07 02 13

Dracula en jupons

url (51).jpgDracula avant la lettre, la comtesse hongroise Elisabeth Bàthory (1560-1614)  aimait à se baigner dans le sang de jeunes vierges. Elle y voyait un remède...souverain pour conserver bon teint.

Trempant sa plume du sang de la cruauté et de l'obstination sadique d'une vingtaine de femmes issues de tous les continents et époques de l'Histoire - Salomé, Messaline - Boadicée, Catherine II de Russie, Bloody Mary, Jiang Qing, Leïla Khaled, Ilse Koch,... -   Alain Leclercq dresse , de ces "criminelles en jupons", une galerie de portraits édifiants.

Un trait commun: mettre en oeuvre tous les moyens pour arriver au but qu'elles se sont assigné. Telle Mary Ann Cotton qui tuait maris et enfants d'un soupçon d'arsenic, aux fins d'empocher les primes de leurs assurances-vie; telle également, l'américaine  Georgia Tann (1891-1950) qui forte du détournement de 5000 poupons  posa les bases du futur système d'adoption des Etats-Unis.

Rompant avec l'image d'Epinal d'une  femme douce, aimante  et soumise, ce tour d'horizon nous donne ..quelque frisson.

AE

Les femmes les plus cruelles de l'Histoire, Alain Leclercq, Ed. Jourdan, janvier 2013, 228 pp, 16,9 €

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06 02 13

La nouvelle guerre de Cent Ans...

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le conflit israélo-palestinien.gifPréfacé par Pascal Boniface (qui dirige dans la capitale française le célèbre Institut de Relations Internationales et Stratégiques – IRIS), l'excellent petit essai de Paul Gerbaud intitulé Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le conflit israélo-palestinien paru chez Hatier à Paris dans la collection des « Guides visuels » aborde, par un texte limpide richement illustré, ce qui constitue désormais la plus longue foire d'empoigne de l'histoire contemporaine.

L'exposé remonte à la gestion de la Palestine sous l'empire ottoman pour arriver aux problématiques contemporaines du partage de Jérusalem et de l'accès à l'eau en passant par la naissance du sionisme, les conséquences de l'antisémitisme en Europe au XIXe siècle, le concept d'aliyah, les premières exploitations agricoles juives en Terre Sainte, l'émergence du nationalisme arabe, les suites de la déclaration Balfour durant la Première Guerre mondiale, l'exercice du mandat britannique sur la Palestine, la naissance de la Haganah et de l'Agence juive, les massacres de Juifs à Hébron et à Safed par les Arabes en 1929, le génocide juif de 1941-1945, les attentats criminels des terroristes juifs de l'Irgoun et du Groupe Stern, la création de la Ligue arabe, l'épisode de l'Exodus, la naissance de l'État d'Israël et de Tsahal, l'exode des Palestiniens (la Nakba de 1948 et après), leur entassement dans des camps, leurs actes de résistance armée, la crise de Suez en 1956, la fondation du Fatah par Yasser Arafat, de l'OLP par la Ligue arabe, la guerre des Six jours en 1967, l'attentat palestinien aux Jeux olympiques de Munich en 1972, la guerre du Yom Kippour en 1973, la guerre civile au Liban en 1975, l'intervention israélienne dans ce pays en 1982, les massacres de Sabra et de Chatila, les Intifada de 1987 et de 2000, la création du Hamas, les accords d'Oslo de 1993, la création de l'Autorité palestinienne, la naissance du Jihad islamique, la prise de contrôle du Hamas dans la bande de Gaza en 2006, l'érection du Mur de sécurité autour d'Israël, son expansion coloniale et la régression des conditions de vie des Palestiniens en Cisjordanie occupée...

On y croise des personnalités aussi diverses que Theodor Herzl, Edmond-James de Rotschild, Lawrence d'Arabie, Chaïm Weizmann, Zeev Jabotinsky, Fayçal ibn Hussein, Amin al-Husseini, David Ben Gourion, Moshe Dayan, le roi Hussein de Jordanie, Anouar el-Sadate, Golda Meir, Menahem Begin, Bachir Gemayel, Ariel Sharon, Itzhak Rabin, Ehaud Barak, ou Mahmud Abbas, autant d'acteurs (bons ou mauvais) d'un drame qui n'en finit pas de faire souffrir deux peuples tout en attisant les haines et les passions dans la région et aux quatre coins de la planète.

Un ouvrage que chacun se devrait de  lire, que ses sympathies politiques aillent vers l'une ou l'autre des parties en guerre...

Bernard DELCORD

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le conflit israélo-palestinien – Guide visuel à destination des esprits curieux et pressés par Paul Gerbaud, préface de Pascal Boniface, Paris, Éditions Hatier, collection « Guides visuels », janvier 2012, 220 pp. en quadrichromie au format 16 x 11 cm sous couverture brochée en couleurs, 10,90 € (prix France)

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24 01 13

Une saga...royale

9782262023393FS.jpgSans elles, notre passé eût été différent et, osons le prétendre, moins passionnant"

D'une plume choisie, raffinée et précise, Jean des Cars trace le destin de douze souveraines européennes, de Catherine de Médicis à Elisabeth II d'Angleterre, rétablissant, dans la justesse de portraits les plus fidèles à la réalité historique,  des vérités dont elles furent parfois  privées.

Balisés d'une dynamique de sous-titres,  joliment illustré de portraits et de photographie, le texte se lit ..comme un roman. Un roman singulièrement actuel et vivant qui voit Sissi, L'Impératrice Eugénie et la Reine Victoria se côtoyer au gré de chapitres contigüs. La Reine Astrid, si chère au coeur des Belges, semble surgie d'un conte de fées, qui épouse le quatrième roi des Belges à la faveur d'une vraie inclination amoureuse. Quant à la Reine d'Angleterre, sa cote de popularité a chatouillé les étoiles,  lorsqu'elle a accepté un saut dans le vide.... majestueux, aux côtés de l'agent 007.

Une saga qui se déguste sans modération

AE

La saga des Reines, Jean des Cars, essai, 438 pp, éditions Perrin, novembre 2012, 441 pp, 25 €

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27 12 12

Sang pour sang historique

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Fin d'année sanglante pour le sympathique animateur de l'émission "Au coeur de l'Histoire" ( chaque jour de la semaine, de 13 h à 14h, sur Europe 1) . Persuadé que "le sang versé atteste de l'humanité du récit ", nous en rend les protagonistes plus proches parce que plus humains, Franck Ferrand prend son bâton de pélerin pour évoquer quelque trente  - vingt-huit précisément - épisodes de notre Histoire, écrits à l'encre écarlate.

La mort suspecte d'Emile Zola, le meurtre de Jean-Paul Marat par Charlotte Corday, La fameuse nuit des longs couteaux (juillet 1934) qui ne doit ni à la nuit ni aux couteaux  l'extermination des chefs SA, le massacre de la Saint- Bathélemy dont Catherine de Médicis se repentira,  la "ratonnade"parisienne d'octobre 1961, qui précipita des dizaines d'Algériens dans la Seine ...sont tant d'hémorragies qui, aujourd'hui encore, posent question. 

La relation des faits se conclut, à chaque chapitre, d'une analyse des plus intéressante.

A découvrir sang restriction..

 

AE

Du sang sur l'Histoire. Petits et grands meurtres de l'émission "Au coeur de l'Histoire", Franck Ferrand, Flammation, octobre  2012, 352 pp, 21 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 12 12

Un livre à scandale…

Ni droite ni gauche.jpgTrès attendue, la quatrième édition augmentée de Ni droite ni gauche. L'idéologie fasciste en France vient de paraître chez Gallimard à Paris dans la collection « Folio histoire », un essai dont la parution initiale en 1983 fit l'effet d'une bombe dans le monde des historiens à la pensée tout imprégnée – à tort – des mythes communistes et gaullistes relatifs à la collaboration de (nombreux) Français avec l'occupant nazi durant la Seconde Guerre mondiale.

Né en 1935, Zeev Sternhell est un universitaire israélien connu pour avoir été le seul historien institutionnel à considérer que le fascisme a existé en France. Il estime même que l'idéologie fasciste est née en France dans la seconde moitié du XIXe siècle, avant d'être adoptée dans d'autres pays, notamment en Italie. [1]

Il affirme que « si l'Allemagne est la patrie de l'orthodoxie marxiste, la France est le laboratoire où se forgent les synthèses originales du XXe siècle. C'est là que se livrent les premières batailles qui mettent aux prises le système libéral avec ses adversaires; c'est en France que se fait cette première suture de nationalisme et de radicalisme social que fut le boulangisme; c'est la France qui engendre aussi bien les premiers mouvements de masse de droite que ce premier gauchisme que représentent Hervé ou Lagardelle, gauchisme qui conduira finalement ses adeptes aux portes du fascisme ». [2]

Pour Sternhell en effet, le fascisme est le fruit d'un refus du marxisme par une partie de la gauche française. À la fin du XIXe siècle, le courant syndicaliste révolutionnaire est très puissant en France, il domine la CGT et s'oppose à la social-démocratie. Rejetant le marxisme qu'ils assimilent au réformisme social-démocrate, les syndicalistes révolutionnaires vont chercher d'autres voies.

Est alors élaboré par Georges Sorel (1847-1922) le principe de la « grève générale » qui sert de mythe mobilisateur, avec la « violence créatrice » des masses organisées en syndicats. « Le syndicat : tout l'avenir du socialisme réside dans le développement autonome des syndicats ouvriers. » (Matériaux pour une théorie du prolétariat). Mais les masses restant rétives au projet syndicaliste révolutionnaire, la déception amène l'adhésion massive à l'idéologie nationaliste.

C'est en quelque sorte un retour à l'idéologie de Proudhon soutenu par Napoléon III, et la mise en avant du corporatisme : la société est divisée en corporations, le tout chapeauté par l'État.

Les royalistes de l'Action française s'empresseront de reprendre cette idée en expliquant que le royalisme, c'est « l'anarchie plus un » : le roi au milieu des corporations maintient la cohésion sociale.

Et cela explique aussi pourquoi en 1914, les syndicalistes révolutionnaires s'engageront massivement dans l'Union sacrée, jusqu'à Émile Pouget qui expliquait avant celle-ci les valeurs du sabotage contre le capitalisme. [3]

Mais revenons-en à Ni droite ni gauche :

Rarement livre aura à ce point été au cœur de tous les grands débats historiographiques, intellectuels et politiques depuis sa première parution en 1983. Il n'empêche : malgré la virulence du front du refus opposé dès l'origine par certains historiens, il s'est imposé comme une des références majeures pour l'histoire du fascisme et de la catastrophe européenne du XXe siècle. De quoi s'agit-il ? Enfermés dans le schéma des trois droites (légitimiste, orléaniste, bonapartiste), nombre d'historiens soutenaient que la France avait été, par sa culture républicaine, rationaliste, universaliste et humaniste, immunisée contre le fascisme ; en sorte que le régime de Pétain, appuyé sur l'Action française, était un ultime sursaut de la droite légitimiste.

Zeev Sternhell fait exploser littéralement ce mur de l'oubli. D'abord, en révélant l'existence en France dès le XIXe siècle d'une droite révolutionnaire, organiciste, particulariste, irrationaliste, antidémocratique et antihumaniste. [4] Puis, avec cet ouvrage, en mesurant l'ampleur, dans l'entre-deux-guerres, de la contamination des intellectuels - quand bien même l'occupation nazie en fera basculer plus d'un dans la Résistance – par cette droite révolutionnaire et sa révolte contre la République et la démocratie.

Vichy, régime à beaucoup d'égards plus brutal et sanguinaire que le fascisme italien, est un pur produit de l'histoire nationale ; son essence se trouve dans cette droite révolutionnaire qui réussit à légitimer chez les meilleurs esprits l'idée qu'il fallait inventer une autre forme de communauté nationale autour du Chef et des chevaleries d'experts. La guerre froide et l'enrôlement des intellectuels dans les deux camps effaceront chez les uns le souvenir des ces textes, voire blanchiront d'authentiques collaborateurs en penseurs libéraux.

« Il convient de mentionner le niveau intellectuel tout à fait exceptionnel de la littérature et de la pensée fascistes [en France]. L'œuvre de Gentile mise à part, il n'existe nulle part en Europe d'idéologie fasciste de qualité comparable. Il importe ensuite de souligner que, parallèlement à l'aspect mystique et irrationnel, romantique et émotionnel, le fascisme français s'est donné aussi une dimension planiste, technocratique et "managériale", serait-on tenté de dire.

Cet aspect essentiel, et souvent méconnu, du fascisme provient de la crise du socialisme d'alors, elle-même résultat de l'impuissance de la pensée marxiste à répondre au défi que présente la crise du capitalisme. Plus qu'ailleurs, c'est en France que fleurissent toutes les chapelles du fascisme, tous les clans et groupuscules possibles et imaginables. Ce foisonnement de tendances et d'écoles est certes pour beaucoup dans l'impuissance politique du fascisme français.

Mais il atteste aussi de sa richesse idéologique et de son potentiel. L'imprégnation fasciste dans ce pays fut bien plus profonde et les milieux touchés bien plus nombreux qu'on ne l'imagine ou qu'on ne le reconnaît d'ordinaire. » [5]

Un essai salutaire, n'en déplaise aux esprits simplistes et au politiquement correct…

Bernard DELCORD

Ni droite ni gauche. L'idéologie fasciste en France par Zeev Sternhell, quatrième édition augmentée, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio histoire n°203 », décembre 2012, 1075 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,50 € (prix France)


[1] http://actionantifasciste.fr/documents/analyses/15.html

[2] In Zeev Sternhell, La droite révolutionnaire : les origines françaises du fascisme 1885-1914, Folio histoire n°85.

[3] http://actionantifasciste.fr/documents/analyses/15.html

[4] La Droite révolutionnaire 1885-1914. Les origines françaises du fascisme, Folio histoire n°85.

[5] Ni droite ni gauche: l'idéologie fasciste en France.

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13 12 12

Jamais deux sans trois

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Les rendez-vous de cette fin d'année sont décidément ...historiques qui nous proposent d'aborder l'Histoire, la grande, par le biais de ses petits secrets. 

Fort du succès de ses deux précédents tomes (blanc et bleu), Stéphane Bern nous revient, avec un recueil tout de rouge paré.

Le passionné d'Histoire a l'éloquence fougueuse, la fièvre, contagieuse.

Il nous propose de traverser les siècles à travers le Louvre et l'Hôtel d'Evreux, actuel Palais de l'Elysée,  de suivre Victor Hugo en un exil somme toute assez gratifiant,  d'assister aux trépas - provoqués? - de Gabrielle d'Estrées , Vincent Van Gogh et d'Alexandre Ier de Russie. A celui d'Eva Braun, maitresse d'Adolf Hitler.

Qu'est devenu le fabuleux trésor de Blanche de Castille?

Je vous certifie ne pas y avoir touché. (Le vase de Soisson, je ne l'ai pas davantage cassé) 

Shakespeare, Einstein étaient-ils des imposteurs, Talleyrand, un opportuniste,  le  général de Gaulle, le vrai libérateur de Paris? 

Sans trancher d'emporte-pièce.. à conviction, Stéphane Bern pose les (bonnes) questions, à la lueur des découvertes historiques les plus récentes. 

Il en résulte une lecture passionnantes, à grignoter au gré de chapitres scindés et de vos propres affinités.

Apolline Elter

Secrets d'Histoire 3, Stéphane Bern, beau livre, Ed Albin Michel, octobre 2012, 360 pp, 24 €

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29 11 12

Trahison, exil et grenouillages...

Moi, Führer des Wallons.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 29/11/2012 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) à l'adresse suivante : http://www.satiricon.be/?p=6277.

Après s'être penché avec succès en 2010, après plus de 25 ans de recherches intenses, sur le cas de Léon Degrelle et la Légion Wallonie [1], l'historien Eddy De Bruyne aborde ces jours-ci, dans Moi, Führer des Wallons ! (un ouvrage édité comme le premier par votre serviteur et paru récemment chez Luc Pire à Liège), les soubresauts de la collaboration outre-Rhin, entre septembre 1944 et mai 1945, des Belges francophones qui avaient choisi avec le « Beau Léon » le camp de l'Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale.

 Car, en septembre 1944, après la retraite de l’occupant, tous ceux qui avaient quelque raison de craindre la Justice ou la colère de la population cherchèrent refuge et sécurité sur le sol allemand jusqu'à la débâcle du IIIe Reich.

 Sur quels appuis ces exilés pouvaient-ils compter ? Quels furent leurs espoirs, leurs déceptions ?

 Pourquoi et comment nombre de ces fascistes vaincus s'étripèrent-ils littéralement pour s'accaparer des bribes d'un pouvoir illusoire ?

 Comment au contraire certains lucides du sort qui leur serait réservé lors du retour au pays réussirent-ils à effacer à jamais leurs traces ?

Comment de très jeunes membres des Jeunesses Légionnaires se retrouvèrent-ils embrigadés dans la Division Wallonie au même titre que leurs pères ?

 Et, que penser de tous ces « débrouillards », prêts à tout sauf à monter au front et qui, tant bien que mal, d’aucuns dans les services du Bureau Central d’Évacuation dans le Hanovre, d’autres dans les services policiers allemands, voire d’espionnage ou de presse, essayèrent de tirer leur épingle du jeu ?

 Qu'en fut-il au juste des actes et des crimes de l’inévitable SS-Obersturmbannführer-Volksführer der Wallonen, Léon Degrelle ?

 Au passage, quid des traîtres flamingants de la SS-Vlaanderen et de leurs « leiders » ?

 Et, après la débâcle… ?

 Quelles relations le Chef entretenait-il depuis Madrid avec ses anciens compagnons d’armes réunis dans une très discrète fraternelle d’ex-combattants wallons du Front de l’Est ?

 Autant de questions auxquelles répond, avec force preuves, détails et précisions, et pour la première fois – le sujet n'avait jamais été abordé en profondeur auparavant – cet ouvrage passionnant qui ne manquera pas de déplaire fortement à Bart De Wever et à ses séides...

 Une raison supplémentaire de vous précipiter chez votre libraire !

 PÉTRONE

 

Moi, Führer des Wallons ! par Eddy De Bruyne, Liège, Éditions Luc Pire, novembre 2012, 400 pp. en noir et blanc dont 16 pp. de photographies inédites) au format 14 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 27 €



[1] Léon Degrelle et la légion Wallonie, la fin d’une légende par Eddy De Bruyne, Liège, Éditions Luc Pire, avril 2011, 268 pp. en noir et blanc (dont 16 pp. de photographies) au format 14 x 21,7 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 25 €

 

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28 11 12

De grandes dames

La saga des reines.jpgHistorien disert et talentueux des têtes couronnées – remarquablement informé, il s'exprime avec une passion contagieuse dans une langue admirable –, Jean des Cars à qui l'on doit déjà Eugénie, la dernière impératrice ; Sissi ou la Fatalité ; La Saga des Romanov ; La Saga des Habsbourg et La Saga des Windsor, tous ouvrages à succès et dont nous pensons le plus grand bien, résume cette fois dans La saga des reines (chez Perrin à Paris), un fort volume aux illustrations superbes, la destinée de 12 monarques européennes dont la caractéristique commune est d'avoir été chacune à sa façon une personnalité d'exception : Catherine de Médicis, Elizabeth 1re d’Angleterre, Christine de Suède, Marie-Thérèse d’Autriche, Catherine II de Russie, Marie-Antoinette, Victoria de Grande-Bretagne, l’impératrice Eugénie, Elisabeth d’Autriche-Hongrie, Zita de Habsbourg-Lorraine, Astrid de Belgique et Elizabeth II (dont l'auteur assure qu'elle est la femme la mieux informée du monde).

L'ouvrage, qui fourmille d'anecdotes et de précisions de toutes sortes, ouvre à la compréhension de l'histoire de notre continent en montrant comment ces maîtresses femmes ont influé sur les destinées de leur pays et de leurs peuples, parfois en dépit de l'opinion de leurs contemporains, et ont pu agir sur la politique des nations, à l'instar de  Sissi qui fut adulée en Hongrie et froidement considérée en Autriche.

Un essai passionnant, propre à réconcilier traditions ancestrales et féminisme contemporain...

Bernard DELCORD

La saga des reines par Jean des Cars, Paris, Éditions Perrin, novembre 2012, 442 pp. en quadrichromie au format 16,5 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 25 € (prix France)

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27 11 12

Cellulairement

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Ca c'est passé près de chez nous....: le 10 juillet 1873, à Bruxelles,  Paul Verlaine, 27 ans,  blesse de deux balles de revolver son ami et amant, Arthur Rimbaud, âgé de 17 ans à peine. Le couple avait passablement bu et s'était querellé toute la journée. Les choses en seraient peut-être restées là - Arthur n'aurait pas déposé  plainte - si son aîné n'avait récidivé....utilisant à nouveau contre lui  l'arme qu'il avait acheté le matin, aux fins de se suicider, auprès de l'armurier Montigny, de la galerie de la Reine...

S'ensuivra un séjour de 555 jours en nos belges prisons, une peine purgée plus pour le délit d'homosexualité ( et même de pédérastie puisqu'Arthur Rimbaud est mineur) que pour l'emploi du revolver. Un emprisonnement qui permettra, paradoxalement, au poète de se libérer de certains démons intérieurs, notamment de sa dépendance à l'alcool.

Publié à l'occasion des expositions "Verlaine emprisonné" de Bruxelles 2012  et Paris 2013 (voir le billet d'agenda de vendredi 23 novembre, consacré  à l'exposition) auprès des éditions Gallimard, l'ouvrage de Jean-Pierre Guéno et de Gérard Lhéritier est tout simplement ..magistral.

Focalisé sur le joyau que constitue le manuscrit de "Cellulairement", ensemble de poèmes rédigés en prison, acquis par le musée des lettres et manuscrits en 2004, l'ouvrage éclaire de façon précise les circonstances du drame, la chronologie des événements et l'impact qu'ils ont eu sur l'oeuvre et la pensée du poète maudit.

Rédigé par Jean-Pierre Guéno, le texte adopte le tutoiement, reflétant "cette fraternité des âmes que Paul Verlaine parvient à développer avec chacun de ses lecteurs". Un procédé que l'auteur avait déjà utilisé, du reste,  dans la somptueuse Mémoire du Petit Prince, dédié à Antoine de Saint-Exupéry (Ed. Jacob -Duvernet, 2008) 

De nombreuses pages manuscrites, issues des collections du musée des lettres et manuscrits et de la Bibliothèque royale de Bruxelles, illustrent le propos de manière tangible et  poignante, épousent la scénographie de l'exposition,  tandis que les photos, dessins et représentations picturales retracent les relations de Verlaine avec ses proches, l'atmosphère d'années marquées par un "psychodrame éthylique permanent."

"Ce n'est pas lui qui incarne une menace pour la société, mais la société qui représente un danger pour lui et fait de lui un tigre en cage"

L'hommage d'une plaidoirie plantée dans l'âme du poète.

AE

 Verlaine emprisonné, Jean-Pierre Guéno et Gérard Lhéritier, Gallimard/Musée des Lettres et manuscrits, beau livre, novembre 2012, 244 pp, 29 €

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21 11 12

Un livre à la taille du sujet qu'il traite...

Congo Une histoire.gifPrix Médicis de l'essai en 2012, Congo Une histoire de l'historien flamand David Van Reybrouck (titulaire d'un doctorat de l'université de Leyde après des études à Leuven et à Cambridge, il est né à Bruges en 1971) est une œuvre atypique dont le rayonnement – immense – tant en français qu'en néerlandais et en anglais ne laisse pas de laisser pantois.

Comme l'explique l'éditeur, ce livre est l'histoire fidèle, rigoureuse, éminemment documentée et absolument romanesque de la RDC. L'histoire d'un peuple, d'une nation, d'un fleuve sur lequel s'aventurèrent Stanley et les premiers marchands d'esclaves, les envoyés du roi Léopold II, et ceux venus tracer les lignes frontalières de cette immensité géographique. David Van Reybrouck y retrace le destin tumultueux de ce pays, de la préhistoire à nos jours.

De la colonisation à l'indépendance, il entremêle les faits historiques et le récit de ses rencontres, et son livre prend alors une dimension très personnelle où l'empathie à l'égard de ses interlocuteurs est fondamentale. Parmi ces figures généreuses, le lecteur se souviendra de ces anciens qui content au jeune Belge des aventures extraordinaires remontant jusqu'à l'époque précoloniale. Alternant passages explicatifs et narratifs, David Van Reybrouck prend tour à tour sa plume d'historien, de romancier, de journaliste et d'auteur de théâtre – quatre « territoires » d'écriture – qu'il travaille avec virtuosité, passant de l'ample rigueur d'une Histoire du Congo à la sensibilité littéraire d'un grand récit de voyageur : une construction qui donne à ce livre son rythme, sa vivacité, sa singularité.

Au fil du temps, il rencontre des acteurs essentiels des débuts de l'indépendance, de l'ère Mobutu et des guerres qui ont éprouvé le pays depuis l'arrivée au pouvoir des Kabila, il retrouve des victimes et des bourreaux – tel ce seigneur de guerre au Kivu – qui se confient à lui et offrent des témoignages inédits où le tragique le dispute à un comique féroce. Mais Congo, une histoire est aussi un hymne jubilatoire à la vitalité de tout un peuple, à sa créativité musicale et artistique, à sa capacité de survie dans une économie de la débrouillardise qui, en l'absence de structures, se mondialise naturellement : alors que s'installe déjà une population chinoise venue exploiter les richesses du sous-sol, certains importateurs congolais vont aujourd'hui se fournir à Guangzhou.

Le XXIe siècle sera peut-être – et nous l'espérons – celui de l'âge d'or de ce pays si attachant...

Paru à l'occasion du cinquantenaire de l'indépendance du Congo, ce grand livre a valu à son auteur, en sus du Médicis de l'essai 2012, le prix Ako (le Goncourt belgo-néerlandais). Véritable best-seller dans l'idiome de Vondel (plus de 300 000 exemplaires vendus), il a été traduit dans de nombreuses langues. Cet engouement international résulte sans aucun doute du fait que nous avons tous en Europe un passé colonial et que l'histoire du Congo est le symbole même de la mainmise européenne sur l'Afrique, de ses succès, de ses excès, de ses échecs et des conséquences brûlantes de nos récentes interventions sur le continent noir.

Un ouvrage à dévorer toutes affaires cessantes !

Bernard DELCORD

Congo Une histoire par David Van Reybrouck, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, Arles, Éditions Actes Sud, collection « Lettres néerlandaises », septembre 2012, 711 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 28 € (prix France)

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