10 07 12

Un superbe "beau-livre" poétique !

matieres grises.jpgTout est beau et poétique dans ce "beau-livre" !Jusqu'à l'idée même de réunir un père et son fils. "Matières grises" ce sont deux cents pages de photographies de la Mer du Nord, des poèmes courts qui correspondent si bien ! Le poète est Michel Joiret, qui avoue devoir beaucoup à la "mère-mer" : "Si les Hommes du Nord se taisent plus souvent que leurs voisins du Sud, c'est peut-être que la mer leur a coupé la parole et que les mots du quotidien pèsent plus lourdement leur poids de sel", écrit-il dans une des préfaces. Les photos ont été faites (comme un artiste) par le fils de Michel, Thomas Joiret et par Romain Mallet. Werner Lambersy, dans un autre texte d'introduction explique : "... il est temps de dire combien Michel et Thomas Joiret ont, dans cette (ré) partition à deux entre poèmes et photos, entre échos croisés du dedans et du dehors l'un vers l'autre, pris le risque et gagné le pari de faire entendre, voir et découvrir ce que chacun croyait connaître et savoir de soi, et des paysages en soi, souvent si familiers, que d'habitude notre confort et la peur de le perdre nous les font parcourir aveugles, sourds et muets".Dès les premières pages, la magie opère. Les mots et les paysages se répondent. Nous sommes en effet plongés dans des profondeurs insoupçonnées. Des textes concis, gorgés d'émotion et de réflexion, de sensibilité et de sens. Les plus courts ne sont pas les moins "évidents" : "Lacéré de mer comme / Fouetté / De mon eau de naissance." Mais comme est forte aussi cette image qui nous ressemble tous à un moment de notre propre vie, et c'est là le miracle de l'oeuvre poétique : "Sur la table grasse du sable un enfant triste assemble / Les pièces du ciel et celles de la mer // L'ouvrage sans cesse recommencé finit par effacer les figures // Les toutes dernières diluent la table grasse et l'enfant triste / N'a rien pu retenir." Ajoutons que c'est le premier livre de la maison d'édition Opium.

Jacques MERCIER

"Matières grises" Textes de Michel Joiret et photographies de Thomas Joiret et Romain Mallet. Préface de Werner Lambersy. Opium éditions. Beau-Livre cartonné. 53cm/53cm. 200 pp. 34,90 euros. www.opium-editions.com

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08 07 12

L'amour, toujours l'amour !

comte.jpgLe titre s'inspire de La Rochefoucauld : « Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. ». André Comte-Sponville a donné ce titre « Le sexe ni la mort » à ce recueil de trois essais qui portent sur l'amour et la sexualité. Deux conférences, relues et corrigées et un essai publié en 2005 dans un ouvrage collectif. Pour la première partie, « L'amour », c'est en quelque sorte une prolongation du dernier chapitre du « Traité des grandes vertus ». Il n'est pas étonnant d'y trouver cette citation de Nietzsche : « Ce qui est fait par amour s'accomplit toujours par-delà le bien et le mal. » J'aime cette idée : « On comprend pourquoi » écrit Comte-Sponville « toutes les vertus morales ressemblent en quelque chose à l'amour : parce qu'elles l'imitent, en son absence, parce qu'elles en viennent (par l'éducation) ou y tendent (par imitation, fidélité ou gratitude. » Ensuite l'auteur détaille les formes d'amour : « Eros ou l'amour passion », « Philia ou la joie d'aimer », cette phase délicate qui fait durer la passion en autre chose : « Se réjouir de l'existence de l'autre, de sa présence, prendre plaisir à partager sa vie et son lit, ce n'est pas moins d'amour, c'est plus d'amour. » Et de définir un couple heureux comme celui où chacun des deux connaît très bien l'autre et l'aime quand même ! L'amour vrai est celui qui aime la vérité de l'autre. Enfin il y a « Agapè ou l'amour sans rivage », soit la charité. Dans la conclusion de cette première partie, je note : « La grâce d'être aimé précède la grâce d'aimer, et la rend possible ». La seconde partie s'intitule « Le sexe ni la mort » (Philosophie de la sexualité) et définit, par exemple, en quoi l'érotisme est culturel. Si l'âme et le corps ne sont qu'une même chose, il est vrai que l'âme ne cesse de s'étonner, d'être gênée, de la sexualité du corps. Il n'y a pas que la religion qui nous a souvent inculqué cette honte du corps. Il est troublant de retrouver en l'homme l'animal qu'il n'a jamais cessé d'être ! Quant à l'érotisme, Comte-Sponville explique que seuls les humains s'interrogent sur les problèmes que mortalité et sexualité leur imposent. De là, les religions et la morale, la métaphysique et l'érotisme. « L'homme est un animal transgressif : le seul qui jouisse de son animalité en s'en distanciant, voire, raffinement suprême, en se le reprochant ! » La dernière partie de ce passionnant essai s'intitule « Entre passion et vertu » (Sur l'amitié et le couple). On y parle encore d'amour, de désir et de durée. « Le dur désir de durer », disait Paul Eluard.

Jacques MERCIER

 

« Le sexe ni la mort », par André Comte-Sponville. Edition Albin Michel. 410 pp. 21, 50 euros.

23 05 12

Il faut tout réinventer !

Serres poucette.jpgMichel Serres expose, une fois de plus, l'état des lieux de notre civilisation avec lucidité, avec générosité et aussi avec poésie. Jusque dans le titre : "Petite Poucette" faisant allusion au conte mais aussi aux pouces utilisés avec tant de virtuosité par les jeunes utilisateurs des iPhones et autres liseuses ! "Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare des années 1970." C'est la troisième grand révolution de la société occidentale que nous vivons en ce moment : après le passage de l'oral à l'écrit, celui de l'écrit à l'imprimerie, nous en sommes à celui de l'imprimerie à l'immatériel. Une nouvelle époque où tous nous avons voix au chapitre ! Michel Serres reprend point par point ce qui bouleverse la société actuelle : Par exemple, la connaissance "Pour le temps d'écoute et de vision, la séduction et l'importance, les médias se sont saisis depuis longtemps de la fonction d'enseignement."... avec une description des lieux qu'il connaît bien, comme professeur à Stanford University : "Les étudiants bavardent, dans un brouhaha, parce que tout le monde a déjà le savoir annoncé. En entier. A disposition. Accessible par Web, Wikipédia, portable, par n'importe quel portail. Expliqué, documenté, illustré, sans plus d'erreurs que dans les meilleures encyclopédies. Nul n'a plus besoin des porte-voix d'antan, sauf si l'un, original et rare, invente" et d'expliquer que tout le savoir est à portée de chacun. "Le seul acte intellectuel authentique, c'est l'invention. Préférons donc le labyrinthe des puces électroniques"! Retenons encore deux choses, pour nous qui sommes abreuvés d'informations et qui sur-consommons de la politique : "Concentrée dans les médias, l'offre politique meurt; bien qu'elle ne sache ni ne puisse encore s'exprimer, la demande politique, énorme, se lève et presse. La voix vote en permanence." Et enfin cette superbe image : "Les grandes institutions, dont le volume occupe encore tout le décor et le rideau de ce que nous appelons encore notre société, alors qu'elle se réduit à une scène qui perd tous les jours quelque plausible densité, en ne prenant même plus la peine de renouveler le spectacle et en écrasant de médiocrité un peuple finaud, ces grandes institutions, j'aime le redire, ressemblent aux étoiles dont nous recevons la lumière, mais dont l'astrophysique calcule qu'elles moururent voici longtemps." Quel magnifique destin que celui de ce philosophe, un Michel Serres qui parvient à mettre en mots, en phrases compréhensibles ce malaise que nous ressentons tous face à l'accélération des moyens de communication, de la mondialisation, de la perte des repères ! Merci.

Jacques MERCIER

"Petite Poucette" par Michel Serres, Edition le Pommier, 2012. 84 pp. 9,50 euros.

19 05 12

Feu vert à Jacques Careuil

Careuil bio.jpgC'est une biographie remarquable - et on le doit aussi au talent et à la plume de Claude Rappé ! - que celle de Jacques Careuil, qui enchanta des générations d'enfants (dont Frédéric Jannin ou Franco Dragone cités) dans son émission télé "Feu vert", en duo avec André Rémy. Parce que tout y est (sans la lourdeur ni la longueur habituellement dévolues au genre) : l'émotion, les informations, les détails de cette vie partagée en sept ! L'amour, son homosexualité, y est évoquée sans détours; le métier et ses aléas (il a cette liberté de pointer du doigt ceux qui l'ont trahi); mais aussi ses souvenirs - et il est temps de garder tout cela en mémoire avant que le bonheur ne s'évapore dans les brumes du temps. Le théâtre, les premières émissions de télévision en noir et blanc, la voix de Tintin et les rencontres avec Hergé... Existent, vous le découvrirez, des passages en italiques qui sont d'une grande émotion personnelle et le partage avec l'autre auteur même : une belle façon de rendre cette autobiographie émouvante. Je dois à Jacques Careuil mes premières émissions radio, dont "Entrée Libre" et ses conseils, son amitié me restent précieux et m'ont aidé de façon évidente dans mon propre parcours ; je lui dois aussi le partenariat avec Stéphane Steeman dans "Dimanche Musique" (il ne voulait pas assumer ce duo en même temps que le lancement de "Feu vert" en télé - et me proposa à la direction qui ne songeait bien sûr pas à moi, assistant jeune et débutant). Dans la préface, Jacqueline Bir dit, avec raison, qu'il est le précurseur des animateurs d'aujourd'hui et que c'est la raison de sa présence dans notre mémoire. Je pense aussi que c'est quelqu'un qui a pu gérer sa vie : sentimentale, personnelle, publique. J'aime aussi cette réflexion juste et belle : "qu'il a rendu au public tout l'amour reçu de sa mère !"

Jacques MERCIER

 

Feu vert à Jacques Careuil - avec Claude Rappé. Edition Jourdan. 240 pp. Deux cahiers de photos. 15,90 euros.

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22 04 12

Un Monde à la Page !

10003243SriLnka©R.Dominique_unesco_01.jpgCe lundi 23 avril, sous l’égide de l’UNESCO, il sera temps de fête la Journée Mondiale du Livre et du droit d’auteur. 24 heures entièrement consacrée à la célébration de notre objet fétiche à travers la planète entière ! On sait à quel point la lecture, l’écriture et l’éducation sont des clés essentielles pour assurer le développement social des jeunes... et des moins jeunes. L’UNESCO a donc décidé de fêter le livre, à travers le monde, depuis 1995. Vous pourrez trouver tous les détails de cette grande journée ICI, mais en attendant, l’équipe de Lire est Un Plaisir vous propose un véritable tour du monde littéraire avec un coup de projecteur sur leurs auteurs... venus d’ailleurs !

Entre un avion, un bateau et deux lectures de bio rock’n’roll, Brice Depasse nous confie : « Mes auteurs étrangers favoris : Philip Roth (Un homme, J’ai épousé un communiste), Umberto Eco (Le nom de la rose), Paul Auster (Brooklyn follies), Russell Banks (Trailer park, La réserve).Je sais, ce n’est pas original. ». Gwendoline Fusillier, qui passe une partie de ses journées à rattraper nos boulettes de mise en ligne prend tout de même le temps de lire « international ». La preuve : « Le premier qui me vient à l'esprit est sans doute: « Jamais sans ma Fille » de Betty Mahmoody, publié en 1987. Sinon dans un style plus léger j'aime beaucoup: Anna Sam: « Les tribulations d'une caissière » et « Conseil d'une amie à la clientèle » ou encore Sophie Kinsella avec sa série « Accro du shopping » et enfin Katarina Mazetti: « Le mec de la tombe d'à côté » et « Le caveau de la famille ». Quant à Jacques Mercier, lui qui a si bien incarné les quatre coins de notre Belgique dans Forts en Tête, il n’hésite pas à voyager entre les lignes : « J’adore Lawrence Durrell, surtout dans le "Quatuor d'Alexandrie", une tétralogie qui comporte : "Justine", "Mountolive", "Balthazar" et "Cléa". Il s'agit de la ville d'Alexandrie et de la même histoire vue par les protagonistes. J'ai peu rencontré d'atmosphère aussi fortes : peut-être chez F. S. Fitzgerald ? C'est dans "Justine" que l'auteur écrit : "Une ville devient un univers lorsqu'on aime un seul de ses habitants »... ». Quand à votre serviteur, c’est à travers les romans de Stephen King que, tout jeune, il a baigné dans la culture américaine... Avant de se forger un amour immodéré pour les thrillers au feu des brûlots incendiés par James Elroy, Ernest Hemingway ou encore Graham Masterton... Sans parler de Dona Leone et son oeuvre vénitienne !

Le monde entier célèbre le livre, durant toute une journée... Pour les 364 autres ? Lire est un Plaisir s’en charge !  

Chris Corthouts

16 04 12

21 morceaux de nostalgie !

Ysaye making of 2.jpgEt voici le "Making of" 2, soit 21 albums de légende, présentés par Marc Ysaye. Un livre à regarder, à écouter aussi. Grâce au batteur de Machiavel (Ah, quand on parle de légende ! 15 albums depuis 1976 !), animateur puis légitimement directeur de Classis 21 sur les ondes de la RTBF, on relit l'histoire de 21 albums rock exceptionnels. Comme le dit Jean-Paul Philippot (le boss de la RTBF) dans la préface : "Ce sont finalement des parcelles de notre vie qui se trouvent ici rappelées, évoquées, ressuscitées. Et la musique emporte avec elle des passions, des frissons, des images, des instants dont nous aimons nous souvenir un peu ou parler parfois." Ca commence (mais y-a-t-il un ordre à faire dans nos coups de coeur ?) par "Back in Black" de AC/DC et ça se termine avec "The River" de Bruce Springsteen (je parlais de "boss" !). Entretemps, cette promenade instructive et gourmande passe par Bowie, Clapton, les Beatles, les Who, les Eagles ou U2 ! Rappelons que c'est en 2005 que Marc Ysaye crée avec Laurent Rieppi cette émission "Makinf of" une des émissions les plus podcastées des radios de la RTBF... (à une époque pas si lointaine, il y avaient aussi "La semaine infernale" et "Le Jeu des Dictionnaires" ;) ). Bonne lecture ET bonne écoute. C'est l'occasion de raviver les couleurs de nos souvenirs !

Jacques MERCIER

 

"Making of 2" 21 albums de légende, par Marc Ysaye, Editions RTBF/Racine, Couverture brochée, 136 pages, 14,95 euros.

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01 04 12

La Fiction rattrape la réalité !

bruit_avril.jpg


La date de publication de cette note a évidemment toute son importance... Il s'agit bien entendu d'un poisson...

Ce que dit le quatrième de couverture : Dans les locaux de Souvenirs, une des radios les plus écoutées de la Communauté française, le corps de B. Depace est retrouvé, sans vie, un lecteur MP3 au fond de la gorge. A-t-il voulu absorber l’album de trop ? La porte du bureau fermée de l’intérieur et le dernier message envoyé depuis son smartphone semble le confirmer. Mais la jeune inspectrice Gwenaëlle Fussili, fraîche émoulue de l’école de police d’Evere découvre rapidement qu’une brochette d’étranges personnages évoluait autour du spécialiste de la musique. Et que dire de son passé de producteur d'artistes ? Et de trapéziste sado-masochiste… Le mystère s’épaissit lors qu’un ancien présentateur de télévision contacte Gwenaëlle, prêt à lui faire des révélations fracassantes.

 

Cela devait arriver. A force d’occuper le devant de la scène musicale et littéraire de notre petite Communauté Wallonie Bruxelles, Brice Depasse (à peine déguisé dans cet ouvrage) devient le héros, mort, de son propre roman policier. Roman à clé, énigme complexe trempée dans un bon bain de couleurs locales, Passe un rock, ça fera du bruit ! voyage entre Bruxelles, Liège, Namur et Binche dans un festival de situations burlesques que ne renierait pas les Monty Python. L’auteur assure que tout est vrai dans ce roman, sauf ce qui ne l’est pas, bien entendu. On rit d’ailleurs de voir avec quel précision il dépeint le monde impitoyable des médias francophones belges, petite cour de récréation où les égos se télescopent pour des broutilles et où le pire des châtiments est de ne pas recevoir son badge V.I.P pour parader dans les allées de la Foire du Livre au soir de son inauguration officielle. Personne ne sort vraiment indemne de ce jeu de massacre… Et c’est peut-être là une des faiblesses de ce roman à la nitroglycérine : personne ne mérite d’être sauvé si l’on en croit l’auteur et en ces temps de cynisme galopant, un petit rayon de soleil, une jeune stagiaire pleine d’espoir ou même un chien de berger au poil brillant, était-ce trop demander ?

Passe un rock, ça fera du bruit !, de Christophe Collins. Editions des Ichtyologues Réunis. 224p.

 

18 03 12

Mystérieuse "Claire de lune" !

Claire de lune.jpgComment ne pas être heureux de l'arrivée d'une nouvelle écrivaine dans cette façon d'écrire qui est tellement proche de nous, de notre patrimoine : l'imaginaire ! Valérie Narval aurait eu sa place dans la défunte et regrettée collection "les Maîtres de l'Imaginaire" aux côtés de Dartevelle, Owen, Muno ou Ray ! Nous sommes un pays d'écrivains marginaux aussi, dans la BD, dans la poésie, dans le fantastique (N'est-ce pas, Christophe Corthouts ?)... Quel plaisir de suivre l'histoire de Clara et d'Alex, une histoire d'aujourd'hui, où l'on "chatte" aussi ! "L'amour s'insinue, fait mal, d'un mal dont Alex ne peut bientôt plus de passer !". Ce roman fantastique est aussi tourné vers la jeunesse, car ce texte les concerne. Et l'auteur, dans la vie comme dans son livre, est une excellente communicatrice. J'aime quand soudain on avance en zone brumeuse : "... J'ai reçu ce pendentif de ma mère, il n'y pas si longtemps que ça. Il est dans la famille depuis plusieurs générations. Même s'il n'est pas très beau, il revêt à mes yeux, une grande valeur sentimentale. Il paraît que son apparence varie en fonction de celui ou de celle qui le porte..." J'adore ces phrases-là qui ouvre soudain l'imaginaire, tous les possibles... Les mots, les situations jouent de l'imagination et chez nous, habitués durant longtemps à rêver ce que nous n'avons pas, c'est comme si nous retrouvions de très anciennes racines encore plantées dans notre cerveau ! Bienvenue Valérie Narval !

Jacques MERCIER

"Claire de lune", roman, par Valérie Narval, éditions Dricot. 2012, 382 pages, couverture malikartgraphik, 23 euros.

02 02 12

Une éclaircie qui nous illumine !

Sollers l'éclaircie.jpgDepuis deux ou trois ans, j'ai lu une trentaine d'ouvrages de Philippe Sollers à la suite l'un de l'autre, tant j'ai été subjugué (l'entrée, sur les conseils de Brice et Nicky Depasse, fut "Femmes") ! Inutile de dire que j'attends les sorties avec une impatience d'enfant avant son cadeau d'anniversaire ! (Je suis dans le même état qu'au cours des "Années d'Or", lorsque, programmateur et animateur, je recevais les albums nouveaux des Beatles !) Mes excuses aux libraires qui font bien leur métier, mais j'avais même demandé en pré-commande sur le Net le nouveau roman ! Et je l'ai reçu en avant-première ! Je commence donc la lecture (vous imaginez lorsque vous "savez" que vous n'allez pas être déçu) : "C'est immédiat : je ne peux pas voir un cèdre, dans un jardin ou débordant d'un mur sur la rue, sans penser qu'une grande bénédiction émane de lui et s'étend sur le monde" Voilà, c'est la première phrase du roman "L'éclaircie" ! Vous y êtes, vous nagez dans l'océan d'un autre univers, les mots résonnent en vous en de longs frémissements, remuent des souvenirs, font remonter des images, des sensations, des idées... Le miracle du talent incontestable de Philippe Sollers ! Je ne veux rien vous révéler de trop (j'en arrive à détester ces émissions où l'on raconte le film ou la trame de la pièce de théâtre ou l'histoire du roman !), seulement dire qu'il est question d'Edouard Manet et du "Déjeuner sur l'herbe" (La coïncidence magique est que c'est aussi le nom de mon dernier éditeur de poèmes), de Haydn, de Picasso, de Anne - sa soeur Anne, justement ! - , de glycine, et bien sûr de Nietzsche et de Rimbaud... Quelques phrases, presque au hasard : "Ne parlons même pas de "l'art contemporain", cette plaie de laideur grouillante adaptée à la publicité permanente." Et l'humour aussi, Sollers nous rappelle que la mère de Karl Marx disait : "Au lieu d'écrire Le Capital, il ferait mieux de s'en constituer un" ! Il est question du présent de l'art. Il est question de vieillir, ce qui nous intéressera de plus en plus : "Outre un trop-plein de mémoire, vieillir consiste à se raconter ses gestes avant de les faire, et à ne plus rien attendre de l'extérieur. Mais c'est aussi une nouvelle jeunesse où un artiste peut tout accomplir "comme pour la première fois". Et toujours ses mots et leurs poids "Les hommes pérorent, les femmes sentent, même si elles n'en sont pas conscientes". Enfin il m'absout, moi et mes semblables : "Heureux les peintres et les écrivains qui ont séché la morose école et la barbante université, pour enrichir leurs connaissances dans le boudoir des pensées !" Et si vous voulez vraiment connaître le sens du joli titre de ce dernier livre de Sollers, voici cet extrait encore : "On s'étonne, on s'exclame, on s'indigne ? Trop tard, et pour longtemps. On peut aussi décider, un siècle après, d'"éradiquer" ces phénomènes. Après avoir été religieux, totalitaires, fonctionnaires, publicitaires, les nouveaux imposteurs sont devenus purement techniques. Achetez, communiquez, consommez, communiquez. Allez-y, allez-y, vous n'empêcherez pas l'éclaircie."

Jacques MERCIER

 

"L'Eclaircie", par Philippe Sollers, roman, Editions Gallimard, déc 2011, 240pp, 17,90 euros.

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31 01 12

Les jolis délires de Jean-Luc !

Fonck Reveillez vous.jpgVoilà un livre qui fait du bien ! Qui vous fait sourire, rire, revenir en arrière pour être sûr que vous avez bien saisi l'allusion, le calembour, le jeu de mot... Et c'est du Jean-Luc Fonck ! C'est dire que plus c'est "vaseux", mieux c'est ! Du plaisir à longueur de phrases, de pages, d'histoires ! Le titre est bien à la mesure du propos : "Rêvéveillez-moi" ! Il s'agit de 25 courts texte qui racontent chacun un rêve. Un rêve où l'auteur se retrouve chien, poisson, fermier ou même Laura Ingalls ! Comme toujours, Jean-Luc, qu'on le veuille ou non, que l'on le ressente ou pas, va plus loin que l'anecdote. Je l'ai comparé, dès que j'eus l'honneur de lire ces premiers écrits en avant-première (c'était à la fois dans la DH et dans "Le jeu des Dictionnaires"), à un Boris Vian belge. Je pensais à l'imagination, au délire, mais aussi à l'aspect plus littéraire et de fond. Alors, laissons-nous aller, quel que soit le degré de lecture, aux jeux de mots. Rencontrons donc, prenons l'exemple du rêve où Jean-Luc est chien, en début de volume : "Shirley Basset, Joe Cocker, Danois Summer, La Bande à Basile ("C'est le chenil qui redémarre..."), Michel Berger... et Desireless, parce que tous les chiens qui veulent sortir désirent laisse !" Pour s'endormir le soir, il y a pas meilleure lecture ! Et puisqu'il faut une âme d'enfant, l'édition propose - en sus - de feuilletter très vite les pages pour voir la photo de Jean-Luc s'animer... Vous vous souvenez de votre enfance ? C'est aussi un grand jeu de références musicales et télévisuelles ! Sacré Jean-Luc ! Encore une fois bravo !

Jacques MERCIER

 

"Rêvéveillez-moi", Jean-Luc Fonck, Luc Pire éditions(Editions Naimette), 2012, 160 pages, www.sttellla.be

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