29 11 15

« L'argent, ah ! Fléau des humains ! » (Sophocle dans Antigone)

Essai sur la criminalité financière – Le club des Cassandre.jpgAprès avoir été avocat durant vingt ans, le Belge Michel Claise est aujourd’hui juge d’instruction en matière financière dans la capitale de l’Europe. Maître de conférences à l’Université d’Aix-en-Provence, il est également chroniqueur et romancier.

Il vient de publier aux Éditions Racine à Bruxelles un brillant ouvrage intitulé Essai sur la criminalité financière – Le club des Cassandre dans lequel il s’en prend à la délinquance des très nantis – entreprises comme particuliers – dont il dresse le portrait sans concession en vue de contrer cette métastase qui a envahi le monde.

« Cassandre, dit-il, fille du roi Priam, avait reçu d’Apollon le don de prophétie. Mais comme elle s’était refusée à lui, le dieu courroucé la frappa d’une terrible malédiction : jamais elle ne serait crue.

Il en va de même de ceux qui dénoncent l’explosion de la criminalité financière dans le monde et se battent contre ce phénomène, qui détruit les démocraties : on ne les croit pas !

Pourtant, les chiffres sont là : les entreprises pirates se sont introduites dans les économies saines, l’argent sale circule sans difficulté, la corruption gangrène les États, la cybercriminalité bouleverse les comportements, les organisations criminelles développent leurs activités par une ingénierie sans cesse en développement et par le recours à la violence.

Le tout sur fond de crise financière, dont les conséquences renforcent la puissance des mafias, et de menaces terroristes tout aussi déstabilisantes. Alors que les institutions internationales ne cessent de marteler l’urgence d’une prise de conscience du phénomène et du combat qu’il nécessite, au niveau national, les gouvernements paraissent en ignorer les messages. »

Une fameuse déclaration de guerre !

Bernard DELCORD

Essai sur la criminalité financière – Le club des Cassandre par Michel Claise, Bruxelles, Éditions Racine, novembre 2015, 208 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,95 €.

 

Table des matières :

Avant-propos

Appel de Genève

Première partie : L'approche du concept dans la société mondiale actuelle

Un regard sur le passé et son présent héritage

C'est l'histoire d'un escalier

Première marche

Deuxième marche

Troisième marche

Quatrième marche

Tiens, un palier !

Cinquième marche

Sixième marche

Septième marche

Vous en pensez quoi, de la criminalité financière ?

Le désarroi des entrepreneurs

Pour 650 dollars seulement, entrez au paradis des sociétés offshore

Des chiffres et des lettres

Les belligérants

L'Organisation de Coopération et de Développement économiques (OCDE)

Le Groupe d'Action financière (GAFI)

FMI & Banque mondiale

Groupe Egmont

Union européenne

Conseil de l'Europe

ONU

Europol (European Police Office)

Eurojust

Eurofisc

Transparency International

Administration fiscale

La détection des infractions financières

Forces et faiblesses de la répression

Les acteurs de l'enquête

L'enquête

Le procès

« Selon que vous serez… »

Les aspects positifs

Les aspects négatifs

Deuxième partie : Galerie de portraits des infractions financières

Début de l'exposition

La corruption

La corruption publique

La corruption privée

Le blanchiment d'argent

Étendue des comportements illicites

L'infraction est principale et non accessoire

L’auteur de l’infraction en amont peut être son propre blanchisseur

L'implication des coauteurs et complices et ses conséquences dans leur patrimoine en termes de confiscation

Le délit d’initié

L’information privilégiée

L’information privilégiée doit être connue d’un « initié »

Les « initiés » se rendent coupables d'actes déterminés, achat-vente, recommandation de cette opération, dévoilement de l'information

Les organisations criminelles

La fraude sociale

Accès aux droits sociaux

Régularisation du séjour

Accès à des prêts bancaires

Regroupement familial

La fraude fiscale

Le choix de la voie le moins imposée

La fraude fiscale en général

La criminalité fiscale

Évasion fiscale

Paradis fiscaux

La cybercriminalité

Le faux informatique et le skimming

Le phishing

Le hacking

Le cyberespace

Bitcoin

Melting pot

L'escroquerie

Faux et usage de faux

La contrefaçon

Troisième partie : Le complexe du brahmane Sissa

Échec et math

Allô la terre ?

Belgium, no point!

Sur le plan législatif et judiciaire

L'appareil de l'État

Que fait la police ?

Et l'administration ?

Conclusion

Opération CTIF (Caïman Target International Fight)

Index

24 11 15

Le secret des affaires…

Le Tabouquin.jpgCollaboratrice scientifique à HEC-ULg, Nathalie Marly publie des romans, des nouvelles et des ouvrages économiques aux allures de fiction. Spécialisée dans les entreprises familiales et en communication d’entreprise, elle dirige sa propre société qu’elle a créée après dix années de journalisme en télévision à la RTBf où elle a notamment présenté l'émission de recherche judiciaire Appel à Témoins.

Dans son dernier ouvrage intitulé Le Tabouquin ou quels sont les petits secrets des entrepreneurs familiaux ? paru à Liège aux Éditions Dricot [1], elle dévoile les tabous des entreprises familiales.

Ce roman économique, commandé par l’Institut de l’Entreprise Familiale (IEF), est basé sur une étude scientifique réalisée par Nathalie Crutzen, professeure à HEC-ULg. À contre-courant des ouvrages classiques de management, il s’agit d’un subtil mélange de divertissement et d’étude scientifique.

En voici le pitch :

« L’histoire commence par un SMS énigmatique que reçoit une journaliste – un peu fantasque – en charge d’orchestrer un colloque aux allures d’émission de télévision. Projecteurs, caméras et une dizaine de techniciens sont mobilisés pour proposer un show multimédia à un public d’entrepreneurs familiaux.

Sur la scène défilent, interrogés par cette journaliste – étrangement très attachée à son sac qui caquette –,des experts et des patrons d’entreprises qui donnent vie à la problématique des tabous des entreprises familiales.

Ils y répondent à 100 questions qui les empêchent bien souvent de dormir, comme : “Quand faut-il parler pour la première fois aux enfants de l’entreprise familiale ? Faut-il privilégier à tout prix l’entente familiale ? Parents, enfants, frères et sœurs parlent-ils des salaires ? Reconnaissent-ils leurs (in)compétences ? Discutent-ils de la transmission de l’entreprise ? Pourquoi les pères ne parviennent-ils pas à recueillir les états d’âme de leurs enfants ?”

Derrière les confessions sur les secrets de famille ou les solutions pour venir à bout des tabous, Nathalie Marly – en lutte interne permanente avec un étrange personnage nommé Nombril du Monde –confie, au sein de cet ouvrage, ses idées incongrues… »

Une approche particulièrement originale !

Bernard DELCORD

Le Tabouquin ou quels sont les petits secrets des entrepreneurs familiaux ? par Nathalie Marly, Liège, Éditions Dricot, collection « Entreprise familiale », novembre 2015, 194 pp. en quadrichromie au format 13,5 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 20 €

 

[1] www.dricot.be

22 11 15

Monstre sacré de la chanson française

téléchargement (3).jpg

 Je vous ai déjà signifié combien j'apprécie les aquarelles de Philippe Lorin. Des biographies de George Sand, Colette, Jacques Brel, Jean Ferrat... il sonde les psychologies des protagonistes, familles, amis, confrères (soeurs) , l'âme des lieux de vie.

Ce nouvel ouvrage, dont le texte est rédigé par Jean-Claude Lamy, biographe de Georges Brassens ( cfr, Brassens, le mécréant de Dieu, ed. Albin Michel, oct. 2004) trace l'enfance d'un être choyé, ses amours, ses amis, ses copains d'alors et surtout d'abord et l'accession à la notoriété d'un poète chantant qui préférait se prendre la pipe que la tête.

Dédicataires de ses chansons, circonstances de leur écriture, lieux de vie d'un monstre sacré de la chanson française qui cachait derrière une moustache pudique l'hospitalité d'un vrai et grand coeur.

Chez Brassens, Légende d'un poète éternel, Jean-Claude Lamy (texte) et Philippe Lorin (illustrations), beau livre,  Ed. du Rocher, sept. 2015, 116 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Documents, récits, essais | Commentaires (0) |  Facebook | |

19 11 15

Le bonheur, toujours le bonheur...

_bonheur lenoir.jpgFrédéric Lenoir nous parle du bonheur à travers les philosophes. Il s'en explique dans le prologue : « C'est un cheminement, plutôt, le plus vivant possible, ponctué d'interrogations et d'exemples concerts, dans lequel le lecteur croisera aussi bien l'analyse des psychologues que les derniers apports de la science. »

C'est un bonheur, sans jeu de mot, de parcourir ces pages écrites dans un langage clair, qui résume, explique, propose. Tout est bon à prendre, à écouter, pour se sentir mieux, pour toucher du bout de l'âme la vraie vie. Picorons quelques moments :

« Le bonheur épicurien se concrétise dans ce qu'il appelle l' « ataraxie » qui signifie « quiétude absolue de l'âme ». Cet état s'obtient par la suppression des craintes imaginaires et superstitieuses, par notre capacité à nous satisfaire de nos seuls besoins fondamentaux, et par la qualité de nos plaisirs – l’amitié étant sans doute le plus important. »

Les têtes de chapitres nous guident : Donner du sens à la vie ; Être heureux, c'est apprendre à choisir ; Tout être humain souhaite-t-il être heureux ? Etc. Bien sûr, il y a l'intérêt évident d'avoir les citations des philosophes – et elles sont aussi mises en exergue des chapitres :

Arthur Schopenhauer : « Les neuf dixièmes, au moins, de notre bonheur reposent exclusivement sur la santé. Un mendiant en bonne santé est plus heureux qu'un roi malade. »

Alain : « Il est impossible que l'on soit heureux si l'on ne veut pas l'être ; il faut donc vouloir son bonheur et le faire. »

Sénèque : « Pendant que l'on attend de vivre, la vie passe. »

Mais la science est elle aussi appelée à l'aide : « D'après le Pr Sonja Lyubomirsky (département psy de Californie) estime qu'à 50% les aptitudes au bonheur dépendent de la sensibilité de l'individu (déterminants génétiques), à 10% celles relevant de son cadre de vie et des conditions extérieures, à 40% celles qui sont tributaires de ses efforts personnels. »

Frédéric Lenoir nous parle de la contagion du bonheur : « L'une des clés de la sérénité consiste à ne plus se comparer, à se départir de l'esprit de rivalité, à chercher à surmonter toute jalousie. »

L'auteur dénonce la volonté des éducateurs de vouloir « remplir le crâne » des enfants en leur enseignant toutes sortes de connaissances, qui les aideront fort peu à vivre bien. Le vrai projet éducatif devrait consister à apprendre à l'enfant à développer son « jugement ». Car l'éducation doit apprendre à penser bien pour vivre mieux.

J'apprécie aussi que Tchouang-tseu et Montaigne ont un trait en commun : l'humour. Montaigne qui a choisi comme devise « Que sais-je ? »

Montaigne : « Il fallait s'enquérir qui est mieux savant, non qui est plus savant. Nous ne travaillons qu'à remplir la mémoire, et laissons l'entendement et la conscience vides. »

Tchouang-tseu : « Quiconque veut s'emparer du monde et s'en servir court à l'échec. »

 

Jacques MERCIER

Du Bonheur – Un voyage philosophique – Frédéric Lenoir – Le Livre de Poche – 240 pp – 6,60 euros.

19 11 15

La mort en partage

"Vous me coucherez nu sur la terre nue"" Ma mort m'appartient mais elle ne concerne pas que moi." 

Très investi dans l'accompagnement de fin de vie,fervent adepte de la pratique des soins palliatifs,  le théologien belge Gabriel Ringlet, ex-Vice-Recteur de l'Université catholique de Louvain, écrivain et poète, aborde sans fard ni tabou, avec une positive douceur,  la question de l'euthanasie. 

C'est assez courageux de sa part.

Parcouru d'anecdotes, de relations d'expérience -  celles du Professeur Christian de Duve, de Jacques Lusseyran, aveugle et résistant  [NDLR: lire à ce sujet Le voyant, Jérôme Garcin, en vitrine du blog] qui introduisit des séances de déclamation poétique au sein du camp de Buchenwald - et de références - entre autres, les sublimes Lettres de ma poupée de Kafka -  l'essai habille d'humanité, d'amour et de respect, la fin de vie, lui offrant une célébration qui se poursuit au-delà du trépas.

Cela fait du bien.

Et l'auteur, appelé en cette réflexion, en cette ...vocation,  par le docteur Corinne van Oost,  de s'interroger sur les rapports entre la technicité médicale  de l'euthanasie et  son accompagnement spirituel: 

" Laisse-t-on l'acte à sa seule technicité, même attentive et délicate, ou conduit-on la démarche spirituelle jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à sa dimension rituelle, Avec le recul et un début d'expérience, je découvre aujourd'hui cet appel comme une chance et une responsabilité, l'occasion de permettre à tous les acteurs de vivre, malgré et à travers la transgression, un moment d'exceptionnel intensité."

 Trangressive, certes, la pratique de l'euthanasie, indissociable dans le chef de Gabriel Ringlet de celle, majeure,  des soins palliatifs, est "acte posé, si j'ose dire, en état de légitime défense."

Ce qui n'exclut que " Que d'euthanasies pourraient être évitées si on passait en soins palliatifs  un peu plus tôt!" 

Tout est dit. Avec modestie.

Apolline Elter

"Vous me coucherez nu sur la terre nue" L'accompagnement spirituel jusqu'à l'euthanasie,  Gabriel Ringlet, essai éd. Albin Michel, septembre 2015,  248 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Documents, récits, essais | Commentaires (0) |  Facebook | |

18 11 15

Sic

Les petites phrases qui ont changé l'histoire

Depuis l' "Oeil pour oeil, dent pour dent" qui fonde la loi du talion, jusqu'au célèbre "Indignez-vous" qui leva, il n'y a guère,  des foules, certains adages revêtent une portée historique,  qui traversent allègement les siècles et influencent parfois le cours de l'Histoire.

Florence Vidal s'est longuement interrogée sur l'origine de douze d'entre eux, nous livre le résultat d'investigations fouillées  et nous situe avec précision, la genèse de leur création , les circonstances de leur expression . Au fataliste Alea jacta est de Jules César , "dictateur idéal" succèdent  l'injonction pacifique de Jésus :"Aimez-vous les uns les autres,"  la tête plutôt bien faite que bien pleine de ce cher Montaigne, la constatation  galiléenne de la rotation de la terre - " Et pourtant, elle tourne"- , celle de la liberté des hommes et de l'égalité de leurs droits .... et l'impérieux"Je vous ai compris " adressé par Charles de Gaulle au peuple algérien...

Assurément, nous aussi, on a mieux compris...

 

AE

Les petites phrases qui ont changé l'Histoire, Florence Vidal, essai, Ed. Pygmalion, sept. 2015, 462 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Documents, récits, essais | Commentaires (0) |  Facebook | |

17 11 15

Enchanté

Résultat de recherche d'images pour "ces amis qui enchantent la vie"S'il revendique la sélection subjective, voire fantaisiste,  de quelque cent-vingt écrivains, de littérature française et étrangère, toutes époques confondues, l'Académicien Jean-Marie Rouart la justifie de manière très convaincante: sa galerie de portraits - brossés avec brio - rassemble  tous les auteurs dont les oeuvres ont une portée autobiographique pour lui, entendez qu'elles l'ont constitué à un moment particulier de son existence.

" Je n'ai obéi qu'à mon penchant et à ma fantaisie. J'ai éludé à regret des monstres sacrés comme Goethe, Diderot, Byron, Dickens, au profit d'écrivains qui n'encombrent pas les autoroutes de la célébrité : P.-J Toulet, Luc Dietrich, Maurice Sachs, Malcolm de Chazal .. pour la simple raison qu'ils m'ont communiqué leur magie."

Classés selon une découpe thématique psycho-philosophique, en "soleils païens, magiciens, assoiffés d'absolus, fracasseurs de vitres, printemps foudroyés,  etc ...."  les portraits des écrivains s'enchaînent, alertes, scintillants, soutenus d'un extrait représentatif de leurs oeuvres.  L'occasion pour le lecteur de retrouver Rabelais, Cocteau, Colette, Lewis Carroll, Musset, Apollinaire, Zola, Genet, Céline, Cendrars, Jean d'Ormesson, Anaïs Nin, Gide, Balzac, Montaigne, Napoléon, De Gaulle, Baudelaire, Giono, Camus, Mauriac, Daudet, Carson McCullers... au gré de sa propre fantaisie, de s'offrir de nouvelles rencontres et  de se délecter de formules qualificatives, magistralement ciblées.

" L'Européen  fourdroyé", Stefan Zweig - cher à notre blog - est ainsi qualifié de 'Sainte-Beuve à qui auraient été donnés, en plus de l'intelligence, la passion et l'amour.

L'essai est brillant, la passion littéraire, généreuse.

Apolline Elter

Ces amis qui enchantent la vie, Passions littéraires,  Jean-Marie Rouart, essai, Ed. Robert Laffont, août 2015, 910 pp

06 11 15

L'homme réseau-nable

_réseau nable.jpgUn jeu de mot si approprié !

« L'homme réseau-nable » de Lionel Naccache n'est pas un livre à lire en une heure en diagonale, c'est un livre très intéressant et passionnant. Dans l'avant-propos, il définit l'ouvrage : « L'hypothèse centrale de ce livre est que la connaissance de l'architecture fonctionnelle des réseaux de neurones qui composent un cerveau peut nous aider à comprendre celle des réseaux interindividuels qui structurent les sociétés humaines. » 

Vous découvrirez la notion de « voyage immobile » avec entre autres cette uniformisation massive, que nous connaissons. Tous ces lieux qui sont identiques et nous l'impression de ne plus « voyager » : Le centre commercial, l'aéroport international, l'hôtel de l'homme d'affaires en voyage quelque part entre l'Asie du Sud-Est et l'Europe de l'Est, la salle du complexe de cinéma, le magasin Ikea d'Arhus au Danemark ou celui de Sendai au Japon, le café « branché » et connecté, la station balnéaire, celle de sports d'hiver... Sa théorie est que la crise d'épilepsie est un « voyage immobile » microcosmique ! Pour argumenter la thèse, il fait aussi appel aux mots : « « Convulsions de l'Histoire » : l’expression est devenue si banale aujourd'hui, que nous en oublions souvent le sens premier. « Convulsions », ou le symptôme le plus connu de l'épilepsie. »

Quelques chiffres aussi nous interpellent. L'auteur est neurologue, professeur de médecine à la Pitié-Salpêtrière, directeur d'une équipe de recherche à l'Institut du cerveau et de la moelle épinière. « Un neurone est en contact physique permanent avec environ 10.000 neurones. Si l'on considère qu'un cerveau humain compte environ 80 à 100 milliards de neurones, le nombre de points de circulation unidirectionnels de cette information nerveuse avoisine donc... les 10 exposant 11 x 10 exposant 4 divisés par 2, soit 5000 billiards de synapses ! »

Il faudrait évoquer la synchronisation des masses et des lieux habités « par l'établissement rapide et efficace de voies de circulation physique à grande échelle. Ces transformations incluent le développement important des lignes ferroviaires, ainsi que la massification du transport automobile qui ne devait plus être réservé aux seules élites. Dans l'Allemagne nazie, cette politique des transports trouvera son aboutissement le plus éloquent dans la marque-slogan Volkswagen, la « voiture du peuple ». Voitures du peuple qui propulsent les individus sur ces véritables faisceaux organisés que sont les autoroutes, dont les premières furent imaginées et conçues par le régime fasciste de Mussolini. »

Et de retracer notre évolution : « D'un point de vue évolutif, il ne fait aucun doute qu'une fois le cerveau devenu conscient, et donc riche d'un « format universel » de communication des contenus mentaux individuels, l'aventure sociale a dû connaître un envol sans précédent, un envol « pré-historique ». Puis ces sociétés ont fait leur entrée fracassante dans l'Histoire il y a environ six mille ans, avec l'invention des systèmes d'écriture et de lecture. Ces systèmes autorisent la transmission explicite de contenus mentaux et de postures cognitives à travers les générations. »

La réflexion d'Auguste Comte confirme joliment  : « Il y a plus de morts que de vivants, et ce sont les morts qui dirigent les vivants. »

J'en reste là, mais j'ajoute encore ce passage qui équilibre le côté « masse » et le côté « individu » : « Notre société a réussi à aménager une place pour la « raison de l'individu », aux côtés des places envahissantes de toutes ces autres raisons qui nous entourent depuis la nuit des temps : la raison du plus fort, la raison d’État, la raison de l'argent, la raison des intérêts collectifs, la raison de la nation, etc. Une place sans pareille pour la raison d'un bonhomme parmi des myriades. »

 

Jacques MERCIER

 

« L'homme Réseau-nable » (Du microcosme cérébral au macrocosme social), Lionel Naccache, Edition Odile Jacob, sciences, 150 pp. 22,90 euros.

 

 

25 10 15

« Toute littérature est assaut contre la frontière.» (Franz Kafka)

Histoire, forme et sens en littérature.jpgNé à Tournai le 11 décembre 1947, l’écrivain, poète, critique et essayiste belge de langue française Marc Quaghebeur dirige les Archives et Musée de la Littérature au sein de la Bibliothèque royale Albertine à Bruxelles et il préside l’Association européenne des Études francophones.

Centrées sur l’articulation entre histoire et esthétique, ses recherches, après s’être attachées notamment à Arthur Rimbaud (sa thèse de doctorat défendue à l’UCL s’intitule L'œuvre nommée Arthur Rimbaud), se sont concentrées sur les littératures francophones, de Belgique et d’Afrique principalement.

Il vient de faire paraître à Bruxelles, aux Éditions P.I.E. Peter Lang et dans la collection « Documents pour l’Histoire des Francophonies/Théorie » qu’il dirige, une passionnante compilation de courts essais (parus dans des revues universitaires publiées à Bruxelles, à Anvers ou à Gand, mais aussi à Poznań, à Paris, à Tübingen, à Vienne, à Bologne ou à Viseu au Portugal, et parfaitement accessibles à un public non spécialiste) intitulée Histoire, forme et sens en littérature – La Belgique francophone Tome 1 L’engendrement (1815-1914)dans laquelle il se penche, avec la sagacité, l’érudition et la science qu’on lui connaît dans ces matières complexes, sur la nature profonde de la littérature – en ce compris ses formes originales – et de la langue des écrivains belges francophones.

Voici ce qu’il en dit, en guise de présentation de son ouvrage :

« La Belgique ? Une entité pas comme les autres en Europe. La révolution de 1830 accouche d’un pays moderne. Il ne correspond pas à l’équation Langue/État/Nation.

De cette particularité surgit, en un demi-siècle seulement, la première littérature francophone consciente d’elle-même et porteuse de chefs-d’œuvre dans lesquels s’inventent des formes issues de cette histoire singulière.

Cette jeune littérature, qui émerge dès les années suivant la bataille de Waterloo et le Congrès de Vienne, se révèle très vite d’une grande richesse.

Dans ce premier tome d’une série de cinq, on comprendra combien les textes littéraires belges du XIXe siècle se démarquent subtilement ou ouvertement des modèles français : transgénérique et carnavalesque chez De Coster, mais aussi première fiction coloniale chez Nirep ; hantise du pictural chez Verhaeren ; questionnement de la langue chez Maeterlinck ; persistance du mythe nordique dans le dernier Eekhoud, dix ans après l’armistice de 1918 ; recours à la science-fiction chez Rosny.

Les mythes, les hantises, les singularités de cette littérature trament une cohérence que ce livre entend restituer ; une plongée nouvelle dans l’histoire et l’historiographie littéraire, au-delà de l’approche canonique traditionnelle. »

Table des matières :

S'inscrire au cœur du légendaire

Aux confins du réel ; au bord du fantastique

Se figurer à l'heure des littératures nationales

Le XVIe siècle, un mythe fondateur

Avatars et permanence du mythe du XVIe siècle

Se vivre à travers l'Europe

Bruxelles, ville d'accueil, creuset d'une littérature

De Paris à Bruxelles. Et de Bruxelles à Paris

S'inventer entre historisation et carnavalisation

Dire et transcender une Histoire qui échappe aux normes des États-nations.

La Légende d'Ulenspiegel de Charles De Coster

Science  et Zwanze à la conquête de l'empire  colonial.

Nirep et Les Mystères du Congo

S'écrire dans une langue à soi

Théorisation  de la littérature à la fin du XIXe siècle.

Nautet, Picard, Verhaeren, Maeterlinck, Mockel, Destrée

Un premier laboratoire

Le Cahier bleu de Maurice Maeterlinck

Le pictural comme métaphore du combat pour la littérature, James Ensor d'Émile Verhaeren

Se lire au tournant du siècle

De la scène à la flore, un même fil imaginaire

L'Intelligence des fleurs de Maurice Maeterlinck

Au seuil de 1914

La Force mystérieuse de Rosny aîné

Se dire après le désastre

Un regard étranger assoit le mythe de la Belgique

Magrice en Flandre de Georges Eekhoud

L’inoubliable figure d'Émile Verhaeren.

Il y a 40 ans de Maria Van Rysselberghe

Bernard DELCORD

Histoire, forme et sens en littérature La Belgique francophone Tome 1 L’engendrement (1815-1914)par Marc Quaghebeur, Bruxelles, Éditions P.I.E. Peter Lang, collection « Documents pour l’Histoire des Francophonies/Théorie » n°40, septembre 2015, 433 pp. en noir et blanc au format 15 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 47,10 €

19 10 15

« Notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres. » (Marcel Proust)

Chroniques par Marcel Proust.jpgIssu d'une famille aisée et cultivée – son père est professeur de médecine à Paris–, Marcel Proust (1871-1922) fut un enfant de santé fragile et toute sa vie il aura des difficultés respiratoires graves causées par l'asthme.

Très jeune, il fréquente des salons aristocratiques où il rencontre artistes et écrivains, ce qui lui vaut une réputation de dilettante mondain. Profitant de sa fortune, il n'a pas d'emploi et il entreprend en 1895 un roman qui reste à l'état de fragments (publiés en 1952, à titre posthume, sous le titre Jean Santeuil).

En 1907, il commence l'écriture de son grand œuvre, À la recherche du temps perdu, dont les sept tomes sont publiés entre 1913 (Du côté de chez Swann) et 1927, c'est-à-dire en partie après sa mort ; le deuxième volume, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, obtient le prix Goncourt en 1919. Marcel Proust meurt épuisé, le 18 novembre 1922, d'une bronchite mal soignée. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris, accompagné par une assistance nombreuse qui salue un écrivain d'importance que les générations suivantes placeront au plus haut en faisant de lui un véritable mythe littéraire. [1]

Les Éditions Gallimard à Paris ont réédité ces jours-ci dans la collection « L’imaginaire », ses Chroniques parues pour la première fois en 1927, et donc cinq ans après son décès, à l’instigation de son frère Robert.

Voici la présentation qu’il en donna à l’époque :

« M. Gallimard et moi avons réuni dans ce volume, sous le titre de Chroniques, un ensemble d’articles de mon bien-aimé frère Marcel Proust, articles parus au cours d’une période de trente années qui va de 1892 à 1921. La plupart de ces articles ont été publiés dans Le Figaro avec la direction duquel mon frère entretint toujours les plus amicaux rapports. Dès 1900, Gaston Calmette lui avait témoigné la sympathie la plus affectueuse en lui offrant la plus large hospitalité dans son journal, ce dont Marcel lui fut toujours très reconnaissant et le remercia plus tard en lui dédiant Du côté de chez Swann, et avec Robert de Flers, Marcel noua dès le collège les liens d’une amitié profonde qui ne s’est jamais démentie.

En dehors de ces articles publiés dans Le Figaro, les autres articles que contient ce volume ont paru dans Le Banquet, dans Littérature et critique, dans La Revue Blanche, dans La Nouvelle Revue Française. C’est dans La N.R.F. dirigée alors par le cher Jacques Rivière et qui était pour Marcel comme son foyer, qu’ont été publiés en 1920 et 1921 ses derniers articles.

Pour classer ces diverses études, nous les avons groupées sous quatre rubriques : Les salons. La vie de Paris – Paysages et réflexions – Notes et souvenirs – Critique littéraire.

Nous avons pensé que les lecteurs d’À la recherche du temps perdu seraient heureux de connaître de Marcel Proust jusqu’aux plus reculées de ses œuvres de jeunesse et de pouvoir ensuite suivre pas à pas l’évolution de sa pensée. »

Robert Proust, septembre 1927.

Des choses vues, donc, et par un témoin de la trempe de Victor Hugo ! [2]

Bernard DELCORD

Chroniques par Marcel Proust, Paris, Éditions Gallimard, collection « L’imaginaire », septembre 2015, 263 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,50 € (prix France)


[2] Choses vues est un recueil de notes et de mémoires de Victor Hugo, publié à titre posthume sous la forme de deux séries, en 1887 et en 1900.