection n'est pas de ce monde. Alors, rêvons ! »

 

Jacques Mercier

 

Compagnons d'aventure (Chroniques de Science-fiction, fantasy et fantastique (1988-2013), Jacques Crickillon, Éditions Samsa, Bruxelles. 280 pp. 22 euros.