15 06 08

Alexandre et les minotaures

GEMMELLCe très bon roman de David Gemmell _ auteur britannique aujourd’hui décédé, champion tout terrain d’une « heroic fantasy » volontiers martiale, quoique non dénuée de subtilités politiques _ nous entraîne à nouveau dans la Grèce antique de Parménion (dit le « strategos »), le talentueux général spartiate au service de Philippe II de Macédoine. Il poursuit en effet l’intrigue narrée dans Le Lion de Macédoine, auquel il donne une conclusion où le fracas des armes n’a d’égal que les manigances de l’Esprit du Chaos pour s’emparer de l’âme d’Alexandre le Grand, le valeureux fils de Philippe… ou plus exactement de Parménion, si l’on en croit la version ici proposée par Gemmell !
Tout commence avec l’enlèvement dudit Alexandre par des sbires du Dieu Noir. Le jeune prince est transporté dans une Grèce située dans un univers parallèle. Une Grèce où les légendes sont réalité. Une Grèce qui porte le nom « d’Ægéa », où les Minotaures, Gorgonnes, Centaures et autres personnages mythologiques (les créatures de l’Enchantement) côtoient les êtres humains dans leur quotidien sans que cela suscite le moindre haussement de sourcil.
Dans ce monde, Philippe s’appelle « Philippos », et il est le Roi-Noir - un être malfaisant lancé dans une interminable série de conquêtes sanglantes et cruelles. Son principal objectif consiste à mettre la main au plus tôt sur Alexandre. En Ægéa, le prince est en effet devenu « Iskandre » - le seul individu capable d’ouvrir le Portail des Géants, unique moyen pour les créatures de l’Enchantement, vouées à disparaître autrement, de quitter ces terres où la magie se meurt peu à peu.
Dès l’annonce de son enlèvement parvenue aux oreilles de Parménion, ce dernier s’élance à sa recherche, secondé par Attalos, le fourbe champion de Philippe, qu’il apprendra progressivement sinon à respecter, du moins à apprécier. Ces deux héros pourront de surcroît compter dans leur quête trans-dimensionnelle sur le soutien plus ou moins masqué d’Aristote, le célèbre philosophe, précepteur d’Alexandre durant son enfance, qui en sait peut-être plus sur les événements en cours qu’il ne souhaite d’emblée en divulguer…
Il va sans dire que les embûches seront nombreuses sur leur chemin, de même que les batailles. Parménion devra ainsi convaincre les créatures de l’Enchantement - et tout particulièrement Gorgonne, la plus terrible d’entre elles - de les suivre, lui et Alexandre, jusqu’au Portail des Géants. Il devra aussi prendre la place de son double en ce monde (mort au combat), qui à l’inverse de ce qui lui est arrivé en Grèce est devenu roi de Sparte. C’est d’ailleurs à la tête des armées de la fameuse cité du Péloponnèse - auxquelles il donnera une touche de démocratie, en les renforçant de l’ensemble de la population d’esclaves de la ville – qu’il affrontera les hordes du Roi-Noir lors d’un engagement décisif pour l’avenir de Sparte et de ses habitants. Autant dire que son emploi du temps lors de son séjour en Ægéa ne lui laisse guère le temps de profiter du paysage !
Contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, les péripéties en ce lieu de notre brochette de héros ne constituent pas l’intégralité de ce roman. Elles se poursuivent ensuite sur plusieurs centaines de pages, alors qu’ils ont définitivement quitté cette Grèce enchantée pour revenir parmi nous. Cela confère un côté un peu bancal à la construction de cet ouvrage, qui n’a toutefois rien de déplaisant : il n’existe heureusement pas qu’une seule manière de raconter une histoire !
Que l’on apprécie ou non cet agencement hors-norme des diverses parties de l’intrigue, on ne saurait en revanche dénier à Gemmell un souffle épique qui nous emporte tout au long des pages du « Prince Noir ». L’histoire est dense et prenante, les personnages attachants ou révulsants, les enjeux cosmiques. Ce roman est donc chaudement recommandé à quiconque souhaite s’évader à travers le temps et l’espace pour aller à la rencontre d’individus hors du commun, qui vivent des aventures exaltantes, pleines de magie et d’émerveillement.
Franck Boulègue

David Gemmell, Le Prince Noir, traduit de l’anglais par Eric Holweck, 391 p., Mnémos, novembre 2007, 24€00.

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26 04 08

Conan intégral

CONANVoila qui ravira les fans du grand, de l’immense, de l’énoooorme Robert E. Howard. Cet écrivain culte - non pas l’inventeur de la Fantasy, il y en a eu d’autres avant lui- est le concepteur, entre autres, de Conan le Cimmérien. Conan qui est le vrai représentant de l’Heroïc Fantasy, celle du sang qui coule et de la sueur qui imprègne la peau. Conan, LE guerrier à l’état pur.
Howard débute les aventures de Conan en 1932 dans le mythique magazine Weird Tales. Depuis, le succès n’a jamais été démenti, que ce soit au cinéma, en dessins animés, dans les comic-books.
Conan, c’est l’Aventure, c’est l’épopée haute en couleur, ce sont des exploits en tout genre, des personnages plus grands que nature, des décors fabuleux. Il est devenu, au fil du temps, l’un des personnages de fiction les plus connus au monde.
Ce superbe volume contient toutes les nouvelles écrites entre 1932 et 1933, réunies pour la première fois en français. Un véritable événement.Le premier tome d’une série qui en comptera trois au total. Ces nouvelles sont présentées dans l’ordre de leur rédaction, avec des traductions neuves ou entièrement révisées. De plus, elles sont magnifiquement illustrées par le célèbre dessinateur Mark Schultz. De la très très belle ouvrage, assurément.
Marc Bailly

Robert E. Howard, Conan le Cimmérien, premier volume, traduction : Patrice Louinet et François Truchaud, illustration : Mark Schultz, avril 2008, 580 p., Bragelonne, 25€00.

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30 03 08

La Lyre volée

DUFOURFaut-il encore vous rappeler le concept de la collection Van Helsing ? En deux mots alors. Les descendants du célèbre chasseur de Dracula, Abraham Van Helsing, ont fondé une société, le Club Van Helsing, qui engage des chasseurs pour traquer les monstres de toutes sortes. Ici le monstre est un peu particulier puisqu’il s’agit d’une lyre. D’une lyre qui envoûte, qui rend ceux qui entendent sa musique complètement dépendants.
Hugo Van Helsing possède cette lyre, mais il se la fait voler et il engage Senoufo Amchis, le dernier Grand Maître des tueurs de cachalots des Açores, pour retrouver cet objet mythologique.
Senoufo se lance donc à la chasse.
Point ici, comme dans les autres épisodes de la série, de bagarres, de sang ou autres scènes hollywoodiennes. Ici tout est plus feutré, plus « doux », sans pour cela que ce soit ennuyeux. Nous sommes plus proche d’un thème du 19e que de la littérature moderne. Et pourtant, qu’est-ce qu’on se sent bien sous la plume de Catherine Dufour ! Et finalement, ce n’est pas si doux que ça. La violence se cache parfois sous de fausses apparences. Une belle réussite donc.
Marc Bailly

Catherine Dufour, Délires d’Orphée, Club Van Helsing, Baleine, 2007, 160 p., 9€90.

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01 03 08

Tant qu'il y aura des âmes

BROCKMEIERPour Laura Byrd, membre d’une expédition en Antarctique, le temps est compté. Après une panne radio, ses collègues sont partis chercher du secours. Lorsqu’elle comprend qu’ils ne reviendront pas et qu’elle est désormais coupée du monde, Laura se lance dans une improbable traversée de la banquise...
Elle brave tous les dangers, surtout ceux de la glace qui fond vite. Car depuis le début du XXIème siècle, malgré une prise de conscience écologique, le trou d’ozone est maintenant visible à l’oeil nu et le climat déstabilisé.
Entre-temps, dans une ville n’existant sur aucune carte, affluent de nouveaux arrivants. Car cette ville est la cité des morts. Ceux qui ont rendu l’âme s’y installent dans une vie provisoire, qui perdure tant qu’ils subsistent dans la mémoire d’un vivant.
C’est là que les récits se rejoignent ...
Une épidémie anéantit l’espèce humaine et peu à peu, les gens disparaissent de cette ville-fantôme... Mais pas tous...
Pendant des semaines, Laura peuplera l’au-delà de ses souvenirs, animera la ville au rythme de son cœur et tiendra sans le savoir le sort de l’humanité dans le creux de sa main...
Dans le premier chapitre, on se demande de quoi on parle et au détour de la page 16, on comprend qu’on est face à une conception de la mort en laquelle nous ne croyons pas mais dont nous perpétrons pourtant l’idée.
On n’est mort que quand plus personne ne pense à vous. Oui, voilà ce qu’on dit à un enfant pour lui expliquer la mort. "Grand-père est mort, il ne reviendra plus mais il vit dans ton coeur et dans ta tête. Il te suffit de penser à lui."
L'Allemand Kevin Brockmeier construit un récit sur ce principe, nous décrit à la fois la vie de Laura, la survivante et celle des âmes dont elle est "responsable". Petit à petit, vers un chemin inéluctable, celui auquel on refuse souvent de penser, nous avançons : qu’adviendra-t-il de tout cela quand plus personne ne sera là pour perpétuer le souvenir ?
J’ai apprécié l’absence d’idée foncièrement religieuse. On est plus dans une conception animiste voire athée de la mort. Le périple sur la banquise est passionnant : on frisonne comme Laura sous les assauts des -56°, on pleure de froid et on se sent dans l’isolement total.
Autre axe de réflexion : et si un jour, on était littéralement "seul au monde" ? Hanté par la certitude que plus personne ne vous parlera un jour... Devenir fou ou apprivoiser le silence.. avec ou sans l’étendue blanche de neige...
Critique d'une société qui voit à court terme, du consumérisme (c’est une petite canette rouge et blanche de soda qui est le vecteur de contamination), des risques de l’évolution (terrorisme biologique), de l’égoïsme, on y trouve beaucoup d’éléments qui portent à réflechir.
Blanche, originale, surprenante, thriller et sentimentale, une lecture au fond de la couette ou au coin du feu, mais un roman qui vous lave la tête tant il vous poursuit, le volume fermé ou fini.
Illustration hypnotique, très adaptée.
Véronique De Laet
Une brève histoire des morts de Kevin Brockmeier, traduit par Johan-Frédérick Hel Guedj, illustré par Trent Parke, Panama, août 2007, 301p, 23€.

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L’interview de Kevin Brockmeier

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19 02 08

Gothiques, les derniers romantiques ?

GOTHICBon ceci nous éloigne un peu de nos domaines de prédilection, quoique…
Ce dico aborde tous les pans du romantisme noir et du gothique du XIXe siècle à nos jours, des peintres préraphaélites à Marilyn Manson, de Baudelaire à Robert Smith des Cure. Il y a donc de quoi faire…
Des centaines d’entrées sur les écrivains, les lieux, les groupes, les arts (architecture, cinéma, musique, peinture).
Fans de black metal ou de Marylin Manson, fans de littérature fantastique, de vampirisme, de cinéma fantastique, de rock ou de comics, ce livre est certes pour vous.
Marc Bailly

«Le Dictionnaire Gothic» de Patrick Eudeline et Gabriel Gay, Scali, 200 pages, novembre 2007, 19€95

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19 02 08

L'épouvante, l'enfer du cinéma

DE LAROCHELa peur, cette angoisse qui nous étreint devant un écran de cinéma, face à des vampires, des zombies ou d’une porte qui s’ouvre devant l’inconnu. Nous l’avons tous ressentie un jour ou l’autre, d’une manière plus ou moins accentuée.
Une véritable somme nous est présentée ici. Tout sur l’univers riche et varié du monde de l’épouvante, des stars les plus célèbres aux personnalités les plus obscures, de Frankenstein aux films cultes de série Z… Rien ne nous est épargné.Dracula, Jack l’Eventreur, Bela Lugosi, Peter Cushing, le loup-garou, en passant par John Carpenter, Robert Ludlum, Sigourney Weaver ou encore Dario Argento, ils figurent tous au panthéon de l’épouvante et se permettent de vous avoir fait frissonner à un moment ou l'autre.
Les films mythiques ne sont pas oubliés évidemment : Alien, Scream, Les griffes de la nuit, etc.
Tout ce que vous avez toujours eu envie de savoir sur le monde de l’épouvante, les films, les comédiens, les réalisateurs, les personnalités les plus connues mais aussi les plus obscures raconté par un spécialiste du genre (et prix de l'académie française), Robert De Laroche.
Marc Bailly

«L'enfer du cinéma : Tome 2 : Dictionnaire du cinéma d’épouvante » Robert De Laroche, Scali, 568 pages, novembre 2007, 26€00

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13 02 08

Le trône de fer : vers le dénouement ?

CORBEAUXLes terres des Lannister sont toujours ravagées par la guerre et les pillages alors que du nord descend une nouvelle menace. Élu Roi des Fer-Nés, Œil-de-Choucas lance ses navires à l’assaut des terres riches et fertiles du sud. A Port-Réal, Cerseï cherche à s’affirmer comme une grande reine mais elle multiplie les décisions contestées, comme par exemple le rétablissement des chevaliers de la Foi. Toute à ses manigances pour abattre sa bru, elle délègue à Jaime la tache de ramener la paix sur leurs terres.
De son côté, Brienne de Torth poursuit sa quête insensée à la recherche de Sansa Stark, traversant les terres désertiques hantées par les brigands. Souvent mise en danger, Brienne rencontre finalement celle à qui elle avait juré son aide et qui pourrait lui ravir la vie. Pendant ce temps, Sansa poursuit sa périlleuse imposture de fille naturelle de Petyr Baelish dont les ennuis persistent mais qui manigance toujours pour accéder à un grand destin.
Un Festin pour les corbeaux constitue la dernière partie du Trône de fer. Les positions dans le monde de G.R.R. Martin commencent à se clarifier. De nombreuses pistes restent volontairement dans l’ombre, l’auteur ayant décidé de scinder le suivi des aventures de ses nombreux personnages. Rien de nouveau donc sur les événements du Mur, le sort de la Reine des Dragons ou la cachette de Tyrion Lannister.
Les personnages principaux continuent d’évoluer : Cerseï s’enferme dans sa paranoïa qui la rend aveugle aux vrais dangers, Jaime tient sa parole et se comporte en chevalier respectable, Brienne parvient presque à se considérer comme une femme. Mais, et c’est là l’un des talents de l’auteur, il demeure impossible d’anticiper les réactions des héros et chaque chapitre apporte son lot d’actions et de surprises.
Les ambitions, les menaces, les guerres et le chaos prennent dans chaque tome de la série des aspects nouveaux. Les combats alternent avec les affrontements psychologiques, le suspense persiste et au final, il est impossible de lâcher le roman avant la dernière ligne.
Chris de Savoie

"Un Festin pour les corbeaux" de Georges R.R. Martin, Le Trône de Fer – Tome 11, traduction Jean Sola, illustration Jean-Sébastion Rossbach, Pygmalion, 331p, 21€90.

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13 02 08

Van Helsing vs Blob

MICKEY MONSTERUn échange d’idées entre héros de tous bords au sein même d’une riche demeure dont l'hôte n’est autre que le grand Van Helsing. Un énième convive non souhaité vient perturber cette réunion pour exposer son aventure et entrer ainsi dans le club très select tenu par Van Helsing. Un homme perdu dans la forêt au beau milieu d’une tempête. Il percute ce qu’il croit être un animal. Et pour éviter les ennuis avec les défenseurs des animaux, il embarque le cadavre dans sa voiture. Mais c’est l’enfer qu’il a invité chez lui.
Vous voulez un récit qui vous emmène à cent à l’heure dans un crescendo d’horreur ? Alors, ce livre est pour vous. De la première à la dernière page, pas un instant de répit. Les auteurs ont su redonner vie au blob. Vous savez cette créature gélatineuse extra-terrestre que l’on a pu voir dans quelques films plus ou moins réussis.
J’aime ce style de roman, que l’on croit injustement rédigé à l’emporte-pièce. Les auteurs déroulent une histoire sans prétention aucune. Ils veulent juste se faire plaisir et c’est nous qui en profitons. Le scénario se déroule devant vous comme une autoroute, la nuit, à pleine vitesse, alors que l’on découvre au fur et à mesure l’asphalte sous nos roues.
Mickey Monster, c’est exactement cela : un récit qui se dévoile devant vous et dont vous ne pouvez éviter les nids de poules creusés par Bretin et Bonzon. Vous êtes persuadé deviner ce qui va se passer. Il y a quelques allusions aux films dans lesquels le blob a sévi. Mais les auteurs ne se sont pas endormis sur leurs lauriers. Ils ont eu l’intelligence de ne pas s’enliser dans la facilité et sont parvenus à redorer le blason d’un monstre, qui, disons-le, avait des actions prévisibles.
Freddy François

Bretin et Bonzon, Mickey Monster, Club Van Helsing, Baleine, 192 p., 9€90.

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29 01 08

Début d'un mythe : Le Livre Malazéen des Glorieux Défunts

ERIKSSONVous aimez la fantasy, l’imaginaire, les mythologies, les livres qui vous laissent pantelant dans la nuit avec l’impossibilité de vous endormir, qui vous empêche de travailler tranquillement…
Vous avez envie de vous plonger dans un monde inconnu, de le défricher, de le déchiffrer, de l’investir de vos images, de vous laissez envahir par ses images, ce livre est là, né de la plume de Steven Erikson en partage de création avec Ian Cameron Esslemont. Ce qui explique la dédicace « des mondes à conquérir, des mondes à partager ».
Lecture heureusement accomplie, je dirais attention, chef-d’œuvre en puissance.
Livre culte peut être.
Peut être parce qu’il faut que le lecteur s’investisse, fasse un effort pour pénétrer cet univers foisonnant d’histoires, débordant de personnages tous plus intéressants les uns que les autres. Mais ce n’est pas facile de lire « Le Seigneur des Anneaux » de Tolkien, ce n’est pas facile de lire « Dune » de Frank Herbert, de lire « La Forêt des Mythagos » de Robert Holdstock. En général, les livres qui vous marquent durablement l’imaginaire tout en laissant des traces dans votre vie réelle ne sont jamais faciles à lire. C’est une aventure, une traversée, une initiation, une chevauchée. Là, c’est un parcours des labyrinthes….
Donc, à condition de s’impliquer dans la lecture, après une cinquantaine de pages, tout comme avec « Le Seigneur des Anneaux » vous serez pris au piège. En addiction.
Ce n’est pas si souvent qu’un livre fait cet effet là. En général, on lit pour le plaisir de passer un bon moment ailleurs, en un autre espace temps, voire de s’informer, d’apprendre. Là, vous entrez de plein pied dans un autre monde, dès la première page. Vous êtes ailleurs. A vous de vous débrouiller pour trouver vos repères. Le glossaire et la liste des personnages vous aideront.
Ce livre est comparé (sur la quatrième de couverture) et dans quelques critiques à « La Compagnie noire » de Glen Cook ou aux « Chroniques de Thomas l’incrédule » de Stephen R. Donaldson. Je crois, pour les avoir lus, qu’il y a là, quelque chose de plus qui aide à franchir les difficultés de lecture.
Ce livre fait le même effet que certains poèmes. Vous ne l’oublierez pas. Dans les jardins de la lune, les héros n’en sont pas vraiment et ils sont nombreux avec tous des regards différents, des objectifs différents. Chacun d’eux constitue un puzzle et apporte quelques pièces de son propre puzzle à l’histoire générale. Chaque personnage a son histoire. On la prend en marche et elle se dévoile peu à peu. Au fur et à mesure, l’histoire se construit. Comme dans la vie. Nous ne voyons qu’une facette des gens que nous rencontrons. Le hasard fait que d’autres rencontres nous donnent d’autres informations. Je ne sais comment l’auteur a fait, mais il restitue cela sans se perdre. Sans ralentir l’action.
Au fait, l’histoire. Comment résumer une épopée ?
Steven Erikson a suivi des études d’archéologie et d’anthropologie. Il s’en est heureusement inspiré. Et avec les poèmes ajoutés, les légendes, les citations, les calendriers, les systèmes religieux, les différents peuples qui composent l’univers ainsi créé, on a vraiment l’impression que ce monde existe quelque part dans nos rêves. Sur le continent de Genabackis, l’empire malazéen veut imposer son emprise. Les villes libres ont succombé sous les attaques mais la résistance s’organise. D’autant plus que les forces impériales sont en proie à des luttes intestines pour le pouvoir. Quelques personnages vont, par hasard, entraver le bon déroulement des ambitions impériales. Mais nous sommes partis pour 10 livres d’histoires épiques. Comme une saga, une odyssée… Comme un manuscrit ancien qu’on redécouvrirait… Une grande quête.
Voilà le premier récit du livre malazéen des glorieux défunts.
On peut aussi comparer sa lecture à un tirage du tarot. Ou plutôt à des lectures différentes d’un tirage du tarot. D’ailleurs le tarot est clairement évoqué sous le nom du jeu de dragons… Le tarot et ses images de pouvoirs, l’alchimie à travers les différents éléments, les labyrinthes, les dieux protecteurs de ceux-ci, les mages et les sorciers en lutte, tout cela est ébouriffant. On se croirait dans un tableau de Hieronymus Bosh.
Et puis il y a des personnages drolatiques, émouvants… De quoi avoir envie de relire le livre en fluidité maintenant qu’on est familiarisé avec les règles de son univers. Ce que j’ai particulièrement apprécié à travers cette lecture, ce sont toutes les images qui sont nées des mots. Alors, un conseil, ne vous laissez pas effrayer par la complexité de l’univers de Genabackis. Partez en exploration….
Dire que j’attends la suite est au dessous de la vérité. Je voudrais bien l’avoir déjà en main. Elle devrait se composer de 10 volumes.
Aboutissement de l’épopée prévu vers 2010. Espérons que l’éditeur Calmann Lévy va respecter son engagement et que les traductions vont suivre. Sinon c’est extrêmement frustrant pour le lecteur français. Pressentir un chef-d’oeuvre et ne pas pouvoir le savourer pleinement. Mais il paraît que chaque livre pourrait se lire en toute indépendance des autres. Pour en savoir un peu plus, vous pouvez visiter le site personnel de l’auteur : http://www.tor.com/erikson/meet.html
L’univers malazéen a été créé en complicité avec Ian Cameron Esslemont. Steve Erikson et Ian Cameron , tous les deux Canadiens, se sont partagés les différents romans. Steve Erikson (né en 1959) est le plus assidu. On rêve d’une encyclopédie, d’un livre qui rassemblerait les apports de l’un et de l’autre pour nous dévoiler les secrets de l’empire malazéen. On rêve aussi d’illustrations qui ponctueraient la lecture.
Je vous invite à découvrir cet univers foisonnant. Première porte pour entrer dans ce monde exceptionnel : Les jardins de la lune.
Channe

Le Livre Malazéen des Glorieux Défunts, Tome 1 : Les jardins de la lune de Steven Erikson, traduit par Marie-Christine Gamberini, Illustration : Alain Brion, 592 p., Calman-Lévy, 2007, 19€90.

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22 01 08

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GENEFORTQuel plaisir de renouer à la fois avec un genre littéraire et avec un auteur !
Je m’explique : alors que j’étais encore jeune critique pour Phénix Magazine, ma première interview « à l’étranger » fut celle de Laurent Genefort, réalisée dans l’ambiance d’une brasserie parisienne, un jour de juillet. Laurent était alors une valeur montante de la SF française, alignant avec une régularité de passionné les romans ‘Fleuve Noir’ où se mêlaient action, décors finement détaillés et personnages marquants. Le tout avec un sens consommé de l’originalité et du rythme.
Les années passèrent et Laurent Genefort eut la chance d’être parmi les quelques auteurs francophones à rejoindre, la collection « Millénaire » lancée par J’ai Lu, avec sa série « Omale ». Je découvrais alors un Genefort libéré des contraintes éditoriales d’un format « poche » plutôt calibré, mais alourdi, à mon sens, par un amour trop envahissant pour la création d’univers. La narration, laissée en friche durant de trop nombreuses pages, perdait, dans « Omale », la place particulière qu’elle occupait dans des petites perles comme « Arago », « Les Peaux Epaisses » ou « Rezo ».
Lorsque je découvris que ce boulimique d’écriture se tournait vers la Fantasy adulte pour le compte des brillants illuminés de Bragelonne, je ne résistai pas longtemps à l’appel de la lecture. Avec toutefois à l’esprit une question : le Genefort armé d’une épée démoniaque allait-il tailler dans le gras ? Ou succomber aux sirènes actuelles qui font de chaque saga de Fantasy un alignement de volumes assez épais pour servir de calle-roue à un Airbus A380 ?
Je suis aujourd’hui rassuré. « L’Ascension du Serpent » doit plus à Michael Moorcock et son éternel champion qu’à toute autre décalogue peuplé de barbares hirsutes ou de créatures magiques.
Situé dans un univers cohérent où la nature n’a rien à voir avec la nôtre – on retrouve ici le Genefort amateur de flore et de faune exotiques – les aventures de Audric et sa horde sont menées à un rythme soutenu, où les enjeux politiques, magiques ou tout simplement narratifs nous sont dévoilés au fil de l’action, entre les bras d’une prose qui va à l’essentiel, tout en s’offrant de superbes moments de poésie barbare. Un œil sur Moorcock (encore et toujours, l’ombre du barbu génial flotte sur le récit), l’autre sur les dessins de Frazetta, un troisième orbe tourné vers les précieuses conventions du récit de Fantasy pour mieux les sculpter à sa guise, Laurent Genefort plante les racines d’une saga qui s’annonce démente et écrit, je n’ai pas peur de le dire, le meilleur livre de Fantasy française que j’ai lu depuis… houla … je n’ose même pas y penser !
Christophe Corthouts

Laurent Genefort, L’Ascension du Serpent (Hordes Tome 1), Illustration : Didier Graffet, 2007, 336 p., Bragelonne, 17€00.

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