09 03 16

L'humour est la courtoisie de la maladie

9782226321824m.jpg"  Les infirmières portent des armoires à glace émotionnelles sur leur dos en souriant. Ce sont les grandes déménageuses de l'espoir. A elles la lourde charge de diffuser quelques bribes de lumière aux quatre coins de l'enfer, là où les anges perdus font du stop à main nue. (...) Elles gagnent à être (re)connues."

Mathias Malzieu est le fondateur du groupe rock Dionysos. Il est doté d'une créativité à tout crin, écrit -très bien - compose, scénarise des films, bref, il  vit à 200 à l'heure. Une fatigue le saisit, fin novembre 2013, qui rapidement révèle une aplasie médullaire, entendez une maladie rare, auto-immune, qui stoppe net le fonctionnement de la moelle osseuse, fait chuter drastiquement globules et plaquettes. Le risque d'hémorragie est grand qui peut le conduire à se transformer "en arrosage automatique d'hémoglobine".

De sévère, l'aplasie médullaire se développe réfractaire...

 Du long (et victorieux) combat contre la maladie, ses embûches, ses attentes, les confrontations de son corps malade avec celui du monde médical, Mathias Malzieu décide de rédiger le journal. Chapitres courts et vifs, plume alerte, nourrie d'humour, d'autodérision et de formules inventives se succèdent, qui sont hommage au personnel soignant, aux proches qui l'ont soutenu, à la nouvelle "mère biologique" qui a cédé le cordon ombilical salvateur.

On dit que l'humour est la politesse du désespoir; il est aussi courtoisie face à la maladie, magnifique clin d'oeil à la vie.

Un témoignage pudique, sobre, éminemment attachant.

"Je suis rescapé d'un crash en moi-même. Les papilles gustatives de mes émotions sont en alerte maximum. Le normal correspond à l'extraordinaire."

Je vous en recommande la lecture

Apolline Elter 

 Journal d'un vampire en pyjama, Mathias Malzieu, témoignage, Ed. Albin Michel, janvier 2016, 236 pp

  

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Documents, récits, essais | Commentaires (0) |  Facebook | |

01 03 16

Chemins de sagesse

_sagesse lavelle.jpgNous sommes tous à la recherche des « Chemins de sagesse », de cette sagesse qui nous apaise, mais aussi nous exalte. C'est précisément le titre d'un ouvrage du philosophe Louis Lavelle, que je découvre de plus en plus.

Comment ne pas être enthousiasmé par des phrases comme celles-ci :

« Être est toujours plus que connaître »

« Nous sommes à la fois dans le temps et dans l'éternité. »

« La science est exacte, la poésie est vraie. »

« La sagesse est une ouverture de l'âme qui livre accès en elle à l'intelligence et qui devient apte, en présence de l'univers, à tout aimer et à tout comprendre. »

« J'éprouve indéfiniment en moi la présence d'une puissance qui n'a point encore été employée, d'une espérance qui n'a point encore été déçue. »

« Le plus difficile dans nos relations avec les autres êtres, c'est ce qui paraît peut-être le plus simple : c'est de reconnaître cette existence propre, qui les fait semblables à nous et pourtant différents de nous, cette présence en eux d'une indivuadilité unique et irremplaçable, d'une initiative et d'une liberté, d'une vocation qui leur appartient et que nous devons les aider à réaliser, au lieu de nous en montrer jaloux, de de l'infléchir pour la conformer à la nôtre. »

« Les hommes les plus grands et les plus forts sont tout entiers à ce qu'ils font. Les autres sont toujours préoccupés. »

« Il y a dans la vie des moments privilégiés où il semble que l'univers s'illumine. »

 

Et enfin :

« La plus grande sottise et qui nous rend toujours dupe, c'est la peur d'être dupe. »

 

Avouez qu'il est des lectures plus superficielles. Celle de Louis Lavelle, qui vécut au début du XXe siècle et dont j'espère la plus large reconnaissance, est toujours d'une beauté profonde ! Bonne lecture et bonne réflexion.

 

Jacques MERCIER

 

« Chemins de sagesse », Louis Lavelle, notes de Bernard Grasset, préface de Jean-Louis Viaillard-Baron, Edition Hermann, 146 pp. 18 euros.

28 02 16

La puissance de la joie.

_joie lenoir.jpgFrédéric Lenoir dans « La puissance de la Joie » nous donne toutes les raisons de croire au bonheur. Avec des références, comme toujours, telles celles-ci :

« Le bonheur, c'est de continuer à désirer ce qu'on possède déjà. »

(saint Augustin)

ou

« La nature nous avertit par un signe précis que notre destination est atteinte. Ce signe est la joie. »

(Henri Bergson)

ou enfin

« La joie est une puissance, cultivez-la. »

(Dalaï-lama)

J'aime aussi beaucoup les pistes de musiques qu'il nous donne, et qu'il a suivies lui-même pour se mettre dans un état de bonheur. Cela va de la Messe en ut mineur de Mozart au fabuleux Köln concert de Keith Jarrett (qui tourne en boucle dans ma voiture).

Comme souvent, je vous donne à picorer quelques courts extraits, qui vous donneront sans doute envie de lire l'ensemble de ce fort bel essai.

« La persévérance dans l'effort jusqu'à la réalisation de notre projet est presque toujours source de joie. »

« Certaines personnes ne sont bien que seules, d'autres doivent en permanence être entourées, alors que la plupart ont besoin, pour s'épanouir, d'alterner moment de solitude et de sociabilité. »

« Une fois qu'on a compris qu'il est stupide et vain de vouloir être aimé par tout le monde, on est déchargé d'un grand poids. »

« La joie de pouvoir être pleinement soi. »

« Si l'amour n'est pas fondé sur une joie active mais passive, donc liée à l'imaginaire, il se transforme tôt ou tard en tristesse. »

« Aimer une personne ne consiste pas à la posséder mais, au contraire, à la laisser respirer. »

« La jalousie, la possessivité, la peur de perdre l'autre sont des passions qui parasitent, voire détruisent la relation du couple. »

« La joie a l'étrange faculté de s'accroître quand on la donne. »

 

Et enfin, sous forme de conclusion à ce billet/reflet :

«Lorsqu'on aime une personne, cet amour, dans ce qu'il a de vrai, est éternel. »

 

Jacques MERCIER

 

« La puissance de la Joie », Frédéric Lenoir, Édition Fayard, 216 pp. 18 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Documents, récits, essais, Jacques Mercier | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 02 16

La tentation totalitaire de l’écologie

L’idéologie du réchauffement.jpgFormé à HEC et à Harvard, Rémy Prud’homme est devenu professeur d’économie à l’Institut d’Urbanisme de Paris, à l’Université Paris XII et au MIT (Massachusetts Institute of Technology). Il a occupé ensuite le poste de directeur adjoint de l’Environnement à l’OCDE.

Il a fait paraître aux Éditions du Toucan à Paris L’idéologie du réchauffement – Science molle et doctrine dure, un ouvrage solidement documenté dans lequel, sans nier le réchauffement de la planète – l’auteur affirme même qu’au cours du XXe siècle, la température moyenne de la Terre a augmenté de 0,6 à 0,8 degré –, il s’en prend vertement aux tenants du « réchauffisme » (un mot-valise mariant réchauffement et alarmisme) qui tiennent pour une certitude absolue que la hausse des températures est anthropique.

Après le démontage de quatre catastrophismes qui ont laissé, en dépit de leurs erreurs techniques et de leur inanité dans les faits, une trace indélébile dans les esprits contemporains, sans doute parce que leurs auteurs étaient considérés comme des « savants » alors qu’ils n’étaient que de simples prophètes de malheur quelque peu illuminés à la manière du professeur Philippulus annonçant le châtiment dans Tintin et l’étoile mystérieuse (Thomas Malthus et son Essai sur le principe de population [1798], Stanley Jevons et Sur la question du charbon [1865], Rachel Carson et Le printemps silencieux [1962], Dennis et Dorabella Meadows et The Limits of Growth [1972]), Rémy Prud’homme dénonce la dérive idéologique du « réchauffisme » qui, comme toute idéologie, porte en lui une tendance dangereusement totalitaire.

Écoutons-le :

« Ce mouvement d’idées présente les 5 caractéristiques d’une idéologie, selon les critères établis par Hannah Arendt :

– il est monocausal : les rejets de CO2 causés par l’homme expliquent à eux seuls le réchauffement dramatique de la planète.

– il est scientifiste : il prétend s’appuyer sur une science unique, irréfutable.

– il est étatique : à la différence des religions, les idéologies sont toujours capturées, instrumentalisées par des États.

– il est révolutionnaire : il faut tout changer pour « sauver » la Terre.

– il est populaire : l’adhésion des peuples est forte. »

Rémy Prud’homme décrit aussi le catéchisme « réchauffiste » et montre ses nombreuses failles, basées notamment sur des approximations méthodologiques, des contre-vérités scientifiques et une récupération politique autant qu’affairiste.

Enfin, il détaille par le menu les causes et les conséquences du réchauffement climatique, ainsi que l’aspect chimérique, voire dangereux, des solutions préconisées par le GIEC, par les ONG, par les médias et par les églises de tout poil, tous et toutes peu ou prou stipendiés, qui se sont emparés de la question pour en faire une véritable religion inquisitoriale…

À l'en croire, vivement la révolution des idées, l’abolition de la religion bobo, l’abandon de ses privilèges et le renversement de ses ayatollahs !

Bernard DELCORD

L’idéologie du réchauffement – Science molle et doctrine dure par Rémy Prud’homme, Paris, Éditions du Toucan, collection « L’Artilleur », novembre 2015, 282 pp. en noir et blanc au format 14 x 22 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 20 € (prix France)

Sommaire :

I. INTRODUCTION

Quatre catastrophismes

Le réchauffisme comme idéologie

Contenu de l'essai

II. LE CATÉCHISME RÉCHAUFFISTE

La notion de catéchisme

Le contenu du catéchisme

Une version médiatique du catéchisme

III. LES GARDIENS DU TEMPLE

Les organisations internationales

Les hommes politiques

Les chercheurs

Les ONG, les médias et les églises

Le GIEC

Le système réchauffiste

IV. LE RÉCHAUFFEMENT ANTHROPIQUE

Les fondements scientifiques de la doctrine

Les mesures de la température

Les températures avant le XIXe siècle.

La faible corrélation C02-températures

La stagnation des températures au XXIe siècle

Les réactions réchauffistes

V. LES CONSÉQUENCES DU RÉCHAUFFEMENT

Mise en perspective

Glaces et niveaux des mers

Précipitations et inondations

Évènements extrêmes

Bienfaits du C02

Dommages aux pays pauvres

VI. LE PAYS DES CHIMÈRES

La chimère de la planification intégrale

La chimère des réductions massives

La chimère de l'électricité sans C02

La chimère de la croissance verte

VII. LA TENTATION TOTALITAIRE

La propagande réchauffiste

L'endoctrinement réchauffiste

L'intolérance réchauffiste

Le colonialisme réchauffiste ?

VIII. CONCLUSION

Une science fragile

Une idéologie dangereuse

RÉFÉRENCES

SITES

SIGLES

23 02 16

Un Internet de papier…

Le livre sur le livre.jpgLe juriste, bibliographe, pacifiste et utopiste belge Paul Otlet (1868-1944), dont l’ambition était de permettre aux hommes de mieux se connaître, de ne plus avoir peur les uns des autres et de vivre en paix, est l’inventeur en 1905 de la CDU (Classification décimale universelle), toujours en usage aujourd'hui, et il est aussi le père du fameux standard de 12,5 x 7,5 cm pour les fiches bibliographiques.

Après avoir créé le Palais Mondial-Mundaneum de Bruxelles, situé dans l'aile sud de ce qui est devenu ensuite le « Cinquantenaire », il a développé dans l’entre-deux-guerres le projet d'une Cité mondiale, entièrement dédiée à la connaissance, avec, entre autres, la collaboration de Le Corbusier.

Son objectif était de réunir les peuples par une civilisation universelle, considérée métaphoriquement comme un « pont mondial » (1937). Il rejoignait en cela les projets d'encyclopédie universelle élaborés à la même époque par H. G. Wells dans World Brain et par le philosophe et sociologue Otto Neurath.

Souhaitant établir un réseau et une coopération internationale entre les bibliothèques et les bibliothécaires, il avait créé en 1895, avec Henri La Fontaine (1854-1942), l’Office international de bibliographie et mis en place un « répertoire bibliographique universel » (RBU), rassemblant tous les ouvrages publiés dans le monde, quels que soient le sujet et l'époque. Cet Office visait également à faire reconnaître l'information comme discipline scientifique.

Il a aussi travaillé avec La Fontaine à l'établissement d'une Bibliographica sociologica, qui visait à répertorier l'ensemble des « faits » et des « écrits » concernant la société. En 1895, celle-ci comprenait 400 000 notices.

En 1910, il a mis au point avec son collègue Robert Goldschmidt la Bibliophoto, sorte de bibliothèque portable de microfiches [1].

L'intérêt pour Paul Otlet, considéré comme le père des sciences de l'information, n'a cessé de grandir ces dernières années, particulièrement aux États-Unis, où son œuvre a été comparée dans le New York Times à un « Web oublié du temps ».

Son Traité de documentation – Le livre sur le livre (1934), ouvrage fondateur et fondamental récemment reparu en fac-similé aux Impressions nouvelles à Bruxelles avec des préfaces de l’écrivain Benoît Peeters, de l’universitaire Sylvie Fayet-Scribe, maître de conférences à Paris I, Panthéon-Sorbonne, et d’Alex Wright, collaborateur du New York Times, est l'aboutissement de son travail inlassable pour rassembler, classer et partager les connaissances.

Paul Otlet y propose une remarquable synthèse du savoir sur le livre et le document, en même temps qu'il anticipe Internet et l'hypertexte. La réédition du Traité de documentation, 70 ans après la disparition de son auteur, coïncide avec la réouverture du Mundaneum à Mons [2], capitale européenne de la Culture en 2015, ville où le fabuleux héritage documentaire légué par Paul Otlet et Henri La Fontaine est conservé.

Un ouvrage visionnaire qu’il faut voir… et avoir !

Bernard DELCORD

Le livre sur le livre – Traité de documentation par Paul Otlet, préfaces de Benoît Peeters, Sylvie Fayet-Scribe et Alex Wright, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, août 2015, 431 pp. en noir et blanc au format 20,5 x 26,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 38 €

 

[1] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Otlet

[2] 76, rue de Nimy à B- 7000 Mons. Téléphone : 0032 65 31 53 43 Fax : 0032 65 39 54 86 Email : info@mundaneum.be

22 02 16

Balavoine, le rebelle !

_balavoine.jpgTrente ans déjà depuis la disparition tragique de Daniel Balavoine. Fabien Lecoeuvre, spécialiste de la chanson française, propose un portrait court et profond de l'artiste rebelle et engagé. Daniel est le symbole des années 80. Je l'ai rencontré de nombreuses fois et ai pu à la fois mesurer sa richesse de caractère et sa fidélité en amitié. Un jour, qu'il avait promis de rejoindre mon émission radio en direct au Midem, entre 20 et 24 heures ; et qu'il se produisait à Nice. Il a tenu à prendre la voiture jusqu'à Cannes pour réaliser avec moi la dernière heure !

L'auteur nous propose aussi une interview réalisée en 1978 et restée inédite. On trouve bien sûr, bio et discographie.

Daniel Balavoine était proche de chez nous, ayant eu une amie belge, que nous connaissions bien dans le métier.

Daniel déclarait en 1985 : "Il est toujours trop tôt pour mourir" !

Jacques Mercier

"Balavoine", la véritable histoire, Fabien Lecoeuvre, Ed du Rocher, 194 pp. 17,50 euros.

18 02 16

Tout sur le Bouddhisme

_bouddha.jpgVous ne le saviez peut-être pas, mais il existe deux grandes traditions dans le bouddhisme d'aujourd'hui : palie et sanskrite. Le Dalaï-lama nous en explique les points majeurs.

Bien sûr, il s'agit surtout d'amour, de compassion, de joie et d'équanimité. Cette dernière notion est essentielle.

L'ouvrage s'est écrit avec Bhikshuni Thubeten Chödrön, une moniale bouddhiste. C'est un essai fouillé et complet qui sort à point nommé, car depuis les années 60 et 70, certaines pratiques de méditation sont devenues très populaires.

Dans sa préface, Christophe André nous explique : « On ne devrait pas écrire ou dire « le » bouddhisme : ce terme recouvre en fait des traditions et des pratiques très variées, qui font à la fois la richesse et la complexité de cette religion. Cet ouvrage en témoigne : il aborde tous les points importants du corpus des connaissances et pratiques bouddhistes, en tenant compte de ses grandes traditions historiques. Il s'agit d'un livre remarquable, d'abord parce qu'il est rédigé par cette grande figure spirituelle de notre temps, le Dalaï-lama, dont l'érudition, l'humilité et la bienveillance sont palpables tout au long de l'ouvrage. »

Le livre comporte des illustrations et des photos. Une somme magistrale.

 

Jacques MERCIER

 

« L'enseignement du Bouddha », un seul maître, de nombreux disciples, le Dalaï-lama, édition Odile Jacob, 2015, 384 pages, 24, 90 euros.

04 02 16

Nous existons...

_lavelle ontologie.jpgDans les premières pages du livre « Introduction à l'ontologie » de Louis Lavelle, on peut lire : « Ici le philosophe est le frère du poète, ils ont la même quête : tenter de restituer la vibration de la conscience alors qu'elle se sent portée par un élan créateur dont la générosité et l'innocence la ravissent et l'exaltent. »

Qu'est-ce que l'ontologie ? Une branche de la philosophie concernant l'étude de l'être, de ses modalités et de ses propriétés.

C'est un essai qui est clair, exaltant, passionnant, même s'il faut s'appliquer à sa lecture, comme pour tout livre qui n'est pas superficiel. Mais le voyage en vaut la peine, croyez-moi !

Je ne vais pas détailler ici le propos, mais vous picorer quelques phrases, qui indiquent la direction.

« Notre liberté est en effet exposée à deux tentations dans lesquelles elle tend le plus souvent à se perdre : abandonner et opter pour la passivité, ou à l'inverse faire le choix d'une activité insatiable et acharnée entièrement tournée vers la conquête du monde. »

« En confondant l'avoir et l'être, nous glissons dans la spirale de l'insatisfaction et de la démesure. »

« Les trois fonctions de la conscience : la volonté, l'intelligence et l'amour – ne travaillent pas de concert et vivent dans un déséquilibre permanent, chacune s'efforçant de se subordonner les deux autres. »

A propos de l'être :

« A l'égard de toute existence, l'être peut être défini comme un infini de possibilité auquel elle participe selon la capacité de sa nature ou le degré de sa liberté. »

A propos de la réalité :

« Il n'y a donc que l'existence qui soit engagée dans le temps : mais l'être l'est au-dessus, bien qu'il le contienne, ce que l'on exprime en disant qu'il est éternel et la réalité est au-dessous, bien qu'elle y entre comme un instant qui n'aurait lui-même ni passé ni avenir, ce que l'on peut exprimer en disant qu'elle est évanouissante. »

A propos de l'acte :

« Si l'être est acte, il porte tout entier en lui sa propre raison d'être ou sa propre suffisance, dont la perfection elle-même n'est qu'un autre nom. »

 

La grande question à laquelle tente de répondre l'ontologie, en général, est « Pourquoi y a-t-il quelque chose et non pas plutôt rien ».

 

Jacques MERCIER

 

« Introduction à l'ontologie », essai, Louis Lavelle, Préface de Philippe Perrot, édition Le félin 2008, 206pp, 10,90 euros

26 01 16

Krieg, gross malheur !

Quelle connerie la guerre.jpgDéfenseurs infatigables des valeurs fondamentales de l'humanité, Jean-Pol Baras [1] et Denis Lefebvre [2] ont réuni dans Quelle connerie la guerre ! – Anthologie d'écrits sur la tolérance, le pacifisme et la fraternité universelle une série de textes – fondateurs ou de circonstance – de personnalités du monde entier, de tous les temps et de tous les horizons, mettant en valeur les sentiments humains et les actes humanistes au service de la paix et de la coexistence entre les peuples.

Des dessins de Plantu [3], président et fondateur de Cartooning for Peace, viennent les illustrer ou proposer d'autres approches.

Écoutons les auteurs :

« À la suite de l'attentat de Charlie Hebdo, les initiatives d'écrivains et de dessinateurs furent nombreuses pour défendre la liberté d'expression. Depuis lors, cette tragédie nous a incités à la réflexion. Et voilà que brutalement, le 13 novembre 2015, nous avons de nouveau été confrontés à un acte de barbarie pure qui donne un triste regain d'actualité à notre message. Cette anthologie souhaite élargir le débat à la tolérance, au combat pour la paix, à la fraternité universelle. »

La rencontre entre les dessins de Plantu pour la plupart inspirés par l'actualité et la sélection de textes d'hommes et de femmes – disparus pour beaucoup d'entre eux – met en évidence l'intemporalité et l'universalité du message.

Cet ouvrage est une initiative de la Fondation Henri La Fontaine, prix Nobel de la paix en 1913 et l'un des inspirateurs de la Société des Nations, à laquelle se sont associées les éditions Marot et Omnibus.

Bernard DELCORD

Quelle connerie la guerre ! – Anthologie d'écrits sur la tolérance, le pacifisme et la fraternité universelle par Jean-Pol Baras, Denis Lefebvre et Plantu, préface d'Henri Bartholomeeusen, Paris, Éditions Omnibus, janvier 2016, 288 pp. en noir et blanc au format 18 x 25 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 19,95 € (prix France)

Table des matières :

Préface d'Henri Bartholomeeusen

Henri La Fontaine

La guerre est une torture

Discours à la SDN, 1920

CHAPITRE 1 –LES PÈRES PENSEURS, LES TEXTES FONDATEURS

1149, Hildegarde de Bingen, ‘Nun höre und lerne, damit du errötest...

1509, Érasme, Éloge de la Folie

1686, John Locke, Lettre sur la tolérance

1763, Voltaire, Traité sur la tolérance

1849, Henry David Thoreau, La Désobéissance civile

1868, Léon Tolstoï, La Guerre et la Paix

1889, Bertha von Suttner, « Bas les armes ! »

1912, Alain, « L’amour de la paix »

1914, Bertha von Suttner, Première assemblée de l'Union des Femmes de la Société allemande pour la Paix

1914, Romain Rolland, « Au-dessus de la mêlée »

1914, Romain Rolland & Stefan Zweig, Correspondance

1915, Congrès international des Femmes, La Haye, 28 avril-1er mai 1915

1918, Woodrow Wilson, Message du 8 janvier 1918 devant le Congrès des États-Unis

1930, Gandhi, Lettres à l'Ashram

1932, Albert Einstein & Sigmund Freud, Pourquoi la guerre ?

1948, André Malraux, « Que sont devenues, dans l'Europe d'aujourd'hui, les valeurs de culture et de lucidité ? »

1955, Bertrand Russell & Albert Einstein, Correspondance

1955, Le Manifeste Russell-Einstein

1957, Martin Luther King, « Le choix de la non-violence contre le racisme »

Février 2015, Abdennour Bidar, « La fraternité comme sacré »

CHAPITRE II – LES MIROIRS DU TEMPS QUI PASSE

1588, Montaigne, Les Essais

1778, Denis Diderot, Essai sur les règnes de Claude et de Néron

1905, Anatole France, « Discours prononcé à la grande soirée pacifiste organisée par un groupe d'artistes, le 12 février 1905, dans la Salle du Trocadéro, à Paris »

1906, Anatole France, « Discours prononcé au meeting pour la Paix, au sujet de la conférence d'Algésiras, le 20 janvier 1906 »

1915, Rosa Luxemburg, « Socialisme ou Barbarie ? »

1943, Lanza del Vasto, Le Pèlerinage aux sources

1978, Raymond Aron, « Prix de la Paix ? »

1979, Jean Daniel, « Que faire de l’Histoire ? »

1991, Régis Debray, « Je ne me range pas parmi les pacifistes »

1997, Saci Belgat, « De l'intégrisme au fascisme »

2000, Federico Mayor, « Entretiens du XXIe siècle »

2000, Ilya Prigogine, « Flèche du temps et fin des certitudes »

2001, John Rawls, « Quatre rôles de la philosophie politique »

2006, Zygmunt Bauman, La vie liquide

2013, Bernard Maris, L'Homme dans la guerre : Maurice Genevoix face à Ernst Jünger

2015, Abdennour Bidar, « La France et l'Islam sont une chance l'un pour l'autre »

CHAPITRE III – LA VIE ET RIEN D’AUTRE

1915, Elsa Brandstrom, Mémoires

1916, Henri La Fontaine, Magnissima Charta

1916, Kathe Kollwitz, Die Tagebücher (1908-1943)

1940, Léon Werth, 33 jours. Récit

1942, Stefan Zweig, Souvenirs d'un Européen

1944, Ernst Jünger, Premier et second journaux parisiens (1941-1945)

1945, Anonyme, Une femme à Berlin, Journal, 20 avril-22 juin 1945

1945, Albert Camus, Éditorial, dans Combat, 8 août 1945

1962, Albert Memmi, Portrait d'un Juif. L'impasse

1964, Hans Magnus Enzensberger, Les rêveurs de l'absolu

1971, Tilla Durieux, Meine ersten neunzig Jahre. Erinnerungen

1972, Lida Gustava Heymann & Anita Augspurg, Erlebtes und Erschautes. Deutsche Frauen kämpfen für Freiheit, Recht und Frieden 1850-1940

1991, Yehudi Menuhin, Paroles prononcées devant la Knesset, le 5 mai 1991

1992, Christiane Amanpour Dans Henriette Schroeder, Ein Hauch von Lippenstift für die Würde. Weiblichkeit in Zeiten grosser Nat.

1997, Benamar Médiène, « C'est en Algérie que ça se passe »

2006, Emily Wu, Une plume dans la tourmente de la Révolution culturelle

2009, Malala Yousafzai, Extraits de son blog

2015, Seirai Yüichi, « La difficile littérature de la bombe atomique »

CHAPITRE IV – DE LA RÉSISTANCE À LA RIPOSTE

1914, Jean Jaurès, « Sang-froid nécessaire », L'Humanité

1923, Isabelle Blume, « Combien de marks pour un homme ? », Le Peuple

1938, Le Libertaire, « Cette paix n'est pas notre paix ! Révolutionnaires du Front populaire »

1938, Jean Giono, Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix

1943, Kurt Huber, « La Rose Blanche, tract n°6 »

1951, Jean Van Lierde, « Pourquoi je refuse d'être soldat »

2002, Salwa Hdeib-Qannam « Frauen und Sicherheit - Brauchen wir einen Weltfrauensicherheitsrat ? »

2008, Slimane Benaïssa, Au-delà du voile

CHAPITRE V – LE CHANT DU POÈTE

1855, Walt Whitman, « Battez, battez tambours ! »

1910, Rabîndranath Tagore, L'Offrande lyrique

1915, John McCrae, “ln Flanders Fields”

1919, Roland Dorgelès, Les Croix de bois

1928-1929, Erich Maria Remarque, À l'Ouest rien de nouveau

1945, Gaston Baccus, Carnets d'un combattant sans armes

1946, Jacques Prévert, « Barbara »

1948-1950, Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien

1954, Léo Ferré, « Merci mon Dieu ! »

1954, Boris Vian, « Le Déserteur »

1962, Carlos Fuentes, La Mort d'Artemio Cruz

1965, Georges Brassens, « Les Deux Oncles »

1970, Yannis Ritsos, « Hélène »

1989, Gao Xingjian, La fuite

 

[1] Jean-Pol Baras est né à La Louvière en 1948. Fondateur du mouvement d’éducation permanente Présence et Action culturelles (PAC) qu’il a présidé jusqu’en 2007, il a beaucoup participé à la gestion d’institutions culturelles comme membre et comme président. Secrétaire général du Parti socialiste belge de 1996 à 2007 puis Délégué général de la Fédération Wallonie-Bruxelles à Paris jusqu’en 2013, il a publié de nombreux articles sur la culture et sur la politique dans des revues belges et étrangères. Il compte à son actif sept livres dont des essais sur François Mitterrand, un roman (Le Dernier Goncourt), une chronique (Pour Mai, lettre à ma fille sur le mois de son prénom). Dernier titre paru : En lisant le Nouvel Obs (Genèse, 2015).

Source : http://www.marginales.be/jean-pol-baras/

[2] Historien et journaliste professionnel né à Arras en 1953, Denis Lefebvre est rédacteur en chef des publications de l'OURS, et directeur de la revue Histoire(s) socialiste(s). Il préside depuis 1996 le centre Guy Mollet (association créée en 1976) et, depuis 1992, il exerce les fonctions de secrétaire général de l'Office universitaire de recherche socialiste (OURS, fondé en 1969 par Guy Mollet). Il fonde en 2003 la collection L’Encyclopédie du socialisme, dont il assure la direction. Cette collection a publié depuis cette date une quarantaine d’ouvrages dans des genres très différents : biographies, essais contemporains et historiques, recueil de textes choisis, etc. Il collabore à de nombreuses publications (Gavroche, Communes de France, Historia, La Chaîne d'union, Humanisme, L’Idée libre...) dans lesquelles il publie des chroniques littéraires et des essais historiques. Ses livres, articles et conférences couvrent deux champs principaux : l'histoire du socialisme et celle de la franc-maçonnerie. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Denis_Lefebvre

[3] Le Français Jean Plantureux, dit Plantu, né en 1951 à Paris, est un célèbre caricaturiste et dessinateur de presse (dans Phosphore, Droit de réponse, L’Express et Le Monde, notamment) formé à l'école Saint-Luc à Bruxelles où il eut pour professeur Eddy Paape (1920-2012) principalement connu pour les séries BD Jean Valhardi, Marc Dacier et Luc Orient. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Plantu

20 01 16

Michel Onfray ou l'intuition du monde

 

_onfray analyse.jpgIl ne m'étonne pas que Adeline Baldacchino, poétesse elle-même, auteure d'un ouvrage sur Max-Pol Fouchet, entre autres, se soit intéressée à Michel Onfray, philosophe et poète. Dans Michel Onfray ou l'intuition du monde, l'auteure explore trois aspects de l’œuvre : poétique, érotique et éthique.

Au début du livre, dans le chapitre « Genèse », Adeline Baldacchino explique qu'elle a voulu « prendre par la main les néophytes pour les « conduire jusqu'au secret des œuvres » ». Pourquoi lier philosophie et poésie ? Elle écrit : « La philosophie et la poésie, quand elles ne renoncent pas à être populaires, quand elles n'ont pas honte de s'offrir au commun des mortels, atteignent au plus haut de leur mission. »

Ou encore : « Procédant d'un même ressort initial, poètes et philosophes tentent pourtant d'accéder par des voies divergentes au même objectif : mieux vivre, qui est à la fois mieux sentir et mieux comprendre. »

Voici ce que cherche la poésie : « D'abord vivre ; pour écrire ensuite. » dit Onfray. A propos d'une forme de poésie, j'adore cette image de Michel Onfray : « Pour écrire des haïkus, il faut être dans le monde, présent au monde comme on surveille le lait sur le feu – dans l'attente du débordement. »

On sait combien Michel Onfray est particulier, tellement qu'il est devenu une cible visée de partout, ou plutôt des milieux « autorisés », comme on disait, et dans les médias surtout. Au point que l'auteur a refusé d'y passer pour la promotion de son prochain livre. Pour avoir vu quelques interviews de lui, je le comprends. L'agressivité qu'on a à son encontre n'a d'égale que la force de son propos. (Comme j'ai adoré « Cosmos », première partie de sa grande œuvre!)

« Michel Onfray est suspect, gênant parce qu'il lit trop et trop vite, écrit trop et encore plus vite. »

Mais évidemment, il s'agit de Michel Onfray, le plus grand philosophe français vivant, ô combien vivant !

« Chacun sent confusément qu'il n'est pas besoin de renoncer à la douceur pour atteindre à la puissance, à la rêverie pour se revendiquer de la rigueur, à l'imaginaire pour enquêter sur le réel. »

Onfray est un cas à part, non assimilable aux autres. L'auteure écrit : « Foncièrement différent car il tentait ce coup de force d'être à la fois un pédagogue au sens le plus classique de l'éducation populaire, un philosophe engagé dans la vie de la cité au sens le plus politique du terme et un écrivain au sens le plus littéraire et poétique du mot. »

Vous découvrirez avec volupté je pense cet essai passionnant et jubilatoire. Avec des citations superbes comme :

« Les poètes n'ont pas de pudeur à l'égard de leurs sentiments : ils les exploitent. » (Nietzsche)

« Le temps ne dure qu'en inventant. » (Gaston Bachelard)

« La poésie fait ramifier le sens du mot en l'entourant d'une atmosphère d'images. » (Bachelard)

« Les impostures de la poésie : Il s'agit de dire ce que tout le monde éprouve, mais d'une façon dont personne ne l'ait encore fait et qui en même temps parle avec éloquence au cœur de chacun. » (Roger Caillois)

Cette réflexion encore : « Écrire s'installe toujours dans l'espace d'une déchirure. » !

A mes débuts, je fus reçu par Alain Bosquet, qui serait un jour « intellocrate » à Paris. Il avait aimé mes poèmes. Un autre jour, Raymond Devos, natif de Mouscron comme moi, me fit l'apologie de Bachelard et j'achetai trois ou quatre de ses ouvrages magnifiques. C'est pourquoi cette anecdote rapportée dans le livre me touche beaucoup :

Un jour, Bachelard écrit au poète Alain Bosquet : « A vous lire, s'exaspère ma boulimie cosmique ».

Merci à Adeline Baldacchino pour cette approche superbe de ce grand philosophe. « Le propre des grandes œuvres » dit-elle « est de dégager un sentiment de générosité » ! Tellement juste.

 

Jacques MERCIER

 

« Michel Onfray (ou l'intuition du monde) », Adeline Baldacchino, Le Passeur éditeur 2016, 240 pp, 18 euros.