10 10 15

Une vie de Muhammad

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Nous sommes en 672.

Investi d'une mission sacrée de ..transmission,  Hussein Abd-el-Jawad, un jeune scribe, se rend à Médine, la ville du célèbre Prophète, aux fins d'y recueillir les souvenirs d' Al-Nabati, un saheh, témoin direct de la vie de Muhammad, décédé quarante années auparavant.

" Je trouve ta démarche très noble, mon fils. Ainsi que tu peux le constater, je suis un vieil homme. Un vieil homme fatigué et usé. J'aurais dû mourir, il y a longtemps, mais il semble que la mort m'a oublié.

L'urgence d'en consigner les propos ne fait pas de doute, l'habilité du procédé romanesque non plus: conscient de l'impossibilité de la vérité historique, Gilbert Sinoué s'est assigné le but de conter "une" vie du Prophète aux fins d'en recueillir le message fondamental, fondateur de l'Islam tel que nous le connaissons.

Avec le brio qu'on lui connaît et cette plume parfumée de saveurs orientales, l'écrivain trace un portrait du prophète, des plus envoûtant, enchâssant son récit dans l'histoire d'amour qui entraîne le scribe dans les bras de la ravissante servante Sawal.

"L'heure de conquérir La Mecque venait de sonner."

Né en 570 de notre ère, Muhammad est tôt orphelin - à 6 ans, il n'a plus ni père ni mère. Il se découvre rapidement L'Envoyé de Dieu et répand bienfaits et abondance  sur ses passage et  entourage. Les messages de l'ange Gabriel viendront régulièrement l'instruire de sa mission jusqu'à la victoire suprême sur les Qurayshites que constitue la conquête de la Mecque

" La Mecque orgueilleuse des idolâtres était tombée. La Mecque musulmane pouvait commencer."

Un écrit passionnant, instructif de surcroît,qui se dévore comme un roman.

Apolline Elter

L'Envoyé de Dieu, Une vie de Muhammad, Gilbert Sinoué, Ed. de l'Archipel, sept. 2015, 320 pp

 

Biller de faveur

AE: Gilbert Sinoué, pourquoi avoir intitulé ce récit "L'Envoyé de Dieu", plutôt que « L'Envoyé d'Allah? « 

Gilbert Sinoué:  Bonne question. Sans doute parce que pour moi Allah et Dieu et ne sont qu'une seule et même entité. J'ai opté pour Dieu sans trop réfléchir. 

 

SMALL_SALON HISTOIRE.jpg A noter que Gilbert Sinoué sera un des invités de prestige du premier Salon du Livre d'Histoire de Bruxelles - Ecrire l'Histoire qui se déroulera, le dmanche 15 novembre prochain, dans les caves voûtées du Coudenberg

Re

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01 10 15

Le secret de l'empereur... Charles-Quint et l'horloge noire...

secret empereur.jpgEn lisant « Le secret de l'empereur » de Amélie de Bourbon Parme, nous devenons Charles-Quint, quelle expérience ! Nous le sommes et nous pensons comme lui ! Quelle magnifique aventure qui nous plonge dans le XVIe siècle ! Nous sommes dans les rouages du pouvoir (et le mot « rouage » prend ici tout son double sens!) au moment de son abdication à l'avantage de son fils Philippe. L'empereur la souhaite, malgré l'avis de son entourage et de sa famille. C'est un événement incroyable : jamais on n'avait ainsi abdiqué depuis Dioclétien en 305.

La première phrase d'un livre est toujours essentielle : « 24 octobre 1555 – Ce soir-là, l'empereur rejoignit son atelier de mécanique et d'horlogerie plus tard que d'habitude. »

Ce deuxième roman d'Amélie de Bourbon Parme se situe toujours dans l'Histoire puisque le premier était consacré au sacre de Louis XVII. L'abdication est lente et difficile, mais peu à peu l'Empereur le plus puissant du monde deviendra un homme.

« Ces derniers mois, il avait acquis la conviction qu'il était plus facile de prendre le pouvoir que de s'en défaire. »

Un homme avec une passion, celle des horloges. Il a hérité des collections de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Mais une horloge noire retiendra son attention... une horloge astronomique qui inquiètera même le Vatican, puisque son mouvement est différent.

Le style de l'auteure correspond totalement au propos, majestueux et lent, mais convient à notre lecture d'aujourd'hui. Ni le vocabulaire ni la poésie n'en sont absents. Ainsi cette « caquetoire », siège rudimentaire à accoudoirs pour bavarder ; ainsi cette si belle phrase : « La lumière du jour était basse, presque lointaine, comme si elle était occupée à éclairer un autre monde. »

 

Jacques MERCIER

 

« Le secret de l'empereur », Amélie de Bourbon Parme, roman, Edition Gallimard, 320 pp. 20 euros.

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01 09 15

Tricentenaire

En ce jour de rentrée scolaire,  nous célébrons également le tricentenaire du décès, à Versailles, de Louis XIV, illustre souverain solaire.

Les publications sont pléthore qui soulignent l'événement.

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Original et passionnant, parce que refusant la vision restrictive de l'année 1715 qu'en offre la traditionnelle Histoire de France, l'essai de Thierry Sarmant, docteur de l'université de Paris-I,  conservateur en chef du musée du Carnavalet, nous ouvre des horizons méconnus et de singuliers rapprochements avec 2015.

 " S’interroger sur l’année 1715, c’est donc, au-delà de la  mort de Louis XIV et de ses conséquences immédiates, s’interroger sur une césure du temps, réelle ou imaginaire, perçue par les contemporains ou inventée par les historiens. C’est ensuite mettre en regard ces deux grandes conceptions historiques du « Grand Siècle »et des « Lumières »  pour voir ce qui les oppose et ce qui les rapproche. C’est enfin mesurer la pertinence de ces conceptions en dehors de la France et la place effective que cette  France « prépondérante » a occupée en Europe et dans le monde, au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles.

Pour ce faire, il faut laisse le cadavre allongé sous le relief de  Coustou, sortir de Ia chambre du roi, quitter Versailles et partir à la découverte des hommes de toutes nations qui firent ou subirent la grande histoire, il y a trois siècles de cela.

 

1715, La France et le monde, Thierry Sarmant, essai, Ed. Perrin, nov. 2014, 461 pp

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01 08 15

Vies - et récit - d'exception

Résultat de recherche d'images pour "alain decaux fabuleux destins"Avec la verve, le brio qu'on lui connaît, l' Académicien Alain Decaux nous brosse les portraits saisissants de huit personnages -  et tant de destins - hors du commun: César Borgia, fils de pape....notamment , Gandhi, Winston Churchil, Ibn Séoud, roi d'Arabie, Nicolas II, dernier tsar de Russie, Stavisky (as Serge Alexandre), Birger Dahlerus, ce fils d'un haut fonctionnaire suédois qui voulait empêcher la seconde guerre et Louis Renault, le génie de la mécanique, tragiquement exécuté en prison, lors de la Libération- il laissera pour testament la future célèbre Renault 4:

 "Ainsi, devant la mort, il aura dit : l’usine. Ce mot résume à lui seul la tragédie de Louis Renault. Peut-être fallait-il à cette vie d’exception précisément une fin d’exception. Rien n’avait jamais été banal chez Louis Renault. Délibérément il avait choisi de vivre dans un paroxysme. Sa réussite allait bien au-delà de toutes les autres réussites. Aujourd’hui, sa chute se révélait à la mesure  de l’ascension. Tout cela autour d’une seule idée, d’un seul mot : l’usine."

Un chapitre est consacré à l' organisation mystérieuse de la "Cagoule", à un portrait d'Eugène Deloncle, son principal leader,  dont la finalité fut clairement,  fin des années '30, le renversement de la IIIe République ...

Passionnant  vous dis-je

AE

Fabuleux destins - Neuf vies d'exception qui ont marqué l'histoire du Monde, Alain Decaux, essai, Ed. Perrin, juin 2015, 386 pp

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30 06 15

Dives bouteilles…

La bouteille de vin – Histoire d'une révolution.jpgMembre de l'Institut, président de l'Académie du vin de France et président de la Société de géographie, Jean-Robert Pitte est un éminent spécialiste de la géographie culturelle. De l'Histoire du paysage français (1983) à Le Vin et le Divin (2004) et à Bordeaux-Bourgogne. Les passions rivales (2007), il mène depuis 30 ans une grande recherche sur la géographie de la gastronomie et du vin.

On lui doit chez Tallandier à Paris un essai passionnant intitulé La bouteille de vin – Histoire d'une révolution qui retrace les grandes étapes du conditionnement du vin (d’abord dans des outres, des dolias, des amphores et des tonneaux, mais aussi dans des pots, des pichets, des cruches, des gourdes et des carafes, jusqu’à l’invention de la bouteille à Chirâz en Perse au XVIIe siècle dont l’usage persiste de nos jours) et en décrit les conséquences économiques, sociales, artistiques et culinaires.

Voici ce qu’il nous dit de son ouvrage :

« Par leurs formes qui varient dans le temps et d'une région à l'autre, les bouteilles de vin racontent une histoire passionnante. (…) Jamais les vins n'auraient pu vieillir à l'abri de l'air et de la lumière et jamais la personnalité des terroirs et des millésimes n'aurait pu se révéler avec autant d'éclat sans l'invention de la bouteille.

La révolution date du Ier siècle de notre ère, c'est la mise au point de la canne à souffler. Au début du XVIIe siècle, les productions européennes, trop fragiles, ne peuvent servir à déplacer des liquides à longue distance. C'est alors qu'un pays importateur, l'Angleterre, réalise la bouteille en verre épais et noir, élaborée dans un four chauffé au charbon. Les mêmes Anglais découvrent au Portugal les vertus du liège qui permet un bouchage hermétique et de confier aux bouteilles du vin de qualité, de les coucher, les transporter et les conserver. Bientôt, ils inventent encore le champagne mousseux que les Français ne confectionneront qu'à partir de la Régence.

Les bouteilles d'outre-Manche sont en oignon, en poire, puis cylindriques à épaules plus carrées. Les françaises, elles, sont plutôt ovoïdes, à épaules tombantes, tant en Champagne et en Bourgogne qu'à Bordeaux où, au XIXe siècle, s'impose la forme cylindrique à épaules carrées. À côté de ces deux grands modèles, certains vignobles en ont imaginé d'autres : la flûte rhénane, la fiasque paillée de Toscane, le bocksbeutel en forme de gourde de Franconie, le clavelin du Jura, la petite bouteille à col allongé du Tokaji ou du constantia sud-africain… »

Soulignons pour conclure que nous avons aussi affaire à une véritable industrie, puisqu’il se produit sur la planète plus de 30 milliards de bouteilles de vin par an !

Bernard DELCORD

La bouteille de vin – Histoire d'une révolution par Jean-Robert Pitte, Paris, Éditions Tallandier, mai 2013, 311 pp. en noir et blanc + un cahier de 34 pp. en quadrichromie au format 14,7 x 21,4 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 26,80 € (prix France)

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13 06 15

Naissance d’une épopée…

Waterloo - Acteurs, historiens, écrivains.jpgLa défaite de Waterloo sonne le glas du Premier Empire et marque la fin des guerres qui secouaient l’Europe depuis 1791. C’est aussi le début d’une légende dorée née sous la plume d’auteurs du XIXe siècle comme Victor Hugo, Lamartine, Balzac, Stendhal, Nerval, Chateaubriand, mais aussi Walter Scott, lord Byron, Conan Doyle ou William Thackeray, et d’historiens comme Lenotre, Guizot ou Albert Sorel sans oublier Las Cases ni Napoléon lui-même qui, depuis son exil de Sainte-Hélène, décrivit par le menu la « bataille de Mont-Saint-Jean ».

C’est ce qu’on lit dans la remarquable anthologie Waterloo – Acteurs, historiens, écrivains établie par l’historien Loris Chavanette qui y a compilé, rédigés aussi bien par des vainqueurs que par des vaincus, de nombreux témoignages, extraits biographiques et textes d’histoire militaire ou politique en plus d’extraits des auteurs cités plus haut, d’une chronologie, de notes explicatives et de cartes de la bataille.

Une mine d’informations aux meilleures sources !

Bernard DELCORD

Waterloo – Acteurs, historiens, écrivains, textes choisis et annotés par Loris Chavanette, préface de Patrice Gueniffey, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio classique », avril 2015, 882 pp. en noir et blanc au format 10,8, x 17,8 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 9,50 € (prix France)

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13 06 15

De Charybde en Scylla…

Napoléon – Du soleil d'Austerlitz au crépuscule de Waterloo.jpgS’adressant aux grands adolescents, mais aussi à un public plus vaste en raison de la qualité de ses illustrations et de la clarté de ses commentaires, l’ouvrage collectif intitulé Napoléon – Du soleil d'Austerlitz au crépuscule de Waterloo, s’il fait la part belle à l’esprit hagiographique en vogue depuis longtemps dans l’Hexagone s’agissant des hauts faits du Petit Caporal – pas un mot, en revanche, sur les sujets qui fâchent comme le pillage de l’Italie, les massacres en Espagne ou le rétablissement de l’esclavage aux Antilles –, trouvera tout naturellement sa place dans la bibliothèque des nombreuses personnes venues assister à la reconstitution de la bataille qui vit la chute de l’Aigle aux griffes acérées…

Bernard DELCORD

Napoléon – Du soleil d'Austerlitz au crépuscule de Waterloo, ouvrage collectif, Paris, Éditions Larousse, collection « Les dossiers de l’histoire », mai 2015, 96 pp. en quadrichromie au format 15,5 x 21,8 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 9,90 € (prix France)

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28 05 15

Ingagnable par les Yankees…

La guerre du Viêt Nam (collection Tempus).jpgDirecteur de recherche au National Security Archive de l'université George Washington, John Prados est unanimement reconnu comme l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire diplomatique et militaire américaine. Il est l'auteur d'une quinzaine de livres, dont trois figurent sur les listes du prix Pulitzer et deux ont été traduits en français, Les Guerres secrètes de la CIA (aux Éditions du Toucan) et La Guerre du Viêt Nam, une somme parue aux Éditions Perrin à Paris en 2011 et qui vient de ressortir au format de poche dans leur excellente collection « Tempus ».

Voici ce que nous avions écrit dans ces colonnes à propos de l’édition princeps :

« Dans cette œuvre monumentale, l'auteur fournit le récit complet et une analyse globale de la guerre du Viêt Nam depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la chute de Saigon en 1975.

On se rappellera que ce conflit demeure, à ce jour, le seul que perdirent les Yankees depuis l'indépendance de leur pays, et que cette raclée leur fut infligée à l'instigation d'un civil, le “général” Vo Nguyên Giap (né en 1911 [1]), un historien autodidacte n'ayant suivi les cours d'aucune académie militaire, mais fervent lecteur de Jules César, de Napoléon et de Clausewitz,qui avait déjà vaincu l'armée française à Dien Bien Phu en 1954.

S'appuyant sur des documents récemment déclassifiés et un large éventail de sources vietnamiennes et internationales, John Prados peint une fresque magistrale où idéologies et armées s'entrechoquent. Il explique comment et pourquoi les différentes présidences américaines, de Truman à Nixon, en passant par Kennedy et Johnson, ont à la fois mal interprété les réalités nord-vietnamiennes, mal compris leurs alliés sud-vietnamiens, méprisé le mouvement anti-guerre et négligé l'impact croissant des médias sur l'opinion.

Engagés dans un conflit qu'ils ne pouvaient gagner, les républicains comme les démocrates n'ont pas su puis pu sortir du scénario tragique dans lequel sombrait l'Amérique. Tour à tour récit enlevé, essai novateur et témoignage personnel émouvant, cet essai brillantissime dresse le bilan définitif d'une guerre novatrice qui bouleversa les États-Unis et modifia l'équilibre planétaire.

Le tout pour pas grand-chose… »

Racontée par le menu, l’histoire d’une tragédie moderne !

Bernard DELCORD

La guerre du Viêt Nam 1945-1975 par John Prados, traduction de Johan-Frédérik Hel Guedj, Paris, Éditions Perrin, collection « Tempus » n°594, avril 2015, 1079 pp. en noir et blanc au format 13 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 16 € (prix France)


[1] Il est mort le 4 octobre 2013 à Hanoï, à l'âge de 102 ans.

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01 03 15

Ténèbres et lumière…

Congo – L'autre histoire.jpgDans un fort essai remarquablement étayé et intitulé Congo – L'autre histoire. De Léopold II, fer de lance de l'antiesclavagisme à l'esclavagisme des multinationales, notre compatriote Charles Léonard s’est lancé dans l’entreprise ô combien complexe de remettre de nombreux points sur les i de l’histoire du Congo belge et de la RDC.

Il est vrai que notre homme, qui maîtrise parfaitement le lingala et voue une amitié sans bornes au Congo et à son peuple, ne manque pas de biscuit puisqu’il œuvra dans ce pays de 1953 à 1993 et qu’il fut la cheville ouvrière des 26 numéros de Conjoncture Économique du Zaïre, la revue de référence en la matière à l'époque, qu'il rédigea de 1961 à 1987.

« Mais, écrit son éditeur, s’agissant de l’histoire coloniale du Congo, Charles Léonard en a eu un jour assez des écrits orientés ainsi que du mea culpa profondément chrétien et frisant le masochisme de la presse européenne en général et belge en particulier.

Cette pensée anticoloniale politiquement correcte, mais loin de l'être toujours historiquement, est le fruit d'auteurs n'ayant souvent jamais vécu en dehors des frontières belges ni au Congo belge. Elle a, nombre de fois, exaspéré les anciens d'Afrique dont les mises au point et protestations ne furent pratiquement jamais prises en considération par les médias belges.

Alors, à 82 ans, il décide de prendre la plume et de raconter le Congo sous un autre angle : oui, la colonisation belge a fait un travail extraordinaire et fut l'une des plus remarquables en Afrique ; non, les Blancs ne sont pas tous d'infâmes exploiteurs ; oui, le Roi Léopold II fut un homme hors du commun, certes pas un saint, mais bien le reflet de la vision de son époque mise en œuvre avec volonté, persévérance et intelligence.

Parce qu’il fut victime de la calomnie anglaise d'abord, belge et internationale ensuite, ce livre veut lui rendre le mérite auquel il a droit : entre autres exploits, Léopold II mit fin à l'esclavagisme arabe en Afrique centrale et promulgua dès 1885 une ordonnance instaurant les bases d'un remarquable code de procédure civile, prélude du futur “Codes et Lois du Congo belge”, seul en son genre à l'époque, et respectueux du droit coutumier de surcroît. Il donna aux Congolais, qui le reconnaissent eux-mêmes, un véritable empire au cœur de l'Afrique, empire doté d’un sous-sol parmi les plus riches au monde.

Ensuite, Charles Léonard raconte l'évolution d'un pays : de l'indépendance aux Kabila père et fils en passant par Kasavubu, Mobutu, les deux guerres à l'Est et jusqu'aux exploiteurs actuels du pays, les nouveaux maîtres du monde que sont les multinationales. »

Ajoutons que le style est alerte, la réflexion subtile, la documentation abondante et les illustrations remarquablement choisies.

Cet ouvrage aux opinions parfois tranchantes – et que nous ne partageons pas forcément – ne pourra que déplaire aux tenants actuels de la pensée unique, à qui il fera pousser des cris d’orfraie.

Ce qui lui donne un attrait supplémentaire !

Bernard DELCORD

Congo – L'autre histoire. De Léopold II, fer de lance de l'antiesclavagisme à l'esclavagisme des multinationales par Charles Léonard, Bruxelles, Éditions Masoin, septembre 2014, 416 pp. + 32 pp. de photographies en noir et blanc au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 30 €

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22 02 15

"Il faudra leur dire..."

9782221095928.jpgLa nuit du 30 janvier 1944, Ida, âgée de 14 ans est emmenée par trois soldats français. Née en France de parents juifs polonais, elle sera conduite seule vers l'enfer. Drancy, Birkenau, Auschwitz en février 1944, elle affrontera la proximité, la puanteur, la violence des camps. Elle luttera pour ne pas tomber malade du typhus. Elle y restera 17 mois dont deux hivers. Un simple numéro, une seule gamelle, mise au travail, Ida tentera de survivre à l'horreur.Elle échappera à la mort dès son arrivée au camp, tout simplement grâce à une coiffure qui lui donne l'allure d'une adolescente plus âgée. Elle s'en servira par la suite, ce qui la sauvera à plusieurs reprises. 

 

Au fil de ce livre intitulé "J'ai pas pleuré", Ida raconte ses conditions de vie, ses rencontres... Elle évoque régulièrement la chance dont elle a bénéficié. Affectée au commando de pierres, elle finira par travailler dans une usine d'armement. Les conditions de vie sont inhumaines, chaque jour, elle voit des compagnons d'infortune mourir de froid, de fatigue, de douleur... Les moindres détails de la vie au camp sont décrits. En janvier 1945, les Allemands évacuent Auschwitz. S'ensuit la marche de la mort pour Ida. Des kilomètres à marcher, en soutenant les autres qui n'avancent plus et finissent par périr sur le bord du chemin. Mais la maladie la rattrape. Emmenée dans une annexe du camp, elle sera soignée par Wanda, une infirmière déportée pour résistance. Elle cherchera à la revoir après sa libération, mais en vain. Ce n'est qu'en mai 1945, qu'Ida sera véritablement libre par des soldats soviétiques. Rapatriée en France, elle apprendra que son père ne reviendra pas.Haut et fort, elle clamera que si elle a craqué: "j'ai pas pleuré". 

 

Ce livre est né d'une rencontre particulière en 1988. C'était la première fois qu'Ida retournait à Auschwitz, elle a accepté d'accompagner un groupe de lycéens. Elle y rencontre Bertrand Poirot-Delpech. Ce dernier propose d'être son scribe. Ensemble, ils livrent aux lecteurs plus qu'un témoignage mais bien un espace de réflexion sur ce que des humains ont été capables de faire à d'autres humains.Mais il y a aussi tout "l'après". Comment tenter de revivre après tout cela?

L'auteur explique être investie de la mission de transmettre l'histoire. "L'oubli serait aussi intolérable que les faits eux-mêmes. (...) Je n'oublie pas que j'ai reçu une mission sacrée. Je revois les femmes qui me l'ont confiée, en partant pou Revier, l'antichambre de la mort:"Si vous rentrez, il faudra leur dire. Ils ne vous croiront pas, mais il faudra leur dire"."

"J'ai pas pleuré", est un livre poignant ouvrant sur d'autres perspectives de cette page noire de notre histoire. 

 

J'ai pas pleuré, Ida Grinspan et Bertrand Poirot-Delpech, éd. Robert Laffont, 252 pages, Paris, 2002