04 05 14

Des tueurs qui savaient vivre...

La Mafia se met à table.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 02/05/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Toujours disponible, l'amusant petit essai historico-culinaire de Jacques Kermoal et Martine Bartolomei intitulé La Mafia se met à table décrit par le menu dix repas – dont les recettes sont fournies dans le livre – offerts par les membres de l'Honorable Société entre 1860 (le « banquet de Messine » en l'honneur de Garibaldi pour le remercier de leur avoir, à son insu, offert la Sicile...) et 1982 (le « dîner d'état-major » à Syracuse), dont certains se clôturèrent par le massacre des invités.

On y croise Mussolini, Roosevelt, Churchill, Frank Sinatra, évidemment, et aussi le maréchal Juin, le général Dalla Chiesa, qui mêlent leurs coups de fourchette avec ceux de Vito Genovese, Lucky Luciano ou Don Vito, sans oublier le supérieur du couvent des franciscains de Mazzarino qui, en 1958, à l’issue de repas succulents, distribuait aussi bien les rafales de mitraillette que l’absolution pour convaincre ses riches paroissiens de donner largement pour ses œuvres.

Et on s'y régale de cuissot de chevreuil faisandé à l'eau-de-vie de prunes d'Agrigente, de paupiettes de bœuf aux artichauts, de cocktail de pâtes froides à la crème, de vermicelles au jus de seivhe, de mérou au four, de gelée de pastèque...

Car cucinare il delitto, « cuisiner le délit », est une expression sicilienne bien ancrée dans les mœurs locales…

Bernard DELCORD

La Mafia se met à table Histoires et recettes de l’honorable société par Jacques Kermoal et Martine Bartolomei, Arles, Éditions Actes Sud, octobre 2000, collection « Babel », 209 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,70 € (prix France)

Voici la recette d'un plat servi en 1909 au « chef des chefs » Don Vito Cascio Ferro :

Agnelet en sauce et aux herbes des pentes volcaniques

Pour 6 personnes

Ingrédients :

2 kg de viande d'agnelet

Farine

Huile d'olive

Céleris et oignons

1,5 litre de bouillon de viande

Persil

Origan en poudre

Ciboulette

Sel et poivre

Recette :

Coupez  la viande en morceaux réguliers

Passez les à la farine et faites-les dorer dans un verre d'huile d'olive où vous aurez fait dorer au préalable un hachis de céleris et d'oignons.

Salez et poivrez, puis couvrez l'agneau avec le bouillon.

Laissez cuire pendant 1 heure à feu doux.

À la fin de la cuisson, saupoudrez la viande avec 1 cuiller de persil haché, 1 autre cuiller de ciboulette hachée et de l'origan en poudre.

 

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22 04 14

Mon (arrière-grand-)père, ce héros

" L'héroïsme, c'est être un autre que l'on ne soupçonnait pas d'exister"

Spécialiste du XIXe siècle - littérature et musique confondues - puisqu'on lui doit de concert une biographie d'Alain Fournier, d'Alfred de Musset et de Claude Debussy (Ed. Gallimard - Folio) Ariane Charton approche le phénomène de l'héroïsme par le biais du concept - viril - de mort , de sacrifice de vie, qu'il suppose et le spectre, centenaire oblige, de la guerre 14-18. 

 L'approche se fait par le prisme d' écrivains de la Grande Guerre, Guillaume Apollinaire, Roland Dorgelès, Romain Rolland, Alain-Fournier, Charles Péguy, Georges Duhamel, Jean Giono, Louis-Ferdinand Destouches (futur Céline) , Louis Pergaud,  Blaise Cendrars... de leur correspondances et écrits relatifs à cette période. Partant, elle nous fait part d'un "coup de foudre littéraire" pour Jean de La Ville de Mirmont, écrivain aujoud'hui oublié.

Partis dans l'euphorie patriotique d'une guerre de mouvement, la plupart déchanteront quand viendra l'interminable attente de la guerre des tranchées.

«  Ici, dans la souffrance qui fait tomber les masques, je vois le bas-fond de l’âme humaine et la lie, et la vase et la merde. Combien peu, officiers comme soldats, peuvent se vanter d’être des hommes, des hommes ! »  écrit Louis Pergaud à sa femme , quelques mois avant sa mort, sur le front, le 8 avril 1915.

D'aucuns tireront des visions d'horreur, matière -cathartique, didactique - à récits, romans, . parfois primés, tels Le feu, journal d'une escouade, d'Henri Barbusse, Prix Goncourt 1916,  Civilisation de Georges Duhamel, Goncourt 1918, Les croix de bois, de Roland Dorgelès, ..., d'autres en tireront un dégoût qui conditionnera leur attitude en 1940  tel Louis-Ferdinand Destouches (augmentée, il est vrai,  d'un anti-sémitisme qui n'a rien d'un "pacifisme d'ancien combattant"  ) ou un pacifisme à ce point ancré, tel Jean Giono, qu'il lui vaudra d'être arrêté en 1939,  taxé de collaborateur en 1944..

Un petit éloge bien intéressant

AE

 

Petit éloge de l’héroïsme à travers des écrivains de la Grande Guerre,  Ariane Charton, essai, éd. Folio 2 €, février 2014,  128 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

11 04 14

Mémoires d'un lion

Mémoires de la Grande Guerre 1911-1915.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 11/04/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Réédités chez Tallandier à Paris sur le conseil avisé de Jean-Claude Zylberstein, les Mémoires de la Grande Guerre 1911-1915 de Winston Churchill (1874-1965, prix Nobel de littérature 1953) parus en 1923 constituent le premier tome d'un témoignage palpitant sur les prémices du premier conflit mondial et sur son déroulement jusqu'en novembre 1915, époque où Sir Winston, Premier lord de l'Amirauté, assuma la défaite des Dardanelles en présentant sa démission qui ouvrit alors pour lui une douloureuse traversée du désert.

Écoutons l'éditeur :

« Parce qu'il avait été au cœur des affaires internationales, au plus près des leaders politiques et militaires du temps, ses écrits livrent un aperçu sans précédent des coulisses du conflit. Pendant près de cinq ans, il œuvra aux préparatifs de la guerre, rencontra les différents responsables, tenta d'imposer ses vues, fut confronté aux différentes crises gouvernementales, attaqué à la fois par les conservateurs et les membres de son parti. Jamais inactif, il se rendit par exemple en octobre 1914 à Anvers où l'armée belge était encerclée.

Avec une verve incomparable et un sens inouï de la formule, Churchill se fait ici le chroniqueur des événements qui ont bouleversé l'Europe entre 1911 et 1915, et dont il a été le témoin autant que l'acteur. »

Et quel acteur ! Dans tous les sens du terme...

Bernard DELCORD

Mémoires de la Grande Guerre 1911-1915 par Winston Churchill, préface de François Kersaudy, traduction révisée et annotée par Antoine Capet, Paris, Éditions Tallandier, février 2014, 635 pp. en noir et blanc au format 16,5 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs, 29,90 € (prix France)

 

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04 04 14

Reporters de guerre

Reporters de guerre (La France en Guerre).jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 04/04/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Dans Visite sur les trois fronts par Arthur Conan Doyle (1859-930) & La France en Guerre par Rudyard Kipling (1865-1936), on découvre avec quelque étonnement que ces deux immenses écrivains britanniques, l'un père de Sherlock Holmes et l'autre auteur de Kim et du Livre de la jungle, ont voulu constater de visu ce qui se passait durant le premier conflit mondial du côté des lignes britanniques, italiennes et françaises pour le premier, dans le nord de l'hexagone et dans les Flandres pour le second, et l'on apprend que la Grande Guerre les marqua au fer rouge, puisqu'ils y perdirent chacun un fils bien-aimé.

Et si leurs reportages sont rédigés dans des styles bien différents, percutant pour Conan Doyle qui était médecin (Ypres «  est la ville d'un rêve, cette moderne Pompéi, détruite, désertée et profanée, mais avec une dignité fière et triste qui vous poussait malgré vous à baisser la voix en passant dans ses rues en ruines ») et lyrique pour Kipling qui était plus écrivain que journaliste (« La fumée s'évanouit dans ce morceau de tranchées, comme l'écume d'une vague meurt dans l'angle des murs d'un port »), on y sent sourdre, derrière la défense de l'Empire et de ses valeurs, une sorte de déréliction annonciatrice de la fin de celui-ci.

Deux textes formidables !

Bernard DELCORD

Visite sur les trois fronts par Arthur Conan Doyle & La France en Guerre par Rudyard Kipling, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Mémoires de Guerre », janvier 2014, 86 pp et 83 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 12,90 € chacun (prix France)

Reporters de guerre (Visite sur les trois fronts).jpg

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26 02 14

Souvenirs de la grande boucherie...

Ceux de 14.jpgMaurice Genevoix (1890-1980) obtient le prix Goncourt en 1925 pour Raboliot, et est élu à l'Académie française en 1946. Il est l'auteur d'une très grande œuvre, vaste hommage à la nature après ses premiers ouvrages sur la guerre : plus de soixante livres, dont La Dernière Harde et Un jour, qui furent d'immenses succès.

Pour commémorer le centenaire du début de la Grande Guerre, les Éditions Flammarion ont ressorti son fameux et imposant volume rassemblant Sous Verdun (1916), écrit en quelques semaines et largement censuré, Nuits de guerre (1917), Au Seuil des Guitounes (1918), La Boue (1921) et Les Éparges (1923), des textes réunis sous le titre de Ceux de 14 en 1949, dans la version définitive retravaillée par l'auteur.

Cette nouvelle édition, préfacée par l'historien Michel Bernard[1] et suivie d'un dossier de 90 pages réalisé par le documentaliste Florent Deludet, comprend des photographies du texte censuré, des carnets de Genevoix, de sa correspondance et de ses « camarades du 106 », véritables héros de ce récit.

En voici un bref aperçu :

« 1er août 1914 : la France décrète la mobilisation générale. Le 2 août, Maurice Genevoix, brillant normalien qui n'a pas 24 ans, rejoint le 106e régiment d'infanterie comme sous-lieutenant... Neuf mois plus tard, il est grièvement blessé et est réformé. Entre ce mois d'août 1914 et les trois balles qui l'atteignent, le 25 avril 1915 dans la Tranchée de Calonne, le jeune homme aura participé à la bataille de la Marne, marché sur Verdun et, surtout, pendant quatre longs mois, défendu les Éparges.

Sur cette colline meurtrière, les combats se font au corps-à-corps, à la grenade, et sous le feu des obus. Entre l'été et le printemps revenu, Maurice Genevoix vit le quotidien du fantassin, la boue, le sang, la mort, alors que le commandement croit encore à une guerre courte. »

L'immense ouvrage d'un écrivain qui ne l'est pas moins !

Bernard DELCORD

Ceux de 14 par Maurice Genevoix, Paris, Éditions Flammarion, préface de Michel Bernard, dossier réalisé par Florent Deludet octobre 2013, 958 pp. en noir et blanc au format 14 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 25 € (prix France)


[1] Michel Bernard, historien et haut fonctionnaire, est l'un des meilleurs spécialistes de la Grande Guerre vue par ses combattants-écrivains, notamment Maurice Genevoix. II est l'auteur du très remarqué La Tranchée de Calonne (2007), couronné par le prix Erckmann-Chatrian, de La Maison du docteur Laheurte (2008, prix Maurice Genevoix), de Le Corps de la France (2010, prix Erwan Bergot de l'armée de terre) et de Pour Genevoix (2011).

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26 02 14

Quand moeder Siska rencontre Auguste Escoffier

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 Si vous appellent l'iode et le pascal attrait de nos stations balnéaires, vous savourerez avec joie ces 50 histoires, anecdotes, qui aux vagues des siècles vous saisiront de rencontres parfois inattendues.

Au-delà des hôtes souverains, Léopold II en particulier, très attaché à Ostende, ainsi que James Ensor, natif de la "Reine des plages", vous croiserez, de pages en plages,  Lord Byron, Joséphine Baker, François-René de Châteaubriand,  Alexandre Dumas, Auguste Escoffier -inventeur de la sole à l'ostendaise - Stefan Zweig, Victor Hugo et Juliette Drouet, Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, la jeune Alexandra David-Néel, Albert  Einstein, Soeur Luc-Gabriel as Jeannine Deckers as Soeur Sourire, Barbara et Jacques Brel, Félicien Rops, Emile Verhaeren et Maria Van Rysselberghe, Eugène Ysaye, Edith Piaf, Charles Aznavour, .... sans oublier de vous régaler du chapitre consacré à l"insondable secret des gaufres de Siska'

On en redemande.

AE

Les plus belles histoires de la Côte belge, Marc Pasteger, recueil, Ed. Racine, nov. 2013, 280 p, 19,95 €

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13 02 14

« Des papes, des papes, oui, mais des Panzani ! » (Coluche)

Habemus papam.jpgDans l'Histoire insolite et anecdotique de la papauté intitulée Habemus papam qu'il a fait paraître aux Éditions Horay à Paris, David Alliot répond à quelques questions comme : « Pourquoi les cardinaux changent-ils de nom lors de leur accession au trône papal ? Qui est le pape noir ? Que se passe-t-il dans la chambre des larmes ? Y eut-il des papesses ? Que fait le camerlingue ? Qu'est-ce qu'une bulle apostolique, un concile cadavérique, un antipape ? De nos jours, combien d'habitants le Vatican compte-t-il et quels sports y pratique-t-on ? Quelles conditions faut-il remplir pour se faire enrôler dans la fameuse garde suisse ? Quelle est la marque de la papamobile ? Que signifie sucer le bonbon ? »

Il rappelle aussi que « depuis deux mille ans, 266 souverains pontifes se sont succédé sur le trône de saint Pierre. Du plus jeune au plus vieux, des éphémères aux antipapes, des papes de père en fils, sans oublier les étranglés, les assassins, les excommuniés, les intermittents, un pape jugé post mortem, un fictif et, plus près de nous, François, celui des premières fois, [il] évoque ces papes rebelles, corrompus, martyrs ou canonisés tout en décrivant les rites de la plus vieille institution de l'Occident qui a survécu à toutes les épreuves du temps, aux schismes et aux révolutions ».

Une histoire dont le bruit et la fureur ne sont bien évidemment pas absents...

Bernard DELCORD

Habemus papam par David Alliot, Paris, Éditions Horay, collection « Cabinet de curiosité », octobre 2013, 95 pp. en noir et blanc au format 16 x 16 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 12 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage pittoresque les quelques lignes suivantes :

CHRISTOPHE (OU CHRISTOPHORE)

Antipape en 903. Peu après l'élection de Léon V, Christophe organise un coup d'État et renverse le pape Léon V dont le règne aura duré trente jours. Après avoir jeté en prison son prédécesseur, Christophe se proclame pape, mais son règne ne dure guère plus de trois mois. Serge III entre dans Rome à la tête d'une armée byzantine, renverse l'usurpateur et le fait interner à son tour. Une fois son pouvoir assuré, Serge III est acclamé pape, mais « pris de pitié sur la situation » de Léon V et de Christophe, il décide d'abréger leurs souffrances et ordonne de les étrangler tous les deux en janvier 904.

SYLVESTRE Ier

Pape de 314 à 335. Le long pontificat de Sylvestre correspond à celui de l'empereur Constantin, et à une période de grande tolérance du pouvoir central vis-à-vis des chrétiens. Période qui aboutira à la conversion de l'empereur au christianisme. Pape ayant réalisé de nombreux  miracles et, à ce titre, canonisé, Sylvestre est célèbre aujourd'hui pour sa mort, survenue le 31 décembre.

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19 01 14

« Marlborough s’en va-t-en guerre… »

Mémoires de guerre 1919-1941 (Churchill) 2013.jpgEn publiant récemment en version de poche – dans l'excellente collection « Texto » qu'il anime chez Tallandier à Paris – les Mémoires de guerre 1919-1941 de Winston Churchill (un second tome suit, couvrant la période de mars 1941 à mai 1945), le grand éditeur Jean-Claude Zylberstein (à l'origine des publications à succès de la maison 10/18) a fait œuvre triplement utile.

D’abord en donnant à lire un texte de l’un des plus grands et des plus talentueux auteurs du XXsiècle, lauréat du Prix Nobel de littérature en 1953 « pour sa maîtrise de la description historique et biographique ainsi que pour ses discours brillants pour la défense des valeurs humaines ».

Ensuite en remettant sur le devant de la scène, et de manière ô combien vivante, les tenants et les aboutissants de la plus formidable des tragédies humaines, qui vit accéder au pouvoir les deux plus infâmes tyrans que la terre ait jamais portés – Hitler et Staline – et qui provoqua les déchaînements de la plus effroyables des guerres.

Enfin en permettant au lecteur d’aujourd’hui d’apprécier (la traduction française est de belle qualité) la grande finesse d’esprit du plus spirituel et du plus enjoué des ministres qui, à travers les âges, servirent Sa Gracieuse Majesté.

Florilège :

« [Après la mort d’Hindenburg,] l’abîme s’ouvrit, et dans cet abîme s’avança un fou au génie féroce, dépositaire et incarnation des haines les plus virulentes qui jamais rongèrent des cœurs humains : le caporal Hitler. »

« [Un quart d’heure après l’annonce, en septembre 1939, du début de la guerre par le Premier ministre Chamberlain à son gouvernement,] nous nous dirigeâmes vers l’abri qui nous était assigné, armés d’une bouteille de cognac et d’autres remontants thérapeutiques appropriés. » 

« [Après avoir expliqué les bénéfices physiques qu’il retirait d’une courte sieste quotidienne] L’amiral Pound, premier lord de la mer, adopta ma technique dès qu’il l’eut comprise, à cette différence près qu’au lieu de se coucher réellement, il s’assoupissait dans son fauteuil. Il allait même plus loin, en s’endormant pendant les réunions du cabinet ; mais un seul mot au sujet de la Marine suffisait à le réveiller pour de bon. Rien n’échappait à son oreille vigilante et à son esprit perspicace ».

Le ton est donné… Celui de la passion de décrire, de dire et de faire l’Histoire !

Bernard DELCORD

Mémoires de guerre 1919-1941 par Winston Churchill, texte traduit, présenté et annoté par François Kersaudy, Paris, Éditions Tallandier, collection « Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, septembre 2013, 666 pp. en noir et blanc au format 12 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 12,50 € (prix France)

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18 01 14

Croquer la guerre...

La Grande Guerre en caricatures.jpgJeune enseignant, Patrick Delcord est agrégé d'histoire et professeur certifié de l’enseignement secondaire. Avec La Grande Guerre en caricatures paru chez Soliflor à Bruxelles, il signe son premier ouvrage dans lequel sont reproduits et commentés 80 dessins français, anglais, allemands, hollandais et belges parus pour la plupart dans la presse écrite entre 1914 et 1918.

Un bon dessin vaut mieux qu’un long discours, disait Napoléon. Durant le premier conflit mondial, les belligérants ont fait leur cette devise, utilisant massivement l’image pour soutenir leur travail de propagande. La caricature constitue en effet une arme redoutable pour contrer l’adversaire tout en le ridiculisant et un moyen efficace pour susciter ou entretenir la combativité d’une population et de ses armées.

Cette chronique des temps forts de 14-18, répartie en cinq grands chapitres – un par année de guerre –, s'adresse aussi bien à l'amateur averti qu'à un public jeune. Et, afin que chacun puisse repérer les lieux, de petites cartes géographiques émaillent la plupart des pages.

Sélectionnés pour leur esthétique ou pour leur force de frappe, les documents reproduits montrent les visions contradictoires et affectivement chargées des différents belligérants. Cette richesse de points de vue – qu’on ne trouve pas dans les livres d’histoire – apporte un regard neuf sur une tragédie vieille de bientôt cent ans.

Léopold DEBRAINE

La Grande Guerre en caricatures par Patrick Delcord, préface de Laurence van Ypersele, Bruxelles, Éditions Soliflor, décembre 2013, 167 pp en couleurs au format 15 x 15 cm sous couverture brochée en couleurs, 15 €

Extraits :

John Bull d'aujourd'hui.jpg

John Bull d’aujourd’hui

Les Allemands s’indignent autant qu’ils raillent les Britanniques obligés d'en appeler à leurs troupes coloniales pour faire face à la guerre ; la civilisation britannique en se pigmentant redevient primitive, se moque la presse allemande. Répartis dans l’Army of India, les King’s African Rifles et la West African Frontier Force, les combattants recrutés en Inde et en Afrique par les Britanniques forment quand même – quoique les Allemands en pensent – une imposante armée professionnelle de quelques milliers d’hommes.

« John Bull von Heute », dessin d’Arthur Johnson paru dans Kladderadatsch, 20/06/15.

Un appétit bien mesuré.jpg

Un appétit bien mesuré

Les Anglais n’hésitent pas à faire de l’humour à propos du rationnement dont la population est victime. Pesant son morceau de viande avec un dynamomètre, voici ce qu’un enfant très scrupuleux fait remarquer à son père : « Père, vous m’avez servi un huitième d’once en trop ! »

"War-time economies", dessin d’Arthur Wallis-Mills, paru dans Punch, or the London charivari, 14/07/1915.

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Le piège de Verdun se referme sur le sanglier prussien

Le dessinateur britannique Leonard Raven-Hill signe ici un dessin admirable. Le sanglier prussien s’est pris le museau dans le piège de Verdun. Coincé là-bas, il se débat pour sortir de cette situation désespérée.

"Held!", dessin de Leonard Raven-Hill, paru dans Punch, or the London charivari, 31/05/1916.

L'enlèvement des innocents.jpg

L’enlèvement des innocents du Nord-Pas-de-Calais

À Lille, les civils sont déportés pour servir l’effort de guerre allemand. Les soldats en profitent pour mettre la main sur des jeunes filles, sous l’œil horrifié de leurs parents.

« Allons, allons ! Pas d’bruit ! Ils vous reviendront, vos enfants ; ils vous reviendront… tuberculeux. », dessin d’Adolphe Léon Wilette, paru dans La Baïonnette, 7/09/1916.

Conjecture sélénite.jpg

De la Lune à la Terre…

En observant la Terre soumise au feu des armes, les extraterrestres se demandent à juste titre pourquoi un tel chaos sur la planète voisine. Ne soupçonnant pas l’absurdité de celui-ci, l’un d’eux propose une théorie candide qui tranche avec l’atrocité de la guerre : « C’est pour moi, de grands feux allumés par les Terriens pour retarder le refroidissement de leur planète ».

 

« Conjecture sélénite », dessin d’Auguste Roubille, paru dans La Baïonnette, 7/11/1918.

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15 01 14

Un regard lucide…

Dépêches du Vietnam.jpgPrix Pulitzer en 1940 pour Les raisins de la colère paru l’année précédente, prix Nobel de littérature en 1962, l’écrivain californien John Steinbeck (1902-1968) est l’auteur d’une œuvre impérissable avec Le Poney rouge (1933), Tortilla Flat (1935), En un combat douteux (1936), Des souris et des hommes (1937), La Perle (1945), À l’est d’Éden (1952), Tendre jeudi (1954), Il était une fois une guerre (1958), entre autres…

En 1966, à 64 ans, déjà malade et fatigué, cet homme de gauche a voulu se rendre compte par lui-même de la réalité du conflit qui divise son pays et sape le moral de sa jeunesse.

Il part donc en reportage au Viêtnam pour le magazine Newsday et, quoique bon connaisseur des choses de la guerre (en 1943, il a couvert le conflit en Europe pour le New York Herald Tribune et a été blessé en Afrique du Nord), il se montre déconcerté par des combats qui ne comportent « ni front ni arrières ».

Embarquant sur les vedettes qui sillonnent les deltas, volant à bord des hélicoptères Huey et des avions mitrailleurs, il suit les boys dans leurs engagements éprouvants et il retrouve également son fils qui a choisi de s'engager.

Saluons l’initiative des Éditions Les Belles Lettres qui ont rassemblé, dans Dépêches du Vietnam, traduites pour la première fois en français, les missives qu’il a adressées entre décembre 1966 et avril 1967 à la rédaction de son journal et qui y parurent en soulevant bien des tollés.

C’est que Steinbeck y soutient la guerre menée par l'Amérique.

« S'il émettait des réserves en privé sur cette dangereuse aventure, il serre les rangs derrière la politique suivie par le président Lyndon Johnson, ce que lui reprocheront beaucoup d'intellectuels, explique le préfacier, professeur à l'université de Toledo (Ohio). Lui, le défenseur des faibles et des opprimés, "l'écrivain social" qui, en son temps, fut soupçonné d'être communiste, est devenu belliciste, mais est surtout "désespéré que ces merveilleuses troupes n'apportent pas une victoire rapide". »

Certes, mais le raccourci est un peu faible, et on lira avec grand intérêt les réflexions d’un homme en fin de vie jetant un regard lucide sur les horreurs du communisme quand il était de bon ton d’en chanter les louanges, sur une certaine forme de lâcheté physique cachée sous les oripeaux du pacifisme ou derrière les « pistons »[1] et sur le devenir des relations américano-chinoises, dont Steinbeck affirmait qu’elles ne se régulariseraient que par le biais du commerce.

Un ouvrage qui dérange... et fait réfléchir !

Bernard DELCORD

Dépêches du Vietnam par John Steinbeck, préface de Thomas E. Barden, traduction de Pierre Guglielmina, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Mémoires de guerre », novembre 2013, 272 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 21 € (prix France)



[1] Comme celui dont bénéficia le jeune George W. Bush, qui servit dans la Garde nationale du Texas plutôt qu'au Vietnam grâce aux appuis de son père. Cette dérive était notamment dénoncée à l'époque par un groupe de rock fameux, le Creedence Clearwater Revival, dans une célèbre chanson intitulée Fortunate Son qui fit un tabac auprès des GI's en Asie.

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