30 01 11

Une histoire belge...

Moresnet neutre.jpgL’article ci-dessous a été mis en ligne le 30/01/2011 sur le site du magazine satirique belge SATIRICON.BE (www.satiricon.be:

 

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, une petite commune belge des Cantons de l’Est constitua de 1816 à 1919 un État indépendant de 3,5 km², le Moresnet neutre, disposant d’un "gouvernement", d’une monnaie, d’un drapeau, de timbres-postes (pendant deux semaines, du 5 au 19 octobre 1886) et d’une langue nationale… l’espéranto.

 

La raison en est qu’en 1816, le royaume de Prusse et le royaume des Pays-Bas ne trouvèrent pas d'accord sur l'exercice de la souveraineté à exercer sur la municipalité de Moresnet, notamment à cause de la mine de smithsonite (une espèce minérale formée de carbonate de zinc) très importante d'Altenberg (« Vieille Montagne », comme le nom de l’entreprise qui l’exploitait) qui s’y trouvait. La petite ville fut alors scindée en trois parties : Moresnet, intégré aux Pays-Bas, Neu-Moresnet, rattaché à la Prusse, et l’hinterland, qui devint neutre et fut géré conjointement par les deux États.

 

Aux XVIIIe et XIXe siècles, la mine de zinc de Moresnet neutre était la plus riche d’Europe, et plus de deux millions de tonnes de minerai en furent extraites en cinq siècles.

 

Lorsque la mine de la Vieille Montagne fut épuisée en 1885, l’existence même de Moresnet neutre fut remise en question. Plusieurs propositions furent avancées pour y amener de nouvelles activités économiques, telle la création d’un casino.

 

L’initiative la plus remarquable fut avancée par le docteur Wilhelm Molly, qui proposa de faire de Moresnet le premier État utilisant officiellement l’espéranto, sous le nom d’Amikejo, « Lieu d’amitié ».

 

Cependant, ni la Belgique ni l'Allemagne n’avaient abandonné leurs revendications sur le territoire et, vers 1900, à la suite du refus de la Belgique d’ouvrir des négociations sur son statut, les Allemands s’orientèrent vers une politique plus agressive, incluant plusieurs actions de sabotage et d’obstruction administrative. En 1914, pendant le début de la Première Guerre mondiale, l’Allemagne envahit la Belgique et annexa Moresnet en 1915.

 

Après la guerre, le Traité de Versailles établit en 1919 la souveraineté belge sur Moresnet neutre, ainsi que sur le village allemand voisin de Neu-Moresnet. Ces territoires furent de nouveau annexés par l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale puis furent restitués à la Belgique en 1944.

 

Après l'annexion à la Belgique en 1920, la commune prit le nom de La Calamine ou Kelmis ; elle a fusionné en 1977 avec Neu-Moresnet et Hergenrath.

 

Sous le titre Neutral-Moresnet-neutre, l’historien local Leo Wintgens, docteur ès-lettres de l’Université de Liège, a consacré un superbe album en quatre langues (français, allemand, néerlandais et anglais) richement illustré à cette histoire singulière qui mérite incontestablement d’être connue de tous les vrais Belges (il y en a !) et de leurs voisins.

 

Ainsi que de tous les amateurs de surréalisme, bien entendu…

 

Bernard DELCORD

 

Neutral-Moresnet-neutre Échos d’une curiosité européenne  par Leo Wintgens, Aachen, Helios Verlag & Montzen, Centre de recherches linguistiques Obelit, collection « Documents d’Histoire », novembre 2010, 304 pp. en quadrichromie au format 21,5 x 30,5 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 39,90 € à verser au compte ISBN 978-3-86933-024-2 du Centre de recherches linguistiques, rue Gustave Demoulin 34 à 4850 Montzen

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26 01 11

Dans l’enfer du « paradis socialiste »

L’ivrogne et la marchande de fleurs.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 26/01/2011 sur le site du magazine satirique belge Satiricon.be (www.satiricon.be:

 

Les années 1930 furent pour l’URSS celles de la mise en place progressive du système répressif stalinien. Marquées d’une cruauté sans précédant, inscrites sans doute dans « l’extraordinaire brutalité de la décennie maudite », pour reprendre les termes de Pasternak, les opérations de massacres de masse, commencées par la collectivisation forcée au début de ces années, se poursuivirent dans ce qu’on qualifia plus tard de Grande Terreur de 1937-1938.

Longtemps connue sous l’angle de la destruction impitoyable des élites soviétiques (notamment via des vagues de procès truqués, au cours desquels les suspects étaient souvent amenés à faire leur autocritique publique avant d’affronter le peloton d’exécution), cette Terreur bénéficie depuis plusieurs années d’un renouvellement de la recherche historiographique sans cesse enrichie par l’ouverture des archives des anciens services staliniens.

Une facette jusqu’ici totalement méconnue en a ainsi été mise en lumière, celle de la répression de très nombreux citoyens ordinaires, considérés comme « socialement nuisibles », voire « ethniquement suspects » par Moscou.

C’est précisément cette « véritable ingénierie sociale » du système stalinien, responsable de la mort d’environ 900 000 personnes et de l’envoi en camps d’environ 600 000 Soviétiques soupçonnés d’être ennemis du régime, que l’ouvrage passionnant de Nicolas Werth intitulé L’ivrogne et la marchande de fleurs, paru chez Tallandier à Paris, s’efforce de démonter. Une série dantesque de crimes contre l’humanité y défile sous nos yeux, animés par la paranoïa, la folie meurtrière, mais aussi par le racisme du régime du « Petit Père des Peuples ».

Basé sur une documentation riche, notamment composée de nombreuses archives soviétiques encore peu accessibles, L’ivrogne et la marchande de fleurs s’intéresse plus particulièrement à l’ordre 00447 du 30 juillet 1937, intitulé « Opération Koulak », qui décidera, région par région, pour ces individus anonymes, de la fusillade ou de l’envoi en camp pour dix ans, seule alternative en cas d’arrestation.

C’est au sinistre Commissariat du peuple aux Affaires intérieures, le NKVD (par ailleurs plus tard responsable du massacre de Katyn), et à son non moins sinistre chef Nikolaï Iejov qu’échoira la responsabilité de la conduite des opérations –pour lesquelles des quotas d’arrestations et de fusillades fixés par le Kremlin étaient à atteindre– qui seront menées dans un esprit d’émulation mêlant stakhanovisme, sadisme et folie, mais aussi peur de déplaire (et par là même de se retrouver sur la liste des suspects) qui s’emparera des agents locaux (parmi lesquels un certain Nikita Krouchtchev), poussés à faire du zèle et à redemander à Moscou d’autres ordres d’arrestations ou des contingents d’exécutions revus à la hausse.

Dès lors, ce furent bientôt des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards, de tous âges et de toutes régions, qui fournirent leur tribut d’innocents à cette machine de mort, comme ce charretier, cette paysanne, ce berger, cette architecte, cet enfant des rues ou encore cet ivrogne et cette marchande de fleurs, tous accusés de trahison et impitoyablement massacrés pour remplir les quotas, leur vie n’étant plus qu’un numéro dans un registre de la bureaucratie.

L’ouvrage stupéfiant de Nicolas Werth, par ailleurs directeur de recherche au CNRS et l’un des grands spécialistes français de l’URSS d’avant-guerre, trouvera donc tout naturellement sa place –centrale– dans la bibliothèque de l’honnête homme désireux de mieux connaître les coulisses très noires de l’autre grand régime totalitaire (et non moins meurtrier) du XXsiècle.

 

EUTROPE

 

L’ivrogne et la marchande de fleurs, autopsie d’un meurtre de masse 1937-1938 par Nicolas Werth, Paris, Éditions Tallandier, mars 2009, 335 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 23 € (prix France)

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17 01 11

Une mine d’informations…

Les diamants de l'Histoire.gifLe duo Jean-Pierre Guéno-Jérôme Pecnard a encore frappé !

 

Après le somptueux Mémoire du Petit Prince publié l'an passé, le passeur de joyaux et le maquettiste signent un ouvrage en tous points remarquable : à partir de documents manuscrits et de tapuscrits originaux, méconnus de la Grande Histoire, Jean-Pierre Guéno retrace cette dernière, situant avec précision le contexte de leur existence, à savoir la dernière lettre écrite par Louis XVI à la Convention, le 20 janvier 1793, à la veille de son exécution, celle de Marie-Antoinette, soucieuse du sort de ses enfants, le matin qui la verra passer sous la guillotine, l'appel à l'insurrection taché du sang de Maximilien Robespierre, les fragments autographes d'un Victor Hugo et tant d'illustres personnages rendent particulièrement tangible–et émouvant –l'éclairage historique donné.

 

« Chacun des 100 documents rassemblés dans cet ouvrage rend à l'Histoire sa part de vie et d'humanité. Chacun d'entre eux fait le pont entre la petite histoire, celle de la vie quotidienne, et la grande Histoire vulgarisée, celle dont on ne retient parfois que les faits majeurs et les dates essentielles. »

 

Des documents particulièrement mis en valeur à travers les illustrations choisies par l’auteur et une mise en page, signée Jérôme Pecnard, qui relève, elle aussi, de la haute joaillerie.

 

Apolline ELTER

 

Les diamants de l'Histoire par Jean-Pierre Guéno, mise en images de Jérôme Pecnard, Paris, Éditions Jacob Duvernet, octobre 2010, 200 pp. en quadrichromie au format 24,3 x 28,4 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 29,90 € (prix France)

 

Billet de faveur

 

AE : Jean-Pierre Guéno, vous êtes, selon vos propres termes un « passeur de mémoire ». Les documents que vous glanez offrent un éclairage renouvelé sur l'Histoire. Avez-vous été dérouté par la découverte ou du moins le ton de certaines archives ? Je songe notamment à la lettre –pathétique– par laquelle Joséphine de Beauharnais entérine la dissolution de son mariage, incapable d'assurer la descendance de Napoléon.

 

Jean-Pierre Guéno : À force de vouloir que les sciences dites douces, je veux parler des sciences humaines, singent les sciences exactes, à force de tuer l’émotion que recèle l’Histoire, on finit par vider les sciences humaines de leur part d’humanité, et par transformer l’Histoire en compte rendu d’autopsie… Il n’y a pas de petite et de grande Histoire. Il y a des instants de vie qui font ou ne font pas vibrer et basculer l’Histoire. J’ai voulu réintroduire la vie dans l’Histoire, en partant d’une « pièce à conviction » chargée d’émotion : une toile, une photographie, un manuscrit, un objet, ou la mise en résonnance de deux pièces à conviction. La seule adoption de celle logique a des effets magiques. Dans le cas des relations qui unissent Napoléon à Joséphine, le diamant combine plusieurs facettes : la lettre de renoncement de Joséphine, le pastel du début de leur idylle, où l’on voit Bonaparte et Joséphine en Italie dans une posture digne d’un film intimiste, la toile de la fin de leur idylle où « l’empereur » va opter pour la voie de la descendance et chercher un ventre pour son Aiglon. Le couple est incroyablement moderne. L’histoire ferait aujourd’hui les bonnes pages de Match. Par définition les archives sont troublantes. Il suffit de leur donner l’éclairage qui les « réactualise » et les fait parler au présent, sans pour autant verser dans l’anachronisme. À cet égard, un document fascinant : les petits dessins obsessionnels que réalisait Dreyfus sur l’île du Diable, pour essayer de ne pas sombrer dans la folie, pour canaliser son esprit, pour essayer de ne pas « sortir de la piste » et de ne pas être totalement broyé par l’isolement et par l’incarcération.

 

AE : Le rassemblement, la sélection judicieuse de pareils « diamants », leur confrontation historique et la recherche d'illustrations représentent un travail d'envergure. Comment avez-vous procédé, Jérôme Pecnard et vous, pour mener à bien cette tâche colossale ?

 

Jean-Pierre Guéno : J’ai choisi chaque diamant, et par ailleurs chaque illustration de ce livre. C’est le fruit d’un travail de fouine insomniaque, d’un orpailleur qui guette depuis plus de 20 ans au cœur de ses nuits blanches et de ses passions, les traces croisées de l’histoire et de la vie. Jérôme intervient ensuite avec toute sa sensibilité et son talent pour peupler l’espace vierge de chaque double page avec les mots et les images que j’ai choisies et pour que l’œil et l’imagination du lecteur y trouvent leur compte. Une mise en page qui se voudrait toujours plus lisible, vivante, fluide et percutante. À fleur de peau et d’émotion. Jérôme n’agit pas en maquettiste ordinaire. Je ne travaille à présent qu’avec des éditeurs de beaux-livres qui acceptent de le considérer comme un co-auteur et non comme un maquettiste mercenaire qui serait payé à la pièce usinée, à la double-page. Il s’agit de livrer au lecteur du sur-mesure et non du prêt-à-porter.

 

AE : Certaines confrontations de documents suscitent une interprétation graphologique, telle la signature enfantine de Louis-Charles de France alias Louis XVII apposée sous la dénonciation forcée de sa mère en regard de celle tracée en début de captivité. L'accès aux documents manuscrits a-t-il suscité une meilleure compréhension psychologique, sorte d'intuition graphologique au regard que vous portiez sur leurs scripteurs ?

 

Jean-Pierre Guéno : Les manuscrits ne cessent de révéler les ressorts de l’âme et de l’esprit. Vous citez le diamant sur Louis XVII, la comparaison de deux manuscrits qui révèlent tant de choses sur l’évolution de la psychologie d’un enfant martyrisé : ce « diamant » a un point commun avec le projet de communiqué de presse écrit par Eisenhower la veille du débarquement « en cas d’échec ». « Ike » sait très bien que le Jour J n’est que le premier épisode d’un match sanglant qui va porter d’autres épisodes, d’autres prolongations. (La bataille de Normandie qui a suivi le débarquement a été beaucoup plus longue et sanglante.) Il voudrait donc se projeter dans l’avenir pour y trouver le réconfort moral qu’il souhaite pour pallier ses angoisses. Et il se trompe !!! Au lieu d’écrire « June 5 » il écrit « July 5 ». Les manuscrits de ce livre sont comme les photos, les gravures, les objets présents dans ce livre. Ils révèlent et font de l’Histoire un outil précieux pour mieux comprendre notre présent et pour mieux piloter notre avenir. On a souvent dit du général de Gaulle qu’il était une sorte de devin, qu’il avait des intuitions de génie. C’est faux : il est une incroyable « déducteur », un véritable historien. Chacune de ses « prophéties » n’est en fait que le fruit d’une analyse de l’histoire et de la vie des hommes qui l’ont précédé.  Mon allégorie, ma muse dans ce livre, la petite Clio, celle qui m’aide à  chuchoter mes histoires dans l’oreille du lecteur, m’aide en fait à valoriser le couple réconcilié de l’Histoire et de la vie : son union éclaire notre route ! L’Histoire n’est rien d’autre que la mémoire de notre avenir.

 

AE : Ces Diamants ne composent-ils qu’un épisode éphémère où inaugurent-ils une série ? Pourquoi attendez-vous tant de cette démarche, de cette voie que vous ouvrez ?

 

Jean-Pierre Guéno : Il va de soi que « Les diamants de l’histoire » généreront un tome 2, et ainsi de suite. J’ai déjà rédigé 50% d’un deuxième ouvrage. Les diamants sont là, à l’état brut. Aussi nombreux que les étoiles qui font scintiller nos nuits. Il suffit de les extraire, de les tailler, de les polir. Le livre se termine par un appel au peuple qui va m’aider à extraire les diamants futurs. C’est aussi avec cette mémoire du peuple que je veux tailler ces diamants qu’il génère. Car ce sont surtout les humbles qui font l’Histoire ; ces obscurs qu’étaient nos parents, nos grands-parents et nos ancêtres. J’essaye de le démontrer depuis 14 ans, depuis « Paroles de poilus », avec la collection « Paroles de », en rappelant que l’histoire ne se résume pas à des listes de dates ou de têtes d’affiche. Et j’ai un rêve : que la future « Maison de l’Histoire » préméditée et rêvée pour la France par Nicolas Sarkozy soit alimentée avec cette mémoire des humbles, ne faisant ainsi pas double emploi avec de magnifiques lieux de mémoire déjà mis à la disposition du plus grand nombre. Les musées du futur seront en bonne partie virtuels. Ils réserveront leurs expositions temporaires à la mise en valeur des pièces à conviction, des preuves vécues de l’Histoire, sur des thèmes choisis et qualitatifs. Pour valoriser leurs richesses permanentes, inépuisables, ils réaliseront les noces du pixel et du papier. Nous pourrons les visiter au cœur de nos nuits, depuis chez nous. À condition d’utiliser les outils modernes de transmission de la mémoire et de l’émotion originelle qui lui donne son pouvoir de rayonnement. À l’aube du troisième millénaire, un musée doit être un observatoire permettant de mieux comprendre le passé pour mieux analyser et comprendre le présent et pour mieux piloter notre avenir. Il doit projeter notre mémoire et nos racines dans l’avenir : c’est ainsi que nous transmettrons à nos enfants l’héritage et les points de repère qu’ils méritent et dont ils ont tant besoin, dans un monde de plus en plus formaté, planétaire et standardisé qui doit se méfier de l’amnésie comme de la peste.

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30 12 10

Une fresque dessinée pour Napoléon !

napoleon.jpgC'est le premier ouvrage édité pour Nicolas Dandois, carolorégien issu de l'atelier de BD de Saint-Luc à Bruxelles, et c'est excellent ! Voici le premier tome d'une saga consacrée à Napoléon, intitulé "Eté 1815". Un si beau travail de dessinateur que les planches ont été exposées au Musée Wellington à Waterloo ! On raconte dans ce volume la mort de Napoléon, l'autopsie, etc. ensuite on remonte dans l'Histoire jusqu'à la fin politique de l'empereur après sa défaite. Dans sa demeure de Malmaison, hanté par le souvenir de Joséphine, il ne maîtrise plus son destin... Pierre d'Harville dans la préface écrit : "Oui, Nicolas a de l'audace, c'est bien le rôle d'un auteur de bande dessinée. J'ai aimé les intrigues, les scènes de guerre, les scènes de lit. Napoléon tonne, grogne, sourit parfois, commande souvent." En noir et blanc, les dessins s'inscrivent totalement dans la sensibilité actuelle, même réflexion pour le format. Une formidable façon de redécouvrir ce personnage fascinant et contesté. On attend donc les autres tomes !

Jacques MERCIER

 

Ete 1815, Napoléon - Tome 1, écrit et dessiné par Nicolas Dandois. Editions Des ronds dans l'O. Sept 2010. 160 pp. Format 16,5 cm/24 cm. 16,50 euros.

28 12 10

« Familles (royales), je vous aime… ! »

La saga des Habsbourg.gifDans La saga des Habsbourg (Paris, Éditions Perrin), le grand vulgarisateur Jean des Cars se livre avec son brio coutumier à l’un de ses exercices favoris : le récit haletant d’une épopée familiale commencée au XIsiècle en Argovie et qui fut au cœur de l’histoire de l’Europe (et de la Belgique) par l’entremise de quelques-uns de ses membres fameux, dont plusieurs empereurs : Maximilien, Charles-Quint, Philippe II, Marie-Thérèse, Joseph II, François-Joseph... Une lignée qui s’orna aussi de personnages hauts en couleurs (l’impératrice Sissi) ou pas (l’archiduc Rodolphe, fils de Sissi, qui se suicida piteusement à Mayerling avec sa maîtresse Mary Vetsera, le 30 janvier 1889), au destin parfois tragique (Maximilien Ier du Mexique, époux de la sœur de Léopold II de Belgique qui elle-même sombra dans la folie, fusillé le 19 juin 1867 à Querétaro sur l’ordre du révolutionnaire Juárez), et qui compte même un saint homme dans ses rangs (Charles Ier, béatifié par Jean-Paul II le 3 octobre 2004), dont les hauts faits ont pour arrière-fond le fracas des batailles, l’essor du commerce et de l’industrie, un empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais, l’Inquisition, la résistance à l’expansionnisme turc, le palais de Schönbrunn, les polkas et les mazurkas, la Première Guerre mondiale, la république, l’Anschluss, la Seconde Guerre mondiale, la neutralisation de l’Autriche et son ralliement à l’Union européenne… Rien que ça !

 

Bernard DELCORD

 

La saga des Habsbourg par Jean des Cars, Paris, Éditions Perrin, novembre 2010, 515 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,3 cm sous couverture brochée en couleurs, 22,90 € (prix France)

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23 12 10

Deux pavés riches en rebondissements !

Nouvelle histoire de Belgique (coffret 1).jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 22/12/2010 de l'hebdomadaire satirique belge en ligne SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :


Rédigée par onze historiens du Nord et du Sud de Ce Pays, la monumentale (elle fait 2298 pages…) Nouvelle histoire de Belgique parue aux Éditions Le Cri à Bruxelles rassemble en deux superbes coffrets 9 ouvrages entièrement mis à jour traitant pour 8 d’entre eux de la chronologie et pour le dernier de la thématique coloniale dans son impact sur la métropole.

L’un des architectes de ce projet comparable au Palais de Justice de notre capitale (par ses dimensions seulement, l’entreprise de nos historiens ayant pleinement abouti et se montrant plus subtile que le bric-à-brac maçonnique de Joseph Poelaert quant à lui prémonitoire du visage qu’ont pris nos institutions politiques dans la seconde moitié du XXe siècle…), le professeur Michel Dumoulin l’assure : les auteurs ont travaillé en toute indépendance, chacun ayant pu laisser libre cours à sa sensibilité mais sans se départir, et c’est la moindre des choses (pas vrai, Bart ?), de sa qualité d’analyste des faits considérés comme plus importants que tous les lords-maires londoniens (et, ajouterons-nous pour être complets, que tous les tyranneaux de village flamingants, wallingants ou brusseleirisants qu’a enfantés notre vaillante petite patrie du surréalisme).

Nul doute que l’électeur lambda qui se plongera dans cette abondante lecture y trouvera l’explication de bien des choses et comprendra (mais c’est parfois compliqué) comment le Belge qui était sorti du tombeau en 1830 y retourne dare-dare 170 ans plus tard.

Voilà en tout cas deux beaux pavés à balancer sur la tronche du Premier ministre quand celui-ci –ô fatalitas !– sera issu de la NV-A !

 

PÉTRONE

 

Nouvelle histoire de Belgique, ouvrage collectif, Bruxelles, Éditions Le Cri, décembre 2010, 9 volumes en noir et blanc au format sous couverture brochée en quadrichromie présentés en deux coffrets de 1148 pp. et 1150 pp., 59,50 € chacun

Les 9 volumes :

(1828-1847), La Construction de la Belgique par Els Witte (VUB)

(1846-1878), La Belgique libérale et bourgeoise par Éliane Gubin (ULB) & Jean-Pierre Nandrin (FUSL) avec la collaboration de Pierre Van Den Dungen (ULB)

(1878-1905), Les Turbulences de la Belle Époque par Gita Deneckere (Université de Gand)

(1905-1918), L’Entrée dans le XXsiècle par Michel Dumoulin (UCL)

(1918-1939), La Démocratie rêvée, bridée et bafouée par Emmanuel Gerard (KUL)

(1940-1950), La Belgique sans roi par Vincent Dujardin (UCL) & Mark Van den Wijngaert (KUB)

(1950-1970), L’Union fait-elle toujours la force ? par Vincent Dujardin (UCL) & Michel Dumoulin (UCL)

(1970-2000), Un autre Pays par Marnix Beyen (Université d’Anvers) & Philippe Destatte (Institut Jules Destrée)

(1885-1980), La Belgique et le Congo par Guy Vanthemsche (VUB)


Nouvelle histoire de Belgique (coffret 2).jpg


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08 12 10

Histoire belge…

L’Histoire de la Belgique pour les Nuls.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 8 décembre 2010 sur le site du magazine satirique belge on-line Satiricon.be :

Le professeur à la KUL Fred Stevens et l’enseignant aux Facultés Notre-Dame de la Paix à Namur Axel Tixhon, avec la complicité du dessinateur de presse Pierre Kroll, se sont penchés, peut-être sans s’en apercevoir, dans L’Histoire de la Belgique pour les Nuls qui vient de paraître aux Éditions First à Paris, un ouvrage par ailleurs remarquable et bien documenté, sur ce qui fait la quintessence des habitants de Ce Pays, à savoir leurs qualités d’adaptation en apparence parfaites à tous les régimes politiques.

Car les descendants de l’homme de Neandertal que nous sommes tous (enfin, certains plus que d’autres) se sont allègrement pliés, avec une habileté confondante, aux diktats de Rome, de Clovis, de Charlemagne, de l’Empire ottonien, des prince médiévaux (parfois évêques), des ducs de Bourgogne, de Charles Quint, de Philippe II, de l’Inquisition, de Louis XIV, de Marie-Thérèse d’Autriche, de Joseph II, des révolutionnaires français, de Napoléon, de Guillaume d’Orange, du Kaiser, d’Hitler et bientôt de Bart De Wever… tout en conservant leur liberté d’aller et de venir et de ne croire qu’à moitié, voire moins, aux fariboles des grands qui prétendaient les diriger.

Rien d’étonnant, par conséquent, à ce qu’aucune guerre civile véritable n’ait jamais éclaté sur notre territoire, en dépit des assertions séculaires qui veulent que « les Flaminins n’sont nin des dgèns » et que « De Franstaligen zijn de kop van Jut »…

Car si, comme nous le rappelons chaque semaine, « De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus graves », ce n’est pas demain la veille qu’on les verra mourir pour des idées autrement que de mort lente, à l’instar de ce que préconisait fort sagement Georges Brassens.

Ce qui n’empêche pas que ledit peuple, qui a donné naissance à Notger, Pierre-Paul Rubens, Adolphe Sax, Jozef De Veuster, Marie Popelin, la reine Élisabeth, Hergé, le DPaul Jannssen, Jacques Brel et Eddy Merckx, qui a édifié la Grand-Place de Bruxelles, l’Atomium, la ville de Bruges, l’hôtel de ville de Leuven, le Perron liégeois, la butte du lion de Waterloo, la cathédrale de Tournai et les ascenseurs hydrauliques de Strépy-Bracquegnies et qui pour se donner une patrie n’a pas hésité, comme l’assurait jadis La Brabançonne, à sortir du tombeau, ce qui n’empêche pas, donc, que ledit peuple n’est pas près de se laisser enfoncer une nouvelle fois dans le caca par la NV-A et ses séides ! Na !

 

PÉTRONE

 

L’Histoire de la Belgique pour les Nuls par Fred Stevens et Axel Tixhon, dessins de Pierre Kroll, Paris, Éditions First, novembre 2010, 445 pp. en noir et blanc au format 19 x 23 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 22,90 € (prix France)

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05 11 10

C’était le bon temps…

Les Années 60 pour les Nuls.gifDans Les Années 60 pour les Nuls paru l’année dernière à Paris aux Éditions First, Stéphane Benhamou fait l’inventaire des « Golden Sixties », une époque durant laquelle les perspectives de progrès paraissaient infinies et, la croissance économique aidant, l'avenir assuré pour chacun. Cet ouvrage ressuscite un temps insouciant où l'on vivait en France (et en Belgique francophone) au rythme des chansons des Beatles ou de Françoise Hardy, le Petit Livre rouge de Mao dans une poche et le dernier numéro de Salut les Copains dans l'autre.

Il retrace la toute-puissance de l'État gaulliste, la craint d’un conflit nucléaire, la lutte pour les droits civiques des Noirs aux USA et le combat des femmes, également emblématiques de la décennie.

Il se remémore aussi de diverses icônes (Bourvil, Steve McQueen, Guy Debord, Raymond Poulidor, Jane Fonda, Jean Seberg, Raquel Welch, Françoise Dorléac, Cassius Clay et George Best), des lieux emblématiques (le 501 Elm Street, la place Tienanmen, les studios des Buttes-Chaumont, la Lune, la 47rue, Guéret, la Route 66, le salon Louis-Delluc du Fouquet’s, Rome et Regent Street), d’objets caractéristiques (le tabouret Tam Tam, le téléphone rouge, le compteur bleu, l’ordinateur, la guitare, la Ford Mustang, les surgelés, la revue « Planète », la cigarette et la Mobylette), de films immortels (Psychose d’Hitchcock, À bout de souffle de Godard, Les Tontons flingueurs de Lautner, Persona d’Ingmar Bergman, Théorème de Pasolini, 2001, l’Odyssée de l’espace de Kubrick…) ou de quelques chansons cultes (Like a rolling stone de Bob Dylan, Satisfaction des Stones, Ces gens-là de Brel, Et moi, et moi, et moi de Dutronc, San Francisco des Mamas and the Papas, Strawberry fields forever des Beatles, Mrs Robinson de Simon & Garfunkel, Say it loud de James Brown, Que je t’aime de Johnny Hallyday et Je t’aime… moi non plus de Serge Gainsbourg).

Le hit-parade des sixties !

 

Bernard DELCORD


Les Années 60 pour les Nuls par Stéphane Benhamou, Paris, Éditions First, mai 2009, 357 pp. en noir et blanc au format 19 x 23 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 22,90 € (prix France)

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22 09 10

Don Camillo et les Peppone

La Couronne et la Rose.jpgLe texte ci-dessous a paru le 22/09/2010 dans le magazine satirique belge en ligne Satiricon.be (www.satiricon.be).

 

Dans un remarquable essai intitulé La Couronne et la Rose, l’historien Vincent Delcorps dépeint brillamment par le menu les rapports entre le roi Baudouin et le monde socialiste belge entre 1950 et 1974. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les choses n’ont pas été simples ! Question royale, question scolaire, indépendance du Congo, grèves de 1960 et première réforme de l’État se sont en effet succédé, avec leurs tiraillements, leurs enjeux et leurs vicissitudes, chacun jouant sa partie avec plus ou moins d’habileté.

À la lecture de l’ouvrage, on s’aperçoit que notre petit monde à la rose eût pu lui aussi faire l’objet d’une question célèbre de Staline : « Le parti socialiste, combien de divisions ? », et que la réponse aurait peut-être inspiré quelque terreur au Tsar rouge…

Car des divisions, il y en avait ! Sur les assises de l’État : royaume ou république ? Sur l’exercice du pouvoir par le jeune souverain : qui dirige vraiment ? Sur l’exercice du pouvoir par les politiciens : Achille Van Acker allait-il à la soupe ? Sur la place du pays dans l’Europe : un peu, beaucoup, à la folie ? Sur le mariage du roi : assurait-il la pérennité de la Couronne ? Sur la question de l’indépendance congolaise : cha-cha-cha endiablé ou tango corse pas trop rapide ? Sans parler des ambitions plus ou moins cachées, des haines plus ou moins recuites et des parcours plus ou moins courbes et fourbes des divers protagonistes (Max Buset, Léo Collard, André Cools, Ernest Glinne, Lucien Harmegnies, Camille Huysmans, Victor Larock, Edmond Leburton, Joseph Merlot, André Renard, Henri Rolin, Paul-Henri Spaak, Antoon Spinoy, Achille Van Acker, Jos Van Eynde, Pierre Vermeylen…).

Du côté de Laeken, ce n’était pas mal non plus, quoique plus feutré : autour d’André Molitor ou de Jules Guillaume, on s’y affrontait à fleurets mouchetés sur les questions sociales, morales et institutionnelles, et quand on n’était pas content, on murmurait que le Roi… était socialiste !

Quant aux catholiques et aux libéraux, façon Jos De Saeger, August De Schrijver, Gaston Eyskens, Pierre Harmel, Théo Lefèvre, Wilfried Martens, Paul-Willem Segers, Joseph Pholien, Paul Struye, Omer Vanaudenhove ou Paul Vanden Boeynants, toujours sur le qui-vive eux aussi, ils avaient l’art et la technique pour se mettre dans le vent au gré des circonstances, en bonnes petites girouettes de l’establishment et du monde des affaires…

Bien entendu, Vincent Delcorps n’affirme pas tout cela brut de décoffré (louons au passage sa diplomatie et la fluidité de son texte), mais les archives qu’il a découvertes et fort habilement exploitées parlent aussi d’elles-mêmes !

PÉTRONE


La Couronne et la Rose, Baudouin et le monde socialiste 1950-1974 par Vincent Delcorps, Bruxelles, Éditions Le Cri, collection « Histoire », juillet 2010, 306 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 21 €

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21 08 10

Un autre son de cloche

Mémoires noires.jpgLe recueil de témoignages intitulé Mémoires noires, Les Congolais racontent le Congo belge 1940-1960 qui vient de paraître chez Racine/RTBF à Bruxelles sous la plume du journaliste François Ryckmans, petit-fils du dernier gouverneur général du Congo belge et du Ruanda-Urundi, donne exclusivement la parole à des Congolais de statuts sociaux divers (du maçon au futur ministre et de l'employé de la grande ville au militant radical de province) pour évoquer le système colonial belge et leurs relations avec les Blancs. Ils se remémorent avec précision le Congo « colonie modèle », Léopoldville coupée en deux par un apartheid de fait, avec la ville blanche et la cité noire, le soulèvement de la future Kinshasa en janvier 1959, la montée des revendications sociales puis politiques et, bien entendu, le jour de l'indépendance et les événements dramatiques qui ont suivi. Des souvenirs marqués par des blessures, mais aussi des moments de bonheur, de fierté et de dignité, et qui contribuent à un bilan sans complaisance mais nuancé de la colonisation belge.

Rédigé, pour l'essentiel, à partir d'interviews réalisées pour une série d'émissions radio de la RTBF, cet ouvrage qui ne manque pas d’intérêt consacre aussi des pages d’une grande clarté aux étapes principales de la colonisation et de la décolonisation du Congo. Un livre qui pousse incontestablement à la réflexion...
Bernard DELCORD


Mémoires noires, Les Congolais racontent le Congo belge 1940-1960 par François Ryckmans, Bruxelles, Éditions Racine/RTBF, mai 2010, 304 pp. en noir et blanc au format 15 x 23 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19,95 €

 

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