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Quand la parole était aux actes…

 

Les Français parlent aux Français (1941-1942).jpgL’ouvrage intitulé Les Français parlent aux Français 1941-1942, présenté par Jacques Pessis et qui vient de paraître aux Éditions Omnibus à Paris constitue le deuxième tome d’une série de documents historiques exceptionnels proposant un choix inédit des meilleurs textes de la mythique émission éponyme diffusée sur Radio Londres entre juin 1940 et octobre 1944.

 

Le premier volume s’arrêtait au 18 juin 1941, un an après le fameux appel du général de Gaulle qui marqua la naissance de la France Libre. Le deuxième va du 19 juin 1941 à fin novembre 1942 et commente les événements de l’époque : l’attaque de l’URSS par les Allemands et les premiers revers des armées de l’Axe confrontées à l’hiver russe, les succès des forces alliées en Afrique du Nord, le durcissement de la mainmise nazie sur le territoire français et la résistance qui s’organise, les persécutions des Juifs et les rafles, les déportations (en particulier en Europe de l'Est), le STO...

 

Malgré le brouillage et les arrestations, l'audience grandit sur le continent, alors que la résistance s'organise et que la guerre, désormais mondiale après l'engagement des États-Unis, est à un tournant.

 

Sous la plume de personnalités telles que René Cassin, Georges Bernanos, Miriam Cendrars, Jacques Maritain, Georges Boris, Jules Romains, Jacques Soustelle – et même Winston Churchill–, de chroniqueurs réguliers tels que Maurice Schumann, Michel Saint-Denis alias Jacques Duchesne, Jean Oberlé, Henri Hauck, Pierre Maillaud alias Pierre Bourdan, François Quilici, Paul Bonifas, on découvre, jour après jour, la réalité du conflit par des commentaires de l’actualité, messages de résistance et d’espoir autant qu’efficace contre-propagande à l’idéologie nazie et vichyste. Des encadrés historiques proposent mois par mois un résumé de la situation du moment ainsi que des gros plans sur des personnalités (Pierre Brossolette, Honoré d’Estienne d’Orves, le général Georges Catroux, Pierre Billotte, Franck Bauer, Jean Moulin, Emmanuel d’Astier de la Vigerie…).

 

Les voix de la liberté…

 

Bernard DELCORD

 

Les Français parlent aux Français 1941-1942 présenté par Jacques Pessis, préface de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Paris, octobre 2011, Éditions Omnibus en association avec la Fondation Charles-de-Gaulle, 1600 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,8 cm sous couverture brochée à rabats et en quadrichromie, 34 € (prix France)

 

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Morceaux de bravoure…

 Stratèges.gifGuerriers implacables ou soldats de carrière prudents et dévoués, monarques ou citoyens ordinaires poussés par les circonstances au premier plan de la guerre, les maîtres de la stratégie militaire ont marqué l’histoire d’une empreinte indélébile.

 

Certains appréciaient le combat, d'autres cherchaient avant tout à limiter les pertes humaines, et tous ont vu leur action modifiée de manière radicale par les innovations technologiques et les changements sociopolitiques.

 

Somptueusement illustré et parcourant la période allant de l’Égypte et de la Grèce antique à l'époque contemporaine, le beau livre intitulé Stratèges qui vient de paraître chez Flammarion à Paris brosse le portrait de plus de 240 commandants militaires de génie ayant mené leurs troupes sur l'un ou l'autre des cinq continents : Ramsès II, Alexandre le Grand, Hannibal, Vercingétorix, Jules César, Attila, Bélisaire, Charlemagne, Charles Martel, Guillaume le Conquérant, Frédéric Barberousse, Saladin, Richard Cœur de Lion, Le Cid, Gengis Khan, Tamerlan, le samouraï Taira Tomomori, Bertrand du Guesclin, Alexandre Nevski, Suleyman le Magnifique, Hernan Cortés, François Ier, Frédéric le Grand, le duc de Marlborough, George Washington, Napoléon Bonaparte, Horatio Nelson, le duc de Wellington, Ulysses S. Grant, Geronimo, Giuseppe Garibaldi, Hubert Lyautey, les deux Helmuth von Moltke, Joseph Joffre, Ferdinand Foch, Philippe Pétain, Pancho Villa, Mustafa Kemal Atatürk, Francisco Franco, Georgi Joukov, Erwin Rommel, Bernard Montgomery, Chester Nimitz, Douglas MacArthur, George S. Patton, l’amiral Yamamoto, Ernesto « Che » Guevara, Vo Nguyen Giap, Moshe Dayan, Yasser Arafat, Norman Schwartzkopf et même… Oussama ben Laden...

 

L'ouvrage relate leurs hauts faits les plus mémorables et analyse les tactiques qui leur ont assuré la victoire, tandis que de nombreux schémas permettent de comprendre le déroulement des batailles clés.

 

Les passionnés d’exploits belliqueux comme ceux qui ne le sont pas – « À la guerre comme à la guerre… »- trouveront dans ces pages héroïques une somme précieuse de renseignements historiques précis, de biographies succinctes et d'anecdotes militaires éclairantes ainsi qu’une iconographie remarquable, fort bellement mise en valeur.


Bernard DELCORD


Stratèges de l’Antiquité à nos jours, ouvrage collectif, Paris, Éditions Flammarion, octobre 2011, 360 pp. en quadrichromie au format 26 x 30,8 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 40 € (prix France)

 

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06 10 11

Territoires de la mémoire

 

Les lieux de l’histoire de France.gifEn collaboration avec les guides Michelin qui en ont rédigé le texte, les Éditions Gallimard ont fait paraître au format de poche un passionnant inventaire à double entrée (chronologique et alphabétique) intitulé Les lieux de l’histoire de France. De la Préhistoire à 1945 dans lequel les promeneurs dans l’hexagone trouveront des explications succinctes sur les traces qu’y a laissées le passé : grottes, rues, ruines, vestiges, châteaux, églises, chapelles, bâtiments administratifs, plaques, objets commémoratifs, statues, mémoriaux, sites guerriers ou paysages champêtres retournés à l'agriculture après avoir été labourés par les guerres…

 

Un ouvrage à placer en permanence dans la boîte à gants de la voiture !

 

Bernard DELCORD

 

Les lieux de l’histoire de France. De la Préhistoire à 1945, Paris, Éditions Gallimard, collection « folio histoire », mai 2011, 450 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,7 cm sous couverture brochée en bichromie, 9,90 € (prix France)

 

Pour vous, nous avons recopié dans ce vaste répertoire documentaire le texte suivant :

 

La reddition de Calais

(3 août 1347)

 

La proximité des côtes anglaises a présidé à la destinée de Calais. Située sur le « pas » (détroit) auquel elle a donné son nom, la ville est le premier port de France et le deuxième au monde pour le trafic des voyageurs. Depuis l'époque des conflits impliquant la France et l'Angleterre, jusqu'à la dernière guerre mondiale, Calais est une porte stratégique entre les deux pays. Après sa victoire de Calais, Édouard III veut terminer sa « chevauchée », nous dirions aujourd'hui un raid en profondeur, en embarquant à Calais.

Le roi anglais entame le siège de la place le 3 septembre 1346. Onze mois plus tard, le gouverneur résiste toujours. Affamés, les assiégés sont néanmoins obligés de capituler. Le roi d'Angleterre accepte de laisser la vie sauve aux Calaisiens à condition que six bourgeois se sacrifient et se livrent « les chefs nus, les pieds déchaux, la hart (corde) au col, les clefs de la ville en leurs mains ». Menés au bourreau par Eustache de Saint-Pierre, en chemise, les héros se présentent devant le roi. La reine, Philippa de Hainaut pâlit : « Ah, gentil sire, depuis que j'ay passé la mer en grand péril, je ne vous ay rien demandé ; si vous prye et requier à jointes mains, que pour l'amour du filz de Nostre Dame vous veuilliez avoir merci d'eulx ». Les six notables repartent saufs... mais humiliés. Cet épisode, parmi les plus illustres de la guerre de Cent Ans, est peut-être tout droit sorti de l'imagination du chroniqueur Froissart, protégé de Philippa. En 1558, après deux cent dix ans de domination britannique, Calais est reconquise par le duc de Guise. C'est un coup mortel pour la reine d'Angleterre, Marie Tudor, qui déclare : « Si l'on ouvrait mon cœur, on y trouverait gravé le nom de Calais ».

 

Monument des Bourgeois de Calais

 

Cette œuvre de Rodin a été inaugurée en juin 1895 en présence de Félix Faure, président de la République, sur l'emplacement des anciennes fortifications. C'est la seule œuvre de Rodin qui fut exposée de son vivant. Ces six effigies de bronze grandeur nature, frémissantes de vie et d’émotion, hautaines et tendues, veines et muscles gonflés, sont l'aboutissement de dix années d'études et de recherches du sculpteur. Ce groupe exprime la noblesse héroïque de ces hommes, contraints à s'humilier devant le roi d'Angleterre.

 

Place d' Armes

 

Elle se situe au cœur du Calais médiéval, détruit pendant la Seconde Guerre mondiale. Culminant à 38 mètres au-dessus du niveau de la mer, la tour du Guet (XIIIsiècle) permettait de surveiller les menaces ennemies et de guetter les incendies. Depuis cette tour, le gouverneur, Jean de Vienne, proposa la capitulation de la place forte et fit connaître les conditions imposées par Édouard aux Calaisiens. Elle servit de phare au XIXe siècle, et fut successivement support au télégraphe Chappe, poste de télégraphe optique pour le génie et colombier militaire. La cloche posée au sol date de 1770.

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27 09 11

« Qui a le droit avec soi peut aller le front haut. » (Sophocle)

Les 100 dates du droit.gifProfesseur à la Faculté de droit de Montpellier I, ancien recteur d'Académie et ancien professeur à l'Université Panthéon-Assas (Paris), Jean-Marie Carbasse vient de faire paraître dans la capitale française, aux Presses universitaires de France, dans la fameuse collection "Que sais-je ?", un petit essai intitulé Les 100 dates du droit dans lequel il rappelle que le droit d'aujourd'hui est le résultat d'une histoire faite de codes, de textes fondamentaux, de concepts, d'usages, d'institutions, de jurisprudence, mais aussi d'événements politiques et d'évolutions sociales, histoire sur laquelle les juristes s'appuient encore aujourd'hui pour proposer des solutions, parce que c'est à la lumière de ces savoirs divers et anciens que se construit la compréhension du droit contemporain.

 

Depuis les « Lois d'Ur-Nammu » (v. 2100-2050 av. J.-C.) jusqu'à la toute récente « Question prioritaire de constitutionnalité » (2010), il a donc entrepris de présenter et d'expliciter avec pédagogie et clarté, le(s) sens de 100 dates essentielles à une bonne « culture juridique ».

Un ouvrage essentiel pour tous les professionnels de la chose juridique, mais aussi un outil de démocratie à l'usage de chacun d'entre nous…

 

Bernard DELCORD

 

Les 100 dates du droit par Jean-Marie Carbasse, Paris, Éditions des Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? », juin 2011, 127 pp. en noir et blanc au format 11,5 x 17,6 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 9 € (prix France)

 

Les 100 dates :

v. 2100-2050 : Lois d’Ur-Nammu – v. 1750 : « Code » de Hammourabi – Fin du XIIIe siècle av. J.-C. : Moïse reçoit les Tables de la Loi – 970 ?-931 ? : (Jugement de) Salomon – 621 : « Lois » de Dracon – 594-593 : « Lois » de Solon – 451-450 av. J.-C. : Loi des Douze Tables277-213 ? : Loi Aquilia27 av. J.-C. - 14 après J.-C. : Leges Juliaev. 46 après J.-C. : Sénatus consulte Velleien – 130 : Rédaction définitive de l’Édit du préteur – 212 : Édit de Caracalla – 228-229 : Mort d’Ulpien – 311-313 : « Édit » de Milan – 438 : Code théodosien – 476 : Code d’Euric – v. 502 : Loi des Burgondes – 506 : Bréviaire d’Alaric – 507-511 : Promulgation de la Loi salique par Clovis – 528-533 : La compilation de Justinien – 622 : Hégire – 789 : Admonitio generalis de Charlemagne – v. 1100-1150 : Débuts de l’école juridique de Bologne – 1140-1150 : Décret de Gratien – 1163-1173 : Usages de Barcelone – 1215 : Grande Charte du royaume d’Angleterre – 1220-1235 : Sachsenspiegelv. 1230-1240 : La Grande Glose – 1231 : Constitutions de Melfi – 1234 : Décrétales de Grégoire IX – 1254 : Ordonnance de Saint-Louis pour la réforme du royaume – v. 1260 : Les Siete partidas1274 : Saint Thomas d’Aquin – 1283 : Philippe de Beaumanoir, Les Coutumes de Beauvaisis1347 : Mort de Bartole – 1454, avril : Ordonnance de Montils-lès-Tours1532 : Constitutio criminalis carolina1539 : Ordonnance de Villers-Cotterêts – 1566 : Mort de Charles Du Moulin – 1566 : Édits de Moulins sur le domaine public – 1576 : Jean Bodin, Les Six Livres de la République1579 : Ordonnance de Blois – 1580 : « Nouvelle coutume » de Paris1590 : Mort de Jacques Cujas – 1598 : Édit de Nantes – 1623 : Hugo Grotius, De jure pacis ac belli1641 : Édit de Saint-Germain – 1651 : Hobbes, Léviathan1667 : Ordonnance civile – 1670 : Ordonnance criminelle – 1673 : Ordonnance du commerce – 1679, avril : Édit sur l’enseignement du droit – 1679 : Habeas Corpus Act1681 : Ordonnance de la Marine – 1685 : Code Noir – 1689 : Jean Domat, Les Lois civiles dans leur ordre naturel1689 : Bill of Rights1690 : Locke, Deux traités du Gouvernement civil1731-1747 : Ordonnances du Chancelier d’Aguesseau – 1748 : L’Esprit des Lois1762 : Le Contrat social1764 : Beccaria, Des délits et des peines1776 (4 juillet) : Déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique – 1786 : La Leopoldina1787 : Code pénal de l’empereur Joseph II – 1789, août : Déclaration des droits de l’homme et du citoyen – 1790 (16-24 août) : Loi sur l’organisation judiciaire – 1791 (3 septembre) : Première constitution écrite de la France – 1791 (25 septembre-6 octobre) : Premier code pénal français – 1794 : Codification du droit prussien – 1800 (17 février = 28 pluviôse an VIII) : Loi concernant la division du territoire de la République et de l'administration – 1801 : Concordat – 1804 : Le Code civil des Français – 1806 : Le code de procédure civile – 1807 : Le code de commerce – 1808 : Le Code d’instruction criminelle – 1810 : Le Code pénal – 1811 : Le Code civil autrichien – 1814 : Friedrich Carl von Savigny, Vom Beruf unserer Zeit für Gesetzgebung und Rechtswissenschaft1832 : Loi de réforme du code pénal – 1841 : Loi sur le travail des enfants – 1848 (4 mars et 27 avril) : abolition de l’esclavage – 1867 : Loi sur les Sociétés anonymes – 1873 (8 février) : Arrêt Blanco – 1881 (29 juillet) : Loi sur la liberté de la presse – 1884 (21 mars) : Loi sur la liberté syndicale – 1886 (1ermai) : Journée de huit heures aux États-Unis – 1900 : Code civil de l’Empire allemand (BGB) – 1901 : Loi sur la liberté d’association – 1905 : Loi du 9 décembre portant séparation des Églises et de l’État – 1945 (8 août) : Création du tribunal de Nuremberg – 1948 (10 décembre) : Déclaration universelle des droits de l’homme – 1950 : Convention européenne des droits de l’homme (4 novembre 1950) – 1957 (25 mars) : Traité de Rome – 1958 : Constitution de la Cinquième République – 1981 : Abolition de la peine de mort en France – 1986 (26 février) : Acte unique européen – 1990-2008 : Lois dites « mémorielles » – 1993 : Traité de Maastricht – 2010 : Question prioritaire de constitutionnalité.

 

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22 09 11

Convers(at)ion

9782350871745.jpgImaginez l'(amène) conversation qu'ont pu mener Bonaparte, alors premier Consul et Jean-Jacques Régis de Cambacérès,  son deuxième Consul, une soirée de l'hiver 1803-1804, tandis que se profile, dans le chef du premier, la perpective de l'Empire.

 

 Ou plutôt, n'imaginez pas, Jean d'Ormesson l'a fait pour vous et avec quel brio. ...

 

 "Napoléon perce sous Bonaparte" : Le Consul avoue à son fidèle allié, son ambition pour la France - qu'il estime avoir sauvé de la ruine- et pour lui-même:

 

" Bonaparte:

Il ne restait plus rien debout après vingt ans de médiocrité et dix ans de désordre. Je voulais faire de grandes choses, et qui durent. Je rêvais d'une chevalerie républicaine pour récompenser le mérite méprisé par nos rois, traîné dans le sang par les jacobins: j'ai créé la légion d'honneur. Je réclamais un recueil de lois digne de Moïse, de Solon, de Justinien: j'ai imposé le Code civil, rédigé, grâce à vous, dans un style capable de faire pâlir d'envie les poètes et les romanciers..."

" Je veux rétablir une monarchie qui soit républicaine. Et ma République à moi est romaine, militaire, guerrière, conquérante. Mon modèle n'est pas Versailles, mon modèle est Rome. Et mon modèle n'est pas les Bourbons, mon modèle est César"

 

S'il a librement inventé les complaisantes répliques de Cambacérès, l'Académicien attribue au Premier Consul des phrases et pensées réellement formulées, puisées dans les archives de l'époque. Voilà qui  rend la démarche intéressante et promeut le lecteur, spectateur d'un moment-clef de l'histoire de France.

 

"Napoléon n'est le fils que de ses propres oeuvres. Il s'engendre lui-même. Il est un mythe vivant, une légende qui se crée, un dieu en train de surgir. Il est cette chose si rare à la source de toute grandeur dans la politique, dans l'art, dans la littérature, dans la science: une ambition au moment même où elle se change en histoire, un rêve sur le point de devenir réalité."

 

Apolline Elter

La Conversation, Jean d'Ormesson, dialogue (théâtral), Editions Héloïse d'Ormesson, septembre 2011, 122 pp, 15 €

11 09 11

Tryphon Tournesol & Co

 

Les savants fous.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 10/09/2011 sur le site des guides gastronomiques belges DELTA (www.deltaweb.be) :

 

Laurent Lemire, dans Les savants fous publié par les Éditions Robert Laffont à Paris, se penche avec délectation sur quelques-uns des innombrables dingos que l’on peut croiser au cœur du monde scientifique pris dans son acception la plus pointue…

 

Comme, par exemple, ce mathématicien de la Renaissance qui, ayant calculé la date de sa mort et ne voyant rien venir ce jour-là, se suicida pour ne pas perdre la face – et donc confirma sa prédiction… –, ou son confrère d’aujourd’hui qui réserve toujours deux chambres à l'hôtel – une pour lui, une pour son fantôme ; ou comme ce schizophrène qui a reçu en 1994 le prix Nobel d'économie, alors que quelques années plus tôt, il se prenait pour l’empereur de l’Antarctique ; ce médecin qui préconisait la marche à reculons pour régler les problèmes sociaux ; cet autre qui s'acharna à démontrer que le Christ était un paranoïaque issu d'une famille alcoolique ; ce moine qui inventa des machines volantes dans une geôle du Moyen Âge ou encore ce physicien qui a disparu dans une autre dimension...

 

Quant à l’homme le plus intelligent du monde actuel, Grigory Perelman, un Russe né en 1966, il a démontré l’exactitude de la fameuse conjecture de Poincaré (« une forme quelconque peut constituer une sphère à trois dimensions »). En conséquence, en 2006, il a obtenu la médaille Fields – considérée comme le prix Nobel de mathématiques –, ainsi que, en 2010, le prix du millénaire décerné par l'Institut de mathématiques Clay à Boston, alors que c’est un « geek » aux allures de Raspoutine vivant dans la misère et dans la crasse avec sa vieille maman, qui a refusé la médaille et le million de dollars lié à sa découverte et qui ne publie ses travaux que sur Internet…

 

D'Archimède à nos jours, en passant par le physicien anglais Newton, les mathématiciens français Chasles (qui, grand collectionneur d’autographes, acheta à prix d’or une lettre de Cléopâtre à César rédigée en vieux français…) et américain Post (qui écrivit dans son journal, en date du 3 novembre 1950 : « Je crois que New York risque d’essuyer un bombardement atomique cette nuit, je ne pense pas que cela affectera ma santé »), voici donc une histoire délirante des sciences ressuscitant des personnages fantasques, bizarres et surprenants, qui ont tout bousculé, fait rire ou scandalisé, mais dont chacun a participé, à sa manière, à la grande aventure collective du progrès...

 

Bernard DELCORD

 

Les savants fous par Laurent Lemire, Paris, Éditions Robert Laffont, février 2011, 240 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 21,5 cm sous couverture brochée en bichromie, 19 € (prix France)

 

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage déridant le portrait suivant :

 

En arrière, toute !

 

Dans cette galerie des grands illuminés, P. dit F. Lutterbach est le plus cintré. On ne sait pas s’il était médecin, ni même s’il se cachait sous un pseudonyme. En 1850, cet « homme encore vert, aux dehors un peu grêles, à l’œil un peu enfoncé, mais au sourire des plus aimables » publie un ouvrage dont le titre à rallonge donne le contenu et l’étendue de sa pathologie. Révolution dans la marche ou Cinq Cents Moyens naturels et infaillibles pour trouver le confortable, dans les différentes manières de marcher ; user sa chaussure selon sa volonté, ne pas la déformer, éviter les cors aux pieds ; ne pas se fatiguer en marchant, ainsi qu’en travaillant ; marcher avec assurance sur les chemins glissants ; ne pas se crotter, ou si l’on se crotte par une marche forcée, se décrotter à sec par un exercice agréable sans faire de poussière et sans détériorer l’étoffe ; redresser par la marche la démarche des boiteux, y compris jeux et exercices hygiéniques pour les personnes délicates de tout âge, conserver la vue et lui donner la force de soutenir l’éclat du soleil sans la fatiguer, enfin contribuer puissamment à sa santé, modérément à sa gaîté et quelque peu à sa beauté, rien que par son propre mouvement. Ouf !

 

La grande idée de Lutterbach, la seule, c’est la marche. Il s’est même fait une spécialité de la marche… en arrière. Pour le bien nommé Lutter(back), cette méthode est susceptible de régler bien des problèmes de santé, sans compter les problèmes sociaux. « L’idée de marcher en arrière peut paraître étrange au caractère français, et ne devoir présenter aucune importance. Cependant, si l’on se reporte aux temps de notre plus grande gloire militaire, on verra que quelques-uns de nos généraux de l’Empire se sont immortalisés en faisant des retraites savantes. On concevra toute l’importance que l’on doit apporter dans l’exercice de la marche en arrière, en considérant qu’en cas de retraite, plus en marchant l’on pourra faire face à l’ennemi, plus tôt on sera prêt pour saisir le moment de l’attaque. » On dirait du Pierre Dac. Sauf que l’humour et le non-sens sont ici involontaires, ce qui est encore plus drôle.

Cette amélioration du monde par la marche en arrière, Lutterbach ne la conçoit pas qu’en temps de guerre. « Indépendamment de l’utilité qu’il y aurait à améliorer la marche en arrière pour les temps de guerre, qui pour le bien de l’humanité ne devraient plus se représenter, ne serait-elle pas aussi fort utile en temps de paix ? En effet, n’avons-nous pas vu des officiers de la garde nationale, peu exercés aux évolutions militaires, qui au détour des rues, marchant en arrière pour commander cette manœuvre à leur troupe, ont donné du talon contre le trottoir, et après avoir fait de vains efforts pour se retenir, se sont vus forcés de perdre l’équilibre. »

 

Pour ce doux dingue, l’équilibre du monde pourrait venir de notre capacité à aller de l’avant, mais à reculons…

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03 08 11

Quand les coupes débordaient de vin empoisonné…

 

Courir pour Hitler.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 03/08/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

Dans Courir pour Hitler paru aux Éditions Luc Pire à Liège, un remarquable essai très documenté et riche de nombreux similis peu connus, le journaliste spécialisé Alain van den Abeele décrit avec un beau brio les tenants et les aboutissants des compétitions qui virent s’affronter les marques d’automobiles et les pilotes de course du IIIe Reich et de l’Italie fasciste entre 1925 et 1940.

 

Si l’histoire qu’il narre, celle de l’« ère des Titans » et des « Flèches d’argent », prend parfois des allures d’épopée – on y croise à chaque page des as du volant comme Tazio Nuvolari, Achille Varzi, Luigi Fagioli, Rudi Caracciola, Herman Lang, Hans Stuck ou Berndt Rosemeyer, des ingénieurs qui s’appellent Ferdinand Porsche ou Enzo Ferrari et des marques prestigieuses comme Alfa Romeo, Maserati, Bugatti, BMW, Auto Union ou Mercedes, ces deux dernières ayant produit des bolides plus rapides que les F1 actuelles sur certains circuits –, elle ne s’inscrit pas moins dans un contexte aux remugles nauséabonds : la montée des totalitarismes de droite et leur volonté d’abattre le système parlementaire, l’instauration de leurs dictatures, leurs prétentions ridicules à créer un homme nouveau voire un surhomme, leur propagande omniprésente et mensongère, leurs préparatifs sournois de la guerre, de l’univers concentrationnaire et de la shoah, un contexte qu’Alain van den Abeele ressuscite très habilement dans le cours de son récit.

 

On y découvre aussi les compromissions, les palinodies et la veulerie de grandes entreprises « démocratiques » à l’instar de Ford ou de General Motors, pour qui et quoi qu’il puisse arriver, le profit n’avait pas d’odeur…

 

Nihil novi sub sole, pourrait s’en féliciter le Goering latiniste de Flandre…

 

PÉTRONE

 

Courir pour Hitler par Alain van den Abeele, Liège, Éditions Luc Pire, mai 2011, 221 pp. en noir et blanc au format 14 x 21,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 24 €

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31 07 11

Un continent incontinent ?

 

Les 100 mots de l’Europe.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 31/07/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

Qui est Jerzy Buzek, quelle fonction occupe-t-il et pour combien de temps encore ? Quel est le rôle du Conseil européen présidé par Herman Van Rompuy, et quelles différences y a-t-il entre lui, le Conseil de l’Union européenne et le Conseil de l’Europe ? Quand sont entrés en vigueur les accords de Schengen ? Et le traité d’Amsterdam ? Et celui de Lisbonne ? Pourquoi au juste déjà ? Qu’a été la « Crise de la chaise vide » ? Et l’échec de la CED ?

 

Vous donnez votre langue au chat ?

 

Rien d’étonnant à cela, rassurez-vous ! Car, pour la plupart d’entre nous, l’Europe, en construction depuis près de soixante ans, s’apparente à une usine à gaz aux ramifications d’une complexité dantesque, accouchant trop souvent…d’un pet de souris.

 

D’autres esprits (chagrins ou réalistes ?) voient dans ce continent divisé une Tour de Babel au sein de laquelle, à l’instar du Plat Pays, on communique et on se comprend de moins en moins.

 

Mais l’Europe, pourtant, existe bel et bien. Pourquoi, dès lors, ne pas essayer de faire un peu mieux connaissance avec elle, ses acteurs et ses institutions ? C’est l’objectif de l’ouvrage intitulé Les 100 mots de l’Europe cosigné par deux spécialistes de la chose publique, Jean-Paul Betbèze et Jean-Dominique Giuliani, que les Presses Universitaires de France ont eu la bonne idée de publier récemment dans la célèbre collection « Que sais-je ? ». Ce petit livre pratico-pratique explore dans tous les azimuts les différentes institutions (leur origine, leurs transformations et leurs raisons d’être), les grandes personnalités de la construction européenne ainsi que les politiques menées depuis les bureaux du Berlaymont, de Strasbourg ou de Luxembourg, sans oublier les défis futurs qui attendent le Vieux continent et ses citoyens dans un monde globalisé.

 

Rédigé dans un style clair et précis (ce qui constitue une réussite en soi, s’agissant d’un sujet quelque peu pointu), ce livre permettra à l’étudiant, au connaisseur ou au simple curieux d’en savoir beaucoup sur cette machinerie parfois surréaliste mais qui ne cesse de faire parler d’elle, et de prendre connaissance des échecs, mais aussi des réussites (il y en a eu…) de la politique européenne depuis l’après-guerre.

 

Parce qu’une Europe forte constitue le rempart contre tous les extrémismes, voilà un ouvrage qui trouvera bien vite sa place dans la bibliothèque de tout honnête homme, ou sur la tronche des fachos de tous bords qui attendent au coin du bois qu’on leur fasse leur fête une bonne fois pour toutes… Pas vrai, Breivik ?

 

EUTROPE

 

Les 100 mots de l’Europe par Jean-Paul Betbèze & Jean-Dominique Giuliani, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? », avril 2011, 128 pp. en noir et blanc au format 11,5 x 17,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 9 € (prix France)

14 07 11

« De la musique avant toute chose… » (Paul Verlaine)

 

Histoire de la musique au Moyen Âge et à la Renaissance.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 13/07/2011 sur le site des guides gastronomiques belges DELTA (www.deltaweb.be) :

 

Dans son Histoire de la musique au Moyen Âge et à la Renaissance parue aux Éditions Ellipses à Paris, la professeure Isabelle Handy (elle enseigne à l’université du Maine et à l’Institut technologique européen de métiers de la musique, au Mans) aborde avec un talent de conteuse exceptionnel cette période de l'histoire musicale largement méconnue du grand public.

 

Resituant la création et l’évolution musicales d’alors dans leurs rapports avec l'histoire, les arts, la littérature, la philosophie, la scolastique médiévale, l'humanisme renaissant mais aussi dans leurs liens avec les costumes, les danses à la mode, les jeux – qui furent premières grandes formes théâtrales – les chansons, les danses ou les instruments aux noms parfois étranges (chalemie, clavicorde, mandore, régale, rebec, théorbe, virginal…), l’auteure montre comment, en mille ans, entre le Ve et le XVIsiècles, à un moment où la société moderne se construisait, où l'Europe entrait dans une première grande ère de construction, la musique s’est insérée tout naturellement dans la vie quotidienne, à la cour comme à l'église, dans les demeures ou sur les routes, dans l'atelier d'un luthier et sur les places publiques, pour la prière, le faste ou le divertissement.

 

Prenant le lecteur par la main à la manière d’une Mary Poppins de musicologie, Isabelle Handy l’entraîne à travers le temps et l’espace et lui fait découvrir la musique du temps des mérovingiens et des carolingiens, lui donne à entendre celle du temps des cathédrales avec son répertoire gothique, lui fait connaître l’amour avec les trouvères et les troubadours, l’emmène par la Bourgogne de Castille en Bavière, décrypte pour lui les Carmina Burana et lui présente Rémy Belleau, Gilles Binchois, Guillaume Dufay, Roland de Lassus, Guillaume de Machaut, Johannes Ockeghem, Giovanni Palestrina ou Adrian Willaert…

 

Bravissimo !

 

Bernard DELCORD

 

Histoire de la musique au Moyen Âge et à la Renaissance par Isabelle Handy, Paris, Éditions Ellipses, collection « Le monde : une histoire », mars 2009, 312 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,50 € (prix France)

 

Pour vous, nous avons recopié dans cet essai captivant les quelques lignes suivantes :

 

La liturgie des « Heures » selon la règle bénédictine

 

Selon la règle de Saint-Benoît, la journée d’un moine est divisée en cinq heures de travail manuel, quatre heures d’étude des écritures et six heures de prières. Ces dernières sont ordonnées selon un emploi du temps très strict (= la liturgie des « Heures »). Huit réunions journalières (sept le jour, une la nuit) ponctuent rigoureusement le rituel témoignant de la volonté de prier Dieu nuit et jour…

 

Office nocturne (Grandes Heures)

- Matines (ad matutinem = matin) : avant le lever du jour ou à la fin de la nuit. Appelées dans les premiers temps du christianisme vigilia (vigile = cérémonie de la nuit).

- Laudes (ad laudes, louanges) : à l’aurore. Selon la saison, y est chantée une grande antienne mariale tel le Salve regina.

 

Office diurne (Petites Heures, presque 20 minutes chacune ; se caractérisent par leur simplicité, leur dépouillement)

- Prime (ad primam, à la 1re heure). À 6 heures du matin.

- Tierce (ad tertiam, à la 3e heure). À 9 heures du matin.

- Messe : célébrée à 10 heures, parfois après Sexte ou None.

- Sexte (ad sextam, à la 6e heure). À midi, c’est-à-dire au milieu du jour.

- None (ad nonam, à la 9e heure). À 15 heures.

 

Office vespéral (Grandes Heures)

- Vêpres (ad Vesperas). À la tombée du jour, à 18 heures. On peut y chanter le cantique de louange à la Vierge appelé Magnificat. Le cantique (lat. canticum = chant biblique) est un petit texte court, simple dans sa conception et populaire (Il est né le divin enfant est un cantique interprété le jour de Noël).

- Complies (ad completorium, achèvement). Avant le coucher (vers 21 heures), à la fin de la journée. Les antiennes mariales y sont chantées à partir du XIIIsiècle.

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14 07 11

« Il faut souffrir pour être belle ! » (Dicton populaire)

 

Corset.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 13/07/2011 sur le site des guides gastronomiques belges DELTA (www.deltaweb.be) :

 

La « Bibliothèque du costume » qui paraît aux Éditions du Rouergue à Rodez s’intéresse à des vêtements traditionnels, envisagés du point de vue historique, symbolique, technique, ainsi qu’à travers leurs avatars dans la mode.

 

Elle s’est enrichie d’un joli petit ouvrage intitulé Corset, rédigé par le créateur de mode Hubert Barrère et par le critique d’art Charles-Hubert Boyer qui racontent avec verve, à travers des portraits inattendus et riches de significations à propos de chaque époque, l’histoire depuis l’Antiquité de ce vêtement issu de l’habit militaire et devenu, au fil du temps et après la perte de son rôle défensif, un objet de séduction féminine.

 

Masque qui cachait autant qu’il désignait ce qu’il soustrayait au regard, le corset au masculin, depuis le Moyen Âge, a protégé les organes vitaux, de batailles en tournois, tout en donnant raideur et virilité.

 

Au féminin, à travers ses méandres de fils et de nœuds, de laçages et d’enfilages, il en est rapidement venu à sanctuariser le « précieux », le corps sexuel mais aussi les élans du cœur.

 

Du pourpoint des aristocrates du XVIsiècle à la robe-corset de métal bleu signée Hubert Barrère en 2007 en passant par les modèles portés jadis par Elisabeth Ire d’Angleterre, Agnès Sorel, Henri III, Marie-Antoinette, Greta Garbo ou Marilyn Monroe et ceux imaginés de nos jours par Azzedine Alaïa, Dolce & Gabbana, Christian Lacroix, Thierry Mugler ou Mister Pearl, la riche iconographie de ce beau-livre invite à un voyage passionnant et inattendu dans les coulisses de la mode.

 

Bernard DELCORD

 

Corset par Hubert Barrère et Charles-Hubert Boyer, Rodez, Éditions du Rouergue, collection « Bibliothèque du costume », avril 2011, 128 pp. en quadrichromie au format 16,5 x 24,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 25 € (prix France)

 

Pour vous, nous avons recopié dans ce livre séduisant les quelques lignes suivantes :

 

De sophistication en condamnation

 

Sous le règne de Louis XV, les robes reprennent une structure plus rigide qui impose un retour au décolleté carré comme à une poitrine aplatie. Pour maintenir le buste droit et faire surgir pudiquement l’amorce de seins toujours couverts, le corset sera ferme, rigide, ajusté, même s’il abandonne le busc pour de nouvelles baleines. On comptera ainsi jusqu’à cent quatre fanons de baleine pour un seul corset, provenant principalement des Pays-Bas qui en organisent le commerce. Quand il est lacé sur le devant on le dit ouvert, dans le dos on le dit fermé. Dans les deux cas, il nécessite le concours de domestiques. Jeunes filles et fillettes se doivent de le porter dès leur plus jeune âge. Et certains modèles s’adaptent à la grossesse par l’ajout de lacets sur les côtés, ou à l’allaitement par des ouvertures sur les seins. À la fin du XVIIIsiècle, si le corset n’escamote plus les seins, c’est pour mieux les comprimer par-dessous de manière à les faire jaillir par-dessus, parfois jusqu’au débordement parmi des flots de mousseline et de dentelle. On appellera « échelle » une suite de nœuds de rubans de grandeur décroissante partant du décolleté qu’elle amplifie jusqu’à la taille qu’elle amincit par effet d’optique. Et si l’envers du corset est en simple toile écrue piquée, l’endroit est de plus en plus raffiné, en damas, satin, faille, soie brochée ou brodée.

 

Avec le règne de Marie-Antoinette à Trianon, les robes s’allègent et les corsets se relâchent à nouveau, sans nul doute sous la pression parallèle de médecins devenus hygiénistes et de nouveaux philosophes anti-corset, dont le célèbre Jean-Jacques Rousseau qui, dans Émile ou De l’éducation, fustige « l’usage de ces corps de baleine » qui coupent la femme en deux « comme une guêpe ». Le naturaliste Buffon condamne de même ce « pressoir à corps ». Aussi, la bergère de cour, à Trianon, se voudra-t-elle bien vite »au naturel » avec son simple petit fichu croisé sur les seins ! La Révolution mettra définitivement le corset au pilori en prônant un retour à un « antique » entièrement revisité et une taille haute. Rubans et plissés soulignent ou séparent alors les seins sur des robes de tulle ou de mousseline, légères et presque transparentes jusqu’à l’avènement de l’impératrice Joséphine qui impose le velours et réintroduit le corset ; pour générer artificiellement des formes « qu’elle n’avait pas naturellement » répondront les critiques !

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