29 11 16

Les complots de Sollers

_sollers complots.jpgDans un avertissement, Philippe Sollers nous parle de la « science du silence ». Les textes de « Complots », parfois des interviews récentes, nous expliquent si bien pourquoi il faut parler, écrire, lire.

On retrouve les personnes qui occupent souvent les écrits de Sollers. Voici quelques phrases picorées au merveilleux hasard de ma lecture.

Dans le chapitre « La vengeance de Machiavel » : J'aime cette réflexion : « Peu d'écrivains, au cours des siècles, ont réussi à transformer leur nom en adjectif indiquant l'enfer, l'effroi, la monstruosité ou l'angoisse. Dante, Machiavel, Sade, Kafka ont droit à cette distinction. »

Dans le chapitre « Bienheureux Casanova » : cette citation du chevalier : « Heureux les amants dont l'esprit peut remplacer les sens lorsqu'ils ont besoin de repos. »

Dans le chapitre « Fitzgerald le magnifique » : Les femmes et les hommes ne vivent pas dans le même temps. Elles se décomposent à l'extérieur, eux à l'intérieur.

Dans « Infiltrer le système », interview parue dans Les Inrockuptibles, en 2013 : « J'aime la poésie. La poésie est l'acte le plus innocent qui soit. Pas la poésie des poèmes, la poésie de la vie, la poésie existentielle, le goût. » Mais aussi : « C'est la littérature qui m'intéresse. Ma conviction profonde, c'est que la littérature pense plus que les philosophes. La poésie aussi. Je m'intéresse aux écrivains pour les aider à devenir ce qu'ils pensent. »

Plus loin, l'auteur nous explique : « Qu'est-ce qu'être un écrivain français ?C'est la langue. Une langue qui est une merveille. Vous n'avez dans aucune autre civilisation des écrivains aussi importants que contradictoires dans leurs opinions ou leur façon de s'exprimer. C'est cela qui est propre à la littérature française.

Philippe Sollers, c'est toujours et toujours un grand bonheur enrichissant de lecture !

Jacques MERCIER

« Complots », Philippe Sollers, Gallimard, 240 pp, 19 euros.

 

 

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28 11 16

Les oubliés du dimanche

_valérie Perrin.jpgSi vous ne l'avez pas lu encore, précipitez-vous et offrez-vous (ou à quelqu'un que vous appréciez) ce roman mélancolique et drôle, d'une écriture, brillante, poétique et qui touche. Valérie Perrin, photographe, offre avec « Les oubliés du dimanche » (titre magnifique, qui définit ces personnes âgées sans visites dans une maison de retraite) son premier roman.

Le livre nous raconte Justine, vingt et un ans, qui se lie d'amitié avec une pensionnaire, Hélène. Un mystérieux « corbeau » sème le trouble dans la maison de retraite et dévoile un terrible secret. Dans une interview, Valérie Perrin raconte : « Un premier roman, c’est comme une première histoire d’amour. C’est très personnel. J’ai abordé des sujets qui me tenaient à cœur. J’ai toujours adoré les vieux. Enfant, je tapais à leurs portes pour qu’ils me racontent des histoires. Je n’ai jamais considéré la vieillesse comme une maladie, au contraire, je l’ai toujours vue comme un trésor. Et puis, à travers Justine, je parle aussi beaucoup de la jeunesse - et surtout, à travers mes personnages, je ne parle que d’amour. Tout cela, en fait, ce n’est qu’un prétexte pour parler d’amour. De livres, de musique et de bistrots. Ah, et d’une mouette, aussi. »

L'auteure pense que chacun de nous est relié à un oiseau. J'adore cette idée ! L'oiseau qui revient jusque dans les baisers : « Mon amour, la première fois que je t'ai embrassée j'ai senti un battement d'ailes contre ma bouche. J'ai d'abord cru qu'un oiseau se débattait sous tes lèvres, que ton baiser ne voulait pas du mien. »

Pour vous donner encore une idée du style magnifique de Valérie Perrin : « Hélène m'a raconté toute sa vie. Tout mais en puzzle. Comme si elle m'avait fait cadeau du plus bel objet de sa maison, mais qu'elle l'avait cassé en mille morceaux avant, sans le faire exprès ».

Remercions enfin Valérie pour le choix de la citation mise en exergue « Être vieux, c'est être jeune depuis plus longtemps que les autres », car elle est de Philippe Geluck !

 

Jacques MERCIER

 

« Les oubliés du dimanche », Valé­rie Per­rin, roman, Albin Michel, 2015, 379 p. – 21.90 € (Bientôt en Poche)

 

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22 11 16

Rivière, recueil de poèmes

_marotta.jpgComment mieux vous donner l'envie de lire les poèmes de Frédéric Marotta qu'en vous en recopiant quelques extraits de son dernier ouvrage « Rivière » (Eveil du soleil).

A coups de marteaux / Se parlent / Les bâtisseurs / Des cités / Repoussant / Dans le vide / Les astres / Qui éclairent / Les déserts arides / Et qui dénouent / Les lourdes cordes / D'un monde prisonnier / Désirant voir / L'éclosion / Des âmes nouvelles / Descendues des comètes / Fendant les ciels amers / Et obsolètes / Déposant / Dans tous les yeux / Les éclats de vérités / Révélées / Depuis les sources absolues de la voie lactée

ou

Et si l'on écrivait / Une page blanche / Avec les doigts / D'une fée née / Du mystère / Et l'écriture / Invisible / D'une encre Transparente / Par le fil d'argent

ou enfin

Nuits d'hiver / Qui traversent voiles / Transparents et sacrés / Gorgées / De mondes extraordinaires / Qui unissent / Et qui lient les êtres / Au-delà / Des échelles humaines / Et mentales qui jugent / Dans l'opacité du discours  

Dans ma préface, j'écris : Il n'est pas anodin que le premier mot soit « silence » et que les deux derniers vers révèlent que : « L'ange déploie/ Délié/ ses ailes dorées ».

« La dimension cosmique et sacrée est omniprésente. Elle est évoquée avec des mots purs, innocents et simples. »

« La poésie nous aide à renaître (un verbe qui revient souvent) et à ne plus se retrouver seul, même s'il faut « traverser les larmes ». »

Jacques MERCIER

« Rivière », Eveil du soleil, poèmes, Frédéric Marotta, Edilivre, 56 pp. www.edilivre.com 10, 50 euros.

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13 11 16

Le silence des poèmes !

 

 

_colmant bruit.jpgNon, la poésie n'est pas réservée qu'aux seuls poètes, qu'à des cercles d'initiés. Elle est à tout le monde et Philippe Colmant de receuil en recueil nous en donne la preuve. Voici une poésie limpide et belle. Le titre « La lumière bruit de silences » joue déjà sur le charme et l'humour des mots.

Sylvie Godefroid note très joliment dans la préface : « Sa mécanique ressemble à celle des affaissements de terrain ou encore à celle des plaques tectoniques quand l'être se cogne à l'âme. »

Je vous propose quelques fleurs prises dans le bouquet du livre :

L'amour te va si bien

En ces jours de terreur.

Dans « Demain » ces beaux alexandrins :

Arrivé en retard, j'ai raté aujourd'hui.

J'attends demain, qui va venir avec la nuit

Glisser des rêves neufs dans mes souliers usés

Et m'offrir un ciel bleu comme pour s'excuser.

Dans « D'yeux » :

J'ai découpé des gares

Dans le carton du ciel

Et j'ai posé des rails

Qui montent jusqu'au rêve.

Et encore ce quatrain extrait de « Sur mon chemin », mais tant d'autres moments méritent de s'y attarder, d'y revenir, de savourer...

Si tu foules ma terre,

Ménage le velours

De ces plumes d'oiseau

Qui caressent tes pas.

Ajoutons que tous ces poèmes sont magnifiquement illustrés par des photos prises par l'auteur ! 

Jacques MERCIER

 

« La lumière bruit de silences », Philippe Colmant, poèmes ; préface de Sylvie Godefroid. Ed Demdel. 106 pp. 16X23 cm. 12 euros. www.demdel-editions.com

 

 

 

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11 11 16

Un moment de grand bonheur !

 

Jean teulé.jpgJean Teulé nous offre vraiment «comme une respiration» dans notre vie quotidienne, dans notre vie intérieure, dans nos lectures, dans notre attitude envers les médias... Ces trente textes (et photos ou dessins parfois) sont trente moments de grand bonheur.

C'est d'autant plus fort que le style efficace et si personnel de l'auteur se déploie avec la même liberté que l'on connaissait dans ses ouvrages précédents. L'imagination (et sans aucun doute beaucoup de sa propre existence) de Jean Teulé s'est mise au service du côté souriant de la vie. Et c'est magnifique !

Dès le premier texte « Cui cui », nous avons le thème général : une maison « qui n'est pas bleue », comme celle de Le Forestier à San Francisco, où il ne pense pas au bruit du monde. Cela se termine par : « Nom de Dieu de nom de Dieu, quelle maison ! Autant dire qu'elle n'est pas à vendre. »

Ce sont des faits divers qui se passent dans le train, dans un terrain vague, à la plage, dans le métro, dans un avion... qui ont comme protagonistes des jeunes, des vieux... nous les humains, quoi ! On y évoque « Petite fleur » de Sidney Bechet, la calligraphie, la messe trop longue, une palombe tombée du nid, un viaduc, la langue des Rolling Stones.

Les sujets concernent le langage, la solitude, la beauté, les apparences, les rapports avec ses proches, la bêtise, la nature, la vieillesse... et la poésie, comme dans le 13e texte intitulé « Voyager avec toi ». La phrase complète est « Voyager avec toi, c'est déjà être arrivé ! »


Croyez-moi, vous ne regretterez pas cette lecture, c'est réellement un grand moment de bonheur ! Est-ce si fréquent en ce bas-monde ? Merci, Jean !



Jacques MERCIER

« Comme une respiration », Jean Teulé, 160 pp, édition Julliard. 13,3X20,7cm. Broché : 20,7 euros, Kindle : 13,3 euros.

 

 

02 11 16

L'électrochoc entre la chanson française et le rock !

 

bigot je t'aime.jpgYves Bigot dans « Je t'aime moi non plus », le premier des deux volumes d'une histoire de la chanson française et du rock, nous propose un livre magistral. Tout y est : l'analyse de plus d'un demi-siècle de musique chez nous, les exemples, les interviews, les références. L'introduction seule mérite d'être lue par tous, mais surtout sans doute par ceux qui aiment et le rock et la chanson ! En voici quelques extraits :

« Ce generation gap, le premier connu de l'histoire de l'humanité, prise de pouvoir de la culture par la jeunesse du monde, forte d'une éducation sans pareille, d'une rare période de paix et de plein-emploi, de croissance euphorique, de mobilité sociale inédite, ne s'exprimera nulle part plus fortement que dans sa musique et va engendrer un schisme et une frustration. »

Bien sûr, tout ce qui concerne l'utilisation de la langue française et les raisons des difficultés à la chanter en rythme y est évoqué !

« Je mesure mieux encore à quel point le français, si riche, si précis, si précieux, si complet si parfait, si exigeant, si sexy dit-on, doit impérieusement être défendu, protégé, revendiqué, mais aussi parfois dé ringardisé. »

ou

« Les fréquences du français sont réduites, concentrées entre 1000 et 2000 hertz (soit le nombre de vibrations par seconde qui confèrent au son sa hauteur, du grave à l'aigu), ce qui noie facilement dans celles des instruments, alors que celles de l'anglais notamment lui permettent de passer plus facilement par-dessus celles des guitares électriques... »

Ou encore

« On ne saurait donc s('étonner de la sacralisation des auteurs-compositeurs-interprètes des années 50/60 qui prolongent la tradition poétique de la lignée Villon-Ronsard-Hugo-Rimbaud à peine retouchée music-hall fantaisiste et jazz par Trenet (puis Bécaud, Salvador et Nougaro)... »

Pour tomber sur cette si belle phrase :

« Le française, une langue qui raisonne plus qu'elle ne résonne. »

 

Je pourrais multiplier à l'infini les extraits, souvent drôles avec ce clin d’œil qui caractérise la personnalité brillante de l'auteur :

 

« Chaque groupe en tournée, tout au long des années 70, 80 et 90, parfois encore aujourd'hui, saura immédiatement qu'il est en France en entendant le public taper dans les mains à contretemps, quand ça n'est pas carrément à côté. »

Comme l'indique le titre, le premier des artistes analysé en détails est Serge Gainsbourg : « Pour les Britanniques, Gainsbourg est un Dylan français (pour sa virtuosité avec les mots), avec la personnalité d'un Miles Davis (pour sa distance cynique, narquoise, et son attitude cool suprême), vieux et déglingué à la Tom Waits. »

Vient ensuite Claude Nougaro :

« Nous n'avons pas toujours été si complices. Que du contraire, comme on dit à Bruxelles... »

Suivent Hugues Aufray, Nino Ferrer, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Dick Rivers, Sylvie Vartan, Salvatore Adamo (On s'aperçoit combien l'auteur a saisi l'essence même de la Belgique, dans ses différences et ses qualités), Arno, Jacques Dutronc, Françoise Hardy, Ronnie Bird, Claude François, Michel Berger (auquel Yves Bigot a déjà consacré un livre), Christophe, Joe Dassin, Mort Shuman, Antoine, etc.

 

Yves Bigot a vécu cette histoire en direct. Sa carrière est complète : radio, presse, télévision, maison de disques.

 

Jacques MERCIER


« Je t'aime moi non plus » (les amours de la chanson française et du rock), Yves Bigot, essai, (volume 1 – de Gainsbourg à Goldman) Ed Don Quichotte 2016, 436 pp, format 22,5X14 cm, Broché : 19,90 euros ; Kindle : 13,99 euros.

 

25 10 16

Lettre en abyme

 

_Dugardin.jpgC'est un des cadeaux de ma fille Sophie pour mon anniversaire ; je le partage avec vous ! Si nous avons une chose en commun, c'est bien le rapport « particulier » avec notre mère. Parfois facile, heureux, parfois moins. Les textes poétiques de « Lettre en abyme » de Marc Dugardin en sont une illustration superbe. Le livre est né de la lecture de «Carta a mi madre » (Lettre à ma mère) de Juan Gelman, poète argentin mort en 2014.

 

Dans la préface, Jacques Ancet note très justement : « Ce qui fait le prix de ce petit livre bouleversant, c'est la simplicité déchirée, déchirante d'une écriture qui tente, à travers douleur et séparation, de renouer un lien rompu, le lien primordial sans lequel vivre est un déchirement infini. »

 

Je vous propose trois courts extraits pour vous donner envie de partager avec l'auteur cette relation mise en mots (et en abyme) :

 

C'est enfantin ce que je vais écrire :

Je vois une joue, la marque des griffes

et les mots me viennent

comme d'un petit fauve

en attente d'être léché

 

Je t'ai écrit

comme si l'on avait inversé les rôles

pour dévider un peu de tendresse

sur l'écheveau de ta propre histoire

 

Parfois nous nous faisons plus légers

avec des chansonnettes où le loup

est tenu à l'écart

avec des syllabes douces

sur nos écartèlements

 

Comme l'écrit Marc Wetzel dans son blog "Traversées" : "Naître, n'est-ce-pas, comme deux convois synchros, avoir sa "correspondance" dans le tunnel premier d'un corps y engageant l'autre ? Quelle plus abyssale concordance de destins qu'une série de contractions ? Et qu'est-ce que la poésie, sinon un langage aux ordres de ses propres contractions ?" 

 

 

Jacques MERCIER

 

« Lettre en abyme », poèmes de Marc Dugardin, Edition Rougerie 2016, 80 pp. 13 euros.

 

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05 10 16

Comment supporter la vie ?

 

_schreiber.jpgSi le titre du livre est « Fragments de lucidité », le sous-titre est plus explicite : « Comment supporter les choses comme elles sont ! ». Ce dernier ouvrage de Jean-Louis Servan-Schreiber est illustré de manière géniale par Xavier Gorce, qui souligne avec humour et talent les propos.

De ce manuel du mieux vivre aujourd'hui, je vous propose quelques extraits, retenus au fil de ma lecture.

Le buzz politique, les compétitions sportives, la vie des pipoles et la météo nourrissent l'essentiel de l'espace médiatique et des bavardages. Le reste du temps de parole est absorbé par les tracas familiaux et les discussions de travail entre collègues.

Même si ce 'est qu'une illusion de plus, l'idée que ma vie ne soit pas insignifiante m'aide à me lever le matin.

Après l'éclipse du religieux et la faillite des idéologies, nous voici désorientés. La modernité nous a fourni tous les conforts, sauf celui de l'esprit.

La vie nous oblige souvent à choisir entre les souffrances ou l'ennui.

Miser sur une notoriété fugitive ou une trace durable serait un péché contre la lucidité, une naïveté de plus.

Désormais, tous les habitants de la planète sont invités à focaliser leur attention sur les mêmes événements : ce soir, sur un crash aérien majeur, demain matin sur un changement de dirigeant en Chine.

 Pour ma part, ma mort idéale, c'est la fin de De Gaulle : il est en train de faire une réussite, il tombe et meurt peu après. Ce type a tout réussi, sa mort comme sa vie.

Bonne lecture. Comme il est agréable de se plonger dans un essai rafraîchissant et intelligent, sans être touffu !

Jacques MERCIER

« Fragments de lucidité » (Comment supporter les choses comme elles sont), Jean-Louis Servan-Schreiber, Essai, Edition Fayard, 2016, 220 pp. 16,50 euros.

 

 

 

 

 

11 09 16

La confiance et la peur

_massin.jpgLe titre de ce superbe essai du docteur Christophe Massin, psychiatre, est Une vie de confiance ; mais le sous-titre est important : Dialogues sur la peur et autres folies.

Il s'agit d'un original dialogue avec un couple qui s'interrogent sur leurs blocages. L'idée est de passer de la peur à la confiance. On assiste donc à une expérience tout au long de ce livre qui a des résonances multiples en nous.

Voici quelques phrases extraites du livre et retirées de leur contexte, mais qui vous donneront le ton du livre.

« La peur animale apparaît en situation de danger réel et présent, avec une intensité adaptée.... La peur psychologique, elle, se déclenche à l'idée d'un danger qu'elle projette, ou alors elle amplifie considérablement la peur animale. »

« Ce qui compte, c'est de reconnaître les tiennes (ses peurs) et à quel registre elles appartiennent. En schématisant, elles touchent trois domaines, toi-même, ta relation avec les autres, ta relation avec la vie. »

« Souviens-toi que la méfiance est contagieuse. »

« Nous confondons souvent la vie et nos congénères, et notre méfiance envers la vie concerne en réalité l'espèce humaine. »

« Tu ne te tortures plus dans l'angoisse du futur, tu sais qu'en te détendant maintenant, tu te rends au mieux disponible pour le moment et pour celui qui va suivre. »

« Tu ne peux surpasser tes capacités intellectuelles ou physiques, mais tu peux être indéfiniment plus confiant, plus aimant ! »

Et cette extraordinaire phrase, qui devrait diriger toute notre vie :

« Prends le risque de te montrer, si tu veux être aimé pour ce que tu es. »

 

Jacques MERCIER

« Une vie de confiance », Dialogues sur la peur et autres folies, Essai, Dr Christophe Massin, Odile Jacob, 2016, 172 pp. 20,90 euros

 

 

17 08 16

Tendresse et nostalgie !

 

couve moun lakou.jpgC'est une merveilleuse remontée dans l'enfance, une description pittoresque et si vraie d'un village en Jamaïque. Mais c'est aussi un trajet pour s'en éloigner et vivre autrement : de la Jamaïque vers la Guadeloupe et vers la Floride. « Moun Lakou » est un roman coloré et passionnant à suivre. Le « lakou » est un logement misérable.

L'auteure, Marie Léticée, est professeur de littérature et de langue à l’université de la Floride Central (UCF) ou elle enseigne depuis 1988. Dr. Léticée a publié des articles dans Callaloo, Labrys Review et dans Secolas Annals. Elle a aussi reçu plusieurs bourses d’initiative et un prix de l’enseignement à UCF. De plus, elle a créé plusieurs nouveaux cours tels que : La poésie noire des Amériques, la littérature francophone, la littérature antillaise, la littérature créole et le français des affaires. Elle écrit sur plusieurs plans : le roman et l'écriture du roman, dans un style qui ne peut que nous accrocher et nous intéresser. On est dans l'humain, avec les odeurs, les décors, les conversations. Mais aussi la profondeur qui s'en dégage : « La vie, ma chère, n'est qu'une suite de maintenant » ou l'humour, comme ce passage sur les fêtes de Noël et les cantiques pour les « blancs » !

Justement, les dialogues et souvent les mots sont dans leur langue originale, parfois en anglais, parfois en créole. Elle raconte ainsi ceux qui avaient séjourné en France : « Ils nous revenaient tous enrobés de français de Fwans, ce qui leur donnait le droit de nous considérer comme des arriérés sans avenir, emprisonnés que nous étions dans les pattes de notre créole grosso modo. Ils me fascinaient. »

Par la magie de son talent, on comprend presque tout : « Dèmen, si pwèta Dié » ne doit pas être traduit.

Le roman de Marie Léticée est truffée de petites merveilles de phrases. Pour décrire la « cour Monbruno », l'endroit où elle vit son enfance, elle écrit : « Une véritable toile d'araignée où maintes vies se perdaient, englouties par les entrailles voraces de la misère. »

Mais je ne peux pas dire mieux que ce texte d'un lecteur : « Ce roman, un délicat voyge dans les souvenirs d'une île d'avant la modernisation. Le goût des plaisirs simples : des jeux en plein air, des plats préparés pour survivre, des relations directes avec autrui et surtout ses voisins. Bref, une régression qui n'érige pas le passé en élément parfait d'une époque ou d'une existence, mais plutôt comme déclencheur de sourires et de questions sur soi-même. »

Jacques MERCIER

« Moun Lakou », roman, Marie Léticée, édition Ibis Rouge www.ibisrouge.fr , 132 pp, 14X22cm, Photo Jean-Paul Leclercq, 15 euros

 

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