02 01 14

L'Histoire pour tous...

Histoire 3e-6e.jpgConforme aux programmes d'histoire des différents réseaux de l'enseignement secondaire en Belgique, le référentiel intitulé Histoire 3e/6e Jalons pour mieux comprendre, un ouvrage collectif paru chez De Boeck à Louvain-la-Neuve, intéressera aussi les enseignants français dans la mesure où il constitue un intéressant réservoir d'informations générales fort peu belgo-belges traitées en cinq parties[1] et abordées sous cinq angles d'approche complémentaire :

– le Grand angle qui propose le panorama d'une civilisation dans son évolution sur le long terme (exemple 1 : le monde islamique ; exemple 2 : l'Ancien Régime) ;

– le Focus qui projette un zoom sur des tournants de l'histoire, moments courts ou plus longs qui ont fait basculer les choses, qui ont changé les habitudes de vie ou de pensée des hommes, ou les sociétés (exemple 1 : Al Andalus, apogée de l'Espagne musulmane ; exemple 2 : la science moderne et l'art baroque au XVIIe siècle) ;

– le Patrimoine qui établit un contact sensible avec le passé en sélectionnant des œuvres matérielles ou immatérielles, reflet de leur temps (exemple 1 : la grande mosquée de Cordoue ; exemple 2 : Versailles, château et jardins) ;

– les Regards rétrospectifs qui abordent 12 grandes questions actuelles[2] à la lumière du passé ;

– les Concepts, 12 fiches de référence[3] pour aider à comprendre et à décrypter des informations et en mesurer les enjeux.

Le tout complété de nombreuses illustrations, dont certaines peu fréquentes mais très parlantes.

De bien belles leçons !

Bernard DELCORD

Histoire 3e/6e Jalons pour mieux comprendre par Bruno Boulangé, Marcella Colle, Cécile Grétry, Donatien Jorissens et Danielle Leclercq, Louvain-la-Neuve, Éditions De Boeck, juin 2013, 393 pp en quadrichromie au format 19,5 x 25 cm sous couverture brochée en couleurs, 30,50 €



[1] La préhistoire, l'Antiquité, le Moyen Âge, les Temps modernes et l'époque contemporaine.

[2] « Les migrations, un phénomène nouveau ? » ; « L'État-nation doit-il disparaître ? » ; « Vers un gouvernement mondial ? » ; « Révolutions ou réformes ? » ; « Suffit-il d'élire des individus pour parler de démocratie ? » ; « La Belgique, une construction du XIXe siècle sans avenir ? » ; « Les progrès scientifiques : avancées réelles pour l'humanité ? » ; « La croissance à tout prix ? » ; « Peut-on nourrir toute la planète ? » ; « Le féminisme est-il encore nécessaire ? » ; « L'art, reflet d'une société ? » ; « Les religions sont-elles toujours des intégrismes ? »

[3] Elles sont consacrées au capitalisme, à la citoyenneté, à la colonisation et aux migrations, à la démocratie, au développement et au sous-développement, au fédéralisme, à l'impérialisme, au libéralisme, à la mondialisation, au nationalisme, au socialisme et aux stratifications sociales.

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14 12 13

Verba volant...

100 ans de radio en Belgique.jpgL'article ci-dessous a paru dans la livraison du 14/12/2013 de l'édition belge du magazine MARIANNE :

On apprend dans 100 ans de radio en Belgique, un magnifique album paru à La Renaissance du Livre, que c'est dans notre pays que fut diffusé en date du 28 mars 1914 le premier programme radiophonique européen, un concert d'airs d'opérettes et d'opéras ainsi que de morceaux à la mode, bien entendu ponctués par La Brabançonne et La Marseillaise.

Une grande aventure commençait, dont Philippe Caufriez, Brice Depasse et Nicolas Gaspard, éminents spécialistes du micro s'il en est (ils œuvrent à la RTBF et sur Nostalgie), retracent l'histoire en détail avec force documents rares et passionnants.

L'occasion de se souvenir, entre autres, du fait que Théo Fleischman fut le premier speaker au monde à s'entourer d'une équipe de journalistes pour son journal parlé émis à partir du 1er novembre 1926, qu'avant d'être devenue la Casa Kafka chère à feu Alidor, la RTB(F) tint ses assises dans le superbe « bateau Flagey » conçu par Joseph Diongre, ou que bien des gens « allumaient le poste » pour les communiqués destinés à la batellerie ou aux colombophiles...

Et de ne pas oublier les noms de Luc Varenne, Armand Bachelier, Jean-Pierre Hautier, Gérard Valet, Jacques Mercier, Stéphane Steeman, Jean-Claude Menessier, Claude Delacroix, Marc Moulin, Marc Ysaye qui, avant Barbara Mertens, Pascal Vrebos ou Stéphane Pauwels, eurent aussi leurs auditeurs inconditionnels...

Bernard DELCORD

100 ans de radio en Belgique par Philippe Caufriez, Brice Depasse & Nicolas Gaspard, Waterloo, Éditions de la Renaissance du Livre, novembre 2013, 255 pp., 29,90 €

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28 11 13

Les mots clés de la « der des der »…

Les 100 mots de la Grande Guerre.jpgÀ quelques mois du centenaire d'Août-14, dans Les 100 mots de la Grande Guerre, un essai paru aux PUF dans la fameuse collection « Que sais-je ? », l'historien français André Loez aborde le premier conflit mondial par autant de zooms sur des personnages, des lieux, des concepts, des événements, des batailles, des inventions, des faits sociaux, des conséquences qui en ont constitué la réalité et les prolongements.

Sont ainsi racontés brièvement l’entrée en guerre et ses causes, le déroulement du conflit, ses acteurs, la vie des soldats du front et celle des sociétés à l’arrière, l’empreinte laissée par la déflagration universelle, ainsi que sa mémoire.

L'auteur dresse aussi un panorama des savoirs actuels sur la « der des der », tout en résumant les questions encore débattues par les historiens.

Une mine d'informations !

Bernard DELCORD

Les 100 mots de la Grande Guerre par André Loez, Paris, Éditions des Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? », septembre 2013, 128 pp. en noir et blanc au format 11,6 x 17,6 cm sous couverture brochée en couleurs, 9 € (prix France)

Liste des 100 mots :

Alcool – Alliances – Alsace-Lorraine – Anciens combattants – Archéologie – Argot – Arme – Armistices – Artisanat de tranchées – Artistes, intellectuels, universitaires – « As » – Atrocités – Barbelé – Bataille de la Marne – Bataille de la Somme – Blessés – Bleu horizon – Blocus et guerre sous-marine – Brest-Litovsk – « Brutalisation » – Buts de guerre – Camaraderie – Caporetto – Censure – « Chanson de Craonne » – Chars d’assaut – Chemin des Dames – Cinéma – Clemenceau – Conscription et volontariat – Correspondance – « Coup de poignard dans le dos » – « Crapouillots » – Déclaration Balfour – « Der des ders » – Deuil – Économie de guerre – Églises et papauté – Embusqués – Empires coloniaux – Enfants et orphelins – Ennemi – Espionnage et « espionnite » – Fraternisations – Front/Arrière – Fusillés – Gallipoli – Généraux – Génocide des Arméniens – Grippe espagnole – Guerre courte – Guerre mondiale – « Guerre totale » – « Gueules cassées » – Guillaume II – Infirmières – Inflation – Médailles – Mines (guerre des) – Mobilisation – Monuments aux morts – Munitionnettes – Musées – Mutineries – Nationalités – Négociations secrètes – « No man’s land » – Obus – Occupations – Offensive – Officiers – Origines immédiates de la guerre – Pacifismes – Permission – Pétain – « Poilu » – Prisonniers – Profiteurs – Propagande – Prostitution – Reconstruction – Réfugiés – Régénération – Réparations – Révolutions – Rumeur – Sarajevo – Sépultures – "Shell-Shock" – Société des nations – Soldat inconnu – Soldats et travailleurs coloniaux – Témoignages – Traité de Versailles – Tranchées – « Union sacrée » – Verdun – Wilson – Ypérite – Zeppelin.

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27 11 13

Por favor

téléchargement.jpgJean des Cars nous enchantait l'an passé, avec une brillante 'Saga des Reines' (Ed. Perrin, 2012 - voir chronique sur ce blog), il nous revient, nous ravit , en cette fin 2013,  avec une Saga des Favorites et un captivant survol cinq siècles d'Histoire vus  par le prisme des faveurs souveraines. Il était l'invité, jeudi 21 novembre de L'Eventail et d'un déjeuner littéraire à affluence  forte et... passionnée.

D'Agnès Sorel - qui inaugure la tradition françaises des favorites et supplante les maîtresses du Valois Charles VII à Wallis Simpson, qui coûta son trône, à Edouard VIII d'Angleterre, quinze 'femmes de l'ombre, éclairées par la lumière de la puissance " voient leurs portraits - hauts en couleurs - brossés par  la plume alerte et vivante de l'historien.

Certaines exercent une action  plutôt bienfaisante sur leur amant ,le pays, telles Agnès Sorel, la marquise de Pompadour, Gabrielle d'Estrées.. tandis que d'autres lui empoisonnent plutôt l'existence, telles Lola Montez, Magda Lupescu ou la sulfureuse Wallis.

Il en est de très attachantes, songeons à Louise de Lavallière, plus éprise de l'homme que fut Louis XIV que du souverain.

Un chapitre cible particulièrement l'Histoire de la Belgique, qui met en scène Blanche Delacroix, maîtresse du Roi Léopold II, de 48 ans son aîné... Il la fera baronne de Vaughan, l'épousant à trois jours de son propre  trépas.

L'Histoire est le théâtre de singulières destinées, qui  offre à cette galerie de portraits de fabuleux atours de lecture

Apolline Elter

La saga des favorites, Jean des Cars, essai, Ed. Perrin, novembre 2013, 455 pp, 25 €

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21 11 13

Une petite merveille !

Bescherelle Chronologie de l'histoire de France.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la lettre d'information de novembre 2013 des guides gastronomiques belges DELTA avant d'être mise en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :

Les Éditions Hatier à Paris ont enrichi récemment leur célébrissime collection Bescherelle d'une magnifique Chronologie de l'histoire de France dont l'ambition est de mettre à la portée de chacun le passé de l'Hexagone en apportant une vision complète, claire et cohérente des principaux événements qui s'y sont produits entre le VIIe siècle avant J.-C. et 2012.

Cet ouvrage rigoureux est particulièrement vivant et il intéressera non seulement les étudiants, mais aussi, et ils sont légion, tous les amateurs d'histoire et même tous les touristes se rendant dans l'une ou l'autre région de ce beau pays.

C'est un Bescherelle : son organisation est donc limpide, et sa mise en page rythmée. Au début de chaque partie, une grande frise chronologique permet de repérer visuellement les dates clés de la période. Puis, au fil de doubles pages, le récit de chaque événement, en textes et en images, est soutenu par des encadrés qui restituent le contexte, mettent en lumière les principaux acteurs ou expliquent la portée des faits. À la fin de l'ouvrage, une chronologie détaillée déroule 1000 dates significatives et un index facilite la recherche d'un événement, d'un personnage ou d'un lieu marquant.

Enfin, les innombrables illustrations, tableaux et cartes, pour la plupart originaux et d'excellente qualité technique, rendent la lecture attrayante et soutiennent habilement l'exposé.

Une pure délectation !

Bernard DELCORD

Bescherelle Chronologie de l'histoire de France des origines à nos jours par Guillaume Bourel, Marielle Chevallier, Axelle Guillausseau & Guillaume Joubert, Paris, Éditions Hatier, août 2013, 432 pp. en quadrichromie  au format 15 x 22,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 14,99 € (prix France)

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16 11 13

Une histoire belge pas drôle du tout...

Les commandos wallons d'Hitler.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 16/11/2013 de l'édition belge du magazine MARIANNE :

Rédigé par Eddy De Bruyne et édité par votre serviteur pour compte de la maison Luc Pire à Liège, Les commandos wallons d'Hitler se penche sur un sujet parfaitement méconnu jusqu'ici, celui des collaborateurs wallons de la vingt-cinquième heure qui s'engagèrent et agirent sur le territoire belge entre septembre 1944 et mai 1945, c'est-à-dire après que l'occupant allemand eut été chassé de notre pays par les Alliés.

On pensait généralement que de tels salauds avaient plutôt existé en Flandre, terre de trahison, et sur une toute petite échelle, puisqu'il paraît insane de vouloir rejoindre le camp de la défaite, et voilà que notre historien met méticuleusement en lumière les forfaits et les crimes de centaines de Wallons qui, à cette époque précise, rejoignirent les réseaux secrets d'espionnage et d'action de la SS opérant en Belgique libérée.

Il fournit les noms, les organigrammes, le descriptif des missions, leurs résultats, les tentatives avortées (comme celle de l'assassinat des ministres du gouvernement Pierlot) et il dit ce qu'il advint de ces hommes et de ces femmes (plutôt nombreuses...) à l'issue du conflit.

Un véritable coup de poing historique !

Bernard DELCORD

Les commandos wallons d'Hitler  par Eddy De Bruyne, Liège, Éditions Luc Pire, novembre 2013, 206 pp. en noir et blanc  au format 14 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 23 €

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25 10 13

Maréchal, les voilà !

Vichy-Paris, les collaborations. Histoire et mémoires.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne sur le site de SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

Depuis les recherches fondamentales menées par Robert Paxton dans les années 1970, l’étude de la France pétainiste n’a cessé de s’enrichir.

Saluons ici la nouvelle livraison de l’un des grands contributeurs de cette historiographie, Jean-Pierre Azéma, auteur de livres aujourd’hui incontournables et qui, dans Vichy-Paris, les collaborations. Histoire et mémoires paru chez André Versaille à Waterloo, relève une nouvelle fois avec brio le défi de démêler les fils de la collaboration en France durant la Seconde Guerre mondiale.

Revenant sur la débâcle de juin 1940, Azéma décrit la mise en place du régime de Vichy et les affaires qui se trament dans les coulisses du pouvoir. Car c’est avant tout une histoire d’hommes et d’ambitions antagonistes que celle du régime de Pétain. De la poignée de main de Montoire à l’épuration, l'auteur montre toutes les facettes de ces ambitions qui ont trouvé leur application dans la collaboration militaire, économique et intellectuelle. Il précise le rôle de personnages clés comme Darlan, Darnand, Abetz, Brasillach. Il explique le STO, la LVF, le rôle des autorités dans la Shoah, mais aussi celui des résistants de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, des gaullistes aux pétainistes (ceux que l’on qualifie de « vichysto-résistants »). Il montre aussi une France coupée en deux ainsi que les accommodements plus ou moins délicats opérés dans les milieux artistiques et intellectuels parisiens. Il parle enfin de ce qui est resté dans la mémoire collective de ces années sombres, et de la nécessité d’un devoir de réflexion sur ces événements.

Parce que la collaboration française était avant tout une somme de chimères abominables.

Celles d'un vieux maréchal déterminé à mettre en place un régime dictatorial en France. Celles de Pierre Laval, le cynique et plus fidèle allié de l’Allemagne, rêvant des miettes que lui jetteraient les nazis. Celles d’hommes qui, comme Marcel Déat et son pire ennemi Jacques Doriot, virent dans la victoire de l’Allemagne et par la croisade contre le bolchévisme l'occasion d'accéder au pouvoir. Celles d’aventuriers ou de déboussolés naïfs sensibles au chant des sirènes de l’Ordre nouveau. Celles des nazis enfin, qui n’avaient d’autres projets pour la France que d’en faire un pays à la botte du Troisième Reich, en le pillant de ses richesses, en massacrant ses citoyens (juifs et autres) et en y réduisant à néant toute forme de liberté.

De bien sombres projets dans le crâne de sombres crapules !

EUTROPE

Vichy-Paris, les collaborations. Histoire et mémoires par Jean-Pierre Azéma, Waterloo, André Versaille éditeur, 2012, 248 pp. en noir et blanc sous couverture brochée en quadrichromie, 19,90 €.

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05 10 13

On n'a pas tous les jours... trois cents ans

 

Professeur de littérature française du  XVIII siècle  à l'Université de Paris- Sorbonne , Michel Delon navigue avec aisance à travers les Lumières. Il  nous parle avec amitié, presque à brûle-pourpoint, de ce génie dont nous fêtons,

téléchargement.jpgce jour, le tricentenaire de la naissance.

"Peut-on vraiment dialoguer à travers les siècles avec ce Langrois de Paris, ce paysan de la capitale? Et plus généralement, comment interpréter le passé avec nos grilles d'aujourd'hui? La question m'obsède, Diderot n'a cessé de la poser. Il a renoncé à la Création divine, aux idées innées, donc à tous les principes intangibles qui s'imposeraient à toutes les époques."

Tel est la question majeure de l'essai : Diderot parle-t-il, aujourd'hui encore, à nos sensibilités? En d'autres termes, faut -il faire tant de cas, du tricentenaire de sa naissance?  La réponse est oui, trois cents fois oui, et Michel Délon le démontre avec brio.

Abordant l'ami Diderot, sous toutes ses faces, sens dessus-dessous comme l'évoque l'image du titre, Michel Delon révèle Le Langrois - de naissance - Parisien - de résidence - fils en attente,  mari un peu marri , amant, père émerveillé, ami dévoué, esprit curieux de tout, épris de liberté et d'une volonté constante de partage.

Un être bien sympathique.

Une lecture aussi.

AE

Diderot cul par-dessus tête, Michel Delon, essai, Albin Michel , sept.2013, 420 pp, 24 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

02 10 13

Aux origines de l'art...

Art pariétal.jpgDans Art pariétal, un somptueux ouvrage extraordinairement documenté paru aux Éditions du Rouergue à Rodez, Michel Lorblanchet, un éminent spécialiste de l'art préhistorique (il est directeur de recherches honoraire au CNRS), fait l'inventaire des grottes ornées du Quercy en détaillant les grands sanctuaires archaïques [1] et les petits [2] ainsi que les onze sanctuaires magadaléniens du « groupe de Sainte-Eulalie » des vallées du Lot et du Célé [3].

Aboutissement de 45 années de travaux sur le terrain et œuvre de toute une vie, cet album magnifique à la maquette spectaculaire reproduit certes des documents précieux – analyses, relevés, photographies – et pour beaucoup inédits, mais il constitue surtout un témoignage scientifique exceptionnel portant sur la méthodologie des recherches paléographiques au sens large.

Écoutons son éditeur qui en parle avec flamme :

« Suivre ce guide passionné, c'est pénétrer dans les recoins secrets des cavités où souvent se cachent les œuvres pariétales ; c'est voir ce lion de Roucadour émerger soudain au milieu d'une centaine de figurations, après quatre années d'étude ; c'est partager les surprises et les joies de l'archéologue lorsque son dessin lui apprend peu à peu que tel petit animal est un cheval porteur de caractères particuliers tissant aussitôt des relations avec d'autres œuvres dans d'autres cavités, ou que tel autre motif impossible à identifier au premier abord se révèle finalement, par son relevé, un bouquetin allongeant sa tête pour rejoindre la concrétion qui le caractérise en lui servant de cornes ; c'est apprendre que dans telle étroite fissure de Pergouset se loge depuis quinze mille ans un cheval à l'œil incroyablement précis, dessiné en "aveugle", à bout de bras...

Ce livre ambitieux rassemble un texte scientifique, mais abordable par le grand public, faisant état des connaissances sur les grottes ornées de la région, fournissant des inventaires précis des motifs et des relevés infiniment précieux pour toutes les recherches à venir ; des photographies d’ambiance restituant les figures dans leur environnement naturel, en situation dans la grotte ; des relevés en couleur, présentant le détail des figures et des reliefs sur la paroi ; des photographies sur les détails des peintures illustrant et complétant les relevés d’ensemble. »

Pour rappel, l’histoire de l’art commence avec celle de l’homme, il y a 3 millions d’années. Mais entre 35 000 et 12 000 ans avant notre ère, l’expression artistique a connu un essor sans précédent en Europe, voyant naître un grand art animalier. Le Quercy compte à lui seul 28 grottes ornées (sur 150 sites d’art pariétal paléolithique connus en France) et une quarantaine de sites d’art mobilier. Il constitue par ailleurs un centre d’art préhistorique indépendant et original.

Un livre hors des sentiers battus !

Bernard DELCORD

Art pariétal – Grottes ornées du Quercy par Michel Lorblanchet, Rodez, Éditions du Rouergue, septembre 2010, 445 pp. en quadrichromie au format 29 x 26 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 49,70 € (prix France)



[1] Pech-Merle, Marcenac, Cougnac, Les Fieux, Roucadour, Les Merveilles.

[2] Grottes de Combe-Nègre, de Janoye, de Mayrière Supérieure, du Cantal, du Cuzoul des Brasconies, des Escabasses, du moulin de Laguenay et de Foissac.

[3] Les rottes ornées de Sainte-Eulalie, Pergouset, Le Moulin, Christian, les rennes de la Bigourdane et du Bougnetou, les bas-reliefs de la Magdeleine-des-Albis, les figurations pariétales des grottes et abris de Carriot, Lagrave et Pestillac ainsi que celles de Murat.

Écrit par Brice dans Arts, Bernard Delcord, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

26 09 13

« Science sans conscience n'est que ruine de l'âme. » (Rabelais)

Hitler et les professeurs.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la newsletter de septembre 2013 des guides gastronomiques belges DELTA avant d'être mis en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :

Les Éditions Les Belles Lettres à Paris ont fait paraître ces jours-ci la traduction française de Hitler et les professeurs, un essai historique remarquable et inégalé paru en 1946 à New York en yiddish puis en anglais sous la plume de l'éminent linguiste juif Max Weinreich (1894-1969).

Écoutons l'éditeur :

« Dans cet ouvrage, Max Weinreich s'attache à montrer que "la science allemande a fourni les idées et les techniques qui ont conduit à un massacre sans précédent et l'ont justifié" (Hannah Arendt, Commentary). Et ceci non seulement à partir de la prise du pouvoir de Hitler en 1933, sous la férule d'un régime autoritaire, mais dès les années 1920, par la manipulation idéologique des discours érudits des différentes disciplines.

Le livre se partage en deux parties, la première qui traite de la "planification et de la préparation", et qui va jusqu'à la guerre, la seconde qui s'intitule "expérimentation à grande échelle". C'est dire que Weinreich relie directement le soubassement théorique élaboré par l'élite intellectuelle allemande et la mise en œuvre pratique de l'extermination à l'échelle européenne. L'étude montre tout d'abord comment le régime nazi a travaillé sans relâche à la conquête des universités et des universitaires, établissant de nombreux instituts scientifiques ad hoc, afin de fonder, mener et justifier sa " solution de la question juive ".

Bien avant que certains de ces instituts deviennent des officines du ministère de la Propagande du Reich sous la houlette de Goebbels, des penseurs allemands, des professeurs et des savants se sont jetés avec enthousiasme dans ce processus d'élaboration idéologique qui est devenu une arme aux mains du régime nazi. Une des parties de cette étude apporte aussi un éclairage sur les institutions de recherche anti-juive créées sur le modèle allemand en Italie, France, Lituanie, Croatie, Danemark et Hongrie.

Max Weinreich insiste sur le rôle joué par ces constructions pseudo-scientifiques lorsque commencent les massacres de masse des populations juives qui accompagnent l'invasion de l'Union soviétique en juin 1941. Max Weinreich a examiné des milliers de documents qui ont été ramenés dès les premières victoires des Alliés au YIVO, acronyme yiddish du Yiddisher visnshaftlekher institut, institut de recherche consacré à l'étude de la vie juive en Europe de l'Est ainsi qu'à la langue et la culture yiddish, qui ouvre en 1925 à Vilna et sera réinstallé à New York à partir de 1939. Certains d'entre eux étaient classés confidentiels, d'autres étaient des écrits largement publiés et diffusés, dont 5 000 publications allemandes du temps de guerre.

L'appareil critique du livre fait apparaître l'océan bibliographique de la science raciale nazie, élaborée par des sommités universitaires travaillant d'arrache-pied et se répandant dans une multitude de publications à prétention scientifique. Tout au long de l'étude, Weinreich cite un nombre impressionnant de textes issus de toutes les disciplines des sciences humaines et des sciences naturelles : anthropologie physique et culturelle, philosophie, histoire, droit, économie, géographie, démographie, théologie, linguistique, médecine, biologie, physique.

Le travail de Max Weinreich révèle aussi à quel point l'objectif suprême de la "solution de la question juive" a toujours été placé par les dirigeants nazis et les factions qui s'affrontent à travers différents instituts et organes de presse, notamment les différends entre Walter Frank et Alfred Rosenberg, au-dessus des luttes pour le pouvoir qui les divisent, anticipant en cela les travaux d'historiens ultérieurs.

Pionnier de la recherche sur le rôle des élites intellectuelles allemandes dans la construction des théories raciales, le livre de Weinreich est également resté indépassé par l'ampleur de la documentation examinée. Certaines de ses conclusions ont été présentées et utilisées lors des procès de Nuremberg. Elles anticipent aussi les travaux d'historiens ultérieurs. »

Un livre habité de passion et de colère, certes, mais ô combien justifiées !

Bernard DELCORD

Hitler et les professeurs par Max Weinreich, Paris, Éditions Les Belles Lettres, traduit de l'anglais et de l'original yiddish par Isabelle Rozembaumas, avant-propos de Samuel Kassow, préface de Sir Martin Gilbert, août 2013, 393 pp. en noir et blanc au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 25,50 € (prix France)

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