06 04 13

Héros et zéros...

Eisenhower et ses généraux.jpgLe texte ci-dessous a été inséré dans la livraison du 6 avril 2013 de l'édition belge de l'hebdomadaire MARIANNE :

Issue de la KUL comme l'ex-gros qui gouverne désormais Anvers d'une poigne (de garde) de fer, la Flamande Ingrid Baraitre est, pour sa part, une véritable historienne, dont les travaux d'envergure ont porté sur les biographies de George Patton et d'Eleanor Roosevelt.

On lui doit aussi une brillante étude scientifique sur les rapports conflictuels – autant que surréalistes – entre Eisenhower et ses généraux durant la Seconde Guerre mondiale, fruit d'un véritable travail de fourmi dans les archives militaires de Washington et de Londres, dont la traduction française vient de paraître aux Éditions Luc Pire à Liège, dans une collection dirigée par votre serviteur.

Preuves à l'appui, l'auteure rhabille le cassant – et bien cassé – Field Marchal Montgomery pour l'hiver (résumons : un pleutre arrogant doublé d'un vantard, dont les innombrables atermoiements ont provoqué la bataille d'Ardenne – et son demi-million de morts – qui sans lui ne se serait pas produite), mais aussi le naïf Eisenhower, obnubilé par des arrière-pensées politiques, l'insolent Patton jouant les stars devant la presse avant de se faire dégommer par elle et de virer sa cuti en devenant antisémite, le contrarié Bradley furax de s'être fait piquer deux armées par Montgomery...

À se demander comment les crabes d'un tel panier ont pu gagner la guerre...

Bernard DELCORD

Eisenhower et ses généraux par Ingrid Baraitre, Liège, Éditions Luc Pire, mars 2013, 390 pp. en noir et blanc au format 14 x 21,7 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 27 €

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22 03 13

Écrits assassins…

Mein Kampf, histoire d'un livre.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne sur le site du magazine belge sur Internet Satiricon.be (www.satiricon.be) :

Le 8 novembre 1923, Adolf Hitler, qui vient de prendre les rênes du NSDAP, échoue lamentablement dans la tentative de putsch qui devait lui donner le pouvoir en Bavière. Après un procès rapide débouchant sur un verdict très clément, le futur Führer est envoyé en détention à la forteresse de Landsberg. Là, dans sa cellule spacieuse, il reçoit ses admirateurs, il lit tout ce qu’on lui apporte, et surtout il écrit un pamphlet, véritable concentré de toute sa haine : Mein Kampf.

À sa sortie, rares furent ceux qui perçurent les dangers de ce livre. Accueilli avec indifférence ou sous les sarcasmes, l’ouvrage annonçait pourtant la couleur. Il y était déjà question de remilitariser l’Allemagne, d’en faire une dictature implacable et de conquérir l’espace vital nécessaire au développement d’une prétendue race aryenne. Celle-ci était par ailleurs appelée à écraser les autres peuples et à imposer sa domination sur le monde. Hitler développait aussi à longueur de pages une haine pathologique des Juifs et en appelait à les faire disparaître de la surface du globe. Tout cela était donc très éclairant sur les horreurs à venir.

Mais pour l’heure, les politiciens allemands se moquaient bien de ce péquenaud autrichien, peintre sans talent qui criait comme un roquet dans les arrière-salles des brasseries. Et, de fait, à sa sortie, le pensum, mal écrit, ne suscita que peu d’engouement. C’était sans compter sur les talents d’orateur d’Hitler et sur le très sérieux coup de pouce de la crise qui permirent le déferlement de la vague brune Outre-Rhin.

À la faveur de la montée en puissance des nazis, Mein Kampf, retouché par les éditeurs, devint alors un immense best-seller en Allemagne. Le programme qu’il contenait n’en resta pas moins sous-estimé en dépit de sa mise en œuvre dès le début des années 1930.

Ainsi, à l’étranger, Hitler était vu comme un homme tout à fait respectable, voire comme un garant de la paix. Il est vrai que les traductions de son livre étaient expurgées des passages gênants pour les nations concernées. Dans l’édition française, par exemple, pas une ligne sur les projets hitlériens d’annihiler purement et simplement la France, cette ennemie héréditaire. On n’en était pas à une manipulation près… À sa lecture, seuls quelques lecteurs européens avaient vu la catastrophe arriver et avaient tenté en vain d’alerter l’opinion. Parmi eux, un certain Winston Churchill.

La suite, on la connaît. Après le réarmement de l’Allemagne, la construction des premiers camps de concentration, les premières mesures antisémites, l’invasion des Sudètes et l’annexion de l’Autriche, et tandis que le piège se refermait sur ceux qui s’étaient jetés dans la gueule du loup, les rêves délirants d'Hitler se réalisaient. C’était l’avènement de Mein Kampf, devenu à la faveur de la dictature, la Bible de l’Allemagne nazie.

C’est ce parcours qu’on lira, entre autres, dans le travail passionnant d’Antoine Vitkine [1] paru dernièrement chez Flammarion à Paris sous le titre Mein Kampf, histoire d’un livre. Sans jamais se perdre, l’auteur revient en détail sur la production de ce texte, mais aussi sur sa publication et sur l’accueil qui lui fut réservé. Il retrace la saga des retouches successives, des rééditions et des traductions. Il décrit les cercles intellectuels, économiques et politiques qui ont sans cesse gravité autour de ce pamphlet. Il explore enfin ce qu’il en est resté, depuis la fin de la guerre jusqu’à nos jours.

Un livre captivant, à propos d’un livre…terrifiant.

EUTROPE

Mein Kampf, histoire d’un livre par Antoine Vitkine, Paris, Flammarion, collection « Champs histoire », édition revue et augmentée, février 2013, 332 pp. en noir et blanc au format 10,8 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 9 € (prix France).



[1] Né en 1977, diplômé de Sciences Po Paris, titulaire d'un DEA de sciences politiques, Antoine Vitkine est journaliste et réalisateur de documentaires. Il a réalisé Mein Kampf, c'était écrit (Arte, 2008). Il est aussi l'auteur d'un essai sur les théories du complot, Les Nouveaux Imposteurs (Éditions La Martinière, Paris, 2005) et d'un roman, La Tentation de la défaite (Éditions La Martinière, Paris, 2006). Il a réalisé le documentaire « Kadhafi, notre meilleur ennemi », diffusé sur France 5 en 2011.

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09 03 13

Histoire d'une catastrophe politico-militaire

La guerre de Viêt Nam.jpgDirecteur de recherche au National Security Archive de l'université George Washington, John Prados est unanimement reconnu comme l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire diplomatique et militaire américaine. Il est l'auteur d'une quinzaine de livres, dont trois figurent sur les listes du prix Pulitzer et deux ont été traduits en français, Les Guerres secrètes de la CIA (aux Éditions du Toucan) et La Guerre du Viêt Nam, une somme parue aux Éditions Perrin à Paris en 2011 et toujours disponible en librairie.

Dans cette œuvre monumentale, l'auteur fournit le récit complet et une analyse globale de la guerre du Viêt Nam depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la chute de Saigon en 1975.

On se rappellera que ce conflit demeure, à ce jour, le seul que perdirent les Yankees depuis l'indépendance de leur pays, et que cette raclée leur fut infligée à l'instigation d'un civil, le « général » Vo Nguyên Giap (né en 1911 et aujourd'hui âgé de 101 ans), un historien autodidacte n'ayant suivi les cours d'aucune académie militaire, mais fervent lecteur de Jules César, de Napoléon et de Clausewitz,qui avait déjà vaincu l'armée française à Dien Bien Phu en 1954.

S'appuyant sur des documents récemment déclassifiés et un large éventail de sources vietnamiennes et internationales, John Prados peint une fresque magistrale où idéologies et armées s'entrechoquent. Il explique comment et pourquoi les différentes présidences américaines, de Truman à Nixon, en passant par Kennedy et Johnson, ont à la fois mal interprété les réalités nord-vietnamiennes, mal compris leurs alliés sud-vietnamiens, méprisé le mouvement anti-guerre et négligé l'impact croissant des médias sur l'opinion.

Engagés dans un conflit qu'ils ne pouvaient gagner, les républicains comme les démocrates n'ont pas su puis pu sortir du scénario tragique dans lequel sombrait l'Amérique. Tour à tour récit enlevé, essai novateur et témoignage personnel émouvant, cet essai brillantissime dresse le bilan définitif d'une guerre novatrice qui bouleversa les États-Unis et modifia l'équilibre planétaire.

Le tout pour pas grand-chose…

Bernard DELCORD

La guerre du Viêt Nam 1945-1975 par John Prados, traduction de Johan-Frédérik Hel Guedj, Paris, Éditions Perrin, octobre 2011, 833 pp. en quadrichromie au format 15,6 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 30,50 € (prix France)

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25 02 13

Champs d'horreur...

D'une guerre à l'autre.gifDéjà connu pour un fameux canular [1], Roland Lécavelé, dit Roland Dorgelès (Amiens,1885-Paris, 1973), un jeune journaliste montmartrois, s'engage dans l'infanterie en 1914, expérience de l'horreur absolue qu'il met en scène en 1919 dans Les Croix de bois, un texte magistral couronné du prix Fémina. Ce roman hallucinant, qui raconte la vie – si on peut dire... – dans les tranchées de la Grande Guerre (et qui est le pendant français d'À l'ouest, rien de nouveau de l'écrivain allemand Erich-Maria Remarque), n'a pas pris une ride et se doit d'être remis en avant à l'occasion des fêtes commémoratives de 2014, tout comme d'ailleurs les nouvelles du Cabaret de la Belle Femme (1919) et le « poème d'épouvante » qu'est Le Réveil des morts (1923).

Mais Dorgelès n'en resta pas là.

En 1939, trop âgé pour reprendre du service actif, il se fait observateur de cet étrange intermède qu'il baptisera plus tard La Drôle de guerre (1957), jusqu'à la débâcle et la défaite de 1940 qu'il avait laissé entrevoir dans Retour au front (1940), une publication largement censurée, avant de rédiger Carte d'identité, le récit sec et glacial d'un épisode de la barbarie nazie dont il avait été le témoin.

Cet auteur prolixe (de 55 ouvrages et de très nombreux articles) qui suscita bien des polémiques fut élu président de l'Académie Goncourt en 1954, fonction qu'il occupa jusqu'à sa mort.

Les Éditions Omnibus à Paris ont rassemblé les six textes dont nous venons de parler dans D'une guerre à l'autre, un fort volume préfacé par l'éminent historien Jean-Pierre Rioux qui remet ces ouvrages en perspective avec une belle intelligence de la personnalité et des idées parfois contradictoires de leur auteur.

« Krieg, gross malheur ! » s'exclamaient les héros de Remarque.

Qui avaient ô combien raison...

Bernard DELCORD

D'une guerre à l'autre (Les Croix de bois, Le Cabaret de la Belle Femme, Le Réveil des morts, La Drôle de guerre, Retour au front, Carte d'identité) par Roland Dorgelès, présentation de Jean-Pierre Rioux, Paris, Éditions Omnibus, janvier 2013, 992 pp. en noir et blanc au format 13,4 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 28 € (prix France)


[1] En 1910, avec ses amis du cabaret du Lapin Agile, il fomente une énorme fumisterie à l'occasion du Salon des Indépendants où il fait passer un tableau peint par un âne et intitulé Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique pour une œuvre d'un jeune Génois surdoué nommé Jochim Raphaël Boronali. Ce nom était l'anagramme d'Aliboron, l'âne de Buridan, et le tableau retint l'attention de la critique, voire son enthousiasme...

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08 02 13

Tout, tout, tout sur les parfums...

parfum marmet_0001.jpgPascal Marmet nous offre un livre complet : un roman, une histoire, de la presque vraie vie, de l'information... Tout, tout, vous saurez tout sur les parfums ! On lit ce "Roman du Parfum" de plusieurs manières simultanées, c'est fantastique ! L'auteur explique dans l'introduction le fonctionnement de son livre, l'explication de l'intervention en fil rouge de l'acteur Tony Curtis (et nous vivons avec lui une histoire plus authentique que la vraie vie sans aucun doute, tant est grand le talent de l'auteur !) et de la narratrice, "nez" chez les grands parfumeurs, la belle Sabrina. Les premières pages dans l'aéroport avec Sabrina qui "sent" vraiment les moindres parfums, odeurs, qu'elle croise sont magistrales et nous forcent à avancer au plus vite dans la connaissance du sujet. J'aime quand elle raconte son amour de la lecture, page 17 : "Lire fut ma câlinothérapie, mon espace de soin, la cathédrale où j'édifiais mon être, le palais de mots qui tapissait mon mur intérieur". J'aime aussi ce qui déclencha son don : "La première fois où je pris conscience du royaume des odeurs, ce fut sous un tilleul." Et d'expliciter quelques lignes plus loin : "Quand l'orage d'un gris anthracite a menacé, le ciel s'est plombé. C'est alors que des seaux d'eau ont traversé le ciel. Au milieu de cette approximative nuit, l'arbre a irradié comme s'il avait emprisonné du soleil dans ses feuilles. Une cascade d'effluves et de bienfaits s'est répandue sur mon front. Je buvais cette odeur, m'en empreignais jusqu'à l'ivresse, je m'y noyais". On suit toute l'histoire des parfums, on apprend ou réapprend toute l'histoire de la création des grands parfums. Qui sait que c'est Ibn Sina, l'inventeur des essences essentielles ? Que Giovanni Maria Farina est l'inventeur de l'eau de Cologne ? etc. L'humour n'est pas absent, comme de faire faire dire "je n'en ai rien à cirer" à un cireur de chaussures de Broadway ! La philosophie non plus n'est pas absente : "Je crois aussi qu'il faut rester un débutant éternel et ne pas se prendre pour Dieu", lit-on. Ou ceci : "L'audace est toute l'histoire de ma vie parce qu'on ne découvre pas de terre nouvelle sans consentir à perdre de vue les rivages de nos certitudes." Et puis cette formidable mine de renseignements sur l'aventure du parfum. Par exemple : "Lorsque Poppée décède, Néron l'incendiaire fit brûler le stock annuel de cannelle importée de Ceylan juste pour noyer son chagrin dans cet arôme"... Ou ceci à propos d'Estée Lauder : "Un jour, par colère, elle a cassé la bouteille du parfum dans un magasin. Pendant plusieurs jours, les clientes ont réclamé ce parfum et il a fait sa fortune" ! C'est à un merveilleux voyage que vous invite Pascal Marmet, respirez bien !

 

Jacques MERCIER

 

"Le Roman du Parfum", Pascal Marmet, Editions du Rocher, 266 pages. 20,20 euros.

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07 02 13

Dracula en jupons

url (51).jpgDracula avant la lettre, la comtesse hongroise Elisabeth Bàthory (1560-1614)  aimait à se baigner dans le sang de jeunes vierges. Elle y voyait un remède...souverain pour conserver bon teint.

Trempant sa plume du sang de la cruauté et de l'obstination sadique d'une vingtaine de femmes issues de tous les continents et époques de l'Histoire - Salomé, Messaline - Boadicée, Catherine II de Russie, Bloody Mary, Jiang Qing, Leïla Khaled, Ilse Koch,... -   Alain Leclercq dresse , de ces "criminelles en jupons", une galerie de portraits édifiants.

Un trait commun: mettre en oeuvre tous les moyens pour arriver au but qu'elles se sont assigné. Telle Mary Ann Cotton qui tuait maris et enfants d'un soupçon d'arsenic, aux fins d'empocher les primes de leurs assurances-vie; telle également, l'américaine  Georgia Tann (1891-1950) qui forte du détournement de 5000 poupons  posa les bases du futur système d'adoption des Etats-Unis.

Rompant avec l'image d'Epinal d'une  femme douce, aimante  et soumise, ce tour d'horizon nous donne ..quelque frisson.

AE

Les femmes les plus cruelles de l'Histoire, Alain Leclercq, Ed. Jourdan, janvier 2013, 228 pp, 16,9 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

06 02 13

La nouvelle guerre de Cent Ans...

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le conflit israélo-palestinien.gifPréfacé par Pascal Boniface (qui dirige dans la capitale française le célèbre Institut de Relations Internationales et Stratégiques – IRIS), l'excellent petit essai de Paul Gerbaud intitulé Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le conflit israélo-palestinien paru chez Hatier à Paris dans la collection des « Guides visuels » aborde, par un texte limpide richement illustré, ce qui constitue désormais la plus longue foire d'empoigne de l'histoire contemporaine.

L'exposé remonte à la gestion de la Palestine sous l'empire ottoman pour arriver aux problématiques contemporaines du partage de Jérusalem et de l'accès à l'eau en passant par la naissance du sionisme, les conséquences de l'antisémitisme en Europe au XIXe siècle, le concept d'aliyah, les premières exploitations agricoles juives en Terre Sainte, l'émergence du nationalisme arabe, les suites de la déclaration Balfour durant la Première Guerre mondiale, l'exercice du mandat britannique sur la Palestine, la naissance de la Haganah et de l'Agence juive, les massacres de Juifs à Hébron et à Safed par les Arabes en 1929, le génocide juif de 1941-1945, les attentats criminels des terroristes juifs de l'Irgoun et du Groupe Stern, la création de la Ligue arabe, l'épisode de l'Exodus, la naissance de l'État d'Israël et de Tsahal, l'exode des Palestiniens (la Nakba de 1948 et après), leur entassement dans des camps, leurs actes de résistance armée, la crise de Suez en 1956, la fondation du Fatah par Yasser Arafat, de l'OLP par la Ligue arabe, la guerre des Six jours en 1967, l'attentat palestinien aux Jeux olympiques de Munich en 1972, la guerre du Yom Kippour en 1973, la guerre civile au Liban en 1975, l'intervention israélienne dans ce pays en 1982, les massacres de Sabra et de Chatila, les Intifada de 1987 et de 2000, la création du Hamas, les accords d'Oslo de 1993, la création de l'Autorité palestinienne, la naissance du Jihad islamique, la prise de contrôle du Hamas dans la bande de Gaza en 2006, l'érection du Mur de sécurité autour d'Israël, son expansion coloniale et la régression des conditions de vie des Palestiniens en Cisjordanie occupée...

On y croise des personnalités aussi diverses que Theodor Herzl, Edmond-James de Rotschild, Lawrence d'Arabie, Chaïm Weizmann, Zeev Jabotinsky, Fayçal ibn Hussein, Amin al-Husseini, David Ben Gourion, Moshe Dayan, le roi Hussein de Jordanie, Anouar el-Sadate, Golda Meir, Menahem Begin, Bachir Gemayel, Ariel Sharon, Itzhak Rabin, Ehaud Barak, ou Mahmud Abbas, autant d'acteurs (bons ou mauvais) d'un drame qui n'en finit pas de faire souffrir deux peuples tout en attisant les haines et les passions dans la région et aux quatre coins de la planète.

Un ouvrage que chacun se devrait de  lire, que ses sympathies politiques aillent vers l'une ou l'autre des parties en guerre...

Bernard DELCORD

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le conflit israélo-palestinien – Guide visuel à destination des esprits curieux et pressés par Paul Gerbaud, préface de Pascal Boniface, Paris, Éditions Hatier, collection « Guides visuels », janvier 2012, 220 pp. en quadrichromie au format 16 x 11 cm sous couverture brochée en couleurs, 10,90 € (prix France)

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

24 01 13

Une saga...royale

9782262023393FS.jpgSans elles, notre passé eût été différent et, osons le prétendre, moins passionnant"

D'une plume choisie, raffinée et précise, Jean des Cars trace le destin de douze souveraines européennes, de Catherine de Médicis à Elisabeth II d'Angleterre, rétablissant, dans la justesse de portraits les plus fidèles à la réalité historique,  des vérités dont elles furent parfois  privées.

Balisés d'une dynamique de sous-titres,  joliment illustré de portraits et de photographie, le texte se lit ..comme un roman. Un roman singulièrement actuel et vivant qui voit Sissi, L'Impératrice Eugénie et la Reine Victoria se côtoyer au gré de chapitres contigüs. La Reine Astrid, si chère au coeur des Belges, semble surgie d'un conte de fées, qui épouse le quatrième roi des Belges à la faveur d'une vraie inclination amoureuse. Quant à la Reine d'Angleterre, sa cote de popularité a chatouillé les étoiles,  lorsqu'elle a accepté un saut dans le vide.... majestueux, aux côtés de l'agent 007.

Une saga qui se déguste sans modération

AE

La saga des Reines, Jean des Cars, essai, 438 pp, éditions Perrin, novembre 2012, 441 pp, 25 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Beaux Livres, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

27 12 12

Sang pour sang historique

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Fin d'année sanglante pour le sympathique animateur de l'émission "Au coeur de l'Histoire" ( chaque jour de la semaine, de 13 h à 14h, sur Europe 1) . Persuadé que "le sang versé atteste de l'humanité du récit ", nous en rend les protagonistes plus proches parce que plus humains, Franck Ferrand prend son bâton de pélerin pour évoquer quelque trente  - vingt-huit précisément - épisodes de notre Histoire, écrits à l'encre écarlate.

La mort suspecte d'Emile Zola, le meurtre de Jean-Paul Marat par Charlotte Corday, La fameuse nuit des longs couteaux (juillet 1934) qui ne doit ni à la nuit ni aux couteaux  l'extermination des chefs SA, le massacre de la Saint- Bathélemy dont Catherine de Médicis se repentira,  la "ratonnade"parisienne d'octobre 1961, qui précipita des dizaines d'Algériens dans la Seine ...sont tant d'hémorragies qui, aujourd'hui encore, posent question. 

La relation des faits se conclut, à chaque chapitre, d'une analyse des plus intéressante.

A découvrir sang restriction..

 

AE

Du sang sur l'Histoire. Petits et grands meurtres de l'émission "Au coeur de l'Histoire", Franck Ferrand, Flammation, octobre  2012, 352 pp, 21 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 12 12

Un livre à scandale…

Ni droite ni gauche.jpgTrès attendue, la quatrième édition augmentée de Ni droite ni gauche. L'idéologie fasciste en France vient de paraître chez Gallimard à Paris dans la collection « Folio histoire », un essai dont la parution initiale en 1983 fit l'effet d'une bombe dans le monde des historiens à la pensée tout imprégnée – à tort – des mythes communistes et gaullistes relatifs à la collaboration de (nombreux) Français avec l'occupant nazi durant la Seconde Guerre mondiale.

Né en 1935, Zeev Sternhell est un universitaire israélien connu pour avoir été le seul historien institutionnel à considérer que le fascisme a existé en France. Il estime même que l'idéologie fasciste est née en France dans la seconde moitié du XIXe siècle, avant d'être adoptée dans d'autres pays, notamment en Italie. [1]

Il affirme que « si l'Allemagne est la patrie de l'orthodoxie marxiste, la France est le laboratoire où se forgent les synthèses originales du XXe siècle. C'est là que se livrent les premières batailles qui mettent aux prises le système libéral avec ses adversaires; c'est en France que se fait cette première suture de nationalisme et de radicalisme social que fut le boulangisme; c'est la France qui engendre aussi bien les premiers mouvements de masse de droite que ce premier gauchisme que représentent Hervé ou Lagardelle, gauchisme qui conduira finalement ses adeptes aux portes du fascisme ». [2]

Pour Sternhell en effet, le fascisme est le fruit d'un refus du marxisme par une partie de la gauche française. À la fin du XIXe siècle, le courant syndicaliste révolutionnaire est très puissant en France, il domine la CGT et s'oppose à la social-démocratie. Rejetant le marxisme qu'ils assimilent au réformisme social-démocrate, les syndicalistes révolutionnaires vont chercher d'autres voies.

Est alors élaboré par Georges Sorel (1847-1922) le principe de la « grève générale » qui sert de mythe mobilisateur, avec la « violence créatrice » des masses organisées en syndicats. « Le syndicat : tout l'avenir du socialisme réside dans le développement autonome des syndicats ouvriers. » (Matériaux pour une théorie du prolétariat). Mais les masses restant rétives au projet syndicaliste révolutionnaire, la déception amène l'adhésion massive à l'idéologie nationaliste.

C'est en quelque sorte un retour à l'idéologie de Proudhon soutenu par Napoléon III, et la mise en avant du corporatisme : la société est divisée en corporations, le tout chapeauté par l'État.

Les royalistes de l'Action française s'empresseront de reprendre cette idée en expliquant que le royalisme, c'est « l'anarchie plus un » : le roi au milieu des corporations maintient la cohésion sociale.

Et cela explique aussi pourquoi en 1914, les syndicalistes révolutionnaires s'engageront massivement dans l'Union sacrée, jusqu'à Émile Pouget qui expliquait avant celle-ci les valeurs du sabotage contre le capitalisme. [3]

Mais revenons-en à Ni droite ni gauche :

Rarement livre aura à ce point été au cœur de tous les grands débats historiographiques, intellectuels et politiques depuis sa première parution en 1983. Il n'empêche : malgré la virulence du front du refus opposé dès l'origine par certains historiens, il s'est imposé comme une des références majeures pour l'histoire du fascisme et de la catastrophe européenne du XXe siècle. De quoi s'agit-il ? Enfermés dans le schéma des trois droites (légitimiste, orléaniste, bonapartiste), nombre d'historiens soutenaient que la France avait été, par sa culture républicaine, rationaliste, universaliste et humaniste, immunisée contre le fascisme ; en sorte que le régime de Pétain, appuyé sur l'Action française, était un ultime sursaut de la droite légitimiste.

Zeev Sternhell fait exploser littéralement ce mur de l'oubli. D'abord, en révélant l'existence en France dès le XIXe siècle d'une droite révolutionnaire, organiciste, particulariste, irrationaliste, antidémocratique et antihumaniste. [4] Puis, avec cet ouvrage, en mesurant l'ampleur, dans l'entre-deux-guerres, de la contamination des intellectuels - quand bien même l'occupation nazie en fera basculer plus d'un dans la Résistance – par cette droite révolutionnaire et sa révolte contre la République et la démocratie.

Vichy, régime à beaucoup d'égards plus brutal et sanguinaire que le fascisme italien, est un pur produit de l'histoire nationale ; son essence se trouve dans cette droite révolutionnaire qui réussit à légitimer chez les meilleurs esprits l'idée qu'il fallait inventer une autre forme de communauté nationale autour du Chef et des chevaleries d'experts. La guerre froide et l'enrôlement des intellectuels dans les deux camps effaceront chez les uns le souvenir des ces textes, voire blanchiront d'authentiques collaborateurs en penseurs libéraux.

« Il convient de mentionner le niveau intellectuel tout à fait exceptionnel de la littérature et de la pensée fascistes [en France]. L'œuvre de Gentile mise à part, il n'existe nulle part en Europe d'idéologie fasciste de qualité comparable. Il importe ensuite de souligner que, parallèlement à l'aspect mystique et irrationnel, romantique et émotionnel, le fascisme français s'est donné aussi une dimension planiste, technocratique et "managériale", serait-on tenté de dire.

Cet aspect essentiel, et souvent méconnu, du fascisme provient de la crise du socialisme d'alors, elle-même résultat de l'impuissance de la pensée marxiste à répondre au défi que présente la crise du capitalisme. Plus qu'ailleurs, c'est en France que fleurissent toutes les chapelles du fascisme, tous les clans et groupuscules possibles et imaginables. Ce foisonnement de tendances et d'écoles est certes pour beaucoup dans l'impuissance politique du fascisme français.

Mais il atteste aussi de sa richesse idéologique et de son potentiel. L'imprégnation fasciste dans ce pays fut bien plus profonde et les milieux touchés bien plus nombreux qu'on ne l'imagine ou qu'on ne le reconnaît d'ordinaire. » [5]

Un essai salutaire, n'en déplaise aux esprits simplistes et au politiquement correct…

Bernard DELCORD

Ni droite ni gauche. L'idéologie fasciste en France par Zeev Sternhell, quatrième édition augmentée, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio histoire n°203 », décembre 2012, 1075 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,50 € (prix France)


[1] http://actionantifasciste.fr/documents/analyses/15.html

[2] In Zeev Sternhell, La droite révolutionnaire : les origines françaises du fascisme 1885-1914, Folio histoire n°85.

[3] http://actionantifasciste.fr/documents/analyses/15.html

[4] La Droite révolutionnaire 1885-1914. Les origines françaises du fascisme, Folio histoire n°85.

[5] Ni droite ni gauche: l'idéologie fasciste en France.

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