03 08 15

Un lanceur de vitriol…

Souvenirs et polémiques par Léon Daudet.jpgLéon Daudet, résume Wikipédia, est un écrivain, journaliste et homme politique français, né le 16 novembre 1867 à Paris 4e et mort le 30 juin 1942 (à 74 ans) à Saint-Rémy-de-Provence.

Républicain converti au monarchisme, antidreyfusard et nationaliste clérical, député de Paris de 1919 à 1924, il fut l'une des principales figures politiques de l'Action française et l'un des collaborateurs les plus connus du journal de ce mouvement.

La bibliographie des œuvres de cet écrivain engagé et prolifique est énorme : plus de 300 notices sur le catalogue de la BNF. Il reste aujourd'hui son œuvre de mémorialiste, six volumes de « choses vues » de 1880 à 1921, « prodigieux Souvenirs », comme disait Marcel Proust qui ajoutait : « Les ressemblances entre Saint-Simon et Léon Daudet sont nombreuses : la plus profonde me semble l'alternance, et l'égale réussite, des portraits magnifiquement atroces et des portraits doux, vénérants, nobles [1] ».

Établie par l’historien Bernard Oudin, préfacée par le professeur au Collège de France Antoine Compagnon et parue chez Robert Laffont dans la fameuse collection « Bouquins », la nouvelle édition des Souvenirs et polémiques du fils aîné d’Alphonse rassemble ses réminiscences endiablées à propos des milieux littéraires, politiques, artistiques et médicaux [2]Fantômes et Vivants, 1914, Devant la douleur (1915), L’Entre-Deux-Guerres (1915), Salons et Journaux (1917), Au temps de Judas (1920), Vers le roi (1921) –, celles de son expérience de Député de Paris (1919-1924) parues en 1933, de son « Paris vécu » (Rive droite, 1929, Rive gauche, 1930) écrit en exil à Bruxelles ainsi que Le Stupide XIXe siècle (1922), période qu’il vouait aux gémonies.

Époux un temps de la petite-fille de Victor Hugo, antisémite virulent, ami de Maurras, romancier, journaliste, éditorialiste de l’Action française, essayiste, critique, mémorialiste, membre du jury Goncourt [3], il fut avant tout un extraordinaire polémiste usant d'une violence verbale aujourd'hui inimaginable.

« S’il mit son talent au service de causes extrêmes, écrit l’éditeur, lançant des affirmations à l'emporte-pièce, tenant des propos injustes et calomnieux, nul n'aura su comme lui faire le portrait au vitriol de ses contemporains, esquisser une silhouette en quelques traits mordants, trouver la formule assassine contre l'adversaire, décrire avec une verve jubilatoire les ridicules d'un salon, d'une académie, d'une assemblée parlementaire, d'un tribunal, évoquer l'ambiance hallucinante des hôpitaux de sa jeunesse ».

Et, un exemple valant mieux que tous les discours, voici un extrait de Fantômes et Vivants qui parle d’un dîner chez la princesse Mathilde vers 1890 :

La princesse, à laquelle chacun s’accordait – je ne sais pourquoi – à trouver grand air, était une vieille et lourde dame, au visage impérieux plus qu’impérial, qui avait le tort de se décolleter. (…)

En dépit de Taine, Renan et Sainte-Beuve, elle était demeurée épaisse et sommaire. Je l’ai vue ne parlant plus guère, fixant sur ses invités à la ronde des yeux bovins et méfiants. (…)

L’ennui immense pleuvait du plafond sur la table chargée d’aigles, de verreries et de fleurs, sur les convives, qui peinaient pour animer ce cimetière d’une société jadis brillante, sur la maîtresse de maison déjà lointaine, sur les mollets rebondis des larbins.

On sortit de la table mortuaire, où la nourriture, je dois l’ajouter, était à la fois exécrable et parée, le poisson, sans goût ni sauce, prenant la forme d’une côtelette, et le rôti baignant sur une eau saumâtre, comme si le bœuf était demeuré toute la nuit assis dans une mare.

N’en jetez plus !

Bernard DELCORD

Souvenirs et polémiques par Léon Daudet, édition établie par Bernard Oudin, préface d’Antoine Compagnon, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », mars 2015, 1 504 pp. en noir et blanc au format 13,4 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 32 € (prix France)



[1] Cité par Kléber Haedens dans la préface des Souvenirs Littéraires de Léon Daudet, Grasset, coll. Poche, 1968, pp. 9 et 16.

[2] Il fut un temps étudiant en médecine.

[3] Il a fait obtenir en 1919 le Prix Goncourt à Marcel Proust (pourtant de mère juive et surtout dreyfusard) qui le lisait et est resté son ami (Proust lui a dédié Le côté de Guermantes).

21 07 15

Flops en stock…

Les petites bêtises du marketing .jpgDans Les petites bêtises du marketing publié à Paris chez François Bourin Éditeur, un livre instructif à bien des égards, Catherine Heurtebise, une journaliste spécialisée en marketing et communication, rapporte une soixantaine d’exemples de « plantages » commerciaux des plus grandes marques mondiales.

Parmi ceux-ci : les échecs cuisants du cola transparent de Pepsi et de l’eau fluo de Perrier, le flop des parfums Bic vendus dans les bureaux de tabac, la lessive Persil Power qui troue les vêtements, la bière Kronenbourg sans goût destinée au public féminin, la pièce de 10 francs de la Monnaie de Paris qui valait 50 centimes, le yaourt bio « Vrai » sans fruits bio, la recherche du « chômeur de l’année » par Benetton, la Renault 14 dont la marque met en avant sa forme de poire, le choix du nom « Première Classe » pour des hôtels d’une seule étoile, la Rolex à 50 ans de Séguéla…

Business communication as usual

Bernard DELCORD

Les petites bêtises du marketing par Catherine Heurtebise, Paris, Éditions François Bourin, collection « Économie », mai 2015, 160 pp. en noir et blanc au format 13 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,99 € (prix France)

20 07 15

Contre la rage verte !

Petit traité d’anti-écologie à l’usage des lecteurs méchants.jpgIl est toujours surprenant de constater que d’aucuns s’essaient à débattre avec sérieux des épouvantails catastrophistes que les intégristes de l’écologie politique brandissent en conclusion de leur prêchi-prêcha mêlant trouille et diabolisation du contradicteur sous un vernis de démonstrations pseudo-scientifiques…

Heureusement, certains esprits éclairés évitent ce travers.

Ayant déjà fait paraître coup sur coup en 2013 aux Belles Lettres à Paris un hilarant Égalité, taxes, bisous ainsi qu’un désopilant Petit dictionnaire incorrect mais vaillamment illustré (avec Olivier Vitri), H 16 – dont on se régale de la prose assassine sur le blog H16free.com – a lancé chez le même éditeur un nouveau brûlot encore plus politiquement incorrect, intitulé Petit traité d’anti-écologie à l’usage des lecteurs méchants qui fera grincer des dents les ayatollahs du réchauffisme, les tartuffes de la décroissance et les adorateurs bigots de la Planète – qui n’est, rappelons-le au passage, qu’une simple planète, sans majuscule déifiante…

Cognant dur là où cela fait mal, l’auteur, après avoir tordu le cou de quelques lieux communs erronés colportés par les salafistes verts, explique avec gouaille pourquoi le réchauffement climatique, dont on nous assure la voix tremblante qu’il est à nos portes, n’en finit pas d’arriver – l’apocalypse climatique ayant été annoncée successivement pour 2010, puis 2012, puis 2016, pour le plus grand profit de ses prédicateurs, comme le bug de l’an 2000 (qui n’eut pas lieu, bien entendu) a rempli les poches des pythonisses de l’informatique…

H 16 explique ensuite pourquoi on ne manquera jamais d’énergie bon marché, avant de dresser avec une joyeuse férocité la typologie des fluffies, « ces gentils petits altermondialistes duveteux toujours à la pointe du combat pour la nature et contre l’humanité ».

Un livre à savourer, ligne après ligne, en pleine nature et sous le soleil !

Bernard DELCORD

Petit traité d’anti-écologie à l’usage des lecteurs méchants par H 16, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Les insoumis », mai 2015, 110 pp. en noir et blanc au format 9 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 9 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié les quelques lignes suivantes, joyeusement provocatrices :

En réalité, le réchauffement climatique est en panne

Vous n'en entendrez probablement parler ni dans les jolies pages « Planète » d'un journal Le Monde transi d'amour pour les thèses réchauffistes, ni dans celles consacrées à la terre d'un Libération en phase terminale, ni même, soyons honnête, dans le reste d'une presse tout acquise aux escrocs de la climatologie politique, mais pourtant cette nouvelle mériterait de faire les gros titres : le réchauffement climatique est en panne depuis plus de seize ans.

Oh, ce n'est pas moi qui le dis.

Ce n 'est pas non plus l'une de ces misérables sectes crypta-négationnistes du climat qui osent publier pamphlets sur articles séditieux, décrivant en détail les magouilles et abominations scientifiques auxquelles se livrent certains chercheurs subventionnés pour tenter d'apeurer une population en lui prédisant un futur à base de rôtisserie planétaire, d'inondations bibliques et d'ouragans cyclopéens. Bien sûr, ces sectes n'hésiteront pas à relayer la nouvelle […], sans prendre la peine de ménager les tristes existences de tous ceux qui dépendent de façon cruciale d'une croyance ferme et résolue dans le dogme climatique.

Ce n'est pas non plus le résultat du travail d'un étudiant boutonneux dans le garage parental, fruit laborieux de bricolages statistiques douteux visant à prouver des choses incroyables à la face du monde.

Non.

La nouvelle est en fait sortie très discrètement du Met Office britannique en octobre 2012, sans le moindre battage médiatique, ni le moindre relais de la presse.

C'est intéressant puisque le Met Office est celui-là même qui, dans des précédents rapports, annonçait – en fanfare cette fois-ci – que la terre se réchauffait ou que l'année 2010 était la plus chaude jamais enregistrée.

Du reste, si l'on faisait les petits calculs en arrêtant les données à fin 2010, on observe bien un très léger réchauffement depuis 1997. Réchauffement qui s'évapore si l'on tient compte des dernières données collectées et qui permettent, de surcroît, de boucler une période de seize ans.

Cette période de seize ans n’est pas anodine, puisque c'est à partir d'une même période de seize ans, cette fois-ci de 1980 à 1996, qu'un réchauffement climatique a été observé et massivement médiatisé par toute une troupe de politiciens dont l'agenda collectiviste et interventionniste a pu ainsi se nourrir pendant les années qui suivirent.

Évidemment, à l'époque, cette accumulation de données sur une telle période était pertinente et permettait de prouver que le réchauffement déboulait, avec toute une cohorte de catastrophes au bout si, « tous ensemble », on ne mettait pas un terme rapide à notre méchante existence.

À présent, ces mêmes seize années sont – bien sûr – insuffisantes pour déduire quoi que ce soit. Tout juste le maintenant célèbre Phil Jones, directeur de recherche en climatologie à East Anglia, et mouillé jusqu'au cou dans les histoires de Climategate, accepte-t-il d'admettre que tout cela montre qu'on ne comprend pas encore assez les variabilités naturelles.

D'autres chercheurs (pas soupçonnés de corruption ou de magouilles antiscientifiques) sont, eux, obligés d'arriver à la conclusion logique que les modèles climatiques utilisés jusqu'à présent sont profondément viciés : après tout, ils prédisaient un furieux réchauffement pour la période en question, certainement pas une stagnation.

Caramba, donc, encore raté…

01 07 15

Une mystique sans Dieu ?

_bologne.jpgCet essai de Jean-Claude Bologne, membre récent de notre Académie royale de langue et de littérature françaises en Belgique, journaliste, écrivain, critique, « Une mystique sans Dieu » est magistral. Non seulement parce qu'il est truffé de références et de citations, mais parce qu'il nous remet en question avec talent. C'est toujours le but d'un bon livre !

 

Pour résumer brutalement le propos, l'auteur rappelle que « Vide l'anagramme de Dieu » ! Jean-Claude Bologne part d'une « illumination » qui ne devrait pas nécessairement être associée à la religion.

 

Depuis une quarantaine d'années, l'auteur explore l'histoire et la littérature pour retrouver les signes de l'expérience qu'il a lui-même vécue. On retrouve les illuminations religieuses, mais aussi d'autres, qu'il assimile à un « mysticisme athée ». Il examine les pistes, les possibilités. Et c'est un travail qui nous transporte.

 

Par exemple, à propos de l'ascèse et de l'écriture qui mènent à cet éblouissement : « Une écriture est un « donné », sans complément d'agent, car je ne puis croire à une force transcendante qui me dicte mes propres mots, qu'il s'agisse de Dieu, d'une muse ou de la Nature. Non pas un « donné par », mais un « donné », tout simplement, que je n'ai pas à « prendre », qui s'impose comme une évidence. Il peut s'agir de la première phrase, de ce tremplin sans lequel le livre ne pourrait pas prendre son élan. Souvent, elle m'est révélée par la marche, et épouse son rythme. C'est ma façon d'échapper au mythe de l'inspiration extérieure. »

 

Il cite Marcel Moreau : « A travers sa déraison, le possédé de verbe rend superflue toute démarche qui consisterait à confier à l'ordre idéologique ou religieux, matériel ou immatériel, son besoin d'être « sauvé ». »

 

Parmi les noms les plus souvent cités, on trouve sans surprise : Maître Eckhart : « Les hommes qui demeurent dans leur essence attachés aux choses créées resteront pour l'éternité dans cette essence, qu'on appelle l'enfer. De même, ceux qui ne laissent demeurer en eux que Dieu seul resteront dans leur essence : Dieu deviendra leur essence et le restera pour l'éternité. »

 

J'aime énormément ce paragraphe qui fait un constat de la réduction des expériences à leurs effets physiques et qui n'apporte que désenchantement...

« L'art est devenu décoratif, et la musique une manière polie d'attendre un correspondant au téléphone, ou de meubler les insupportables minutes de silence dans un ascenseur, sinon dans les toilettes d'un aéroport.

La Nature bien peignée dans les jardins publics fait ressembler les parterres à des tombes attendant la Toussaint.

L'amour a été un des tabous de la fin du Xxe siècle, cantonné aux mièvreries de la collection « Harlequin ».

L'extase religieuse elle-même se réduit à une collection d'angelots de plâtre, petits putti joufflus et fessus. Comment y ancrer encore notre espoir d'absolu ? Ce serait folie ! »

 

Jacques MERCIER

 

« Une mystique sans Dieu », Essai, Jean-Claude Bologne, Albin Michel, 328 pp. 20,90 euros.

 

 

 

11 06 15

Un sixième sens !

_6e sens.jpgL'auteur est professeur à l'université de Lyon. André Holley a déjà publié « Eloge de l'odorat » et « Le cerveau gourmand ». Ici, il nous propose avec « Le sixième sens », une enquête neurophysiologique sur un sixième sens, un sens intérieur par rapport aux cinq autres qui sont extérieurs.

Cela ajoute une palette nouvelle à notre sensibilité. Nos émotions sont-elles aussi influencées par les informations silencieuses de notre organisme ? C'est une question passionnante et dont cette étude apporte une ouverture incroyable à nos propres expériences.

« C'est une évidence », écrit l'auteur « Le cerveau est organisé pour recueillir et exploiter des signaux qui décrivent l'état du corps et les confronte aux signaux du monde du dehors pour les interpréter ».

On apprend plein de choses ! Comme ceci, que le cerveau ne consomme qu'1 petit % d'énergie pour répondre aux stimuli extérieurs comme une image, une mélodie, une senteur, une saveur.

Le livre est illustré par des croquis, des plans, des coupes. Il est enrichi de références.

La conclusion est que le cerveau montre clairement qu'il traite comme un sens à part entière une vaste catégorie de messages qui lui parviennent de l'intérieur de l'organisme.

L'ultime chapitre s'intitule « Le dernier mystère qui reste » !

 

Jacques MERCIER

 

« Le sixième sens », une enquête neurophysiologique, André Holley, Essai, Collection sciences, Edition Odile Jacob, 218 pp. 22,90 euros.

07 05 15

Un très grand livre ! Cosmos...

 

_cosmos.jpgVoici un très grand livre ! Un de ceux qui peuvent bouleverser notre façon de penser, changer notre existence. A nouveau, je ne veux pas trop vous en dire, sinon qu'on peut comprendre à la fois que Michel Onfray est le philosophe, penseur, français le plus lu et aussi celui qui est le plus mal accueilli par les « pouvoirs » en place, dans tous les domaines...

J'espère que ces quelques mots appelleront votre curiosité...

Voici quelques phrases, choisies parmi les pages de notes que j'ai écrites en parcourant « Cosmos ».

 

« Nous nous détachons de plus en plus du réel pour nous contenter de jouir des images que nous nous faisons de lui. »

 

 

« Un rapport sain, apaisé, joyeux, courtois avec soi, les autres et le monde. Voilà vers quoi devrait tendre toute culture. »

 

Proverbe manouche : « Tout ce qui n'est pas donné est perdu. »

 

« Lentes, les émissions de télévision en direct étaient majoritaires au début de ce média ; trépidantes, elles sont devenues minoritaires, voire inexistantes. »

 

« La raison permettait la réflexion et s'adressait à l'intelligence de l'auditeur ou du spectateur ; la passion n'autorise que l'affect binaire, aimer ou détester, adorer ou haïr, kiffer ou niquer en vocabulaire postmoderne – le tout dans un faux temps, virtuel, devenu vrai, réel. »

 

« La confusion des temps empêche de partir à la recherche du temps perdu et de jouir du temps retrouvé, elle interdit qu'on connaisse la douceur de la nostalgie et la violence du désir des choses à venir. »

 

Spinoza : « Les hommes se croient libres parce qu'ils ignorent les causes qui les déterminent. »

 

« Le sexe, le sang, la mort : aucun animal n'y échappe ; les humains non plus, bien évidemment, eux encore moins que d'autres, même si certains d'entre eux montrent qu'ils le peuvent en indexant plus leur vie sur Eros que sur Thanatos – la tâche de toute philosophie digne de ce nom. »

 

« Les religions du Livre n'aiment et ne célèbrent que ce qui n'aime pas la vie.

 

Pour Celse : les animaux manifestent de l'intelligence ; ils construisent et bâtissent des cités comme les hommes ; ils témoignent de compassion envers leurs semblables ; ils s'avèrent prévoyants et sont donc capables de se projeter dans le futur ; ils enterrent leurs morts ; ils communiquent et disposent d'un langage qui leur permet d'échanger des informations sans se tromper ; ils disposent d'un savoir médicinal assimilable à de la magie ; ils prévoient l'avenir ; ils passent des contrats et honorent leurs serments ; ils se montrent doués de pitié filiale.

 

Le païen Celse n'avait pas mis de livres entre le monde et lui, il le voyait tel qu'en lui-même l'éternité ne l'a pas changé.

 

 

« Le nez dans les livres, les hommes ont cessé de le lever vers les étoiles. L'invention du livre éloigne le monde. La bibliothèque détourne du cosmos. »

 

« On découvrira que les intuitions atomistes d'il y a 25 siècles se trouvent globalement corroborées par les récentes découvertes scientifiques en la matière – alors que, depuis 2000 ans, la science n'a jamais confirmé une seule hypothèse chrétienne et les a même toutes invalidées – la géologie déclasse la thèse chrétienne de l'âge du monde, l'astronomie celle du géocentrisme, la psychologie celle du libre arbitre, le naturalisme darwinien celle de l'origine divine de l'hommes, l'astrophysique celle de l'origine créationniste du monde, etc. »

 

 

« Jésus, n'ayant jamais existé historiquement mais ayant été fabriqué par des juifs qui pensaient que le Messie annoncé était venu et qu'il était tellement vrai que ce qui fut prédit dans les textes s'est réalisé dans l'histoire, a généré une façon d'être, de penser, de peindre, de sculpter.

 

Le corps chrétien s'est construit sur cette fiction devenue réalité par la volonté des constructeurs de la mythologie chrétienne. »

 

« Constantin convertit l'Empire à la secte chrétienne en fabriquant du même coup la civilisation européenne. Les artistes furent les acteurs majeurs de cette scène historique, spirituelle, religieuse, idéologique.

 

Arcimboldo paraît être le premier à échapper à l'art chrétien. On ne trouve rien, dans sa trentaine de toiles connues, qui rappelle de près ou de loin le christianisme. »

 

« Le sublime surgit dans la résolution d'une tension entre l'individu et le cosmos. »

 

Michel Onfray dit qu'il s'agit ici de son « premier livre » (après 80 autres), je dirais qu'il est le plus important. Il s'agit d'une philosophie personnelle de la nature. Une sagesse humaine en harmonie avec le monde, tel est le propos.

 

Jacques MERCIER

 

« Cosmos », « Une ontologie matérialiste », Michel Onfray, Ed Flammarion 2015, 568 pp. 22,90 euros.

 

11 04 15

Mon père, cet anti-héros

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Le père de Marc Lavoine a été ce qu'on aime appeler un vrai héros de roman.

C'est aujourd'hui chose faite. Quand Marc Lavoine raconte son père, le lecteur a vraiment l'impression de se trouver en pleine fiction, face à l'imagination débordante d'un écrivain.

Ecrivain, Marc Lavoine, l'est, à n'en pas douter. Un vrai conteur maniant très bien la langue écrite et sachant planter le décor des années 60, 70 et 80.

L'homme qui ment est une parfaite réussite qui en appelle d'autres.

Ecoutez notre entretien qui a été diffusé en février dans Café de Flore dernier sur Radio Judaïca ;


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L'homme qui ment, Marc Lavoine, Fayard, janvier 2015, 198 pages, 17€00

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11 04 15

PMA, GPA, adoption, infertilté & cie

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Près d'un couple sur cinq consulte pour infertilité dans nos pays. Entre l'annonce, qui tombe comme un couperet, et la découverte d'un monde hyper médicalisé où l'humain peine parfois à trouver sa place, la procréation médicalement assistée (PMA) apparaît souvent comme une jungle inhospitalière.

C'est afin de défricher avec humour et légèreté, mais également une certaine rigueur scientifique, les méandres de la PMA qu'Audrey Leblanc et Audrey Malfione ont écrit LE Guide des couples infertiles, qui vient de paraître aux éditions Ker.

Interview réalisée par Nicky et diffusée sur Radio Judaïca dans l'émission Café de Flore le jeudi 26 mars :

 
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Guide de survie à l'usage des couples infertiles, Audrey Leblanc et Audrey Malfione, Ker éditions, 2015.

22 02 15

"Il faudra leur dire..."

9782221095928.jpgLa nuit du 30 janvier 1944, Ida, âgée de 14 ans est emmenée par trois soldats français. Née en France de parents juifs polonais, elle sera conduite seule vers l'enfer. Drancy, Birkenau, Auschwitz en février 1944, elle affrontera la proximité, la puanteur, la violence des camps. Elle luttera pour ne pas tomber malade du typhus. Elle y restera 17 mois dont deux hivers. Un simple numéro, une seule gamelle, mise au travail, Ida tentera de survivre à l'horreur.Elle échappera à la mort dès son arrivée au camp, tout simplement grâce à une coiffure qui lui donne l'allure d'une adolescente plus âgée. Elle s'en servira par la suite, ce qui la sauvera à plusieurs reprises. 

 

Au fil de ce livre intitulé "J'ai pas pleuré", Ida raconte ses conditions de vie, ses rencontres... Elle évoque régulièrement la chance dont elle a bénéficié. Affectée au commando de pierres, elle finira par travailler dans une usine d'armement. Les conditions de vie sont inhumaines, chaque jour, elle voit des compagnons d'infortune mourir de froid, de fatigue, de douleur... Les moindres détails de la vie au camp sont décrits. En janvier 1945, les Allemands évacuent Auschwitz. S'ensuit la marche de la mort pour Ida. Des kilomètres à marcher, en soutenant les autres qui n'avancent plus et finissent par périr sur le bord du chemin. Mais la maladie la rattrape. Emmenée dans une annexe du camp, elle sera soignée par Wanda, une infirmière déportée pour résistance. Elle cherchera à la revoir après sa libération, mais en vain. Ce n'est qu'en mai 1945, qu'Ida sera véritablement libre par des soldats soviétiques. Rapatriée en France, elle apprendra que son père ne reviendra pas.Haut et fort, elle clamera que si elle a craqué: "j'ai pas pleuré". 

 

Ce livre est né d'une rencontre particulière en 1988. C'était la première fois qu'Ida retournait à Auschwitz, elle a accepté d'accompagner un groupe de lycéens. Elle y rencontre Bertrand Poirot-Delpech. Ce dernier propose d'être son scribe. Ensemble, ils livrent aux lecteurs plus qu'un témoignage mais bien un espace de réflexion sur ce que des humains ont été capables de faire à d'autres humains.Mais il y a aussi tout "l'après". Comment tenter de revivre après tout cela?

L'auteur explique être investie de la mission de transmettre l'histoire. "L'oubli serait aussi intolérable que les faits eux-mêmes. (...) Je n'oublie pas que j'ai reçu une mission sacrée. Je revois les femmes qui me l'ont confiée, en partant pou Revier, l'antichambre de la mort:"Si vous rentrez, il faudra leur dire. Ils ne vous croiront pas, mais il faudra leur dire"."

"J'ai pas pleuré", est un livre poignant ouvrant sur d'autres perspectives de cette page noire de notre histoire. 

 

J'ai pas pleuré, Ida Grinspan et Bertrand Poirot-Delpech, éd. Robert Laffont, 252 pages, Paris, 2002

 

24 01 15

Une bibliothèque de rêve…

L'Internationale des francs-tireurs.jpgBruno de Cessole a été notamment journaliste au Figaro, à L'Express et au Point, et critique littéraire des Lettres françaises et des Nouvelles Littéraires. Il a dirigé La Revue des Deux Mondes et est actuellement rédacteur en chef du service culture de Valeurs actuelles. Il collabore également au journal Service littéraire.

Après son Défilé des réfractaires [1] en 2011, dans lequel il passait en revue les écrivains français véritablement anticonformistes et libres, la maison parisienne L’Éditeur a publié en 2014 son Internationale des francs-tireurs [2] qui le complète, puisqu’il y « convoque le panthéon mondial des écrivains libertaires ou contestataires », pour « acquitter une dette, celle contractée envers les auteurs qui l'ont nourri, éclairé ou encouragé ».

De Jane Austen à Stefan Zweig en passant par Karen Blixen, Giacomo Casanova, Franz Kafka, Anaïs Nin, Ezra Pound ou Virginia Woolf, l’auteur brosse 46 portraits d’écrivains connus ou méconnus du XVIIIe siècle à nos jours [3] dans un bel exercice d'invitation à la découverte ou à la relecture.

Car c’est un indéniable vent d’indépendance qui souffle dans les pages et les esprits de ces femmes et de ces hommes pour qui la plume crée le monde et le transforme, en dépit des pesanteurs contemporaines, du jugement de la société ou des bien-pensances de toutes obédiences.

Et pour être de bonne mesure, suggérons à Bruno de Cessole d’ajouter à sa liste déjà longue et fort pertinente les noms d’Hugo Claus, de John Flanders, d’Aldous Huxley, de Níkos Kazantzákis, de David Herbert Lawrence, de Boris Pasternak, de Chuck Palahniuk ou d’Alexandre Soljenitsyne pour garnir encore davantage les rayons de sa passionnante bibliothèque d’honnête homme vraiment libre…

Bernard DELCORD

L'Internationale des francs-tireurspar Bruno de Cessole, Paris, L’Éditeur, octobre 2014, 607 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France)


[1] « D’Aymé à Houellebecq, de Berl à Camus, de Colette à Kundera, de Suarès à Modiano, de Queneau à Muray, une cinquantaine de portraits d’écrivains français du XIXe siècle à nos jours figurent dans cette anthologie subjective, partiale, voire de mauvaise foi, et dessinent une certaine idée de la littérature, que l’auteur a défendue et défend toujours dans la presse. » (Babelio)

[2] « Franc-tireur : soldat qui ne fait pas partie de l'armée régulière. »

[3] Jane AUSTEN, Thomas BERNHARD, Karen BLIXEN, Jorge Luis BORGES, Anthony BURGESS, Lewis CARROLL, Giacomo CASANOVA, Cyril CONNOLLY, Joseph CONRAD, Gabriele D’ANNUNZIO, Lawrence DURRELL, Nicolás Gómez DÁVILA, Knut HAMSUN, Jim HARRISON, Ernest HEMINGWAY, Samuel JOHNSON, Ernst JÜNGER, Ismail KADARÉ, Franz KAFKA, Rudyard KIPLING, Giuseppe Tomasi di LAMPEDUSA,, Giacomo LEOPARDI, Jack LONDON, Malcolm LOWRY, Norman MAILER, Henry MILLER, Yukio MISHIMA, Vladimir NABOKOV, Vidiadhar Surajprasad NAIPAUL, Friedrich NIETZSCHE, Anaïs NIN, Paul NIZON, George ORWELL, Fernando PESSOA, Ezra POUND, Gregor VON REZZORI, Ernst VON SALOMON, James SALTER, Arthur SCHOPENHAUER, Italo SVEVO, Henry David THOREAU, Robert WALSER, Oscar WILDE, Virginia WOOLF, Alexandre ZINOVIEV et Stefan ZWEIG.