25 05 15

Le sens de « l’humort »…

Ça n'langage que moi.jpgAncien élève de Raoul Vaneigem à l'École normale de Nivelles, Jean-Pierre Verheggen a marché dans les pas de son maître en publiant moult ouvrages aux titres décapants, reflets de sa belgitude rigolarde affirmée, parmi lesquels Le degré Zorro de l'écriture (1978), Divan le Terrible (1979), Ninietzsche peu d’chien (1983), Artaud Rimbur (1990), Debord, les mous (1996), Opéré-bouffe (1996), Ridiculum vitae (2001), Sodome et Grammaire (2009) ou encore Un jour, je serai Prix Nobelge (2013) ont marqué les esprits et fait rire – souvent jaune – dans les doctes cénacles où trônent pompeusement tant de vaniteux sorbonnards, sorbonagres et autres sorbonnicoles...

En 2009, un choix de ses textes, réunis, portés à la scène et interprétés par son ami Jacques Bonnaffé a valu à ce dernier un Molière pour L'Oral et Hardi, sans que grand monde se soit aperçu qu’y étaient compilés les discours du maire de Champignac, l’élucubrant politicien local des aventures de Spirou et Fantasio quand elles étaient dessinées par Franquin...

Traitant du grand âge et de ses déboires, Jean-Pierre Verheggen nous revient ces jours-ci chez Gallimard avec un Ça n’langage que moi  où l'humour mène à « l'humort » et où la langue devient « langoisse », tant elle se focalise sur la menace du grand saut.

Car de quoi ci-gît-il ? On en fait de moins en moins, on moinsit… On trouille à mort, on angoisse à crever ! On s’écrie : “Lâge-moi les baskets !” On se dit qu’un monument “funérire” nous conviendrait.

En attendant, on prie pour les saints, en commençant par saint Doux, une crème d’homme… On se souvient que panem et circenses, à peine né, on est circoncis… On se régale d’une plie qui ne rompt pas, d’un gardon de café ou d’un homard m’a tuer. On s’écrie : “Faites l’amour, pas la gueule !” On demande : “Comment ça va, Jehova ? Comme j’te pousse ? ”

Et on perd souvent la tête, même si – comme dit Scutenaire – “personne ne nous la rapporte“.

Avant d’étouffer, totalement ”occis-gêné”…

Bernard DELCORD

Ça n'langage que moi par Jean-Pierre Verheggen, Paris, Éditions Gallimard, mai 2015, 119 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en bichromie, 13,90 € (prix France)

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28 03 15

Vive la bagnole !

SNCB mon amour (cover).jpgSous-titré Mémoires d’une navetteuse, le désopilant recueil de posts quotidiens mis sur les réseaux sociaux par Nancy Vilbajo quand elle fut usagère – trois longues et pénibles années durant – de la Société nationale des Chemins de fer belges (qui, à l’instar de toutes les administrations, considère le mot « client » comme une ineptie sociale, voire une grossièreté libérale, c’est bien connu…), SNCB mon amour paru aux Éditions du Basson à Marcinelle détaille par le menu la vie de ceux qui, chaque jour dans notre pays, s’en vont au boulot et en reviennent dans l’invention de George Stephenson [1].

Un festival de trains brinquebalants, en retard, annulés, en grève, en panne, roulant au ralenti parce qu’il pleut, parce qu’il gèle, parce qu’il y a du vent, parce qu’il y a du brouillard, parce qu’il y a des feuilles mortes, parce qu’il fait beau ou tout bonnement sans raison…

Et une galerie de portraits de préposés arrogants et incompétents, de chefs de gare ahuris, d’accompagnateurs de train tonitruants, voire ivres, de voix off inaudibles ou incompréhensibles, mais aussi d’usagers (pour eux, c’est vrai, le mot « client » n’a guère de sens…) hagards, mal lavés, mal réveillés, somnolents, gémissants, péteurs, ronfleurs, renifleurs, baveux, dont certains se coupent les ongles, se curent les oreilles, dévorent de grand matin des sandwiches au salami à l’ail, claironnent leur vie intime au téléphone ou font savoir à l’assemblée que leur partenaire malade a « déjanté les chiottes » du train de 7h56.

Sans oublier l’odeur, les tags, les graffitis, les détritus, les vitres, les sièges et les couloirs sales, les attentes aux guichets, les bousculades, les voyages debout, les pieds écrasés, la promiscuité, les gosses casse-pieds et mal élevés, les ados grossiers, les pickpockets,

Un zoo humain dont les bobos écolos n’ont pas idée !

Bernard DELCORD

SNCB mon amour – Mémoires d’une navetteuse par Nancy Vilbajo, illustrations de François Bouton, Marcinelle, Éditions du Basson, février 2015, 117 pp. en quadrichromie au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 18 €

Et un exemple valant mieux qu’un long discours :

Carte Mobib

JUL 2

NANCY V

Mobib Day 1

Après 10 minutes de file, on me dit : « Moi, je fais pas ça, tu sais madame ! Tu dois aller à guichet 2 ! » Et c'est écrit quelque part que t'es pas foutu de remplacer ma Mobib ? Et c'est reparti pour 10 minutes au milieu des touristes et des gamins hurlants.

#fonttouschier

JUL 3

NANCY V

Mobib Day 2

Gare du Midi. File au guichet et je  ne vous raconte pas le cheptel : « C'est pas moi qui fait ça, allez au guichet STIB ! » File au guichet STIB : « C'est pas moi qui fait ça, allez à la Bootik ! » File à la Bootik : « C'est lié à un abonnement SNCB, c'est pas moi qui fait ça, allez au guichet SNCB ! »

Et c'est à cette minute précise que mon venin est sorti !

# brefj'aigueulé

JUL 4

NANCY V

Mobib Day 3

J'ai acheté un ticket 10 voyages...

#burnout

LA LOGIQUE DES AUTRES

 

La carte Mobib est un abonnement qui permet d'utiliser les transports en commun de Bruxelles (la STIB). Dans mon cas, elle était associée à l'abonnement de train (la SNCB). Et ce qui devait arriver est forcément arrivé, j’ai perdu ma carte Mobib !

Peu importe, il suffit de se rendre au guichet de la gare et d'en demander une autre. Oui, mais cela, c'est dans le monde des elfes et des licornes. Moi, je vous parle des chemins de fer...

Bref, après avoir passé trois matinées à courir de guichet en guichet, de guichetier grossier à guichetier de mauvaise foi, j'ai fini par craquer et j'ai acheté un carnet de tickets STIB.

Je commençais à désespérer, m'imaginant passer ma vie à composter les sales petits tickets jaunes quand, un beau matin, je fus prise d'une frénétique curiosité ethnologique. Partant quelques minutes plus tôt de la maison, je fis un arrêt au guichet de la jolie petite gare de Binche. Dernier terminus avant la France. Rails qui s'arrêtent au milieu de nulle part pour se transformer en chemins de promenades silencieux et reposants. Hall qui sert de tournage aux films rétro. Enfin, vous l'aurez compris : ma petite gare est tout sauf une plate-forme de bus de métropole.

Taquine, je demande au guichetier :

– Bonjour, pouvez-vous remplacer ma carte Mobib, j'ai perdu l'ancienne !

Je m'attendais à un refus, voire à une fin de non-recevoir bien légitime, mais sa réponse fut tout autre...

– Avec plaisir ! [Trois minutes d'encodage.] La voici ! Bon voyage !

Trois minutes ! Il m'aura finalement fallu trois misérables minutes pour obtenir une nouvelle Mobib qui ne sert qu'à voyager intra-muros à cinquante kilomètres de là...

Et tu t'étonnes qu'on frôle le burnout, toi ?



[1] La ligne du chemin de fer de Stockton et Darlington, longue de 40 km et inaugurée le 27 septembre 1825 avec la Locomotion n°1 de George Stephenson, fut la première au monde permettant le transport commercial de passagers avec des locomotives à vapeur.

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20 03 15

Une ex, un chat... un réel et grand plaisir de lecture !

 

onlit_45_chat_2D_V4.pngBenoit D essaie tant bien que mal de se reconstruire une vie sentimentale. Voilà bientôt deux ans que Patricia l’a quitté, lui laissant son chat pour solde de tout compte. Le narrateur était loin d’imaginer que ce félin l’emporterait dans une série de situations plus improbables les unes que les autres : filatures nocturnes, courses-poursuites à travers les rues de la ville et rencontres insolites qui le mèneront droit en enfer !

 

Comment le chat de mon ex est devenu mon ex-chat , le dernier roman de Edgar Kosma, vous emmène dans un univers loufoque où la mécanique de l’absurde, tel un tramway lancé à folle allure, écrase tout sur son passage. Dans un style direct et contemporain, ce roman traite avec une double dose d’humour des sujets les plus essentiels de l’existence : les femmes et les chats.

 

Cette présentation sur le site de OnLit éditions est parfaite ! Ajoutons-y la critique de «Le Carnet les Instants » : « L’humour de l’auteur, mêlant drôlerie cynique et comique de situation, est pour beaucoup dans la réussite de ce livre. La lecture de ce récit sera d’autant plus savoureuse pour les Bruxellois car Edgar Kosma entraîne son lecteur dans une ville dont celui-ci reconnaîtra avec plaisir les lieux et l’ambiance. Un roman urbain, dans lequel l’environnement joue un rôle actif. Un livre à conseiller à tous les usagers de la STIB célibataires qui n’aiment pas les chats. Et à tous les autres."

Puisque ce site s'appelle « Lire est un plaisir », laissez-moi témoigner de mon plaisir fou dans la découverte de ce roman. J'en avais le loisir lors d'un long voyage en train vers Luxemourg (pour « la Langue française en fête » chez les traducteurs de la Cour des Comptes européenne!). Et c'est alors qu'on se rend compte du bienfait de la lecture numérique ! D'ailleurs on trouve un joli dialogue sur la Toile, alors qu'ils communiquent via un site de rencontre :

 Ego_239 : Salut Tristana78 !

Tristana78 : Hello Ego_239 !

La manière d'écrire, de décrire, de nous plonger dans le rêve, dans la vie, est jouissive ! Voici quelques extraits : « Le souvenir d'un rêve toujours présent lui remonte sans détour des entrailles jusqu'aux extrémités de son cerveau. » Ou «Les pires abrutis peuvent parfois, par chance ou malentendu, avoir raison. Le plus important est qu'il ne le sache jamais. »  

La description du chat est incroyable et vous donne une bonne idée du style du livre : « Un animal au pelage noir comme un écran de télévision éteint et brillant comme un écran de télévision allumé fait alors son entrée dans la pièce. »

Edgar Kosma s'amuse à multiplier les façons d'écrire, par exemple, de longues périodes proustiennes : « Et à peine le gardien a-t-il raccroché que Benoit D se met à courir à toute vitesse dans la direction opposée d'où il est arrivé dans un noir presque absolu qui ne le garantit d'aucune manière de ne pas se fracasser contre le tronc d'un de ces grands arbres dont il n'a jamais pris le temps d'apprendre le nom alors qu'il connaissait par coeur les noms de toutes les équipes de foot. »

Et la poésie ? Elle est aussi présente. Un livre complet, je vous dis !

 « De l'autre côté de la vitre, une lune incomplète éclaire la rue déserte. »

Jacques MERCIER

 « Comment le chat de mon ex est devenu mon ex-chat », roman, Edgar Kosma. Editions OnLit 130 pp. Numérique 5,99 euros – Papier 12 euros.

 

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03 03 15

SNCB Mon amour !

_sncb nancy.jpg

 Voilà un livre qui nous change les idées dans ce monde un peu embrumé ! Voilà un rayon de soleil jubilatoire !

Nancy Vilbajo nous fait vivre sa vie de « navetteuse » (un terme bien belge, par ailleurs!), celle qui fait aller-retour tous les jours en train entre Binche, sa ville, et Bruxelles, où elle travaille. « SNCB, mon amour », ce sont les mémoires d'une navetteuse avec des illustrations remarquables et drôles de François Bouton.

Cela commence par une joyeuse nomenclature des passagers habituels de tels trains : le narcoleptique, le bio-bobo-antidéo, etc. Avec chaque fois « Mon conseil » à mourir de rire !

Cela continue avec, comme les statuts sur Face Book (qu'on retrouve parfois d'ailleurs), sous une forme quotidienne de petit rapport, suivi du « Hashtag »... Le tout illustré, entrecoupé de réflexions, d'explications, de digressions les plus insolites et amusantes les unes que les autres.

Quelques exemples :

JUL 8 : Nancy V : le train est arrivé avec une minute D'AVANCE ! Ca annonce une invasion extra-terrestre, croyez-moi ! H : fermezlesvolets.

JUL 11 : Nancy V : Entendu à l'instant même dans le train : « Terminus... La température au sol est de 28 degrés centigrades ! » Malin, va... H : KennedyAirPort

AUG 5 : Nancy V : va rimer, attention... « Tous ces trains à l'heure, c'est comme au bon vieux temps de la vapeur ! » H : çarimeçarame

OCT 17 : Nancy V : Nous avions la Bataille de l'Yser. Nous avions Sarajevo. Nous avions le Darfour. Aujourd'hui, nous avons la ligne Bruxelles-Binche ! Pour mes compagnons de combat et moi : courage et abnégation. H : commeen14

NOV 27 : Nancy V : La SNCB est très consciencieuse : elle s'entraîne déjà pour les perturbations de demain : H : admiration

NOV 28 : Nancy V : A la SNCB, c'est déjà Noël ! Tu arrives à l'avance pour ne pas rater ton train et tu sautes in extremis dans le train précédent qui vient d'arriver très en retard. H : espacetemps

Et puis, j'aime cette émotion décrite quand, changeant de boulot et se servant dorénavant de sa voiture, Nancy se trompe et se rend à la gare, l'émotion !

Un excellent petit livre à lire dans le train et partout !

 

Jacques MERCIER

 

« SNCB mon amour », « Mémoires d'une navetteuse », Nancy Vilbajo, illustrations Fraçois Bouton, Editions du Basson, 6001 Marcinelle. Www.editionsdubasson.com 14X20,5. 120 pp. 18 euros.

 

 

 

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Humour, Jacques Mercier, Récits, Société | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 02 15

Un trio de choc!

9782266247566.jpgEve prend la fuite le jour de son mariage. Sur sa route vers le sud, elle croise le chemin d'Emile. Camionneur, bourru avec un coeur énorme. Après quelques kilomètres ensemble, ils se séparent. Mais leurs destins vont de nouveau se recroiser. La femme déEmile est partie il y a peu, il noie son chagrin dans l'alcool... C'est sans hésiter qu'il accepte d'accompagner Eve  vers la Toscane. Cette dernière qui se fait appeler Angie veut découvrir le secret lié à sa naissance.  Elle veut retrouver sa nounou d'enfance. Sur le chemin, le duo improbable rencontre Azraël, un ancien champion de patinage artistique. Tous à la recherche d'une vérité et d'un nouveau sens, ils vont atterrir dans la ferme d'un vieil anglais. 

Ils sont tous différents, ont tous des histoires différentes mais ont cette chose en commun, ils veulent la vérité sur le passé pour combattre l'avenir. Ensemble, ils vont vivre des histoires loufoques, des situations graves, parfois drôles, émouvantes. 

"Au bout du chemin", est un roman facile à lire abordant de nombreux thèmes; la solitude, l'amitié, la confiance, l'aventure... A certains moments, on sourit, on se met dans la peau de ces trois personnages attachant qui avancent sans se soucier et qui vivent une aventure incroyable. A d'autres, on est ému, solidaire, en colère. 

Je le recommande! 

Au bout du chemin, Patricia Hespel, éd. Les nouveaux auteurs (Pocket), Paris, 380 pages, 2013

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Gwendoline Fusillier, Humour, Littérature générale, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 01 15

Un livre jouissif…

Le bouquin des méchancetés et autres traits d'esprit.JPGFrançois Xavier Testu, agrégé des Facultés de droit, est professeur à l'université François-Rabelais de Tours et avocat associé à la cour de Paris. Il est aussi l’auteur d’un très jouissif Bouquin des méchancetés et autres traits d'esprit publié à Paris chez Robert Laffont, dans la fameuse collection « Bouquins ».

Préfacé par un maître du genre, le journaliste Philippe Alexandre, cet ouvrage rassemble quantité de traits d'esprit, surtout vachards, de l'histoire littéraire, mondaine et politique de l'Antiquité à nos jours, avec une prédilection pour les cercles littéraires des XVIe et XVIIe siècles, les salons et la cour de France au siècle des Lumières, le monde politique et la société mondaine de la IIIe République, l'Angleterre post-victorienne, le Hollywood de l'entre-deux-guerres...

Georges Clemenceau fut sans conteste l’un des plus grands ténors du genre, et l’ouvrage lui consacre pas moins de 22 pages de citations. À propos du président de la République Félix Faure qui venait de mourir : « En entrant dans le néant, il a dû se sentir chez lui ». Sur Georges Mandel, son directeur de cabinet : « Quand je pète, c’est lui qui pue ». Sur Paul Deschanel : « Il a un bel avenir derrière lui ». À un fonctionnaire des Affaires étrangères : « Pour être ambassadeur, il ne suffit pas d’être con, il faut aussi être poli ». Sur le maréchal Lyautey, dont les mœurs défrayaient la chronique : « Il a des couilles au cul, mais ce ne sont pas toujours les siennes… »

Winston Churchill, était tout aussi impitoyable. Au sujet de son successeur Clement Attlee : « Un taxi vide approche du 10 Downing Street, Clement Attlee en descend... » Ou encore : « Clement Attlee est un homme modeste, et il a de bonnes raisons de l’être ». À Lloyd George, descendu avec lui dans une auberge et qui demandait où se trouvaient les toilettes : « Là-bas, au fond : vous verrez écrit Gentlemen ; vous entrerez quand même… » S’agissant de Charles de Gaulle durant la Seconde Guerre mondiale : « De toutes les croix que je porte, la plus lourde est la croix de Lorraine ! »

Sacha Guitry commenta en ces termes l'élection à l'Académie française de l'un de ses confrères : « Ses livres sont désormais d'un ennui immortel ». Quittant une soirée où il s’était ennuyé, il baisa la main de la maîtresse de maison en murmurant : « C’est si gentil à nous d’être venus ». D’une actrice, il constata : « Elle est facile, mais pas commode ». Et Tristan Bernard, d'une autre actrice en vogue : « Pour se faire un nom, elle a dû souvent dire oui ».

Groucho Marx maniait l’absurde avec brio. À une de ses têtes de Turc, il lança : « J’ai beaucoup entendu parler de vous. Qu’avez-vous à dire pour votre défense ? » Assis dans le métro, il déclara à une vieille dame debout : « Je vous céderais bien ma place, mais elle est déjà prise ». À une actrice : « Je n’oublie jamais un visage, mais dans votre cas je ferai exception ». Prenant congé : « J’ai passé une excellente soirée, mais ce n’était pas celle-là ».

Et pour conclure, voici quelques citations en vrac :

Voyant son gendre, couard et gauche, porter un glaive à sa ceinture, Cicéron demanda : « Qui a attaché mon gendre à cette épée ? »

Un jour que Louis XVIII avait tenu conseil pendant trois heures et que l’on demandait à Talleyrand ce qui s’était passé, il répondit : « Trois heures ».

D’un chevalier malpropre, Antoine de Rivarol assurait : « Il fait tache dans la boue ».

Rossini sur Berlioz : « Quel bonheur que ce garçon-là ne sache pas la musique, il en ferait de bien mauvaise ! »

De François Coppée, trop catholique à son goût, Paul Léautaud écrivit : « Anus Dei ».

D’un garçon timide, dont on disait qu’il était toujours dans les jupes de sa mère, Georges Feydeau prophétisa : « Il s’y fera des relations ».

Le peintre Kees van Dongen, à une grosse dame qui, à Deauville, s’était assise sur ses lunettes et s’excusait : « Bah ! Je préfère que ce soit arrivé au moment où je ne les avais pas sur le nez… »

Lyndon Johnson, à qui on demandait pourquoi il conservait Edgar Hoover à la tête du FBI : « Je préfère avoir ce type dans ma tente, pissant dehors, que dehors, pissant dessus ».

Et l’ouvrage fait 1153 pages…

Bernard DELCORD

Le bouquin des méchancetés et autres traits d'esprit par François Xavier Testu, préface de Philippe Alexandre, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », novembre 2014, 1153 pp. en noir et blanc au format 13,1 x 19,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 30 € (prix France)

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03 01 15

Consommateurs d’école…

Mots d'excuse – L'intégrale.jpgAncien directeur d’école en banlieue parisienne et en province devenu principal d’un collège, Patrice Romain a connu un beau succès éditorial en faisant paraître en 2010 chez François Bourin à Paris un florilège de sa vaste collection de mots d’excuse hilarants rédigés par des parents diversement inspirés.

Il remet ça chez Michel Lafon avec Mots d'excuse – L'intégrale qui rassemble, dans le respect de leur orthographe souvent déficiente, vingt années de correspondances hautes en couleur faisant état de protestations de parents, d’embrouilles entre élèves, de difficultés scolaires, de contestations de notes et de punitions ainsi que de justifications de retards et d’absences.

Exemples :

Madame, Je m'excuse pour le retard a Tatiana parce qu'hier matin avec les gosses qui gueulaient et le chien qui dégueulait c'était carrément le bordel à la maison.

Madame, Il est or de question que mon fils vient en cour de soutien en français. Il est pas fou. En revoir.

Madame, Vous voulez que j’achète la photo de classe de ma fille ? Non mais vous avez vu la tête des autres ? Alors c’est non merci ! Cordialement.

Madame, Je comprend rien aux groupes que vous avez fait en classe. Mike me dit qu’il y a les guépards, les girafes, les éléphants et les tortues. On est pas en afrique !

Monsieur, A cause de vous mon fils est grave trop matisé.

Madame, Franchement que Yannick est D en musique on sans fout. Il sera jamais un Picasso et alors ?

Et pourquoi c’est toujours mon fils qui est puni ? Et les autres alors ? Chacun son tour un peu !

Merci que Ronnie et Mike y sarrête d’emmerdé mon fils sinon sa va chié. Merci madame.

Madame, Kevin a un cocar mais cette fois c’est pas moi parce que j’avais rien bu. Il s’est bagaré au foot avec un autre. Alors prévenez pas la police SVP j’ai rien fait. Merci.

Monsieur, Ca vous va bien de criyé sur mon fils mais je vous signale qui ya des anciens eleves a vous qui vendes du shit dans le hall de mon imeuble. Alors, Vous dites rien ?

Monsieur, Moi, je n’ai pas choisi d’être professeur. C’est donc à vous de trouver les arguments nécessaires pour que Germain fasse ses devoirs. Merci et bonne chance.

Monsieur, Si vous voulez que mon fils fasse ses devoirs, donnez lui des exercices plus faciles et il les fera. Il suffit d’y penser, c’est pas plus compliqué.

En effet !

Bernard DELCORD

Mots d'excuse – L'intégrale par Patrice Romain, Paris, Éditions Michel Lafon, septembre 2014, 266 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,8 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 14,95 € (prix France)

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23 11 14

Pintes de bon sang...

Les Éditions Omnibus à Paris ont inauguré par la publication simultanée de cinq livres une collection de textes humoristiques bienvenue en ces temps de morosité généralisée.

Le boudin sacré.jpg

Le premier d’entre eux, intitulé Le boudin sacré, est l’œuvre de Pierre Dac et Francis Blanche. On leur doit notamment, outre un sketch désopilant archi célèbre (Le Sâr Rabindranath Duval, 1957), un feuilleton radiophonique de légende, Signé Furax, diffusé sur les ondes d'Europe 1 à partir d'octobre 1956 et qui comprendra quatre « saisons » jusqu'en 1960. Le boudin sacré rassemble les premiers épisodes de la première saison.

En voici la trame :

On a volé l'obélisque de la Concorde, remplacé par une contrefaçon en staff. Puis c'est au tour du bronze du Lion de Belfort et des grilles de la place Stanislas, à Nancy. Et c'est signé... Furax ! La police est sur les dents et confie l'enquête aux deux détectives Black and White, qui ont déjà triomphé de l'abominable (et génial) malfaiteur dans l'affaire des Barbus.

Un sommet de jeux de mots navrants, de situations absurdes et de loufoquerie en tout genre !

Un loufoque à Radio Londres.jpg

Le deuxième, sous le titre Un loufoque à Radio Londres, reproduit 49 chroniques illustrées de dessins et de caricatures rédigées par Pierre Dac qui, entre le 29 octobre 1943 et le 9 août 1945, engagé dans la Résistance gaulliste, allait fustiger avec un humour décapant, sur les ondes de la BBC et dans les pages de l’hebdomadaire France, en textes et en chansons, l’occupant nazi et ses collaborateurs français.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que son humour se montrait aussi dévastateur que les V2…

D'Alphonse à Allais.jpg

Le troisième, D’Alphonse à Allais, est une anthologie des hauts faits de l’auteur de Poil de carotte (un humoriste de choc qui vécut de 1854 à 1905) concoctée par Jean-Pierre Delaune, secrétaire général de l’Académie Alphonse Allais. Ce dernier a composé, écrit-il, « une manière de biographie sous l’angle des facéties et mystifications, racontée par lui-même et par ses contemporains » qui suit le fil chronologique, de son enfance dans la pharmacie paternelle à Honfleur jusqu’aux œuvres de la maturité, alors qu'il est un auteur reconnu et respecté.

En voici le sommaire : Premières farces – Étudiant en pharmacie – Militaire – Du Quartier Latin à Montmartre – Facéties – Cabarets et brasseries – Chez Salis et le Chat Noir – Journalisme espiègle – Jeux avec les mots – Surréalisme – Paresse – Ses contemporains – Mystifications – Inventions – Avec les politiques.

Nouvelles du Mississipi et d’ailleurs.jpg

Le quatrième, Nouvelles du Mississipi et d’ailleurs, reprend 22 histoires fantaisistes de Mark Twain (1835-1910), bien connu pour son roman Les Aventures de Tom Sawyer (1876) et sa suite, Les Aventures de Huckleberry Finn (1885).

Dans ces 22 contes et nouvelles, on fera connaissance avec une grenouille de compétition, une montre hystérique, un fantôme maladroit et encombrant, une dinde facétieuse, une foule de personnages pittoresques, des situations absurdes nées de l'imagination fantaisiste de l'auteur qui prouve qu'il est, bien plus qu'un écrivain pour la jeunesse, un humoriste d'une étonnante modernité.

Le dico des mots qui n’existent pas (et qu’on utilise quand même).jpg

 Le dernier, rédigé par Olivier Talon et Gilles Vervisch et coédité avec le magazine L’Express, constitue « l’édition 2015 remastérisée » (la première version de l’ouvrage date de 2013) du Dico des mots qui n’existent pas (et qu’on utilise quand même) rassemblant 200 vocables absents des dictionnaires et qu’on entend presque tous les jours, comme aplusse, bankable, bravitude, checker, combientième, googliser, overbooké, procrastiner, ou spoiler.

D’abracadabrantesque à zlataner, cet abécédaire aidera le lecteur à démêler le vrai du faux tout en lui offrant l'occasion d'appréhender la langue en train d'évoluer... et de comprendre le dialecte de ses propres enfants.

Cette nouvelle édition 2015 mise à jour voit disparaître les mots qui depuis 2013 ont intégré les dictionnaires et surgir d'autres mots qui ont émergé depuis, par exemple aquabiking, bashing, déjeunatoire, panthéonisable, webinaire et selfie.

Des livres qui font du bien !

Bernard DELCORD

Le boudin sacré par Pierre Dac et Francis Blanche, présentation de Jacques Pessis, Paris, Éditions Omnibus, septembre 2014, 199 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,9 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 9 € (prix France)

Un loufoque à Radio Londres par Pierre Dac, présentation de Jacques Pessis, Paris, Éditions Omnibus, septembre 2014, 175 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,9 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 9 € (prix France)

D’Alphonse à Allais, présentation de Jean-Pierre Delaune, Paris, Éditions Omnibus, septembre 2014, 201 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,9 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 9 € (prix France)

Nouvelles du Mississipi et d’ailleurs par Mark Twain, traductions nouvelles ou révisées, Paris, Éditions Omnibus, septembre 2014, 197 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,9 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 9 € (prix France)

Le dico des mots qui n’existent pas (et qu’on utilise quand même) par Olivier Talon et Gilles Vervisch, , Paris, Éditions Omnibus, septembre 2014, 197 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,9 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 9 € (prix France)

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25 10 14

Bons mots...

Bouvard de A à Z.jpg

Le texte ci-dessous a paru dans la livraison du 24/10/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

On ne présente plus Philippe Bouvard, journaliste, écrivain, mémorialiste et moraliste prolixe, qui vient de faire paraître chez Flammarion, sous le titre Bouvard de A à Z, un abécédaire de 2 000 réflexions thématiques bien ficelées, fruit de sa longue expérience d'homme des médias et d'homme tout court.

Florilège :

Artisanat : production locale de récipients divers, souvent laids et heureusement fragiles.

Congé : intervalle compris entre un arrêt maladie et une grève.

Envoyé (spécial) : journaliste qui, à l'occasion d'un événement important, va interviewer le correspondant local avant d'écrire son papier.

Idéologies : convictions de l’adversaire.

Parti : indispensable pour arriver.

Tante : mot péjoratif qui a longtemps désigné un homme changeant souvent de neveu.

Urètre : canal qui prolonge ceux de Venise lors des nuits de noce.

Les aphorismes d’une grosse tête bien faite et bien pleine !

Bernard DELCORD

Bouvard de A à Z par Philippe Bouvard, Paris, Éditions Flammarion, septembre 2014, 430 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19,90 € (prix France)

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01 08 14

Na !

La femme parfaite est une connasse.jpgPrésenté par ses auteures Anne-Sophie et Marie-Aldine Girard – qui sont des sœurs jumelles, l'une humoriste, l'autre journaliste – comme un guide de survie pour les femmes « normales », le petit ouvrage plein de drôlerie intitulé La femme parfaite est une connasse ! (paru chez J’ai lu à Paris) énonce 30 règles pour aider les lectrice à déculpabiliser de n’être pas l’incarnation de la perfection permanente.

En voici l’une ou l’autre :

« On évitera de commencer une phrase par : “Mon psy dit que” », « On n’achètera plus de fringues en 36 alors qu’on fait un 40, tout ça parce que la vendeuse nous a regardée avec “un air de défi” », « On arrêtera de croire qu’on parle italien parce qu’on rajoute des “a” et des “i” à la fin des mots », « On arrêtera de dire qu’on est amie avec Nikos Aliagas, simplement parce qu’il nous a acceptée sur Facebook », « On évitera de vouloir se faire une jupe en carpaccio parce qu’on l’a vue sur Lady Gaga »…

On y trouve aussi notamment des théories comme « la jurisprudence de la frange », « la théorie du pot de cacahuètes » ou encore le concept universel du « foutu pour foutu », et on y apprend « comment garder sa dignité quand on est complètement bourrée », « comment réagir devant un bébé laid », ou « les questions qu'il ne faut pas poser à un homme si on ne veut pas entendre les réponses »…

Des clins d’œil appuyés face aux travers du temps, en quelque sorte…

Bernard DELCORD

La femme parfaite est une connasse ! par Anne-Sophie & Marie-Aldine Girard, Paris, Éditions J’ai lu, février 2013, 159 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 5,00 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié ces quelques lignes permettant de faire le point :

Comment savoir qu’on a une vie de merde ?

• On mange seule devant un miroir.

• On fête l'anniversaire de son chat.

• On a eu un seul texto pour le Nouvel An, celui de notre opérateur téléphonique.

• On connaît tous les noms des préfectures et sous-préfectures de France.

• Notre seul pote sur MySpace, c’est TOM.

• On est encore sur MySpace.

• On est super contente quand « Motus » commence.

• On a noté sur notre agenda : « Dimanche : décongeler le freezer ».

• On a la collection des « pin's parlants » TF1.

• On a une peluche Footix accrochée à son rétroviseur.

• On a acheté l'intégrale de la série Walker, Texas Ranger.

• On s'entraîne pour battre un record (n'importe lequel).

• Les enfants du quartier nous appellent « La folle aux chats ».

• Notre fille nous appelle « Madame » en public.

• Notre chien marche toujours 3 mètres derrière nous.

• Notre collègue depuis 6 ans nous a demandé : « Vous travaillez ici ? »

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