07 09 13

Le premier STO

Journal d'un déporté civil de la guerre 14-18.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 07/09/2013 de l'édition belge du magazine MARIANNE :

Le Journal d'un déporté civil de la guerre 14-18 de Victor Goffart paru à Tenneville aux Éditions Memory reprend le récit authentique d'un civil belge déporté de force en Allemagne, en décembre 1916, pour raison économique, afin de compenser les lourdes pertes causées dans les rangs teutons – et leur main-d'œuvre –par les grandes batailles façon Verdun.

L'auteur, un citoyen lambda, a consigné dans un cahier la chronique quotidienne des souffrances, des brimades et des privations endurées au cours de cinq mois terribles passés dans un camp – malade, il rentrera en mai 1917 – avec en prime la faim, le froid et les coups, omniprésents.

Il s'agit donc d'un témoignage de première main relatif à une histoire parfaitement méconnue, celle des déportations planifiées du premier Service de Travail Obligatoire, instauré pendant la Grande Guerre (et non pas au cours de la Seconde Guerre mondiale).

À l'inverse des sottises colportées par l'agit-prop de la NV-A, ce document souligne au passage la solidarité et la fraternité dans l'épreuve entre les Flamands et les Wallons en dépit des manœuvres allemandes visant, déjà, à semer la discorde en favorisant les « cousins germains ».

Si Bart De Wever avait la fibre d'historien – mais il n'est que diplômé de la très flamingante KUL, ce qui équivaut, concernant la connaissance du passé de la Belgique, à une peau d'âne roumaine –, on lui recommanderait la lecture de cet ouvrage...

Bernard DELCORD

Journal d'un déporté civil de la guerre 14-18 par Victor Goffart,  préface de Francis Balace, Tenneville, Éditions Memory, août 2013, 74 pp. en noir et blanc au format 15 x 21 cm  sous couverture brochée en couleurs, 12 €

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26 08 13

Dix siècles d'or et de plomb...

Le Moyen Âge pour les Nuls.jpgAncien élève de l'École normale supérieure à Paris et agrégé d'histoire, le médiéviste Pierre Langevin est un spécialiste réputé de la chevalerie et de l'architecture médiévale.

Dans Le Moyen Âge pour les Nuls, il fait le point sur les mille ans durant lesquels la Gaule devint tour à tour la Neustrie et l'Austrasie, la Francie occidentale et, enfin, la France. Mille ans pendant lesquels le latin se mâtina de germain, se transforma en dialectes romans, en langues d'oc et d'oïl, en français.

Mille ans au cours desquels se succédèrent les Mérovingiens, les Carolingiens ainsi que les différentes branches des Capétiens et qui virent émerger des personnages hors du commun comme Clovis, Dagobert, Pépin le Bref, Charlemagne, Guillaume le Conquérant, Aliénor de Castille, Blanche d'Aquitaine, Jeanne d'Arc, Louis XI ou le pape Jules II.

Dix siècles d'expansion du christianisme à partir des évangélistes et des monastères, dix siècles où la brutalité des mœurs côtoya la poésie courtoise et les récits merveilleux, , où les découvertes scientifiques voisinèrent avec les épidémies, qui virent apparaître les hôtels de ville et les cathédrales, mais engendrèrent l'antisémitisme, les croisades contre les cathares et contre l'islam, dix siècles d'or et de plomb, de foi et de haine, de sang et de fureur, de culture et de violence, d'élégance et de grossièreté...

À l'image de la nature humaine, en somme...

Bernard DELCORD

Le Moyen Âge pour les Nuls par Pierre Langevin, Paris, Éditions First, février 2013, 385 pp. en noir et blanc au format 13 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 12,50 € (prix France)

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25 08 13

Les lads des écuries d'Augias

La véritable histoire des Gracques.jpgL'article ci-dessous a paru dans la livraison du 24 août 2013 de l'édition belge du magazine MARIANNE :

En 133 avant J.-C., Rome, qui sort d'une troisième guerre contre Carthage, est au bord de la faillite : les finances sont asséchées, les populations en quête de travail s'agglutinent dans les insulae de la capitale et la corruption règne à la tête de l'État (politiciens véreux, arrangements mafieux, élections truquées, meurtres et conspirations y sont légion).

C'est dans ce climat trouble que deux frères, les intègres tribuns de la plèbe Tiberius et Caius Gracchus, font voter une série de lois remettant le peuple au centre du débat public.

En révélant les manœuvres politiciennes du Sénat corrompu, les deux hommes provoquent un mouvement d'insurrection inédit dans l'histoire de la République romaine. La riposte du Sénat, impitoyable, ne tardera pas...

Dans La véritable histoire des Gracques (Les Belles Lettres à Paris), Christopher Bouix, jeune professeur des universités Paris III et de la Sorbonne, a réuni et commenté plus de cent cinquante textes d'auteurs antiques (Cicéron, Pline l'Ancien, Plutarque, Salluste, Sénèque, Tacite, Tite-Live...) pour faire pénétrer le lecteur dans les coulisses d'un système politique en perdition et suivre l'itinéraire de deux des figures les plus controversées de l'histoire de Rome.

Un récit palpitant aux accents – de Wallonie... – résolument contemporains !

Bernard DELCORD

La véritable histoire des Gracques, textes réunis et commentés par Christopher Bouix, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « La véritable histoire de... » dirigée par Jean Malye, mars 2012, 180 pp. en noir et blanc au format 11 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 13,50 € (prix France)

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23 07 13

« Roma caput mundi » (Rome, capitale du monde)

La Rome antique pour les Nuls.jpgSi les vacances vous amènent dans la capitale ou la péninsule italiennes, n'hésitez pas à emporter La Rome antique pour les Nuls, un ouvrage fort accessible et très complet rédigé, comme son nom ne l'indique pas – il s'appelle Guy de la Bédoyère – par un sujet de sa très gracieuse Majesté britannique et adapté par l'historienne française Catherine Salles, qui vous dira tout sur la trépidante histoire de Rome, l'âge d'or de l'Empire et sa chute, l'organisation de la société romaine et la vie quotidienne en son sein.

Écoutons ce qu'en dit l'adaptatrice :

« Rome ! Que cela évoque-t-il pour vous ? Jules César ? Les vestiges du Colisée ? L'ensevelissement de Pompéi en l'an 79 ? Des péplums hauts en couleur mettant en scène des courses de chars et autres combats de gladiateurs herculéens ? Ou peut-être ces ponts traversés par des siècles d'histoire et pourtant toujours debout... ?

Si vous voulez découvrir en quoi l'Antiquité romaine fut l'une des périodes les plus passionnantes de l'Histoire, plongez vite dans cet ouvrage (...). Vous y apprendrez pourquoi les Romains ont été les cadors de l'Antiquité et entrerez de plain-pied dans une société aux classes sociales rigides, dotée d'une forte organisation et d'une armée de fer. Vous y découvrirez comment le peuple se divertissait, se déplaçait, priait et commerçait.

Vous vous étonnerez surtout de la réussite d'un petit hameau de rien du tout devenu une grande puissance. Mais le pouvoir corrompt, et bientôt vous vivrez dans ces pages la fin de la République romaine, la guerre civile et la naissance de l'Empire, qui malgré un âge d'or de près de deux cents ans, commencera par se déliter sous le règne de brutes épaisses et autres fous furieux, puis finira par s'effondrer. »

Tout en nous laissant un immense héritage, à commencer par notre langue !

Bernard DELCORD

La Rome antique pour les Nuls par Guy de la Bédoyère, traduction de Violaine Decang-Iglesias et adaptation par Catherine Salles, Paris, Éditions First, septembre 2010, 461 pp. en noir et blanc au format 19 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs, 22,90 € (prix France)

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22 07 13

Danse avec les loups...

La ballerine & el commandante.jpgParfaitement conforme à l'ouvrage et remarquablement rédigé, le prière d'insérer de La ballerine et El Comandante paru chez François Bourin Éditeur à Paris met l'eau à la bouche :

« Alicia Alonso, danseuse et chorégraphe, est une des plus grandes figures de la danse du XXsiècle. Art classique et bourgeois par excellence, la danse n’avait en principe rien de commun avec la révolution. C’est le même appétit d’un pouvoir sans partage qui conduisit Fidel Castro et Alicia Alonso à faire alliance. Le Ballet de Cuba sur lequel, à plus de 90 ans, la chorégraphe règne toujours en maître deviendra l’un des vecteurs de la propagande cubaine à l’étranger.

De l’approbation des exécutions massives après la chute de Batista au castrisme finissant des débuts du XXIe siècle, Alicia Alonso et son Ballet auront été un véritable miroir du régime. Mais la danseuse aura aussi été la seule figure cubaine capable de dire non à Fidel, protégeant notamment ses danseurs de la répression qui s’abattait sur les homosexuels.

Après s’être exilée en 1994, l'écrivain et critique de danse Isis Wirth-Armenteros, née à Cuba en 1964 et qui a travaillé dix ans avec Alicia Alonso, raconte cette histoire secrète, tissée de jalousies et de rivalités où la danse devient un instrument machiavélique ».

Ce livre est en effet, comme l'écrit si bien l'auteure, « le récit d'un pacte faustien entre une artiste et un dictateur. Née en décembre 1920, Alicia Alonso a travaillé avec les meilleurs chorégraphes et créé ses propres versions des ballets classiques. De l'école cubaine, dont elle est la mère, sont sortis de fabuleux danseurs. Mais cette réussite, alors qu'elle était presque aveugle, est indissociable du régime totalitaire installé par Fidel Castro.

Ce dernier a vu dans le ballet un formidable outil de propagande interne et externe. Il a offert à Alicia Alonso, qui avait déjà commencé une très brillante carrière aux États-Unis, les moyens de poursuivre son rêve. En contrepartie, le "Cobra Noir" a accepté d'apporter, dans ses pires moments et jusqu'à aujourd'hui, un soutien sans faille au régime. Dans cette première biographie d'Alicia Alonso en français, Isis Wirth met en lumière cette complicité tragique.

Unis par une même passion pour le pouvoir, la ballerine et El Comandante ont écrit une histoire qui s'achève de façon pathétique dans le marasme, la gérontocratie et, pour le ballet, la fuite des danseurs ».

Mais pas celle des lecteurs de ce récit époustouflant !

Bernard DELCORD

La ballerine & el commandante. L’histoire secrète du ballet de Cuba par Isis Wirth, préface de Jean-François Bouthors, Paris, François Bourin Éditeur, collection « Les moutons noirs », avril 2013, 237 pp. en noir et blanc au format 14,7 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France)

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14 07 13

Un modèle pour Bart et ses séides...

On ne peut pas régner innocemment.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 6 juillet 2013 de l'édition belge du magazine Marianne :

« On ne peut régner innocemment. Tout roi est un rebelle et un conspirateur », soutenait le révolutionnaire français Saint-Just dans un âpre discours resté fameux – sur le jugement de Louis XVI – prononcé à la Convention le 13 novembre 1792 et dont le texte intégral, toujours disponible, a paru en édition de poche aux Éditions Mille et une nuits à Paris en 2003.

Négligeant les arguments mêmes du procès, le tribun populiste ne se soucia d’aucune des accusations formulées contre Louis XVI. Ce qu’il lui reprocha, ce fut sa royauté elle-même, le crime d’usurpation, de domination et de tyrannie.

Ça ne vous rappelle rien, s'agissant des ratiocinations et des vaticinations d'un ex-gros, devenu tenant de la Terreur républicaine à Anvers, et de ses séides ?

Comme quoi, l'Histoire repasse souvent les plats.

À ce propos, rappelons que Saint-Just finit sous la guillotine le 10 Thermidor an II (10 juillet 1794)...

Et espérons que le rasoir électoral fonctionnera en 2014 !

Bernard DELCORD

On ne peut pas régner innocemment suivi d'un Essai de Constitution par Louis Antoine Léon de Saint-Just, Paris, Éditions Mille et une nuits, mars 2003, 62 pp. en noir et blanc au format 10,3 x 15 cm sous couverture brochée en couleurs, 2,60 € (prix France)

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14 07 13

Ce n'est qu'un au revoir...

Le deuil du pouvoir.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 6 juillet 2013 de l'édition belge du magazine Marianne :

En 2013, quatre abdications souveraines se seront produites : celle de Beatrix, reine des Pays-Bas, annoncée le 28 janvier, celle du pape Benoît XVI, proclamée le 11 février, celle de l'émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, intervenue le 25 juin et celle du roi des Belges Albert II avec prise d'effets le 21 juillet.

Pour aller plus loin dans la compréhension de ce qui pourrait n'apparaître qu'un effet de mode, d'opportunité politique ou d'imitation du père (Léopold III, le père d'Albert II, a abdiqué en 1953), on se référera à l'excellent ouvrage paru tout récemment sous le titre Le deuil du pouvoir (Paris, Les Belles Lettres), une compilation d'essais sur l'abdication publiée à l'instigation d'Alain Boureau, directeur d'études à l'École des hautes études en Sciences sociales à Paris, et de Corinne Péneau, maître de conférences à l'université de Paris-Est Créteil, dont le propos explicite vise à compléter le texte fondateur et magistral de Jacques Le Brun, Le Pouvoir d'abdiquer. Essai sur la déchéance volontaire, paru chez Gallimard en 2009, qui se penchait sur les fins de règne de l'empereur romain Dioclétien, de Charles Quint, de Richard II et de Jacques II d'Angleterre ainsi que de Philippe V d'Espagne.

Le deuil du pouvoir s'étend quant à lui aux cas de l'abdication de Christine de Suède, de la renonciation du pape Célestin V placée dans la perspective globale du XIIIe siècle, des départs de Charles de Gaulle en 1946 et 1969, mais aussi au cas doctrinal de l'abdication du supérieur des jésuites en faveur de son collatéral dans les Constitutions de l'ordre tandis qu'une étude de Jacques Le Brun s'attache à repérer les échos contemporains de l'abdication dans le film Habemus Papam de Nanni Moretti et dans Le Roi Lear de Shakespeare.

L'ouvrage débouche sur une conclusion forte : « L'abdication [volontaire], ce renoncement au pouvoir, constitue l'état pur d'un acte de volonté dans la sphère politique ou religieuse. Une instance souveraine, qui ne dépend de rien d'autre que de soi-même, décide de s'abolir. L'abdication apparaît alors non comme le simple abandon du pouvoir, mais comme un acte de pouvoir – celui de l'individu imposant son choix, se repliant sur son corps et abandonnant le corps politique – ou, du moins, comme une autre façon de le manipuler et de s'en saisir ».

Une manière de rester présent sans l'être, en somme...

Bernard DELCORD

Le deuil du pouvoir Essais sur l'abdication sous la direction d'Alain Boureau et Corinne Péneau, Paris, Les Belles Lettres, mars 2013, collection « Histoire », 196 pp. en noir et blanc au format 15 x 21,5 cm sous couverture brochée monochrome, 23 € (prix France)

Un événement pas si rare...

Quelques abdications dans l'Histoire, toutes causes confondues :

Sylla, dictateur romain (-79)

Dioclétien (305)

Isaac Ier Comnène, empereur byzantin (1059)

Huizong, empereur chinois de la dynastie Song (1126)

Étienne II de Hongrie (1131)

Albert Ier de Brandebourg (1169)

Ladislas III de Pologne (1206)

Célestin V, pape (1294)

Jean d’Écosse (1296)

Jean VI Cantacuzène, empereur d’Orient (1355)

Richard II d’Angleterre (1399)

Éric VII de Danemark (1439)

Amédée VIII de Savoie (1440)

Murad II, sultan ottoman (1444-1445)

Charles Quint (1555-1556)

Marie Ire d’Écosse (1567)

Christine de Suède (1654)

Jean II de Pologne (1668)

Jacques II d’Angleterre (1688)

Auguste II de Pologne (1706)

Philippe V d’Espagne (1724)

Victor-Amédée de Sardaigne (1730)

Ahmed III, sultan ottoman (1730)

Charles de Naples (1759)

Stanislas II de Pologne (1795)

Qianlong, empereur chinois de la dynastie Qing (1796)

Charles-Emmanuel IV de Sardaigne (1802)

Charles IV d’Espagne (1808)

Joseph Bonaparte de Naples (1808)

Gustave IV de Suède (1809)

Louis Bonaparte de Hollande (1810)

Napoléon Ier (1814-1815)

Victor-Emmanuel Ier de Sardaigne (1821)

Pierre IV de Portugal (1826)

Charles X de France (1830)

Pierre Ier du Brésil (1831 )

Michel Ier de Portugal (1834)

Guillaume Ier des Pays-Bas (1840)

Louis-Philippe Ier (1848)

Louis Ier de Bavière (1848)

Ferdinand Ier d’Autriche (1848)

Charles-Albert de Sardaigne (1849)

Léopold II de Toscane (1859)

Isabelle II d’Espagne (1870)

Amédée Ier d’Espagne (1873)

Alexandre Ier de Bulgarie (1886)

Milan Ier de Serbie (1889)

Puyi, dernier empereur de Chine (1912)

Nicolas II de Russie (1917)

Guillaume II d’Allemagne (1918)

Rama VII de Siam (1935)

Édouard VIII du Royaume-Uni (1936)

Charles II de Roumanie (1940)

Victor-Emmanuel III d’Italie (1946)

Wilhelmine des Pays-Bas (1948)

Léopold III de Belgique (1951)

Farouk Ier d’Égypte (1952)

Fouad II d’Égypte (1953)

Charles de Gaulle (1946 et 1969)

Juliana des Pays-Bas (1980)

Jean de Luxembourg (2000)

Norodom Sihanouk de Cambodge (2004)

Beatrix des Pays-Bas (2013)

Benoît XVI, pape (2013)

Hamad ben Khalifa Al Thani, émir du Qatar (2013)

 

(Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Abdication)

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14 07 13

« Les Belges parlent aux Belges... »

Les ondes en uniforme.gifLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 6 juillet 2013 de l'édition belge du magazine Marianne :

Passé inaperçu à sa sortie hélas (il faut dire que sa couverture est illisible...), l'essai passionnant de l'historienne Cécile Rase intitulé Les ondes en uniforme étudie la propagande de Radio Bruxelles en Belgique occupée entre 1940 et 1944.

Ce média, créé par la Militärverwaltung, codirigé par un personnel composé de Wallons et d'Allemands, très largement écouté par la population belge pour son côté divertissant et tout aussi largement moqué par elle pour ses bulletins d'information lèche-bottes, disparut comme de juste à la Libération.

Entre-temps, ayant réuni quelques gros calibres (Michel de Ghelderode, Félicien Marceau, Robert Poulet...) et des tenants de la « politique de présence », la station avait lancé sur les ondes des émissions d'abord plutôt badines et même de qualité puis de plus en plus radicales à mesure que s'accroissait l'influence de Kollabos durs (Pierre Hubermont, Serge Doring, Jean Denis...) et proches du rexisme ou de la SS.

Le fait que les auditeurs aient dissocié les émissions ludiques de celles qui n'étaient que pure propagande boche constitue en tout cas un bel exemple de belgitude pétrie de bon sens, surtout si l'on compare l'influence de Radio Paris en France occupée.

Car, comme l'assurait le prince de Ligne, « il est une manière d'écouter qui surpasse tous les compliments »...

Bernard DELCORD

Les ondes en uniforme par Céline Rase, Namur, Éditions des Presses universitaires de Namur, juin 2011, 276 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 16 €

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23 06 13

À la table de l'histoire...

Le dessous des plats.jpgPrésident de l’académie des gastronomes depuis décembre 2012, Jean Vitaux, né en 1951, est médecin gastro-entérologue. Membre de nombreuses associations dont l’Académie des Gastronomes et le Club des Cent, il a publié récemment aux Presses universitaires de France à Paris un passionnant ouvrage intitulé Le dessous des plats dans lequel sont reproduites nombre de ses chroniques mensuelles d’histoire de la gastronomie lues entre 2008 et 2012 sur Canal Académie, la chaîne radio et le site Internet de l'Institut de France [1].

L'auteur y fournit de nombreuses informations l’origine des produits que nous consommons, sur leur valeur symbolique, sur l’histoire des plats et des pratiques de table, et rappelle l’influence des grands cuisiniers et des grands gastronomes sur nos pratiques quotidiennes ou festives.

Qui connaît l’origine des fraises modernes ? Comment le maquereau est-il devenu le poisson d’avril ? Quel est le rapport entre les saturnales romaines et le gâteau des rois ? Qui sont les mendiants ? Qui sait que la soupe à la tortue était la tête de veau ? Et que Rabelais est le premier à citer le caviar ? Ou que Nostradamus a écrit un Traité des confitures ?

Ce livre répond à ces questions et à bien d'autres, sans cesser de mettre en exergue l’aphorisme de Brillat-Savarin : « Les animaux se repaissent, l’homme mange, seul l’homme de qualité sait manger », car manger est un acte culturel.

Et Jean Vitaux est un homme à l'évidence très cultivé !

Bernard DELCORD

Le dessous des plats Chroniques gourmandes par Jean Vitaux, Paris, Éditions des Presses universitaire de France, avril 2013, 229 pp. en noir et blanc au format 15 x 21,7 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage érudit les lignes pittoresques suivantes :

UN PETIT MÉTIER DE BOUCHE : FABRICANT DE CRÊTES DE COQ

(10 août 2008)

Le XIXe siècle fut le siècle du vol-au -vent et des bouchées à la reine. La formule du vol-au-vent a été détaillée par Antonin Carême, et la bouchée à la reine aurait été inventée pour Marie Leszczyńska, reine de France, épouse de Louis XV. La farce traditionnelle de ces délicats feuilletages était faite de ris de veau (ou d'agneau, dits béatilles), de petites quenelles et de blancs de volaille, d'abats (rognons et testicules de volailles) et de crêtes de coq, nappés de sauce financière ou suprême.

La mode était telle que les crêtes de coq étaient très recherchées. Privat d'Anglemont dans Paris anecdote, préfacé par le grand gastronome et poète Charles Monselet, nous a laissé l'extraordinaire histoire de M. Lecoq qui en fabriquait. Le père Lecoq habitait dans une cour du faubourg Saint-Antoine où il existait une machine à vapeur reliée à un arbre, de telle sorte que chaque locataire pouvait y adapter une machine. M. Lecoq, constatant le manque de crêtes de coq, et leurs imperfections naturelles, décida d'y remédier. Il prit des palais de veau, de bœuf ou de mouton qu'il faisait longuement bouillir, puis qu'il passait sous le balancier de la machine pour créer de fausses crêtes de coq à l'emporte-pièce. Si les crêtes de coq ainsi réalisées étaient plus régulières que les crêtes naturelles des coqs, elles ne présentaient qu'un seul défaut : elles n'avaient des tubercules (ou papilles) que d'un seul côté, contrairement aux vraies crêtes de coq.

Ce « bienfaiteur de l'humanité », comme il se qualifiait, estimait que chaque matin, il entrait à Paris 25 000 à 30 000 poulets, répartis entre les tables bourgeoises et les restaurateurs, pâtissiers et rôtisseurs.

Il ne restait plus encore que 10 000 à 12 000 crêtes de coq disponibles pour les vol-au-vent, timbales, coquilles et autres préparations de cet aliment alors si recherché, peut-être en raison des propriétés aphrodisiaques qu'on lui prêtait. M. Lecoq estimait donc qu'il rendait service en fabriquant la quantité de crêtes de coq nécessaire. Les vendant 15 centimes la douzaine aux restaurateurs et 20 centimes aux cuisinières bourgeoises, il fit fortune.

Il existait de nombreux petits métiers, comme celui exercé par le père Montagatus qui était chiffonnier. Il achetait les peaux de lapins et, plus curieusement, les têtes de ces animaux. En effet, sa principale occupation était la chasse au chat. Il disposait de ratiers, chiens qui chassent les chats, et vendait ces pauvres bêtes avec la tête d'un lapin soigneusement bouillie ; et tout le monde n'y voyait que du feu. Il préfigurait les habitudes alimentaires du siège de Paris en 1870, où l'on mangea les chats et les rats, bien plus que les chiens et les chevaux.

Cette époque était bien pittoresque, puisque l'on élevait aussi des chèvres dans les soupentes pour fournir du lait à l'Assistance publique. M. Jacques Simon élevait des chèvres au 5e étage, rue d'Écosse, près du Collège de France, pour nourrir les nouveau-nés dont les mères manquaient de lait.

Paris était bien exotique en ces temps.



[1] http://www.canalacademie.com/idr132-Histoire-et-Gastronomie-la-.html

16 06 13

L'ordre du Temple

Les Templiers.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 15 juin 2013 de l'édition belge du magazine Marianne :

Passant, en ce qui concerne Les Templiers, de la légende à l'histoire, l'historien Michael Haag a produit une étude très fouillée mais parfaitement accessible sur cet ordre religieux et militaire fondé en 1119 sur le Mont du Temple à Jérusalem afin de protéger les pèlerins visitant les lieux saints et de défendre la Terre Sainte.

Vêtus d'une tunique blanche arborant une croix rouge, ils furent en Occident la première armée religieuse en uniforme et ils élaborent un vaste réseau financier étendu de Londres à Paris jusqu'à l'Euphrate et au Nil, faisant de leur ordre une formidable organisation internationale.

Puis vint le temps de leur déchéance : après avoir été défaits par les musulmans à Saint Jean d'Acre, ils sont arrêtés dans toute la France et bientôt partout en Europe. On les accuse d'hérésie, d'obscénités, de pratiques homosexuelles et de culte des idoles, abominations avouées sous la torture, et la fin arrivera en 1314 à Paris, avec l'exécution sur le bûcher du dernier grand maître.

Depuis lors, de nombreux mythes circulent, que l'auteur démonte, à propos notamment d'un trésor caché, de prolongements de l'ordre par le développement de la franc-maçonnerie et des mormons au XIXe siècle, par l'établissement d'un nouvel ordre mondial depuis 1945 ou par... les attentats du 11-Septembre !

L'ouvrage se conclut par une présentation de vestiges architecturaux à Jérusalem, en Syrie, en France, en Espagne, au Portugal et en Grande-Bretagne.

Bernard DELCORD

Les Templiers par Michael Haag, Bruxelles, Ixelles éditions, avril 2013, 383 pp. en noir et blanc au format 15 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 23,90 €

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