16 06 13

L'ordre du Temple

Les Templiers.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 15 juin 2013 de l'édition belge du magazine Marianne :

Passant, en ce qui concerne Les Templiers, de la légende à l'histoire, l'historien Michael Haag a produit une étude très fouillée mais parfaitement accessible sur cet ordre religieux et militaire fondé en 1119 sur le Mont du Temple à Jérusalem afin de protéger les pèlerins visitant les lieux saints et de défendre la Terre Sainte.

Vêtus d'une tunique blanche arborant une croix rouge, ils furent en Occident la première armée religieuse en uniforme et ils élaborent un vaste réseau financier étendu de Londres à Paris jusqu'à l'Euphrate et au Nil, faisant de leur ordre une formidable organisation internationale.

Puis vint le temps de leur déchéance : après avoir été défaits par les musulmans à Saint Jean d'Acre, ils sont arrêtés dans toute la France et bientôt partout en Europe. On les accuse d'hérésie, d'obscénités, de pratiques homosexuelles et de culte des idoles, abominations avouées sous la torture, et la fin arrivera en 1314 à Paris, avec l'exécution sur le bûcher du dernier grand maître.

Depuis lors, de nombreux mythes circulent, que l'auteur démonte, à propos notamment d'un trésor caché, de prolongements de l'ordre par le développement de la franc-maçonnerie et des mormons au XIXe siècle, par l'établissement d'un nouvel ordre mondial depuis 1945 ou par... les attentats du 11-Septembre !

L'ouvrage se conclut par une présentation de vestiges architecturaux à Jérusalem, en Syrie, en France, en Espagne, au Portugal et en Grande-Bretagne.

Bernard DELCORD

Les Templiers par Michael Haag, Bruxelles, Ixelles éditions, avril 2013, 383 pp. en noir et blanc au format 15 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 23,90 €

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06 06 13

La vie du temps jadis...

Des hommes dans l'Antiquité.jpg

Historienne et égyptologue, Florence Maruéjol a fait paraître récemment chez Casterman, sous le titre Des hommes dans l'Antiquité, un bien bel album traitant à coups de photographies (d'objets, d'œuvres d'art, de monuments...) commentées dont elle est l'auteure, mais aussi de planches dessinées extraites de l'œuvre du regretté Jacques Martin, de la vie quotidienne des paysans, des soldats, des artisans, des artistes et des esclaves durant les trois civilisations de l'Antiquité occidentale : l'égyptienne, la grecque et la romaine.

En une dizaine de chapitres par civilisation, structurés en doubles pages thématiques explorant chacune un angle particulier de la région et de l’époque traitée, on y découvre les métiers, les croyances religieuses, la vie politique, les loisirs et les vestiges restés célèbres.

Une fort agréable façon de revisiter nos racines culturelles !

Bernard DELCORD

Des hommes dans l'Antiquité par Florence Maruéjol et Jacques Martin, Bruxelles, Éditions Casterman, octobre 2012, 72 pp. en quadrichromie au format 29,4 x 22,9 cm à l'italienne sous couverture cartonnée en couleurs, 16,75 €

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12 05 13

Ruades dans les brancards

Rebelles et subversifs de nos régions.jpgL'ouvrage intitulé Rebelles et subversifs de nos régions des Gaulois jusqu’à nos jours, paru à Charleroi chez Couleur livre en 2011 mais toujours disponible, a été rédigé par un groupe d'historiens engagés (comprenez très à gauche) du Nord comme du Sud du pays, placés sous la houlette d'Anne Morelli pour remettre en mémoire quelques-unes des luttes qui agitèrent jadis et naguère notre (petite) terre d'héroïsme.

C'est que la rébellion contre le pouvoir du plus fort est, quoiqu'on en dise, une composante fondatrice de notre histoire : contre Jules César (plus par sauvagerie et par goût de la zizanie que par esprit de résistance, il faut bien l'avouer...), contre les seigneurs terriens et les puissants des villes au Moyen Âge, contre l'Église catholique et ses tenants à la Renaissance, contre les Hollandais et les riches en 1830, contre les bourgeois en 1848, contre les patrons quelques années plus tard, contre le réformisme syndical en 1932, contre le gouvernement Pierlot en 1944, contre Léopold III en 1950, contre la loi unique en 1960, contre la royauté aujourd'hui...

Car l'amour de la castagne n'est plus incarné de nos jours dans Ce Pays que par le parti flamingant et fascistoïde dirigé par l'ex-gros qui sévit désormais aux destinées d'Anvers...

Ô tempora ! Ô mores !

Bernard DELCORD

Rebelles et subversifs de nos régions des Gaulois jusqu’à nos jours, ouvrage collectif sous la direction d'Anne Morelli, Charleroi, Éditions Couleur livres, février 2011, 288 pp. en noir et blanc au format 15x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 24 €

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08 05 13

Sacré Charlemagne !

Charlemagne.gifÉditeur de grand talent et au nez creux, Jean-Claude Zylberstein (qui a fait aussi les grandes heures des Éditions 10-18) anime chez Tallandier à Paris la collection de poche « Texto » qui ambitionne de donner à ses lecteurs le goût de l'histoire et de la (re)découverte de textes d'un intérêt majeur.

C'est donc fort logiquement qu'il y a accueilli récemment le Charlemagne [1]de Jean Favier [2], une biographie monumentale du deuxième père de l'Europe médiévale (le premier étant, à nos yeux, Benoît de Nursie – ca 480-547– , fondateur de l'ordre bénédictin dont la Règle essaima dans tout le continent qu'elle marqua d'une empreinte indélébile).

Voici comment notre éminent confrère présente l'ouvrage :

« Successeur des Césars, Charlemagne (742-814) dont la personnalité fut multiple, aura influencé la politique de la France et de l’Europe bien au-delà de son règne. Jean Favier brosse ici le plus magistral des portraits de l’Empereur. De l'héritier de l'Empire romain à l'empereur à la barbe fleurie, de l'inventeur de la Couronne de France à celui de l'école, l'Histoire donne bien des visages à Charlemagne ; il est souvent difficile de distinguer la part du mythe et de la réalité.

Aussi Jean Favier a-t-il consacré une partie entière de son ouvrage au personnage construit par les siècles. Le grand médiéviste s'attache d'abord à replacer le personnage dans son contexte historique, analysant minutieusement la société dont il est issu. Il brosse également un portrait fouillé de ce souverain dont l'action était toute entière tournée vers un seul but : l'unité politique et religieuse de l'Occident chrétien.

Sous le mythe, on découvre un homme raffiné, épris de poésie latine, lisant le grec, artisan d'une renaissance intellectuelle qui n'aura pas d'équivalent avant longtemps. Du système monétaire à l'Église, pas un domaine n'a échappé à son ardeur réformatrice que ses conquêtes ont étendue à un énorme empire : tous les éléments d'une légende étaient réunis, le temps a fait le reste. »

Ajoutons que le livre est rédigé dans une langue superbe, ce qui ne gâte rien !

Bernard DELCORD

Charlemagne par Jean Favier, Paris, Éditions Tallandier, collection « Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, mars 2013, 769 pp. en noir et blanc au format 12 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 12,90 € (prix France)


[1] L'édition princeps a paru chez Fayard en 1999.

[2] Membre de l'Institut de France et président de la Commission d'histoire de Paris, ancien professeur aux universités de Rennes, de Rouen et de la Sorbonne, ancien directeur d'études à l'École pratique des hautes études à Paris, ex- président de la Bibliothèque nationale de France, le médiéviste Jean Favier (né en 1932) est un historien français parmi les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle et d'aujourd'hui.

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06 05 13

Bobards en vrac...

Les grands mensonges de l'Histoire.jpgSe penchant pour les Éditions Hugo Cie à Paris sur Les grands mensonges de l'Histoire, Patrick Pesnot et Monsieur X (qui ne sont autres que les animateurs de l'émission « Rendez-vous avec X » sur France Inter) se livrent au décapage en règle de 30 dossiers [1] plus ou moins (et plutôt plus que moins) bidouillés par la raison d'État et qui corroborent l'affirmation de Napoléon Ier : « L’Histoire est une suite de mensonges sur lesquels on est d’accord ».

Sont ainsi notamment passés à la moulinette la conversion de Clovis, l'assassinat d'Henri IV, la bataille du pont d'Arcole, l'exécution du maréchal Toukhatchevski, la disparition du dignitaire nazi Martin Bormann, l'affaire des « avions renifleurs », le procès des époux Ceausescu, l'opération « Tempête du désert » ou encore le mythe des armes de destruction massive de Saddam Hussein.

Un bel exercice de contre-désinformation !

Bernard DELCORD

Les grands mensonges de l'Histoire par Patrick Pesnot et Monsieur X, Paris, Éditions Hugo & Cie, collection « Hugo Docs », mai 2013, 319 pp. en noir et blanc au format 15x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 17,95 € (prix France)



[1] 1. Le baptême de Clovis ; 2. La grand-peur de l’an mil ; 3. La papesse Jeanne ; 4. Ravaillac, seul assassin d’Henri IV ? ; 5. Le mariage secret entre Mazarin et Anne d'Autriche ; 6. Fouquet : la lutte de l’écureuil et de la couleuvre ; 7. La guillotine aurait dû s’appeler « Louison »  ; 8. Le petit tambour d’Arcole ; 9. L’explosion du cuirassé Maine devant Cuba en 1898 : une provocation ? ; 10. Les Protocoles des Sages de Sion ; 11. La guerre de 14-18 : le grand bourrage de crâne ; 12. L’affaire Caillaux ou le mensonge du Tigre ; 13. Toukhatchevski, le Bonaparte rouge ; 14. Les mythes de Pearl Harbour ; 15. Katyn, un mensonge de 50 ans ; 16. Le démantèlement du réseau « Prosper » : une mystification meurtrière ; 17. Opération Mincemeat : l’homme qui n’a jamais existé ; 18. L’homme qui croyait être un espion (l'affaire Cicéro) ; 19. Les mystères Bormann ; 20. Staline et les Juifs : un demi-siècle de mensonges ; 21. L'affaire Trémeaud : les vrais faux nazis du KGB ; 22. Les mensonges de Budapest ; 23. Melouza : propagandes autour d’un massacre en Algérie en 1957 ; 24. Des avions au très long nez ; 25. Bokassa, l’empereur cannibale ; 26. La Guerre des Étoiles n’aura pas lieu ; 27. Le journal d’Hitler ; 28. Roumanie, 1989 : la révolution truquée ; 29. 1991 : les couveuses koweïtiennes ; 30. Curveball, la balle trompeuse et l'invasion de l'Irak en 2003.

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11 04 13

« Tiens, voilà du boudin ! » (Air connu)

La légion étrangère.jpgUn volumineux ouvrage intitulé La Légion étrangère Histoire et dictionnaire, rédigé par 55 spécialistes sous la direction d'André-Paul Comor, maître de conférences honoraire à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, a été publié récemment à Paris, aux Éditions Robert Laffont.

En voici la présentation par le maître d'œuvre du livre, parfaitement conforme à son contenu :

« "Légionnaire, tu es un volontaire servant la France avec honneur et fidélité" ; "Chaque légionnaire est ton frère d'armes, quelle que soit sa nationalité, sa race ou sa religion. Tu lui manifestes toujours la solidarité étroite qui doit unir le membres d'une même famille" ; "La mission est sacrée, tu l'exécutes jusqu' au bout et, s'il le faut, en opérations, au péril de ta vie" : les articles l, II et VI du code d'honneur du légionnaire expriment tout l'esprit de la Légion étrangère, institution et société  militaire d'exception.

Créée en 1831, aujourd'hui forte de 7 200 hommes de 150 nationalités, elle constitue bel et bien une famille, avec ses glorieux faits d'armes, ses légendes, ses drames, ses rites et ses règles. En son sein se côtoient des héros et des oubliés de l'Histoire, "des aventuriers et des distraits, des brutaux et des poètes, des monte-en-l'air et des aristos", comme l'écrit Étienne de Montety dans sa préface. Bref, un univers profondément romanesque, qui est aussi un modèle d'intégration.

De cette famille, la littérature, les chansons et le cinéma se sont depuis longtemps emparés, entretenant le mythe du légionnaire qui a tout quitté pour prendre un nouveau départ sous une identité dite "déclarée". Ce soldat d'élite dont le passé reste toujours très mystérieux, tatoué mais sujet au "cafard", amateur de femmes, de bagarres et de pinard, chante à bon droit Non, je ne regrette rien : "C'est payé, oublié, balayé. Je me fous du passé !" Au-delà de ce mythe, et s'affranchissant des clichés, cet ouvrage offre en près de huit cents entrées la première synthèse de l'histoire de la Légion étrangère. Sont présents les hommes [1] – avant tout –, les batailles, les traditions et le vocabulaire légionnaires, les conditions de vie, de recrutement,  les uniformes et l'histoire des régiments, mais aussi tous les sujets rarement traités comme la désertion, la propagande ou l'espionnage. Historiens, peintres et écrivains racontent aussi ces "Français par le sang versé" qui depuis 1831 ne vivent que pour leurs idéaux.

Les articles consacrés aux maladies et aux pathologies, aux plaisirs (l’alcool, les femmes, le bordel militaire de campagne) et à l’acculturation apportent des éclairages inattendus, nouveaux à plus d’un titre, sur la vie quotidienne du légionnaire au temps des colonies. Le lecteur est plongé dans ce microcosme, le plus souvent imaginé et imaginaire depuis la fin du XIXe siècle. Nul ne s’étonnera de la place dédiée à la littérature (souvenirs ou mémoires, journaux et romans), à la presse, aux représentations en général (la chanson, le théâtre, l’opérette) et au cinéma en particulier.

Les aspects les plus neufs relèvent de l’histoire des relations internationales, plus exactement des relations franco-allemandes marquées par des crises et des tensions qui ont jalonné le premier XXe siècle (1900-1962). Le dictionnaire est précédé d’un texte – "Étrangers au service de la France" – sur la "préhistoire" de la Légion étrangère et comprend, outre une chronologie comparée, une bibliographie inédite, les premières discographie et filmographie sur la Légion, des cartes, plans et croquis, ainsi que des tableaux accompagnant divers documents et planches d’insignes. »

Loin de n'être qu'un plaidoyer pro domo, cette somme passionnante ne fait l'impasse ni sur les crimes ou les errements de certains képis blancs fameux comme Roger Degueldre, Pierre Sergent et Jean-Marie Le Pen ni sur les arguments des adversaires de l'armée en général et de la Légion en particulier, comme Bernard Clavel ou Jules Roy.

Une courte anthologie s'attache de surcroît à faire découvrir l’âme sensible qui se cache derrière le légionnaire anonyme...

On regrettera cependant qu'il ne soit pas fait mention de l'œuvre littéraire de Jean Lartéguy et qu'une entrée spécifique n'ait pas été consacrée aux Belges qui furent innombrables à s'engager... comme le montre le chant officiel de la Légion dont le boudin peut aussi bien faire référence à la préparation de viande qu'à la toile de tente roulée sur le havresac du soldat.

Bernard DELCORD

La Légion étrangère Histoire et dictionnaire sous la direction d'André-Paul Comor, préface d'Étienne de Montety, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », mars 2013, 1147 pp. en noir et blanc au format 13 x 19,8 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 32 € (prix France)



[1] NDLR : on se souviendra que des artistes, et non des moindres, ont été légionnaires (le poète suisse Blaise Cendrars, l'écrivain allemand Ernst Jünger, l'écrivain hongrois Arthur Koestler, le jazzman américain Cole Porter, le peintre allemand Hans Hartung, le sculpteur biélorusse Ossip Zadkine et l'acteur d'origine corse Philippe Léotard...) ou ont tenté de l'être (Guillaume Apollinaire, Jean Genêt, Pierre Mac Orlan, Curzio Malaparte...)

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06 04 13

Héros et zéros...

Eisenhower et ses généraux.jpgLe texte ci-dessous a été inséré dans la livraison du 6 avril 2013 de l'édition belge de l'hebdomadaire MARIANNE :

Issue de la KUL comme l'ex-gros qui gouverne désormais Anvers d'une poigne (de garde) de fer, la Flamande Ingrid Baraitre est, pour sa part, une véritable historienne, dont les travaux d'envergure ont porté sur les biographies de George Patton et d'Eleanor Roosevelt.

On lui doit aussi une brillante étude scientifique sur les rapports conflictuels – autant que surréalistes – entre Eisenhower et ses généraux durant la Seconde Guerre mondiale, fruit d'un véritable travail de fourmi dans les archives militaires de Washington et de Londres, dont la traduction française vient de paraître aux Éditions Luc Pire à Liège, dans une collection dirigée par votre serviteur.

Preuves à l'appui, l'auteure rhabille le cassant – et bien cassé – Field Marchal Montgomery pour l'hiver (résumons : un pleutre arrogant doublé d'un vantard, dont les innombrables atermoiements ont provoqué la bataille d'Ardenne – et son demi-million de morts – qui sans lui ne se serait pas produite), mais aussi le naïf Eisenhower, obnubilé par des arrière-pensées politiques, l'insolent Patton jouant les stars devant la presse avant de se faire dégommer par elle et de virer sa cuti en devenant antisémite, le contrarié Bradley furax de s'être fait piquer deux armées par Montgomery...

À se demander comment les crabes d'un tel panier ont pu gagner la guerre...

Bernard DELCORD

Eisenhower et ses généraux par Ingrid Baraitre, Liège, Éditions Luc Pire, mars 2013, 390 pp. en noir et blanc au format 14 x 21,7 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 27 €

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22 03 13

Écrits assassins…

Mein Kampf, histoire d'un livre.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne sur le site du magazine belge sur Internet Satiricon.be (www.satiricon.be) :

Le 8 novembre 1923, Adolf Hitler, qui vient de prendre les rênes du NSDAP, échoue lamentablement dans la tentative de putsch qui devait lui donner le pouvoir en Bavière. Après un procès rapide débouchant sur un verdict très clément, le futur Führer est envoyé en détention à la forteresse de Landsberg. Là, dans sa cellule spacieuse, il reçoit ses admirateurs, il lit tout ce qu’on lui apporte, et surtout il écrit un pamphlet, véritable concentré de toute sa haine : Mein Kampf.

À sa sortie, rares furent ceux qui perçurent les dangers de ce livre. Accueilli avec indifférence ou sous les sarcasmes, l’ouvrage annonçait pourtant la couleur. Il y était déjà question de remilitariser l’Allemagne, d’en faire une dictature implacable et de conquérir l’espace vital nécessaire au développement d’une prétendue race aryenne. Celle-ci était par ailleurs appelée à écraser les autres peuples et à imposer sa domination sur le monde. Hitler développait aussi à longueur de pages une haine pathologique des Juifs et en appelait à les faire disparaître de la surface du globe. Tout cela était donc très éclairant sur les horreurs à venir.

Mais pour l’heure, les politiciens allemands se moquaient bien de ce péquenaud autrichien, peintre sans talent qui criait comme un roquet dans les arrière-salles des brasseries. Et, de fait, à sa sortie, le pensum, mal écrit, ne suscita que peu d’engouement. C’était sans compter sur les talents d’orateur d’Hitler et sur le très sérieux coup de pouce de la crise qui permirent le déferlement de la vague brune Outre-Rhin.

À la faveur de la montée en puissance des nazis, Mein Kampf, retouché par les éditeurs, devint alors un immense best-seller en Allemagne. Le programme qu’il contenait n’en resta pas moins sous-estimé en dépit de sa mise en œuvre dès le début des années 1930.

Ainsi, à l’étranger, Hitler était vu comme un homme tout à fait respectable, voire comme un garant de la paix. Il est vrai que les traductions de son livre étaient expurgées des passages gênants pour les nations concernées. Dans l’édition française, par exemple, pas une ligne sur les projets hitlériens d’annihiler purement et simplement la France, cette ennemie héréditaire. On n’en était pas à une manipulation près… À sa lecture, seuls quelques lecteurs européens avaient vu la catastrophe arriver et avaient tenté en vain d’alerter l’opinion. Parmi eux, un certain Winston Churchill.

La suite, on la connaît. Après le réarmement de l’Allemagne, la construction des premiers camps de concentration, les premières mesures antisémites, l’invasion des Sudètes et l’annexion de l’Autriche, et tandis que le piège se refermait sur ceux qui s’étaient jetés dans la gueule du loup, les rêves délirants d'Hitler se réalisaient. C’était l’avènement de Mein Kampf, devenu à la faveur de la dictature, la Bible de l’Allemagne nazie.

C’est ce parcours qu’on lira, entre autres, dans le travail passionnant d’Antoine Vitkine [1] paru dernièrement chez Flammarion à Paris sous le titre Mein Kampf, histoire d’un livre. Sans jamais se perdre, l’auteur revient en détail sur la production de ce texte, mais aussi sur sa publication et sur l’accueil qui lui fut réservé. Il retrace la saga des retouches successives, des rééditions et des traductions. Il décrit les cercles intellectuels, économiques et politiques qui ont sans cesse gravité autour de ce pamphlet. Il explore enfin ce qu’il en est resté, depuis la fin de la guerre jusqu’à nos jours.

Un livre captivant, à propos d’un livre…terrifiant.

EUTROPE

Mein Kampf, histoire d’un livre par Antoine Vitkine, Paris, Flammarion, collection « Champs histoire », édition revue et augmentée, février 2013, 332 pp. en noir et blanc au format 10,8 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 9 € (prix France).



[1] Né en 1977, diplômé de Sciences Po Paris, titulaire d'un DEA de sciences politiques, Antoine Vitkine est journaliste et réalisateur de documentaires. Il a réalisé Mein Kampf, c'était écrit (Arte, 2008). Il est aussi l'auteur d'un essai sur les théories du complot, Les Nouveaux Imposteurs (Éditions La Martinière, Paris, 2005) et d'un roman, La Tentation de la défaite (Éditions La Martinière, Paris, 2006). Il a réalisé le documentaire « Kadhafi, notre meilleur ennemi », diffusé sur France 5 en 2011.

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09 03 13

Histoire d'une catastrophe politico-militaire

La guerre de Viêt Nam.jpgDirecteur de recherche au National Security Archive de l'université George Washington, John Prados est unanimement reconnu comme l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire diplomatique et militaire américaine. Il est l'auteur d'une quinzaine de livres, dont trois figurent sur les listes du prix Pulitzer et deux ont été traduits en français, Les Guerres secrètes de la CIA (aux Éditions du Toucan) et La Guerre du Viêt Nam, une somme parue aux Éditions Perrin à Paris en 2011 et toujours disponible en librairie.

Dans cette œuvre monumentale, l'auteur fournit le récit complet et une analyse globale de la guerre du Viêt Nam depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la chute de Saigon en 1975.

On se rappellera que ce conflit demeure, à ce jour, le seul que perdirent les Yankees depuis l'indépendance de leur pays, et que cette raclée leur fut infligée à l'instigation d'un civil, le « général » Vo Nguyên Giap (né en 1911 et aujourd'hui âgé de 101 ans), un historien autodidacte n'ayant suivi les cours d'aucune académie militaire, mais fervent lecteur de Jules César, de Napoléon et de Clausewitz,qui avait déjà vaincu l'armée française à Dien Bien Phu en 1954.

S'appuyant sur des documents récemment déclassifiés et un large éventail de sources vietnamiennes et internationales, John Prados peint une fresque magistrale où idéologies et armées s'entrechoquent. Il explique comment et pourquoi les différentes présidences américaines, de Truman à Nixon, en passant par Kennedy et Johnson, ont à la fois mal interprété les réalités nord-vietnamiennes, mal compris leurs alliés sud-vietnamiens, méprisé le mouvement anti-guerre et négligé l'impact croissant des médias sur l'opinion.

Engagés dans un conflit qu'ils ne pouvaient gagner, les républicains comme les démocrates n'ont pas su puis pu sortir du scénario tragique dans lequel sombrait l'Amérique. Tour à tour récit enlevé, essai novateur et témoignage personnel émouvant, cet essai brillantissime dresse le bilan définitif d'une guerre novatrice qui bouleversa les États-Unis et modifia l'équilibre planétaire.

Le tout pour pas grand-chose…

Bernard DELCORD

La guerre du Viêt Nam 1945-1975 par John Prados, traduction de Johan-Frédérik Hel Guedj, Paris, Éditions Perrin, octobre 2011, 833 pp. en quadrichromie au format 15,6 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 30,50 € (prix France)

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25 02 13

Champs d'horreur...

D'une guerre à l'autre.gifDéjà connu pour un fameux canular [1], Roland Lécavelé, dit Roland Dorgelès (Amiens,1885-Paris, 1973), un jeune journaliste montmartrois, s'engage dans l'infanterie en 1914, expérience de l'horreur absolue qu'il met en scène en 1919 dans Les Croix de bois, un texte magistral couronné du prix Fémina. Ce roman hallucinant, qui raconte la vie – si on peut dire... – dans les tranchées de la Grande Guerre (et qui est le pendant français d'À l'ouest, rien de nouveau de l'écrivain allemand Erich-Maria Remarque), n'a pas pris une ride et se doit d'être remis en avant à l'occasion des fêtes commémoratives de 2014, tout comme d'ailleurs les nouvelles du Cabaret de la Belle Femme (1919) et le « poème d'épouvante » qu'est Le Réveil des morts (1923).

Mais Dorgelès n'en resta pas là.

En 1939, trop âgé pour reprendre du service actif, il se fait observateur de cet étrange intermède qu'il baptisera plus tard La Drôle de guerre (1957), jusqu'à la débâcle et la défaite de 1940 qu'il avait laissé entrevoir dans Retour au front (1940), une publication largement censurée, avant de rédiger Carte d'identité, le récit sec et glacial d'un épisode de la barbarie nazie dont il avait été le témoin.

Cet auteur prolixe (de 55 ouvrages et de très nombreux articles) qui suscita bien des polémiques fut élu président de l'Académie Goncourt en 1954, fonction qu'il occupa jusqu'à sa mort.

Les Éditions Omnibus à Paris ont rassemblé les six textes dont nous venons de parler dans D'une guerre à l'autre, un fort volume préfacé par l'éminent historien Jean-Pierre Rioux qui remet ces ouvrages en perspective avec une belle intelligence de la personnalité et des idées parfois contradictoires de leur auteur.

« Krieg, gross malheur ! » s'exclamaient les héros de Remarque.

Qui avaient ô combien raison...

Bernard DELCORD

D'une guerre à l'autre (Les Croix de bois, Le Cabaret de la Belle Femme, Le Réveil des morts, La Drôle de guerre, Retour au front, Carte d'identité) par Roland Dorgelès, présentation de Jean-Pierre Rioux, Paris, Éditions Omnibus, janvier 2013, 992 pp. en noir et blanc au format 13,4 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 28 € (prix France)


[1] En 1910, avec ses amis du cabaret du Lapin Agile, il fomente une énorme fumisterie à l'occasion du Salon des Indépendants où il fait passer un tableau peint par un âne et intitulé Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique pour une œuvre d'un jeune Génois surdoué nommé Jochim Raphaël Boronali. Ce nom était l'anagramme d'Aliboron, l'âne de Buridan, et le tableau retint l'attention de la critique, voire son enthousiasme...

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