10 03 12

Esotérique, mon cher Saint Loup !

apothicaire.jpg"Il vécut à Paris en l'an 1313 un homme qui allait du nom d'Andreas Saint-Loup, mais que d'aucuns appelaient l'Apothicaire, car il était le plus illustre et le plus mystérieux des préparateurs de potions, onguents, drogues et remèdes..." Un matin de janvier, cet homme découvre dans sa boutique une pièce qu'il avait oubliée... Il comprend alors que jadis vivait ici une personne qui a soudainement disparu de toutes les mémoires. L'Apothicaire, poursuivi par d'obscurs ennemis, accusé d'hérésie par le roi Philippe le Bel et l'Inquisiteur de France, décide de partir jusqu'au mont Sinaï. Entre conte philosophique et suspense ésotérique, L'Apothicaire est une plongée vertigineuse dans les mystères du Moyen Age et les tréfonds de l'âme humaine.

 

Et ben mon Riton ! Oui, je me permets un peu de familiarité avec le sieur Loevenbruck, puisque c’est mon ami sur Facebook ! Non, je rigole. Si familiarité il y a, c’est tout simplement parce que je me pâme devant le défi relevé, avec brio, par l’auteur avec son nouvel opus. Pas question pour lui de capitaliser sur le succès, mérité, des enquêtes de Ari MacKenzie… Ni même de revisité les territoires du techno-thriller défriché dans « Le Syndrome Copernic ». Non, monsieur, dame. Le Henri Loevenbruck adore sortir de sa « zone de confort » et plonge tête la première dans une intrigue, un univers, un style qui ne renierait pas un certain Uberto Eco… en moins chiant ! (oui, je sais, je viens de dire qu’Eco était chiant, faites moi un procès si vous avez lu Le Nom de la Rose en traduisant, au vol, tous les passages en latin, merci.). Parce qu’en fin lettré, Loevenbruck a certes des références, mais il sait aussi la force du verbe lorsqu’il trempe ses atours dans un rythme de thriller pur jus ! Pas le temps de s’embêter dans le Paris de 1313, où sur les chemins de Compostelle et du Mont Sinaï. L’Apothicaire, malgré son style délicieusement « d’époque » se dévore… Et l’on en vient alors à comparer Henri Loevenbruck à un autre cador du récit historique excitant : un certain Ken Folett. Mais peu importe les comparaisons, finalement : ce roman est excellent, tout seul comme un grand… comme son auteur, dont le talent ne cesse de croitre. On frise le trente troisième ciel, c’est moi qui vous le dit !

Dr Corthouts

L'Apothicaire, de Henri Loevenbruck, Flammarion, 605 p.

Écrit par Christophe Collins dans Histoire, Thriller, Polar | Commentaires (2) |  Facebook | |

03 03 12

Conteur d'histoires

 secrets-d-histoire-tome-2-de-stephane-bern-893168120_ML.jpgS'il se définit comme un simple "raconteur d'histoires", Stéphane Bern peut admettre qu'il est un conteur hors pair. En témoigne le succès de son émission télévisuelle Secrets d'Histoire (France 2) et sa version livresque qui en est au deuxième tome. Nourrissant son propos des découvertes d'Alain Décaux, André Castelot, Michel de Decker, Jean-Christian Petitfils, Simone Bertière, .....le célèbre chroniqueur revisite une petite centaine d'énigmes historiques, les éclairant du feu de sa passion, les restituant avec brio, d'une plume légère, rythmée et maîtrisée.

34 questions font le sommaire de ce nouvel opus qui font la part honnête - ,ous jubilons.. - au Grand siècle: Nicolas Fouquet a-t-il été victime d'un complot manigancé par un Colbert désireux de détourner l'attention de ses propres malversations? La Montespan était-elle,  finalement, une empoisonneuse? Anne d'Autriche a-t-elle soudain trahi la France au profit de l'Espagne? Henriette d'Angleterre a-t-elle été empoisonnée par le Chevalier de Lorraine, mignon - si l'on peut dire - de son mari, Philippe d'Orléans? Et René Descartes? Empoisonné, lui aussi?

Au portrait attachant de Liselotte, la (rustique, rugueuse et attachante) Palatine, seconde épouse de Monsieur et d'une Marie-Antoinette, injustement incriminée dans le "scandale du collier", succède celui d'un François Ier, monarque charmeur et charmant, "incarnation d'une certaine douceur de vivre à la française" et d'un Claude Monet, épris de femmes lui aussi.

Les vraies raisons de l'abdication d'Edouard d'Angleterre tiennent moins  à la personne de Wallis Simpson qu'à de douteuses fréquentations. Les vraies relations qui unissent Joséphine de Beauharnais à Napoléon Bonaparte sont moins ....roses que prévu tandis que l'identité de la vraie Joconde est celle d'une simple bourgeoise florentine, ni spécialement riche, ni particulièrement belle."

"Passeport pour un voyage dans le passé" ce deuxième recueil signe, espérons-le, le visa d'un troisième tome.

On en redemande!

Apolline Elter

Secrets d'histoire 2, Stéphane Bern, recueil, Albin Michel, oct.2011, 352 pp, 24 €

Billet de faveur:

AE: Stéphane Bern, ces Secrets d'Histoire que vous nous révélez avec un enjouement..passionnant résonnent comme des "rétro-scoops" . Le premier tome s'est vendu à plus de 60.000 exemplaires et a atteint un public varié, parfois très jeune, heureux de (re)découvrir une Histoire, offerte à la manière d'un polar. Vos séances de dédicaces sont affables et chaleureuses, à votre image. Quel public rencontrez-vous lorsque vous venez en Belgique?

 Stéphane Bern: Chaque fois que je viens en Belgique - comme c'est le cas cette année encore pour la Foire du Livre - je suis impressionné par la qualité d'écoute, l'intérêt réel manifesté par le public pour l'Histoire et j'ajouterais l'expression d'un sentiment chaleureux, une sorte de complicité avec moi car je défends depuis longtemps le rôle unificateur et pacificateur de la monarchie belge.

Tout cela réuni, et le fait de mes origines luxembourgeoises, plaide sans doute en ma faveur auprès d'un public belge fidèle et attentif autant que sincèrement gentil à mon égard.

Je les remercie du fond du coeur.

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 Foire du Livre de Bruxelles: Stéphane Bern dédicacera ses ouvrages, ce samedi 3 mars, de 14h à 16 heures, auprès du stand Dilibel (115)

 Ajoutons à ce billet l'information  qui nous est communiquée par les Editions Albin Michel:

"Stéphane Bern, pour son livre Secrets d’histoire 2, a reçu le Prix Roland Dorgelès, distinction littéraire délivrée pour les professionnels de la radio et de la télévision qui se distinguent dans la défense de la langue française. La remise du prix a eu lieu le 7 février 2012 au ministère de la culture."

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Beaux Livres, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

11 02 12

Espèce de savon à culotte

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 … et autres injures d’antan dérobées à droite et à gauche recueillies pour l’instruction des générations présentes et à venir,  dédiées aux artichauts, aux astrologues et aux Roger-Bon-Temps.

 Et à vous, estimés visiteurs…

 Le roman de Sophie Arnould ( JC Lattès, mai 2010 - cfr chronique http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2010/07/15/le-roman-de-sophie-arnould.html) nous avait déjà ouvert l’appétit de métaphores et d’expressions du Siècle des Lumières.  Passionnée par un XVIIIe siècle, effronté et plutôt… libéré,  Catherine Guennec nous revient avec un recueil étoffé et exquis de noms d’oiseaux de l’époque : Les ahuris de Chaillot, bigresses, bougresses, claudes, croquefredouilles, arpenteurs de guinguette, Marie Jacasse, Jean-fesse.. disputent la vedette aux lessivés (ondulés) de la toiture, cuisinières d’archanges, pisse-verglas et autres auteurs..mal reliés, hérités d’une certaine « littérature poissarde ».

 « Crus, osés, grossiers, imaginatifs, drôles, indélicats, ..ces « gros mots » appartiennent bien sûr à la langue populaire et sont essentiellement portés par l'oral. Difficile dès lors de les retrouver. Difficile mais pas impossible. Surtout que le cœur du XVIIIe siècle nous offre avec Vadé, "le Corneille des ruisseaux", et ses imitateurs (le plus souvent anonymes), son incroyable littérature poissarde. Un genre méconnu qui a largement nourri cet ouvrage et mérite à plus d'un titre qu'on s'y attarde."

 Un recueil trrrrrrrrrès savoureux.

 Qui coiffera, sapristi, plus d’un anthropopithèque !

 Pas de doute, on en redemande.

 Apolline Elter

 Espèce de savon à culotte !… et autres injures d’antan dérobées à droite et à gauche recueillies pour l’instruction des générations présentes et à venir,  dédiées aux artichauts, aux astrologues et aux Roger-Bon-Temps., Catherine Guennec, recueil, Editions First, fév.2012, 272 pp, 13,5 €

 

 Billet de ..saveur

 AE: Préfaçant votre ouvrage, Philippe Delerm vante l'insolence et la liberté  qui souffle sur le français du XVIIIe siècle: " Au XVIIIe, sûre de ses fondamentaux, la langue française prend un grand coup de frais" . Voilà qui fait du bien après un XVIIe siècle plutôt classique.  Ce vent de fraîcheur va-t-il s'essouffler ou s'amplifier au XIXe siècle?

 Catherine Guennec:Le XIXe siècle, c’est le français moderne. Avec l’apparition de nouveaux termes (politiques, sociaux, scientifiques…) Les dictionnaires se font de plus en plus gros. La langue populaire et l’argot s’immiscent en littérature. Soit. Et la langue fait preuve comme toujours d’une capacité de création et de renouvellement mais moi, je n’y retrouve pas cette petite « musique », ces petites folies… qui me font préférer le siècle des Lumières où à côté des préciosités mondaines des salons apparait une prose incisive, mordante qui s’affirme avec les philosophes. Le Français devient une grande langue diplomatique internationale, parlé dans toutes les cours des rois et les ambassades quand parallèlement il se fait drôle, imaginatif, débridé, provocateur… avec notamment le genre poissard qui reprend sans fausse pudeur les mots de la rue et des halles. Pour exploser de bonne humeur, d’insolence, d’incongruités «  qui sonnent dru, qui sonnent vrai, qui disent l’amour de la vie » comme l’écrit si justement Philippe Delerm.

 AE: Certains mots  ont évolué et semblent avoir changé de connotation au cours du temps. Je songe à "astrologue", qui n'est plus une injure aujourd'hui ou à "arsouille" dont la connotation est plus tendre désormais que celle de "mauvais sujet, fêtard, voyou". Ce doit être passionnant d'étudier, aussi, l'évolution sémantique des vocables:

 Catherine Guennec: Oui, le sens de beaucoup de mots glisse au fil des ans. Et c’est très amusant de voir les changements de signification pour un même mot : c’est vrai pour astrologue, artichaut, bestiole, cupidon, cœur, charrue, arbalétrier…

  L’intérêt de cette recherche est triple en fait, indépendamment du plaisir  de croiser de succulentes expressions :

  -         Elle fait découvrir des mots et des expressions anciennes qui ont su traverser les années et rester en usage

  -         Elle met en avant leur changement - ou pas-  de sens

  -         Elle remet enfin en lumière des mots complètement oubliés.

  Mon travail peut aussi se résumer par un «  à la recherche des mots perdus »… Qui se souvient encore de gogurlu, béjaune, rigri, coquefredouille, ramasse-ton-bras, Nicolas tac tac, Roger bon temps, Perrette à l’oignon…

 AE: Vos recherches sur les injures - étayées par une impressionnante bibliographie - ont dû vous mettre sur la voie de délicieux mots doux... Pourriez-vous en évoquer certains, en cette période de Saint-Valentin?

 Catherine GuennecMes recherches m’amènent effectivement à faire de jolies rencontres. Des trésors de vocabulaire oublié qui m’ont  d’abord séduite pour leur musique, leur joliesse et qui m’ont aussi fortement intriguée. Parce que leur sens m’échappait. Que voulait dire par exemple : un endormeur de mulot, un soupir du Danemark, un cataplasme de Venise ? Que voulait dire encore faire un trou à la lune ou la prendre avec ses dents ? s’amuser à la moutarde ? avoir le soleil qui luit dans le ventre ? voir des anges violets ?  rêver à la Suisse ?...  Je traque  tous ces mots, ces expressions. J’en ai une collection impressionnante ! Les gros mots et les insultes d’autrefois qui paraissent aujourd’hui ne sont qu’un volet de mes recherches qui comportent, aussi,  bien entendu, l’incontournable thématique de la douce chose…

 Pour la Saint Valentin, soyons donc « tournés à la friandise » et préparons-nous, heureux pélerins de Cythère,  à  faire la carpe pâmée, à jouer de la harpe…  et recevoir en pluie nourrie  tous les cachets de l’amour (des baisers) Refusons de  mourir comme les citrouilles  (disparaitre sans avoir connu l’amour). Ne faisons pas trois queues d’une cerise  (se refuser sous de futiles prétextes). Préférons mourir tout debout ! (avoir fortement le béguin)

 Autres jolis petits mots encore :

 Voici l’entendourinette (une petite curieuse qui écoute aux portes les secrets des amoureux au risque de se mettre le feu aux oreilles), les bagatelles de la porte (les préliminaires)…

 Finissons par de plus « salés »  comme : passer du B dur au Bémol (perdre de sa vigueur…), folichonner l’as de trèfle, saigner une femme entre les orteils (lui faire l’amour), trinquer du nombril, faire du potage à quatre genoux, faire zon…

 Les expressions sont nombreuses et croustillantes. Une petite dernière encore et pas des plus laides : faire les yeux en coulisses (faire les yeux doux). Joli, non ?

 

08 02 12

Air Nostalgie...

SABENA Le progrès venait du ciel.jpgLe catalogue de l'exposition SABENA Le progrès venait du ciel qui se tient aux Musées royaux d'Art et d'Histoire à Bruxelles jusqu'au 26 février 2012 ravira les passionnés d'histoire de l'aviation dont on sait qu'ils sont fort nombreux.

Rédigé par une belle brochette de spécialistes sous la direction de Marguerite Coppens, conservateur des Musées royaux, et édité en langue française aux Éditions Borgerhoff & Lamberigts à Gand, ce fort bel ouvrage retrace en effet l'histoire du transport aérien belge et de son fleuron, la compagnie nationale qui fut pionnière dans bien des domaines, notamment en Afrique noire et en matière de démocratisation des voyages en avion.

Superbement illustrés, tous les thèmes sont abordés : les débuts de l'aviation et la création de la SABENA en 1923, l'évolution de la sécurité à bord, les liaisons entre Bruxelles et le Congo, la création de l'aéroport de Zaventem pour l'Expo 58, l'arrivée des avions à réaction en 1960, l'utilisation des hélicoptères de 1953 à 1966, l'option sur le Concorde en 1965, l'évolution des sièges pour passagers, les mutations de la profession d'hôtesse de l'air, le design des affiches publicitaires et des bagages, les transformations des métiers d'équipage, la sociologie des passagers, l'apparition des charters et de nouvelles compagnies (Sobelair, BIAS, DAT, TEA, EA, VLM et... Brussels Airlines), la faillite en 2001, l'émergence du low cost et les perspectives d'avenir dans l'ère de l'après-pétrole.

Ce catalogue très complet se ferme sur deux répertoires très fournis, l'un des uniformes du personnel et l'autre des avions utilisés par la compagnie, qui ne manqueront pas d'éveiller bien des souvenirs nostalgiques...

Bernard DELCORD

SABENA Le progrès venait du ciel , ouvrage collectif sous la direction de Marguerite Coppens, Gand, Éditions Borgerhoff & Lamberigts, septembre 2011, 247 pp. en quadrichromie au format 20,5 x 26,5 cm sous couverture Intégra en couleurs, 29,95 €

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06 02 12

Un géant du XXe siècle

 

Le Monde selon Churchill.gifL'article ci-dessous a été mis en ligne le 06/02/2012 dans les colonnes du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

Premier ministre du Royaume-Uni de 1940 à 1945, vainqueur d'Hitler et du nazisme, sir Winston Churchill (1874-1965) a marqué la première moitié du XXe siècle d'une empreinte indélébile, celle d'un homme politique coriace et obstiné, mais aussi celle d'un brillant historien, d'un excellent écrivain (il décrocha le prix Nobel de littérature en 1953), d'un orateur hors pair (son discours durant lequel il promit à ses concitoyens « du sang, de la sueur et des larmes » est, parmi bien d'autres, demeuré fameux), d'un artiste de talent (ses aquarelles sont remarquables) et d'un humoriste à tout crin.

À ceux qui en douteraient, nous ne saurions trop recommander la lecture de Le Monde selon Churchill paru aux Éditions Tallandier à Paris, un ouvrage savoureux dans lequel François Kersaudy a rassemblé les considérations du fameux fumeur de havanes sur le destin, la politique, la guerre, de Gaulle, la France, le communisme, Hitler, les États-Unis, mais aussi sur l'humour, l'alcool, les femmes, l'histoire et la mort, en les resituant dans leur contexte et en montrant bien des fois leur extraordinaire dimension prophétique.

Un concentré d'intelligence d'une actualité intacte !

PÉTRONE

Le Monde selon Churchill par François Kersaudy, Paris, Éditions Tallandier, octobre 2011, 300 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,50 € (prix France)


Pour vous, nous avons recopié dans ce livre fort spirituel les quelques lignes suivantes :


À un député travailliste qui l'apostrophe rudement à la Chambre des communes :

« L'honorable député voudrait-il beugler cela une nouvelle fois ?  »


À un député qui l'interrompt constamment aux cris de « Menteur ! » :

« Si l'honorable député qui m'interrompt consentait à donner son nom plutôt que sa profession, je suis sûr que nous serions tous heureux de faire sa connaissance... »


Discours radiodiffusé, 10 mai 1942 :

« Je pense qu'en définitive, on s'apercevra que les dictateurs, en dépit de tous leurs préparatifs et de tous leurs complots savamment ourdis, ont commis de plus grandes erreurs que les démocraties qu'ils ont assaillies. Hitler lui-même fait parfois des erreurs; en juin dernier, sans la moindre provocation et en violation d'un pacte de non-agression, il a envahi les terres du peuple russe. [ ... ] Puis il a fait sa seconde grande erreur : il a oublié l'hiver. Il y a un hiver en Russie, vous savez. Pendant bien des mois, la température peut chuter considérablement. Il y a du gel, il y a de la neige et tout le reste. Eh bien, Hitler a oublié cet hiver russe ; il a dû recevoir une éducation très imparfaite. Nous, nous en avions tous entendu parler à l'école... »


Le 12 décembre 1943, au député Harold Nicolson, qui lui dit que de Gaulle est un grand homme :

«  Quoi ? De Gaulle, un grand homme ? Il est arrogant, il est égoïste, il se prend pour le centre de l'univers, il est... Vous avez raison : c'est un grand homme ! »


Les forces alliées du général Slim, progressant en Birmanie, ont repris successivement aux Japonais les localités de Myitkyina, Thabeykkyn, Namkhan, Myitson et Meiktila. Le 17 mars 1945, elles s'emparent de Mandalay – une grande victoire que Churchill annonce aux Communes en ces termes :

« Dieu soit loué ! Nous avons enfin pris une ville dont le nom peut se prononcer !  »


1er mai 1945. L'Allemagne est pratiquement à genoux et Hitler vient de se suicider. Churchill aux Communes :

« Je n'ai pas de déclaration particulière à faire sur la situation militaire en Europe, sinon qu'elle est nettement plus satisfaisante qu'il y a cinq ans à la même époque. »


Été 1959 ; l'illustre retraité Churchill, en villégiature sur la Côte d'Azur, est invité par un ami qui possède une villa à Monte-Carlo. Celui-ci invite en même temps une vieille connaissance du couple Churchill, Daisy Fellowes, héritière des machines à coudre Singer et redoutable commère devant l'Éternel. Peu après le début du déjeuner, Churchill s'assoupit et Daisy Fellowes dit à son hôte :

«  Quelle pitié qu'un si grand homme achève son existence en compagnie d'Onassis et de Wendy Reves [1]... »

Churchill, ouvrant un œil : «Daisy, Wendy Reves a trois choses que vous n'aurez jamais: la jeunesse, la beauté et la bonté 

(Et il se rendort...)

 



[1] Épouse de l'agent littéraire Emery Reves, elle s'occupait avec le plus grand dévouement de Churchill lors de ses séjours sur la Côte d'Azur.

 

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28 01 12

A la Cour d'Amboise

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Paru fin 2011, ce premier volet de la nouvelle saga culinaire et criminelle de Michèle Barrière nous invite à la Cour d'Amboise, au début du règne d'un François Ier, tout frais auréolé de sa victoire à la bataille de Marignan (14 septembre 1515, comme tout le monde le sait).

 Maître d'hôtel du jeune et sémillant souverain,  son ami d'enfance, Quentin du Mesnil a pour mission de quérir et amener à Amboise un vieillard récalcitrant, peu commode et  encombré d'une réputation sulfureuse... vous aurez reconnu Léonard de Vinci.

 La mission s'avère périlleuse car le fantasque génie, gaucher  - ce n'est bon signe - quoiqu'un tantinet ambidextre,  est la cible d'une sombre vengeance et de pièges sanglants..  Quentin en fera les frais qui sera propulsé du sommet d'une montagne, à bord de la machine volante imaginée par le savant...

 Un séjour contraint  à la cour de Mantoue, régie par la terrible Isabelle d'Este, dévoile  le faste d'une société dont le raffinement subjugue le jeune maître d'hôtel.

 Une qualité majeure des polars gastronomiques de Michèle Barrière est d'allier la fiabilité historique, la table des pratiques alimentaires à un rythme narratif et sens du suspens savamment maîtrisés. Cela donne des romans à la fois didactiques et captivants. Un carnet de recettes conclut l'ouvrage qui ne demandent qu'à être mises en pratique.

 

Que demander de plus?

 Le deuxième volet de la saga..assurément!

 Apolline Elter

 

 Le sang de l'hermine, Michèle Barrière, roman, JC Lattès, nov.2011, 350 pp, 18 €

 

 Billet de faveur

  AE : Le Chambord de François Ier qui s’ébauche , en filigranes du roman, c’est le Versailles de Louis XIV ?

 Michèle Barrière : non, François Ier n'a que très peu séjourné à Chambord alors que Louis XIv n'a pas quitté Versailles. Il aurait d'ailleurs été très difficile d'y vivre. Chambord est un rêve, un magnifique objet d'apparat et il l'est resté à travers les siècles.

 AE : Arrivé au Clos Lucé, où le roi compte l’établir, Léonard de Vinci s’écrie ; « Les petites demeures favorisent l’éclosion des grandes pensées. » Sublime.  A-t-il vraiment prononcé ces paroles - et à quelle occasion –  ou cette exclamation rentre-t-elle dans la logique romancée du personnage ?

 Michèle Barrière :Il semblerait que oui, mais je ne peux pas le certifier. Par contre, de nombreuses tirades de Léonard sont directement tirées de ses Carnets.

 AE : En marge de la quête et des péripéties qui adviennent aux deux héros, il y a la perte répétée de l’ouvrage de Platine, De Honesta Voluptate. Il semble que vous accordez une importance majeure à cet ouvrage :

 Michèle Barrière : c'est l'ouvrage essentiel en matière culinaire datant de la fin du XV° siècle mais traduit en français en 1505 et qui place l'art de la table dans la perspective des penseurs humanistes.

 AE : Combien de volets comportera cette nouvelle saga ? Pouvez-vous nous préciser la date de parution de la suite attendue des « Enquêtes de Quentin du Mesnil, maître d’hôtel à la cour de François Ier » ?

 Michèle Barrière : cela dépendra de l'inspiration! Le suivant est déjà en chantier. Il se passera en 1520, lors du Camp du Drap d'or, rencontre au sommet entre François Ier et Henri VII. Il y en aura un après le désastre de Pavie où on retrouvera le roi de France prisonnier de Charles-Quint en Espagne. Un autre où Quentin s'adjoindra les services d'un certain Rabelais pour enquêter sur la mort du dauphin. Voilà, pour le moment!

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Histoire, Thriller, Polar | Commentaires (2) |  Facebook | |

26 01 12

Jésus a existé !

Jésus petitfils.jpgC'est un travail remarquable de synthèse historique qu'a réalisé dans "Jésus" Jean-Christian Petitfils ! Se plaçant volontairement en dehors du champ religieux, il a confronté toutes les sources fiables, celles de ses confrères archéologues, ethnologues, etc. et bien entendu celles des textes, s'appuyant en particulier sur l'Evangile de Jean, le témoin privilégié. On apprend, par exemple, que l'expression "fils de Dieu" était largement utilisée avant l'avènement du Christ : "Dans les anciens royaumes d'Israël et de Juda, les rois étaient considérés comme "fils de Dieu"... L'auteur fait la part des choses entre la symbolique, les allégories et ce qui semble la vérité. Ce qui reste est l'essentiel, de toutes façons : "Dieu est amour" écrit dans sa première épître Jean l'évangéliste qui a le mieux compris son message. Sa bonté est infinie. Elle va au-delà de toute représentation." On y apprend aussi (avant la religion) ce qu'est la morale de Jésus : "Jésus vise l'intention qui renferme déjà en elle le mal. C'est dans la haine du prochain, plus encore dans la colère, la rancune, l'animosité que réside la racine du meurtre. C'est cette racine qui doit être éradiquée. D'où la nécessité d'une réconciliation des hommes entre eux, préalables à toute prière." On parle évidemment aussi de l'expression ambigüe "le fils de l'homme", des femmes, de la vie future. Un livre passionnant que j'ai lu (est-ce un détail) avec attention en version numérique ! Cela dit, a-t-on un message, aujourd'hui plus que njamais, plus vital que "Aimons-nous les uns les autres..." ?

Jacques MERCIER

"Jésus", par Jean-Christian Petitfils, Edition Fayard, 2011, 690 pages en version brochée, 23,75 euros.- en version kindle 18,99 euros.

25 01 12

God save the Queen!

La saga des Windsor.gifÉminent et talentueux spécialiste de l'histoire des familles couronnées (nous avons écrit ici naguère tout le bien que nous pensions de sa magistrale Saga des Habsbourg), Jean des Cars revient ces temps-ci sur le devant de la scène royale avec une flamboyante Saga des Windsor parue aux Éditions Perrin à Paris, dans laquelle il fait le point avec la verve qu'on lui connaît sur les événements qui ont agité voire secoué le trône d'Angleterre depuis une centaine d'années.

Écoutons-le :

« Windsor ! C'est à la fois la plus grande forteresse du monde toujours habitée et le nom choisi par le roi George V en 1917, en pleine Première Guerre mondiale, pour effacer la consonance germanique des souverains Saxe-Cobourg-Gotha alors que le Royaume-Uni se bat contre l'Empire allemand.

Mais qui aurait pu penser que ce nouveau patronyme, difficilement imposé, serait, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, synonyme d'un scandale sans précédent ? Edouard VIII ne règne que huit mois et abdique par amour pour une Américaine deux fois divorcée, Mrs Wallis Simpson ! En renonçant au trône, le fils aîné de George V devient, le 11 décembre 1936, le duc de Windsor, charmeur et pacifiste, compromis dans ses relations bienveillantes à l'égard du régime national-socialiste.

Et c'est son frère, courageusement parvenu à se débarrasser de son bégaiement (voir Le Discours d'un roi), qui lui succède sous le nom de George VI.

De l'Angleterre encore imprégnée du prestige de la légendaire reine Victoria au long règne d'Elizabeth II, de l'Empire britannique dominant le monde d'avant 1914 au Commonwealth des Nations, des gentlemen en chapeau melon aux Beatles, de l'immense figure de Churchill au destin tragique de la princesse Diana puis au mariage de William et de Kate qui a séduit deux milliards de téléspectateurs, voici l'extraordinaire saga d'une lignée de monarques, de reines, de princes et de princesses dont les destins sont de véritables romans.

Dans leurs joies comme dans leurs malheurs, ils continuent de fasciner par un unique mélange de traditions et d'audaces. Windsor ? Une passionnante synthèse britannique. »

On ne saurait mieux dire !

Ni mieux raconter l'Histoire...

Bernard DELCORD

La saga des Windsor par Jean des Cars, Paris, Éditions Perrin, novembre 2011, 423 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 21,90 €  (prix France)

Écrit par Brice dans Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 01 12

Cocoricos cocos

La France rouge.gifL'article ci-dessous a été mis en ligne le 25/01/2012 dans les colonnes du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

Publié aux Éditions Les Arènes à Paris et sous-titré « Un siècle d'histoire dans les archives du PCF (1871-1989) », l'étonnant livre-objet de Bruno Fuligni intitulé La France rouge présente, commentés avec science, verve et à-propos, une centaine de documents historiques inédits, reproduits à l'identique, collés sur les pages ou glissés dans des enveloppes.

On y retrouve ainsi, entre autres, la partition de L'Internationale, des manuscrits de communards, une photo dédicacée de Louise Michel, le premier numéro de L'Humanité et l'éditorial manuscrit de Jean Jaurès, la carte du délégué Marcel Cachin au Congrès national de Lyon en 1924,un album photo des premiers congés payés de l'été 1936, des lettres de brigadistes racontant la guerre d'Espagne, la correspondance de Guy Môquet, le rapport d'arrestation d'une cellule clandestine par la police française en 1941, l'Affiche rouge et un poème de Missak Manouchian, un tract communiste fabriqué dans le camp de Buchenwald, une lettre d'enfant envoyée à Maurice Thorez pour son anniversaire, la carte de Marguerite Duras et son dossier d'exclusion du Parti, des lettres de militants scandalisés par le portrait de Staline peint par Picasso, des messages envoyés par les dirigeants des « partis frères », le questionnaire biographique de Georges Marchais – publié pour la première fois –, un tract de mai 68, la déclaration du Bureau politique du PCF en date du 21 août 1968 sur les événements en Tchécoslovaquie), deux lettres de François Mitterrand lors de l'élaboration du Programme commun...

Autant de madeleines de Proust pour ceux qui, à l'instar de votre serviteur hélas – générosité aveugle de la jeunesse – se sont fourvoyés dans une idéologie criminelle qui fut et demeure le pendant du nazisme...

PÉTRONE

La France rouge par Bruno Fuligni, Paris, Éditions Les Arènes, collection « L'Histoire entre nos mains », novembre 2011, 120 pp. en quadrichromie au format 25 x 30 cm sous couverture cartonnée et coffret en couleurs, 34,80 €  (prix France)

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22 01 12

De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus graves !

Sans commentaire.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la newsletter de janvier 2012 des guides gastronomiques belges DELTA avant d'être mise en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :

Instrument militant d'une redoutable efficacité, la caricature politique constitue une forme de journalisme à part entière, tout en visant à agir sur l’opinion publique. Comme les chroniques, elle commente l’actualité, mais d'une manière bien plus percutante, en raison de sa nature même, qui lui permet aussi bien de provoquer que de nier, minimiser, amplifier, diaboliser, idéaliser, dramatiser ou banaliser, et généralement avec un grand sourire désarmant.

C'est ce que démontre avec un brio incontestable la recherche – parfaitement lisible, accessible et compréhensible, ce qui n'est pas toujours le cas des traductions de travaux rédigés par des universitaires du plat pays – menée par deux historiens flamands de qualité, Paul Van Damme et Stijn Van de Perre, présentée par deux grosses pointures de l'UCL, Vincent Dujardin et Laurence van Ypersele, et rassemblée dans un passionnant ouvrage intitulé Sans commentaire ? Une histoire de la Belgique à travers la caricature paru à Kalmthout et à Bruxelles, en coédition chez Pelckmans et Le Cri.

Rappelant que depuis sa naissance, notre pays a vu paraître des centaines de journaux, revues, pamphlets, affiches et tracts à vocation idéologique, dans lesquels toutes les fractures et les débats sociaux possibles ont été commentés et illustrés, ces auteurs ont sélectionné plus de 400 dessins particulièrement parlants, en faisant appel à une bonne soixantaine d’institutions publiques et de collectionneurs privés belges et étrangers.
Cinquante grands thèmes sont abordés. Pour chacun d’eux, une dizaine de caricatures ont été retenues et resituées dans leur contexte historique, de l’indépendance à la mondialisation, de la Belgique unitaire à l’État fédéral, de la formation des partis aux scandales politiques, de la neutralité internationale à la guerre scolaire, du mouvement wallon au nationalisme flamand, de la collaboration et la résistance avec l'ennemi durant les deux guerres mondiales, de la question royale à la guerre froide, du Congo belge au Zaïre, de l'émancipation de la femme au mouvement vert, sans oublier les cléricaux et les anticléricaux, les affrontements entre la gauche et la droite, la séparation entre l'Église et l'État, les francs-maçons, les Juifs, l'armée, les syndicats, la justice ou la question bruxelloise.

Un fameux bazar !

Bernard DELCORD

Sans commentaire ? Une histoire de la Belgique à travers la caricature par Paul Van Damme & Stijn Van de Perre, préface de Vincent Dujardin et Laurence Van Ypersele, Kalmthout, Bruxelles, coédition Pelckmans/Le Cri, 2011, 227 pp. en quadrichromie au format 28,5 x 30,5 cm sous couverture Intégra en couleurs, 49 €

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