26 05 12

Le frère chéri de Madame de Pompadour

9782709638272.jpg" Vingt-deux années aux Bâtiments, malgré toutes les vicissitudes, n'avaient pas été vaines, elles laissaient un patrimoine dont il pouvait être fier. Paris s'était transformé. Avec la disparition de Soufflot un temps se terminait mais ils avaient ensemble préparé les temps du futur. Les Parisiens des siècles à venir marcheraient dans les pas de Marigny et dans ceux de Soufflot."

Est-il meilleur bilan de vie que celui que trace Monique Demagny,  au terme d’un très beau roman historique, centré sur le marquis de Marigny (1727-1781).

Né  Abel Poisson de Vandières, le marquis  de Marigny, puis de Menars, était le frère chéri de Madame de Pompadour, célèbre favorite de Louis XV. Envoyé en Italie pour un voyage d'initiation aux arts de 25 mois, en compagnie de Charles-Nicolas Cochin et de Jacques-Germain Soufflot,  Abel en revient marqué à vie par l'influence italienne et le sceau d'amitiés indéfectibles.

Nommé Directeur général des Bâtiments - nous sommes en 1751 - le jeune homme assurera pendant 22 ans l'entretien des demeures royales - les locataires de Versailles lui donneront du  fil à retordre... - ainsi que la réalisation d'"ouvrages d'intérêt général". On lui doit notamment l'aménagement de la place Louis XV - actuelle Place de la Concorde - autour de la statue du monarque, le chantier de l'église Sainte-Geneviève, celui de la Madeleine, ....fruits d'une passion et d'une probité jamais démenties.

(Mal) marié, il essuiera d'un deuil cruel son rêve de paternité.

Alliant à l'élégance de plume, un sens de la formule et de la  narration savamment dosée , Monique Marigny nous "offre le rêve d ['un] Marigny  [qui] "rêvait haut, rêvait grand."

Une lecture recommandée.

Apolline Elter

Le rêve de Marigny, Monique Demagny, roman, JC Lattès, avril 2012, 342 pp, 19 €

Billet de faveur

 «   Ces gens-là me regarderont toujours du haut de leur arbre généalogique avec une condescendance que je ne suis pas près de tolérer »

AE : Monique Demagny, l’origine roturière d’Abel Poisson et l’orgueil dont il faisait montre, ont-ils été le moteur des réalisations grandioses qu’on lui doit. Avait-il quelque chose à (se) prouver, sans droit à l’erreur ?

Monique Demagny : Il ne fait aucun doute que le jeune Abel Poisson avait une revanche à prendre. C’était dans son jeune âge un écorché vif, cruellement blessé par les railleries de mauvais goût dont il était l’objet. Quand il prend sa charge il n’a pas plus de peur que de fausse modestie. Il sait qu’il peut assumer. Il s’y est préparé par le voyage d’Italie sous la conduite de deux mentors remarquables. Il a les clés, et une solide ambition, mais il a tout autant conscience qu’il n’a aucun droit à l’erreur. Toute la cour attend sa chute, il n’a pas d’autre choix que de s’imposer. Il doit frapper fort et haut. Le défi s’impose, vis-à-vis des autres et, effectivement de lui-même. Si vous ajoutez à cela l’enthousiasme d’un jeune homme impétueux décidé à bousculer un peu les vieilles gloires et à initier un art « moderne »….

AE : Pour rédiger cette biographie, vous vous basez,  entre autres, sur la correspondance de Madame de Pompadour et de son frère. Comment se présente-t-elle ? Révèle-t-elle la tendresse de leurs relations ? J’imagine qu’elle a été une précieuse voie de compréhension.

Monique Demagny : Effectivement la correspondance de la marquise de Pompadour et de son frère a été une source précieuse pour mon travail. Cette correspondance est une correspondance privée. Et c’est ce qui fait toute sa valeur. Abel raconte son voyage à Jeanne, ses découvertes, ses enthousiasmes, son bonheur, et Jeanne, fidèle à son rôle, avec le sens du devoir qui ne la quitte jamais, distille ses conseils, rappelle inlassablement les règles du jeu. Les détails du périple italien, Jeanne les connaît  déjà. Les ambassadeurs du roi de France dans toutes les principautés d’Italie ont déjà fait leur rapport. Parfois, fière du « cher bonhomme » elle se laisse aller à un compliment, vite tempéré par une recommandation, une mise en garde. C’est intime, c’est vivant, la tendresse inonde les lettres.

AE :  Demagny / Marigny…vos patronymes se ressemblent…..D’où vous est venue l’envie de rédiger la biographie de Marigny ?

Monique Demagny : Il ne s’agit là que d’un hasard de consonances ! Ce livre a son origine dans une conversation avec une amie libraire, ancienne élève de l’Ecole du Louvre, qui admire Marigny et se désolait que personne ne lui ait consacré un ouvrage depuis l’excellent opuscule d’Alfred Marquiset qui date de 1918. Lancée sur la piste, je me suis passionnée.

  

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19 05 12

Ils ont dirigé la France...

Les Présidents de la République pour les nuls.gifOn apprend dans Les Présidents de la République pour les nuls, paru sous la plume d'Arnaud Folch et de Guillaume Perrault aux Éditions First à Paris, que de Louis Napoléon, élu en 1848, à Nicolas Sarkozy, arrivé au pouvoir suprême en 2007, la France a connu 23 présidents de la République qui, chacun à sa façon, aura marqué son époque au cours du dernier siècle et demi.

Si les plus emblématiques de notre temps furent Charles de Gaulle (1959-1969) et François Mitterrand (1981-1995), en raison du caractère « souverain » de l'exercice de leurs mandats, d'autres hôtes de l'Élysée sont restés dans la mémoire collective pour des raisons diverses : Jules Grévy (1879-1887) parce qu'il fut le premier à être victime d'un scandale, Sadi Carnot (1887-1894) parce qu'il fut le premier à être assassiné, Félix Faure (1895-1899) parce qu'il mourut dans les bras de sa maîtresse, Paul Deschanel (1920) parce que, devenu fou, il tomba d'un train en pyjama, Vincent Auriol (1947-1954) parce qu'il remplit ses fonctions « à la papa », Georges Pompidou (1969-1974) parce qu'il incarnait la France des provinces (il était Auvergnat et on le surnomma « Bougnaparte »), Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981) parce que, ayant accédé très jeune à la présidence, il fit souffler un vent de modernité sur la République, Jacques Chirac (1995-2007) parce qu'il se retrouva au second tour d'une élection mémorable face à Jean-Marie Le Pen, et enfin Nicolas Sarkozy (2007-2012) en raison du déluge de critiques qui se sont abattues sur lui, sans d'ailleurs jamais réduire sa « niaque » ni son punch.

L'ouvrage fourmille d'informations et d'anecdotes tout en resituant chaque président dans son contexte historique et politique avec une clarté parfaite, qualité sine qua non il est vrai pour paraître dans la collection « Pour les nuls ».

Un livre d'actualité brûlante !

Bernard DELCORD

Les Présidents de la République pour les nulspar Arnaud Folch & Guillaume Perrault, Paris, Éditions First, collection « Pour les nuls », novembre 2011, 375 pp. en noir et blanc au format 19 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs, 22,90 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans ce livre instructif les lignes surprenantes suivantes :

Le président... qui ne voulait pas être président !

Après l'assassinat, le 24 juin 1894, de Sadi Carnot par un anarchiste, le pays, sous le choc, réclame un homme à poigne. Les parlementaires de la majorité (centre et droite) se tournent vers Casimir-Perier. Carnot lui-même, arrivé presque au terme de son mandat, et qui avait annoncé qu'il ne se représenterait pas, voyait en lui son successeur.

Mais il y a un « hic » – et de taille : celui que l'on presse d'être candidat ne veut surtout pas être président ! Cas unique dans l'histoire, il refuse d'être adoubé. À ses amis qui insistent, il répond : « Je ne suis pas l'homme de cette magistrature impossible ». Le gros costaud va même jusqu'à... fondre en larmes devant certains de ses solliciteurs ! « Je ne peux pas et je ne veux pas », répète-t-il, convaincu que la charge, réclamant de permanents arbitrages, est aux antipodes de ses compétences : « Je suis une force, dit-il, encore cette force s'évanouirait à l'Élysée ».

Il faudra toute la force de persuasion de sa... mère pour le décider : « Si votre père était là, il dirait : "Accepte" », le sermonne-t-elle. L'argument fait mouche : il se soumet à contrecœur... Le 26 juin, deux jours après l'assassinat de Carnot, une réunion préparatoire au Sénat des membres de la majorité entérine le choix: Casimir-Perier obtient 180 voix sur les 200 votants.

Le lendemain, 27 juin 1894, le Congrès réuni à Versailles l'élit triomphalement dès le premier tour, par 451 voix (sur 851) contre respectivement 195 et 97 voix aux anciens présidents du Conseil Henri Brisson et Charles Dupuy, 53 au général et grand chancelier de la Légion d'honneur Victor Février et 27 au physicien et sénateur Emmanuel Arago.

Le nouveau président met un point d'honneur à ne pas rejoindre Paris en train, mais à prendre la route en voiture découverte – où Carnot fut poignardé – afin que l'on ne puisse le suspecter de craindre un attentat. Son premier message au Parlement est empreint de la rude solennité que l'on attend de lui : « Un pays qui au milieu de si cruelles épreuves se montre capable de tant de vitalité politique, saura unir ces deux forces sans lesquelles les peuples périssent : la liberté et un gouvernement ».

Mais derrière les apparences, l'homme n'a pas changé : les doutes l'assaillent. Sa mission lui pèse. Il n'en dort pas. Président, il ne veut définitivement pas l'être ! « Me voilà prisonnier ! », confie-t-il à son beau-frère, les yeux embués, le jour même de son installation à l'Élysée. Qu'il abandonnera six mois plus tard...

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13 04 12

Histoire de la grande boucherie...

La Première Guerre mondiale pour les nuls.gifFermez les yeux et humez l'air suffocant du front, lourd d'acier, de poussière et de gaz. Écoutez le tonnerre des obus qui retournent la terre du no man's land et le choc sonore des gros percutants. Regardez les poilus aux visages tendus et graves, tandis que l'officier s'apprête à donner l'assaut. Cet enfer-là, 8 millions de soldats français l'ont vécu il n'y a pas cent ans. Comment en est-on arrivé là ? Comment expliquer l'incroyable endurance des combattants ? Et surtout, comment une guerre que l'on croyait la « der des der » a creusé un long sillon de douleur en faisant le lit de futurs conflits ? Ce livre retrace les quatre années qui ont bouleversé le monde et qui ont semblé durer un siècle pour ceux qui les ont vécues.

La Première Guerre mondiale fut une hécatombe pour l'Europe qui y perdit tout : sa suprématie économique et militaire (au profit des États-Unis), une grande partie de sa population (la saignée toucha notamment les campagnes françaises, qui ne s'en sont jamais remises), les empires centraux (exit l'Allemagne du Kaiser, l'Autriche-Hongrie et la Turquie des sultans) et orientaux (la Révolution russe accoucha, en 1917, d'un des pires régimes politiques de l'Histoire, pourtant riche en organisations criminelles d'État).

De plus, cette conflagration quasi universelle, si terrible que ses acteurs la voulaient la « der des der », a accouché du nazisme, du fascisme (et par ricochet, du franquisme), des nationalismes et, chez nous, du flamingantisme et de son corollaire rexiste, sans oublier le conflit israélo-palestinien qui nous pourrit encore la vie aujourd'hui.

Beau résultat, en vérité !

Mais comment cela fut-il possible ? Quelles furent les causes de ce cataclysme ? Quels en furent les enjeux ? Comment se déroulèrent les opérations ? Dans quelles conditions ? Comment se conclurent-elles ? Quel fut le sort des troupes ? Et des civils ? Qu'advint-il après la guerre ?

Pour le savoir, plongez-vous dans La Première Guerre mondiale pour les nuls, l'ouvrage historique de Jean-Yves Le Naour paru aux Éditions First à Paris, un livre qui retrace avec clarté et précision les quatre années qui, de 1914 à 1918, ont bouleversé le Monde et ont semblé durer un siècle pour ceux qui les ont vécues.

Bernard DELCORD

La Première Guerre mondiale pour les nuls par Jean-Yves Le Naour, Paris, Éditions First, collection « Pour les nuls », septembre 2008, 323 pp. en noir et blanc au format 19 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs, 22,90 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans ce beau livre d'histoire les lignes dramatiques suivantes :

Ypres, 22 avril 1915

Comment percer le front ennemi ? Cette question mobilise l'attention de tous les belligérants qui, échaudés par de multiples offensives ratées et inutiles, ont parié sur la technologie pour briser le système défensif. Parce que les Allemands sont à la pointe de l'industrie chimique à la Belle Époque, ils sont les premiers à miser sur une nouvelle arme terrifiante: les gaz toxiques.

Le 22 avril 1915, en fin d'après-midi, les Allemands utilisent pour la première fois des gaz asphyxiants pour semer la panique et la mort dans les rangs de leurs adversaires. Ce jour-là, la guerre franchit un palier dans l'horreur et l'abominable. Dans l'immédiat, c'est une bonne opération pour les Feldgrau, les troupes allemandes qui s'emparent sans un coup de feu ou presque de 6 kilomètres de terrain, de 80 mitrailleuses et d'un nombre important de canons.

Pari gagné ! L'attaque sur le front d'Ypres a été une surprise totale qui a provoqué la débandade des Français, Belges et autres Canadiens qui tenaient le secteur. Le colonel Mordacq, qui était présent à l'arrière du front, se souvient des fuyards, hagards, la capote enlevée, la chemise ouverte, « courant comme des fous, allant au hasard, demandant de l'eau à grands cris, crachant du sang, quelques-uns même roulant à terre en faisant des efforts désespérés pour respirer ».

Mais la guerre chimique qui vient de naître relève encore de l'artisanat : les milliers de bonbonnes de chlore gazeux mélangé à du peroxyde d'azote que l'on a amenées en première ligne ne peuvent être utilisées qu'en cas de vent favorable. Après plusieurs jours d'attente, les conditions sont réunies le 22 avril, et vers 17-18 heures une nappe verdâtre s'échappe des lignes allemandes, créant la panique chez ceux d'en face. Au total, 15 000 hommes ont été intoxiqués et 2 000 à 5 000 sont morts.

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13 03 12

Retour à Baker Street

sherlock_1.jpg« Les aventures de l’Homme à la casquette plate et de la Maison de soie ont été, d’un certain point de vue, les plus sensationnelles de la carrière de Holmes. Seulement, à l’époque, il m’a été impossible de les raconter pour des raisons qui apparaîtront clairement au lecteur... Cependant, j’ai toujours eu le désir de les écrire, afin de compléter le canon holmesien. C’était impossible plus tôt : les événements que je vais décrire étaient trop monstrueux, trop choquants pour être imprimés. Ils le sont toujours aujourd’hui. Je n’exagère rien en affirmant qu’ils pourraient mettre à mal le tissu tout entier de notre société, ce qui, particulièrement en temps de guerre, est une chose que je ne peux risquer. Une fois ma tâche accomplie, à supposer que j’aie la force de la mener à bien, j’empaquetterai le manuscrit et je l’enverrai dans les coffres de Cox and Co., à Charing Cross, où certains autres de mes papiers personnels sont conservés. Je donnerai comme instruction que, de cent ans, le paquet ne devra pas être ouvert. Il est impossible d’imaginer à quoi le monde ressemblera alors, mais peut-être mes futurs lecteurs seront-ils mieux immunisés contre le scandale et la corruption que mes contemporains. Je leur transmets ici un dernier portrait de Mr Sherlock Holmes. ». Dr John Watson.

 

Voir Anthony Horowitz écrire la première « nouvelle aventure de Sherlock Holmes » officiellement reconnue par les ayants droits du cèlèbre détective de Baker Street n’est finalement qu’une demi-surprise. Il ne faut pas être grand clerc pour remarquer qu’aujourd’hui, ce sont bien les écrivains pour « jeune public » qui ont peu à peu repris le flambeau des auteurs « populaires » qui firent les beaux jours des journaux du siècles passé… et de celui d’avant. J.K. Rowling, Stephenie Meyer ou encore Suzanne Collins reprennent sans complexes les recettes appliquées par Conan Doyle, Agatha Christie ou encore Jean Ray.

Le tout était de savoir si Horowitz, ultra-connu à travers le monde pour sa série consacrée à Alex Rider, un espion de 14 ans, serait à même d’entrer dans les canons des 60 histoires (pas une de plus, quatre romans et 56 nouvelles) écrites par Arthur Conan Doyle. Car il est bien question ici d’une nouvelle aventure de Sherlock Holmes. Pas d’une réinvention (ça, le cinéma s’en occupe avec le bondissant Robert Downey Junior) d’un pastiche ou encore d’une actualisation (là, il fait aller chercher du côté de l’excellente série télé Sherlock).

Levons immédiatement le voile : oui, et mille fois oui, Horowitz s’avère à la hauteur du défi ! Avec sa galerie de personnages savoureux, du dealer d’arts Carstairs suivi de près par un étrange homme à la casquette plate, au gang d’irlandais de Boston, en passant par l’aventurier américain forcément millionnaire, cette « Maison de Soie » offre un outre une histoire solide, quelques vrais moments de bravoures… Et surtout des détours savoureux mais totalement « vrais » - pas question ici de pastiche, on le répète – par des incontournables de l’univers holmsien. Une vraie belle réussite donc, qui a du cœur et de la substance… Dommage qu’Horowitz ai clairement annoncé qu’il s’agissait pour lui d’une « one-shot ». Le succès changera-t-il la donne ?

Dr Corthouts

La Maison de Soie, de Anthony Horowitz, Calmann-Levy, 360p.

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11 03 12

Les points sur les i...

Le Congo au temps des Belges.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 11/03/2012 sur le site du magazine stirique belge SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

Traitant avec brio de « L'Histoire manipulée » et réfutant les « contrevérités » relatives à notre passé colonial, l'ouvrage d'André de Maere d’Aertrycke, André Schorochoff, Pierre Vercauteren et André Vleurinck paru aux Éditions Masoin à Bruxelles sous le titre Le Congo au temps des Belges rectifie le tir à propos de l’action des Belges en Afrique, à l'époque de l’État indépendant du Congo (1885-1908) puis du Congo belge (1908-1960) en passant au crible la naissance et l'économie de l'EIC, le mythe du génocide des Congolais qui y aurait été commis par les Belges et celui –partiel– des mains coupées, le complot britannique contre l'œuvre de Léopold II, à savoir les bobards colportés par les missionnaires de Sa Majesté dans le journal du très duplice Edmond Morel (1873-1924) et la récupération malhonnête par la presse d'outre-Manche de l'exécution du louche Charles Stokes (1852-1895), un aventurier irlandais condamné à la pendaison par un conseil de guerre belge pour trafic d'armes en faveur des chefs arabes révoltés (et donc en défaveur des Noirs, que les alter ego du Zanzibarite Hamed bin Mohammed el Marjebi alias Tippo Tip [1837-1905] se plaisaient à réduire massivement en esclavage), le « témoin de moralité » dont les affirmations suspectes et non vérifiées font l'assise des ouvrages actuels de dénigrement rédigés par le Belge Michel Massoz et l'Américain Adam Hochschild.

Après ces rappels en forme de coup de poing sur la table, les auteurs (dont deux sont d'anciens élèves du grand historien de l'ULB Jean Stengers) précisent, documents à l'appui, l'ampleur de l'action des Belges en faveur des Congolais durant la période coloniale en décrivant le fonctionnement de la Territoriale et de la Force publique, l'organisation de la médecine publique et de l'enseignement, les réalisations en matière de communications et de transport, d'agriculture, d'élevage et de pisciculture, en exposant l'œuvre des missions et en dressant le bilan économique du Congo belge en 1960.

Un livre au ton réjouissant qui ne fera pas que des heureux au sein du corps larmoyant des tenants du politiquement correct...

Tant mieux !

PÉTRONE

Le Congo au temps des Belges par André de Maere d'Aertrycke, André Schorochoff, Pierre Vercauteren et André Vleurinck, Bruxelles, Éditions Masoin, janvier 2012, 319 pp. en noir et blanc au format 16 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 28 €

Nous avons recopié dans cet ouvrage ouvertement polémique les quelques lignes suivantes :

Techniques de manipulation : deux exemples

Prouver une accusation par des images qui ne sont pas authentiques

La méthode qui consiste à prouver l'accusation que les Belges faisaient couper les mains, même des enfants, par la publication d'une photo de corps mutilés sans précision des circonstances, de la date et du lieu de la mutilation, et sans vérification de son authenticité, constitue une manipulation évidente et une violation grave de la loi et de l'éthique de la presse. La photo bien connue des deux enfants congolais avec leurs mains amputées médicalement suite à la gangrène, est une manipulation de ce type.

On peut comprendre l'erreur involontaire mais lorsque les médias publient des images non authentifiées, sciemment, il s'agit bien de manipulation et de violation de la déontologie journalistique.

Confondre image avec message et mélanger message faux avec image vraie

Il faut expliquer les images, par des commentaires appropriés, surtout si elles prêtent à diverses interprétations. Une image doit rester un support à un message et non pas « être le message ».

Publier sur Internet (site Cobe1co), sans commentaires appropriés, le tableau d'un artiste qui montre un Administrateur territorial faisant administrer la chicotte est un bon exemple. Une machette est à la fois une arme et un outil quotidien à la disposition de tous les Congolais. La photo d'un Congolais, machette à la main, ne veut rien dire hors de son contexte. Elle peut être celle d'un homme au travail ou celle d'un assassin qui vient de tuer. Les photos publiées dans « Le Monde » du 23 juin 2006, issues des archives de l'Union Minière, en sont un bel exemple.

La photo du haut montre des Noirs nus et squelettiques avec pour légende « travailleurs de l'entrepreneur Wittaker à Ruashi ». La deuxième photo de même format, montre le cercle des Belges. Il faut lire en bas de page le commentaire en petits caractères pour réaliser que ces hommes sont des « futurs travailleurs » qui vont entrer à l'hôpital de la société pour être soignés. « Le Monde » ne montre pas les autres photos du même lot, notamment la photo des mêmes travailleurs bien nourris, en bonne santé après deux mois de séjour.

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10 03 12

Esotérique, mon cher Saint Loup !

apothicaire.jpg"Il vécut à Paris en l'an 1313 un homme qui allait du nom d'Andreas Saint-Loup, mais que d'aucuns appelaient l'Apothicaire, car il était le plus illustre et le plus mystérieux des préparateurs de potions, onguents, drogues et remèdes..." Un matin de janvier, cet homme découvre dans sa boutique une pièce qu'il avait oubliée... Il comprend alors que jadis vivait ici une personne qui a soudainement disparu de toutes les mémoires. L'Apothicaire, poursuivi par d'obscurs ennemis, accusé d'hérésie par le roi Philippe le Bel et l'Inquisiteur de France, décide de partir jusqu'au mont Sinaï. Entre conte philosophique et suspense ésotérique, L'Apothicaire est une plongée vertigineuse dans les mystères du Moyen Age et les tréfonds de l'âme humaine.

 

Et ben mon Riton ! Oui, je me permets un peu de familiarité avec le sieur Loevenbruck, puisque c’est mon ami sur Facebook ! Non, je rigole. Si familiarité il y a, c’est tout simplement parce que je me pâme devant le défi relevé, avec brio, par l’auteur avec son nouvel opus. Pas question pour lui de capitaliser sur le succès, mérité, des enquêtes de Ari MacKenzie… Ni même de revisité les territoires du techno-thriller défriché dans « Le Syndrome Copernic ». Non, monsieur, dame. Le Henri Loevenbruck adore sortir de sa « zone de confort » et plonge tête la première dans une intrigue, un univers, un style qui ne renierait pas un certain Uberto Eco… en moins chiant ! (oui, je sais, je viens de dire qu’Eco était chiant, faites moi un procès si vous avez lu Le Nom de la Rose en traduisant, au vol, tous les passages en latin, merci.). Parce qu’en fin lettré, Loevenbruck a certes des références, mais il sait aussi la force du verbe lorsqu’il trempe ses atours dans un rythme de thriller pur jus ! Pas le temps de s’embêter dans le Paris de 1313, où sur les chemins de Compostelle et du Mont Sinaï. L’Apothicaire, malgré son style délicieusement « d’époque » se dévore… Et l’on en vient alors à comparer Henri Loevenbruck à un autre cador du récit historique excitant : un certain Ken Folett. Mais peu importe les comparaisons, finalement : ce roman est excellent, tout seul comme un grand… comme son auteur, dont le talent ne cesse de croitre. On frise le trente troisième ciel, c’est moi qui vous le dit !

Dr Corthouts

L'Apothicaire, de Henri Loevenbruck, Flammarion, 605 p.

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03 03 12

Conteur d'histoires

 secrets-d-histoire-tome-2-de-stephane-bern-893168120_ML.jpgS'il se définit comme un simple "raconteur d'histoires", Stéphane Bern peut admettre qu'il est un conteur hors pair. En témoigne le succès de son émission télévisuelle Secrets d'Histoire (France 2) et sa version livresque qui en est au deuxième tome. Nourrissant son propos des découvertes d'Alain Décaux, André Castelot, Michel de Decker, Jean-Christian Petitfils, Simone Bertière, .....le célèbre chroniqueur revisite une petite centaine d'énigmes historiques, les éclairant du feu de sa passion, les restituant avec brio, d'une plume légère, rythmée et maîtrisée.

34 questions font le sommaire de ce nouvel opus qui font la part honnête - ,ous jubilons.. - au Grand siècle: Nicolas Fouquet a-t-il été victime d'un complot manigancé par un Colbert désireux de détourner l'attention de ses propres malversations? La Montespan était-elle,  finalement, une empoisonneuse? Anne d'Autriche a-t-elle soudain trahi la France au profit de l'Espagne? Henriette d'Angleterre a-t-elle été empoisonnée par le Chevalier de Lorraine, mignon - si l'on peut dire - de son mari, Philippe d'Orléans? Et René Descartes? Empoisonné, lui aussi?

Au portrait attachant de Liselotte, la (rustique, rugueuse et attachante) Palatine, seconde épouse de Monsieur et d'une Marie-Antoinette, injustement incriminée dans le "scandale du collier", succède celui d'un François Ier, monarque charmeur et charmant, "incarnation d'une certaine douceur de vivre à la française" et d'un Claude Monet, épris de femmes lui aussi.

Les vraies raisons de l'abdication d'Edouard d'Angleterre tiennent moins  à la personne de Wallis Simpson qu'à de douteuses fréquentations. Les vraies relations qui unissent Joséphine de Beauharnais à Napoléon Bonaparte sont moins ....roses que prévu tandis que l'identité de la vraie Joconde est celle d'une simple bourgeoise florentine, ni spécialement riche, ni particulièrement belle."

"Passeport pour un voyage dans le passé" ce deuxième recueil signe, espérons-le, le visa d'un troisième tome.

On en redemande!

Apolline Elter

Secrets d'histoire 2, Stéphane Bern, recueil, Albin Michel, oct.2011, 352 pp, 24 €

Billet de faveur:

AE: Stéphane Bern, ces Secrets d'Histoire que vous nous révélez avec un enjouement..passionnant résonnent comme des "rétro-scoops" . Le premier tome s'est vendu à plus de 60.000 exemplaires et a atteint un public varié, parfois très jeune, heureux de (re)découvrir une Histoire, offerte à la manière d'un polar. Vos séances de dédicaces sont affables et chaleureuses, à votre image. Quel public rencontrez-vous lorsque vous venez en Belgique?

 Stéphane Bern: Chaque fois que je viens en Belgique - comme c'est le cas cette année encore pour la Foire du Livre - je suis impressionné par la qualité d'écoute, l'intérêt réel manifesté par le public pour l'Histoire et j'ajouterais l'expression d'un sentiment chaleureux, une sorte de complicité avec moi car je défends depuis longtemps le rôle unificateur et pacificateur de la monarchie belge.

Tout cela réuni, et le fait de mes origines luxembourgeoises, plaide sans doute en ma faveur auprès d'un public belge fidèle et attentif autant que sincèrement gentil à mon égard.

Je les remercie du fond du coeur.

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 Foire du Livre de Bruxelles: Stéphane Bern dédicacera ses ouvrages, ce samedi 3 mars, de 14h à 16 heures, auprès du stand Dilibel (115)

 Ajoutons à ce billet l'information  qui nous est communiquée par les Editions Albin Michel:

"Stéphane Bern, pour son livre Secrets d’histoire 2, a reçu le Prix Roland Dorgelès, distinction littéraire délivrée pour les professionnels de la radio et de la télévision qui se distinguent dans la défense de la langue française. La remise du prix a eu lieu le 7 février 2012 au ministère de la culture."

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Beaux Livres, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

11 02 12

Espèce de savon à culotte

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 … et autres injures d’antan dérobées à droite et à gauche recueillies pour l’instruction des générations présentes et à venir,  dédiées aux artichauts, aux astrologues et aux Roger-Bon-Temps.

 Et à vous, estimés visiteurs…

 Le roman de Sophie Arnould ( JC Lattès, mai 2010 - cfr chronique http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2010/07/15/le-roman-de-sophie-arnould.html) nous avait déjà ouvert l’appétit de métaphores et d’expressions du Siècle des Lumières.  Passionnée par un XVIIIe siècle, effronté et plutôt… libéré,  Catherine Guennec nous revient avec un recueil étoffé et exquis de noms d’oiseaux de l’époque : Les ahuris de Chaillot, bigresses, bougresses, claudes, croquefredouilles, arpenteurs de guinguette, Marie Jacasse, Jean-fesse.. disputent la vedette aux lessivés (ondulés) de la toiture, cuisinières d’archanges, pisse-verglas et autres auteurs..mal reliés, hérités d’une certaine « littérature poissarde ».

 « Crus, osés, grossiers, imaginatifs, drôles, indélicats, ..ces « gros mots » appartiennent bien sûr à la langue populaire et sont essentiellement portés par l'oral. Difficile dès lors de les retrouver. Difficile mais pas impossible. Surtout que le cœur du XVIIIe siècle nous offre avec Vadé, "le Corneille des ruisseaux", et ses imitateurs (le plus souvent anonymes), son incroyable littérature poissarde. Un genre méconnu qui a largement nourri cet ouvrage et mérite à plus d'un titre qu'on s'y attarde."

 Un recueil trrrrrrrrrès savoureux.

 Qui coiffera, sapristi, plus d’un anthropopithèque !

 Pas de doute, on en redemande.

 Apolline Elter

 Espèce de savon à culotte !… et autres injures d’antan dérobées à droite et à gauche recueillies pour l’instruction des générations présentes et à venir,  dédiées aux artichauts, aux astrologues et aux Roger-Bon-Temps., Catherine Guennec, recueil, Editions First, fév.2012, 272 pp, 13,5 €

 

 Billet de ..saveur

 AE: Préfaçant votre ouvrage, Philippe Delerm vante l'insolence et la liberté  qui souffle sur le français du XVIIIe siècle: " Au XVIIIe, sûre de ses fondamentaux, la langue française prend un grand coup de frais" . Voilà qui fait du bien après un XVIIe siècle plutôt classique.  Ce vent de fraîcheur va-t-il s'essouffler ou s'amplifier au XIXe siècle?

 Catherine Guennec:Le XIXe siècle, c’est le français moderne. Avec l’apparition de nouveaux termes (politiques, sociaux, scientifiques…) Les dictionnaires se font de plus en plus gros. La langue populaire et l’argot s’immiscent en littérature. Soit. Et la langue fait preuve comme toujours d’une capacité de création et de renouvellement mais moi, je n’y retrouve pas cette petite « musique », ces petites folies… qui me font préférer le siècle des Lumières où à côté des préciosités mondaines des salons apparait une prose incisive, mordante qui s’affirme avec les philosophes. Le Français devient une grande langue diplomatique internationale, parlé dans toutes les cours des rois et les ambassades quand parallèlement il se fait drôle, imaginatif, débridé, provocateur… avec notamment le genre poissard qui reprend sans fausse pudeur les mots de la rue et des halles. Pour exploser de bonne humeur, d’insolence, d’incongruités «  qui sonnent dru, qui sonnent vrai, qui disent l’amour de la vie » comme l’écrit si justement Philippe Delerm.

 AE: Certains mots  ont évolué et semblent avoir changé de connotation au cours du temps. Je songe à "astrologue", qui n'est plus une injure aujourd'hui ou à "arsouille" dont la connotation est plus tendre désormais que celle de "mauvais sujet, fêtard, voyou". Ce doit être passionnant d'étudier, aussi, l'évolution sémantique des vocables:

 Catherine Guennec: Oui, le sens de beaucoup de mots glisse au fil des ans. Et c’est très amusant de voir les changements de signification pour un même mot : c’est vrai pour astrologue, artichaut, bestiole, cupidon, cœur, charrue, arbalétrier…

  L’intérêt de cette recherche est triple en fait, indépendamment du plaisir  de croiser de succulentes expressions :

  -         Elle fait découvrir des mots et des expressions anciennes qui ont su traverser les années et rester en usage

  -         Elle met en avant leur changement - ou pas-  de sens

  -         Elle remet enfin en lumière des mots complètement oubliés.

  Mon travail peut aussi se résumer par un «  à la recherche des mots perdus »… Qui se souvient encore de gogurlu, béjaune, rigri, coquefredouille, ramasse-ton-bras, Nicolas tac tac, Roger bon temps, Perrette à l’oignon…

 AE: Vos recherches sur les injures - étayées par une impressionnante bibliographie - ont dû vous mettre sur la voie de délicieux mots doux... Pourriez-vous en évoquer certains, en cette période de Saint-Valentin?

 Catherine GuennecMes recherches m’amènent effectivement à faire de jolies rencontres. Des trésors de vocabulaire oublié qui m’ont  d’abord séduite pour leur musique, leur joliesse et qui m’ont aussi fortement intriguée. Parce que leur sens m’échappait. Que voulait dire par exemple : un endormeur de mulot, un soupir du Danemark, un cataplasme de Venise ? Que voulait dire encore faire un trou à la lune ou la prendre avec ses dents ? s’amuser à la moutarde ? avoir le soleil qui luit dans le ventre ? voir des anges violets ?  rêver à la Suisse ?...  Je traque  tous ces mots, ces expressions. J’en ai une collection impressionnante ! Les gros mots et les insultes d’autrefois qui paraissent aujourd’hui ne sont qu’un volet de mes recherches qui comportent, aussi,  bien entendu, l’incontournable thématique de la douce chose…

 Pour la Saint Valentin, soyons donc « tournés à la friandise » et préparons-nous, heureux pélerins de Cythère,  à  faire la carpe pâmée, à jouer de la harpe…  et recevoir en pluie nourrie  tous les cachets de l’amour (des baisers) Refusons de  mourir comme les citrouilles  (disparaitre sans avoir connu l’amour). Ne faisons pas trois queues d’une cerise  (se refuser sous de futiles prétextes). Préférons mourir tout debout ! (avoir fortement le béguin)

 Autres jolis petits mots encore :

 Voici l’entendourinette (une petite curieuse qui écoute aux portes les secrets des amoureux au risque de se mettre le feu aux oreilles), les bagatelles de la porte (les préliminaires)…

 Finissons par de plus « salés »  comme : passer du B dur au Bémol (perdre de sa vigueur…), folichonner l’as de trèfle, saigner une femme entre les orteils (lui faire l’amour), trinquer du nombril, faire du potage à quatre genoux, faire zon…

 Les expressions sont nombreuses et croustillantes. Une petite dernière encore et pas des plus laides : faire les yeux en coulisses (faire les yeux doux). Joli, non ?

 

08 02 12

Air Nostalgie...

SABENA Le progrès venait du ciel.jpgLe catalogue de l'exposition SABENA Le progrès venait du ciel qui se tient aux Musées royaux d'Art et d'Histoire à Bruxelles jusqu'au 26 février 2012 ravira les passionnés d'histoire de l'aviation dont on sait qu'ils sont fort nombreux.

Rédigé par une belle brochette de spécialistes sous la direction de Marguerite Coppens, conservateur des Musées royaux, et édité en langue française aux Éditions Borgerhoff & Lamberigts à Gand, ce fort bel ouvrage retrace en effet l'histoire du transport aérien belge et de son fleuron, la compagnie nationale qui fut pionnière dans bien des domaines, notamment en Afrique noire et en matière de démocratisation des voyages en avion.

Superbement illustrés, tous les thèmes sont abordés : les débuts de l'aviation et la création de la SABENA en 1923, l'évolution de la sécurité à bord, les liaisons entre Bruxelles et le Congo, la création de l'aéroport de Zaventem pour l'Expo 58, l'arrivée des avions à réaction en 1960, l'utilisation des hélicoptères de 1953 à 1966, l'option sur le Concorde en 1965, l'évolution des sièges pour passagers, les mutations de la profession d'hôtesse de l'air, le design des affiches publicitaires et des bagages, les transformations des métiers d'équipage, la sociologie des passagers, l'apparition des charters et de nouvelles compagnies (Sobelair, BIAS, DAT, TEA, EA, VLM et... Brussels Airlines), la faillite en 2001, l'émergence du low cost et les perspectives d'avenir dans l'ère de l'après-pétrole.

Ce catalogue très complet se ferme sur deux répertoires très fournis, l'un des uniformes du personnel et l'autre des avions utilisés par la compagnie, qui ne manqueront pas d'éveiller bien des souvenirs nostalgiques...

Bernard DELCORD

SABENA Le progrès venait du ciel , ouvrage collectif sous la direction de Marguerite Coppens, Gand, Éditions Borgerhoff & Lamberigts, septembre 2011, 247 pp. en quadrichromie au format 20,5 x 26,5 cm sous couverture Intégra en couleurs, 29,95 €

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06 02 12

Un géant du XXe siècle

 

Le Monde selon Churchill.gifL'article ci-dessous a été mis en ligne le 06/02/2012 dans les colonnes du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

Premier ministre du Royaume-Uni de 1940 à 1945, vainqueur d'Hitler et du nazisme, sir Winston Churchill (1874-1965) a marqué la première moitié du XXe siècle d'une empreinte indélébile, celle d'un homme politique coriace et obstiné, mais aussi celle d'un brillant historien, d'un excellent écrivain (il décrocha le prix Nobel de littérature en 1953), d'un orateur hors pair (son discours durant lequel il promit à ses concitoyens « du sang, de la sueur et des larmes » est, parmi bien d'autres, demeuré fameux), d'un artiste de talent (ses aquarelles sont remarquables) et d'un humoriste à tout crin.

À ceux qui en douteraient, nous ne saurions trop recommander la lecture de Le Monde selon Churchill paru aux Éditions Tallandier à Paris, un ouvrage savoureux dans lequel François Kersaudy a rassemblé les considérations du fameux fumeur de havanes sur le destin, la politique, la guerre, de Gaulle, la France, le communisme, Hitler, les États-Unis, mais aussi sur l'humour, l'alcool, les femmes, l'histoire et la mort, en les resituant dans leur contexte et en montrant bien des fois leur extraordinaire dimension prophétique.

Un concentré d'intelligence d'une actualité intacte !

PÉTRONE

Le Monde selon Churchill par François Kersaudy, Paris, Éditions Tallandier, octobre 2011, 300 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,50 € (prix France)


Pour vous, nous avons recopié dans ce livre fort spirituel les quelques lignes suivantes :


À un député travailliste qui l'apostrophe rudement à la Chambre des communes :

« L'honorable député voudrait-il beugler cela une nouvelle fois ?  »


À un député qui l'interrompt constamment aux cris de « Menteur ! » :

« Si l'honorable député qui m'interrompt consentait à donner son nom plutôt que sa profession, je suis sûr que nous serions tous heureux de faire sa connaissance... »


Discours radiodiffusé, 10 mai 1942 :

« Je pense qu'en définitive, on s'apercevra que les dictateurs, en dépit de tous leurs préparatifs et de tous leurs complots savamment ourdis, ont commis de plus grandes erreurs que les démocraties qu'ils ont assaillies. Hitler lui-même fait parfois des erreurs; en juin dernier, sans la moindre provocation et en violation d'un pacte de non-agression, il a envahi les terres du peuple russe. [ ... ] Puis il a fait sa seconde grande erreur : il a oublié l'hiver. Il y a un hiver en Russie, vous savez. Pendant bien des mois, la température peut chuter considérablement. Il y a du gel, il y a de la neige et tout le reste. Eh bien, Hitler a oublié cet hiver russe ; il a dû recevoir une éducation très imparfaite. Nous, nous en avions tous entendu parler à l'école... »


Le 12 décembre 1943, au député Harold Nicolson, qui lui dit que de Gaulle est un grand homme :

«  Quoi ? De Gaulle, un grand homme ? Il est arrogant, il est égoïste, il se prend pour le centre de l'univers, il est... Vous avez raison : c'est un grand homme ! »


Les forces alliées du général Slim, progressant en Birmanie, ont repris successivement aux Japonais les localités de Myitkyina, Thabeykkyn, Namkhan, Myitson et Meiktila. Le 17 mars 1945, elles s'emparent de Mandalay – une grande victoire que Churchill annonce aux Communes en ces termes :

« Dieu soit loué ! Nous avons enfin pris une ville dont le nom peut se prononcer !  »


1er mai 1945. L'Allemagne est pratiquement à genoux et Hitler vient de se suicider. Churchill aux Communes :

« Je n'ai pas de déclaration particulière à faire sur la situation militaire en Europe, sinon qu'elle est nettement plus satisfaisante qu'il y a cinq ans à la même époque. »


Été 1959 ; l'illustre retraité Churchill, en villégiature sur la Côte d'Azur, est invité par un ami qui possède une villa à Monte-Carlo. Celui-ci invite en même temps une vieille connaissance du couple Churchill, Daisy Fellowes, héritière des machines à coudre Singer et redoutable commère devant l'Éternel. Peu après le début du déjeuner, Churchill s'assoupit et Daisy Fellowes dit à son hôte :

«  Quelle pitié qu'un si grand homme achève son existence en compagnie d'Onassis et de Wendy Reves [1]... »

Churchill, ouvrant un œil : «Daisy, Wendy Reves a trois choses que vous n'aurez jamais: la jeunesse, la beauté et la bonté 

(Et il se rendort...)

 



[1] Épouse de l'agent littéraire Emery Reves, elle s'occupait avec le plus grand dévouement de Churchill lors de ses séjours sur la Côte d'Azur.

 

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