18 02 15

Meurtre au pays des Francs…

La francisque de Tournai.jpgMouscronnois formé chez les jésuites à Tournai, Jacques Mercier – que l’on ne présentera pas, tant est grande sa célébrité en Belgique francophone – a fait paraître récemment aux Éditions Luc Pire à Liège son cinquantième ouvrage, un roman policier cette fois, La francique de Tournai, dans une collection où le patrimoine historique et architectural de notre pays est particulièrement mis en évidence.

Voici le résumé qu’il en donne :

« Daniel, Tournaisien d’origine, sillonne l’Europe à la recherche de haches et de francisques pour enrichir sa collection. Il profite de ses nombreux voyages pour développer des activités mystérieuses. Mais, de retour à Tournai, à l’ombre des géants Jean Noté et Christine de Lalaing, machination et vengeance s’entremêleront. De la gare au beffroi, du quai Donat Casterman à la cathédrale, c’est lors d’un week-end de fête que se dénouera l’intrigue… »

On sait l’attention que notre Maître Jacques porte à la qualité de la langue française et le souci de perfection dans les détails qui l’a animé tout au long de sa carrière à la radio, à la télévision et dans la presse.

On ne s’étonnera donc pas de les retrouver dans son texte, qui est avant tout une belle ode à la première capitale franque de Childéric et de Clovis ainsi qu’un chant d’amour de la cité dont la cathédrale fameuse marie cinq splendides tours romanes à un superbe chœur gothique et renferme un trésor somptueux.

Une histoire passionnante dans une riche histoire…

Bernard DELCORD

La francisque de Tournai par Jacques Mercier, Liège, Éditions Luc Pire, collection « Romans de gare – Kill and read », octobre 2014, 130 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 €

12 02 15

Le poète sur son île

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Dans ce recueil, la plupart des poèmes sont composés dans des habits classiques avec pieds et rimes : c'est comme une promenade dans un parc fabuleux et reposant ; loin des gesticulations intellectuelles et d'avant-garde !

Plutôt que d'un parc, je devrais vous parler de la mer, qui est omniprésente dans « L'archet et la flèche » de Philippe Colmant.

La présentation d'Yves Bossut, par ailleurs un artisan du mouvement surréaliste belge, aux côtés de Scutenaire ou de Magritte, évoque en la personne du poète un violoniste : « Le poète effleure le sens des mots, les caresse, les organise : jeux d'assonances pour la modulation des voyelles, allitérations pour la sonorité des consonnes, et la rime, pour le retour du même son, et bien d'autres combinaisons encore. » Et de donner cet excellent conseil, valable pour toute lecture de poésie : « Ne pas se livrer à une lecture trop rapide, de la tête, sans le coeur. Y revenir et découvrir que sa poésie est harmonie et musique pour l'âme » !

D'emblée le premier texte nous emporte. « Qui peut voir ? » commence ainsi :

« Qui peut voir ondoyer les graciles oyats,

Posés tels des cils sur les paupières des dunes... »

 Je vous l'ai dit, la mer, l'océan, les bateaux, l'enfance... et ces jeux autour des mots : « un navire à marées » ou « T'attendre / Envers et contre tout. / T'attendre/ En vers et contre tous. »

 

Ne manquez pas la description magnifique de « La grande marée » !

 J'aime qu'il soit poète d'aujourd'hui avec les problèmes du monde, comme « L'exode ».

 J'aime qu'il soit poète de toujours avec l'évocation de ses frères dans la poésie : Rimbaud, Verlaine, Eluard... dans « Poésieland ».

 Quelques reflets sur les vagues des poèmes ?

 « Je sais bien que la nuit, toutes les chansons grisent. »

 « Au pays des dragons, des sampans et des jonques,

 Où la mer se noircit comme à l'encre de Chine, »

 Et puis le poète isolé au milieu de la mer qu'il crée :

 « Sur mon île,

 Dont je suis l'éternel nomade,

 Les arbres poussent dans mes mots

 Et dansent sous les vents d'ailleurs. »

 Pour l'instant, celui qui m'emmène le plus efficacement hors du temps s'appelle « Les amis décousus », dont voici la première strophe :

 « Te souviens-tu des jours où nous chantions voix nue,

 Où cet air voyageait jusqu'aux ciels d'Amérique,

 Portés par des vents bleus, têtus et chimériques,

 Qui gardaient nos accents et repoussaient la nue ? »

 Ce poète est né à Bruxelles. Il dit vivre aujourd'hui dans « le jardin des mots », ce lieu secret qu'il nous laisse entrevoir un moment !

 

Jacques MERCIER

 

« L'archet et la flèche », Philippe Colmant. Préface de Yves Bossut. Poèmes. 2014. 82 pp. 12 euros. Philippe.colmant@gmail.com

 

 

 

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04 02 15

Dieu et le néant !

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Voici une analyse qui corrobore celle que vient de publier Apolline !

Cela fait quelques années et quelques livres que Jean d'Ormesson explore les pensées de fin de vie, donc celles de la mort et du sens de la vie.

 

Nous avons ainsi de superbes pages, car son écriture devient de plus en plus claire, simple et belle, à propos des questions qui nous taraudent tous : que faisons-nous ici-bas (et d'ailleurs cet « ici-bas » est déjà une prise de position) et cette tranche de temps et d'espace de quelques dizaines d'années est-elle unique, débouche-t-elle sur d'autres vies, ici ou ailleurs, sur une autre forme de notre être ? Dans « Comme un chant d'espérance », Jean d'Ormesson nous parle de Dieu.

 

« Je crois en Dieu parce que le jour se lève tous les matins, parce qu'il y a une histoire et parce que je me fais une idée de Dieu dont je me demande d'où elle pourrait bien venir s'il n'y avait pas de Dieu »

 

Mais pourquoi ?

 

« Une idée comme une autre, et peut-être moins absurde que les autres : Dieu nous a donné la vie pour que nous en profitions. Pour que nous soyons heureux. Pour que nous nous supportions et que nous nous aimions les uns les autres. Et pour que nous chantions les louanges de l'Eternel dans les interstices de la pensée et du mal. »

 

Il nous donne – et c'est peut-être le passage le plus important à retenir du livre – la traduction d'un texte affiché dans une église de Baltimore, ville anglaise du Maryland, au 17e siècle. Ce texte nous donne des règles bases de la vie heureuse, comme ceci : « Jouissez de vos projets aussi bien que de vos accomplissements » !

 

Enfin, pour clore cette lecture qui nous laisse plein « d'espérance » :

 

« Il n'y a pas de vide, parce que, hors de l'espace et du temps, le vide est plein de Dieu. Et le néant n'existe pas parce qu'il se confond avec Dieu. »

 

Jacques MERCIER

« Comme un chant d'espérance », Roman, Jean d'Ormesson, Ed Héloïse d'Ormesson, 128 pp. 16 euros.

 

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22 01 15

Montesquieu d'une grande actualité !

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Qui est Montesquieu ?

Charles-Louis de Secondat (1689 – 1755) fut conseiller au parlement de Bordeaux. Un oncle lui cède nom « de Montesquieu » et ses biens. Il fait partie de la Justice. En 1721 on publie anonymement ses « Lettres persanes » ensuite « De l'esprit des Lois » en 1748 . Il entre à l'Académie française. Il entreprend des voyages et des enquêtes sur le terrain. Il écrit le chapitre « Essai sur le Goût » pour Encyclopédie de Diderot.

 

« Pensées », est un recueil posthume publié en 1899-1900. Il écrit pour mieux comprendre l'humanité et éviter de juger nos semblables dans leur diversité. C'est une invitation à la tolérance et à la solidarité. 

 

Quelques phrases, picorées, dans le chapitre : Plaisirs et bonheur

 

« Le bonheur consiste plus dans une disposition générale de l'esprit et du coeur, qui s'ouvre au bonheur que la nature de l'homme peut prêter que dans la multiplicité de certains moments dans la vie. Il consiste plus dans une certaine capacité de recevoir ces moments heureux. »

 

« Si on ne voulait être qu'heureux, cela serait bientôt fait. Mais on veut être plus heureux que les autres, et cela est presque toujours difficile, parce que nous croyons les autres plus heureux qu'ils ne sont. »

 

« J'ai ouï dire au cardinal Imperiali : « Il n'y a point d'homme que la Fortune ne vienne visiter une fois en sa vie. Mais, lorsqu'elle ne le trouve pas prêt à le recevoir, elle entre par la porte et passe par la fenêtre. »

 

« J'ai toujours vu que, pour réussir parfaitement bien dans le monde, il fallait avoir l'air fou et être sage. »

 

« C'est un malheur qu'il y a trop peu d'intervalle entre le temps où l'on est trop jeune, et le temps où l'on est trop vieux. »

 

Et dans le chapitre : Curiosité

 

« Aimer à lire, c'est faire un échange des heures d'ennui que l'on doit avoir en sa vie, contre des heures délicieuses. »

 

« Il faut avoir beaucoup étudié pour savoir peu. »

 

Enfin dans celui consacré au Vice et à la Vertu :

 

« Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie : il ne faut pas être au-dessus des hommes ; il faut être avec eux. »

 

« Je n'estime pas les hommes parce qu'ils n'ont pas de défauts, mais parce qu'ils se sont corrigés des défauts qu'ils avaient. »

 

Le génie des philosophes est d'être encore et toujours d'une grande actualité pour la compréhension des hommes !

 

Jacques Mercier

 

Plaisirs et bonheur (et autres pensées), Montesquieu. Editions Folio Sagesses Gallimard, 2014. 96 pp. 2 euros

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14 01 15

La sagesse

_sagesse.jpgTang Zhen a vécu (1630-1704) durant la période la plus sombre de l'histoire chinoise, l'effondrement de la dynastie Ming et la venue au pouvoir des Mandchous. Il fut sous-préfet, puis redevint simple particulier et vécut dans la misère. Il consacre 30 ans à seul grand ouvrage  : Le Qianshu, Écrits d'un sage encore inconnu. Toute sa vie est consacrée au perfectionnement moral. Pour Tang Zhen (découvert au 20e siècle) chacun doit suivre son propre itinéraire. Il est proche des philosophes des Lumières.

Cette publication dans la collection Folio, sous le titre "Des moyens de la Sagesse" nous propose quelques phrases indispensables pour trouver, au milieu du brouhaha du monde, une certaine sérénité. Voici quelques extraits... à méditer !

 A soixante ou soixante-dix ans, non seulement richesse et honneurs paraissent comme nuages flottants, mais naissance et mort semblent se suivre comme matin et soir.

Notre esprit suffit à nous éclairer comme le feu d'une lampe éclaire toute une pièce. Il est inutile de chercher en dehors de lui.

Quand un homme perd la maîtrise de lui-même, il devient l'esclave du monde.

Il est plus facile à tout homme de combattre et de vaincre ses ennemis que ses penchants et ses passions, car ses ennemis le tuent tandis que ses passions et ses penchants lui agréent.

Connaître un acte de bonté et ne pas le rendre public revient à le dissimuler.

Jacques MERCIER

 "Des moyens de la sagesse", Tang Zhen, Edition Folio, 2014, 108 pages, 2 euros.

 

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07 01 15

Légendes... vivantes !

_brice legendes.jpg"La vie de chacun de nous est un roman", lit-on sur la couverture de "Légendes" de Brice Depasse... Soit ! Encore faut-il la raconter avec talent et la transmettre. Brice s'y entend comme personne pour nous faire vivre et revivre des "légendes" comme il le fait depuis des années sur Nostalgie !

L'intérêt est multiple : il y mêle avec émotion sa propre vie, et cela permet d'entrer dans le récit comme dans un roman autobiograhique; il y mêle des notes biographiques, des interviews, des photos. Bref, comment ne pas se plonger avec délice dans ce courant de notre propre existence. Car la chanson, la musique sont les bandes sonores de nos existences. Et leur souvenir c'est notre mémoire.

La chronologie nous permet de se resituer, de 1962 à aujourd'hui ! Avec les Stones, les Beatles, mais aussi le Grand Jojo, Jean-Luc Fonck. Avec deux jolis textes en préface et en postface de Joël Habay et de Marc Vossem, de sa radio préfére ! La caricature de la couverture est due à Frédéric Jannin ! Que des amis et des gens de qualité !

C'est un petit chocolat à déguster ! Brice est un maître-chocolatier !

Jacques Mercier

"Légendes" Brice De passe, essai, Edition Eric Lamiroy, 180 pages, 20 euros. www.lamiroy.be

07 01 15

Les âmes blessées

 

 

_cyrulnik ames blessees.jpgBoris Cyrulnik, en gros traits, est un psychiatre et un psychanalyste. Il a vulgarisé le concept de « résilience » ; il s'occupe de la protection de la nature et des animaux, du droit de mourir dans la dignité, etc.

Il détaille son parcours dans ses mémoires, dont le 2° tome « Les âmes blessées » vient de paraître.

On a déjà parlé de « Sauve-toi, la vie t'appelle », tome Un, où il raconte son placement d'enfant juif (père russo-ukrainien et mère polonaise). Son nom signifie « barbier-chirurgien ». Il est placé en pension, puis recueilli à Bordeaux. Il échappe à une rafle et vit dans une ferme jusqu'à la Libération...

Parmi les phrases retenues : « Voilà ce qui se passe quand on pense au passé. Le sel de nos larmes nous transforme en statue et la vie s'arrête »

« Aucune histoire n'est innocente. Raconter, c'est se mettre en danger. Se taire, c'est s'isoler. »

« Une vraie rencontre provoque une influence réciproque. Deux mondes intimes interagissent et chacun modifie l'autre »

Il raconte ici des décennies de psychiatrie, l'éthologie, la folie, la psychothérapie. Un parcours professionnel passionnant et traversé par des personnalités comme Jacques Lacan, Henri Ey et Jean Delay. (Je renvoie au livre) Je veux seulement donner envie de le lire et je picore.

Dans le prologue, Boris Cyrulnik écrit : «Je me suis fait psychiatre pour expliquer le nazisme. »

Quelques extraits de chaque chapitre :

Chapitre 1 : Psychothérapie du diable.

« Un savoir fragmenté aide à faire une carrière, en fabriquant des hyperspécialistes, mais un praticien, lui, doit intégrer les données et non pas les morceler. »

« Les idées qui triomphent dans une culture ne sont pas forcément les meilleures, ce sont celles qui ont été les mieux défendues par un appareil didactique. »

« Tout innovateur est un transgresseur puisqu'il met dans la culture une pensée qui n'y était pas avant lui. Il sera donc admiré par ceux qui aiment les idées nouvelles et détesté par ceux qui se plaisent à réciter les idées admises. »

« Dans notre contexte scientifique du XXIe siècle, la notion d'instinct est devenue un non-sens, au même titre que l'opposition entre inné et acquis. Et même la notion de pulsion freudienne finit par ne pas dire grand-chose, tant elle est floue. »

Chapitre 2 : Folie, terre d'asile.

« Parmi les publications de cette époque, deux idées ont marqué ma manière de découvrir la psychiatrie : le cerveau connaît la grammaire et un cerveau lésé n'est pas foutu. »

« C'est par fidélité à soi-même qu'il convient de s'opposer à la théorie qu'on défendait hier. »

« Quand une théorie évolue vers la dictature alors qu'elle parlait de liberté, ceux qui continuent à la suivre révèlent leur soumission et leur perte de jugement. »

« Les guerres sont des révolutions culturelles, puisque, après chaque destruction, il faut reconstruire et penser une autre manière de vivre ensemble. »

 « La psychiatrie n'est jamais loin de la poésie. »

« La pensée paresseuse aime les étiquettes. »

Chapitre 3 : Une histoire n'est pas un destin.

« La pensée fixiste est avantageuse parce qu'elle donne des certitudes et des clartés aveuglantes. C'est confortable de voir un monde immobile, mais c'est tellement abusif ! »

« Un clinicien est contraint à la pluridisciplinarité. Un malade s'assoit près de lui, avec son cerveau, son psychisme, son histoire, sa famille, sa religion et sa culture. »

Épilogue

« Je ne suis qu'un témoin qui, croyant raconter le réel, n'a fait que peindre les objets auxquels il a été sensible. »

« Tout récit, qu'il soit scientifique ou littéraire, est une falsification du réel. »

« J'ai toujours été réticent aux théories qui mènent au pouvoir. »

« Une partie importante de mon monde intime s'est construit autour de la représentation des camps d’extermination. »

« A cause de la guerre, j'ai été atteint très jeune par la rage de comprendre. »

J'ajouterai ceci, qui colle bien au sentiment que j'ai après la lecture du livre : Certains livres sont de vraies rencontres.

« Quand on sort d'un livre en éprouvant le sentiment d'avoir vécu un événement, c'est que nous l'attendions, ce livre, nous espérions le rencontrer. (C'est arrivé à Boris Cyrulnik avec « J'ai mal à ma mère » de Michel Lemay - 1979) »

 

Jacques Mercier

 

« Les âmes blessées », essai, Boris Cyrulnik. Edition Odile Jacob, 2014. 232 pages. 22,90 euros.

 



 

 

 

19 03 14

Un récit émouvant !

_salmi ,pocket (2).jpgComme Nadia Salmi est honorée par une version en "Pocket" de son récit : "Des étoiles sombres dans le ciel", je vous redonne ci-dessous la critique faite ici au moment de la sortie de la première édition.

C'est le premier livre de Nadia Salmi et il est magnifique ! C'est un roman, car on romance toujours un peu, les souvenirs se déforment, on ne se souvient pas de tout, mais c'est avant tout un récit poignant et qui nous bouscule avec un talent rare. La mission de Nadia Salmi, qui se découvre parmi les 400.000 Français, petite-fille d'un soldat allemand, est de crier son amour, sa compréhension à sa mère ! Après avoir lu en avant-première le manuscrit, je ne peux que vous retranscrire des extraits de la lettre que j'ai envoyée à Nadia Salmi, croisée au hasard d'une interview (elle travaille pour le moment à la RTBF).

Comme te traduire l'émotion que je ressens à la fin de la lecture de "Des étoiles sombres dans le ciel" ? Je suis touché, troublé, ému. C'est magnifiquement rendu. L'histoire multiple, compliquée, terrible est là, sous nos yeux, et avance peu à peu, au rythme des découvertes, des pleurs, mais avec une volonté, une force qui sont si belles. Tu as les mots justes et forts. Des trouvailles tout au long du récit : "Au moment où le stupide petit oiseau est sorti", par exemple. Ou encore le sommeil que Thérèse ne trouve pas avec "un mouton, deux brebis, trois agneaux..."; le jeu des 7 erreurs dans la lettre, la berceuse en ch'ti, ou "chaque jour que Satan fait", ou à la fin les défauts d'Hitler étalés sur la feuille... Et cette originalité page 132 des courts extraits d'avant.
J'aime cette reconstruction, ces lettres, ces photos décrites; avec la documentation, la recherche. Les réflexions qui accompagnent : "Il faudrait pouvoir parler librement, écouter les témoignages des survivants avant qu'ils ne meurent", que nous pouvons appliquer à toutes les situations, même moins tragiques.
Quelques détails encore : la journée érotique et sensuelle sans mots crus. Quelle description !
La tribu, les réponses au questionnaire de Proust.
Le rejet de Noël, l'attirance vers les personnages orphelins.
Le courriel arrivé en Mauritanie.
Bref, tu as compris que je trouvais ton livre remarquable et digne cent fois d'être édité et partagé avec un grand public.
 
Nadia Salmi est une nouvelle écrivaine, n'en doutons pas ! Je ne peux que vous engager à partager sa création. Vous ne verrez plus le monde, l'humanité, de la même façon. Et c'est ça la qualité d'un livre : sa lecture nous change !
 
Jacques MERCIER
 
Des étoiles sombres dans le ciel, récit, Nadia Salmi, Editions Pocket. 250 pages 8 euros.

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18 03 14

La femme et ses mystères !

LONA-50MYSTERES-C1(1000) (1).jpgEn lisant "Les 50 mystères de la femme" de Murielle Lona, j'ai pris ces notes. Je vous les livre.
 
J’adore les mots “j’ai une âme en voyage”, telle est notre évolution, tel est notre sort.
J’ai un faible, je suis l’ordre de lecture, pour “désirs virtuels” avec ces mots “Entendre cette femme en espérance” ! Sublime...
 
Les larmes des femmes qui coulent dans la mer !
Ta couverture de caresses !
Nue, là, patiemment, je t’attends !
Être celle qui vit ses rêves !
 
Un des plus beaux est pour moi “La motivation” avec ce vers parfait : “Mon prénom que tu murmures” ! Je ne l’avais jamais entendu exprimer de cette façon. Si juste !
 
La prison d’une passion passée !
La scène de l’amour, et les rideaux !
 
J’aime aussi énormément “J’ai faim, j’ai soif”, tout ce que l'on n'ose pas dire et cette conclusion si romantique “Je vis avec, comme amie, la tristesse”
 
Oser être aimée !
Partir à la recherche de mon âme !
 
Dans le poème “Si j’étais”, le dialogue est sublime.
 
Une caresse d’amour redonne vie !
 
J'apprécie aussi "Effervescence" où les regards sont déplacés et les fantasmes réels !
 
Celui qui te chuchotait !
 
“N’être” est court et d’une efficace beauté. “Juste envie” aussi, et le rendez-vous donné dans un coin perdu du paradis ! 
“Plus de” est dans mes préférés : La magie du destin, naissant des regards, le futur rendez-vous ? Peut-être le meilleur ?
 
J’adore aussi “Tabous” et le sublime “surprends-moi !” 
 
Bref, on parcourt tout le livre avec gourmandise et bonheur !
 
Jacques MERCIER
 
"Les 50 mystères de la femme", Murielle Lona, poèmes, édition Avant-Propos, 120 x 210 mm - 64 pages - 9,95 €

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11 03 14

Je n'ai plus peur !

 

_guillebaud (2).jpgComme j'aime ce titre « Je n'ai plus peur » ! Le journaliste, baroudeur, essayiste, philosophe explique le cheminement qu'il a suivi pour comprendre ce que nous sommes. C'est son dernier récit avec en exergue un extrait d'un poème écrit par Friedrich Hörderlin (dont nous parle si souvent Philippe Sollers) pour l'anniversaire de sa grand-mère : « Que l’homme tienne ce que l'enfant a promis ».

 

 

 

Justement à propos de l'enfance, Jean-Claude Guillebaud écrit : « L'esprit d'enfance est un antidote au cynisme, à la fatigue, à la tristesse » !

 

Et de dénoncer les stratégies marchandes qui prennent scientifiquement les enfants pour cibles (Il évoque, une « pédophilie publicitaire » !) - comment ne pas y penser en voyant nos plus jeunes enfants et petits-enfants jouer sur leurs tablettes ou sur leur ordi ! - : « L'objectif est clair : transformer dès l'enfance le futur citoyen en individu consommateur aux mains nues, délié de toute médiation et confronté, sans échappatoire possible, aux manipulations du marché ».

 

 

 

Mais il parle aussi des artistes, de nos métiers qui s'exercent toujours dans une inquiétude existentielle : « Rédiger des articles, tout comme écrire des chansons ou produire des films signifie que l'on remet éternellement son savoir-faire (son talent?) sur la balance. »

 

 

 

Jean-Claude Guillebaud analyse la hantise de la conformité aux autres : les objets, les modes, la performance... « Il n'est plus un seul secteur de l'activité humaine qui ne soit rabattu aujourd'hui – et abusivement – sur la seule logique de la performance, c'est-à-dire du succès ou de l'échec ! » Rien de nouveau ? Il commente : « Au 19° siècle déjà, les scores de vente dont s'enorgueillissait Émile Zola faisaient pâlir d'envie ses confrères de l'époque. Ce qui est nouveau, en revanche, c'est l'immédiateté avec laquelle on peut collationner ces données pour s'y conformer précipitamment ». Comme c'est bien observé !

 

 

 

A la fin de cette analyse passionnante, il parle de l'âge et de la fin de vie. Cela me concerne. Deux choses que je retiens à ce propos. « Si la vraie sagesse, c'est de rester vivant jusqu'à la fin, il n'y a pas trente-six solutions. La seule méthode pour traverser cette blessure-là se résume en trois mots : habiter son âge. »

 

Et « Un luxe nous est offert : le souverain détachement »...

Jacques MERCIER

"Je n'ai plus peur", Jean-Claude Guillebaud, récit, Edition L'iconoclaste, 250 pp. 14 euros.

 

 

 

 

 

 

 

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