07 01 15

Les âmes blessées

 

 

_cyrulnik ames blessees.jpgBoris Cyrulnik, en gros traits, est un psychiatre et un psychanalyste. Il a vulgarisé le concept de « résilience » ; il s'occupe de la protection de la nature et des animaux, du droit de mourir dans la dignité, etc.

Il détaille son parcours dans ses mémoires, dont le 2° tome « Les âmes blessées » vient de paraître.

On a déjà parlé de « Sauve-toi, la vie t'appelle », tome Un, où il raconte son placement d'enfant juif (père russo-ukrainien et mère polonaise). Son nom signifie « barbier-chirurgien ». Il est placé en pension, puis recueilli à Bordeaux. Il échappe à une rafle et vit dans une ferme jusqu'à la Libération...

Parmi les phrases retenues : « Voilà ce qui se passe quand on pense au passé. Le sel de nos larmes nous transforme en statue et la vie s'arrête »

« Aucune histoire n'est innocente. Raconter, c'est se mettre en danger. Se taire, c'est s'isoler. »

« Une vraie rencontre provoque une influence réciproque. Deux mondes intimes interagissent et chacun modifie l'autre »

Il raconte ici des décennies de psychiatrie, l'éthologie, la folie, la psychothérapie. Un parcours professionnel passionnant et traversé par des personnalités comme Jacques Lacan, Henri Ey et Jean Delay. (Je renvoie au livre) Je veux seulement donner envie de le lire et je picore.

Dans le prologue, Boris Cyrulnik écrit : «Je me suis fait psychiatre pour expliquer le nazisme. »

Quelques extraits de chaque chapitre :

Chapitre 1 : Psychothérapie du diable.

« Un savoir fragmenté aide à faire une carrière, en fabriquant des hyperspécialistes, mais un praticien, lui, doit intégrer les données et non pas les morceler. »

« Les idées qui triomphent dans une culture ne sont pas forcément les meilleures, ce sont celles qui ont été les mieux défendues par un appareil didactique. »

« Tout innovateur est un transgresseur puisqu'il met dans la culture une pensée qui n'y était pas avant lui. Il sera donc admiré par ceux qui aiment les idées nouvelles et détesté par ceux qui se plaisent à réciter les idées admises. »

« Dans notre contexte scientifique du XXIe siècle, la notion d'instinct est devenue un non-sens, au même titre que l'opposition entre inné et acquis. Et même la notion de pulsion freudienne finit par ne pas dire grand-chose, tant elle est floue. »

Chapitre 2 : Folie, terre d'asile.

« Parmi les publications de cette époque, deux idées ont marqué ma manière de découvrir la psychiatrie : le cerveau connaît la grammaire et un cerveau lésé n'est pas foutu. »

« C'est par fidélité à soi-même qu'il convient de s'opposer à la théorie qu'on défendait hier. »

« Quand une théorie évolue vers la dictature alors qu'elle parlait de liberté, ceux qui continuent à la suivre révèlent leur soumission et leur perte de jugement. »

« Les guerres sont des révolutions culturelles, puisque, après chaque destruction, il faut reconstruire et penser une autre manière de vivre ensemble. »

 « La psychiatrie n'est jamais loin de la poésie. »

« La pensée paresseuse aime les étiquettes. »

Chapitre 3 : Une histoire n'est pas un destin.

« La pensée fixiste est avantageuse parce qu'elle donne des certitudes et des clartés aveuglantes. C'est confortable de voir un monde immobile, mais c'est tellement abusif ! »

« Un clinicien est contraint à la pluridisciplinarité. Un malade s'assoit près de lui, avec son cerveau, son psychisme, son histoire, sa famille, sa religion et sa culture. »

Épilogue

« Je ne suis qu'un témoin qui, croyant raconter le réel, n'a fait que peindre les objets auxquels il a été sensible. »

« Tout récit, qu'il soit scientifique ou littéraire, est une falsification du réel. »

« J'ai toujours été réticent aux théories qui mènent au pouvoir. »

« Une partie importante de mon monde intime s'est construit autour de la représentation des camps d’extermination. »

« A cause de la guerre, j'ai été atteint très jeune par la rage de comprendre. »

J'ajouterai ceci, qui colle bien au sentiment que j'ai après la lecture du livre : Certains livres sont de vraies rencontres.

« Quand on sort d'un livre en éprouvant le sentiment d'avoir vécu un événement, c'est que nous l'attendions, ce livre, nous espérions le rencontrer. (C'est arrivé à Boris Cyrulnik avec « J'ai mal à ma mère » de Michel Lemay - 1979) »

 

Jacques Mercier

 

« Les âmes blessées », essai, Boris Cyrulnik. Edition Odile Jacob, 2014. 232 pages. 22,90 euros.

 



 

 

 

06 01 15

11, rue de l'Assomption

" Ses défauts physiques sautent aux yeux. Elle est pourtant irrésistible. D'où tient-elle son charme? Les soupirants s'empressent autour d'elle. Pourquoi n'est-elle jamais à cours d'hommages"

"Elle", c'est Jeanne Pouchard as Fleury as Loviron as Voilier, dernier, grand et fol amour de Paul Valéry (1871-1945),  " Mon terrible toi "l'attributaire des Lettres à Jean Voilier que les éditions Gallimard éditaient en juin passé. Nous leur reviendrons.

 "La tentation est trop grande, même pour un homme aussi prudent et réfléchi. Il a beau considérer les enjeux, aligner les arguments, il est déjà trop tard. Le feu est là. L'étincelle va déclencher l'incendie. Ce 6 février 1938, au 11 rue de l'Assomption, Paul Valéry a trouvé sa passion, sa tortionnaire: Jeanne Voilier."

L'Académicien est  alors au faîte de sa gloire, il travaille comme un forcené, mène une vie familiale relativement rangée.

Une chose est sûre, " Jeanne Voilier n'est pas la femme d'un seul amour"

 Divorcée de Pierre Frondaie, avocate, écrivain, coquette et mondaine, Jeanne aimera Jean Giraudoux, Robert Denoël, en même temps que Paul Valéry, cloisonnant soigneusement ses idylles afin de les préserver.

 Avec cet art si sûr des mises en scène et perspectives, de la biographie et  de l'introspection,  Dominique Bona emmène le lecteur au coeur d'une passion époustouflante - celle que nourrit le poète, qui nourrit sa plume - d'une époque marquée par la guerre et d'une fin de vie désespérée,.

Une fresque lumineuse,  brillante, passionnante, de facture supérieure

Je vous en recommande vivement la lecture.

Apolline Elter

Je suis fou de toi,  Le grand amour de Paul Valéry, Dominique Bona, de l'Académie française, biographie, Ed. Grasset, octobre 2014, 298 pp

04 01 15

Un texte « dérangeant »…

L'affaire Simenon.jpgAlain De Preter est juriste de formation et il a exercé le métier d’avocat à Bruxelles pendant dix-sept ans. Depuis une dizaine d’années, il travaille en tant qu’éducateur dans un hôpital de jour pour adultes présentant des difficultés psychologiques. Il a également fait partie pendant plusieurs années de la Société belge de psychologie analytique C.G. Jung.

C’est dans le cadre de sa réorientation professionnelle (licence en sciences de la famille et de la sexualité à l’UCL) qu’il a rédigé L’affaire Simenon, un essai abondamment documenté paru aux Éditions Avant-propos à Waterloo, dans lequel il « se propose de répondre aux questions que la fille du romancier pose au sujet de son mal-être dans des écrits que son père a fait publier après son décès – Marie-Jo s’est suicidée le 20 mai 1978 à l’âge de 25 ans.

Dans ses Mémoires intimes, Georges Simenon [1] accuse sa seconde femme Denyse d’être responsable de la mort de leur fille et il prétend également que Marie-Jo lui aurait proposé d’avoir des rapports incestueux avec lui. Selon Alain De Preter, ces accusations ne résistent pas à un examen sommaire des faits qui révèle que Simenon entretenait une relation pour le moins ambiguë avec sa fille.

L’enquête change alors d’orientation et se focalise sur l’homme qui avait fait profession de raconter des histoires.

Qui était “Dad” ? À partir du concept de nécrophilie développé par Erich Fromm [2], l’auteur met au jour certains aspects de la personnalité de l’écrivain et donne sens à différents événements de la vie familiale qui, sans cela, restent incompréhensibles. La psychologie humaniste de Fromm permettrait également de comprendre comment – et selon quel processus – Simenon se serait rendu coupable de maltraitance envers les femmes de son entourage. »

La thèse se fonde donc sur les concepts de biophilie et de nécrophilie élaborés par Erich Fromm pour qui ils sont voisins des notions freudiennes de pulsion de vie et de pulsion de mort.

Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Voici ce qu’en a dit le professeur Yvon Pesqueux dans un cours donné en 2003 à l’Université Paris-IX Dauphine :

« En traitant le problème de la nécrophilie, Erich Fromm affirme que “la plupart des hommes possèdent en eux les deux types de tendances (biophilie et nécrophilie) à la fois, mais dans des proportions variées” [3], encore qu’il y ait des gens qui se vouent entièrement à la mort ou à la vie.

Littéralement, “nécrophilie” veut dire “amour des morts”, mais dans le cas de la perversion manifeste d’une tendance de l’amour de la mort, de détestation de la vie qui se rencontre chez un grand nombre de gens. Dans cette catégorie sont également rangées les personnes qui aiment raconter des histoires de maladie, de funérailles, etc.

Les traits distincts des personnes nécrophiles sont les suivants :

– Elles sont tournées vers le passé,

– Elles sont froides, distantes, fanatiques de la “loi et  de l’ordre”,

– Elles voient la force comme un moyen de détruire les autres.

Pour le biophile, l’humanité se divise en deux groupes contraires, le masculin et le féminin, tandis que pour le nécrophile, l’humanité se partage en deux “sexes”, les puissants et les impuissants. Le désir de manger un cadavre se rencontre chez ce type de gens en état inconscient, à savoir dans leurs rêves.

Dans la société moderne, l’individu porté à la nécrophilie aime tout ce qui est figé et mécanique. »

Une façon plutôt polémique, on en conviendra, de se pencher sur Georges Simenon à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de son décès et de fournir des clés d’interprétation de son œuvre…

Bernard DELCORD

L’affaire Simenon par Alain De Preter, Waterloo, Éditions Avant-propos, octobre 2014, 383 pp. en noir et blanc au format 15 x 23,5 cm sous couverture brochée bicolore, 29,95 €


[1] 1903-1989.

[2] Erich Fromm (1900-1980) est un psychanalyste humaniste américain d'origine allemande. Il est, avec Theodor Adorno et Herbert Marcuse, entre autres, un des premiers représentants de l'École de Francfort. Il est également connu comme un sociologue marxiste ayant fait la conjonction de Karl Marx avec Sigmund Freud. Il a enseigné au Bennington College, à l'Université Columbia, puis à l'université du Michigan et à Yale. Il fut le chef de file de l'école culturaliste à Chicago avant de rejoindre le MRI (Mental Research Institute) de l'École de Palo Alto puis de fonder et diriger la Société Mexicaine de Psychanalyse en 1956 tout en enseignant à l'Université Nationale Autonome du Mexique. (Source : Wikipédia.)

[3] Erich Fromm, Le cœur de l’homme, Paris, Éditions Payot & Rivages, collection « Petite Bibliothèque Payot », 2002, p. 47.

05 09 14

Du devoir moral

Les Devoirs (Cicéron).jpg

Le texte ci-dessous a paru dans la livraison du 05/09/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Dernière œuvre philosophique de Cicéron (106-43 avant J-C), le traité Les Devoirs, adressé à son fils à la fin de l'année 44, se penche sur la question de l'action appropriée en tentant de déterminer les formes de l'action morale, parfaite chez le sage.

Pour ce faire, le grand avocat romain explore successivement les concepts d'action morale, d'utile et d'honnête pour défendre la thèse selon laquelle on ne doit jamais tenir pour utile ce qui n'est pas honnête, car c'est en vérité l'honnête seul qui, tout bien considéré, est véritablement utile.

Cicéron a composé ce testament philosophique au moment où il entreprenait son dernier combat pour la République romaine contre les ambitions tyranniques de Marc-Antoine, qui s’appropriait alors l'héritage de César, mort quelques mois plus tôt.

Cet ouvrage, qui reparaît aux Belles Lettres à Paris dans une édition bilingue au texte latin établi par Maurice Testard et traduit en français par Stéphane Mercier, deux éminents latinistes belges de l’UCL, a connu un retentissement considérable dans l’histoire, marquant de son empreinte la pensée d’hommes aussi divers que Pline l’Ancien, Ambroise de Milan, Érasme, Kant, Montesquieu ou Frédéric II de Prusse.

Mais pas celle des politiciens, c’est sûr…

Bernard DELCORD

Les Devoirs par Cicéron, édition bilingue français-latin dirigée par Maurice Testard et traduite par Stéphane Mercier, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Classiques en poche », mars 2014, 495 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,50 € (prix France)

31 08 14

« L'école enseigne la prose, non la poésie. » (Benedetto Croce)

Moi, ministre de l'Enseignement.jpgUn an après la publication de son brûlot intitulé Les profs au feu et l’école au milieu, Frank Andriat remet un ouvrage sur le métier avec Moi, ministre de l’Enseignement, un essai paru aux Éditions de La Renaissance du livre dans lequel il dresse la liste des dix propositions dont l’application permettrait, assure-t-il, de renflouer le Titanic qu’est devenu selon nous l’enseignement en Belgique francophone, à savoir :

– défendre une école de l’excellence pour tous ;

– partir des besoins des élèves et des profs ;

– s’inspirer du bas pour aller vers le haut ;

– publier des programmes clairs et précis ;

– créer de l’espoir ;

– donner la primauté à l’éducation et à la culture ;

– être rassembleur plutôt que diviseur ;

– ne pas avoir de certitudes ;

– garantir une école du sens et de la liberté ;

– oublier les sondages et les statistiques.

De belles et bonnes idées, assurément, frappées au coin du bon sens et auxquelles nous ajouterions le retour aux fondamentaux de l’orthographe et du calcul, mais leur application dans un futur proche – il n’est pas interdit de rêver…– assainirait-elle les écuries d’Augias ?

Moi, ministre de l'Enseignement (Milquet).jpg

Rien n’est moins sûr, à notre avis, la situation de déréliction dans nombre de bahuts étant ce qu’elle est devenue en raison de l’incurie des politiques (un tweet récent de la nouvelle ministre de l’Éducation, contenant une grossière faute d’orthographe en est la preuve administrée), en raison de l’ignorance de pédagogues autoproclamés ou cooptés par des pairs insanes faisant des ravages parmi les futurs profs (ainsi, dans l’une nos universités les plus réputées, un des responsables essentiels de l’agrégation d’une importante section de la Faculté des Lettres sait à peine parler le français, et encore moins l’écrire… tandis que la dernière leçon donnée par plus d’un inspecteur tatillon remonte à des lustres), en raison de la médiocrité crasse de certains enseignants (prof moi-même, j’ai connu des collègues pour qui le préfet établissait à l’avance le calendrier de leurs absences « pour maladie », aussi prévisibles qu’injustifiées), en raison de la démission d’innombrables parents face à la consommation de shit et d’Internet jusqu’à point d’heure par leur progéniture, mais qui, en bons consommateurs brandissant leurs droits, exigent que leurs enfants « aient leurs points » à tout prix, y compris celui de la menace ou du chantage et, last but not least, en raison du manque d’intérêt d’innombrables jeunes pour qui, l’ascenseur social étant désormais hors d’usage et le chômage frappant dans tous les azimuts, la vraie vie est ailleurs qu’en classe…

Les métastases de ce cancer ne cessant de proliférer, faut-il craindre que la thérapie préconisée par Frank Andriat ne se voie appliquée au patient qu’après le décès de celui-ci ?

Non ! Car comme le village gaulois d’Astérix, des établissements scolaires et des profs résistent encore çà et là avec un succès indéniable, en se fondant sur un espoir jamais déçu : celui de l’incommensurable capacité de cœur – plutôt que de savoir, celui-ci venant alors par surcroît – d’une jeunesse de plus en plus métissée se débattant dans un monde que l’on dit globalisé, mais qui s’ingénie à lui fermer toutes les portes…

Bernard DELCORD

Moi, ministre de l'Enseignement par Frank Andriat, Waterloo, Éditions de La Renaissance du livre, août 2014, 156 pp. en noir et blanc au format 13 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 9,90 €

31 07 14

Envolées lyriques et diatribes profondes...

Les plus beaux discours (Jean Jaurès).jpg

Né à Castres (Tarn) le 3 septembre 1859, agrégé de philosophie et docteur, homme politique issu du monde rural, chrétien convaincu, dreyfusard, penseur et orateur hors pair, Jean Jaurès est l'un des pères fondateurs du parti socialiste français en 1902 et de la SFIO [1] en 1905 ainsi que du quotidien L’Humanité en 1904, auquel collaborent alors Anatole France, Octave Mirbeau et Jules Renard.

Pacifiste, Jaurès fut assassiné le 31 juillet 1914 par le nationaliste Raoul Villain [2] au Café du Croissant, 146, rue Montmartre à Paris (2e arrondissement), ce qui précipita le déclenchement de la Première Guerre mondiale par le ralliement de la gauche française, y compris de certains socialistes qui hésitaient, à l’« Union sacrée ».

Sa dépouille a été transférée au Panthéon en 1924 et ses idées métaphysiques ont fait l’objet d’une remarquable étude de feu Henri Guillemin (1903-1992), L’arrière-pensée de Jaurès parue chez Gallimard en 1966, dans laquelle sont exposés, avec la fougue qui était coutumière à l’historien bourguignon, les tenants et les aboutissants de l’engagement spirituel et politique du martyr de la paix qui avait aussi été député de Carmaux.

Pour commémorer le centenaire de son assassinat, les Éditions Librio à Paris ont rassemblé dans Les plus beaux discours les prises de parole les plus importantes de Jean Jaurès, notamment le discours des deux méthodes, le discours à la jeunesse et le discours de Vaise, prononcé la veille de sa mort.

Dans ces textes, il aborde de nombreuses questions :

Le socialisme est-il compatible avec la République ? Que propose le parti face à la crise du monde paysan ? Réformisme ou « classe contre classe » ? Quel rôle les prolétaires ont-ils joué dans l'histoire de France ? Que penser de la laïcité ? Peut-on vraiment être pacifiste en 1914 ?

Homme de valeur et de valeurs, notre tribun fut un protagoniste majeur du passage à la modernité de la République française au tournant du XXe siècle, et ses convictions généreuses n’ont pas pris une ride, si ce n’est que les socialistes d’aujourd’hui ne les partagent plus, tout occupés qu’ils sont par leurs jeux politiciens, leur ambition personnelle, leur course aux bonnes places et leurs affaires d’argent.

De quoi s’écrier : « Jaurès, reviens, ils sont devenus fous ! »

Bernard DELCORD

Les plus beaux discours de Jean Jaurès, Paris, Éditions Librio, collection « Idées »,  mai 2014, 127 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 3 € (prix France)


[1] Section française de l'Internationale ouvrière.

[2] Qui fut acquitté pour ce crime le 29 mars 1919 après avoir passé la grande Guerre en prison, devint par la suite un délinquant de droit commun, perdit plus ou moins la raison et fut exécuté par des anarchistes le 17 septembre 1936, durant la guerre civile espagnole, à Ibiza où il s’était finalement réfugié.

29 07 14

Bien dit !

Multilinguisme et orthophonie.jpgRassemblant les réflexions et partageant les pratiques professionnelles de nombreux contributeurs universitaires, l’essai coordonné par Henny-Annie Bijleveld, Françoise Estienne et Fabienne Vander Linden paru chez Elsevier Masson à Issy-les-Moulineaux sous le titre Multilinguisme et orthophonie fait le point sur deux questions cruciales, celle de pouvoir s’exprimer correctement dans plusieurs idiomes différents et celle des moyens à mettre en œuvre pour y parvenir.

Écoutons ces dames, grandes spécialistes de la question :

« Parler deux ou plusieurs langues est une réalité bien vivante et un phénomène qui a toujours existé, mais qui à l'heure de l'Europe et de la mondialisation prend, pour diverses raisons, de plus en plus d'ampleur.

Prendre en charge un enfant qui est, ou est devenu bilingue ou multilingue ne va pas de soi et soulève de nombreuses interrogations dont la plus récurrente est : ‘Comment faire la part entre un décalage éventuel dû au bilinguisme et une vraie pathologie du langage ?’

L’ouvrage que nous avons coordonné se propose de résoudre un certain nombre de ces interrogations.

Une première partie expose l'état de la recherche, décrit certains programmes mis en place pour favoriser l'apprentissage des langues et aborde des études réalisées sur ce thème.

Une deuxième partie apporte des éléments de réponse aux professionnels confrontés aux enfants multilingues et à leurs parents : comment les recevoir (surtout si on ne parle pas leur langue), comment pratiquer un bilan, quels tests appliquer et que valent ces tests, comment établir un diagnostic et quelles remédiations proposer.

Ce livre s'adresse aux orthophonistes logopèdes, psychologues, neurolinguistes, enseignants, traducteurs, parents et étudiants de toute obédience.

Un mot du titre : le terme bilinguisme ne correspondant plus à la réalité actuelle, notre choix s'est porté sur multilinguisme dans son acception la plus large, à savoir le fait qu'un individu soit capable de parler plusieurs langues, quelles qu'en soient les raisons et les modalités. »

En voici la table des matières et la liste des contributeurs :

Table des matières :

Première partie. Multilinguisme et recherches

Chapitre 1 Multilinguisme au fil des ans. Aperçu diachronique et critique de la recherche portant sur le multilinguisme. (Alain Braun)

Chapitre 2 Multilinguisme et cerveau, état de la question (Henny Bijleveld)

Chapitre 3 Multilinguisme et apprentissage. Le défi du multilinguisme dans l’enseignement. Enjeux – solutions – résultats. (Piet Van de Craen)

Chapitre 4 Countering the Pierre Menard Effect. EU Legal Discourse at a translational crossroads – Contre l'effet Pierre Ménard. Le discours juridique de l'UE face à l'enjeu de la traduction (Domenico Cosmai)

Chapitre 5 Multilinguisme en action. Les langues dès le plus jeune âge. Possible ? Tutti Frutti, expérience-création d’une école de langues pour enfants à Bruxelles. (Patricia Pitisci)

Deuxième partie : Multilinguisme et Orthophonie

Chapitre 6 Problématique et champs d’action. Les orthophonistes face au multilinguisme – résultats d’une enquête (Françoise Estienne, Fabienne Vander Linden)

Chapitre 7 Bi ou multilinguisme (précoce) et accueil thérapeutique. (Francine Couëtoux)

Chapitre 8 Le bilinguisme des enfants de migrants. Analyse transculturelle. (Stéphane Di Meo, Coralie Sanson, Amalini Simon, Muriel Bossuroy, Laura Rakotomalala, Dalila Rezzoug, Geneviève Serre, Thierry Baubet, Marie-Rose Moro)

Chapitre 9 Multilinguisme : quels enjeux pour l’orthophonie ? (Du bilan à la prise en charge orthophonique transculturelle. (Flora Lefebvre)

Chapitre 10 Le bégaiement de l’enfant bilingue. (Henny Bijleveld, Françoise Estienne, (Myriam Piccaluga, Bernard Harmegnies)

Le mot de la fin… Le multilinguisme en Europe. Le rôle des politiques d’éducation pour l’apprentissage des langues étrangères. (Ana-Carla Pereira

Conclure… Multilinguisme et orthophonie, une richesse à exploiter. (Françoise Estienne)

Les auteurs :

BAUBET Thierry,professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, AP-HP, Hôpital Avicenne, Service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent (Bobigny), Université Paris 13 Sorbonne, Paris Cité.

BOSSUROY Muriel,psychologue clinicienne, AP-HP, Hôpital Jean Verdier (Bondy), docteur en psychologie, Université Paris Descartes Sorbonne, Paris Cité.

BRAUN Alain, Ph.D psychologie et des sciences de l’éducation. Professeur à l’Umons, Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, service métrologie et science du langage.

BIJLEVELD Henny, Ph.D., professeure de neurolinguistique, Université Libre de Bruxelles, Recherche et thérapie du bégaiement.

COSMAI Domenico,Ph.D.,European Economic and Social Committee Brussels (Comité économique et social européen, Bruxelles).

COUËTOUX Francine, docteur en psychologie, Unité Petite Enfance et Parentalité Vivaldi, Paris.

DI MEO Stéphane, chef de clinique assistant, AP-HP, Hôpital Avicenne, Service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent (Bobigny), Université Paris 13 Sorbonne, Paris Cité.

ESTIENNE Françoise, philologue et logopède, professeur émérite de l’Université Catholique de Louvain, pratique au Centre universitaire d’audiophonologie des Cliniques Saint-Luc (UCL), Bruxelles.

HARMEGNIES Bernard,Ph.D., psychologie et sciences de l’éducation, professeur et Premier vice-recteur à l’Umons, Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, service de métrologie et science du langage.

LEFEBVRE Flora, orthophoniste en libéral, Nantes.

MORO Marie-Rose,professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, AP-HP, Hôpital Cochin, Maison des adolescents/Maison de Solenn, Paris, Université Paris Descartes Sorbonne, Paris Cité.

PEREIRA Ana Carla, Head of Unit "Skills and qualifications strategies; multilingualism policy", Directorate General Education and Culture, European Commission, Brussels.

PICCALUGA Myriam,Ph.D.,psychologie et sciences de l’éducation, professeur à l’Umons, Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, service de métrologie et science du langage.

PITISCI Patricia, fondatrice et directrice de l’École Tutti Frutti, école de langues pour enfants, Bruxelles.

RAKOTOMALALA Laura, psychologue RASED, docteur en psychologie, Université Paris 13 Sorbonne, Paris Cité.

REZZOUG Dalila,MCUPH, AP-HP, Hôpital Avicenne, Service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent (Bobigny), Université Paris 13 Sorbonne, Paris Cité.

 SANSON Coralie,orthophoniste, AP-HP, Hôpital Avicenne, Service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent (Bobigny), Université Paris 13 Sorbonne, Paris Cité.

SERRE Geneviève,pédopsychiatre, responsable du Centre du langage, AP-HP, Hôpital Avicenne, Service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent (Bobigny), Université Paris 13 Sorbonne, Paris Cité.

SIMON Amalini,psychologue clinicienne, AP-HP, Hôpital Avicenne, Service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent (Bobigny), docteur en psychologie, Université Paris 13 Sorbonne, Paris Cité.

Van de CRAEN Piet, Ph.D., professeur de linguistique (V.U.B), Brussel.

VANDER LINDEN Fabienne, logopède et psychomotricienne, Centre d’audiophonologie des Cliniques universitaires Saint-Luc (UCL), Bruxelles.

Un ouvrage par endroits quelque peu pointu, certes, mais néanmoins accessible aux lecteurs que la question intéresse.

Et ils sont légion, par les temps qui courent !

Bernard DELCORD

Multilinguisme et orthophonie – Réflexions et pratiques à l'heure de l'Europe, ouvrage collectif dirigé par Henny-Annie Bijleveld, Françoise Estienne & Fabienne Vande Linden, Issy-les-Moulineaux, Éditions Elsevier Masson, mai 2014, 222 pp. en noir et blanc au format 17 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 29 € (prix France)

24 07 14

Un projet pharaonique...

La saga d'Inga.jpgParue en coédition chez L'Harmattan à Paris et au Musée royal de l'Afrique Centrale à Tervuren, La saga d'Inga écrite par journaliste François Misser se penche sur l'histoire des barrages du fleuve Congo construits en 1972 et en 1982, Inga I et Inga II, des ouvrages qui, à ce jour, sont les plus importants édifiés en RDC depuis son indépendance en 1960.

On sait que le site majestueux d'Inga où toute la force du fleuve Congo vient s'engouffrer dans un étroit goulot offre le plus grand potentiel hydroélectrique au monde. Sur le mode du récit – revêtant parfois des allures de thriller –, l'auteur raconte avec brio l'aventure inachevée de la domestication de cette force sauvage.

Il évoque également l'avenir de ce site d'une capacité équivalant à une quarantaine de centrales nucléaires qui peut rendre des services considérables à l'environnement en contribuant à la lutte contre les effets du réchauffement climatique et de la déforestation, mais aussi et surtout en favorisant le développement économique du pays par l'essor de l'industrie minière et de transformation des autres ressources naturelles et par l'exportation d'électricité vers d'autres parties du continent.

Une étude sur le développement par étapes des barrages est d'ailleurs actuellement en cours, financée par la Banque africaine de Développement et diligentée par EDF International et la société canadienne RSW. Ses premières conclusions se montrent résolument optimistes sur la faisabilité du projet.

Mais à condition, bien entendu, que se restaure la confiance dans la capacité de l'État congolais à gérer cette manne. Sans quoi, les investissements nécessaires qui, en majeure partie, devront venir de l'étranger, feront défaut...

Bernard DELCORD

La saga d'Inga par François Misser, Paris-Tervuren, coédition L'Harmattan /Musée royal de l'Afrique Centrale, collection «Cahiers africains », mai 2013, 219 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 24 €

28 06 14

Livres-chocs...

Violence et vérité dans les littératures francophones.jpgRéunissant, sous la direction de Marc Quaghebeur, les transcriptions des entretiens ainsi que divers textes issus du colloque éponyme qui s'est tenu à Paris du 19 au 21 novembre 2008, organisé par l'Association européenne d'Études francophones (AEEF) et par le Centre Wallonie-Bruxelles en collaboration avec les Archives & Musée de la Littérature (AML, Bruxelles), les actes intitulés Violence et vérité dans les littératures francophones traitent en profondeur de douze livres, de douze auteurs [1].

Ces ouvrages concernent la Belgique, la Suisse, l'Europe centrale, le Québec, le Congo (avec l'excellent Mathématiques congolaises de notre ami In Koli Jean Bofane, auteur cette année d'un éblouissant Congo Inc. qui casse la baraque...), le Cameroun, les Antilles et le Maghreb dans une partie de sa grande diversité.

« Les conflits israélo-arabes, les séquelles coloniales au Maghreb, l'occupation américaine en Irak, le 11 septembre 2001, la mémoire européenne d'après le génocide, les guerres interafricaines ou les situations postcoloniales dans les Caraïbes y sont évoqués, comme la violence des éléments ou celle de l'univers avec lequel l'homme contemporain tente de rompre.

Quelque chose donc qui est l'Histoire, et qui est plus que l'Histoire telle qu'elle prétend se raconter ou se considérer [2] », écrit Marc Quaghebeur.

Et il a bien raison !

Tant le dynamisme, l'intelligence et la créativité sont grands parmi les écrivains des marches linguistiques de la France...

Bernard DELCORD

Violence et vérité dans les littératures francophones sous la direction de Marc Quaghebeur, Bruxelles, Éditions PIE Peter Lang, collection « Documents pour l'Histoire des Francophonies/Théorie », n°31, août 2013, 181 pp. en noir et blanc au format 15 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 42,80 €


[1] Nabile Fahrès, Mémoire de l'Absent, Valentin Yves Mudimbe, Shaba deux, Jean-Claude Pirotte, Absent de Bagdad, Hubert Haddad, Palestine, Daniel Maximin, L'Île et une nuit, Nourredine Saadi, La Nuit des origines, Bouthaïna Azami-Tawil, Le Cénacle des solitudes, Arezki Mellal, Maintenant, ils peuvent venir, Patrice Nganang, Temps de chien, Marie-Claire Dewarrat, Célébration, lois et coutumes de la guerre, In Koli Jean Bofane, Mathématiques congolaises, Régine Robin, L'Immense fatigue des pierres.

[2] Table des matières : 1. Rencontre de Fabien Honoré Kabeya Mukamba, Patrice Nganang et Marc Quaghebeur avec Nabile Farès et Valentin Yves Mudimbe. 2. À propos d'Absent de Bagdad par Marc Quaghebeur. 3. À propos de Shaba deux par Valentin Yves Mudimbe et Marc Quaghebeur. 4. À propos de Mémoire de l'Absent par Nabile Farès et Marc Quaghebeur. 5. Rencontre de Catherine Pont-Humbert avec Hubert Haddad, Daniel Maximin et Nourredine Saadi . 6. « Simple éloge de la paix ou les guerres du romancier » par Hubert Haddad. 7. « Histoire, violence, écriture » par Nourredine Saadi. 8. Rencontre d'Yves Chemla et Arezki Mellal avec Bouthaïna Azami-Tawil, Areski Mellal et Patrice Nganang. 9. « Dérouter la mort » par Bouthaïna Azami. 10. « Le doute nécessaire » par Patrice Nganang. 10. Rencontre de Bernadette Desorbay, Marie-Claire Dewarrat et Peter Klaus avec Jean In Koli Bofane, Marie-Claire Dewarrat et Régine Robin. 11. Rencontre de Peter Klaus avec Marie-Claire Dewarrat.

18 06 14

Bonnes et mauvaises nouvelles...

Décryptez l'information.jpgLe journaliste et essayiste français Jean-Luc Martin-Lagardette a fait paraître chez Dangles à Paris un fort intéressant petit ouvrage intitulé Décryptez l'information qu'il présente ainsi :

« Les médias, qui n'ont plus l'ambition de "rechercher la vérité", sont le lieu de nombreuses dérives et manipulations non sanctionnées. Certains commencent à s'alarmer de la perte de crédibilité qui en résulte. Pourtant, bien peu est fait pour garantir la qualité de l'information délivrée au public.

Si nous devons, nous les citoyens, les inviter à plus de rigueur et de déontologie et à rendre publiquement des comptes sur leur fonctionnement, il ne faut pas non plus attendre, pour être bien informés, qu'ils aient enfin pris conscience de cette nécessité et décidé les réformes nécessaires.

L'Internet, certainement plus libre et plus diversifié que les médias professionnels, est lui aussi le réceptacle du pire comme du meilleur. Aujourd'hui, nul ne peut vous garantir une information exacte et juste.

La solution ?

Sachez décrypter les informations que vous recevez et habituez-vous à rechercher vous-même la vérité !

Pas facile ?

C'est pourtant indispensable si vous voulez éviter de vous faire manipuler. »

Son ouvrage se penche successivement sur les notions de vérité et de recherche de celle-ci, sur l'influence exercée par l'informateur sur l'information, sur la qualité de l'information, sur la façon de réguler la presse avec les citoyens, sur les rapports entre l'information et la communication, sur l'attitude que doit adopter tout citoyen face à l'information, tout en fournissant au lecteur une grille d'analyse des contenus journalistiques et en proposant quelques exercices pour décrypter un article.

Un livre particulièrement utile, on en conviendra, par les temps qui courent de bourrages de crâne en tout genre...

Bernard DELCORD

Décryptez l'information – Pour ne plus vous laisser manipuler par les médias par Jean-Luc Martin-Lagardette, Escalquens, Éditions Dangles, mars 2014, 96 pp. en noir et blanc au format 11 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 9 € (prix France)