20 12 12

Un livre à scandale…

Ni droite ni gauche.jpgTrès attendue, la quatrième édition augmentée de Ni droite ni gauche. L'idéologie fasciste en France vient de paraître chez Gallimard à Paris dans la collection « Folio histoire », un essai dont la parution initiale en 1983 fit l'effet d'une bombe dans le monde des historiens à la pensée tout imprégnée – à tort – des mythes communistes et gaullistes relatifs à la collaboration de (nombreux) Français avec l'occupant nazi durant la Seconde Guerre mondiale.

Né en 1935, Zeev Sternhell est un universitaire israélien connu pour avoir été le seul historien institutionnel à considérer que le fascisme a existé en France. Il estime même que l'idéologie fasciste est née en France dans la seconde moitié du XIXe siècle, avant d'être adoptée dans d'autres pays, notamment en Italie. [1]

Il affirme que « si l'Allemagne est la patrie de l'orthodoxie marxiste, la France est le laboratoire où se forgent les synthèses originales du XXe siècle. C'est là que se livrent les premières batailles qui mettent aux prises le système libéral avec ses adversaires; c'est en France que se fait cette première suture de nationalisme et de radicalisme social que fut le boulangisme; c'est la France qui engendre aussi bien les premiers mouvements de masse de droite que ce premier gauchisme que représentent Hervé ou Lagardelle, gauchisme qui conduira finalement ses adeptes aux portes du fascisme ». [2]

Pour Sternhell en effet, le fascisme est le fruit d'un refus du marxisme par une partie de la gauche française. À la fin du XIXe siècle, le courant syndicaliste révolutionnaire est très puissant en France, il domine la CGT et s'oppose à la social-démocratie. Rejetant le marxisme qu'ils assimilent au réformisme social-démocrate, les syndicalistes révolutionnaires vont chercher d'autres voies.

Est alors élaboré par Georges Sorel (1847-1922) le principe de la « grève générale » qui sert de mythe mobilisateur, avec la « violence créatrice » des masses organisées en syndicats. « Le syndicat : tout l'avenir du socialisme réside dans le développement autonome des syndicats ouvriers. » (Matériaux pour une théorie du prolétariat). Mais les masses restant rétives au projet syndicaliste révolutionnaire, la déception amène l'adhésion massive à l'idéologie nationaliste.

C'est en quelque sorte un retour à l'idéologie de Proudhon soutenu par Napoléon III, et la mise en avant du corporatisme : la société est divisée en corporations, le tout chapeauté par l'État.

Les royalistes de l'Action française s'empresseront de reprendre cette idée en expliquant que le royalisme, c'est « l'anarchie plus un » : le roi au milieu des corporations maintient la cohésion sociale.

Et cela explique aussi pourquoi en 1914, les syndicalistes révolutionnaires s'engageront massivement dans l'Union sacrée, jusqu'à Émile Pouget qui expliquait avant celle-ci les valeurs du sabotage contre le capitalisme. [3]

Mais revenons-en à Ni droite ni gauche :

Rarement livre aura à ce point été au cœur de tous les grands débats historiographiques, intellectuels et politiques depuis sa première parution en 1983. Il n'empêche : malgré la virulence du front du refus opposé dès l'origine par certains historiens, il s'est imposé comme une des références majeures pour l'histoire du fascisme et de la catastrophe européenne du XXe siècle. De quoi s'agit-il ? Enfermés dans le schéma des trois droites (légitimiste, orléaniste, bonapartiste), nombre d'historiens soutenaient que la France avait été, par sa culture républicaine, rationaliste, universaliste et humaniste, immunisée contre le fascisme ; en sorte que le régime de Pétain, appuyé sur l'Action française, était un ultime sursaut de la droite légitimiste.

Zeev Sternhell fait exploser littéralement ce mur de l'oubli. D'abord, en révélant l'existence en France dès le XIXe siècle d'une droite révolutionnaire, organiciste, particulariste, irrationaliste, antidémocratique et antihumaniste. [4] Puis, avec cet ouvrage, en mesurant l'ampleur, dans l'entre-deux-guerres, de la contamination des intellectuels - quand bien même l'occupation nazie en fera basculer plus d'un dans la Résistance – par cette droite révolutionnaire et sa révolte contre la République et la démocratie.

Vichy, régime à beaucoup d'égards plus brutal et sanguinaire que le fascisme italien, est un pur produit de l'histoire nationale ; son essence se trouve dans cette droite révolutionnaire qui réussit à légitimer chez les meilleurs esprits l'idée qu'il fallait inventer une autre forme de communauté nationale autour du Chef et des chevaleries d'experts. La guerre froide et l'enrôlement des intellectuels dans les deux camps effaceront chez les uns le souvenir des ces textes, voire blanchiront d'authentiques collaborateurs en penseurs libéraux.

« Il convient de mentionner le niveau intellectuel tout à fait exceptionnel de la littérature et de la pensée fascistes [en France]. L'œuvre de Gentile mise à part, il n'existe nulle part en Europe d'idéologie fasciste de qualité comparable. Il importe ensuite de souligner que, parallèlement à l'aspect mystique et irrationnel, romantique et émotionnel, le fascisme français s'est donné aussi une dimension planiste, technocratique et "managériale", serait-on tenté de dire.

Cet aspect essentiel, et souvent méconnu, du fascisme provient de la crise du socialisme d'alors, elle-même résultat de l'impuissance de la pensée marxiste à répondre au défi que présente la crise du capitalisme. Plus qu'ailleurs, c'est en France que fleurissent toutes les chapelles du fascisme, tous les clans et groupuscules possibles et imaginables. Ce foisonnement de tendances et d'écoles est certes pour beaucoup dans l'impuissance politique du fascisme français.

Mais il atteste aussi de sa richesse idéologique et de son potentiel. L'imprégnation fasciste dans ce pays fut bien plus profonde et les milieux touchés bien plus nombreux qu'on ne l'imagine ou qu'on ne le reconnaît d'ordinaire. » [5]

Un essai salutaire, n'en déplaise aux esprits simplistes et au politiquement correct…

Bernard DELCORD

Ni droite ni gauche. L'idéologie fasciste en France par Zeev Sternhell, quatrième édition augmentée, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio histoire n°203 », décembre 2012, 1075 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,50 € (prix France)


[1] http://actionantifasciste.fr/documents/analyses/15.html

[2] In Zeev Sternhell, La droite révolutionnaire : les origines françaises du fascisme 1885-1914, Folio histoire n°85.

[3] http://actionantifasciste.fr/documents/analyses/15.html

[4] La Droite révolutionnaire 1885-1914. Les origines françaises du fascisme, Folio histoire n°85.

[5] Ni droite ni gauche: l'idéologie fasciste en France.

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13 12 12

Jamais deux sans trois

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Les rendez-vous de cette fin d'année sont décidément ...historiques qui nous proposent d'aborder l'Histoire, la grande, par le biais de ses petits secrets. 

Fort du succès de ses deux précédents tomes (blanc et bleu), Stéphane Bern nous revient, avec un recueil tout de rouge paré.

Le passionné d'Histoire a l'éloquence fougueuse, la fièvre, contagieuse.

Il nous propose de traverser les siècles à travers le Louvre et l'Hôtel d'Evreux, actuel Palais de l'Elysée,  de suivre Victor Hugo en un exil somme toute assez gratifiant,  d'assister aux trépas - provoqués? - de Gabrielle d'Estrées , Vincent Van Gogh et d'Alexandre Ier de Russie. A celui d'Eva Braun, maitresse d'Adolf Hitler.

Qu'est devenu le fabuleux trésor de Blanche de Castille?

Je vous certifie ne pas y avoir touché. (Le vase de Soisson, je ne l'ai pas davantage cassé) 

Shakespeare, Einstein étaient-ils des imposteurs, Talleyrand, un opportuniste,  le  général de Gaulle, le vrai libérateur de Paris? 

Sans trancher d'emporte-pièce.. à conviction, Stéphane Bern pose les (bonnes) questions, à la lueur des découvertes historiques les plus récentes. 

Il en résulte une lecture passionnantes, à grignoter au gré de chapitres scindés et de vos propres affinités.

Apolline Elter

Secrets d'Histoire 3, Stéphane Bern, beau livre, Ed Albin Michel, octobre 2012, 360 pp, 24 €

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29 11 12

Trahison, exil et grenouillages...

Moi, Führer des Wallons.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 29/11/2012 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) à l'adresse suivante : http://www.satiricon.be/?p=6277.

Après s'être penché avec succès en 2010, après plus de 25 ans de recherches intenses, sur le cas de Léon Degrelle et la Légion Wallonie [1], l'historien Eddy De Bruyne aborde ces jours-ci, dans Moi, Führer des Wallons ! (un ouvrage édité comme le premier par votre serviteur et paru récemment chez Luc Pire à Liège), les soubresauts de la collaboration outre-Rhin, entre septembre 1944 et mai 1945, des Belges francophones qui avaient choisi avec le « Beau Léon » le camp de l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale.

 Car, en septembre 1944, après la retraite de l’occupant, tous ceux qui avaient quelque raison de craindre la Justice ou la colère de la population cherchèrent refuge et sécurité sur le sol allemand jusqu'à la débâcle du IIIe Reich.

 Sur quels appuis ces exilés pouvaient-ils compter ? Quels furent leurs espoirs, leurs déceptions ?

 Pourquoi et comment nombre de ces fascistes vaincus s'étripèrent-ils littéralement pour s'accaparer des bribes d'un pouvoir illusoire ?

 Comment au contraire certains lucides du sort qui leur serait réservé lors du retour au pays réussirent-ils à effacer à jamais leurs traces ?

Comment de très jeunes membres des Jeunesses Légionnaires se retrouvèrent-ils embrigadés dans la Division Wallonie au même titre que leurs pères ?

 Et, que penser de tous ces « débrouillards », prêts à tout sauf à monter au front et qui, tant bien que mal, d’aucuns dans les services du Bureau Central d’Évacuation dans le Hanovre, d’autres dans les services policiers allemands, voire d’espionnage ou de presse, essayèrent de tirer leur épingle du jeu ?

 Qu'en fut-il au juste des actes et des crimes de l’inévitable SS-Obersturmbannführer-Volksführer der Wallonen, Léon Degrelle ?

 Au passage, quid des traîtres flamingants de la SS-Vlaanderen et de leurs « leiders » ?

 Et, après la débâcle… ?

 Quelles relations le Chef entretenait-il depuis Madrid avec ses anciens compagnons d’armes réunis dans une très discrète fraternelle d’ex-combattants wallons du Front de l’Est ?

 Autant de questions auxquelles répond, avec force preuves, détails et précisions, et pour la première fois – le sujet n'avait jamais été abordé en profondeur auparavant – cet ouvrage passionnant qui ne manquera pas de déplaire fortement à Bart De Wever et à ses séides...

 Une raison supplémentaire de vous précipiter chez votre libraire !

 PÉTRONE

 

Moi, Führer des Wallons ! par Eddy De Bruyne, Liège, Éditions Luc Pire, novembre 2012, 400 pp. en noir et blanc dont 16 pp. de photographies inédites) au format 14 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 27 €



[1] Léon Degrelle et la légion Wallonie, la fin d’une légende par Eddy De Bruyne, Liège, Éditions Luc Pire, avril 2011, 268 pp. en noir et blanc (dont 16 pp. de photographies) au format 14 x 21,7 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 25 €

 

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28 11 12

De grandes dames

La saga des reines.jpgHistorien disert et talentueux des têtes couronnées – remarquablement informé, il s'exprime avec une passion contagieuse dans une langue admirable –, Jean des Cars à qui l'on doit déjà Eugénie, la dernière impératrice ; Sissi ou la Fatalité ; La Saga des Romanov ; La Saga des Habsbourg et La Saga des Windsor, tous ouvrages à succès et dont nous pensons le plus grand bien, résume cette fois dans La saga des reines (chez Perrin à Paris), un fort volume aux illustrations superbes, la destinée de 12 monarques européennes dont la caractéristique commune est d'avoir été chacune à sa façon une personnalité d'exception : Catherine de Médicis, Elizabeth 1re d’Angleterre, Christine de Suède, Marie-Thérèse d’Autriche, Catherine II de Russie, Marie-Antoinette, Victoria de Grande-Bretagne, l’impératrice Eugénie, Elisabeth d’Autriche-Hongrie, Zita de Habsbourg-Lorraine, Astrid de Belgique et Elizabeth II (dont l'auteur assure qu'elle est la femme la mieux informée du monde).

L'ouvrage, qui fourmille d'anecdotes et de précisions de toutes sortes, ouvre à la compréhension de l'histoire de notre continent en montrant comment ces maîtresses femmes ont influé sur les destinées de leur pays et de leurs peuples, parfois en dépit de l'opinion de leurs contemporains, et ont pu agir sur la politique des nations, à l'instar de  Sissi qui fut adulée en Hongrie et froidement considérée en Autriche.

Un essai passionnant, propre à réconcilier traditions ancestrales et féminisme contemporain...

Bernard DELCORD

La saga des reines par Jean des Cars, Paris, Éditions Perrin, novembre 2012, 442 pp. en quadrichromie au format 16,5 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 25 € (prix France)

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27 11 12

Cellulairement

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Ca c'est passé près de chez nous....: le 10 juillet 1873, à Bruxelles,  Paul Verlaine, 27 ans,  blesse de deux balles de revolver son ami et amant, Arthur Rimbaud, âgé de 17 ans à peine. Le couple avait passablement bu et s'était querellé toute la journée. Les choses en seraient peut-être restées là - Arthur n'aurait pas déposé  plainte - si son aîné n'avait récidivé....utilisant à nouveau contre lui  l'arme qu'il avait acheté le matin, aux fins de se suicider, auprès de l'armurier Montigny, de la galerie de la Reine...

S'ensuivra un séjour de 555 jours en nos belges prisons, une peine purgée plus pour le délit d'homosexualité ( et même de pédérastie puisqu'Arthur Rimbaud est mineur) que pour l'emploi du revolver. Un emprisonnement qui permettra, paradoxalement, au poète de se libérer de certains démons intérieurs, notamment de sa dépendance à l'alcool.

Publié à l'occasion des expositions "Verlaine emprisonné" de Bruxelles 2012  et Paris 2013 (voir le billet d'agenda de vendredi 23 novembre, consacré  à l'exposition) auprès des éditions Gallimard, l'ouvrage de Jean-Pierre Guéno et de Gérard Lhéritier est tout simplement ..magistral.

Focalisé sur le joyau que constitue le manuscrit de "Cellulairement", ensemble de poèmes rédigés en prison, acquis par le musée des lettres et manuscrits en 2004, l'ouvrage éclaire de façon précise les circonstances du drame, la chronologie des événements et l'impact qu'ils ont eu sur l'oeuvre et la pensée du poète maudit.

Rédigé par Jean-Pierre Guéno, le texte adopte le tutoiement, reflétant "cette fraternité des âmes que Paul Verlaine parvient à développer avec chacun de ses lecteurs". Un procédé que l'auteur avait déjà utilisé, du reste,  dans la somptueuse Mémoire du Petit Prince, dédié à Antoine de Saint-Exupéry (Ed. Jacob -Duvernet, 2008) 

De nombreuses pages manuscrites, issues des collections du musée des lettres et manuscrits et de la Bibliothèque royale de Bruxelles, illustrent le propos de manière tangible et  poignante, épousent la scénographie de l'exposition,  tandis que les photos, dessins et représentations picturales retracent les relations de Verlaine avec ses proches, l'atmosphère d'années marquées par un "psychodrame éthylique permanent."

"Ce n'est pas lui qui incarne une menace pour la société, mais la société qui représente un danger pour lui et fait de lui un tigre en cage"

L'hommage d'une plaidoirie plantée dans l'âme du poète.

AE

 Verlaine emprisonné, Jean-Pierre Guéno et Gérard Lhéritier, Gallimard/Musée des Lettres et manuscrits, beau livre, novembre 2012, 244 pp, 29 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

21 11 12

Un livre à la taille du sujet qu'il traite...

Congo Une histoire.gifPrix Médicis de l'essai en 2012, Congo Une histoire de l'historien flamand David Van Reybrouck (titulaire d'un doctorat de l'université de Leyde après des études à Leuven et à Cambridge, il est né à Bruges en 1971) est une œuvre atypique dont le rayonnement – immense – tant en français qu'en néerlandais et en anglais ne laisse pas de laisser pantois.

Comme l'explique l'éditeur, ce livre est l'histoire fidèle, rigoureuse, éminemment documentée et absolument romanesque de la RDC. L'histoire d'un peuple, d'une nation, d'un fleuve sur lequel s'aventurèrent Stanley et les premiers marchands d'esclaves, les envoyés du roi Léopold II, et ceux venus tracer les lignes frontalières de cette immensité géographique. David Van Reybrouck y retrace le destin tumultueux de ce pays, de la préhistoire à nos jours.

De la colonisation à l'indépendance, il entremêle les faits historiques et le récit de ses rencontres, et son livre prend alors une dimension très personnelle où l'empathie à l'égard de ses interlocuteurs est fondamentale. Parmi ces figures généreuses, le lecteur se souviendra de ces anciens qui content au jeune Belge des aventures extraordinaires remontant jusqu'à l'époque précoloniale. Alternant passages explicatifs et narratifs, David Van Reybrouck prend tour à tour sa plume d'historien, de romancier, de journaliste et d'auteur de théâtre – quatre « territoires » d'écriture – qu'il travaille avec virtuosité, passant de l'ample rigueur d'une Histoire du Congo à la sensibilité littéraire d'un grand récit de voyageur : une construction qui donne à ce livre son rythme, sa vivacité, sa singularité.

Au fil du temps, il rencontre des acteurs essentiels des débuts de l'indépendance, de l'ère Mobutu et des guerres qui ont éprouvé le pays depuis l'arrivée au pouvoir des Kabila, il retrouve des victimes et des bourreaux – tel ce seigneur de guerre au Kivu – qui se confient à lui et offrent des témoignages inédits où le tragique le dispute à un comique féroce. Mais Congo, une histoire est aussi un hymne jubilatoire à la vitalité de tout un peuple, à sa créativité musicale et artistique, à sa capacité de survie dans une économie de la débrouillardise qui, en l'absence de structures, se mondialise naturellement : alors que s'installe déjà une population chinoise venue exploiter les richesses du sous-sol, certains importateurs congolais vont aujourd'hui se fournir à Guangzhou.

Le XXIe siècle sera peut-être – et nous l'espérons – celui de l'âge d'or de ce pays si attachant...

Paru à l'occasion du cinquantenaire de l'indépendance du Congo, ce grand livre a valu à son auteur, en sus du Médicis de l'essai 2012, le prix Ako (le Goncourt belgo-néerlandais). Véritable best-seller dans l'idiome de Vondel (plus de 300 000 exemplaires vendus), il a été traduit dans de nombreuses langues. Cet engouement international résulte sans aucun doute du fait que nous avons tous en Europe un passé colonial et que l'histoire du Congo est le symbole même de la mainmise européenne sur l'Afrique, de ses succès, de ses excès, de ses échecs et des conséquences brûlantes de nos récentes interventions sur le continent noir.

Un ouvrage à dévorer toutes affaires cessantes !

Bernard DELCORD

Congo Une histoire par David Van Reybrouck, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, Arles, Éditions Actes Sud, collection « Lettres néerlandaises », septembre 2012, 711 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 28 € (prix France)

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17 11 12

La vie au temps des cathédrales...

Hommes et Femmes du Moyen Âge.gifLa rédaction du fort beau livre intitulé Hommes et Femmes du Moyen Âge paru chez Flammarion a été dirigée par le grand médiéviste français Jacques Le Goff qui a reçu les passionnantes contributions d'éminents spécialistes (John Baldwin, Jacques Dalarun, Jean Delumeau, Bruno Dumézil, Chiara Frugoni, Pierre Riché...) pour brosser le portrait de 112 personnages, réels (Attila, Clovis, Dagobert, Charlemagne, Guillaume le Conquérant, Abélard et Héloïse, Aliénor d'Aquitaine, Frédéric Ier Barberousse, Saladin, Averroès, Richard Cœur de Lion, Saint Dominique, Saint François d'Assise, Saint Louis, Thomas d'Aquin, Marco Polo, Dante Alighieri, Boccace, Bertrand Du Guesclin, Geoffrey Chaucer, Jeanne d'Arc, Vlad III « l'Empaleur » –alias Dracula –, Christophe Colomb...) ou imaginaires (le roi Arthur, la papesse Jeanne, Mélusine, Merlin et Viviane, Renart, Robin des Bois, Roland...), qui tous ont marqué d'une empreinte pérenne la culture occidentale et sont cités à comparaître dans l'ouvrage « en tant que témoins et mémoire historique ».

Remarquablement ornées de tableaux des grands artistes de la période, mais également de gravures de savants et de dessins d'architectes, ces courtes biographies constituent une véritable immersion dans l'une des périodes les plus créatives de l'histoire de notre continent.

Celle qui vit éclore notre civilisation...

Bernard DELCORD

Hommes et Femmes du Moyen Âge, ouvrage collectif sous la direction de Jacques Le Goff, Paris, Éditions Flammarion, octobre 2012, 447 pp. en quadrichromie au format 17,5 x 24 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 35 € (prix France)

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15 11 12

La parole aux Congolais

url.jpgDoté du Médicis du l'essai - une récompense justifiée - l'ouvrage, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin (un label) trace de façon minutieuse, honnête et abordable,  le destin complexe  et souvent violent de notre ancienne colonie africaine.

"Quand j'ai envisagé il y a six ans d'écrire, pour le cinquantième anniversaire de l'indépendance du Congo, un livre sur l'histoire mouvementée du pays, non seulement à l'époque postcoloniale, mais aussi pendant la période coloniale et une partie de l'ère précoloniale, j'ai décidé que cela n'aurait de sens que si je pouvais donner la parole à autant de voix congolaises que possible."

Le propos est campé. Archéologue de formation, fils d'expatrié post-colonial,  David Van Reybrouck attache "une grande valeur aux informations non textuelles" , intégrant d'innombrables entretiens, sur place -avec des "témoins ordinaires "-  et la consultation de milliers  documents,  dans la perpective d'une histoire globale.

"La nouvelle de la traversée de Stanley fit en Europe l'effet d'une bombe. Le roi Léopold [II] comprit aussitôt que Stanley était l'homme qu'il lui fallait pour réaliser ses ambitions coloniales."

Focalisé sur un siècle et demi d'Histoire congolaise - en gros la période de 1870 à 2010 - l'essai autopsie celle-ci sous forme de  tranches, éclairées chacune d'une tonalité particulière. Dénué de tabous, exempt de concessions, il assied, de la sorte, les dirigeants  et missionnaires de tous bords, au banc d'un tribunal historique sobre et précis.

Le propos, de 600 pages, est assorti d'un index, utile et d'une justification des sources.

Un travail édifiant; une lecture qui ne l'est pas moins.

AE

Congo, une histoire, David Van Reybrouck, essai, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, Actes Sud, sept.2012, 712 pp, 28 €

02 10 12

Le Grand Charles sous toutes les facettes

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Charles de Gaulle.gifAvec Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Charles de Gaulle paru chez Hatier à Paris dans la collection des « Guides visuels », André Botzaris aborde par un texte d'une parfaite clarté soutenu par une iconographie remarquable la biographie de l'homme politique français qui marqua la France contemporaine d'une empreinte indélébile.

C'est dès l'enfance et jusqu'à la mort qu'il s’est identifié à la France et à son destin en embrassant la carrière des armes d'abord, celle de la politique ensuite, pour façonner un pays aux institutions à son image, celles de la Ve République.

Né le 22 novembre 1890 à Lille, il est lieutenant à la déclaration de la Première Guerre mondiale et capitaine en 1916, année où il est blessé au combat, fait prisonnier et interné en Allemagne pendant 32 mois.

Entre 1919 et 1921, il est envoyé en Pologne pour participer à la formation de la nouvelle armée du pays. Durant l'entre-deux-guerres, il appartiendra à l'entourage de Philippe Pétain qui appuiera sa carrière.

Il s'en détache cependant pour des divergences d'approche (l'État-major, face à la montée des périls, optant pour une stratégie défensive autour de la Ligne Maginot alors que de Gaulle préconisait la guerre de mouvement basée sur les blindés).

On connaît la suite : l'invasion de mai 1940, le départ pour la Grande-Bretagne, l'appel du 18 juin, les Forces Françaises Libres, les rapports difficiles avec Churchill et Roosevelt (ce dernier, dans une lettre au premier, appelait le général faisant fonction « notre migraine commune »…), le Gouvernement provisoire jusqu'en 1946, l'appel de Bayeux la même année, la création du RPF, le semi-échec qui s'ensuit en 1951, l'exil à Colombey, le « je vous ai compris » d'Alger en 1958, le retour au pouvoir, la lutte contre l'OAS et les dissidents de l'Armée, la Ve République en 1962, la décolonisation ratée, Mai-68, le triomphe électoral de juin, le référendum perdu en avril 1969, le départ à la retraite et la fatale rupture d'anévrisme du 9 novembre 1970.

Le récit simple, d’une grande clarté et richement illustré d'André Botzaris permet de comprendre ce destin hors normes et cette « certaine idée de la France » qui persiste aujourd'hui bien au-delà du gaullisme.

Bernard DELCORD

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Charles de Gaulle – Guide visuel à destination des esprits curieux et pressés par André Botzaris, préface de Baptiste Léon, Paris, Éditions Hatier, collection « Guides visuels », janvier 2012, 220 pp. en quadrichromie au format 16 x 11 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,99 € (prix France)

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22 09 12

De la dépendance à l'Indépendance…

Du Congo belge à la République du Congo.gifParu sous la direction du professeur Michel Dumoulin et de trois assistants en histoire de l'UCL (Anne-Sophie Gijs, Pierre-Luc Plasman et Christian Van de Velde), le passionnant essai intitulé Du Congo belge à la République du Congo 1955-1965 paru récemment à Bruxelles aux Éditions P.I.E. Peter Lang dans leur nouvelle collection « Outre-mers » mêle les contributions scientifiques [1] aux récits de témoins [2] des événements pour aborder l'histoire des cinq années qui ont précédé et suivi l'Indépendance du Congo belge (accordée le 30 juin 1960).

Outre son approche à la fois historiographique et technique, cet ouvrage examine de nombreux épisodes et aspects qui furent au cœur du processus de décolonisation comme le voyage du roi Baudouin en 1955, la politique du gouvernement général, l'action syndicale en Belgique, la guerre froide, l'assassinat de Patrice Lumumba, le lobbying des agents coloniaux et des colons belges entre 1960 et 1962, le contentieux financier belgo-congolais et la zaïrianisation, la crise de Stanleyville et de l'Est du Congo en 1964…

Sont également appelées à la barre les sources documentaires comme l'émission télévisée 9 millions, les reportages de la RTB d'alors (parmi lesquels ceux, fameux, du journaliste Frédéric François) et les films d'archives.

De nombreuses pages sont enfin consacrées aux modalités d'aides belges, européennes et internationales à l'Afrique noire après 1960 (l'idée de développement à l'époque coloniale, l'association Europe-Afrique et le Congo belge, l'apparition des idées de coopération, d'association et de développement après l'Indépendance, la naissance de la coopération européenne au développement, de la banque européenne d'investissement, les modes de fonctionnement de la coopération française avec l'Afrique sub-saharienne francophone...).

Une vaste somme d'informations accessibles (ici, foin du charabia universitaire) propres à alimenter utilement la réflexion des uns et des autres sur un sujet encore polémique de nos jours, à savoir  (l'échec de) la décolonisation et ses conséquence actuelles.

Bernard DELCORD

Du Congo belge à la République du Congo 1955-1965 sous la direction de Michel Dumoulin, Anne-Sophie Gijs, Pierre-Luc Plasman et Christian Van de Velde, Bruxelles, Éditions P.I.E. Peter Lang, collection « Outre-mers », janvier 2012, 374 pp. en noir et blanc au format 15 x 27 cm sous couverture brochée en couleurs, 45,50 €



[1] Outre celles des directeurs de l'ouvrage, on y trouve des synthèses de Francis Balace (ULG), Gauthier de Villers (UCL), Étienne Deschamps (UCL), Jean-Louis Moreau, Jean-Marie Mutamba Makombo (Unikin), Damien Poelaert (UCL), Philippe Raxhon (ULG), Maria Stella Rognoni (Universités de Florence et de Pérouse), Walter Schicho (Université de Vienne), Pierre Tilly (FUCAM), Frédéric Turpin (Université d'Artois), Urban Vahsen (Université de Trèves), Patricia Van Schuylenbergh (UCL) et Émile Willaert.

[2] Hans Carle, Étienne Davignon, Jacques Franck, Frédéric François, Charles-Ferdinand Nothomb, Patrick Nothomb, Louis De Clerck, Jules Fafchamps, Jules Hollants van Loocke et Pierre Wustefeld.

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