18 01 12

Des mots d'enfants pour se souvenir...

 414bmyfSPKL._SL500_AA300_.jpgMarie-Julie Rosenrot surnommée Lili Rose, a 9 ans en 1940 quand commence l'Exode. Elle part avec sa famille sur les routes françaises. Avec des mots d'enfant, elle nous raconte SA guerre. Un récit poignant avec toute l'insouciance de l'enfance, pourquoi les bombes seraient-elles pires que la punition de sa maman lorsqu'elle est prise en train de voler à l'école? Elle joue à la messe, à la guerre, fait des bêtises, avec ses frères, un monde à part, une bulle à côté des bombardements. Des écrits naïfs, simples qui montrent que le temps passe. Un jour, Lili Rose abandonne son récit de l'Exode...« J'attends mon heure », cette phrase revient régulièrement, mais qu'attend réellement Lili Rose? Deviendra-t-elle celle qu'elle a toujours rêvé d'être? On la retrouve quelques années plus tard, elle a grandit... Le ton change, les mots aussi. On découvre une jeune fille débrouillarde, confiante, qui croit en l'avenir. Désormais, on ne l'appelle plus Lili Rose mais Maroussia. Est venu, le temps où il faut se débrouiller et gagner sa vie. Une période difficile pour la jeune fille. "Je préfère avoir faim que sommeil, encore que je m'endorme mal quand j'ai trop faim." Après des petits boulots pour s'en sortir, elle entreprend des études aux Beaux Arts pour devenir architecte. Elle rencontre des garçons, sort, vit pleinement sa vie d'étudiante. Ses amis l'appellent Marie... Elle voyage, découvre la vie parfois malgré elle. Et puis, elle rencontre Jacques, un mariage, un voyage de noces... Et aujourd'hui, qu'est-elle devenue? Marie-Julie n'est pas morte, elle repense à sa vie à travers une boîte à boutons. " Une boite à boutons, c'est plus, ou mieux, ou pire qu'un album de photos figées, car les boutons ont vécu et s'offrent pour revivre. "

 Marie Faucher est d'abord auteur de contes. Grâce à ces cahiers retrouvés des années plus tard, ces cahiers griffonnés, elle devient plus réaliste et retrace son histoire personnelle. Ces cahiers, qui racontent avec naïveté et simplicité des histoires, l'histoire de cette petite fille. Avec humour, tristesse parfois même dureté, Marie Faucher a continué l'histoire, a voulu montrer comment Lili Rose est devenue grande dans cette société d'après-guerre...

 Sortie prévue ce 19 janvier 2012.

 Les cahiers de Lili Rose, Marie Faucher, éd. Carnets Nord, Janvier 2011, 204pp, 17€.

 

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Gwendoline Fusillier, Histoire, Récits, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

12 01 12

Deux soeurs inséparables...

 9782253134565.jpg« Louise et Juliette » est le premier roman de Catherine Servan-Schreiber. Tiens! Un nom qui vous dit probablement quelque chose. En effet, Catherine est la fille de la célèbre sénatrice et journaliste, Brigitte Gros et la petite fille d'Emile et Denise Servan-Schreiber. Une famille bien connue dans le milieu journalistique et politique. Pour son premier roman, elle nous offre l'Histoire (oui oui avec un grand H!!) de sa famille sous l'occupation allemande en France.

 « Louise et Juliette », ce sont deux soeurs qui s'aiment d'un amour inébranlable. L'une, Louise a épousé Charles, le directeur d'un journal et issu d'une famille juive. Le couple a cinq enfants. L'autre, Juliette, est mariée avec un préfet. Ensemble, ils ont un enfant, Cédric.

 Des soeurs que rien ne devrait séparer et pourtant.... La Seconde Guerre Mondiale arrive... Va-t-elle les éloigner? Par les kilomètres sûrement, mais les deux soeurs s'écrivent, se racontent leur guerre, chacune dans des camps opposés. En effet, Juliette, suit son mari, Paul. Lui, qui a choisit Vichy, qui vénère le Général Pétain et qui ne « fait que son devoir ». Louise, de son côté, s'inquiète, fuit l'ennemi, vit dans la peur, se réfugie à Megève, zone libre à l'époque. Sa famille juive change de nom pour échapper aux allemands.

 « Louise fuyait les Allemands, Juliette les attendait. »

Tout au long du roman, on suit cette inquiétude de Louise pour sa famille, surtout pour Charles et sa fille ainée, qui se sont engagés dans la Résistance. Une fois la zone libre de Mégève envahie, Louise retourne à Paris... Et après des années de séparation, elles se retrouvent. Leur amour l'une pour l'autre est intact, chacune essaie de comprendre la position délicate de l'autre pendant cette guerre qui n'aura pas eu raison de leur lien si fort.

 « Louise et Juliette », un roman au suspense insoutenable, que l'on dévore du début à la fin. Émouvant, inquiétant, très juste et rempli de belles valeurs familiales.

Louise et Juliette, Catherine Servan-Schreiber, éd. Livre de Poche, Septembre 2011, 445pp., 6,90€.

 

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Gwendoline Fusillier, Histoire, Romans, Servan-Schreiber | Commentaires (0) |  Facebook | |

02 01 12

Au cœur des monopoles

 Les Stoclet.jpg Le texte ci-dessous a été mis en ligne le 02/01/2012 dans les colonnes du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) 

Quand on prononce le nom de Stoclet, c’est bien souvent pour évoquer le « palais » éponyme de l’avenue de Tervuren qui défraie la chronique depuis plusieurs années. Ce bijou d’architecture, placé depuis 2009 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, est en effet au centre d’une querelle judiciaire entre quatre héritières du bâtiment et la Région de Bruxelles-Capitale à propos du classement et de la vente de son mobilier[1]. Une bien triste histoire qui rend la demeure, décorée notamment par Klimt, non visitable à l’heure actuelle. Faute d’entretien, la maison était d’ailleurs tombée dans un état de délabrement important avant que des travaux de rénovation y aient été entamés d'urgence pour parer au plus pressé[2].

  Cependant, derrière le bâtiment, il y a surtout le nom d’une dynastie d’industriels belges dont Michel Dumoulin, professeur émérite d'histoire à l’UCL, en collaboration avec Pierre-Olivier Laloux, chercheur dans cette université, a livré une très complète biographie parue récemment aux Éditions Le Cri à Bruxelles.

  Recherche fort aboutie par la qualité de sa documentation, composée de sources issues d’archives diverses conservées tant en Belgique qu’à l’étranger, enrichie d’une très large bibliographie ainsi que de témoignages oraux, ou –plus original – d’analyses graphologiques des lettres des Stoclet, l’ouvrage s’adressera tant au public familier de l’histoire économique et sociale des XIX et XXe siècles, qu’aux néophytes curieux.

  Car c’est bel et bien une saga familiale hors du commun qui est retracée dans cet opus. Avec le patriarche Adolphe Ier, un fils de couteliers de Gembloux né en 1814, elle débute par l’histoire d’un « self-made man », jeune diplômé en droit de l’université de Liège qui entama sa carrière comme preneur de brevets, entre autres pour le compte de son beau-père, et termina sa vie à la tête d’une fortune considérable en tant qu’administrateur de différentes compagnies industrielles et commerciales, non sans avoir réalisé quelques transactions immobilières juteuses au passage, et construit l’immense domaine d’Ostemerée près de Dinant.

  Elle se poursuivit avec Victor, un ingénieur qui prolongera l’œuvre paternelle dans l’administration de compagnies de chemins de fer, en Belgique et à l’étranger (notamment en Chine à la faveur de l’expansion commerciale belge en Extrême-Orient sous l’impulsion de Léopold II). À sa suite, ses deux fils Victor et Adolphe prendront la relève (ce dernier entrant un peu plus dans la légende en commandant à Hoffmann la villa de l’avenue de Tervuren), puis ses héritiers René et Philippe, celui-ci signataire de la préface de l’ouvrage.

  Au fil des pages se démêlent les fils entrelacés de cette histoire de dynastie aux ramifications européennes par les différents mariages, d’amour ou de raison, qu’elle eut à célébrer. Comme dans toutes les familles, les relations entre les Stoclet furent tantôt cordiales et fraternelles, tantôt marquées du sceau de l’incompréhension, de la jalousie, voire de la haine entre père et fils, frères et beaux-frères, filles et belles-mères, cousins et cousines.

  Sous les dorures des palaces ou autour des tables rondes des conseils d’administration, c’est donc une comédie humaine qu’on lira, celle d’une famille de riches capitalistes dans une Belgique qui ne doutait pas encore de sa puissance. L’ouvrage invite également au voyage, quand « Bruxelles rêvait », dans le Paris, le Milan, le Saint-Pétersbourg et la Vienne de la Belle Époque. Il révèle aussi comment la famille traversa avec plus ou moins de bonheur les deux guerres mondiales, ou géra les défis de la reconstruction économique européenne.

  Une belle étude de ce « microcosme d’ambitions et de passions », qui reflète bien les relations complexes entretenues au sein des réseaux économiques et politiques entre hommes et femmes, autour de l’ambition, de l’argent et du pouvoir…

  EUTROPE

 Les Stoclet, microcosme d’ambitions et de passions par Michel Dumoulin avec la collaboration de Pierre-Olivier Laloux, préface de Philippe Stoclet, Bruxelles, Éditions Le Cri, collection Belgique Europe Outre-mer, novembre 2011, 536 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 30 €.

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[1] Voir l'article de Guy Duplat, « La saga juridique du palais Stoclet », dans La Libre Belgique du 12-13/01/2008.

[2] Voir l'article de Guy Duplat, « La saga du palais Stoclet », dans La Libre Belgique du 27/07/2009 et, du même auteur, « Le palais Stoclet a cent ans mais reste fermé », dans La Libre Belgique du 7/01/2011 ; voir également l’ouvrage que nous recensons, aux pages  444 à 448.

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13 12 11

Guerre en outre-tombe…

 Sans titre8.jpgDans Opération Mincemeat paru en traduction française chez Ixelles éditions à Bruxelles, le rédacteur en chef adjoint du Times de Londres, Ben Macintyre, ressuscite l’aventure ébouriffante du cadavre d’un homme n’ayant jamais existé, le major William Martin, dont le corps fut repêché par un beau matin d'avril 1943, au large de l'Andalousie, par un pêcheur espagnol.

 Il s’agissait en réalité de la dépouille d'un Gallois indigent déguisé par les soins du MI5 en agent secret britannique dont la mission aurait échoué, puisqu’il transportait des documents secrets de la plus haute importance, révélateurs des préparatifs d’un débarquement anglo-américain en Grèce et en Sardaigne.

 Bien entendu, ces informations étaient inexactes, et les espions nazis tombèrent magnifiquement dans le panneau, ce qui permit aux Alliés de débarquer (presque) tranquillement en Sicile.

 L’auteur, qui a eu accès à de nombreux documents privés et inédits ainsi qu’aux archives du Security Service, piste les tenants et les aboutissants de cette « intox » célèbre en montrant comment, partie de Londres, elle atterrit sur le bureau du Führer à Berlin en passant par Madrid, après avoir transité dans les eaux glacées d’un loch écossais et le long des côtes de Sicile.

 Une mystification morbide qui épargna bien des vies !

  Bernard DELCORD

 Opération Mincemeat par Ben Macintyre, traduction de Danielle Lafarge, Bruxelles, Ixelles éditions, novembre 2011, 380 pp. en noir et blanc au format 15 x 23 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 22,90 €

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13 12 11

Quiz-tionnaire

9782709638104FS.jpg "A un an près, Napoléon aurait été Italien", Niepce, le papa de de la photographie se prénommait Nicéphore (et non Népomucène comme vous l'auriez cru), Louis de Funès était un excellent pianiste de jazz,  des pigeons furent portées aux nues pour leur rôle de messagers durant la Grande Guerre, les ennuis dentaires de Louis XIV, ne datent pas d'hier et le forcent à "cacher son sourire édenté derrière une bouche pincée". Un monarque qui a,  d'ailleurs, le privilège historique d'étrenner le"bistouri à la royale" pour traiter sa fistule anale.  Ajoutons que le célèbre masque de fer était peut-être en velours...

 Vous l'aurez compris, regroupant,  en 10 chapitres chronologiques les détails croustillants de l'Histoire de France, le Quiz de Laurent Boyer et de Clémentine Portier-Kaltenbach - la journaliste nous avait enchantés l'an passé d'un excellent Grands Zhéros de l'Histoire de France (JC Lattès - chronique sur ce blog) - constitue un cadeau idoine pour le réveillon de la Saint-Sylvestre. Alternant avec les"Le saviez-vous", les "Vrai ou faux" cultivent ces délicieuses miscellanées issues de l'émission historique, diffusée, chaque week-end sur les ondes de RTL. Située au bas de chaque page, une ligne du temps permet de situer les anecdotes dans la perspective historique de leurs événements.

 Les chemins de l'Histoire ont, décidément, de bien plaisantes stations.

Apolline Elter

Le grand Quiz des Histoires de France, Laurent Boyer et Clémentine Portier-Kaltenbach, beau livre, JC Lattès/RTL, novembre 2011, 280 pp, 20 €

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28 11 11

Blood, sweat, tears… and defeat

 

Les guerres d’Indochine (tome 1).gifSaluons l’heureuse initiative des Éditions Tallandier à Paris qui ont réédité [1], dans une version de poche mise à jour, les deux tomes de la remarquable somme historique de Philippe Franchini – grand spécialiste s’il en est, par ailleurs né à Saigon d’un père corse et d’une mère vietnamienne – intitulée Les guerres d’Indochine, un ouvrage qui brille autant par son érudition que par la fluidité de son propos et la perspicacité de ses interprétations.

 

Le premier volume va des origines du pays (sept siècles avant Jésus-Christ) et des prémisses de la colonisation française (par le commerce et l’évangélisation dès le XVIIsiècle) jusqu’au soutien de la Chine maoïste à Ho Chi Minh en 1949, en passant par la conquête française au XIXsiècle, l’agitation nationaliste des années 1920, la naissance de la Ligue Viet-Minh en mai 1941, les accords franco-japonais signés par Vichy durant la Seconde Guerre mondiale, la résistance gaulliste au Japon à la fin de 1943, les accords de Potsdam en août 1945, la proclamation de l’indépendance du Vietnam à Hanoi le 2 septembre 1945, les premières violences antifrançaises en janvier 1946 suivies d’une généralisation du conflit en décembre de la même année, les tentatives politiques de résolution du conflit en 1947-48 et les lourds combats de l’année 1949.

 

Le tome 2 détaille l’internationalisation du conflit en raison de la reconnaissance mutuelle, en janvier 1950, du gouvernement vietminh et des régimes communistes chinois et soviétique d’une part, et de la reconnaissance du Vietnam baodaïste par la Grande-Bretagne et les États-Unis d’autre part, jusqu’à la chute apocalyptique de Saigon le 30 avril 1975, après une cascade de défaites occidentales (celles de la France à Caobang en 1950 et de Diên Biên Phù en 1954, à l’issue de la bataille la plus meurtrière et la plus longue de la guerre froide, suivie notamment de celles de Binghia à la fin de 1964, du Cambodge en juin 1970, de Huê et Danang en mars 1975, ou encore de Phnom Penh quelques jours plus tard), les USA ayant progressivement pris la relève des Français sur le terrain à partir de février 1955 pour se jeter dans une escalade militaire à l’impopularité croissante tant auprès de la jeunesse yankee que des bouddhistes sur le terrain – on se souviendra, par exemple, de l’immolation publique du bonze Quang Duc le 11 juin 1962.

 

Les guerres d’Indochine  (tome 2).gifOn retrouve dans cette saga bien des noms, comme ceux de Winston Churchill, de Charles de Gaulle, de Georges Bidault, d’Antoine Pinay, du commandant Marcel Bigeard, du colonel de Castries, des généraux Jean de Lattre de Tassigny, Alphonse Juin et Henri Navarre, des présidents Harry Truman, Dwight Eisenhower, John (et Robert) Kennedy, Lyndon Johnson, Richard Nixon et Gerald Ford, d’Averell Harriman, de Foster Dulles, de Henry Cabot-Lodge, de Robert Mac Namara, de Maxwell Taylor, de Michaël Forrestal, de William Fullbright, de Dean Rusk, de Hubert Humphrey, du général Westmoreland, de Henry Kissinger, de U Thant, de Nikita Krouchtchev, d’Alexis Kossyguine, des généraux vietminh Duong Van Minh et Vo Nguyen Giap, des politiciens Ngo Dinh Diem, Le Duc Tho, Pham Van Dong, Khieu Samphan, Le Van Kim, du maréchal Lon Nol, des princes Norodom Sihanouk et Souvanna Phouma, de Mao Zedong, de Zhou Enlai ainsi que d’une flopée de Nguyen et de Tran…

 

Qui rappelleront sûrement bien des choses à nos lecteurs quinquagénaires !

 

Bernard DELCORD

 

Les guerres d’Indochine Tome 1 : De la conquête française à 1949 Tome 2 : De 1949 à la chute de Saigon par Philippe Franchini, Paris, Éditions Tallandier, collection « Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, août 2011, 670 pp. + 780 pp. en noir et blanc au format 12 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € chacun (prix France)



[1] La version princeps date de 1988, aux Éditions Pygmalion, et n’était plus trouvable en librairie.

 

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24 11 11

Uchronique, vous avez dit..

a_Astridcouv2_66257.jpgQui n'a rêvé de refaire le cours de l'Histoire?

 

Stéphane de Lobkowicz le réalise qui nous propose un roman "uchronique", ressuscitant la Reine Astrid de l'accident automobile de Küssnacht, tandis que son royal époux décède sur le coup.

 

Une inversion des rôles qui change le cours des événements et d'une Histoire belge que l'auteur imagine avec une fougue jubilatoire :  attendant la majorité de Baudouin, âgé de 4 ans à l'époque, la Reine Elisabeth accepte d'assurer la régence du Royaume. La guerre 40-45 la propulse Commandant en Chef de l'Armée, rôle qu'elle assume avec autorité et courage. Exilée en Espagne et à Londres, la famille royale aura la grande joie de s'adjoindre les services d'une gouvernante, hors pair, une certaine Lilian Baels....

 

Dotée d'une connaissance aiguë de cette période de l'Histoire, Stéphane de Lobkowicz s'offre le plaisir visible de la réorganiser. Les lecteurs un peu perdus - dont je suis - pourront remettre leurs pendules à l'heure des faits avérés en découvrant l'annexe rédigée par Charles de Trazegnies, en fin d'ouvrage , " Les faits tels qu'ils se sont réellement produits et succédés dans le temps."

 

Dès lors, autant savourer en toute sérénité , le mauvais quart d'heure que la Reine Elisabeth fait passer à Hitler, l'invectivant en son dialecte bavarois natal, le lapin que le Prince Charles pose à l'Occupant (allemand) et le cri (du coeur) d'un certain Jules Lahaut....

 

Apolline Elter

 

La reine Astrid n'est pas morte à Küssnacht, Stéphane de Lobkowicz, roman historique (uchronique), Editions de l'Arbre, novembre 2011, 332 pp, 18,9 €

 

Écrit par Apolline Elter dans Histoire, Littérature générale | Commentaires (3) |  Facebook | |

23 11 11

« Hôtel Rwanda » à Berlin

Refuge en enfer.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 23/11/2011 dans les colonnes du magazine satirique belge SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

Le 24 avril 1945, des soldats russes prennent le contrôle du quartier Wedding à Berlin et découvrent un bâtiment à peu près intact abritant plusieurs centaines de personnes – médecins, infirmières, malades, personnel non médical, et un groupe d'individus hétérogène. Un homme s'avance : « Ceci est l'hôpital juif. Nous sommes juifs ». Les Russes sont incrédules, persuadés que tous les Juifs d'Allemagne étaient morts.

 

L’ouvrage de Daniel B. Silver intitulé Refuge en enfer paru chez André Versaille à Bruxelles narre par le menu comment un hôpital de Berlin qui abritait des centaines de Juifs – pour la plupart mariés à des non-Juifs – a survécu au cœur du cyclone nazi, parce qu’il avait été maintenu en service par la Gestapo à des fins de propagande certes, mais aussi en raison d’une conjonction de facteurs comme la bureaucratie et la convoitise immobilière des services d’Himmler opposés à ceux d’Eichmann, la rivalité entre l’Académie de médecine de la jeunesse et le RSHA et, surtout, grâce aux capacités manœuvrières du médecin-chef de l'hôpital, le Dr Walter Lustig, un Juif allemand qui, à force d’adresse, de ruses et de persuasion, protégea de la déportation les membres clés de son équipe et garda l’hôpital en état de marche tout en favorisant la fuite ou la simple survie d’un certain nombre de ses patients.

 

Pour fonder son récit captivant, Daniel B. Silver a mené une enquête fouillée, appuyée sur des interviews de personnes ayant vécu ou travaillé durant toute la guerre ou une partie de celle-ci dans l'enceinte de l'hôpital, et ces témoignages ont été complétés et recoupés grâce notamment aux mémoires de Hilde Kahan, la secrétaire du Dr Lustig.

 

Dont il ressort l’existence de nombreux points communs entre Walter Lustig et Paul Rusesabagina qui, en 1994, sauva du génocide à la machette pas moins de 1266 personnes réfugiées dans l’enceinte de l’Hôtel des Mille Collines à Kigali.

 

Les derniers des Justes ?

 

PÉTRONE

 

Refuge en enfer par Daniel B. Silver, Bruxelles, André Versaille éditeur, août 2011, 302 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 21,90 €

 

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22 11 11

Renaissance et exécution…

Giordano Bruno.gifL'article ci-dessous a paru dans la newsletter de novembre 2011 des guides gastronomiques belges DELTA avant d'avoir été mis en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :

 

Dans Giordano Bruno - La vie tragique du précurseur de Galilée, un récit haletant paru à Bruxelles aux éditions André Versaille, le biographe français Jean Rocchi explique avec beaucoup de talent comment et pourquoi, le 17 février 1600, les soldats de l'Inquisition ont conduit au bûcher, après de longues années de procès, ce frère dominicain né cinquante-deux ans auparavant à Nola, un village du sud de l’Italie aux pieds du Vésuve, qui avait défendu la vision hérétique d'un univers infini et d'un ciel peuplé de cent mille soleils.

 

Doté d’une intelligence exceptionnelle et d’un goût irrésistible pour la provocation, le premier cosmologue italien moderne, disciple de Copernic, était un esprit rebelle aux dogmes de l’Église catholique et du calvinisme, ce qui lui valut les foudres des autorités religieuses et universitaires de son temps, mais aussi l’admiration de quelques grands penseurs et hommes politiques, comme le podestat vénitien Zuane Mocenigo qui le fit venir à la Sérénissime en 1591 pour y enseigner l'art de la mémoire et la géométrie – ce qui ne l’empêcha pas de livrer Giordano Bruno à l’Inquisition vaticane le 23 mai 1592.

 

Soumis à des interrogatoires interminables et à la torture, celui qui, au cours d’une vie d’errance à travers l’Europe, avait eu notamment l’honneur d’enseigner en 1582 au collège de Cambrai (le futur Collège de France) à Paris et pour qui Henri III avait ensuite créé à la Sorbonne une chaire « extraordinaire », fut brûlé nu sur le Campo dei Fiori à Rome en sacrifiant sa vie à la vérité après avoir obstinément refusé d'abjurer ses idées.

 

Qui avaient cependant – Dieu merci ! – grandement fait leur chemin, ainsi que l’explique l’historienne des idées Gisèle Venet, professeur émérite à la Sorbonne Nouvelle, dans la postface éclairée qu’elle a donnée à ce récit de vie riche en bruit, en fureur et en rebondissements…

 

Bernard DELCORD

 

Giordano Bruno - La vie tragique du précurseur de Galilée par Jean Rocchi, postface de Gisèle Venet, Bruxelles, André Versaille éditeur, collection « Des hommes dans l’histoire », août 2011, 262 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 22,90 €

 

Pout vous, nous avons recopié dans ce récit passionnant ces quelques lignes édifiantes :

 

Comment le saint tribunal en vint à la torture…

 

Ce même jour de septembre, les révérends pères et prélats présents à la séance du saint tribunal font un tour de table. Le procureur fiscal Giulio Monterenzi, donnant le ton, estime que, pour la première partie du procès, la culpabilité de Bruno n'est pas encore été établie sur les propositions qu'on lui reproche. Il demande qu'« il soit torturé sur les autres propositions ». Le deuxième orateur, le R.P. Marcello Filonardo, assesseur du tribunal, dit la même chose : le frère Giordano ne peut pas encore être considéré comme confondu. « Il faut néanmoins qu'il soit torturé fortement et qu'on lui fixe un terme pour se repentir. » Le commissaire général du Saint-Office, le R.P. Alberta da Fiorenzuola, est du même avis : « Étant donné l'infamie de cet homme, étant donné qu'on ne peut avoir contre lui d'autres témoins que des criminels emprisonnés, et qu'il n'est pas près d'être confondu sur certains points, il faut le torturer fortement sur ces questions et sur les questions où il a déjà été confondu ». Le R.P. Petrus Millinus est exactement du même avis. Le R.P. frère Ippolito Maria Beccaria en rajoute, demandant « qu'il soit torturé non seulement une fois, mais plutôt deux fois et qu'il soit jugé sur le contenu de ses aveux ». Dernier à s'exprimer, le R.P. Anselmus Dandinus demande aussi « la torture, sur le chef d'accusation de la Trinité, et, si les réponses ne satisfaisaient pas », suggère « qu'on le livre au bras séculier ».

 

Le Très Saint-Père Clément VIII, arrivé de Monte Cavallo, écoute la lecture des votes des révérends pères et prélats, docteurs en théologie et en droit, et décrète et ordonne « qu'on fixe un terme à Bruno pour se repentir en ce qui concerne les sujets sur lesquels il a avoué et qu'entre-temps on étudie bien les dires des témoins et ses confessions: que sa cause soit de nouveau présentée ».

 

Ainsi la tragédie se prolongeait et cette lenteur de procédure faisait partie de la mise en scène : il fallait une apparence de recherche avant de condamner. Avec la cruauté des intentions, les compléments ‘information confirmaient, paradoxalement, l’échec des révérends et prélats : après huit années de détention et de procès, ils n'avaient pas réussi à soumettre le philosophe.

 

Le lendemain, 10 septembre, le Nolain entendit une rumeur montée de la ville, le bruissement indistinct d'une foule du côté sud, près de Tor di Nona, cris, appels, gens remuants, amassés là, sur les berges du Tibre. Hurlements. Un tenaillement probablement. Une foule sans doute considérable. Bruno tendit l'oreille. Tant de spectateurs... Des cris, des hurlements, des gens devaient se noyer. Des décollations bien sûr. Toute l'animalité de la ville devait être au rendez-vous... Bruno comprit les moments de stupeur de la populace, par deux fois, au bruit sec d'une lame sur un billot, petit claquement effrayant qu'il avait maintes fois entendu depuis des années. Le canon tonna juste au-dessus de sa tête, à quelques toises de sa geôle, sur la terrasse de Saint-Ange, suivi d'un autre coup mat et d'une grande stupeur collective : une troisième décapitation, sans doute...

 

Bruno n'allait pas tarder à apprendre les raisons de l'agitation : les tortures et la décapitation des enfants Cenci, en application d'un « motu proprio » du pape. Béatrice et ses deux frères, fils d'une très riche famille romaine, accusés sans preuve d'avoir assassiné leur père.

 

Pour Bruno, les juges allaient donc utiliser la peine vive pour lui arracher des confessions. La torture est une pratique courante dans ce genre d'affaire. Le Manuel des inquisiteurs qui en « réglemente » l'usage n'était pas équivoque : on torture l'accusé vacillant dans ses réponses, qui affirme tantôt ceci, tantôt le contraire, tout en niant les chefs les plus importants. Bruno nie l'essentiel et discute des diffamations. On torture un diffamé même s'il a contre lui un seul témoin à charge. Bruno en a plusieurs. On torture le diffamé contre lequel on a réussi à établir plusieurs indices. Bruno a tous ses écrits contre lui. On ne torture que les prêtres infâmes. Les révérends et les prélats de l'Inquisition l'estiment « coupable » et « infâme ».

 

Sa Sainteté ordonna la suite des recherches. Une semaine après le sinistre tour de table, le tribunal s'imagina avoir fait plier l'accusé. Le Nolain aurait enfin reconnu ses « erreurs ». Il lui restait quarante jours pour se mettre à genoux en l'église Santa Maria sopra Minerva et renier, en grande pompe, toute son œuvre.

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22 11 11

Le pas si bon vieux temps…

Les vies secrètes du vieux Paris.gifL'article ci-dessous a paru dans la newsletter de novembre 2011 des guides gastronomiques belges DELTA avant d'avoir été mis en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :

 

Sous-titré Le livre d'or des petites gens, des mauvais garçons et des filles de joie, l’ouvrage de Philippe Mellot intitulé Les vies secrètes du vieux Paris, qui a paru récemment aux Éditions Omnibus, fait revivre avec brio, surgie des bas-fonds de Pantruche, une vaste galerie de personnages répondant aux doux noms de la mère Cloporte, Cunégonde Grimard, Marie la Malice, Poil aux Pattes, Tampon et l'Anguille, la mère Moskow ou encore La Colique...

 

À leurs côtés sont réunis quelques stupéfiants héros de la vie parisienne : saltimbanques, cabaretiers, camelots, éleveur d'escargots, professeur de cris, montreur de lièvre, réveilleuses, chasseurs de chauves-souris, fabricants de chapelure, d'asticots ou d'os de jambonneau... des entrepreneurs à l'imagination prodigieuse dont les pratiques ont, pour la plupart, disparu des rues de la capitale française.

 

Ces caractères si pittoresques, l’auteur les a traqués dans les quartiers populaires jusqu'aux barrières de Paris où s'étendaient les paysages étranges et désolés des bords de la Bièvre, des fortifications, des carrières d'Amérique ou encore des cités de chiffonniers.

 

Près de 400 photographies, dessins et affiches, pour beaucoup inédits, illustrent cette exploration des quartiers pauvres et ténébreux de la « Ville-lumière » telle qu’ils étaient il y a cent ou cent cinquante ans.

 

Une plongée passionnante derrière le miroir aux alouettes !

 

Bernard DELCORD

 

Les vies secrètes du vieux Paris par Philippe Mellot, Paris, Éditions Omnibus, octobre 2011, 240 pp. en quadrichromie au format 19 x 25,5 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 31 € (prix France)

 

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage édifiant les quelques lignes suivantes :

 
 

Une industrie très particulière

 

Le trucage des denrées au XIXsiècle était un véritable sport national que les autorités ne parvenaient le plus souvent pas à endiguer. Si ça n'était sans doute pas une spécificité parisienne, les industriels de la capitale montraient toutefois des trésors d'ingéniosité pour flouer leur clientèle, généralement modeste car les plus riches disposaient d'un palais à qui on ne la faisait pas. Remarqué par Pierre-Léonce Imbert, le nommé Louis Z... était un de ces petits malins, un habitué d'un marchand de gros bleu de la rue Saint-Médard :

 

« C’était un de ces vieux cacochymes inutiles, ruinés par le libertinage, parasites fixés aux flancs de leur famille comme des poux à la peau des gueux espagnols ; semi-gâteux dont chacun souhaite la mort, et qui, l'âme au bout de la langue, toujours près de cracher leur dernière salive, vivent ou languissent presque autant de lunes que Mathusalem pour l'ennui de leur entourage.

 

Louis Z..., qui entretenait une maîtresse, se procurait des ressources assez considérables au moyen d'une industrie des plus curieuses, qu'il exploitait de compte à demi avec le mastroquet propriétaire de l'immeuble. Je le voyais pénétrer souvent dans l'arrière-boutique, et chaque jour, vers midi, une dizaine d'individus venaient lui apporter des sacs qu'il pesait aussitôt et payait de vingt-cinq à soixante centimes l'un, mais davantage, rarement moins.

 

Les sacs mystérieux contenaient des restes de pain ramassés un peu partout, mais principalement sur les tas d'ordures et dans les caisses que les ménagères déposent le matin, pour les boueurs, sur le pas de leur porte. Toutes les espèces de pain s'y trouvaient représentées. Il y avait des morceaux si durs qu'à les mordre un dogue se fût cassé les dents. D'autres, couvert d'une moisissure verdâtre, aussi longue que la barbe d'un patriarche, eussent fait les délices d'un botaniste. Beaucoup, recueillis au fond des cabarets, avaient des taches de vin. Quelques-uns, découpés en tartines, étaient encore enduits de la confiture qu'avaient négligemment léchée des enfants gâtés.

 

Après avoir pesé ces ignobles croûtes, à demi mâchées pour la plupart et rejetées par suite d'un engouement subit, Z... les transportait dans une cour obscure dans un hangar où deux compères allaient les transformer en... chapelure.

 

Un triage succinct était fait par un manchot, qui poussait de son pied nu, – si l'on peut appeler nu un pied recouvert d'une véritable chaussette de crasse – d'un côté, les bribes brûlées produisant une belle chapelure brune, de l'autre, les miettes moins cuites réservées à la confection d'une jolie chapelure blonde. Deux camarades de Z…, tournant chacun une roue, mettaient en branle une machine assez semblable aux moulins à café des grandes maisons d'épicerie. Assis sur des escabeaux, ils abaissaient et redressaient leur torse avec la régularité d'automates articulés au coccyx. Le plus vieux, affligé d'un nez violâtre d'ivrogne, superbement veiné d'indigo comme une agate précieuse, bavait continuellement sur la mouture; le moins âgé chiquait et crachait sur les tas avec la même insouciance. – Peuh ! disait-il, c'est les bourgeois qui mangent ça !

 

Détail supplémentaire, les rats, dont le quartier est infesté, ont complètement disparu de la fabrique de chapelure ! »

Écrit par Brice dans Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |