26 12 10

Une publication prestigieuse

Œuvres complètes par Maurice Maeterlinck (coffret).gifÀ l’occasion du centenaire de l’obtention du Prix Nobel de littérature (en 2011) de Maurice Maeterlinck (Gand, 1862-Nice, 1949), les Éditions André Versaille ont rassemblé ses Œuvres complètes dans un somptueux coffret cartonné reproduisant des illustrations en couleurs de Fernand Khnopff et contenant quatre fort beaux volumes : Le Réveil de l'âme, Théâtre tomes 1 & 2, La Vie de la nature.

L’occasion de (re)découvrir les textes de l’écrivain belge (un Flamand d’expression française) qui fut le condisciple d’Émile Verhaeren en classe de rhétorique au collège Sainte-Barbe à Gand (on aurait aimé connaître leur professeur de français...) puis l’émule de Mallarmé et de Villers de l’Isle-Adam autant que de Ruysbroeck l’Admirable, des Schlegel ou de Novalis dans des écrits poétiques (Serres chaudes, 1889, Quinze chansons, 1900) et dramaturgiques (La Princesse Maleine, 1889, Pelléas et Mélisande,1892 –mis en musique par Claude Debussy en 1902–, L’Oiseau bleu, 1909, La Princesse Isabelle, 1935) profondément symbolistes qui lui valurent une renommée mondiale.

Parallèlement, il se pencha en philosophe, avec un succès inouï, sur la nature vivante (La Vie des abeilles, 1901, L'Intelligence des fleurs, 1907, La Vie des termites, 1926, La Vie des fourmis, 1930, L’araignée de verre, 1932), se compromit en rédigeant une préface des discours politiques du dictateur portugais Salazar (Une révolution dans la paix, 1935), gagna les États-Unis pour éviter la Seconde Guerre mondiale (1939-47) et revint sur la Côte d’Azur pour y mourir dans sa villa d’Orlamonde.

On lui doit également de nombreux essais critiques, articles, pensées ou aphorismes portant sur bien des sujets : l’écriture, le théâtre, l’inconnaissable, l’ésotérisme, la mystique flamande, l’hermétisme, la psychologie des songes, l’art et la médecine, la mort, divers écrivains (Ruysbroeck, Emerson, Cyriel Buysse, Paul Fort, Lautréamont, Van Lerberghe, Jules Lafforgue…) ou artistes (Bruegel, Jérôme Bosch…).

Une œuvre considérable, on le voit, et qui en dépit du temps qui passe et d’un gros accident de parcours, mérite toujours considération…


Bernard DELCORD


Œuvres complètes par Maurice Maeterlinck (dans un coffret cartonné en couleurs contenant 4 volumes : Le Réveil de l'âme,, Théâtre tomes 1 & 2, La Vie de la nature), édition établie et annotée par Paul Gorceix, Bruxelles, André Versaille éditeur, décembre 2010, 2565 pp. en noir et blanc au format 16 x 25 cm sous couvertures brochées en quadrichromie, 139,90 €

20 11 10

Que du beau monde !

Les 100 mots du surréalisme.gifLes Belges Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand enseignent l’histoire des lettres françaises, le premier à l’Université libre de Bruxelles et le second à l’Université de Liège, mais c’est à Paris qu’ils ont fait paraître un passionnant petit répertoire intitulé Les 100 mots du surréalisme publié par les Presses Universitaires de France dans leur fameuse collection « Que sais-je ? ».

L’occasion pour le lecteur de (re)découvrir ce qui faisait la quintessence du mouvement littéraire fondé par André Breton, Louis Aragon, Paul Eluard et quelques autres qui prétendaient « changer la vie »… et y parvinrent.

Par leurs œuvres bien sûr, prolongeant notamment celles de Lautréamont, d’Apollinaire et de Jarry, mais aussi en essaimant vers d’autres horizons de l’activité humaine : la politique, les arts plastiques, la photographie, le cinéma, la musique, la chanson, la psychologie… et au-delà des limites de l’hexagone (en Belgique tout particulièrement, surtout dans les domaines de la poésie et de la peinture, mais aussi en Espagne ou en Amérique latine).

On croise donc dans ce petit essai, en plus de ceux des pères fondateurs, les noms d’Antonin Artaud, de Luis Buñuel, de Marc Chagall, de René Char, d’Achille Chavée, de Salvador Dali, de Paul Delvaux, de Robert Desnos, de Christian Dotremont, de Marcel Duchamp, de Max Ernst, de Frida Kalho, de Marcel Lecomte, de René Magritte, de Marcel Mariën, de Henri Michaux, de Juan Miró, de Paul Nougé, d’Octavio Paz, de Benjamin Péret, de Jacques Prévert, de Man Ray, de Francis Picabia, de Pierre Reverdy, de Louis Scutenaire, de Philippe Soupault, d’André Souris, d’Yves Tanguy, de Tristan Tzara et de quelques autres encore. Une paille !

Bernard DELCORD

 

Les 100 mots du surréalisme par Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand, Paris, Presses Universitaires de France, « Que sais-je ? », septembre 2010, 126 pp. en noir et blanc au format 11,5 x 17 cm sous couverture brochée en couleurs, 9 € (prix France)

 

 

Liste des 100 mots :

Acte - Amérique latine - Amour - Anthologies et publications collectives - Antilles (Martinique, Haïti) - Aphorisme - Architectures - Arts plastiques - Arts primitifs (ou premiers) - Automatisme (écriture automatique) - Avant-garde - Beauté - Belgique - Bureau central de recherches surréalistes - Cadavre exquis - Cinéma - Collage - Collections, collectionneurs - Communisme - Compagnons de route - Consécration - Crime - Cruauté - Dada - Dissidences - Éditeurs, éditions - Enquêtes - Érotisme - Espagne (Catalogne, Canaries) - Esprit Nouveau - Essai - États-Unis d’Amérique - Éthique - Europe centrale et orientale - Expositions - Femme - Femmes surréalistes - Folie - Genres littéraires - Grande-Bretagne - Groupe - Guerres - Hasard (objectif) - Humour - Image - Inconscient - Insolite - Italie - Jeu - Jeux de mots - Langage - Littérature - Littérature (1919-1924) - Livre - Manifestes - Médium - Merveilleux - Musique - Nihilisme - Objet - Occultisme - Œil - Paranoïa-critique - Paris - ‘Pataphysique - Philosophie - Photographie - Poésie - Polémiques - Politique - Précurseurs - Procès - Prolongements - Québec - Raison - Réalité - Religion - Rêve - Révolution - Révolution surréaliste (La), 1924-1929 - Revues - Roman - Romantisme - Scandales - Scandinavie - Science - Sexualité - Situationnisme - Suicide - Surréalisme au service de la révolution (Le), 1930-1933 - Surréalisme-révolutionnaire (Le) - Surréalité (ou surréel) - Symbolisme - Théâtre - Théorie - Titres - Tracts - Utopie - Villes - Voyance.


28 10 10

« Que ma voix trouble l'ordre… » (Victor Hugo)

Les 100 mots du Romantisme.jpgProfesseur de littérature française à l'Université de Provence, Bruno Viard a fait paraître récemment aux Presses Universitaires de France à Paris, dans la fameuse collection « Que sais-je ? », un passionnant petit abécédaire intitulé Les 100 mots du Romantisme dans lequel il passe en revue, par le prisme de vocables divers, l’essence même de ce mouvement qui, né chez des intellectuels bourgeois imprégnés de christianisme, s’est dressé contre le classicisme et son formatage, contre la révolution et ses excès, contre la raison et ses prisons du cœur, contre les Lumières et leur doctrine, contre le matérialisme et ses visées mercantiles, sans toutefois verser dans l’autoritarisme ou la réaction, mais en prônant comme règle de vie la recherche exaltée de l’idéal et la conquête farouche de l’absolu. Ouvrant des portes sur les mouvements et les auteurs épigones, cet ouvrage constitue un instrument précieux pour la compréhension parfaite des idées de ces hommes et ces femmes qui opérèrent une profonde mutation de la psyché occidentale en affirmant la force et la légitimité de l’amour comme valeur sociale individuelle et collective.

 

(Liste des 100 mots : 1830 - 1848 - Absolu - Adultère - Alexandrin - Allemagne - Amérique - Anges - Angleterre - Aristocratie - Art pour l'art - Association - Augustin (saint) - Autobiographie - Balzac - Barricades - Baudelaire - Bifurcation - Blanquisme - Bourgeoisie - Caïn - Carence maternelle - Cénacle - Chateaubriand - Ciel - Cristallisation - Dédoublement - Dépression - Drame - Dualisme - Économie politique - Étymologie - Exaltation - Exil - Féminisme - Femme de trente ans - Filiation - Flaubert - Fourier - Fusée - Giono - Héloïse - Hernani (bataille d’) - Hugo - Individualisme - Italie - Lac - Laclos - Lamartine - Lamennais - Leroux - Libéralisme - Libertinage - Littérature - Lumières - Mariage - Mariage d’amour - Mémoire involontaire - Merry (rue du Cloître-Saint-) - Michelet - Modernité - Moyen Âge - Musique - Musset - Napoléon - Nature - Nerval - Nuit - Orient - Passion - Péché originel - Peinture - Poète - Poète mourant - Postromantisme - Pudeur - Quinet - Réaction - Réalisme - République - Révolution - Romantisme éternel - Rousseau - Saint-simonisme - Sand - Socialisme - Sociologie - Staël - Suicide - Symbolisme - Terreur - Tocqueville - Utilité - Utopie - Vicaire (savoyard) -Vigny - Volatiles - Waterloo)


Bernard DELCORD

 

Les 100 mots du Romantisme par Bruno Viard, Paris, Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? », mai 2010, 127 pp. en noir et blanc au format 11,5 x 17,7 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 9,00 € (prix France)

25 09 10

Pour garder la morale !

Fables par Marie de France.gifPremière femme écrivain de langue française, Marie de France, dont on ne sait pratiquement rien sinon qu’elle vécut durant la seconde moitié du XIIsiècle et qu’elle passa quelques années à Londres à la cour d’Aliénor d’Aquitaine, épouse du roi Henri II Plantagenêt, Marie de France, donc, est l’auteure de lais d’amour courtois qui enchantèrent les écrivains romantiques et de Fables adaptées d’Ésope qui firent la joie d’innombrables lecteurs jusqu’au XVIIIsiècle et que les Éditions Actes Sud viennent de rééditer dans une traduction contemporaine, pour le plus grand bonheur de ceux du XXe...

Car comment ne pas tomber sous le charme de cet ysopet (c’est le nom médiéval d’un recueil de fables) où l’on retrouve la quintessence de l’âme humaine, certes, mais avec cette ironie et ce sens de la dérision propres au Moyen Âge, quand la morale naissait autant du paradoxe que de l’imitation de Jésus-Christ ou de ses saints…

 

Aussi ne résisterons-nous pas au plaisir de citer cette grande dame sagace :

 

DERECHEF, LA FEMME ET L'AMANT

 

Un jour, un autre paysan

Vit que sa femme et son amant

Allaient au bois. Il les suivit

Mais voilà que l'homme s'enfuit

Et se cacha dans la forêt.

Il rentra, rageant, peu après,

Maudit sa femme et l'injuria,

Mais la dame lui demanda

Pourquoi il lui parlait ainsi.

Le mari, furieux, répondit

Qu'il avait vu son suborneur,

Pour sa honte et son déshonneur,

Aller avec elle en forêt.

"Seigneur, dit-elle, s'il vous plaît,

Pour l'amour de Dieu, soyez franc.

Un homme avez-vous cru vraiment

Voir avec moi ? Dites bien vrai !"

"Je l'ai vu entrer en forêt."

"Pauvre de moi, j'aurai ma mort

Soit demain soit plus tôt encore...

Mon aïeule mourut ainsi,

Je l’ai vu, et ma mère aussi.

Peu avant leurs derniers instants,

Chacun put voir distinctement

Un jeune homme les escorter,

Sans qu'ils eussent en rien fauté...

Donc, je le sais, voici ma fin.

Mandez, seigneur, tous mes cousins.

De nos biens que chacun réponde :

Je n'ose rester en ce monde...

Je prendrai mes biens impartis

Et j'irai dans une abbaye."

Le paysan l'entend et crie :

"Pitié, n'en faites rien, m'amie !

Ne me quittez pas sur ce songe :

Ce que j'ai vu était mensonge."

"Non, je n'ose pas m'attarder.

À mon âme il me faut penser,

Surtout après la grande honte

Dont vous m'avez trop rendu compte.

Toujours on me reprocherait

Les torts qu'à votre égard j'aurais...

Sauf si vous juriez sous serment,

En présence de vos parents,

N'avoir vu nul homme avec moi

Et promettiez sur votre foi

De ne plus jamais en parler

Et ne plus me le reprocher."

"Je ferai tout à votre guise."

Ils allèrent dans une église.

Il jura ce qu'elle voulait

Et plus qu'elle ne demandait.

 

C'est le proverbe qui le dit :

Femme est maîtresse en tromperie.

Les rusées, par leurs tours pendables,

Sont plus habiles que le diable.


Bernard DELCORD


Fables par Marie de France, traduction, présentation et notes de Françoise Morvan, Arles, Éditions Actes Sud, collection « Babel », août 2010, 275 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,7 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 8,50 € (prix France)

07 03 10

À grands coups de Pinard…

Accusés Flaubert, Baudelaire, levez-vousEn publiant Accusés Baudelaire, Flaubert, levez-vous ! à Bruxelles chez André Versaille, maître Emmanuel Pierrat, spécialiste du droit du livre au barreau de Paris et grand pourfendeur de la censure sous toutes ses formes (un type bien, quoi !), remet les pendules à l’heure à propos de trois procès célèbres des lettres françaises, intentés la même année 1857 par le procureur Ernest Pinard sur injonction du pouvoir impérial. Les deux premiers à des auteurs encore méconnus (Gustave Flaubert pour Madame Bovary et Charles Baudelaire pour les Fleurs du mal, des œuvres poursuivies pour offense à la morale publique et à la morale religieuse) et le troisième contre une immense vedette d’alors (Eugène Sue pour Les Mystères du Peuple, attaqué comme une saga socialiste et républicaine). Et avec des résultats pour le moins mitigés : Flaubert essuie un blâme, Baudelaire est condamné à 300 francs d’amende ainsi qu’à l’expurgation de six textes (Les Bijoux, Le Léthé, Lesbos, Les Métamorphoses du Vampire, Femmes damnées et À celle qui est trop gaie) tandis que Sue meurt avant la tenue du procès. Le récit d’Emmanuel Pierrat est joliment troussé, sa reconstitution des faits bien étayée, sa démonstration très habile (Anastasie, cette sale bête, n’est toujours pas morte au pays des Lumières – pas plus qu’en Belgique, d’ailleurs…), son plaidoyer fort enlevé et sa documentation sans défaut, qu’il joint quasiment in extenso dans une centaine de pages d’annexes (documents d'archives, articles de presse, plaidoiries et réquisitoires, correspondances échangées par les écrivains pourchassés...). 153 ans plus tard, justice est donc enfin faite ! Et c’est bien fait pour les cagots, les bigots et les gogos tenants de l’ordre (im)moral…
Bernard DELCORD

Accusés Baudelaire, Flaubert, levez-vous ! par Emmanuel Pierrat, Bruxelles, André Versaille éditeur, février 2010, 220 pp. en noir et blanc au format 12,3 x 21,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19,90 €

04 11 09

Un bel et bon outil bibliophilique

Répertoire des pastiches et parodies littérairesLe professeur Paul Aron est, on le sait, l’un des plus beaux ornements intellectuels de la Romane à l’Université Libre de Bruxelles. Vingtièmiste confirmé (nous avons déjà vanté ici ses travaux sur les écrivains prolétariens de l’entre-deux-guerres), spécialiste des formes et des genres (le Dictionnaire du littéraire qu’il a codirigé aux Presses Universitaires de France en 2004 est à la littérature ce que le Bescherelle est à la conjugaison), il est aussi un spécialiste patenté des pastiches et des parodies littéraires, catégorie de textes auxquelles il a consacré divers essais, parus aux défuntes éditions Labor ou aux PUF notamment. C’est avec un ex-prof de lycée et du supérieur devenu libraire parisien spécialisé en ouvrages rares, Jacques Espagnon, qu’il revient aujourd’hui sur le sujet aux Presses de l'Université Paris-Sorbonne avec un Répertoire des pastiches et parodies littéraires des XIXe et XXe siècles s’adressant à un public pointu, certes, celui des professionnels de la librairie, des bibliothécaires, des antiquaires et des bibliophiles, mais en tout point remarquable sur le plan technique. Il s’agit d’une bibliographie forte de 3422 notices, accompagnée de divers index, dressant l’inventaire des ouvrages du genre imprimés et publiés en français entre 1800 et 2000 et fournissant pour chacun d’entre eux un commentaire et des éclaircissements. Comme l’écrit si bien Éric Dussert sur le site du Matricule des Anges (http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=59658), « le pastiche est un Protée qui, passant par tous les états du texte peut être une saillie vacharde, un hommage aux grands stylistes, un simple et cocasse remplissage à la six-quatre-deux de colonnes journalistiques, une fantaisie baroque et érudite, un entretien imaginaire, un pamphlet, une cocasserie sans but, et même un autopastiche. C'est un art aussi scolaire que spirituel : le pastiche fit des victimes et des gloires, s'accrocha comme un lierre à quelques écrivains de renom (Hugo, Zola, Maeterlinck, etc.) et composa au bout du compte une ahurissante guirlande d'écrits qui chaîne depuis quelque origine références sur références jusqu'à Lautréamont, Marcel Proust, Guy Debord. » Rien d’étonnant par conséquent au fait que ce genre de textes, bien plus important qu’on ne le croit souvent, ait trouvé son brillant exégète dans la capitale du surréalisme !
Bernard DELCORD

Répertoire des pastiches et parodies littéraires des XIXe et XXe siècles par Paul Aron et Jacques Espagnon, Paris, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, collection « Histoire de l’imprimé », septembre 2009, 564 pp. en noir et blanc au format 21 x 29 cm sous couverture cartonnée en quadrichromie, 38 €

09 09 09

La guerre des mots

Archives de la vie littéraire sous l'occupationRéunies, présentées et commentées par le fameux historien américain Robert O. Paxton assisté d’Olivier Corpet et de Claire Paulhan, les Archives de la vie littéraire sous l’occupation qui viennent de paraître chez Tallandier à Paris reproduisent 650 documents, pour une bonne part inédits, retraçant l’histoire de la littérature française avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Ils proviennent de l’Institut Mémoires de l’Édition contemporaine (IMEC), de la New York Public Library (NYPL), du Mémorial de Caen, du Deutsches Literaturarchiv de Marbach, de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) ainsi que de collections privées et ils traitent de la production publique ou inédite des écrivains, des publicistes et des éditeurs tant collaborateurs qu’attentistes, déportés, prisonniers, résistants de la première ou de la dernière heure, en exil ou dans la clandestinité. Ils mettent en lumière les stratégies culturelles de l’occupant allemand et de ses relais mais aussi celles des patriotes qui leur faisaient face. Un ouvrage remarquable, indispensable à la compréhension des enjeux de l’engagement littéraire et au décryptage des fondements politiques de notre temps.
Bernard DELCORD

Archives de la vie littéraire sous l’occupation réunies et présentées par Robert O. Paxton, Olivier Corpet et Claire Paulhan, Paris, Éditions Tallandier, 2009, 446 pp. en quadrichromie au format 19,5 x 25 cm sous couverture souple à rabats, 45 €