27 11 12

Cellulairement

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Ca c'est passé près de chez nous....: le 10 juillet 1873, à Bruxelles,  Paul Verlaine, 27 ans,  blesse de deux balles de revolver son ami et amant, Arthur Rimbaud, âgé de 17 ans à peine. Le couple avait passablement bu et s'était querellé toute la journée. Les choses en seraient peut-être restées là - Arthur n'aurait pas déposé  plainte - si son aîné n'avait récidivé....utilisant à nouveau contre lui  l'arme qu'il avait acheté le matin, aux fins de se suicider, auprès de l'armurier Montigny, de la galerie de la Reine...

S'ensuivra un séjour de 555 jours en nos belges prisons, une peine purgée plus pour le délit d'homosexualité ( et même de pédérastie puisqu'Arthur Rimbaud est mineur) que pour l'emploi du revolver. Un emprisonnement qui permettra, paradoxalement, au poète de se libérer de certains démons intérieurs, notamment de sa dépendance à l'alcool.

Publié à l'occasion des expositions "Verlaine emprisonné" de Bruxelles 2012  et Paris 2013 (voir le billet d'agenda de vendredi 23 novembre, consacré  à l'exposition) auprès des éditions Gallimard, l'ouvrage de Jean-Pierre Guéno et de Gérard Lhéritier est tout simplement ..magistral.

Focalisé sur le joyau que constitue le manuscrit de "Cellulairement", ensemble de poèmes rédigés en prison, acquis par le musée des lettres et manuscrits en 2004, l'ouvrage éclaire de façon précise les circonstances du drame, la chronologie des événements et l'impact qu'ils ont eu sur l'oeuvre et la pensée du poète maudit.

Rédigé par Jean-Pierre Guéno, le texte adopte le tutoiement, reflétant "cette fraternité des âmes que Paul Verlaine parvient à développer avec chacun de ses lecteurs". Un procédé que l'auteur avait déjà utilisé, du reste,  dans la somptueuse Mémoire du Petit Prince, dédié à Antoine de Saint-Exupéry (Ed. Jacob -Duvernet, 2008) 

De nombreuses pages manuscrites, issues des collections du musée des lettres et manuscrits et de la Bibliothèque royale de Bruxelles, illustrent le propos de manière tangible et  poignante, épousent la scénographie de l'exposition,  tandis que les photos, dessins et représentations picturales retracent les relations de Verlaine avec ses proches, l'atmosphère d'années marquées par un "psychodrame éthylique permanent."

"Ce n'est pas lui qui incarne une menace pour la société, mais la société qui représente un danger pour lui et fait de lui un tigre en cage"

L'hommage d'une plaidoirie plantée dans l'âme du poète.

AE

 Verlaine emprisonné, Jean-Pierre Guéno et Gérard Lhéritier, Gallimard/Musée des Lettres et manuscrits, beau livre, novembre 2012, 244 pp, 29 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

21 11 12

Un livre à la taille du sujet qu'il traite...

Congo Une histoire.gifPrix Médicis de l'essai en 2012, Congo Une histoire de l'historien flamand David Van Reybrouck (titulaire d'un doctorat de l'université de Leyde après des études à Leuven et à Cambridge, il est né à Bruges en 1971) est une œuvre atypique dont le rayonnement – immense – tant en français qu'en néerlandais et en anglais ne laisse pas de laisser pantois.

Comme l'explique l'éditeur, ce livre est l'histoire fidèle, rigoureuse, éminemment documentée et absolument romanesque de la RDC. L'histoire d'un peuple, d'une nation, d'un fleuve sur lequel s'aventurèrent Stanley et les premiers marchands d'esclaves, les envoyés du roi Léopold II, et ceux venus tracer les lignes frontalières de cette immensité géographique. David Van Reybrouck y retrace le destin tumultueux de ce pays, de la préhistoire à nos jours.

De la colonisation à l'indépendance, il entremêle les faits historiques et le récit de ses rencontres, et son livre prend alors une dimension très personnelle où l'empathie à l'égard de ses interlocuteurs est fondamentale. Parmi ces figures généreuses, le lecteur se souviendra de ces anciens qui content au jeune Belge des aventures extraordinaires remontant jusqu'à l'époque précoloniale. Alternant passages explicatifs et narratifs, David Van Reybrouck prend tour à tour sa plume d'historien, de romancier, de journaliste et d'auteur de théâtre – quatre « territoires » d'écriture – qu'il travaille avec virtuosité, passant de l'ample rigueur d'une Histoire du Congo à la sensibilité littéraire d'un grand récit de voyageur : une construction qui donne à ce livre son rythme, sa vivacité, sa singularité.

Au fil du temps, il rencontre des acteurs essentiels des débuts de l'indépendance, de l'ère Mobutu et des guerres qui ont éprouvé le pays depuis l'arrivée au pouvoir des Kabila, il retrouve des victimes et des bourreaux – tel ce seigneur de guerre au Kivu – qui se confient à lui et offrent des témoignages inédits où le tragique le dispute à un comique féroce. Mais Congo, une histoire est aussi un hymne jubilatoire à la vitalité de tout un peuple, à sa créativité musicale et artistique, à sa capacité de survie dans une économie de la débrouillardise qui, en l'absence de structures, se mondialise naturellement : alors que s'installe déjà une population chinoise venue exploiter les richesses du sous-sol, certains importateurs congolais vont aujourd'hui se fournir à Guangzhou.

Le XXIe siècle sera peut-être – et nous l'espérons – celui de l'âge d'or de ce pays si attachant...

Paru à l'occasion du cinquantenaire de l'indépendance du Congo, ce grand livre a valu à son auteur, en sus du Médicis de l'essai 2012, le prix Ako (le Goncourt belgo-néerlandais). Véritable best-seller dans l'idiome de Vondel (plus de 300 000 exemplaires vendus), il a été traduit dans de nombreuses langues. Cet engouement international résulte sans aucun doute du fait que nous avons tous en Europe un passé colonial et que l'histoire du Congo est le symbole même de la mainmise européenne sur l'Afrique, de ses succès, de ses excès, de ses échecs et des conséquences brûlantes de nos récentes interventions sur le continent noir.

Un ouvrage à dévorer toutes affaires cessantes !

Bernard DELCORD

Congo Une histoire par David Van Reybrouck, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, Arles, Éditions Actes Sud, collection « Lettres néerlandaises », septembre 2012, 711 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 28 € (prix France)

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17 11 12

La vie au temps des cathédrales...

Hommes et Femmes du Moyen Âge.gifLa rédaction du fort beau livre intitulé Hommes et Femmes du Moyen Âge paru chez Flammarion a été dirigée par le grand médiéviste français Jacques Le Goff qui a reçu les passionnantes contributions d'éminents spécialistes (John Baldwin, Jacques Dalarun, Jean Delumeau, Bruno Dumézil, Chiara Frugoni, Pierre Riché...) pour brosser le portrait de 112 personnages, réels (Attila, Clovis, Dagobert, Charlemagne, Guillaume le Conquérant, Abélard et Héloïse, Aliénor d'Aquitaine, Frédéric Ier Barberousse, Saladin, Averroès, Richard Cœur de Lion, Saint Dominique, Saint François d'Assise, Saint Louis, Thomas d'Aquin, Marco Polo, Dante Alighieri, Boccace, Bertrand Du Guesclin, Geoffrey Chaucer, Jeanne d'Arc, Vlad III « l'Empaleur » –alias Dracula –, Christophe Colomb...) ou imaginaires (le roi Arthur, la papesse Jeanne, Mélusine, Merlin et Viviane, Renart, Robin des Bois, Roland...), qui tous ont marqué d'une empreinte pérenne la culture occidentale et sont cités à comparaître dans l'ouvrage « en tant que témoins et mémoire historique ».

Remarquablement ornées de tableaux des grands artistes de la période, mais également de gravures de savants et de dessins d'architectes, ces courtes biographies constituent une véritable immersion dans l'une des périodes les plus créatives de l'histoire de notre continent.

Celle qui vit éclore notre civilisation...

Bernard DELCORD

Hommes et Femmes du Moyen Âge, ouvrage collectif sous la direction de Jacques Le Goff, Paris, Éditions Flammarion, octobre 2012, 447 pp. en quadrichromie au format 17,5 x 24 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 35 € (prix France)

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15 11 12

La parole aux Congolais

url.jpgDoté du Médicis du l'essai - une récompense justifiée - l'ouvrage, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin (un label) trace de façon minutieuse, honnête et abordable,  le destin complexe  et souvent violent de notre ancienne colonie africaine.

"Quand j'ai envisagé il y a six ans d'écrire, pour le cinquantième anniversaire de l'indépendance du Congo, un livre sur l'histoire mouvementée du pays, non seulement à l'époque postcoloniale, mais aussi pendant la période coloniale et une partie de l'ère précoloniale, j'ai décidé que cela n'aurait de sens que si je pouvais donner la parole à autant de voix congolaises que possible."

Le propos est campé. Archéologue de formation, fils d'expatrié post-colonial,  David Van Reybrouck attache "une grande valeur aux informations non textuelles" , intégrant d'innombrables entretiens, sur place -avec des "témoins ordinaires "-  et la consultation de milliers  documents,  dans la perpective d'une histoire globale.

"La nouvelle de la traversée de Stanley fit en Europe l'effet d'une bombe. Le roi Léopold [II] comprit aussitôt que Stanley était l'homme qu'il lui fallait pour réaliser ses ambitions coloniales."

Focalisé sur un siècle et demi d'Histoire congolaise - en gros la période de 1870 à 2010 - l'essai autopsie celle-ci sous forme de  tranches, éclairées chacune d'une tonalité particulière. Dénué de tabous, exempt de concessions, il assied, de la sorte, les dirigeants  et missionnaires de tous bords, au banc d'un tribunal historique sobre et précis.

Le propos, de 600 pages, est assorti d'un index, utile et d'une justification des sources.

Un travail édifiant; une lecture qui ne l'est pas moins.

AE

Congo, une histoire, David Van Reybrouck, essai, traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, Actes Sud, sept.2012, 712 pp, 28 €

02 10 12

Le Grand Charles sous toutes les facettes

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Charles de Gaulle.gifAvec Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Charles de Gaulle paru chez Hatier à Paris dans la collection des « Guides visuels », André Botzaris aborde par un texte d'une parfaite clarté soutenu par une iconographie remarquable la biographie de l'homme politique français qui marqua la France contemporaine d'une empreinte indélébile.

C'est dès l'enfance et jusqu'à la mort qu'il s’est identifié à la France et à son destin en embrassant la carrière des armes d'abord, celle de la politique ensuite, pour façonner un pays aux institutions à son image, celles de la Ve République.

Né le 22 novembre 1890 à Lille, il est lieutenant à la déclaration de la Première Guerre mondiale et capitaine en 1916, année où il est blessé au combat, fait prisonnier et interné en Allemagne pendant 32 mois.

Entre 1919 et 1921, il est envoyé en Pologne pour participer à la formation de la nouvelle armée du pays. Durant l'entre-deux-guerres, il appartiendra à l'entourage de Philippe Pétain qui appuiera sa carrière.

Il s'en détache cependant pour des divergences d'approche (l'État-major, face à la montée des périls, optant pour une stratégie défensive autour de la Ligne Maginot alors que de Gaulle préconisait la guerre de mouvement basée sur les blindés).

On connaît la suite : l'invasion de mai 1940, le départ pour la Grande-Bretagne, l'appel du 18 juin, les Forces Françaises Libres, les rapports difficiles avec Churchill et Roosevelt (ce dernier, dans une lettre au premier, appelait le général faisant fonction « notre migraine commune »…), le Gouvernement provisoire jusqu'en 1946, l'appel de Bayeux la même année, la création du RPF, le semi-échec qui s'ensuit en 1951, l'exil à Colombey, le « je vous ai compris » d'Alger en 1958, le retour au pouvoir, la lutte contre l'OAS et les dissidents de l'Armée, la Ve République en 1962, la décolonisation ratée, Mai-68, le triomphe électoral de juin, le référendum perdu en avril 1969, le départ à la retraite et la fatale rupture d'anévrisme du 9 novembre 1970.

Le récit simple, d’une grande clarté et richement illustré d'André Botzaris permet de comprendre ce destin hors normes et cette « certaine idée de la France » qui persiste aujourd'hui bien au-delà du gaullisme.

Bernard DELCORD

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Charles de Gaulle – Guide visuel à destination des esprits curieux et pressés par André Botzaris, préface de Baptiste Léon, Paris, Éditions Hatier, collection « Guides visuels », janvier 2012, 220 pp. en quadrichromie au format 16 x 11 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,99 € (prix France)

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22 09 12

De la dépendance à l'Indépendance…

Du Congo belge à la République du Congo.gifParu sous la direction du professeur Michel Dumoulin et de trois assistants en histoire de l'UCL (Anne-Sophie Gijs, Pierre-Luc Plasman et Christian Van de Velde), le passionnant essai intitulé Du Congo belge à la République du Congo 1955-1965 paru récemment à Bruxelles aux Éditions P.I.E. Peter Lang dans leur nouvelle collection « Outre-mers » mêle les contributions scientifiques [1] aux récits de témoins [2] des événements pour aborder l'histoire des cinq années qui ont précédé et suivi l'Indépendance du Congo belge (accordée le 30 juin 1960).

Outre son approche à la fois historiographique et technique, cet ouvrage examine de nombreux épisodes et aspects qui furent au cœur du processus de décolonisation comme le voyage du roi Baudouin en 1955, la politique du gouvernement général, l'action syndicale en Belgique, la guerre froide, l'assassinat de Patrice Lumumba, le lobbying des agents coloniaux et des colons belges entre 1960 et 1962, le contentieux financier belgo-congolais et la zaïrianisation, la crise de Stanleyville et de l'Est du Congo en 1964…

Sont également appelées à la barre les sources documentaires comme l'émission télévisée 9 millions, les reportages de la RTB d'alors (parmi lesquels ceux, fameux, du journaliste Frédéric François) et les films d'archives.

De nombreuses pages sont enfin consacrées aux modalités d'aides belges, européennes et internationales à l'Afrique noire après 1960 (l'idée de développement à l'époque coloniale, l'association Europe-Afrique et le Congo belge, l'apparition des idées de coopération, d'association et de développement après l'Indépendance, la naissance de la coopération européenne au développement, de la banque européenne d'investissement, les modes de fonctionnement de la coopération française avec l'Afrique sub-saharienne francophone...).

Une vaste somme d'informations accessibles (ici, foin du charabia universitaire) propres à alimenter utilement la réflexion des uns et des autres sur un sujet encore polémique de nos jours, à savoir  (l'échec de) la décolonisation et ses conséquence actuelles.

Bernard DELCORD

Du Congo belge à la République du Congo 1955-1965 sous la direction de Michel Dumoulin, Anne-Sophie Gijs, Pierre-Luc Plasman et Christian Van de Velde, Bruxelles, Éditions P.I.E. Peter Lang, collection « Outre-mers », janvier 2012, 374 pp. en noir et blanc au format 15 x 27 cm sous couverture brochée en couleurs, 45,50 €



[1] Outre celles des directeurs de l'ouvrage, on y trouve des synthèses de Francis Balace (ULG), Gauthier de Villers (UCL), Étienne Deschamps (UCL), Jean-Louis Moreau, Jean-Marie Mutamba Makombo (Unikin), Damien Poelaert (UCL), Philippe Raxhon (ULG), Maria Stella Rognoni (Universités de Florence et de Pérouse), Walter Schicho (Université de Vienne), Pierre Tilly (FUCAM), Frédéric Turpin (Université d'Artois), Urban Vahsen (Université de Trèves), Patricia Van Schuylenbergh (UCL) et Émile Willaert.

[2] Hans Carle, Étienne Davignon, Jacques Franck, Frédéric François, Charles-Ferdinand Nothomb, Patrick Nothomb, Louis De Clerck, Jules Fafchamps, Jules Hollants van Loocke et Pierre Wustefeld.

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21 08 12

Le pays de Popold...

Congo.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 21/08/2012 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

Se penchant, dans un récit grinçant intitulé Congo paru chez Actes Sud à Arles, sur la conférence de Berlin qui accorda en novembre 1884 à Léopold II la souveraineté sur le territoire de l'État indépendant du Congo et abordant certaines de ses conséquences (l'application aux Indigènes d'un régime de travail forcé pour la récolte du caoutchouc débouchant sur le système infâme des mains coupées instauré par le lieutenant Léon Fiévez et dénoncé à partir de 1900 au Royaume-Uni et aux États-Unis – deux États protestants furieux du quasi monopole des missionnaires catholiques au Congo, ce que l'auteur ne dit pas – mais aussi les critiques émises sur le tard par le lieutenant Charles Lemaire), l'écrivain français Éric Vuillard, né à Lyon en 1968, fait à la fois preuve d'un beau talent stylistique (la satire est bien tournée, le parti-pris volontairement simpliste, les portraits-charges très réussis et les philippiques assassines à souhait) et d'une ignorance ingénue des détails qui prête à sourire  selon lui, l'EIC était 8 fois plus grand que le Belgique (au lieu de 80...), Lemaire était originaire de Cuesme (au lieu de Cuesmes), la route Moanda-Boma passe par la ville (et non le village de quelques maisons) de Banane (qui n'est pas entre Moanda et Boma) et ainsi de suite...

Il est vrai que le Canard enchaîné, que l'on a connu mieux inspiré, écrit quant à lui dans sa recension de l'ouvrage en date du 14 août 2012 qu'« il ne faut pas oublier que le Congo était la propriété privée du roi des Belges, Léopold Ier »...

On regrettera enfin le sous-titre de «Récit » accolé par l'auteur à son texte, dans la mesure où il se livre (avec brio, répétons-le), de manière purement conjecturale, à l'exposé des états d'âme supposés des protagonistes.

Les mots «Fable » ou «Fiction » auraient mieux fait l'affaire...

PÉTRONE

Congo par Éric Vuillard, Arles, Éditions Actes Sud, collection « Un endroit où aller » créée par Françoise et Hubert Nyssen, mars 2012, 99 pp. en noir et blanc au format 10 x 19 cm sous couverture brochée en couleur, 15 €

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16 07 12

Un sac d'embrouilles...

 

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le conflit israélo palestinien.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 16/07/2012 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

Richement illustré, le petit essai de Paul Gerbaud intitulé Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le conflit israélo-palestinien, paru aux Éditions Hatier à Paris dans la remarquable collection des « Guides visuels », fait le point en images sur ce qui est peut-être le plus long conflit de l'histoire puisqu'il plonge ses racines dans l'empire romain, plus précisément la révolte des Juifs sous Titus qui dura de 66 à 70 après J.C. et se conclut par la prise de Jérusalem, la destruction du Temple et la dispersion des Juifs dans la Romania.

Abordant le problème à partir du XIXe siècle dans l'empire ottoman, dans l'empire russe et en Europe, l'auteur rappelle qui fut Theodor Herzl et ce que sont le sionisme et le nationalisme arabe, décrit l'embrouillamini diplomatique de la Première Guerre mondiale (la politique du colonel Lawrence, les accords Sykes-Picot, la déclaration Balfour, les pressions de Chaïm Weizmann et de Zeev Jabotinsky, la création de la légion juive) et de ses suites (le mandat britannique sur la Palestine, les velléités indépendantistes de la dynastie hachémite, la création de la Haganah et de l'Agence juive, la montée des tensions en Terre sainte, l'arrivée massive de Juifs, entre 1929 et 1939, en raison de la montée des périls en Allemagne et ailleurs, la rébellion arabe de 1936, le ralliement de David Ben Gourion à la lutte des Britanniques contre l'Axe en 1940, l'adhésion du grand mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini, à la cause de Hitler, le congrès sioniste de Biltmore [USA] en 1942 revendiquant un État juif sur l'ensemble de la Palestine...).

Après la Libération de l'Europe et la découverte de la Shoah, le mouvement sioniste durcit son action contre les Anglais en vue de créer un État indépendant (assassinat de lord Moyne au Caire en 1944 et attentat contre l'hôtel King David à Jérusalem en 1946) et organise l'arrivée massive et clandestine de Juifs en Palestine tandis qu'est fondée la Ligue arabe au Caire en 1945.

En 1947, dépassés par les événements et la violence sioniste (provoquée notamment par le mouvement terroriste Irgoun sous la direction de Menahem Begin et par le groupe Stern, carrément fasciste, mené par Yitzhak Shamir – ces deux hommes deviendront premiers ministres d'Israël...), les Britanniques remettent leur mandat aux Nations unies.

On connaît la suite : la guerre civile entre les communautés arabe et juive, la création de l'État d'Israël en 1948, les guerres israélo-arabes à répétition (1948, 1956, 1967, 1982), la création des camps, la fondation du Fatah par Yasser Arafat (1959) et de l'OLP à l'instigation de Nasser (1964), Septembre noir (Jordanie, 1970), le terrorisme des fedayins (point culminant : le massacre d'athlètes israéliens aux JO de Munich en 1972), les accords Sadate-Begin à Camp David en 1978, les intifadas (1987, 2000), la création du Hamas (1987), les accords d'Oslo (1993) et l'assassinat de Yitzhak Rabin (1995) par un Juif d'extrême droite, les provocations et la politique sanglante d'Ariel Sharon, celle tout aussi sanglante du Hamas, la création du Mur de sécurité, le blocus de Gaza...

Avec pour toile de fond, ajouterons-nous, l'occupation et l'annexion (en cours) par Israël des territoires palestiniens et la spoliation continue de leurs populations, en dépit des protestations internationales.

Quel bazar !

PÉTRONE

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le conflit israélo palestinien par Paul Gerbaud, préface de Pascal Boniface, Paris, Éditions Hatier, collection « Guides visuels », janvier 2012, 224 pp. en quadrichromie au format 11 x 16 cm sous couverture brochée en couleurs, 10,90 € (prix France)

 

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26 06 12

Le poids des mots...

Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondiale.gifLes Éditions André Versaille à Bruxelles ont fait paraître naguère un passionnant recueil rassemblant, établis par Dominique Mongin, Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondiale, un ouvrage qui propose une lecture originale de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale à travers des allocutions prononcées par les principaux acteurs du conflit : Léon Blum, Arthur Neville Chamberlain, Winston Churchill, Pierre Cot, Édouard Daladier, Dwight Eisenhower, Francisco Franco, Charles de Gaulle, Joseph Goebbels, Haïlé Sélassié, Heinrich Himmler, Hirohito, Adolf Hitler, Henri de Kérillis, Pierre Laval, Léopold III, Benito Mussolini, Philippe Pétain, Pie XII, Hubert Pierlot, Marcel Pilet-Golaz, Franklin Roosevelt, Jan-Christiaan Smuts, Joseph Staline, Harry Truman et Jean Zay.

Chaque discours est replacé dans son contexte historique, expliqué – tant du point de vue de son origine que de sa portée – et mis en perspective avec les grandes décisions qui ont rythmé le déroulement de la guerre. Cette démarche permet de comprendre la postérité de ces textes et la place qu'ils occupent dans la mémoire collective.

La première partie de l'ouvrage concerne la période 1935-1939 et met en exergue l'échec du système de « sécurité collective ». La deuxième partie s'intéresse aux débuts du conflit (1939-1940) et donne des coups de projecteurs sur la Guerre éclair, la Drôle de guerre, la Résistance et la Collaboration. La troisième partie (1941-1942) montre comment d'une guerre « régionale », limitée à l'Europe, on est passé à une guerre mondiale. La quatrième et dernière partie (1943-1945) traite de la progression des Alliés vers la victoire finale et l'avènement d'un nouvel ordre international.

Un livre qui en dit long sur le plus grand conflit de l'histoire !

Bernard DELCORD

Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondiale, édition établie par Dominique Mongin, préface de Maurice Vaïsse, Bruxelles, André Versaille éditeur, collection « Références », avril  2010, 443 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 34,90 €

Pour vous, nous avons repris dans cet ouvrage essentiel les fameuses phrases suivantes :

DISCOURS DE WINSTON CHURCHILL DU 13 MAI 1940 (EXTRAITS)

Vendredi dernier, dans la soirée, Sa Majesté m'a confié la mission de former un nouveau gouvernement. C'était le vœu, la volonté clairement exprimée du Parlement et de la nation qu'il reposât sur les bases les plus larges, et comprît tous les partis, tant ceux qui soutenaient l'ancien gouvernement que les partis d'opposition. Je me suis acquitté de la partie la plus importante de cette tâche. Un cabinet de guerre constitué de cinq membres a été formé, qui représente, avec les libéraux de l'opposition, l'unité de la nation. Les chefs des trois partis ont accepté de servir dans le cabinet de guerre ou aux plus hauts postes de l'État. Les trois ministères en charge de la Défense nationale sont pourvus. Étant donné l'extrême urgence et la gravité des événements, il était indispensable que tout cela fût accompli en un seul jour. Beaucoup d'autres postes, des postes clés, ont été attribués hier, et je soumettrai, dès ce soir, une liste complémentaire à Sa Majesté. J'espère en finir dans la journée de demain avec la nomination des principaux ministres. Celle des autres ministres prend d'ordinaire un peu plus de temps, mais je suis convaincu qu'à la prochaine réunion du Parlement, cette partie de ma tâche aura été menée à bien, et que le gouvernement sera au complet.

J'ai jugé que l'intérêt général commandait d'inviter la Chambre à se réunir aujourd'hui. Étant du même avis, M. le président a pris les mesures nécessaires, en vertu des pouvoirs qui lui sont conférés par la Résolution de la Chambre.

Au terme du débat, nous proposerons l'ajournement de la Chambre jusqu'au mardi 21 mai, avec, bien évidemment, la possibilité de nous réunir plus tôt, si nécessaire. Les députés seront informés aussitôt que possible des affaires à traiter durant cette semaine. J'invite maintenant la Chambre, par la motion que je propose, à exprimer son approbation des mesures prises et à voter sa confiance au nouveau gouvernement.

Former un gouvernement d'une telle envergure et d'une telle complexité constitue déjà, en soi, une lourde entreprise. Mais n'oublions pas que nous sommes à l'aube d'un des plus grands affrontements de l'Histoire, que nous combattons sur de nombreux fronts en Norvège et en Hollande, qu'il faut nous tenir prêts en Méditerranée, que la bataille aérienne ne connaît aucune trêve, et que de nombreux préparatifs, déjà signalés par mon honorable ami et prédécesseur, doivent être faits ici, chez nous. Dans la crise que nous traversons, j'espère que la Chambre pardonnera la brièveté de mon discours. J'espère qu'aucun de mes amis et collègues, ou anciens collègues, touchés par le remaniement ministériel, ne me tiendra rigueur, en aucun cas, si, pressé d'agir dans de telles circonstances, j'ai négligé les usages.

Enfin, je voudrais tenir à la Chambre le même langage qu'à mes collègues du gouvernement : « Je n'ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur ». Nous faisons face à la plus terrible des épreuves. Nous avons devant nous maints longs mois de lutte et de souffrance. Vous demandez ce qu'est notre politique ? Je peux vous le dire : c'est faire la guerre, sur mer, sur terre et dans les airs, par tous les moyens, avec toute la puissance et avec toute la force qu'il plaira à Dieu de nous donner ; faire la guerre contre une tyrannie monstrueuse, sans égale dans le sinistre et lamentable catalogue du crime humain. Voilà notre politique. Vous me demandez quel est notre but ? Je vous réponds d'un mot : la victoire, la victoire à tout prix, la victoire en dépit de toute terreur, aussi longue et difficile que puisse être la route, la victoire ; car sans victoire, il n'est point de salut. Prenez-en conscience : point de salut pour l'Empire britannique, point de salut pour tout ce que l'Empire britannique a toujours défendu, point de salut pour le désir et la force qui ont de tout temps poussé l'humanité, toujours plus avant, vers le progrès.

Mais c'est plein d'espoir et d'enthousiasme que j'assume ma tâche car, je le sais, les hommes ne peuvent pas manquer à notre cause. En cet instant, je ressens le droit d'exiger le concours de tous et je proclame : « En avant donc, marchons tous ensemble, dans la force de notre unité ».

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25 06 12

Des révélations en rafales...

La mort sur une frontière lointaine.jpgDans La mort sur une frontière lointaine paru chez Luc Pire à Liège, l'historien anglais Charles Whiting –par ailleurs auteur du Dernier assaut paru chez le même éditeur en 2011– jette une lumière crue et peu louangeuse sur l'action de Dwight Eisenhower et de son entourage, qu'il accuse d'avoir manqué, pour de très mauvaises raisons, l'occasion d'une victoire totale contre le Troisième Reich en septembre 1944.

À cette époque, la Wehrmacht a été défaite en France et les Allemands refluaient vers leur propre frontière, vivement poursuivis par le général Patton à la tête de la 3e Armée ainsi que par le général Patch et sa 7e Armée.

Entre les Allemands en fuite et la frontière se trouvait la 1re Brigade SAS britannique, forte de 2500 hommes. La mission de cette unité parachutiste d’élite était de soulever la résistance locale, de saboter les lignes allemandes et, de façon générale, de créer la pagaille de sorte que la 3e Armée de Patton et la 7e de Patch puissent atteindre rapidement la ligne Siegfried.

Cette combinaison alliée offrait la possibilité de terminer victorieusement la guerre à l’ouest avant l’hiver.

Cependant, le commandant suprême allié, le général Eisenhower, ordonna une progression sur un large front et la chance fut manquée, ce qui entraîna la poursuite des combats jusqu’en mai 1945.

La mort sur une frontière lointaine, qui écorne au passage certains poncifs à propos des « bonnes » relations entre la Résistance française et les troupes alliées, est un récit trépidant truffé d'informations nouvelles sur le rôle joué par les SAS à l’époque et sur le refus d’Eisenhower de permettre à la 3e Armée de Patton d’effectuer la poussée décisive.

Un fameux pavé dans la mare !

Bernard DELCORD

La mort sur une frontière lointaine par Charles Whiting, traduction de Paul Maquet et Josette Maquet-Dubois, Liège, Éditions Luc Pire, mai 2012, 247 pp. en noir et blanc au format 14 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 24 €

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