25 10 15

« Toute littérature est assaut contre la frontière.» (Franz Kafka)

Histoire, forme et sens en littérature.jpgNé à Tournai le 11 décembre 1947, l’écrivain, poète, critique et essayiste belge de langue française Marc Quaghebeur dirige les Archives et Musée de la Littérature au sein de la Bibliothèque royale Albertine à Bruxelles et il préside l’Association européenne des Études francophones.

Centrées sur l’articulation entre histoire et esthétique, ses recherches, après s’être attachées notamment à Arthur Rimbaud (sa thèse de doctorat défendue à l’UCL s’intitule L'œuvre nommée Arthur Rimbaud), se sont concentrées sur les littératures francophones, de Belgique et d’Afrique principalement.

Il vient de faire paraître à Bruxelles, aux Éditions P.I.E. Peter Lang et dans la collection « Documents pour l’Histoire des Francophonies/Théorie » qu’il dirige, une passionnante compilation de courts essais (parus dans des revues universitaires publiées à Bruxelles, à Anvers ou à Gand, mais aussi à Poznań, à Paris, à Tübingen, à Vienne, à Bologne ou à Viseu au Portugal, et parfaitement accessibles à un public non spécialiste) intitulée Histoire, forme et sens en littérature – La Belgique francophone Tome 1 L’engendrement (1815-1914)dans laquelle il se penche, avec la sagacité, l’érudition et la science qu’on lui connaît dans ces matières complexes, sur la nature profonde de la littérature – en ce compris ses formes originales – et de la langue des écrivains belges francophones.

Voici ce qu’il en dit, en guise de présentation de son ouvrage :

« La Belgique ? Une entité pas comme les autres en Europe. La révolution de 1830 accouche d’un pays moderne. Il ne correspond pas à l’équation Langue/État/Nation.

De cette particularité surgit, en un demi-siècle seulement, la première littérature francophone consciente d’elle-même et porteuse de chefs-d’œuvre dans lesquels s’inventent des formes issues de cette histoire singulière.

Cette jeune littérature, qui émerge dès les années suivant la bataille de Waterloo et le Congrès de Vienne, se révèle très vite d’une grande richesse.

Dans ce premier tome d’une série de cinq, on comprendra combien les textes littéraires belges du XIXe siècle se démarquent subtilement ou ouvertement des modèles français : transgénérique et carnavalesque chez De Coster, mais aussi première fiction coloniale chez Nirep ; hantise du pictural chez Verhaeren ; questionnement de la langue chez Maeterlinck ; persistance du mythe nordique dans le dernier Eekhoud, dix ans après l’armistice de 1918 ; recours à la science-fiction chez Rosny.

Les mythes, les hantises, les singularités de cette littérature trament une cohérence que ce livre entend restituer ; une plongée nouvelle dans l’histoire et l’historiographie littéraire, au-delà de l’approche canonique traditionnelle. »

Table des matières :

S'inscrire au cœur du légendaire

Aux confins du réel ; au bord du fantastique

Se figurer à l'heure des littératures nationales

Le XVIe siècle, un mythe fondateur

Avatars et permanence du mythe du XVIe siècle

Se vivre à travers l'Europe

Bruxelles, ville d'accueil, creuset d'une littérature

De Paris à Bruxelles. Et de Bruxelles à Paris

S'inventer entre historisation et carnavalisation

Dire et transcender une Histoire qui échappe aux normes des États-nations.

La Légende d'Ulenspiegel de Charles De Coster

Science  et Zwanze à la conquête de l'empire  colonial.

Nirep et Les Mystères du Congo

S'écrire dans une langue à soi

Théorisation  de la littérature à la fin du XIXe siècle.

Nautet, Picard, Verhaeren, Maeterlinck, Mockel, Destrée

Un premier laboratoire

Le Cahier bleu de Maurice Maeterlinck

Le pictural comme métaphore du combat pour la littérature, James Ensor d'Émile Verhaeren

Se lire au tournant du siècle

De la scène à la flore, un même fil imaginaire

L'Intelligence des fleurs de Maurice Maeterlinck

Au seuil de 1914

La Force mystérieuse de Rosny aîné

Se dire après le désastre

Un regard étranger assoit le mythe de la Belgique

Magrice en Flandre de Georges Eekhoud

L’inoubliable figure d'Émile Verhaeren.

Il y a 40 ans de Maria Van Rysselberghe

Bernard DELCORD

Histoire, forme et sens en littérature La Belgique francophone Tome 1 L’engendrement (1815-1914)par Marc Quaghebeur, Bruxelles, Éditions P.I.E. Peter Lang, collection « Documents pour l’Histoire des Francophonies/Théorie » n°40, septembre 2015, 433 pp. en noir et blanc au format 15 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 47,10 €

19 10 15

« Notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres. » (Marcel Proust)

Chroniques par Marcel Proust.jpgIssu d'une famille aisée et cultivée – son père est professeur de médecine à Paris–, Marcel Proust (1871-1922) fut un enfant de santé fragile et toute sa vie il aura des difficultés respiratoires graves causées par l'asthme.

Très jeune, il fréquente des salons aristocratiques où il rencontre artistes et écrivains, ce qui lui vaut une réputation de dilettante mondain. Profitant de sa fortune, il n'a pas d'emploi et il entreprend en 1895 un roman qui reste à l'état de fragments (publiés en 1952, à titre posthume, sous le titre Jean Santeuil).

En 1907, il commence l'écriture de son grand œuvre, À la recherche du temps perdu, dont les sept tomes sont publiés entre 1913 (Du côté de chez Swann) et 1927, c'est-à-dire en partie après sa mort ; le deuxième volume, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, obtient le prix Goncourt en 1919. Marcel Proust meurt épuisé, le 18 novembre 1922, d'une bronchite mal soignée. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris, accompagné par une assistance nombreuse qui salue un écrivain d'importance que les générations suivantes placeront au plus haut en faisant de lui un véritable mythe littéraire. [1]

Les Éditions Gallimard à Paris ont réédité ces jours-ci dans la collection « L’imaginaire », ses Chroniques parues pour la première fois en 1927, et donc cinq ans après son décès, à l’instigation de son frère Robert.

Voici la présentation qu’il en donna à l’époque :

« M. Gallimard et moi avons réuni dans ce volume, sous le titre de Chroniques, un ensemble d’articles de mon bien-aimé frère Marcel Proust, articles parus au cours d’une période de trente années qui va de 1892 à 1921. La plupart de ces articles ont été publiés dans Le Figaro avec la direction duquel mon frère entretint toujours les plus amicaux rapports. Dès 1900, Gaston Calmette lui avait témoigné la sympathie la plus affectueuse en lui offrant la plus large hospitalité dans son journal, ce dont Marcel lui fut toujours très reconnaissant et le remercia plus tard en lui dédiant Du côté de chez Swann, et avec Robert de Flers, Marcel noua dès le collège les liens d’une amitié profonde qui ne s’est jamais démentie.

En dehors de ces articles publiés dans Le Figaro, les autres articles que contient ce volume ont paru dans Le Banquet, dans Littérature et critique, dans La Revue Blanche, dans La Nouvelle Revue Française. C’est dans La N.R.F. dirigée alors par le cher Jacques Rivière et qui était pour Marcel comme son foyer, qu’ont été publiés en 1920 et 1921 ses derniers articles.

Pour classer ces diverses études, nous les avons groupées sous quatre rubriques : Les salons. La vie de Paris – Paysages et réflexions – Notes et souvenirs – Critique littéraire.

Nous avons pensé que les lecteurs d’À la recherche du temps perdu seraient heureux de connaître de Marcel Proust jusqu’aux plus reculées de ses œuvres de jeunesse et de pouvoir ensuite suivre pas à pas l’évolution de sa pensée. »

Robert Proust, septembre 1927.

Des choses vues, donc, et par un témoin de la trempe de Victor Hugo ! [2]

Bernard DELCORD

Chroniques par Marcel Proust, Paris, Éditions Gallimard, collection « L’imaginaire », septembre 2015, 263 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,50 € (prix France)


[2] Choses vues est un recueil de notes et de mémoires de Victor Hugo, publié à titre posthume sous la forme de deux séries, en 1887 et en 1900.

02 10 15

Jean-Marie Rouart : un enchantement !

rouart amis.jpgDe temps à autre, la discussion de cet ancien directeur du Figaro littéraire m'enchante sur France 24 dans « Une comédie française » de l'excellente Roselyne Febvre. Jean-Marie Rouart aime passionnément la littérature, qui l'accompagne depuis toujours et même lui aurait la vie. Il rassemble dans « Ces amis qui enchantent ma vie » 120 écrivains avec une présentation subjective et un extrait choisi de l’œuvre. C'est un régal !

Si on trouve les grands noms d'hier et d'aujourd'hui (de Rabelais à Carson McCullers), ils sont justement très connus ou parfois moins. J'adore aussi les titres donnés aux chapitres qui les rassemblent : dans « Les fracasseurs de vitres », on trouve Rousseau et Céline, dans « Les magiciens » Cocteau ou Pierre Louÿs ou dans « Les monuments qu'on visite » Balzac, Simenon ou Proust.

Dans sa préface, Jean-Marie Rouart écrit : « Je pressentais le grand mérite des histoires : en troquant sa vie avec celle des autres, on ne gagnait pas forcément au change, mais on cessait de geindre sur la sienne. » ou « Je demandais aux livres : comment fait-on pour vivre, pour aimer, pour être heureux ? ».

Mais aussi, ce merveilleux hommage aux créateurs : « Une autre séduction m'attirer dans les livres : la passion vibrante de leur auteur pour exister. »

L'auteur s'interroge évidemment sur la trace qu'on laisse, comment et pourquoi, dans quelles circonstances ? Et d'écrire : « On n'existe que par des preuves, que ce soient des pierres taillées ou alors des mots. » ou « N'existe que ce qui a été raconté. »

Voici trois parmi de si nombreux extraits que j'aurais pu faire, mais que je vous engage à retrouver dans le livre :

Une phrase de Paul-Jean Toulet (classé dans « Les Magiciens ») : « Ce que j'ai aimé le plus au monde, ne pensez-vous pas que ce soient les femmes, l'alcool et les paysages ? »

A propos de l'effacement peut-être provisoire de Henry de Montherlant (classé dans « Les Moitrimaires ») dans l'univers littéraire actuel : « Notre époque veut que les artistes apportent, par leur existence et leurs actes, un certificat d'authenticité de leurs œuvres. »

Je retiens aussi (dans « Les Polémistes à poil dur »!), André Rouveyre et son « Discours d’expulsion de M.Paul Valéry à l'Académie française : « Il n'y pas de meilleur endroit pour accorder aux courtisans âgés sans propriété indépendante, un abri et des roses. » Ce qui prouve que Jean-Marie Rouart, académicien lui-même, est intelligent et possède un solide sens de l'humour et de l'autodérision.

Si je puis faire une petite parenthèse personnelle, je trouve un parallèle intéressant avec le choix des livres aimés et proposés par l'auteur et mon propre personnage du roman « Maître Gustave », qui définissait sa vie par les citations marquées dans les livres de sa bibliothèque !

Jean-Marie Rouart nous donne ici une nouvelle forme d'autobiographie, des reflets de ses propres idées et de ses convictions intimes. Une formidable façon d'entrer dans l'univers littéraire !

 

Jacques MERCIER

 

« Ces amis qui enchantent la vie » « Passions littéraires », Jean-Marie Rouart (de l'Académie française) ; édition Robert Laffont, 2015. 905 pp. 24 euros.

22 09 15

« La musique peut rendre les hommes libres. » (Bob Marley)

60 questions étonnantes sur la musique.jpgLes Éditions Mardaga à Bruxelles ont lancé en septembre 2015 une nouvelle collection de psychologie, « In psycho veritas », dont l’un des premiers titres publiés est 60 questions étonnantes sur la musique et les réponses qu’y apporte la science, un amusant – et passionnant – petit essai paru sous la plume de Valentine Vanootighem, docteure en psychologie et chercheuse à l'Université de Liège.

Très active dans le domaine de la vulgarisation scientifique, l’auteure est aussi chroniqueuse pour Psychologies Magazine Belgique et elle collabore au projet Psychopium.com, qui diffuse la psychologie scientifique au plus grand nombre. Elle est également passionnée par la musique, qu'elle pratique depuis sa plus tendre enfance.

Dans son ouvrage, elle répond, sur une double page et dans un langage accessible, en se basant sur des recherches scientifiques récentes, à des questions comme :

Comment se débarrasser d'un air qui vous trotte en tête ? Chante-t-on faux parce que l’on entend mal ? Les bébés préfèrent-ils les chants a capella ? Est-il dangereux de chanter au volant ? À quel âge faut-il commencer la musique ? Jouer d’un instrument améliore-t-il la mémoire ? La musique du restaurant peut-elle faire grimper l’addition ? Pourquoi la musique des films d’horreur nous angoisse-t-elle ? Faut-il écouter de la musique dans un bus bondé ? La virtuosité est-elle un don du ciel ? Étudier en musique mène-t-il à la réussite ? Faut-il écouter de la musique au travail ? Les émotions musicales sont-elles universelles ? Jouer d'un instrument rend-il plus intelligent ? La musique aide-t-elle à bien dormir ? Faut-il écouter de la musique après une attaque cérébrale ? La musicothérapie est-elle utile face à l’autisme ?

Si on se le demandait… Eh bien, maintenant on le sait !

Bernard DELCORD

60 questions étonnantes sur la musique et les réponses qu’y apporte la sciencepar Valentine Vanootighem, illustrations de Philippe de Kemmeter, Bruxelles, Éditions Mardaga, collection « In psycho veritas », septembre 2015, 144 pp. en bichromie au format 13,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,90 €

22 09 15

Musique : rythme et émotion

 

 

 

_musique beuzen.jpgL'auteur, Jean-Noël Beuzen, est violoniste dans l'Orchestre symphonique du rail, mais est psychiatre, ancien attaché à l'hôpital Sainte-Anne ! Il nous propose un extraordinaire voyage aux confins de trois territoires : la musique, l'émotion et la folie.

 

Tout d'abord, soulignons le style direct et simple ; loin des périodes littéraires et des métaphores. L'auteur définit d'ailleurs son ouvrage comme un album de photos qui montreraient les moments de rencontre entre une folie et une musique.

 

J'aime que le livre commence par le carnaval ! En place de l'explication traditionnelle du mot (carrus navalis, ce bateau porté en procession), il nous livre : « Une autre explication, qui paraît plus crédible, lui donne pour origine la locution « carnem levare » (en italien « carne vale », « adieu la viande »!), se rapportant à la tradition médiévale de clore la période précédant le carême par des fêtes et des libations, avant de faire quarante jours de pénitence par le jeûne et les privations. »

 

Voici quelques extraits pris dans la lecture :

 

« Nous n'avons pas d'émotions « gratuites », pour notre simple plaisir, détachées d'un contexte, d'une trajectoire. Nos émotions s’inscrivent dans une longue histoire qui débute dans la nuit des temps, et la musique les accompagne depuis le début. »

 

Plus étonnant encore :

 

« Pour la musique, nos deux cerveaux sont impliqués : le cerveau gauche prend en charge le rythme, tandis que la mélodie et l'harmonie sont du ressort du cerveau droit. »

 

« Le plaisir est ainsi fait qu'il est difficile de l'en passer une fois qu'on l'a connu. »

 

La musique est-elle universelle ?

 

« Un des critères qui fait que la musique est universelle est le rythme. Le battement est universel. Tout bat et tout est rythmé dans l'univers. »

 

Et de nuancer :

 

« Si la musique occidentale véhicule des émotions, la musique, dans d'autres cultures, possède des fonctions différentes : elle accompagne les rituels ou rythme le travail. »

 

A propos de la sonate de Vinteuil, que Marcel Proust écoutait durant son enfance :

 

« Pour Proust, le compositeur exprime dans chaque phrase, dans chaque thème, une véritable idée qui permet l'accès à un univers à la fois éternel et personnel, profond, enfoui, inaccessible à l'intelligence mais bien réel, celui de l'art qui dure, contrairement à l'amour. »

 

Une des plus belles définitions de l'audition de la musique :

 

« Écouter de la musique, c'est comme marcher dans un paysage familier, dans lequel pourtant tout peut changer en permanence sans que, pour autant, le paysage devienne étranger. »

 

« La musique est un pont entre les hommes, elle est aussi un pont entre soi et ses mondes, l'actuel et les imaginaires, en nous mettant en résonance avec eux. »

 

On trouve aussi dans le livre des analyses de morceaux célèbres, évidemment des avis sur le jazz et d'autres réflexions fort pertinentes sur l'influence de la musique sur nos comportements. Ainsi une analyse des ventes dans les grandes surfaces selon le genre de musique et le rythme...

 

Pour conclure, une citation de Shakespeare dans «  Le marchand de Venise » : « L'homme qui n'a pas de musique en lui et qui n'est pas ému par le concert des sons harmonieux est propre aux trahisons, aux stratagèmes et aux rapines. »

 

Jacques MERCIER

 

« La musique, entre génie créateur et vertu thérapeutique », Essai, Jean-Noël Beuzen, Odile Jacob, 2015, 284 pp. 24 euros.

 

21 09 15

« Willy Bal, l’Africain »…

Enjeux et atouts du français en Afrique noire.jpgIntroduit par le grand écrivain et universitaire congolais Valentin-Yves Mudimbe [1] et édité par le professeur Jean Germain de l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve chez L’Harmattan à Paris sous le titre Enjeux et atouts du français en Afrique noire, un recueil d'articles rédigés entre 1966 et 2006 par feu le grand linguiste belge Willy Bal fait un exposé passionnant des caractéristiques du français tel qu’on le parlait et le parle encore en Afrique centrale.

Voici la présentation de l’ouvrage par Jean Germain :

« Willy Bal (1916-2013), nommé professeur en 1956 à l'Université de Lovanium (Kinshasa), est chargé d'y fonder une section de philologie romane, la première en Afrique. Parachuté dans un continent dont il avoue ignorer presque tout à l'époque, il va s'initier à la linguistique africaine et ouvrir des domaines nouveaux pour la recherche : le sort du français en Afrique et le contact des langues sur ce même continent.

Wallon "wallonnant" et "tiers-mondialiste", selon ses propres termes, il aime expliquer que cette paysannerie dont il est issu lui a fait découvrir bien des vérités en Afrique. Francophone militant, respectueux des langues et des spécificités africaines, il milite non pas pour défendre un français de puristes, mais avant tout pour que le monde de la francophonie devienne un monde de solidarités. "Solidarité par le français pour le développement", tel est son credo.

À travers une douzaine de ses articles gravitant autour du français en Afrique noire, publiés au lendemain de la décolonisation et s'échelonnant sur 40 années (1966-2006), c'est toute l'histoire et la conception de l'enseignement de la langue française en Afrique subsaharienne qui sont rappelées ici, ainsi que la cohabitation tout aussi essentielle avec les langues africaines indigènes et l'apport indéniable du français d'Afrique au français universel.

Un témoignage de premier plan sur la francophonie africaine, par celui qui présida le conseil scientifique de l'Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire. »

 

Table des matières :

Préface de Valentin-Yves Mudimbe

Introduction au recueil et à l’homme par Jean-Germain

Articles de Willy Bal :

Politique linguistique en Afrique noire (1966)

L'enseignement du français en Afrique (1967)

Contribution à l'étude des opinions exprimées par l'élite africaine au sujet des rapports entre les langues nationales et le français (1979)

Quelques données et réflexions à propos du français en Afrique noire (1981)

Sur l'acceptabilité de particularités lexicales du français en Afrique noire (1984)

À propos des particularités lexicales du français en Afrique noire (1984)

Présentation de l'Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire (1984)

Coopération au développement, la chance du français (1985)

Frontières politiques et variations du français en Afrique subsaharienne (1986)

Crise en francophonie africaine ? (l987)

Néologie et africanité (2006)

Confidences d'un Wallon « wallonnant » et « tiers mondialiste » (l990)

De la dialectologie wallonne aux problèmes linguistiques du Tiers-Monde (1991)

Bibliographie sélective de Willy Bal

 

Un ouvrage de référence !

Bernard DELCORD

Enjeux et atouts du français en Afrique noire par Willy Bal, préface de Valentin-Yves Mudimbe, Paris, Éditions L’Harmattan, mars 2014, 265 pp. en noir et blanc au format 13 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 27 € (prix France)


[1] Né en 1941 à Likasi, il a enseigné à l’université de Lubumbashi puis aux États-Unis, au Haverford College en Pennsylvanie et à l’université Stanford de San Francisco. Il enseigne actuellement à l’université Duke en Caroline du Nord.

15 09 15

Les Tweets sont des chats !

_pivot.jpg

 

Avec ce joli titre : « Les tweets sont des chats », Bernard Pivot propose aujourd'hui en version poche ce recueil original pour un vrai littéraire. Il s'en explique d'emblée dans l'avant-propos : « On se doute que je ne suis pas favorable à la tricherie qui consiste à abréger les mots et à se ficher de l'orthographe. »

Il définit ce lieu d'échange : « Twitter ou les brèves d'un gigantesque comptoir. » Et il se justifie : « Pourquoi les vieux s'interdiraient-ils d'utiliser avec fantaisie ou gravité les plus géniales inventions des nouvelles générations ? »

Enfin, l'Académicien Goncourt propose un choix de ce qu'il a écrit durant les mois précédents.

 Le titre se trouve expliqué : « J'aime les tweets parce qu'ils partent en silence, circulent en silence et arrivent en silence. Les tweets sont des chats. »

Voici un florilège qui vous donnera l'envie de tout découvrir, et peut-être aussi, de le suivre aujourd'hui sur ce réseau social :

« Les tweets sont utiles et précieux parce qu'ils sont la petite monnaie de la communication. »

« J'ai cru assez longtemps que c'était le même verbe qui permettait d'épeler les mots et les pommes de terre. »

« La littérature ne répond pas aux questions de ses lecteurs, elle les suscite. »

« Les écrivains sont de vieux écoliers qui n'auront jamais fini d'apprendre à écrire. »

« Les bons photographes ont un oeil ; les bons romanciers ont un regard. »

« La vraie réussite, c'est d'être jalousé pour ses qualités et admiré pour ses défauts. »

« Il me semble que, du temps de mes grands-parents, le monde entier, à commencer par eux, étaient en noir et blanc. »

« A quoi reconnaît-on que l'on est mort ? A ce que cette question ne nous vient pas à l'idée. »

« Est-ce une preuve de l'existence de Dieu que l'on en cherche des preuves toute sa vie sans les trouver ? »

Même en 140 signes, on a l'occasion de placer de cpourtes citations :

« Ecrire est la seule vérification que j'aie de moi-même » Françoise Sagan.

« Elle embrassait comme si elle avait soif » Alessandro Baricco.

 

Et enfin cette merveilleuse dernière pour la route !

« Des astronomes ont-ils découvert la bonne étoile sous laquelle ils sont nés ? »

Un vrai bonheur dans le rythme rapide mais maîtrisé de notre époque !

 

Jacques MERCIER

« Les tweets sont des chats », Bernard Pivot, Ed. Livre de Poche 2015. 160pp. 5 euros.

 

08 09 15

Croire à l'au-delà ?

_charbonnier.jpgC'est un petit ouvrage intéressant qu'a écrit le docteur Jean-Jacques Charbonnier. Il s'intitule « Les 7 bonnes raisons de croire à l'au-delà. » Comme vous peut-être, cette question de la vie après la mort m'interpelle depuis longtemps, autant que le pourquoi et le comment de notre vie-même.

 

L'intérêt du livre est qu'il propose des faits scientifiques (mais la science explique et corrige au fur et à mesure de son progrès) et ensuite l'avis et les arguments des détracteurs. Cela nous permet aussi de tirer nos propres conclusions. Comme il  écrit : « Pour un croyant aucune preuve n'est nécessaire et pour un sceptique, aucune n'est suffisante. »

 

Dans la préface le docteur Olivier Chambon note : « Il est quand même plus facile de se détendre face à la vie si l'on sait que celle-ci continue après la mort du corps, et que l'on emporte dans l'au-delà que l'essentiel, à savoir notre conscience, nos connaissances, notre capacité à aimer, et nos liens d'amour. » Mon père m'a un jour dit quelque chose de semblable, en me parlant d'une sorte de jugement intérieur sur l'amour, la faculté d'aimer...

 

Un des chapitres concerne l'inspiration artistique et m'a évidemment intéressé. « Il me semble probable que beaucoup d'artistes talentueux trouvent leur inspiration par mediumnité ; dans cette hypothèse, l'information ne serait pas enfermée dans les neurones du sujet inspiré mais située au contraire à l'extérieur du cerveau. Un cerveau qui entrerait en connexion directe avec un champ d'informations dont la source serait localisée bien au-delà de nos petits neurones. » Et de dire plus loin : « Et si cette conscience source alimentée par l'ensemble de nos consciences était capable d'influencer le comportement des gens et d'agir sur la matière et les événements d'une vie ? » Mais aussi : « Et si cette conscience source était ce que les habitants de cette planète appellent Dieu ? »

 

Bref, de quoi réfléchir, alimenter nos idées, provoquer des lectures et des discussions. Cette phrase de Victor Hugo me plaît beaucoup : « De quel papillon cette vie terrestre est-elle donc la chenille ? »

 

Jacques MERCIER

 

« Les 7 bonnes raisons de croire à l'au-delà », Dr Jean-Jacques Charbonnier, J'ai lu, 2015. 220 pp. 7,10 euros.

 

12 08 15

Clercs obscurs...

Les anti-Lumières – Une tradition du XVIIIe siècle à la guerre froide.gifDiplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, Zeev Sternhell (né en 1935) est professeur de science politique à l'université hébraïque de Jérusalem. Il est connu notamment comme spécialiste de la question de la montée et de la naissance du fascisme, en particulier de ses racines françaises. Selon lui, Georges Sorel et le cercle Proudhon sont à l'origine du corpus idéologique fasciste.

Zeev Sternhell est aussi l'un des membres fondateurs du mouvement israélien Shalom Akhchav, et il participe activement au débat politique en Israël, entre autres par ses contributions à la page « Opinions » du quotidien israélien Haaretz. Il a pris position contre le camp ultra-nationaliste en Israël et la colonisation et il prône un compromis de paix avec les Palestiniens.

Zeev Sternhell est lauréat – d'histoire générale et de sciences politiques – du prix Israël (le prix de l'État) pour ses travaux en sciences politiques.

En 2010, il a été élu à l'Académie israélienne des sciences et lettres.

Il est l’auteur de nombreux essais, parmi lesquels un ouvrage volumineux intitulé Les anti-Lumières – Une tradition du XVIIIe siècle à la guerre froide publié en version princeps chez Fayard en 2006 et en poche par Gallimard en 2010, dans la collection « Folio » où il est toujours disponible.

Voici le résumé qu’il en a donné :

« Contre les Lumières et leurs valeurs universelles qui régissent encore les sociétés démocratiques, s'est dressée, du XVIIIe siècle à aujourd'hui, une autre tradition.

Cette modernité se veut alternative et mène la guerre grâce à une argumentation rendue cohérente par le fait que tous ses partisans se lisent les uns les autres avec une grande attention et constituent son corpus.

Taine écrit sur Burke et Carlyle, Meinecke sur Burke et Herder, lequel, pour Renan, est le “penseur-roi”, Maistre suit Burke et il est lui-même suivi par Maurras, Sorel attaque les Lumières avec une hargne égale à celle de Maurras. Développant la pensée de Herder, Spengler forge le concept de l'imperméabilité des cultures ; poursuivant les analyses de Herder, Isaiah Berlin écrit sur Vico avec un ravissement semblable à celui de Croce. Subissant l'influence de Meinecke, il ajoute dans la seconde moitié du XXe siècle un maillon à la culture politique des anti-Lumières.

Preuve est donc faite que les maux contre lesquels ont combattu les Lumières sont de toutes les époques : pour éviter à l'homme du XXIe siècle de sombrer dans un nouvel âge glacé du conformisme, la vision prospective d'un individu maître de son présent, sinon de son avenir, demeure irremplaçable. »

Un fameux pavé… dans la mare des conservatismes !

Sommaire :

– Le choc des traditions

– Les fondements d'une autre modernité

– La révolte contre la raison et les droits naturels

– La culture politique des préjugés

– La loi de l'inégalité et la guerre a la démocratie

– Les fondements intellectuels du nationalisme

– Crise de civilisation, relativisme généralisé & mort des valeurs universelles au début du XXe siècle

– Les anti-Lumières de la guerre froide

Bernard DELCORD

Les anti-Lumières – Une tradition du XVIIIe siècle à la guerre froide par Zeev Sternhell, édition revue et augmentée, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio Histoire », avril 2010, 944 pp. en noir et blanc au format 10,7 x 17,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 13,90 € (prix France)

04 08 15

Un texte éblouissant !

La Shoah de Monsieur Durand.jpgNée en 1973 à Bruxelles, Nathalie Skowronek a raconté dans Max, en apparence (Éditions Arléa, 2013) le parcours de son grand-père rescapé du camp de Jawischowitz, à dix kilomètres d’Auschwitz.

Elle élargit sa quête autour du dramatique passé familial avec la publication de La Shoah de Monsieur Durand paru chez Gallimard, une courte compilation – remarquablement rédigée – de réflexions personnelles sur les séquelles psychologiques ayant marqué et frappant encore les victimes de l’Holocauste jusqu’à la quatrième génération, une tentative de mise au point d’une intelligence insigne assortie d’une très grande sensibilité.

C’est que, comme le souligne l’auteure, si « la première génération s'est refermée sur ses horribles secrets, la deuxième a vécu dans le silence obligé (on ne devait pas “en parler”), la troisième génération a tenté de façon parfois maladroite et excessive de déterrer ces secrets en mettant la Shoah au centre de tout. La quatrième génération est en train de tenter une rupture avec ces attitudes. Après le temps de l'oubli, puis le temps du souvenir obsessionnel, désormais il faut vivre : bientôt les derniers rescapés des camps auront disparu ».

Le temps passant et les témoins directs disparaissant, la Shoah se « désacralise », entraînant le risque – de plus en plus perceptible en Europe occidentale – d’une résurgence de l’antisémitisme et de son cortège d’horreurs et de crimes.

L’immense intérêt de La Shoah de Monsieur Durand réside dans l’intériorisation par l’auteure des séquelles du plus grand crime de l’humanité jamais commis en raison des moyens mis en œuvre pour le perpétrer et du nombre de victimes qu’il a entraîné.

On attend avec intérêt une suite de l’ouvrage dans laquelle Nathalie Skowronek livrerait ses idées sur des thèmes absents ou à peine abordés dans son texte : l’identité et la religion juives, les réparations de l’Holocauste, le sionisme, l’État d’Israël – voire la question palestinienne et des territoires, prétexte commode à la résurgence de l’antisémitisme, mais aussi du racisme anti-arabe un peu partout sur la planète.

Nul doute qu’elle aurait des choses passionnantes à en dire !

Bernard DELCORD

La Shoah de Monsieur Durand par Nathalie Skowronek, Paris, Éditions Gallimard, avril 2015, 56 pp. en noir et blanc au format 20,5 x 1 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,50 € (Prix France)

Pour vous, nous avons recopié ces quelques lignes éclairant sur le titre du livre :

L'oubli puis la mémoire. La mémoire puis l'oubli. Or, qu'est-ce oublier, si ce n'est éviter le « je me souviens » ? Et qu'est-ce se souvenir, si la nécessité de vivre demande l'oubli ? On enlève la couche de surface, peut­ être même se défait-elle toute seule, et voilà que réapparaît, juste dessous, ce qu'on pensait recouvert. Les marques sont toujours là. Rien ne s'est effacé. Il n'y aurait pas d'issue, alors ? À moins que ? Sauf si ?

C'est l'histoire de Maurice Dupont qui se rend aux services d'administration de sa ville pour demander à changer de nom. Il voudrait qu'on l'appelle désormais Maurice Durand. Le fonctionnaire consulte le dossier puis l'interroge : « Monsieur Dupont, je ne comprends pas, vous avez fait la même démarche l'année dernière, vous vous appeliez alors Maurice Shmulewicz et vous vouliez transformer votre nom en Maurice Dupont. Pourquoi, maintenant que vous vous appelez Maurice Dupont, voulez-vous vous faire appeler Maurice Durand ? »

Alors, Maurice Shmulewicz, qui se nomme à présent Maurice Dupont comme l'attestent ses papiers d'état civil, répond avec l'accent yiddish qui caractérise les Juifs de l'Est : « Monsieur de l'Administration, c'est très simple. Quand on me demande mon nom et que je réponds que je m'appelle Maurice Dupont, la personne en face de moi me dit : D'accord, monsieur Dupont, mais avant, monsieur Dupont, comment vous appeliez-vous avant ? C'est très gênant. Alors, comme ça, monsieur de l'Administration, comme ça, la prochaine fois, je pourrai répondre : Cher monsieur, je m'appelle Maurice Durand, et avant ? Avant, monsieur, je m'appelais Maurice Dupont ».