30 12 12

Rideau !

Correspondance de Michel de Ghelderode 1960-1962.jpgLe dixième (et dernier) tome de la monumentale Correspondance de Michel de Ghelderode établie et annotée par le professeur honoraire de la KUL Roland Beyen, par ailleurs membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, vient de paraître à Bruxelles, édité par les Archives & Musée de la Littérature dans la collection « Archives du Futur » dirigée par Marc Quaghebeur et diffusée par La Renaissance du Livre à Waterloo.

Voici ce qu'en dit Roland Beyen :

« L'ouvrage couvre la période entre 1961 et 1962, c'est-à-dire les quinze derniers mois de la vie du dramaturge, qui écrit sa dernière lettre le 5 mars 1962 et meurt le 1er avril.

Pendant cette période, entouré de troublants mannequins et de choses qui l'aident à vivre, Ghelderode ne quitte plus sa "chambre à songes". Il n'est presque plus joué en Belgique, ce qui lui inspire une série de diatribes paranoïdes contre les théâtres de son pays.

En revanche, il commence à avoir quelque succès aux États-Unis depuis la fondation en 1960 de l'association The American Friends of Michel de Ghelderode, la publication à New York d'un volume de Seven Plays et la représentation contestée d'Escurial au Gate Theatre. En 1961 s'y ajoutent quelques représentations, dans de petits théâtres, des Femmes au Tombeau, de Christophe Colomb et de deux versions différentes de Barabbas.

Ces demi-succès causent au dramaturge plus de soucis que de satisfactions. Il perd beaucoup de temps à essayer de réconcilier son ami anglais Georges Hauger, désigné en 1959 comme son "unique traducteur en langue anglaise", avec son ami Samuel Draper, le président-fondateur des American Friends qui fait tout pour obtenir l'autorisation de publier et de représenter aux États-Unis ses propres traductions et celles de ses compatriotes.

Correspondance de Michel de Ghelderode Index.jpgCes disputes sont d'autant plus pénibles que la santé de Ghelderode décline rapidement, malgré le dévouement de ses trois médecins et de sa femme, et malgré l'affection de l'Américaine Renée Claire Fox, dont "la rayonnante amitié éclaire [ses] dernières années"

Le dramaturge rédige encore quelques articles et une vingtaine de chroniques destinées au Courrier du Littoral d'Ostende, la ville mythique où il fut "toujours heureux", mais ne trouve plus la force de s'occuper des tomes VI et VII de son Théâtre chez Gallimard.

Sa plus grande joie pendant cette dernière période est l'édition en janvier 1962, aux Éditions "Marabout", de Sortilèges et autres contes crépusculaires, grâce à son ami Jean Ray, qu'il considère comme un des meilleurs conteurs du monde. »

Avec cet essai complété d'un bel Index illustré des tomes I à X paru chez le même éditeur et dans la même collection, s'achève l'une des entreprises les plus remarquables de l'historiographie des lettres françaises de Belgique du XXe siècle, un travail de bénédictin mené avec patience et intelligence dans lequel on croise, sous le regard illuminé de Ghelderode, l'œuvre et le nom de bien des artistes et écrivains ayant brillé sur la scène intellectuelle. [1]

Une contribution essentielle à l'histoire de la littérature contemporaine !

Bernard DELCORD

Correspondance de Michel de Ghelderode 1960-1962 établie et annotée par Roland Beyen, Bruxelles, Archives & Musée de la Littérature, décembre 2012, collection « Archives du futur », 623 pp. en noir et blanc au format 15 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 40 € (prix Belgique)

Index illustré des tomes I à X de la Correspondance de Michel de Ghelderode établi et annoté par Roland Beyen, Bruxelles, Archives & Musée de la Littérature, décembre 2012, collection « Archives du futur », 344 pp. dont 224 en noir et blanc et 120 en couleurs au format 15 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 45 € (prix Belgique)



[1] Parmi lesquels nous avons pioché ceux de Marcel Achard, Arthur Adamov, Pierre Alechinsky, Jean Anouilh, Louis Aragon, Antonin Artaud, Albert Ayguesparse, Jacques Audiberti, André Baillon, René Barjavel, Jean-Baptiste Baronian, Jean-Louis Barrault, Samuel Beckett, Maurice Béjart, Maurice Carême, Marc Chagall, Paul Claudel, Jean Cocteau, Jacques Copeau, Fernand Crommelynck, Paul Delvaux, Pierre-Louis Flouquet, Marie Gevers, Frans Hellens, José-André Lacour, Jean Le Poulain, René Magritte, Félicien Marceau, Paul Neuhuys, Robert Poulet, Marcel Thiry, Henri Vernes, Paul Willems... et même ceux de comiques plus ou moins volontaires comme Fernandel, le mime Marceau et Jean-Paul Sartre !

22 05 12

Propos lumineux…

Voltaire en verve.gifDéiste en dehors des religions constituées et figure emblématique de la France des Lumières, François-Marie Arouet dit Voltaire (1694-1778) livra un incessant combat contre « l’Infâme », nom qu’il donna au fanatisme religieux, et pour la tolérance et la liberté de penser à la lumière de la philosophie.

Intellectuel engagé au service de la vérité et de la justice, il fréquenta les Grands et courtisa les monarques sans dissimuler son dédain pour le peuple, mais il fut aussi en butte aux interventions du pouvoir qui l’embastilla et le contraignit à l’exil en Angleterre ou le mit l’écart de Paris pendant près de 28 ans.

Voltaire aimait le luxe, les plaisirs de la table et de la conversation, qu’il considérait avec le théâtre comme l’une des formes les plus achevées de la vie en société.

De son immense œuvre littéraire, on lit aujourd’hui essentiellement ses contes et romans, où se concentre le meilleur de son talent – la fantaisie, la finesse du trait, le bonheur de l’écriture, l’esprit du philosophe –, mais aussi les Lettres philosophiques, le Dictionnaire philosophique et sa prodigieuse correspondance, plus de 21 000 lettres retrouvées. En revanche, son théâtre, ses poésies épiques, ses œuvres historiques, qui firent de lui l’un des écrivains français les plus célèbres au XVIIIe siècle, sont aujourd’hui largement négligés ou ignorés. [1]

Les Éditions Horay à Paris ont rendu un bel hommage à cet homme des Lumières en faisant paraître récemment un excellent petit Voltaire en verve dans lequel David Alliot a rassemblé et commenté des mots, des propos et des aphorismes du philosophe malicieux et intrépide.

Florilège :

« Les Français ne sont pas faits pour la liberté : ils en abuseraient. »

« C’est dommage que les gens qui pensent soient dispersés, tandis que les sots sont rassemblés en foule. »

« Dieu ? Nous nous saluons, mais nous ne nous parlons pas. »

« L’intérêt que j’ai à croire une chose n’est pas une preuve de l’existence de cette chose. »

« Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? »

« Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent. »

« Le travail éloigne de nous trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin. »

« Les philosophes ne peuvent opposer la force à la force, leurs armes sont le silence, la patience, l’amitié entre les frères. »

L’expression d’une intelligence brillantissime !

Bernard DELCORD

Voltaire en verve, présentation et choix de David Alliot, Paris, Éditions Horay, collection « En verve », mars 2012, 128 pp. au format 10,5 x 18 cm, 7,70 € (prix France)



[1] Source  http://fr.wikipedia.org/wiki/Voltaire

11 02 12

Espèce de savon à culotte

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 … et autres injures d’antan dérobées à droite et à gauche recueillies pour l’instruction des générations présentes et à venir,  dédiées aux artichauts, aux astrologues et aux Roger-Bon-Temps.

 Et à vous, estimés visiteurs…

 Le roman de Sophie Arnould ( JC Lattès, mai 2010 - cfr chronique http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2010/07/15/le-roman-de-sophie-arnould.html) nous avait déjà ouvert l’appétit de métaphores et d’expressions du Siècle des Lumières.  Passionnée par un XVIIIe siècle, effronté et plutôt… libéré,  Catherine Guennec nous revient avec un recueil étoffé et exquis de noms d’oiseaux de l’époque : Les ahuris de Chaillot, bigresses, bougresses, claudes, croquefredouilles, arpenteurs de guinguette, Marie Jacasse, Jean-fesse.. disputent la vedette aux lessivés (ondulés) de la toiture, cuisinières d’archanges, pisse-verglas et autres auteurs..mal reliés, hérités d’une certaine « littérature poissarde ».

 « Crus, osés, grossiers, imaginatifs, drôles, indélicats, ..ces « gros mots » appartiennent bien sûr à la langue populaire et sont essentiellement portés par l'oral. Difficile dès lors de les retrouver. Difficile mais pas impossible. Surtout que le cœur du XVIIIe siècle nous offre avec Vadé, "le Corneille des ruisseaux", et ses imitateurs (le plus souvent anonymes), son incroyable littérature poissarde. Un genre méconnu qui a largement nourri cet ouvrage et mérite à plus d'un titre qu'on s'y attarde."

 Un recueil trrrrrrrrrès savoureux.

 Qui coiffera, sapristi, plus d’un anthropopithèque !

 Pas de doute, on en redemande.

 Apolline Elter

 Espèce de savon à culotte !… et autres injures d’antan dérobées à droite et à gauche recueillies pour l’instruction des générations présentes et à venir,  dédiées aux artichauts, aux astrologues et aux Roger-Bon-Temps., Catherine Guennec, recueil, Editions First, fév.2012, 272 pp, 13,5 €

 

 Billet de ..saveur

 AE: Préfaçant votre ouvrage, Philippe Delerm vante l'insolence et la liberté  qui souffle sur le français du XVIIIe siècle: " Au XVIIIe, sûre de ses fondamentaux, la langue française prend un grand coup de frais" . Voilà qui fait du bien après un XVIIe siècle plutôt classique.  Ce vent de fraîcheur va-t-il s'essouffler ou s'amplifier au XIXe siècle?

 Catherine Guennec:Le XIXe siècle, c’est le français moderne. Avec l’apparition de nouveaux termes (politiques, sociaux, scientifiques…) Les dictionnaires se font de plus en plus gros. La langue populaire et l’argot s’immiscent en littérature. Soit. Et la langue fait preuve comme toujours d’une capacité de création et de renouvellement mais moi, je n’y retrouve pas cette petite « musique », ces petites folies… qui me font préférer le siècle des Lumières où à côté des préciosités mondaines des salons apparait une prose incisive, mordante qui s’affirme avec les philosophes. Le Français devient une grande langue diplomatique internationale, parlé dans toutes les cours des rois et les ambassades quand parallèlement il se fait drôle, imaginatif, débridé, provocateur… avec notamment le genre poissard qui reprend sans fausse pudeur les mots de la rue et des halles. Pour exploser de bonne humeur, d’insolence, d’incongruités «  qui sonnent dru, qui sonnent vrai, qui disent l’amour de la vie » comme l’écrit si justement Philippe Delerm.

 AE: Certains mots  ont évolué et semblent avoir changé de connotation au cours du temps. Je songe à "astrologue", qui n'est plus une injure aujourd'hui ou à "arsouille" dont la connotation est plus tendre désormais que celle de "mauvais sujet, fêtard, voyou". Ce doit être passionnant d'étudier, aussi, l'évolution sémantique des vocables:

 Catherine Guennec: Oui, le sens de beaucoup de mots glisse au fil des ans. Et c’est très amusant de voir les changements de signification pour un même mot : c’est vrai pour astrologue, artichaut, bestiole, cupidon, cœur, charrue, arbalétrier…

  L’intérêt de cette recherche est triple en fait, indépendamment du plaisir  de croiser de succulentes expressions :

  -         Elle fait découvrir des mots et des expressions anciennes qui ont su traverser les années et rester en usage

  -         Elle met en avant leur changement - ou pas-  de sens

  -         Elle remet enfin en lumière des mots complètement oubliés.

  Mon travail peut aussi se résumer par un «  à la recherche des mots perdus »… Qui se souvient encore de gogurlu, béjaune, rigri, coquefredouille, ramasse-ton-bras, Nicolas tac tac, Roger bon temps, Perrette à l’oignon…

 AE: Vos recherches sur les injures - étayées par une impressionnante bibliographie - ont dû vous mettre sur la voie de délicieux mots doux... Pourriez-vous en évoquer certains, en cette période de Saint-Valentin?

 Catherine GuennecMes recherches m’amènent effectivement à faire de jolies rencontres. Des trésors de vocabulaire oublié qui m’ont  d’abord séduite pour leur musique, leur joliesse et qui m’ont aussi fortement intriguée. Parce que leur sens m’échappait. Que voulait dire par exemple : un endormeur de mulot, un soupir du Danemark, un cataplasme de Venise ? Que voulait dire encore faire un trou à la lune ou la prendre avec ses dents ? s’amuser à la moutarde ? avoir le soleil qui luit dans le ventre ? voir des anges violets ?  rêver à la Suisse ?...  Je traque  tous ces mots, ces expressions. J’en ai une collection impressionnante ! Les gros mots et les insultes d’autrefois qui paraissent aujourd’hui ne sont qu’un volet de mes recherches qui comportent, aussi,  bien entendu, l’incontournable thématique de la douce chose…

 Pour la Saint Valentin, soyons donc « tournés à la friandise » et préparons-nous, heureux pélerins de Cythère,  à  faire la carpe pâmée, à jouer de la harpe…  et recevoir en pluie nourrie  tous les cachets de l’amour (des baisers) Refusons de  mourir comme les citrouilles  (disparaitre sans avoir connu l’amour). Ne faisons pas trois queues d’une cerise  (se refuser sous de futiles prétextes). Préférons mourir tout debout ! (avoir fortement le béguin)

 Autres jolis petits mots encore :

 Voici l’entendourinette (une petite curieuse qui écoute aux portes les secrets des amoureux au risque de se mettre le feu aux oreilles), les bagatelles de la porte (les préliminaires)…

 Finissons par de plus « salés »  comme : passer du B dur au Bémol (perdre de sa vigueur…), folichonner l’as de trèfle, saigner une femme entre les orteils (lui faire l’amour), trinquer du nombril, faire du potage à quatre genoux, faire zon…

 Les expressions sont nombreuses et croustillantes. Une petite dernière encore et pas des plus laides : faire les yeux en coulisses (faire les yeux doux). Joli, non ?

 

08 02 12

Scripta manent...

Musée des lettres et manuscrits de Bruxelles Florilège.jpgLe texte ci-dessous a été envoyé dans la newsletter de février 2012 des guides gastronomiques DELTA avant d'être mis en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :

Situé à moins de 500 mètres de la Gare Centrale et à moins de 800 mètres de la place de Brouckère, le Musée des lettres et manuscrits de Bruxelles a ouvert ses portes le 23 septembre 2011 au cœur historique de la capitale européenne, au sein des somptueuses Galeries Royales Saint-Hubert.

Dans une ancienne boutique de luxe, intégralement réaménagée, littérature, musique, arts, sciences et histoire y sont présentés sur deux niveaux à travers des manuscrits, des lettres, des autographes et des dessins exceptionnels, autant de documents propres à rapprocher le public de nombre d'auteurs, hommes et femmes, qui ont fait l'histoire de l'humanité.

L'un de ces niveaux est consacré aux expositions temporaires, au nombre de trois ou quatre par an, et l'autre à l'exposition des collections permanentes du musée.

Ces richesses constituent la matière même de leurs recherches pour les historiens de tous horizons et elles établissent parfois le lien unique entre une période lointaine et notre monde actuel. Collectés et rassemblés par les équipes du Musée des lettres et manuscrits, ces trésors du patrimoine écrit forment un pan exceptionnel de notre histoire qu'il convient aujourd'hui de préserver et de montrer.

À cette occasion, les Éditions Racine à Bruxelles ont fait paraître un ouvrage remarquable et splendide, intitulé Musée des lettres et manuscrits de Bruxelles Florilège, qui réunit quelque 120 documents signés par des personnages historiques (François Ier, Charles Quint, Catherine de Médicis, Philippe II, Mazarin, Louis XIV, Madame de Pompadour, Joseph II, Danton, Mata Hari...), des hommes d'État (Charles de Gaulle, Dwight Eisenhower, Léopold Ier, Léopold II, Winston Churchill, Franklin Roosevelt...), des écrivains (Érasme, Voltaire, Rousseau, Lamartine, Dickens, Hugo, Dumas, Baudelaire, Flaubert, Zola, Verlaine, Verhaeren, Maeterlinck, Proust, Zweig, Cocteau, Breton, Hemingway, Saint-Exupéry, Camus, Hugo Claus...), des scientifiques (Vésale, Newton, Montgolfier, Bernoulli, Volta, Darwin, Pasteur, Eiffel, Marie Curie, Diesel, Berthelot, Freud, Bordet, Einstein...), des artistes (Géricault, Delacroix, Courbet, Manet, Rops, Van Gogh, Cézanne, Monet, Renoir, Gauguin, Van Rysselberghe, Signac, Rodin, Ensor, Dufy, Matisse, Picasso, Mondrian, Delvaux, Magritte, Dali, Dotremont, Alechinsky, Hergé...), des musiciens (Mozart, Beethoven, Rossini, Berlioz, Schumann, Liszt, Wagner, Offenbach, Saint-Saëns, Fauré, Ysaÿe, Puccini, Debussy, Strauss, Ravel, Stravinski, Honegger...) ou des vedettes parmi les plus célèbres (Édith Piaf, Jacques Brel).

Une véritable caverne d'Ali-Baba pour chasseurs d'autographes !

Bernard DELCORD

Musée des lettres et manuscrits de Bruxelles Florilège, Bruxelles, Éditions Racine, septembre 2011, 235 pp. en quadrichromie au format 29 x 30 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 39,95 €  (prix France)

01 11 11

Pour déchiffrer les apparences du monde sensible…

 

Les 100 mots du symbolisme.gifRespectivement professeurs à l’Université libre de Bruxelles et l’Université de Liège, Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand ont fait paraître récemment aux Presses universitaires de France, dans la collection « Que sais-je ? », un opuscule intitulé Les 100 mots du symbolisme qui fait habilement le point, à travers un lexique choisi, sur l’un des mouvements artistiques les plus marquants de la fin du XIXsiècle et des débuts du XXe, marqué par une aspiration au rêve ainsi qu’à un idéal de beauté transcendantale et qui, de Charles Baudelaire à Stéphane Mallarmé, d’André Gide à Paul Claudel, de Camille Lemonnier à Paul Fort, de Charles Cros à Alfred Jarry, de Paul Verlaine à Maurice Maeterlinck, d’Émile Verhaeren à Jean Moréas, de Max Elskamp à Charles Van Lerberghe, de Jean Delville aux Nabis (les peintres Paul Gauguin, Édouard Vuillard, Pierre Bonnard, Maurice Denis, Paul Sérusier, Félix Vallotton, Paul Ranson et Ker-Xavier Roussel), de Félicien Rops à William Degouve de Nuncques, de Gabriel Fauré à Claude Debussy, de Camille Saint-Saëns à César Franck, de Richard Wagner aux Préraphaélites – excusez du peu ! – a marqué profondément les domaines pictural, plastique, littéraire et musical de la France, de la Belgique et de l’Europe.

 

Hostiles au naturalisme à la manière de Zola autant qu’aux poètes jugés antimodernes du Parnasse, ces artistes ont voulu se démarquer du mercantilisme petit-bourgeois de leur époque en développant, à travers une attention toute particulière portée au langage et aux mythes, un art de la suggestion, une quête de l'essence, une exploration des états d'âme et un goût pour le mystère qu’ils ont systématisés dans des choix esthétiques provocateurs, des techniques novatrices, des obsessions coryphéennes et des thématiques parfois alambiquées.

 

Un peu comme des agitateurs de curiosité…

 

Mais bien avant la FNAC !

 

Bernard DELCORD

 

Les 100 mots du symbolisme par Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand, Paris, Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? », septembre 2011, 127 pp. en  noir et blanc au format 11,5 x 17,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 9 € (prix France)

 

Les 100 mots :

Affiches – Alentours – Allégorie – Anarchie – Androgyne – Antiquité – Aquatique (monde) – Architecture – Art(s) poétique(s) – Arts and Crafts – Banquets – Belgique – Catholique – Célibat(aire) – Cénacles – Champ littéraire – Chanson – Clown – Conte et nouvelle – Correspondance(s) – Critique – Critique d’art – Danse – Décadence – Dreyfus (Affaire) – Drogues – Éditeurs – Enquête – Entrevision – Femmes – Flore – Franco-belge – Genres littéraires – Hermétisme – Héroïnes – Idéalisme – Illustration – Intérieur – Ironie – Japonisme – Joaillerie – Langage – Lieux de mémoire – Livre – Manifeste – Marionnettes – Masques – Mercure de France (Le) – Merveilleux – Metteurs en scène – Miroir – Monologue intérieur – Monstres – Moyen Âge – Musicalité – Musique – Mythes, mythologies – Nabis – Naturalisme – Néo-impressionnisme – Névrose – Occultisme – Opéra – Ornementations – Parnasse – Parodies et Pastiches – Pessimisme – Philosophie – Photographie – Plume (La) – Poème en prose – Poètes maudits – Précurseurs – Préraphaélisme – Prolongements – Rêves – Revue blanche (La)Revue indépendante (La)Revue wagnérienne (La) – Revues – Roman – Rythme – Science – Sculpture – Sexualités – Silence – Socialisme – Spleen – Suggestion – Symbole – Théâtre – Traductions – Typographie – Vers libre – Versification – Villes – Vogue (La) – Wagnérisme – Wallonie (La) – Zutisme.

 

05 10 11

Le portable de l’Antiquité

 

Guide de poche des auteurs grecs et latins.gifDans la nouvelle édition augmentée de leur bien pratique Guide de poche des auteurs grecs et latins paru aux Belles Lettres à Paris, Pierre-Emmanuel Dauzat, Marie-Laurence Desclos, Silvia Milanezi & Jean-François Pradeau exposent brièvement mais avec justesse et précision la vie et l'œuvre, accompagnées d'un extrait significatif en traduction française (provenant de l’un ou l’autre des 800 fameux volumes de la Collection des Universités de France publiée sous le patronage de l’Association Guillaume Budé), de plus de cent auteurs grecs et latins antiques présentés par ordre alphabétique.

 

Si les noms d’Apicius, d’Aristophane, d’Aristote, de Catulle, de César, de Cicéron, de Démosthène, d’Épictète, d’Eschyle, d’Héraclite, d’Hérodote, d’Hippocrate, d’Homère, de Flavius Josèphe, de Juvénal, de Marc Aurèle, de Pétrone, de Platon, des deux Pline, de Sapho, de Sénèque, de Sophocle, de Suétone, de Tacite, de Térence, de Tite-Live, de Thucydide, de Virgile, de Xénophon… ne vous sont guère familiers ou si vous désirez en savoir plus sur Achille Tatius, Artémidore, Bacchylide, Chariton, Dinarque, Firmicus Maternus, Fronton, Hygin, Jamblique, Libanios, Macrobe, Nonnos de Panopolis, Philostrate, Procope de Césarée… ce « Classique en poche » est fait pour vous !

 

D’autant qu’il se conclut par un tableau synoptique très éclairant et très éclairé des faits historiques et littéraires grecs et latins, des pages éminemment propices – comme ce fut le cas en ce qui nous concerne… – à la remise en place des idées !

 

Bernard DELCORD

 

Guide de poche des auteurs grecs et latins par Pierre-Emmanuel Dauzat, Marie-Laurence Desclos , Silvia Milanezi & Jean-François Pradeau, Paris, Les Belles Lettres, collection « Classiques en poche », nouvelle édition augmentée, mai 2011, 302 pp. en noir et blanc au format 10,5 x 17,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 13,50 € (prix France)

29 09 11

Les têtes de l’emploi…

 

Portraits pour un siècle.jpgPublié chez Gallimard à l’occasion du centenaire de la maison d’édition, le beau recueil intitulé Portraits pour un siècle rassemble des photographies en provenance des collections de l’Agence Roger-Viollet montrant cent écrivains illustres du XXsiècle, la plupart décédés et certains encore de ce monde.

Chaque photographie est elle-même commentée par un extrait de l’œuvre de l’auteur présenté, – œuvre bien évidemment parue à l’enseigne de la NRF – ou au moyen d’un texte écrit par un autre écrivain sur cette œuvre, et ce choix a été opéré par Brigitte Besse tandis que la préface a été rédigée par Alain Jaubert, l’auteur-réalisateur de la série télévisée « Palettes », qui y constate que « nous pourrions peut-être en tirer des vies imaginaires : la veste à chevrons de Faulkner, les perles d'Arendt, les cheveux en bandeau de Beauvoir, les guenilles de Céline, le gracieux col blanc de Yourcenar, le regard perçant de Char, la machine à écrire de Duras qui est peut-être aussi celle de Pirandello, le téléphone préhistorique de Paulhan, les mitaines de Tanizaki, les bagues de Joyce, la patte du vieux sphinx Borges posée sur sa canne, Apollinaire, couché bien au chaud, les yeux vagues, livres et papiers à portée de la main »…

 

Il pourrait bien entendu en aller de même pour Louis Aragon, Antonin Artaud, Albert Camus, Pierre Drieu la Rochelle, Romain Gary, Ernest Hemingway, Franz Kafka, Georges Simenon, Philippe Sollers, Michel Tournier, Boris Vian, Richard Wright…

 

Parmi les photographes, on citera Albert Harlingue, Pierre Jahan, Georges Kelaïdites, Boris Lipnitzki, Henri Martinie, Bruno de Monès, Jean Mounicq, Jack Nisberg, Jean-Régis Roustan et André Zucca dont les noms se sont inscrits dans l’histoire de leur art.

 

Un beau livre qui en dit long en peu de mots sur l’histoire littéraire de l’autre siècle…

 

Bernard DELCORD

 

Portraits pour un siècle, cent écrivains, choix de textes par Brigitte Besse, préface d’Alain Jaubert, Paris, Éditions Gallimard & Roger-Viollet, mars 2011, 222 pp. en couleurs au format 22 x 28,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie et à rabats, 35 € (prix France)

 

Liste des écrivains photographiés :

Guillaume Apollinaire, Louis Aragon, Hannah Arendt, Antonin Artaud, Miguel Ángel Asturias, Jacques Audiberti, Marcel Aymé, Simone de Beauvoir, Saul Bellow, Thomas Bernhard, Karen Blixen, Jorge Luis Borges, Henri Bosco, André Breton, William Burroughs, Albert Camus, Truman Capote, Louis-Ferdinand Céline, Blaise Cendrars, René Char, Paul Claudel, Jean Cocteau, Albert Cohen, Colette, René Crevel, Robert Desnos, Alfred Doblin, Françoise Dolto, John Dos Passos, Pierre Drieu La Rochelle, Roland Dubillard, Georges Duby, Marguerite Duras, Paul Eluard, Léon-Paul Fargue, William Faulkner, Michel Foucault, Romain Gary, André Gide, Jean Giono, William Golding, Hervé Guibert, Louis Guilloux, Peter Handke, Ernest Hemingway, Eugène Ionesco, Marcel Jouhandeau, James Joyce, Ernst Jünger, Franz Kafka, Jack Kerouac, Joseph Kessel, Milan Kundera, Valery Larbaud, Thomas Edward Lawrence, Paul Léautaud, Jean-Marie Gustave Le Clézio, Violette Leduc, Michel Leiris, Pierre Mac Orlan, André Malraux, Roger Martin du Gard, Henri Michaux, Henry Miller, Patrick Modiano, Paul Morand, Alberto Moravia, Iris Murdoch, Vladimir Nabokov, VS. Naipaul, Pablo Neruda, Paul Nizan, George Orwell, Pier Paolo Pasolini, Boris Pasternak, Jean Paulhan, André Pieyre de Mandiargues, Luigi Pirandello, Francis Ponge, Jacques Prévert, Marcel Proust, Raymond Queneau, Jacques Rivière, Antoine de Saint-Exupéry, Saint-John Perse, Nathalie Sarraute, Jean-Paul Sartre, Georges Simenon, Philippe Sollers, John Steinbeck, William Styron, Rabindranath Tagore, Junichiro Tanizaki, Michel Tournier, Elsa Triolet, Paul Valéry, Boris Vian, Louise de Vilmorin, Richard Wright, Marguerite Yourcenar.

29 06 11

Lettres de change… ment

 

12 lettres qui ont changé l'Histoire.gif« Une simple lettre peut être la trame d'une véritable histoire, un tableau ponctuel et circonstancié, restituant des événements aux conséquences insoupçonnées. »

 

Inscrit dans la nouvelle collection duodécimale des éditions Pygmalion, l'essai de Christian Bouyer aborde l'Histoire de France par le biais de douze lettres qui l'ont marquée de leur sceau : la déclaration de guerre de Louis XIII à l'Espagne se fait par le biais désuet d'un (sombre) héraut d'armes à Bruxelles, la fameuse lettre de la marquise de Sévigné à son cousin Coulanges, le 15 décembre 1670, annonce à la fois le mariage de la grande Mademoiselle, cousine de Louis XIV, avec Lauzun et ...son caractère peu probable, la lettre écrite par Marie-Antoinette, quelques instants avant sa mort révèle l'amour qu'elle voue à ses enfants et la nécessaire solidarité qu'elle veut imprimer à leur relation. Faisant figure de testament, l'écrit est beau, digne et émouvant.

 

Et puis, le célèbre « J'accuse » d'Émile Zola, lettre ouverte, parue dans l’Aurore du 13 janvier1898, dénonce la machination ourdie contre le lieutenant-colonel Alfred Dreyfus...

 

Prétextes à l’évocation précise du contexte de leur rédaction – c’est un attrait majeur de l'ouvrage – les 12 lettres rassemblées par Christian Bouyer nous projettent au cœur de l’Histoire de France, éclairés par le regard que les scripteurs lui portent.

 

Apolline ELTER

 

12 lettres qui ont changé l'Histoire par Christian Bouyer, Paris, Éditions Pygmalion, avril 2011, 342 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 20 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19,90 € 

19 06 11

Lettres de Wallonie

 

La Wallonie vue par les grands écrivains.jpgOn ne le sait que trop peu : à toutes les époques, les paysages de Wallonie ont séduit les écrivains qui ont eu l’heur de les admirer et qui ne se sont pas privés de le faire savoir.

 

C’est ce que démontre avec brio le très beau livre (l’iconographie en est véritablement somptueuse) intitulé La Wallonie vue par les grands écrivains qui vient de paraître à Liège aux Éditions Luc Pire sous la plume d’Yves Vander Cruysen et de Tommy Leclercq, avec une préface du romancier, essayiste et dramaturge bruxellois Jacques De Decker, le secrétaire perpétuel de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.

 

Et la liste y est longue, des admirateurs de la Belgique méridionale, puisqu’elle va de Pline l’Ancien à Georges Simenon et de Charles Baudelaire à Marguerite Yourcenar, en passant notamment par Guillaume Apollinaire, Georges Bernanos, Louis Blanc, Nicolas Boileau, Lord Byron, Giacomo Casanova, François-René de Châteaubriand, Achille Chavée, Agatha Christie, Paul Claudel, Mme Colette, James Fenimore Cooper, Jean d’Alembert, Alain Decaux, Jean de La Fontaine, Charles-Joseph de Ligne, Charles de Montalembert, Gérard de Nerval, René de Obaldia, Maurice des Ombiaux, Denis Diderot, Françoise Dorin, Arthur Conan Doyle, Alexandre Dumas, Théophile Gautier, Marie Gevers, Johann Goethe, Wilhelm Grimm, Georg Friedrich Hegel, Ernest Hemingway, Victor Hugo, Francis Jammes, James Joyce, Eugène Labiche, Jules Michelet, Michel de Montaigne, Charles Péguy, Francesco Pétrarque, Pierre-Joseph Proudhon, Jean Racine, Arthur Rimbaud, George Sand, Charles Sainte-Beuve, Walter Scott, Robert Louis Stevenson, Stijn Streuvels, Paul Verlaine, Jules Verne, Voltaire, Oscar Wilde ou Émile Zola, qui tous ont laissé des traces de leur passage à Arlon, à Beloeil, à Charleroi, à Liège, à Mons, à Namur, à Nivelles, à Orval, à Spa, à Thuin, à Tournai, à Verviers, à Waterloo ou ailleurs en Wallonie.

 

La publication de l’ouvrage se double, du lundi 21 mars au samedi 31 décembre 2011, d’une magnifique exposition itinérante, « La Wallonie vue par les grands écrivains » [1], reconstituant l’itinéraire de ces gens de plume fameux et prouvant, par des photographies splendides, combien cette région demeure aussi belle et attractive.

 

Qu’on se le dise !

 

Et qu’on y aille en nombre…

 

Bernard DELCORD

 

La Wallonie vue par les grands écrivains par Yves Vander Cruysen & Tommy Leclercq, préface de Jacques De Decker, Liège, Éditions Luc Pire, mars 2011, 160 pp. en quadrichromie au format 23,5 x 29 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 29 €

 

Pour vous, nous avons recopié dans cet album magnifique le texte suivant :

 

En passant par la forêt des Ardennes (Anlier)

 

Au milieu des bois inhospitaliers et sauvages,

où ne marchent qu'à grand risque des hommes armés,

moi, je marche sans crainte : rien ne peut m'alarmer

que le soleil qui tient ses rayons du vivant Amour.

 

Et je m'en vais chantant celle que le soleil

ne pourrait éloigner de moi ; car je l'ai dans les yeux,

et il me semble voir avec elles des dames

et des demoiselles, et ce sont des sapins et des hêtres.

 

Il me semble l'entendre, lorsque j'entends

les rameaux, les brises, les feuillages et les oiseaux

qui gémissent, et les eaux qui fuient en murmurant

à travers l'herbe verte.

 

Jamais le silence et l’horreur solitaire d'une ombreuse

forêt ne me plurent autant, si ce n'est que mon soleil

se trouve trop loin de mes regards.

 

(Francesco Pétrarque, Canzoniere, 1333)



[1] Escales prévues : du 21 mars au 30 mars et les 10 et 11 septembre aux Moulins de Beez à Namur ; du 13 au 31 mai à la Maison du Tourisme du Parc des Canaux et Châteaux de La Louvière ; du 3 au 21 juin au Lion de  Waterloo, du 24 juin au 18 juillet à la Maison du Tourisme du Pays du Val de Salm et des Sources de l'Ourthe à Vielsalm ; du 21 juillet au 21 août au Royal Syndicat d'Initiative de Braine-le-Château ; du 24 août au 8 septembre à la Maison du Tourisme du Pays de Villers en Brabant wallon à Villers-la-Ville ; du 15 au 30 septembre au Mundaneum à Mons ; du 1er au 9 octobre à l’Hôtel de Ville de Tournai ; du 13 au 30 octobre à l’Abbaye de Stavelot ; du 7 au 26 novembre à la Bibliothèque des Chiroux à Liège et du 16 au 31 décembre au Relais de la Haute Sambre à Lobbes.

(http://www.walloniedesecrivains.be/index.php?/document/sh...)

29 05 11

Les plumes ont la parole

 

Le grand siècle en mémoires.gifDémarche originale et intéressante qui préside à l'anthologie présentée par Thierry Sarmant, conservateur en chef du musée Carnavalet : présenter le Grand Siècle en cédant parole et plume à quelques-uns des mémorialistes, diaristes et épistoliers qui l'ont vécu.

 

« Car aimer les Mémoires, c'est ne pas vouloir choisir entre l'histoire et la littérature, c'est croire que l'une peut concourir à l'autre et inversement. C'est faire le pari que la communion des esprits peut se maintenir, malgré la distance du temps. »

 

Un tel pari ne pouvait que nous séduire, vous l'aurez compris.

 

Déclarons d'emblée que le défi est brillamment relevé : centré sur le long règne solaire de Louis XIV – du décès de son père, en 1643 à 1715, année de son propre trépas –, le recueil est divisé en quatre sections, Le Lever du Soleil, Le Règne glorieux, Tourments et Tourmentes et Déclin d'un âge.

 

Dépouillant – nous lui en savons gré – les colossales Correspondances d'une marquise de Sévigné, d’une Princesse Palatine ou d’un abbé de Choisy, les Mémoires de Saint-Simon et du Cardinal de Retz, le Journal de Dangeau... pour ne citer qu'eux, l'auteur suit chronologiquement les événements marquants du règne du Roi-Soleil et situe chaque extrait dans le contexte précis de l'époque : le mariage du jeune roi avec Marie-Thérèse, infante d'Espagne, l'arrestation, le procès de Nicolas Fouquet et l'avènement corollaire de Colbert, la Guerre de Dévolution, le mariage manqué de la grande Mademoiselle, l'Affaire des Poisons, la répression du protestantisme et la révocation de l'Édit de Nantes, la « grande opération » qui vit le souverain endurer héroïquement le traitement d'une fistule anale, l'entrée en dévotion de ce dernier et son mariage secret avec Madame de Maintenon...

 

Des extraits des Mémoires personnels de Louis XIV, adressés à son fils, le Grand Dauphin, éclairent d'un jour favorable la figure du monarque : « La première [ndlr : précaution] est que le temps que nous donnons à notre amour ne soit jamais pris au préjudice de nos affaires, parce que notre premier objet doit toujours être la conservation de notre gloire et de notre autorité, lesquelles ne peuvent absolument se maintenir que par un travail assidu. »

 

Une anthologie remarquable qui ouvrira le grand public à des saveurs qu'il ne soupçonnait peut-être pas…

 

Apolline ELTER

 

Le grand siècle en mémoires, anthologie présentée par Thierry Sarmant, Perrin, avril 2011, 512 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 24,50 € (prix France)