17 08 12

Démêlés chez les Yankees...

Saint-Tin en amères loques.jpgAnimée et dirigée par le pittoresque et courageux Gordon Zola – il soutint longuement et victorieusement les foudres judiciaires des héritiers de Hergé –, la collection des aventures de Saint-Tin et son ami Lou s'est encore enrichie d'un nouvel opus hilarant, signé Pauline Bonnefoi, Saint-Tin en amères loques, publié à Paris aux Éditions du Léopard Démasqué, comme ses prédécesseurs (Train-train au Congo, L'oreille qui sait, Les six gardes du phare Amon, La Lotus bleue, Les poils mystérieux, Le crado pince fort, L'ire noire, Coq en toc, L'affaire tourne au sale, Saint-Tin au gibet, Le secret d'Eulalie Corne, Le "Treize heures" réclame le rouge, Objet qui fume, On a fait un marché sur la Lune, Les pies jouent de la castagnette, Le vol des 714 porcineys...), des romans pastiches très réussis dans lesquels l'intrépide reporter Saint-Tin et son perroquet appelé Lou, mais aussi le capitaine Aiglefin –un éclusier à la retraite – le professeur Margarine, – un éminent cryptozoologue – et les agents secrets Yin et Yang vivent des aventures plus palpitantes les unes que les autres, aux quatre coins du monde.

Cette fois-ci, comme l'écrit l'auteure, « le professeur Margarine affronte les fanatiques de l'huile : la réserve américaine de Yleatrow Stone, abritant l'un des derniers Bigfoot, est menacée par les compagnies pétrolières. Lorsque Saint-Tin, Lou et le capitaine Aiglefin débarquent à leur tour à Chicago, le rêve américain tourne au cauchemar. Venus soutenir le professeur Margarine, ils se retrouvent pourchassés par le FBI, pourchasseurs de Bigfoot, piégés par des Indiens devenus forains, coincés dans une ruée vers l'or noir qui tourne au vinaigre... »

Une collection amie des zygomatiques !

Bernard DELCORD

Saint-Tin en amères loques par Pauline Bonnefoi, Paris, Éditions du Léopard masqué, janvier 2012, 159 pp. en noir et blanc au format 12 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 11 € (prix France)

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24 06 12

Sic transit gloria mundi...

Perles de librairies.gif« Ils sont des milliers de clients à pousser les portes d'une librairie, à la recherche d'un livre, d'un conseil, d'une référence, s'approchant du libraire pour bredouiller une question saugrenue, un nom d'auteur griffonné à la hâte, phonétiquement, ou un titre correspondant très vaguement à une réalité bibliographique... Quelles que soient la notoriété de l'auteur, ses ventes en librairie, ses critiques élogieuses, la perle offre un immense avantage, tous sont à égalité devant elle. »

C'est ainsi que David Alliot présente son petit  livre hilarant intitulé Perles de librairies qui vient de paraître chez Horay à Paris, et le moins que l'on puisse dire, c'est que cela décoiffe !

Florilège :

« Vous avez La faute de l'abbé bourré de Zola ? » (Pour La faute de l'abbé Mouret...)

« Je n'ai pas trouvé dans vos rayons Balzac et la petite tailleuse de pipe ? » (Pour Balzac et la petite tailleuse chinoise...)

« Merci de me dire où est Fred de Racine.. » (Pour Phèdre...)

« Je cherche Molière de Don Juan... » (Pour Don Juan de Molière...)

« Je ne trouve pas L'Iliade d'Omer Simpson... » (Pour L'Iliade d'Homère...)

« Connaissez-vous le Journal de Britney Spears ? » (Pour Le Journal de Bridget Jones...)

« Avez-vous le C.I.D. du gars qui porte le même nom que le chanteur rwandais ? » (Pour Le Cid de Corneille...)

« Où avez-vous rangé La pochette secrète ? » (Pour l'Apologie de Socrate...)

« Vous avez Les Diaboliques d'Aubervilliers ?» (Pour Les Diaboliques de Barbey d'Aurevilly...)

Et, last but not least : « Bonjour, je cherche un livre, je ne me souviens plus du nom de l'auteur, je ne me rappelle plus du titre, mais je suis sûr qu'il était rouge et de format plutôt rectangulaire... ».

Voilà un métier où on ne s'ennuie pas !

Bernard DELCORD

Perles de librairies par David Alliot, Paris, Éditions Horay, mars 2012, 143 pp. en noir et blanc au format 12 x 12 cm sous couverture brochée en couleurs, 5,99 € (prix France)

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22 06 12

L'humour, toujours l'humour...

Œuvres de Pierre Daninos (1).gifL'excellent humoriste français Pierre Daninos (1913-2005) connut la célébrité en 1954 avec Les Carnets du Major Thompson, un ouvrage d'une grande finesse et d'une belle drôlerie dans lequel l'auteur se présentait comme le traducteur d'un officier so British à la retraite ayant consigné ses observations sur la France et les Français de l'après-guerre, comparées au mode de vie des Britanniques.

Le succès fut immédiat et les livres s'enchaînèrent à un rythme soutenu, avec ou sans l'aide du Major, mais toujours riches en observations caustiques :

« La France est le seul pays du monde où, si vous ajoutez dix citoyens à dix autres, vous ne faites pas une addition, mais vingt divisions. » (Les Carnets du Major Thompson)

« Les hommes mettent dans leur voiture autant d'amour-propre que d'essence. » (Vacances à tous prix, 1958)

« On notera qu’en politique comme ailleurs, on ne dit “la confiance règne” que si elle ne règne pas. » (Le Jacassin, 1962)

« Un snob est un monsieur qui ne veut fréquenter que des gens qui, eux, ne veulent absolument pas le connaître. » (Snobissimo, 1964)

« L'homme étant fait de 90% d'eau et les océans occupants les trois quarts du globe, la Terre devrait s'appeler la Mer » (Les Touristocrates, 1974)

 Les Éditions de Fallois à Paris ont eu tout récemment l'excellente idée de rééditer en poche, en deux forts volumes à petit prix, l'essentiel de l'œuvre (14 titres) de ce moraliste hilarant doublé d'un sociologue plein d'esprit.

Œuvres de Pierre Daninos (2).gifGrâce leur en soit rendue, pour le plus grand plaisir de nos zygomatiques !

Bernard DELCORD

Tome 1 : Les Carnets du Major Thompson suivi de Les Carnets du Bon Dieu, Le Secret du Major Thompson, Le Jacassin, Le Major tricolore, Ludovic Morateur & Les Touristocrates ; Tome 2 : Snobissimo suivi de Sonia, les autres et moi, Un certain Monsieur Blot, Le 36e dessous, Made in France, Vacances à tous prix & Les Derniers Carnets du Major Thompson par Pierre Daninos, préface d'Étienne de Montety (tome 1) et de Philippe Meyer (tome 2), Paris, Éditions de Fallois, avril 2012, 917 pp. et 1113 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 23 € chacun (prix France)

Pour vous, nous avons repris dans cet ouvrage caustique les quelques lignes suivantes :

Les Français au volant

Il faut se méfier des Français en général, mais sur la route en particulier.

Pour un Anglais qui arrive en France, il est indispensable de savoir qu'il existe deux sortes de Français: les « à-pied » et les « en-voiture ». Les à-pied détestent les en-voiture, et les en-voiture terrorisent les à-pied, les premiers passant instantanément dans le camp des seconds si on leur met un volant entre les mains...

Les Anglais conduisent plutôt mal, mais prudemment. Les Français conduisent plutôt bien, mais follement. La proportion des accidents est à peu près la même dans les deux pays. Mais je me sens plus tranquille avec des gens qui font mal des choses bien qu'avec ceux qui font bien de mauvaises choses.

Les Anglais (et les Américains) sont depuis longtemps convaincus que la voiture va moins vite que l'avion. Les Français (et la plupart des Latins) semblent encore vouloir prouver le contraire...

On pourrait croire que l'appétit de vitesse du Français est fonction de la puissance de sa voiture. Erreur. Plus la voiture est petite, plus l'homme veut aller vite. En ce royaume du paradoxe, les automobiles les moins dangereuses sont les plus puissantes, leurs conducteurs, blasés, étant les seuls qui se paient le luxe de rouler plutôt « en dedans de leurs possibilités » et d'aller plus vite que tout le monde sans pousser.

Quant aux Françaises, il faut leur rendre cette justice : elles conduisent plus lentement que les hommes. Un Anglais pourrait donc, en toute logique, se croire plus en sécurité avec elles. Nouvelle erreur. Dans un pays où tout le monde va vite, cette lenteur constitue le plus terrible des dangers. Si l'on y ajoute un certain « flou » dans l'allure, et ce charmant esprit d'indécision grâce auquel on peut déduire de l'allumage d'un clignotant gauche qu'une conductrice va tourner à droite (encore n'est-ce pas tout à fait sûr), on concevra que rien n'est plus risqué que d'être piloté par une femme.

Il existe cependant un super-danger dans ce pays, où, comme dans beaucoup d'autres, tant de femmes ne savent ni conduire, ni fumer : ce sont celles qui conduisent en fumant.

Le plus sûr, si par malheur ce souriant fléau vous menace sur la route, est de se faire arrêter à la ville la plus proche et de prendre le train.

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19 05 12

Un collier de mots d'auteurs...

Perles de la littérature.gifFestival de sottises résultant de lapsus calami, bévues, pataquès, anachronismes, catachrèses et autres tournures fautives, le petit livre de Pierre Ferran et Dominique Jacob intitulé Perles de la littérature qui vient de paraître chez Horay à Paris rassurera tous ceux qui rechignent à s'exprimer par écrit parce qu'ils craignent que leurs textes ne seront pas à la hauteur de leurs ambitions.

Car il est tout-à-fait impossible de conserver ses complexes après avoir lu cet ouvrage réconfortant, dont voici quelques extraits puisés chez les classiques :

« Jamais les larmes de mon amie n'arroseront le nœud qui doit nous unir. » (Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse, 1761)

« Je m'amusais à voir voler les pingouins. » (François-René de Chateaubriand, Le Génie du christianisme, 1802)

« Ma voix retentit comme la hache des bûcherons dans une forêt. » (Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée, 1835)

« Bientôt arriva la fameuse lettre anonyme signée Gardon. » (Stendhal, Vie de Henry Brulard, 1836)

« L'odeur de vos soupirs nous parfume les vents ! » (Alphonse de Lamartine, Recueillements poétiques, 1839)

« Ah ! Ah ! fit Don Manoel en portugais. » (Alexandre Dumas, Le Collier de la reine, 1849-1850)

« De couleur vert pomme, sa chasuble, que des fleurs de lys agrémentaient, était bleu ciel. » (Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, 1881)

« Ils s'entendaient si tellement bien entre eux. » (Paul Claudel, Le pain dur, 1914)

« Je mettais dans une balance du plateau... » (Marcel Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, 1919)

Sans oublier les boulettes classiques des feuilletonistes comme Ponson du Terrail : « Il avait un pantalon de velours et un gilet de la même couleur ».

Funny, isn't it?, comme on dit à l'Académie française...

Bernard DELCORD

Perles de la littérature par Pierre Ferran et Dominique Jacob, Paris, Éditions Horay, mars 2012, 132 pp. en noir et blanc au format 12 x 12 cm sous couverture brochée en couleurs, 5,99 € (prix France)

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01 04 12

La Fiction rattrape la réalité !

bruit_avril.jpg


La date de publication de cette note a évidemment toute son importance... Il s'agit bien entendu d'un poisson...

Ce que dit le quatrième de couverture : Dans les locaux de Souvenirs, une des radios les plus écoutées de la Communauté française, le corps de B. Depace est retrouvé, sans vie, un lecteur MP3 au fond de la gorge. A-t-il voulu absorber l’album de trop ? La porte du bureau fermée de l’intérieur et le dernier message envoyé depuis son smartphone semble le confirmer. Mais la jeune inspectrice Gwenaëlle Fussili, fraîche émoulue de l’école de police d’Evere découvre rapidement qu’une brochette d’étranges personnages évoluait autour du spécialiste de la musique. Et que dire de son passé de producteur d'artistes ? Et de trapéziste sado-masochiste… Le mystère s’épaissit lors qu’un ancien présentateur de télévision contacte Gwenaëlle, prêt à lui faire des révélations fracassantes.

 

Cela devait arriver. A force d’occuper le devant de la scène musicale et littéraire de notre petite Communauté Wallonie Bruxelles, Brice Depasse (à peine déguisé dans cet ouvrage) devient le héros, mort, de son propre roman policier. Roman à clé, énigme complexe trempée dans un bon bain de couleurs locales, Passe un rock, ça fera du bruit ! voyage entre Bruxelles, Liège, Namur et Binche dans un festival de situations burlesques que ne renierait pas les Monty Python. L’auteur assure que tout est vrai dans ce roman, sauf ce qui ne l’est pas, bien entendu. On rit d’ailleurs de voir avec quel précision il dépeint le monde impitoyable des médias francophones belges, petite cour de récréation où les égos se télescopent pour des broutilles et où le pire des châtiments est de ne pas recevoir son badge V.I.P pour parader dans les allées de la Foire du Livre au soir de son inauguration officielle. Personne ne sort vraiment indemne de ce jeu de massacre… Et c’est peut-être là une des faiblesses de ce roman à la nitroglycérine : personne ne mérite d’être sauvé si l’on en croit l’auteur et en ces temps de cynisme galopant, un petit rayon de soleil, une jeune stagiaire pleine d’espoir ou même un chien de berger au poil brillant, était-ce trop demander ?

Passe un rock, ça fera du bruit !, de Christophe Collins. Editions des Ichtyologues Réunis. 224p.

 

13 03 12

Encore...mieux

pas-mieux-de-arnaud-le-guilcher-livre-897169589_ML.jpgCurieux, drôle, irrésistible, déjanté, incongru,farfelu, rythmé,  truffé d'argot à tire larigot, doté d'un sens de l'image neuf et de la métaphore percutante, tendre et même poignant à quelques  moments (rares)  ...le roman d'Arnaud Le Guilcher est ..hallucinant. Comment ai-je pu rater sa sortie en mai 2011?

Point de vaines lamentations puisqu'il m'a été donné de découvrir ce petit bijou, retenu pour la finale du prix du deuxième roman (Marche-en-Famenne, 12 mai 2012)

Gérant d'un (vague) pressing, vaguement alcoolique, le narrateur voit débarquer d'un coup femme (Emma) et fils (Commmoi) après quinze ans d'une absence inexpliquée. Son existence terne va en être totalement chamboulée: Commmoi est presque autiste à force d'être gothique, Emma, déconnectée. Et voilà notre héros mi-Foenkinos, mi -(Woody)  Allen,  pétri d'humour  et d'autodérision à la mode d'un Jérôme K. Jérôme (Trois hommes et un bateau) obligé d'honorer l'entretien dispendieux d"une famille à laquelle il ne croyait plus.

L'attitude hostile de son fils fera-t-elle éclore une paternité enfouie dans les limbes du renoncement?

" Tous les matins, j'arrivais au boulot avec le moral dans le cul-de-basse-fosse... Je n'allais jamais parvenir à être un bon papa. C'était acquis. Je ne savais absolument pas comment faire.. Ces ordures de cigognes, non contentes de m'avoir livré mon enfant avec quinze piges de retard, me l'avaient fourni sans mode d'emploi."

Pas facile d'être le père d'un enfant sur-doué...

Mais cela peut aider.

A déguster.

Sans modération.

Apolline Elter

Pas mieux, Arnaud Le Guilcher, Stéphane Millon éditeur, mai 2011, 333 pp, 17 €

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06 03 12

Fleep Book

3620564347.3.jpgAllons bon, ça commence bien : un jeu de mots..

Mais encore:

Il était une fois

Cette nuit, j'ai rêvé

Que j'étais un(e).....

Se prêtant aux multiples états, identités qu'un rêve nocturne vous permet de revêtir - Laura Ingals, Zorro, superman, un employé de Brico, un chef-coq  et même un vampire, l'humoriste rencontre les personnalités les plus délicieuses qu'il soit : l'inspecteur Colombo, Joséphine Ange gardien et Jean-Jacques "Colleman"..

Ludique et loufoque, l'ouvrage intègre le  "fleep book" (feuilleté des pages qui voit  défiler les dessins en une sorte de film) de la capture d'une araignée. ...

AERêvéveillez-moi, Jean-Luc Fonck , essai, éditions Luc Pire, février 2012, 160 pp, 18 €

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16 02 12

Les lendemains de la Saint-Valentin

La guerre des Rose frappe à la porte 9782226240125FS.jpgdes couples de légende, unis pour le meilleur et pour le rire - grinçant - de la déconvenue.

Traquant les anecdotes, les bons mots, les règlements de compte incisifs, Marc Pasteger publie en ce temps valentin une "petite anthologie irrésistible de l'amour vache."

Savourons:

"Lady Astor, première femme à avoir siégé au Parlement britannique,  n'aimait pas Churchill qui le lui rendait bien. Elle lui lança un jour:

- Si vous étiez mon mari, je mettrais du poison dans votre thé.

Ce à quoi le grand homme répliqua du tac au tac:

- Si vous étiez ma femme, je le boirais certainement."

AE

Je t'aime...toi non plus! Petite anthologie irrésistible de l'amour vache, Marc Pasteger, Albin Michel, février 2012, 178 pp, 10 €

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11 02 12

Espèce de savon à culotte

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 … et autres injures d’antan dérobées à droite et à gauche recueillies pour l’instruction des générations présentes et à venir,  dédiées aux artichauts, aux astrologues et aux Roger-Bon-Temps.

 Et à vous, estimés visiteurs…

 Le roman de Sophie Arnould ( JC Lattès, mai 2010 - cfr chronique http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2010/07/15/le-roman-de-sophie-arnould.html) nous avait déjà ouvert l’appétit de métaphores et d’expressions du Siècle des Lumières.  Passionnée par un XVIIIe siècle, effronté et plutôt… libéré,  Catherine Guennec nous revient avec un recueil étoffé et exquis de noms d’oiseaux de l’époque : Les ahuris de Chaillot, bigresses, bougresses, claudes, croquefredouilles, arpenteurs de guinguette, Marie Jacasse, Jean-fesse.. disputent la vedette aux lessivés (ondulés) de la toiture, cuisinières d’archanges, pisse-verglas et autres auteurs..mal reliés, hérités d’une certaine « littérature poissarde ».

 « Crus, osés, grossiers, imaginatifs, drôles, indélicats, ..ces « gros mots » appartiennent bien sûr à la langue populaire et sont essentiellement portés par l'oral. Difficile dès lors de les retrouver. Difficile mais pas impossible. Surtout que le cœur du XVIIIe siècle nous offre avec Vadé, "le Corneille des ruisseaux", et ses imitateurs (le plus souvent anonymes), son incroyable littérature poissarde. Un genre méconnu qui a largement nourri cet ouvrage et mérite à plus d'un titre qu'on s'y attarde."

 Un recueil trrrrrrrrrès savoureux.

 Qui coiffera, sapristi, plus d’un anthropopithèque !

 Pas de doute, on en redemande.

 Apolline Elter

 Espèce de savon à culotte !… et autres injures d’antan dérobées à droite et à gauche recueillies pour l’instruction des générations présentes et à venir,  dédiées aux artichauts, aux astrologues et aux Roger-Bon-Temps., Catherine Guennec, recueil, Editions First, fév.2012, 272 pp, 13,5 €

 

 Billet de ..saveur

 AE: Préfaçant votre ouvrage, Philippe Delerm vante l'insolence et la liberté  qui souffle sur le français du XVIIIe siècle: " Au XVIIIe, sûre de ses fondamentaux, la langue française prend un grand coup de frais" . Voilà qui fait du bien après un XVIIe siècle plutôt classique.  Ce vent de fraîcheur va-t-il s'essouffler ou s'amplifier au XIXe siècle?

 Catherine Guennec:Le XIXe siècle, c’est le français moderne. Avec l’apparition de nouveaux termes (politiques, sociaux, scientifiques…) Les dictionnaires se font de plus en plus gros. La langue populaire et l’argot s’immiscent en littérature. Soit. Et la langue fait preuve comme toujours d’une capacité de création et de renouvellement mais moi, je n’y retrouve pas cette petite « musique », ces petites folies… qui me font préférer le siècle des Lumières où à côté des préciosités mondaines des salons apparait une prose incisive, mordante qui s’affirme avec les philosophes. Le Français devient une grande langue diplomatique internationale, parlé dans toutes les cours des rois et les ambassades quand parallèlement il se fait drôle, imaginatif, débridé, provocateur… avec notamment le genre poissard qui reprend sans fausse pudeur les mots de la rue et des halles. Pour exploser de bonne humeur, d’insolence, d’incongruités «  qui sonnent dru, qui sonnent vrai, qui disent l’amour de la vie » comme l’écrit si justement Philippe Delerm.

 AE: Certains mots  ont évolué et semblent avoir changé de connotation au cours du temps. Je songe à "astrologue", qui n'est plus une injure aujourd'hui ou à "arsouille" dont la connotation est plus tendre désormais que celle de "mauvais sujet, fêtard, voyou". Ce doit être passionnant d'étudier, aussi, l'évolution sémantique des vocables:

 Catherine Guennec: Oui, le sens de beaucoup de mots glisse au fil des ans. Et c’est très amusant de voir les changements de signification pour un même mot : c’est vrai pour astrologue, artichaut, bestiole, cupidon, cœur, charrue, arbalétrier…

  L’intérêt de cette recherche est triple en fait, indépendamment du plaisir  de croiser de succulentes expressions :

  -         Elle fait découvrir des mots et des expressions anciennes qui ont su traverser les années et rester en usage

  -         Elle met en avant leur changement - ou pas-  de sens

  -         Elle remet enfin en lumière des mots complètement oubliés.

  Mon travail peut aussi se résumer par un «  à la recherche des mots perdus »… Qui se souvient encore de gogurlu, béjaune, rigri, coquefredouille, ramasse-ton-bras, Nicolas tac tac, Roger bon temps, Perrette à l’oignon…

 AE: Vos recherches sur les injures - étayées par une impressionnante bibliographie - ont dû vous mettre sur la voie de délicieux mots doux... Pourriez-vous en évoquer certains, en cette période de Saint-Valentin?

 Catherine GuennecMes recherches m’amènent effectivement à faire de jolies rencontres. Des trésors de vocabulaire oublié qui m’ont  d’abord séduite pour leur musique, leur joliesse et qui m’ont aussi fortement intriguée. Parce que leur sens m’échappait. Que voulait dire par exemple : un endormeur de mulot, un soupir du Danemark, un cataplasme de Venise ? Que voulait dire encore faire un trou à la lune ou la prendre avec ses dents ? s’amuser à la moutarde ? avoir le soleil qui luit dans le ventre ? voir des anges violets ?  rêver à la Suisse ?...  Je traque  tous ces mots, ces expressions. J’en ai une collection impressionnante ! Les gros mots et les insultes d’autrefois qui paraissent aujourd’hui ne sont qu’un volet de mes recherches qui comportent, aussi,  bien entendu, l’incontournable thématique de la douce chose…

 Pour la Saint Valentin, soyons donc « tournés à la friandise » et préparons-nous, heureux pélerins de Cythère,  à  faire la carpe pâmée, à jouer de la harpe…  et recevoir en pluie nourrie  tous les cachets de l’amour (des baisers) Refusons de  mourir comme les citrouilles  (disparaitre sans avoir connu l’amour). Ne faisons pas trois queues d’une cerise  (se refuser sous de futiles prétextes). Préférons mourir tout debout ! (avoir fortement le béguin)

 Autres jolis petits mots encore :

 Voici l’entendourinette (une petite curieuse qui écoute aux portes les secrets des amoureux au risque de se mettre le feu aux oreilles), les bagatelles de la porte (les préliminaires)…

 Finissons par de plus « salés »  comme : passer du B dur au Bémol (perdre de sa vigueur…), folichonner l’as de trèfle, saigner une femme entre les orteils (lui faire l’amour), trinquer du nombril, faire du potage à quatre genoux, faire zon…

 Les expressions sont nombreuses et croustillantes. Une petite dernière encore et pas des plus laides : faire les yeux en coulisses (faire les yeux doux). Joli, non ?

 

31 01 12

Les jolis délires de Jean-Luc !

Fonck Reveillez vous.jpgVoilà un livre qui fait du bien ! Qui vous fait sourire, rire, revenir en arrière pour être sûr que vous avez bien saisi l'allusion, le calembour, le jeu de mot... Et c'est du Jean-Luc Fonck ! C'est dire que plus c'est "vaseux", mieux c'est ! Du plaisir à longueur de phrases, de pages, d'histoires ! Le titre est bien à la mesure du propos : "Rêvéveillez-moi" ! Il s'agit de 25 courts texte qui racontent chacun un rêve. Un rêve où l'auteur se retrouve chien, poisson, fermier ou même Laura Ingalls ! Comme toujours, Jean-Luc, qu'on le veuille ou non, que l'on le ressente ou pas, va plus loin que l'anecdote. Je l'ai comparé, dès que j'eus l'honneur de lire ces premiers écrits en avant-première (c'était à la fois dans la DH et dans "Le jeu des Dictionnaires"), à un Boris Vian belge. Je pensais à l'imagination, au délire, mais aussi à l'aspect plus littéraire et de fond. Alors, laissons-nous aller, quel que soit le degré de lecture, aux jeux de mots. Rencontrons donc, prenons l'exemple du rêve où Jean-Luc est chien, en début de volume : "Shirley Basset, Joe Cocker, Danois Summer, La Bande à Basile ("C'est le chenil qui redémarre..."), Michel Berger... et Desireless, parce que tous les chiens qui veulent sortir désirent laisse !" Pour s'endormir le soir, il y a pas meilleure lecture ! Et puisqu'il faut une âme d'enfant, l'édition propose - en sus - de feuilletter très vite les pages pour voir la photo de Jean-Luc s'animer... Vous vous souvenez de votre enfance ? C'est aussi un grand jeu de références musicales et télévisuelles ! Sacré Jean-Luc ! Encore une fois bravo !

Jacques MERCIER

 

"Rêvéveillez-moi", Jean-Luc Fonck, Luc Pire éditions(Editions Naimette), 2012, 160 pages, www.sttellla.be

Écrit par Jacques Mercier dans Humour, Jacques Mercier, Nouvelles | Commentaires (1) |  Facebook | |