27 04 11

Scripta manent…

 

Gallimard, un éditeur à l’œuvre.gifLa plus grande maison d'édition française indépendante actuelle fête avec faste son centenaire en publiant divers ouvrages parmi lesquels, dans la collection « Découvertes », un remarquable Gallimard, un éditeur à l’œuvre par Alban Cerisier, qui retrace l’histoire d’une entreprise familiale au catalogue de laquelle on retrouve 40 000 titres et une immense brochettes d’auteurs de premier plan comme Apollinaire, Asimov, Aymé, Bachelard, Borges, Camus, Céline, Chamoiseau, Claudel, Duras, Faulkner, Giono, Hemingway, Ionesco, Jaccottet, Kafka, Kessel, Kundera, Le Clézio, Malraux, Morand, Orwell, Pamuk, Pasternak, Pennac, Prévert, Proust, Queneau, Romains, Rufin, Saint-Exupéry, Sartre, Sollers, Steinbeck, Tournier, Van Vogt, Yourcenar...

Fondée en 1911 par André Gide à l’enseigne de la NRF, elle se développa à l’initiative de son gérant Gaston Gallimard (1885-1975), puis du fils de celui-ci, Claude (1914-1991), et aujourd’hui de son petit-fils Antoine (né en 1947) et elle possède sans aucun doute le fonds littéraire le plus étendu de la planète.

Comme tous ceux de la collection « Découvertes » créée par le génial Pierre Marchand, le bel ouvrage d’Alban Cerisier fourmille d’informations pertinentes, de documents éclairants, d’images percutantes, d’anecdotes significatives et il subjugue le lecteur par sa description enlevée d’une « success story » plus éclatante encore que celle de Harry Potter… d’ailleurs édité dans sa traduction française chez Gallimard.

 

Bernard DELCORD

 

Gallimard, un éditeur à l’œuvre par Alban Cerisier, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes », février 2011, 176 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,30 € (prix France)

27 04 11

« Un fond de santé gauloise » (Robert Poulet)

 

D'un Céline l'autre.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 27/04/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be):

 

La compilation intitulée D’un Céline l’autre, établie et présentée par le célinomane David Alliot et préfacée par François Gibault, avocat et homme de confiance de Mme Lucette Destouches, veuve de l’écrivain, auteur d’une monumentale biographie en trois volumes de l’auteur du Voyage au bout de la nuit, rassemble, outre une Vie de Louis-Ferdinand Céline par David Alliot, 200 témoignages divers (correspondances, journaux intimes, mémoires, coupures de presse, documents administratifs…) jalonnant la vie de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), en provenance de sa famille, d’amis intimes, d’admirateurs ou d’adversaires, depuis sa jeunesse passage Choiseul dans le quartier de l’Opéra à Paris jusqu’à sa mort à Meudon dans les Hauts-de-Seine.

 

On y retrouve toutes les facettes de l’homme, écolier d’abord, cuirassier à Rambouillet ensuite, en 1912, puis médaillé militaire en 1914, au consulat français de Londres en 1915, au Cameroun en 1916, à la fondation Rockefeller en 1918, étudiant en médecine en 1920, docteur en 1924, en Afrique et en Amérique pour l'Institut d'hygiène de la SDN entre1924 et 1927, à Clichy de 1927 à 1937, à Prague en 1933, à Leningrad en 1936, au dispensaire de Bezons de 1940 à1944 en même temps que collaborationniste à Paris, à Baden-Baden et à Sigmaringen, détenu puis exilé au Danemark de1945 à 1951, amnistié cette année-là et de retour à Meudon jusqu’à sa mort.

 

Et de l’écrivain, bien entendu, auteur de La Vie et l'Œuvre de Philippe Ignace Semmelweis, du Voyage, d’un Hommage à Émile Zola, de Mort à crédit, de Guignol’s band, de Féerie pour une autre fois, de Casse-pipe, de trois pamphlets violemment antisémites (Bagatelles pour un massacre, L'École des cadavres, Les Beaux Draps), de D’un château l’autre, Le Pont de Londres et Rigodon

 

On y croise une multitude de témoins, célèbres ou pas, parmi lesquels Mme Pioche du passage Choiseul, le directeur pour l’Afrique équatoriale de la Compagnie forestière Shangha-Oubangui, les écrivains Marcel Aymé, René Barjavel, Emmanuel Berl, William Burroughs, Madeleine Chapsal, Lucien Descaves, Roland Dorgelès, André Gide, Jacques Izoard, Max Jacob, Marcel Jouhandeau, Paul Léautaud, Christian Millau, Marc-Édouard Nabe, Robert Poulet (dont il est dit qu’il fut « partisan de Léon Degrelle », ce qui est inexact), Lucien Rebatet, Tristan Tzara, Roger Vailland, les éditeurs Robert Denoël, Bernard Steele et Gaston Gallimard, le peintre Gen Paul, les actrices Arletty et Judith Magre, l’homme d’affaires Pierre Bergé ou le président de l’Association des amis de Céline, le Belge Marc Laudelout…

 

Chaque témoignage est introduit par une notice biographique du témoin, une description de l’origine du texte et un rappel du contexte dans lequel il a été écrit.

 

Si un tiers de ces témoignages était connu du grand public, un deuxième tiers ne lui était pas accessible jusqu’ici et le dernier tiers est totalement inédit. En effet, tantôt les témoignages ont été recueillis par l’auteur auprès des derniers témoins encore en vie, tantôt ils ont été découverts dans des archives encore inexplorées.

 

Enfin, différentes annexes (chronologie, bibliographie et deux cartes) viennent compléter cet ouvrage bienvenu pour commémorer les dix lustres de la mort de l’écrivain maudit le plus illustre du XXsiècle.

 

PÉTRONE

 

D’un Céline l’autre, édition établie et présentée par David Alliot, préface de François Gibault, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », mars 2011, 1184 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 19,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 30 € (prix France)

19 04 11

Nique la police politique !

La police des écrivains.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 19/04/2011 sur le site du magazine satirique belge SATIRICON.BE (www.satiricon.be):

 

Une nouvelle édition revue et augmentée de La police des écrivains par Bruno Fuligni vient de ressortir aux Éditions Horay à Paris, et c’est un pur bonheur !

 

Il s’agit d’une compilation de signalements de la maréchaussée relatifs à divers écrivains célèbres (Victor Hugo, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Jules Vallès, Ivan Tourgueniev, Alexandre Dumas fils, Paul Féval, Ernest Feydeau, Émile Zola, le chansonnier libertaire Gaston Couté, Colette & Willy, André Breton, Jacques Prévert, Boris Vian, Jean-Paul Sartre…) et de correspondances échangées parfois avec ceux-ci.

 

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en matière de lettres, les pandores ont toujours eu le nez creux…

 

À propos de Victor Hugo, par exemple : « Fait sourire de pitié les gens sensés » ; ou d’Arthur Rimbaud : « Une monstruosité. Il a la mécanique des vers comme personne, seulement ses œuvres sont absolument inintelligibles et repoussantes » ; ou encore de l’enterrement de Jules Vallès : « L’ensemble du convoi était piteux, et les physionomies qu’on y remarquait peu faites pour rassurer les bourgeois qui les regardaient passer », la « floche » étant remportée par un rapport sur Paul Verlaine (décrit par ailleurs comme un « personnage sans valeur, dangereux par la fausseté de son caractère et la bassesse de ses sentiments ») :

La tolérance dont la loi, la magistrature et la police entourent la pédérastie, tolérance résultant de l'affaire Desquiens, engage les Messieurs de cette Caste qui étaient allés à l'étranger perpétrer leurs exercices, à rentrer en France.

Ainsi, M. Robert [sic] Verlaine, le poëte qui avait quitté Paris il y a 6 ans pour suivre en Belgique son am...i le poëte Rimbaud est rentré à Paris depuis quelques jours et se montre sans embarras au café de Madrid.

On me signale parmi les plus fervents adeptes de la “Rosette” un nommé Cabaner, musicien excentrique, compositeur toqué, qui doit taper du piano dans un café chantant, auprès des Invalides.

Quant au nommé Lequereau qui était jadis gérant du “Radical” de M. Mottu, il meurt d'épuisement et de folie par une pratique exagérée de la masturbation. C'est sa femme qui nous a fait cette confidence.

 

Pas à dire, quand les « godasses à clous » prennent la plume, elles mettent dans le mille !

 

PÉTRONE

 

La police des écrivains par Bruno Fuligni, Paris, Éditions Horay, collection « Cabinet de curiosité(s) », nouvelle édition revue et augmentée, [2006], mars 2011, 247 pp. en noir et blanc au format 16 x 16 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 18 € (prix France)

16 04 11

Avec ceux qui "font" les auteurs !

nadeau.jpgMaurice Nadeau nous raconte de l'intérieur, en journaliste et en écrivain, la jungle des éditions littéraires. C'est évidemment passionnant pour ceux qui aiment lire et écrire. Intitulés "Grâces leur soient rendues", les derniers mots de sa préface, ces "mémoires littéraires" parcourent en effet un grand pan de l'histoire de la littérature. L'auteur qui fut le plus souvent au service des autres, s'excuse : "Ecrire, j'en ai l'habitude : des centaines, des milliers d'articles, quelques ouvrages de hasard. C'est là qu'est le hic : journaliste, pas vraiment écrivain. Le surfing." Maurice Nadeau fut journaliste et directeur littéraire. Il a découvert entre autres Roland Barthes, Georges Bataille, Samuel Beckett, Tahar Ben Jelloun, Hector Bianciotti, Jorge Luis Borgès. Dans des chapitres de quelques pages, il raconte fort bien l'amitié (Miller, par exemple), les arcanes du métier, les jalousies, les rancoeurs, les pièges; mais aussi Julliard, Gallimard, Denoël, les éditions qui décident de la vie des auteurs. Il s'attarde avec bonheur et précision sur André Breton et le surréalisme ; sur le "nouveau roman", sur les revues littéraire, sur les jurys, sur les correspondances. Non seulement c'est une mine précieuse de renseignements sur la traversée du siècle, comme on l'indique, mais c'est écrit d'une plume juste et claire, qui convient parfaitement au propos. Quelques extraits ? Voici un passage d'un article paru dans Combat" en 1949: "C'est que, pour Breton, la valeur d'un poème se mesure à d'autres critères que le bonheur d'expression, la qualité du chant, le pouvoir des suggestions. Compte davantage à ses yeux la possibilité que possède ou non ce poème de nous ouvrir une porte sur l'inconnu." Ou dans le chapitre consacré à Maurice Blanchot. Il découvre par hasard un texte de lui qui dit :"Le signe de son importance, c'est que l'écrivain n'ait rien à dire..." Et d'écrire : "Voilà qui renverse mes convictions. J'ai toujours pensé qu'écrire c'est "exprimer", et plus encore "s'exprimer", révéler au lecteur éventuel la vision que l'écrivain se fait du monde, des autres et, pourquoi pas, de lui-même. Maurice Blanchot voit le romancier dans un état très particulier qu'il dit être "l'angoisse"..." Des réflexions comme celles-là remplissent le livre et non seulement donnent à lire, mais à réfléchir sur le monde de l'édition et de ceux qui en font partie !


Jacques MERCIER

 

"Grâces leur soient rendues", mémoires littéraires, Maurice Nadeau. Ed. Albin Michel. 482 pages. 24 euros.

03 04 11

Récidive

 

La police des écrivains.jpgRécidiviste devant l'Éternel, Bruno Fuligni revient avec une nouvelle édition de La police des écrivains (1eédition, 2006) augmentant sa liste de suspects des noms de Jacques Prévert, Boris Vian et Jean-Paul Sartre et de documents puisés dans la mémoire de la police parisienne – entendez les archives des Renseignements généraux abritées dans le commissariat du Varrondissement.

 

Une sellette que les prévenus partagent avec Victor Hugo, Paul Verlaine & Arthur Rimbaud, Jules Vallès, Ivan Tourgueniev, Paul Féval, Ernest Feydeau, Emile Zola, Willy & Colette, André Breton... et les dénonciations, procès-verbaux, cartes pneumatiques et autres documents aussi surprenants qu'officiels dont ils furent tour à tour l'objet ou le sujet.

 

Certaines lettres se font modèles, qui dérideront, à coup sûr, votre contrôleur des contributions :

 

« Mon cher percepteur,

Je m'aperçois, avec une stupeur désarmante, que, vu une terrible maladie qui m'a cloué au lit (sic) en temps utile, j'ai complètement oublié de faire ma déclaration d'impôt pour 1946. (...) Comme je suis foncièrement honnête et comme vous êtes un homme doux et affectueux, je vous prie donc de m'envoyer une feuille de déclaration car je n'en trouve plus maintenant. Avec une grosse bise, je vous prie d'accepter mes remerciements... »

(Boris Vian)

 

Un gain de temps et une perte d’argent car l'Histoire nous apprend que cette familiarité imposée coûta très cher à son auteur.

 

Apolline ELTER

 

La police des écrivains par Bruno Fuligni, Paris, Éditions Horay, mars 2011, 250 pp. en noir et blanc au format 16 x 16 cm sous couverture brochée en couleurs, 18 € (prix France)

19 01 11

Exit Jean Dutourd (1920-2011)

Dutourd (Jean).jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 19/01/2011 sur le site du magazine satirique belge SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :


« Avis à la jeunesse : j’écris pour des gens qui auront vingt ans quand vous serez de vieux cons. »

 

Résistant authentique durant la Seconde Guerre mondiale (il n’y en eut pas tant que ça…), membre du Club des Ronchons, académicien français auteur de romans majeurs (Au bon beurre, 1952 [prix Interallié], Les horreurs de l’amour, 1963, Mémoires de Mary Watson, 1980), traducteur du fameux Le Vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway, de Les Muses parlent de Truman Capote, de L'Œil d'Apollon de Gilbert Keith Chesterton, chroniqueur féroce des années Mitterrand (Le socialisme à tête de linotte, 1983, Le septennat des vaches maigres, 1984, La gauche la plus bête du monde, 1985, Journal des années de peste, 1997), mémorialiste et critique littéraire irrévérencieux (Les perles et les cochons , 2006, La grenade et le suppositoire, 2008), chroniqueur à France Soir, conseiller littéraire de Gaston Gallimard, membre éminent du département de langues et de littérature de l’Académie serbe (!) des sciences et des arts, sociétaire des Grosses Têtes de Philippe Bouvard, l’écrivain monarchiste Jean Dutourd, qui fut la cible d’un attentat à la bombe le 14 juillet 1978 (et s’est éteint le 17 janvier 2011 : il lui restait 33 ans à vivre, à l’instar de Jésus-Christ…), maniait la langue française –et l’humour décapant– avec une maestria ironique qui eût laissé pantois Voltaire, le duc de Saint-Simon, Chateaubriand, Stendhal… et Maurice Grevisse.

« Mourir, pour un jeune homme, c'est lui voler son avenir ; pour un vieillard, lui voler son passé », assurait-il avec un peu de tristesse. Mais il ajoutait aussitôt : « Il faut vivre vieux, et même très vieux, et même excessivement vieux. Ainsi, on a eu le plaisir, au fil des années, d'enterrer les gens qui se moquaient de vous ».

À l’en croire, mourir n’est finalement rien ou pas grand-chose, tandis que « tuer une œuvre d'art est plus grave que de tuer des hommes, car des hommes, on en refait tant qu'on veut... »

Mais pas des comme lui, hélas…

 

PÉTRONE


04 01 11

« Un livre par jour éloigne le médecin » (proverbe –presque– anglais)

Tous les livres qu'il faut avoir lus dans sa vie.gifC’est un bien sympathique almanach que publient les Éditions 365, sous la plume de Delphine Gaston. À savoir : chaque jour, un incontournable de la littérature est présenté qui embrasse un vaste panel (de chefs-) d'œuvres, de l'Antiquité à nos jours. Le choix paraît judicieusement éclectique qui permet au licencieux Satiricon, attribué à Pétrone de côtoyer Candide (Voltaire) Les Frères Karamazov (Dostoïevski) et Guillaume Musso (Et après...).

Sympathique aussi la présentation de chaque œuvre, qui après en avoir campé l'auteur et la place au sein de la littérature, en propose l'argument « En quelques mots » et quelques détails croustillants, « Le saviez-vous ? », qui vous permettront de ne pas prendre le métro idiot...

Vous apprendrez ainsi, en rame du 12 avril, que l'auteur d'Et si c'était vrai (Marc Levy) a écrit entre autres chansons, le T'aimer si mal interprété par Johnny Halliday...

Sympathique enfin le boitier cartonné qui permet de conserver au frais le fruit de sa culture sitôt la page du jour arrachée.

Un coup de cœur.

 

Apolline ELTER

 

De Phèdre à Twilight, de Platon à Guillaume Musso. Tous les livres qu'il faut avoir lus dans sa vie par Delphine Gaston, Éditions 365, collection « Les Alamniaks, jour par jour », octobre 2010, 365 pp. au format 11 x 14,5 cm sous boitier, 12,90 €

 

Billet de faveur

 

AE : Delphine Gaston, votre choix témoigne d'une connaissance approfondie de la littérature. Êtes-vous une dévoreuse de livres invétérée ?

 

Delphine Gaston : Cela vient de mon enfance ! Mes parents m'ont élevée au milieu des livres. Ils en possédaient au moins 10 000 et mon papa était romancier à ses heures. Quand les autres enfants jouaient avec des Lego, moi je tripotais des bouquins ! Ensuite, j'ai fait des études de lettres, puis me suis lancée dans l'édition. Je ne sors jamais sans acheter un livre (particulièrement des dicos), mes parents m'ont vraiment donné le virus.

 

AE : Comment avez-vous déterminé la séquence des œuvres retenues. Ont-elles été imputées en fonction de la date du calendrier ?

 

Delphine Gaston : Cela dépend en fait. Parfois c'est un hasard, parfois c'est personnel. Par exemple, le jour de l'anniversaire de ma mère, j'ai mis son roman culte. Ou bien j'ai choisi de commencer par Le Portrait de Dorian Gray car il est parmi mes favoris. Parfois la date correspond au jour de l'anniversaire de l'auteur. René de Châteaubriand se trouve le jour de la saint René...

 

AE : Il semble que vous n'ayez pas retenu d'œuvres postérieures à 2008. Est-ce un choix délibéré ?

 

Delphine Gaston : J'ai composé mon livre fin 2009, c'est aussi une raison. Et puis, je préfère que l'on ait un petit recul sur les titres choisis. J'espère pouvoir faire une réédition pour l'année prochaine. Ainsi, j'inclurai sans doute des ouvrages encore plus récents. Je pense par exemple au Quai de Ouistreham de Florence Aubenas que je trouve urgent de lire.

26 12 10

Une publication prestigieuse

Œuvres complètes par Maurice Maeterlinck (coffret).gifÀ l’occasion du centenaire de l’obtention du Prix Nobel de littérature (en 2011) de Maurice Maeterlinck (Gand, 1862-Nice, 1949), les Éditions André Versaille ont rassemblé ses Œuvres complètes dans un somptueux coffret cartonné reproduisant des illustrations en couleurs de Fernand Khnopff et contenant quatre fort beaux volumes : Le Réveil de l'âme, Théâtre tomes 1 & 2, La Vie de la nature.

L’occasion de (re)découvrir les textes de l’écrivain belge (un Flamand d’expression française) qui fut le condisciple d’Émile Verhaeren en classe de rhétorique au collège Sainte-Barbe à Gand (on aurait aimé connaître leur professeur de français...) puis l’émule de Mallarmé et de Villers de l’Isle-Adam autant que de Ruysbroeck l’Admirable, des Schlegel ou de Novalis dans des écrits poétiques (Serres chaudes, 1889, Quinze chansons, 1900) et dramaturgiques (La Princesse Maleine, 1889, Pelléas et Mélisande,1892 –mis en musique par Claude Debussy en 1902–, L’Oiseau bleu, 1909, La Princesse Isabelle, 1935) profondément symbolistes qui lui valurent une renommée mondiale.

Parallèlement, il se pencha en philosophe, avec un succès inouï, sur la nature vivante (La Vie des abeilles, 1901, L'Intelligence des fleurs, 1907, La Vie des termites, 1926, La Vie des fourmis, 1930, L’araignée de verre, 1932), se compromit en rédigeant une préface des discours politiques du dictateur portugais Salazar (Une révolution dans la paix, 1935), gagna les États-Unis pour éviter la Seconde Guerre mondiale (1939-47) et revint sur la Côte d’Azur pour y mourir dans sa villa d’Orlamonde.

On lui doit également de nombreux essais critiques, articles, pensées ou aphorismes portant sur bien des sujets : l’écriture, le théâtre, l’inconnaissable, l’ésotérisme, la mystique flamande, l’hermétisme, la psychologie des songes, l’art et la médecine, la mort, divers écrivains (Ruysbroeck, Emerson, Cyriel Buysse, Paul Fort, Lautréamont, Van Lerberghe, Jules Lafforgue…) ou artistes (Bruegel, Jérôme Bosch…).

Une œuvre considérable, on le voit, et qui en dépit du temps qui passe et d’un gros accident de parcours, mérite toujours considération…


Bernard DELCORD


Œuvres complètes par Maurice Maeterlinck (dans un coffret cartonné en couleurs contenant 4 volumes : Le Réveil de l'âme,, Théâtre tomes 1 & 2, La Vie de la nature), édition établie et annotée par Paul Gorceix, Bruxelles, André Versaille éditeur, décembre 2010, 2565 pp. en noir et blanc au format 16 x 25 cm sous couvertures brochées en quadrichromie, 139,90 €

20 11 10

Que du beau monde !

Les 100 mots du surréalisme.gifLes Belges Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand enseignent l’histoire des lettres françaises, le premier à l’Université libre de Bruxelles et le second à l’Université de Liège, mais c’est à Paris qu’ils ont fait paraître un passionnant petit répertoire intitulé Les 100 mots du surréalisme publié par les Presses Universitaires de France dans leur fameuse collection « Que sais-je ? ».

L’occasion pour le lecteur de (re)découvrir ce qui faisait la quintessence du mouvement littéraire fondé par André Breton, Louis Aragon, Paul Eluard et quelques autres qui prétendaient « changer la vie »… et y parvinrent.

Par leurs œuvres bien sûr, prolongeant notamment celles de Lautréamont, d’Apollinaire et de Jarry, mais aussi en essaimant vers d’autres horizons de l’activité humaine : la politique, les arts plastiques, la photographie, le cinéma, la musique, la chanson, la psychologie… et au-delà des limites de l’hexagone (en Belgique tout particulièrement, surtout dans les domaines de la poésie et de la peinture, mais aussi en Espagne ou en Amérique latine).

On croise donc dans ce petit essai, en plus de ceux des pères fondateurs, les noms d’Antonin Artaud, de Luis Buñuel, de Marc Chagall, de René Char, d’Achille Chavée, de Salvador Dali, de Paul Delvaux, de Robert Desnos, de Christian Dotremont, de Marcel Duchamp, de Max Ernst, de Frida Kalho, de Marcel Lecomte, de René Magritte, de Marcel Mariën, de Henri Michaux, de Juan Miró, de Paul Nougé, d’Octavio Paz, de Benjamin Péret, de Jacques Prévert, de Man Ray, de Francis Picabia, de Pierre Reverdy, de Louis Scutenaire, de Philippe Soupault, d’André Souris, d’Yves Tanguy, de Tristan Tzara et de quelques autres encore. Une paille !

Bernard DELCORD

 

Les 100 mots du surréalisme par Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand, Paris, Presses Universitaires de France, « Que sais-je ? », septembre 2010, 126 pp. en noir et blanc au format 11,5 x 17 cm sous couverture brochée en couleurs, 9 € (prix France)

 

 

Liste des 100 mots :

Acte - Amérique latine - Amour - Anthologies et publications collectives - Antilles (Martinique, Haïti) - Aphorisme - Architectures - Arts plastiques - Arts primitifs (ou premiers) - Automatisme (écriture automatique) - Avant-garde - Beauté - Belgique - Bureau central de recherches surréalistes - Cadavre exquis - Cinéma - Collage - Collections, collectionneurs - Communisme - Compagnons de route - Consécration - Crime - Cruauté - Dada - Dissidences - Éditeurs, éditions - Enquêtes - Érotisme - Espagne (Catalogne, Canaries) - Esprit Nouveau - Essai - États-Unis d’Amérique - Éthique - Europe centrale et orientale - Expositions - Femme - Femmes surréalistes - Folie - Genres littéraires - Grande-Bretagne - Groupe - Guerres - Hasard (objectif) - Humour - Image - Inconscient - Insolite - Italie - Jeu - Jeux de mots - Langage - Littérature - Littérature (1919-1924) - Livre - Manifestes - Médium - Merveilleux - Musique - Nihilisme - Objet - Occultisme - Œil - Paranoïa-critique - Paris - ‘Pataphysique - Philosophie - Photographie - Poésie - Polémiques - Politique - Précurseurs - Procès - Prolongements - Québec - Raison - Réalité - Religion - Rêve - Révolution - Révolution surréaliste (La), 1924-1929 - Revues - Roman - Romantisme - Scandales - Scandinavie - Science - Sexualité - Situationnisme - Suicide - Surréalisme au service de la révolution (Le), 1930-1933 - Surréalisme-révolutionnaire (Le) - Surréalité (ou surréel) - Symbolisme - Théâtre - Théorie - Titres - Tracts - Utopie - Villes - Voyance.


28 10 10

« Que ma voix trouble l'ordre… » (Victor Hugo)

Les 100 mots du Romantisme.jpgProfesseur de littérature française à l'Université de Provence, Bruno Viard a fait paraître récemment aux Presses Universitaires de France à Paris, dans la fameuse collection « Que sais-je ? », un passionnant petit abécédaire intitulé Les 100 mots du Romantisme dans lequel il passe en revue, par le prisme de vocables divers, l’essence même de ce mouvement qui, né chez des intellectuels bourgeois imprégnés de christianisme, s’est dressé contre le classicisme et son formatage, contre la révolution et ses excès, contre la raison et ses prisons du cœur, contre les Lumières et leur doctrine, contre le matérialisme et ses visées mercantiles, sans toutefois verser dans l’autoritarisme ou la réaction, mais en prônant comme règle de vie la recherche exaltée de l’idéal et la conquête farouche de l’absolu. Ouvrant des portes sur les mouvements et les auteurs épigones, cet ouvrage constitue un instrument précieux pour la compréhension parfaite des idées de ces hommes et ces femmes qui opérèrent une profonde mutation de la psyché occidentale en affirmant la force et la légitimité de l’amour comme valeur sociale individuelle et collective.

 

(Liste des 100 mots : 1830 - 1848 - Absolu - Adultère - Alexandrin - Allemagne - Amérique - Anges - Angleterre - Aristocratie - Art pour l'art - Association - Augustin (saint) - Autobiographie - Balzac - Barricades - Baudelaire - Bifurcation - Blanquisme - Bourgeoisie - Caïn - Carence maternelle - Cénacle - Chateaubriand - Ciel - Cristallisation - Dédoublement - Dépression - Drame - Dualisme - Économie politique - Étymologie - Exaltation - Exil - Féminisme - Femme de trente ans - Filiation - Flaubert - Fourier - Fusée - Giono - Héloïse - Hernani (bataille d’) - Hugo - Individualisme - Italie - Lac - Laclos - Lamartine - Lamennais - Leroux - Libéralisme - Libertinage - Littérature - Lumières - Mariage - Mariage d’amour - Mémoire involontaire - Merry (rue du Cloître-Saint-) - Michelet - Modernité - Moyen Âge - Musique - Musset - Napoléon - Nature - Nerval - Nuit - Orient - Passion - Péché originel - Peinture - Poète - Poète mourant - Postromantisme - Pudeur - Quinet - Réaction - Réalisme - République - Révolution - Romantisme éternel - Rousseau - Saint-simonisme - Sand - Socialisme - Sociologie - Staël - Suicide - Symbolisme - Terreur - Tocqueville - Utilité - Utopie - Vicaire (savoyard) -Vigny - Volatiles - Waterloo)


Bernard DELCORD

 

Les 100 mots du Romantisme par Bruno Viard, Paris, Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? », mai 2010, 127 pp. en noir et blanc au format 11,5 x 17,7 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 9,00 € (prix France)