17 11 12

La vie au temps des cathédrales...

Hommes et Femmes du Moyen Âge.gifLa rédaction du fort beau livre intitulé Hommes et Femmes du Moyen Âge paru chez Flammarion a été dirigée par le grand médiéviste français Jacques Le Goff qui a reçu les passionnantes contributions d'éminents spécialistes (John Baldwin, Jacques Dalarun, Jean Delumeau, Bruno Dumézil, Chiara Frugoni, Pierre Riché...) pour brosser le portrait de 112 personnages, réels (Attila, Clovis, Dagobert, Charlemagne, Guillaume le Conquérant, Abélard et Héloïse, Aliénor d'Aquitaine, Frédéric Ier Barberousse, Saladin, Averroès, Richard Cœur de Lion, Saint Dominique, Saint François d'Assise, Saint Louis, Thomas d'Aquin, Marco Polo, Dante Alighieri, Boccace, Bertrand Du Guesclin, Geoffrey Chaucer, Jeanne d'Arc, Vlad III « l'Empaleur » –alias Dracula –, Christophe Colomb...) ou imaginaires (le roi Arthur, la papesse Jeanne, Mélusine, Merlin et Viviane, Renart, Robin des Bois, Roland...), qui tous ont marqué d'une empreinte pérenne la culture occidentale et sont cités à comparaître dans l'ouvrage « en tant que témoins et mémoire historique ».

Remarquablement ornées de tableaux des grands artistes de la période, mais également de gravures de savants et de dessins d'architectes, ces courtes biographies constituent une véritable immersion dans l'une des périodes les plus créatives de l'histoire de notre continent.

Celle qui vit éclore notre civilisation...

Bernard DELCORD

Hommes et Femmes du Moyen Âge, ouvrage collectif sous la direction de Jacques Le Goff, Paris, Éditions Flammarion, octobre 2012, 447 pp. en quadrichromie au format 17,5 x 24 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 35 € (prix France)

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15 11 12

La parole aux Congolais

url.jpgDoté du Médicis du l'essai - une récompense justifiée - l'ouvrage, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin (un label) trace de façon minutieuse, honnête et abordable,  le destin complexe  et souvent violent de notre ancienne colonie africaine.

"Quand j'ai envisagé il y a six ans d'écrire, pour le cinquantième anniversaire de l'indépendance du Congo, un livre sur l'histoire mouvementée du pays, non seulement à l'époque postcoloniale, mais aussi pendant la période coloniale et une partie de l'ère précoloniale, j'ai décidé que cela n'aurait de sens que si je pouvais donner la parole à autant de voix congolaises que possible."

Le propos est campé. Archéologue de formation, fils d'expatrié post-colonial,  David Van Reybrouck attache "une grande valeur aux informations non textuelles" , intégrant d'innombrables entretiens, sur place -avec des "témoins ordinaires "-  et la consultation de milliers  documents,  dans la perpective d'une histoire globale.

"La nouvelle de la traversée de Stanley fit en Europe l'effet d'une bombe. Le roi Léopold [II] comprit aussitôt que Stanley était l'homme qu'il lui fallait pour réaliser ses ambitions coloniales."

Focalisé sur un siècle et demi d'Histoire congolaise - en gros la période de 1870 à 2010 - l'essai autopsie celle-ci sous forme de  tranches, éclairées chacune d'une tonalité particulière. Dénué de tabous, exempt de concessions, il assied, de la sorte, les dirigeants  et missionnaires de tous bords, au banc d'un tribunal historique sobre et précis.

Le propos, de 600 pages, est assorti d'un index, utile et d'une justification des sources.

Un travail édifiant; une lecture qui ne l'est pas moins.

AE

Congo, une histoire, David Van Reybrouck, essai, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, Actes Sud, sept.2012, 712 pp, 28 €

02 10 12

Le Grand Charles sous toutes les facettes

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Charles de Gaulle.gifAvec Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Charles de Gaulle paru chez Hatier à Paris dans la collection des « Guides visuels », André Botzaris aborde par un texte d'une parfaite clarté soutenu par une iconographie remarquable la biographie de l'homme politique français qui marqua la France contemporaine d'une empreinte indélébile.

C'est dès l'enfance et jusqu'à la mort qu'il s’est identifié à la France et à son destin en embrassant la carrière des armes d'abord, celle de la politique ensuite, pour façonner un pays aux institutions à son image, celles de la Ve République.

Né le 22 novembre 1890 à Lille, il est lieutenant à la déclaration de la Première Guerre mondiale et capitaine en 1916, année où il est blessé au combat, fait prisonnier et interné en Allemagne pendant 32 mois.

Entre 1919 et 1921, il est envoyé en Pologne pour participer à la formation de la nouvelle armée du pays. Durant l'entre-deux-guerres, il appartiendra à l'entourage de Philippe Pétain qui appuiera sa carrière.

Il s'en détache cependant pour des divergences d'approche (l'État-major, face à la montée des périls, optant pour une stratégie défensive autour de la Ligne Maginot alors que de Gaulle préconisait la guerre de mouvement basée sur les blindés).

On connaît la suite : l'invasion de mai 1940, le départ pour la Grande-Bretagne, l'appel du 18 juin, les Forces Françaises Libres, les rapports difficiles avec Churchill et Roosevelt (ce dernier, dans une lettre au premier, appelait le général faisant fonction « notre migraine commune »…), le Gouvernement provisoire jusqu'en 1946, l'appel de Bayeux la même année, la création du RPF, le semi-échec qui s'ensuit en 1951, l'exil à Colombey, le « je vous ai compris » d'Alger en 1958, le retour au pouvoir, la lutte contre l'OAS et les dissidents de l'Armée, la Ve République en 1962, la décolonisation ratée, Mai-68, le triomphe électoral de juin, le référendum perdu en avril 1969, le départ à la retraite et la fatale rupture d'anévrisme du 9 novembre 1970.

Le récit simple, d’une grande clarté et richement illustré d'André Botzaris permet de comprendre ce destin hors normes et cette « certaine idée de la France » qui persiste aujourd'hui bien au-delà du gaullisme.

Bernard DELCORD

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Charles de Gaulle – Guide visuel à destination des esprits curieux et pressés par André Botzaris, préface de Baptiste Léon, Paris, Éditions Hatier, collection « Guides visuels », janvier 2012, 220 pp. en quadrichromie au format 16 x 11 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,99 € (prix France)

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22 09 12

De la dépendance à l'Indépendance…

Du Congo belge à la République du Congo.gifParu sous la direction du professeur Michel Dumoulin et de trois assistants en histoire de l'UCL (Anne-Sophie Gijs, Pierre-Luc Plasman et Christian Van de Velde), le passionnant essai intitulé Du Congo belge à la République du Congo 1955-1965 paru récemment à Bruxelles aux Éditions P.I.E. Peter Lang dans leur nouvelle collection « Outre-mers » mêle les contributions scientifiques [1] aux récits de témoins [2] des événements pour aborder l'histoire des cinq années qui ont précédé et suivi l'Indépendance du Congo belge (accordée le 30 juin 1960).

Outre son approche à la fois historiographique et technique, cet ouvrage examine de nombreux épisodes et aspects qui furent au cœur du processus de décolonisation comme le voyage du roi Baudouin en 1955, la politique du gouvernement général, l'action syndicale en Belgique, la guerre froide, l'assassinat de Patrice Lumumba, le lobbying des agents coloniaux et des colons belges entre 1960 et 1962, le contentieux financier belgo-congolais et la zaïrianisation, la crise de Stanleyville et de l'Est du Congo en 1964…

Sont également appelées à la barre les sources documentaires comme l'émission télévisée 9 millions, les reportages de la RTB d'alors (parmi lesquels ceux, fameux, du journaliste Frédéric François) et les films d'archives.

De nombreuses pages sont enfin consacrées aux modalités d'aides belges, européennes et internationales à l'Afrique noire après 1960 (l'idée de développement à l'époque coloniale, l'association Europe-Afrique et le Congo belge, l'apparition des idées de coopération, d'association et de développement après l'Indépendance, la naissance de la coopération européenne au développement, de la banque européenne d'investissement, les modes de fonctionnement de la coopération française avec l'Afrique sub-saharienne francophone...).

Une vaste somme d'informations accessibles (ici, foin du charabia universitaire) propres à alimenter utilement la réflexion des uns et des autres sur un sujet encore polémique de nos jours, à savoir  (l'échec de) la décolonisation et ses conséquence actuelles.

Bernard DELCORD

Du Congo belge à la République du Congo 1955-1965 sous la direction de Michel Dumoulin, Anne-Sophie Gijs, Pierre-Luc Plasman et Christian Van de Velde, Bruxelles, Éditions P.I.E. Peter Lang, collection « Outre-mers », janvier 2012, 374 pp. en noir et blanc au format 15 x 27 cm sous couverture brochée en couleurs, 45,50 €



[1] Outre celles des directeurs de l'ouvrage, on y trouve des synthèses de Francis Balace (ULG), Gauthier de Villers (UCL), Étienne Deschamps (UCL), Jean-Louis Moreau, Jean-Marie Mutamba Makombo (Unikin), Damien Poelaert (UCL), Philippe Raxhon (ULG), Maria Stella Rognoni (Universités de Florence et de Pérouse), Walter Schicho (Université de Vienne), Pierre Tilly (FUCAM), Frédéric Turpin (Université d'Artois), Urban Vahsen (Université de Trèves), Patricia Van Schuylenbergh (UCL) et Émile Willaert.

[2] Hans Carle, Étienne Davignon, Jacques Franck, Frédéric François, Charles-Ferdinand Nothomb, Patrick Nothomb, Louis De Clerck, Jules Fafchamps, Jules Hollants van Loocke et Pierre Wustefeld.

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21 08 12

Le pays de Popold...

Congo.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 21/08/2012 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

Se penchant, dans un récit grinçant intitulé Congo paru chez Actes Sud à Arles, sur la conférence de Berlin qui accorda en novembre 1884 à Léopold II la souveraineté sur le territoire de l'État indépendant du Congo et abordant certaines de ses conséquences (l'application aux Indigènes d'un régime de travail forcé pour la récolte du caoutchouc débouchant sur le système infâme des mains coupées instauré par le lieutenant Léon Fiévez et dénoncé à partir de 1900 au Royaume-Uni et aux États-Unis – deux États protestants furieux du quasi monopole des missionnaires catholiques au Congo, ce que l'auteur ne dit pas – mais aussi les critiques émises sur le tard par le lieutenant Charles Lemaire), l'écrivain français Éric Vuillard, né à Lyon en 1968, fait à la fois preuve d'un beau talent stylistique (la satire est bien tournée, le parti-pris volontairement simpliste, les portraits-charges très réussis et les philippiques assassines à souhait) et d'une ignorance ingénue des détails qui prête à sourire  selon lui, l'EIC était 8 fois plus grand que le Belgique (au lieu de 80...), Lemaire était originaire de Cuesme (au lieu de Cuesmes), la route Moanda-Boma passe par la ville (et non le village de quelques maisons) de Banane (qui n'est pas entre Moanda et Boma) et ainsi de suite...

Il est vrai que le Canard enchaîné, que l'on a connu mieux inspiré, écrit quant à lui dans sa recension de l'ouvrage en date du 14 août 2012 qu'« il ne faut pas oublier que le Congo était la propriété privée du roi des Belges, Léopold Ier »...

On regrettera enfin le sous-titre de «Récit » accolé par l'auteur à son texte, dans la mesure où il se livre (avec brio, répétons-le), de manière purement conjecturale, à l'exposé des états d'âme supposés des protagonistes.

Les mots «Fable » ou «Fiction » auraient mieux fait l'affaire...

PÉTRONE

Congo par Éric Vuillard, Arles, Éditions Actes Sud, collection « Un endroit où aller » créée par Françoise et Hubert Nyssen, mars 2012, 99 pp. en noir et blanc au format 10 x 19 cm sous couverture brochée en couleur, 15 €

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16 07 12

Un sac d'embrouilles...

 

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le conflit israélo palestinien.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 16/07/2012 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

Richement illustré, le petit essai de Paul Gerbaud intitulé Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le conflit israélo-palestinien, paru aux Éditions Hatier à Paris dans la remarquable collection des « Guides visuels », fait le point en images sur ce qui est peut-être le plus long conflit de l'histoire puisqu'il plonge ses racines dans l'empire romain, plus précisément la révolte des Juifs sous Titus qui dura de 66 à 70 après J.C. et se conclut par la prise de Jérusalem, la destruction du Temple et la dispersion des Juifs dans la Romania.

Abordant le problème à partir du XIXe siècle dans l'empire ottoman, dans l'empire russe et en Europe, l'auteur rappelle qui fut Theodor Herzl et ce que sont le sionisme et le nationalisme arabe, décrit l'embrouillamini diplomatique de la Première Guerre mondiale (la politique du colonel Lawrence, les accords Sykes-Picot, la déclaration Balfour, les pressions de Chaïm Weizmann et de Zeev Jabotinsky, la création de la légion juive) et de ses suites (le mandat britannique sur la Palestine, les velléités indépendantistes de la dynastie hachémite, la création de la Haganah et de l'Agence juive, la montée des tensions en Terre sainte, l'arrivée massive de Juifs, entre 1929 et 1939, en raison de la montée des périls en Allemagne et ailleurs, la rébellion arabe de 1936, le ralliement de David Ben Gourion à la lutte des Britanniques contre l'Axe en 1940, l'adhésion du grand mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini, à la cause de Hitler, le congrès sioniste de Biltmore [USA] en 1942 revendiquant un État juif sur l'ensemble de la Palestine...).

Après la Libération de l'Europe et la découverte de la Shoah, le mouvement sioniste durcit son action contre les Anglais en vue de créer un État indépendant (assassinat de lord Moyne au Caire en 1944 et attentat contre l'hôtel King David à Jérusalem en 1946) et organise l'arrivée massive et clandestine de Juifs en Palestine tandis qu'est fondée la Ligue arabe au Caire en 1945.

En 1947, dépassés par les événements et la violence sioniste (provoquée notamment par le mouvement terroriste Irgoun sous la direction de Menahem Begin et par le groupe Stern, carrément fasciste, mené par Yitzhak Shamir – ces deux hommes deviendront premiers ministres d'Israël...), les Britanniques remettent leur mandat aux Nations unies.

On connaît la suite : la guerre civile entre les communautés arabe et juive, la création de l'État d'Israël en 1948, les guerres israélo-arabes à répétition (1948, 1956, 1967, 1982), la création des camps, la fondation du Fatah par Yasser Arafat (1959) et de l'OLP à l'instigation de Nasser (1964), Septembre noir (Jordanie, 1970), le terrorisme des fedayins (point culminant : le massacre d'athlètes israéliens aux JO de Munich en 1972), les accords Sadate-Begin à Camp David en 1978, les intifadas (1987, 2000), la création du Hamas (1987), les accords d'Oslo (1993) et l'assassinat de Yitzhak Rabin (1995) par un Juif d'extrême droite, les provocations et la politique sanglante d'Ariel Sharon, celle tout aussi sanglante du Hamas, la création du Mur de sécurité, le blocus de Gaza...

Avec pour toile de fond, ajouterons-nous, l'occupation et l'annexion (en cours) par Israël des territoires palestiniens et la spoliation continue de leurs populations, en dépit des protestations internationales.

Quel bazar !

PÉTRONE

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le conflit israélo palestinien par Paul Gerbaud, préface de Pascal Boniface, Paris, Éditions Hatier, collection « Guides visuels », janvier 2012, 224 pp. en quadrichromie au format 11 x 16 cm sous couverture brochée en couleurs, 10,90 € (prix France)

 

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26 06 12

Le poids des mots...

Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondiale.gifLes Éditions André Versaille à Bruxelles ont fait paraître naguère un passionnant recueil rassemblant, établis par Dominique Mongin, Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondiale, un ouvrage qui propose une lecture originale de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale à travers des allocutions prononcées par les principaux acteurs du conflit : Léon Blum, Arthur Neville Chamberlain, Winston Churchill, Pierre Cot, Édouard Daladier, Dwight Eisenhower, Francisco Franco, Charles de Gaulle, Joseph Goebbels, Haïlé Sélassié, Heinrich Himmler, Hirohito, Adolf Hitler, Henri de Kérillis, Pierre Laval, Léopold III, Benito Mussolini, Philippe Pétain, Pie XII, Hubert Pierlot, Marcel Pilet-Golaz, Franklin Roosevelt, Jan-Christiaan Smuts, Joseph Staline, Harry Truman et Jean Zay.

Chaque discours est replacé dans son contexte historique, expliqué – tant du point de vue de son origine que de sa portée – et mis en perspective avec les grandes décisions qui ont rythmé le déroulement de la guerre. Cette démarche permet de comprendre la postérité de ces textes et la place qu'ils occupent dans la mémoire collective.

La première partie de l'ouvrage concerne la période 1935-1939 et met en exergue l'échec du système de « sécurité collective ». La deuxième partie s'intéresse aux débuts du conflit (1939-1940) et donne des coups de projecteurs sur la Guerre éclair, la Drôle de guerre, la Résistance et la Collaboration. La troisième partie (1941-1942) montre comment d'une guerre « régionale », limitée à l'Europe, on est passé à une guerre mondiale. La quatrième et dernière partie (1943-1945) traite de la progression des Alliés vers la victoire finale et l'avènement d'un nouvel ordre international.

Un livre qui en dit long sur le plus grand conflit de l'histoire !

Bernard DELCORD

Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondiale, édition établie par Dominique Mongin, préface de Maurice Vaïsse, Bruxelles, André Versaille éditeur, collection « Références », avril  2010, 443 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 34,90 €

Pour vous, nous avons repris dans cet ouvrage essentiel les fameuses phrases suivantes :

DISCOURS DE WINSTON CHURCHILL DU 13 MAI 1940 (EXTRAITS)

Vendredi dernier, dans la soirée, Sa Majesté m'a confié la mission de former un nouveau gouvernement. C'était le vœu, la volonté clairement exprimée du Parlement et de la nation qu'il reposât sur les bases les plus larges, et comprît tous les partis, tant ceux qui soutenaient l'ancien gouvernement que les partis d'opposition. Je me suis acquitté de la partie la plus importante de cette tâche. Un cabinet de guerre constitué de cinq membres a été formé, qui représente, avec les libéraux de l'opposition, l'unité de la nation. Les chefs des trois partis ont accepté de servir dans le cabinet de guerre ou aux plus hauts postes de l'État. Les trois ministères en charge de la Défense nationale sont pourvus. Étant donné l'extrême urgence et la gravité des événements, il était indispensable que tout cela fût accompli en un seul jour. Beaucoup d'autres postes, des postes clés, ont été attribués hier, et je soumettrai, dès ce soir, une liste complémentaire à Sa Majesté. J'espère en finir dans la journée de demain avec la nomination des principaux ministres. Celle des autres ministres prend d'ordinaire un peu plus de temps, mais je suis convaincu qu'à la prochaine réunion du Parlement, cette partie de ma tâche aura été menée à bien, et que le gouvernement sera au complet.

J'ai jugé que l'intérêt général commandait d'inviter la Chambre à se réunir aujourd'hui. Étant du même avis, M. le président a pris les mesures nécessaires, en vertu des pouvoirs qui lui sont conférés par la Résolution de la Chambre.

Au terme du débat, nous proposerons l'ajournement de la Chambre jusqu'au mardi 21 mai, avec, bien évidemment, la possibilité de nous réunir plus tôt, si nécessaire. Les députés seront informés aussitôt que possible des affaires à traiter durant cette semaine. J'invite maintenant la Chambre, par la motion que je propose, à exprimer son approbation des mesures prises et à voter sa confiance au nouveau gouvernement.

Former un gouvernement d'une telle envergure et d'une telle complexité constitue déjà, en soi, une lourde entreprise. Mais n'oublions pas que nous sommes à l'aube d'un des plus grands affrontements de l'Histoire, que nous combattons sur de nombreux fronts en Norvège et en Hollande, qu'il faut nous tenir prêts en Méditerranée, que la bataille aérienne ne connaît aucune trêve, et que de nombreux préparatifs, déjà signalés par mon honorable ami et prédécesseur, doivent être faits ici, chez nous. Dans la crise que nous traversons, j'espère que la Chambre pardonnera la brièveté de mon discours. J'espère qu'aucun de mes amis et collègues, ou anciens collègues, touchés par le remaniement ministériel, ne me tiendra rigueur, en aucun cas, si, pressé d'agir dans de telles circonstances, j'ai négligé les usages.

Enfin, je voudrais tenir à la Chambre le même langage qu'à mes collègues du gouvernement : « Je n'ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur ». Nous faisons face à la plus terrible des épreuves. Nous avons devant nous maints longs mois de lutte et de souffrance. Vous demandez ce qu'est notre politique ? Je peux vous le dire : c'est faire la guerre, sur mer, sur terre et dans les airs, par tous les moyens, avec toute la puissance et avec toute la force qu'il plaira à Dieu de nous donner ; faire la guerre contre une tyrannie monstrueuse, sans égale dans le sinistre et lamentable catalogue du crime humain. Voilà notre politique. Vous me demandez quel est notre but ? Je vous réponds d'un mot : la victoire, la victoire à tout prix, la victoire en dépit de toute terreur, aussi longue et difficile que puisse être la route, la victoire ; car sans victoire, il n'est point de salut. Prenez-en conscience : point de salut pour l'Empire britannique, point de salut pour tout ce que l'Empire britannique a toujours défendu, point de salut pour le désir et la force qui ont de tout temps poussé l'humanité, toujours plus avant, vers le progrès.

Mais c'est plein d'espoir et d'enthousiasme que j'assume ma tâche car, je le sais, les hommes ne peuvent pas manquer à notre cause. En cet instant, je ressens le droit d'exiger le concours de tous et je proclame : « En avant donc, marchons tous ensemble, dans la force de notre unité ».

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25 06 12

Des révélations en rafales...

La mort sur une frontière lointaine.jpgDans La mort sur une frontière lointaine paru chez Luc Pire à Liège, l'historien anglais Charles Whiting –par ailleurs auteur du Dernier assaut paru chez le même éditeur en 2011– jette une lumière crue et peu louangeuse sur l'action de Dwight Eisenhower et de son entourage, qu'il accuse d'avoir manqué, pour de très mauvaises raisons, l'occasion d'une victoire totale contre le Troisième Reich en septembre 1944.

À cette époque, la Wehrmacht a été défaite en France et les Allemands refluaient vers leur propre frontière, vivement poursuivis par le général Patton à la tête de la 3e Armée ainsi que par le général Patch et sa 7e Armée.

Entre les Allemands en fuite et la frontière se trouvait la 1re Brigade SAS britannique, forte de 2500 hommes. La mission de cette unité parachutiste d’élite était de soulever la résistance locale, de saboter les lignes allemandes et, de façon générale, de créer la pagaille de sorte que la 3e Armée de Patton et la 7e de Patch puissent atteindre rapidement la ligne Siegfried.

Cette combinaison alliée offrait la possibilité de terminer victorieusement la guerre à l’ouest avant l’hiver.

Cependant, le commandant suprême allié, le général Eisenhower, ordonna une progression sur un large front et la chance fut manquée, ce qui entraîna la poursuite des combats jusqu’en mai 1945.

La mort sur une frontière lointaine, qui écorne au passage certains poncifs à propos des « bonnes » relations entre la Résistance française et les troupes alliées, est un récit trépidant truffé d'informations nouvelles sur le rôle joué par les SAS à l’époque et sur le refus d’Eisenhower de permettre à la 3e Armée de Patton d’effectuer la poussée décisive.

Un fameux pavé dans la mare !

Bernard DELCORD

La mort sur une frontière lointaine par Charles Whiting, traduction de Paul Maquet et Josette Maquet-Dubois, Liège, Éditions Luc Pire, mai 2012, 247 pp. en noir et blanc au format 14 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 24 €

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04 06 12

Une Histoire cors(et)ée

51o9Cd07aDL._SS500_.jpgEn feront-elles gorges chaudes ces Cléopâtre, Agnès (Sorel), Isabeau (de Bavière) , Ninon (de Lenclos), Françoise (de Maintenon),Marie-Antoinette (de France Joséphine (de Beauharnais) Eugénie (de Napoléon III),  Mata Hari...qui des cordons- serrés ou non - de leurs corsages ont quelque peu impacté le cours de l'Histoire...

Répondant au principe duodécimal de la collection (Ed. Pygmalion), Michel de Decker nous promène à travers les siècles de notre ère, et les atours de femmes célèbres qui surent en jouer en des temps où l'autorité féminine relevait  (presque) du seul charme.

Et le lecteur de succomber au ton allègre et vif de cet imparable conteur qu'est l'historien, conférencier normand, Michel de Decker, de remonter le cours de l'Histoire par celui de certaines baleines. En filigranes, une vraie biographie du corset, instrument de torture et de pâmoison:

" Une femme corsetée ne pouvait que se tenir droite mais , en contrepartie, il n'était pas rare qu'elle souffrît de nausées. Le laçage étroit était en effet susceptible de déformer le squelette et de léser les organes internes. Nombre de médecins dénonçaient alors [Ndlr: XIXe siècle] ce vêtement qui meurtrissait les femmes, particulièrement les femmes enceintes."

Quoi d'étonnant que Joseph II,  le visionnaire frère de Marie-Antoinette, en interdît le port "dans les orphelinats, les couvents et toutes les institutions des Etats sur lesquels il régnait, et que, pour le rendre odieux aux femmes honnêtes, il en infligeait le port à toutes les reprises de justice qui croupissaient dans les prisons de son empire."

C'est  quand le bât blesse que les choses se corsent...

Apolline Elter

12 corsets qui ont changé l'Histoire, Michel de Decker, essai, éd. Pygmalion, oct 2011, 384 pp, 15,9 €

 

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26 05 12

Le frère chéri de Madame de Pompadour

9782709638272.jpg" Vingt-deux années aux Bâtiments, malgré toutes les vicissitudes, n'avaient pas été vaines, elles laissaient un patrimoine dont il pouvait être fier. Paris s'était transformé. Avec la disparition de Soufflot un temps se terminait mais ils avaient ensemble préparé les temps du futur. Les Parisiens des siècles à venir marcheraient dans les pas de Marigny et dans ceux de Soufflot."

Est-il meilleur bilan de vie que celui que trace Monique Demagny,  au terme d’un très beau roman historique, centré sur le marquis de Marigny (1727-1781).

Né  Abel Poisson de Vandières, le marquis  de Marigny, puis de Menars, était le frère chéri de Madame de Pompadour, célèbre favorite de Louis XV. Envoyé en Italie pour un voyage d'initiation aux arts de 25 mois, en compagnie de Charles-Nicolas Cochin et de Jacques-Germain Soufflot,  Abel en revient marqué à vie par l'influence italienne et le sceau d'amitiés indéfectibles.

Nommé Directeur général des Bâtiments - nous sommes en 1751 - le jeune homme assurera pendant 22 ans l'entretien des demeures royales - les locataires de Versailles lui donneront du  fil à retordre... - ainsi que la réalisation d'"ouvrages d'intérêt général". On lui doit notamment l'aménagement de la place Louis XV - actuelle Place de la Concorde - autour de la statue du monarque, le chantier de l'église Sainte-Geneviève, celui de la Madeleine, ....fruits d'une passion et d'une probité jamais démenties.

(Mal) marié, il essuiera d'un deuil cruel son rêve de paternité.

Alliant à l'élégance de plume, un sens de la formule et de la  narration savamment dosée , Monique Marigny nous "offre le rêve d ['un] Marigny  [qui] "rêvait haut, rêvait grand."

Une lecture recommandée.

Apolline Elter

Le rêve de Marigny, Monique Demagny, roman, JC Lattès, avril 2012, 342 pp, 19 €

Billet de faveur

 «   Ces gens-là me regarderont toujours du haut de leur arbre généalogique avec une condescendance que je ne suis pas près de tolérer »

AE : Monique Demagny, l’origine roturière d’Abel Poisson et l’orgueil dont il faisait montre, ont-ils été le moteur des réalisations grandioses qu’on lui doit. Avait-il quelque chose à (se) prouver, sans droit à l’erreur ?

Monique Demagny : Il ne fait aucun doute que le jeune Abel Poisson avait une revanche à prendre. C’était dans son jeune âge un écorché vif, cruellement blessé par les railleries de mauvais goût dont il était l’objet. Quand il prend sa charge il n’a pas plus de peur que de fausse modestie. Il sait qu’il peut assumer. Il s’y est préparé par le voyage d’Italie sous la conduite de deux mentors remarquables. Il a les clés, et une solide ambition, mais il a tout autant conscience qu’il n’a aucun droit à l’erreur. Toute la cour attend sa chute, il n’a pas d’autre choix que de s’imposer. Il doit frapper fort et haut. Le défi s’impose, vis-à-vis des autres et, effectivement de lui-même. Si vous ajoutez à cela l’enthousiasme d’un jeune homme impétueux décidé à bousculer un peu les vieilles gloires et à initier un art « moderne »….

AE : Pour rédiger cette biographie, vous vous basez,  entre autres, sur la correspondance de Madame de Pompadour et de son frère. Comment se présente-t-elle ? Révèle-t-elle la tendresse de leurs relations ? J’imagine qu’elle a été une précieuse voie de compréhension.

Monique Demagny : Effectivement la correspondance de la marquise de Pompadour et de son frère a été une source précieuse pour mon travail. Cette correspondance est une correspondance privée. Et c’est ce qui fait toute sa valeur. Abel raconte son voyage à Jeanne, ses découvertes, ses enthousiasmes, son bonheur, et Jeanne, fidèle à son rôle, avec le sens du devoir qui ne la quitte jamais, distille ses conseils, rappelle inlassablement les règles du jeu. Les détails du périple italien, Jeanne les connaît  déjà. Les ambassadeurs du roi de France dans toutes les principautés d’Italie ont déjà fait leur rapport. Parfois, fière du « cher bonhomme » elle se laisse aller à un compliment, vite tempéré par une recommandation, une mise en garde. C’est intime, c’est vivant, la tendresse inonde les lettres.

AE :  Demagny / Marigny…vos patronymes se ressemblent…..D’où vous est venue l’envie de rédiger la biographie de Marigny ?

Monique Demagny : Il ne s’agit là que d’un hasard de consonances ! Ce livre a son origine dans une conversation avec une amie libraire, ancienne élève de l’Ecole du Louvre, qui admire Marigny et se désolait que personne ne lui ait consacré un ouvrage depuis l’excellent opuscule d’Alfred Marquiset qui date de 1918. Lancée sur la piste, je me suis passionnée.

  

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |