05 05 11

Parler pour ne rien dire !

merle.jpgPierre Merle a été beaucoup édité et il s'est beaucoup exprimé autour de la langue française ! Quelques livres pour mémoire : "Le blues de l'argot", "Le Yaourt mode d'emploi", "Lexique du français tabou", "Le dico de l'argot fin de siècle", "Le dico du français qui se cause", "Petit traité de l'injure", "Mots de passe", "Les mots à la con", "Nouveau dictionnaire de la langue verte"... des livres qui parlent des manières de parler parallèles, marginales, hors-normes mais vraies. Il est journaliste, écrivain, linguiste. Dans "Politiquement correct" sous-titré "Dico du Parler pour ne rien dire", il s'attaque à ce qui est une des défenses les plus évidentes de tous ceux qui usent d'un pouvoir : la poudre aux yeux par le langage ! Mais pas seulement, puisque c'est aussi une manière d'édulcorer le langage populaire. En un mot, on tente de remplacer les langages vrais par une seule langue lisse, consensuelle, monotone aussi. Evidemment, elle perd alors tout son relief, cette langue française pourtant précise et pleine de nuances. Ce livre n'est pas qu'un dictionnaire, c'est aussi un pamphlet. Pierre Merle dénonce le conformisme branché. Il rappelle que la langue est le pouls de la société et que l'affadissement, la castration de l'une renvoient toujours à celles de l'autre. Avant de passer en revue les mots et les expressions concernés, l'auteur explique de manière magistrale dans son introduction l'étendue du phénomène et son succès croissant. C'est aux Etats-Unis qu'est né le "politically correct" que nous avons servilement adopté et adapté. J'aime en passant sa remarque à propos des importations américaines, qui ont toutes réussies leur entrée sauf le plus grand apport culturel du XXe siècle : le jazz ! Qu'est-ce que le "politiquement correct" ? Une auto-censure permanente. Dans les années 90, on vit donc apparaître "SDF" pour clochard, "Pays en voie de développement" pour pays sous-développé, "technicien de surface" pour balayeur... Tout s'est accéléré dès ce siècle-ci et l'auteur n'hésite pas à qualifier le phénomène "d'hypocrysie et de grotesque enflure". C'est une sorte de neutralité voulue. Le propre d'une mode qui réussit (c'est le cas), qui s'installe, c'est de finir par avoir l'air d'être une évolution naturelle. Et Pierre Merle de se poser la question : Pourquoi ça marche si bien et comment se transmet cette maladie ? Il répond : "Ca marche et se propage à tous les niveaux d'abord par psittacisme (on répète ce que les médias disent), puis par paresse (c'est livré clé en main) et enfin par pétoche et indifférence (On n'ose plus dire ce qu'on pense et on est indifférent à l'évolution de notre langue)". L'auteur est pessimiste et cite enfin "1984" et Orwell, la police de la pensée et la police du langage... Pour se faire une idée du phénomène et de son ampleur, plongez vite dans le dictionnaire de A comme Agent de propreté à Z comme Zone de non droit ! C'est très éloquent !

 

Jacques MERCIER

 

Politiquement correct, Dico du Parler pour ne rien dire, Pierre Merle, Les éditions de Paris/Max Chaleil. Format : 15x23 cm. Broché sous couverture quadri. 192 pages. 16 euros.

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27 04 11

Un très émouvant premier roman !

biefnot.jpgNon seulement le premier roman de Véronique Biefnot est émouvant, mais "Comme des larmes sous la pluie" est aussi totalement réussi ! Ce n'est pas rien : pouvoir tenir en haleine, nous emporter dans des retournements de situation, nous surprendre par le cheminement des histoires et des personnages ! Ecrivain à succès, Simon Bersic n'en est pas moins fragile et malheureux : il ne parvient pas à surmonter la perte de sa femme. Et si, avec Naëlle, la vie lui offrait une seconde chance ? C'est le début du roman haletant, passionnant et terrible aussi, comme peut l'être parfois la vie elle-même. Véronique Biefnot est belge, comédienne, peintre et metteur en scène. Elle ne masque pas les décors régionaux de son histoire : une soirée à la Jazzstation de St-Josse, le parvis de Saint-Gilles, le magasin Au Chien Vert, la place Flagey, autant de coins de Bruxelles qui servent de décor au récit. Dès le début du livre, nous entrons dans la peau, dans l'âme de plusieurs personnages et une typographie particulière nous fait lire et entendre aussi une autre voix, mystérieuse au début, qui s'inscrira dans l'histoire jusqu'au dénouement final. C'est truffé de trouvailles littéraires, voire poétiques, comme ces "jours bleus" ou la récolte des oeufs de Pâques. Les réflexions sont justes : "Seuls les jeunes enfants et les animaux peuvent nous responsabiliser à ce point, ancrer leur confiance si loin en nous, donner un sens, une nécessité à chacun des gestes du quotidien, fussent-ils les plus insignifiants." Ou plus loin : "Simon se disait que, confrontés à ce qui les dépasse, les hommes ne peuvent décidément que diviniser ou détruire." La rencontre amoureuse est décrite comme seule une écrivaine peut le faire : "Elle sortit... et tout ce qui restait encore de lumière dans le ciel se concentra, incendiant sa silhouette, un couloir étincelant la reliait à lui, effaçant tout alentour, il était happé, happé par elle; sa vie, à présent, lui semblait-il, en dépendait." Magnifique ! Bien entendu, une fois lu, vous comprendrez aussi pourquoi ce livre a été écrit par une Belge, pourquoi tout le roman est "comme recouvert d'un voile d'ombre". Je ne peux que vous conseiller vivement d'entrer dans ce roman et de lire sous le chiffre I, ce premier titre : "... comme la brume matinale dévoile un à un les arbres du jardin..." qui suggère fort bien ce que vous allez vivre en partageant la création de Véronique Biefnot.

Jacques MERCIER

 

Comme des larmes sous la pluie, roman de Véronique Biefnot, Editions Héloïse d'Ormesson, collection : Les sentiments de l'autre. 328 pages. 20 euros.

16 04 11

Avec ceux qui "font" les auteurs !

nadeau.jpgMaurice Nadeau nous raconte de l'intérieur, en journaliste et en écrivain, la jungle des éditions littéraires. C'est évidemment passionnant pour ceux qui aiment lire et écrire. Intitulés "Grâces leur soient rendues", les derniers mots de sa préface, ces "mémoires littéraires" parcourent en effet un grand pan de l'histoire de la littérature. L'auteur qui fut le plus souvent au service des autres, s'excuse : "Ecrire, j'en ai l'habitude : des centaines, des milliers d'articles, quelques ouvrages de hasard. C'est là qu'est le hic : journaliste, pas vraiment écrivain. Le surfing." Maurice Nadeau fut journaliste et directeur littéraire. Il a découvert entre autres Roland Barthes, Georges Bataille, Samuel Beckett, Tahar Ben Jelloun, Hector Bianciotti, Jorge Luis Borgès. Dans des chapitres de quelques pages, il raconte fort bien l'amitié (Miller, par exemple), les arcanes du métier, les jalousies, les rancoeurs, les pièges; mais aussi Julliard, Gallimard, Denoël, les éditions qui décident de la vie des auteurs. Il s'attarde avec bonheur et précision sur André Breton et le surréalisme ; sur le "nouveau roman", sur les revues littéraire, sur les jurys, sur les correspondances. Non seulement c'est une mine précieuse de renseignements sur la traversée du siècle, comme on l'indique, mais c'est écrit d'une plume juste et claire, qui convient parfaitement au propos. Quelques extraits ? Voici un passage d'un article paru dans Combat" en 1949: "C'est que, pour Breton, la valeur d'un poème se mesure à d'autres critères que le bonheur d'expression, la qualité du chant, le pouvoir des suggestions. Compte davantage à ses yeux la possibilité que possède ou non ce poème de nous ouvrir une porte sur l'inconnu." Ou dans le chapitre consacré à Maurice Blanchot. Il découvre par hasard un texte de lui qui dit :"Le signe de son importance, c'est que l'écrivain n'ait rien à dire..." Et d'écrire : "Voilà qui renverse mes convictions. J'ai toujours pensé qu'écrire c'est "exprimer", et plus encore "s'exprimer", révéler au lecteur éventuel la vision que l'écrivain se fait du monde, des autres et, pourquoi pas, de lui-même. Maurice Blanchot voit le romancier dans un état très particulier qu'il dit être "l'angoisse"..." Des réflexions comme celles-là remplissent le livre et non seulement donnent à lire, mais à réfléchir sur le monde de l'édition et de ceux qui en font partie !


Jacques MERCIER

 

"Grâces leur soient rendues", mémoires littéraires, Maurice Nadeau. Ed. Albin Michel. 482 pages. 24 euros.

04 04 11

Une nouvelle civilisation !

universalisme.jpgC'est la première fois que je trouve un ouvrage où toutes mes questions ont une réponse ! André Heymans, licencié en philosophie, travaille depuis vingt ans sur la condition humaine. Il part du constat que l'humanité est arrivée à une croisée de chemins pour nous offrir ce remarquable ouvrage : "La révolution pour une nouvelle civilisation : l'Universalisme", un monument, un livre que je relis déjà, un livre dont j'ai noté des dizaines d'extraits significatifs. Dans l'introduction, l'auteur explique : "L'homme est capable de certitude et de bonheur. D'où le présent écrit qui se veut un discours d'homme à homme, d'intelligence et de coeur. En chacun de nous gît une pierre précieuse qui peut briller d'un vif éclat." L'auteur détaille et structure son propos en divers chapitres : Les principes de l'existence, l'application des principes (cosmologie,vie,évolution des espèces), l'être humain et les civilisations, les religions, les valeurs morales et leur fondement et enfin l'accomplissement esthétique. Avant de vous proposer quelques extraits, voici ce que dit encore André Heymans : "L'humanité se trouve actuellement dans un état de crise. Ou bien elle persévèrera avec les mêmes erreurs et signera sa déchéance et sa disparition. Ou bien, l'humanité s'ouvrira à une toute autre perception de ses valeurs, tournant résolument le dos aux égarements gravissimes qu'elle commet actuellement sans arrêt. L'humanité est appelée à une révolution sur elle-même." Je ne peux que vous dévoiler quelques phrases, et je m'en excuse, tant la matière du livre elle-même est complète, forte, riche. Cependant j'ai envie de vous faire partager cette découverte, cette lumière tout-à-coup au milieu de tant de recherches personnelles. Ceci qui donne un sens à la vie : "Concrètement, chaque existence particulière exprime une fraction momentanée et limitée de l'éternel infini." Ailleurs, je lis : "L'univers s'est réalisé lui-même, avec ordre et méthode, sans faille depuis le moment zéro. Il est son propre horloger." Cette pensée révolutionnaire aussi sur ce qui nous entoure, mais qui correspond de plus en plus à ce qui s'affirme : "Influencés par d'anciennes conceptions, nous éprouvons des difficultés à admettre que depuis les particules élémentaires jusqu'aux superamas de galaxies, depuis les bactéries jusqu'aux espèces animales et végétales, le monde qui nous entoure est muni de sensibilité, de conscience, de connaissance, d'inventivité et de mémoire." C'est finalement un grand bonheur de pouvoir mettre en place les dernières pièces du puzzle de notre interrogation : "L'existence n'est pas pour se sentir écrasée sous son poids. Elle se manifeste dans l'ivresse d'être, dans l'exaltation du bonheur. Le corps ressent de la joie à s'exprimer librement et à se faire valoir." et "L'homme appartient à un univers extraordinaire qui lui a donné la possibilité d'acquérir la pensée apte à mieux comprendre l'existence et à progresser dans des voies lumineuses." ou encore ceci : "Considéré plus largement, l'être humain fait partie d'un vaste ensemble cosmique dont la raison d'être tend à créer des valeurs. Leur signification est saisie par l'intelligence; leur but invite au bonheur et à la beauté." Quelques mots encore pour vous donner le désir d'en savoir plus, d'approfondir avec l'auteur tous les aspects de cette grande affaire existentielle : "Le bonheur est l'acceptation de soi-même et de l'existence pour en ressentir de l'enchantement. L'homme heureux accomplit son être, ses désirs, ses projets." Que dire encore ? Que je suis mieux dans ma peau, dans ma tête, dans ma vie depuis que j'ai découvert cette nouvelle civilisation possible ?

Jacques MERCIER

 

La Révolution pour une nouvelle Civilisation : L'Universalisme, essai par André Heymans. Les éditions de la Mémoire. Collection Helios. 2011. 190 pp. 22 euros. Autres ouvrages de l'auteur : andreheymans@skynet.be

16 03 11

Une troublante saga familiale !

couturiau.jpg"Les silences de Margaret" nous emmènent dans la découverte d'une grande saga familiale, remplie de secrets, de non-dits, de confessions. C'est passionnant ! Paul Couturiau, après avoir beaucoup écrit sur le Vietnam ("L'inconnue de Saïgon" en 2004, par exemple) et déjà écrit sur la Lorraine ("L'abbaye aux loups" en 2010, par exemple) y revient. C'est son pays d'adoption. Et même si nous revivons des moments bruxellois d'une autre époque (avec ces détails délicieux comme l'allusion aux émissions de Gérard Valet), c'est à Metz que le narrateur, Pierre, avocat, défend sa soeur soupçonnée de meurtre. Tout commence dans une boîte de jazz malfamée (le jazz prend une grande importance tout au long du récit), le "Graoully", qui est également le nom d'un monstre, que la légende locale fait disparaître dans les profondeurs du fleuve. Dès le début du roman, nous sommes plongés dans le coeur de l'action, avec une atmosphère fort bien rendue par l'auteur. On remonte dans le passé (au moment du nazisme) mais avec toujours un retour, fil conducteur, à quelques jours du printemps 1981. Les chapitres sont déclinés par des personnages différents et récurrents. C'est sans conteste la "confession" de Margaret, la grand-mère, qui est la plus émouvante. Beaucoup de dialogues et de détails vrais (exemple : "Dans ces années-là, le train était encore un monstre qui crachait de la fumée au milieu d'un fracas étourdissant et impressionnant pour un enfant que tout terrifiait" P. 34). Une vivacité de style qui suit bien les intrigues, mais aussi chaque mouvement (exemple : "Elle laisse sa phrase en suspens, mais l'accompagne d'un mouvement de la main, qui en rend la fin parfaitement intelligible. Je suis toujours émerveillé par la grâce du moindre geste de Cécilia." P. 286), qui permet de rester au fil de la lecture dans l'ambiance et le propos. Bien entendu, cette quête de l'avocat le confronte à ses propres démons, mais sûrement aussi nous renvoie à nos propres interrogations sur la vie.

Jacques MERCIER

 

Les silences de Margaret, par Paul Couturiau. Editions Presses de la Cité, Coll. Terres de France. 380 pages. Couverture d Christian Schad. 20,50 euros.

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11 03 11

Une femme le coeur à nu !

murielle lona.jpgMurielle Lona signe un premier roman magnifique, qui nous permet tout simplement de suivre les mouvements de l'âme d'une femme. "Je change de fréquence" explique avec des mots simples et beaux comment vit, comment rêve, comment aime une femme d'aujourd'hui. Julia, l'héroïne, nous ouvre toute son intimité : de ses rêves de petite fille jusqu'aux déboires de sa vie de couple en passant par l'anoxerie (qui nous vaut une scène tellement vraie avec les parents qui forcent à manger !). Cela passe par tout ce que la vraie sensibilité féminine peut nous apporter : l'accord avec la nature, la recherche du bonheur ("Être enceinte du bonheur !" écrit-elle), la maternité, la sensualité, la séduction, l'intelligence... Le premier chapitre se termine par un poème, dans d'autres coins du livre ce seront des textes de chansons, une nouvelle, etc. Notre vie d'aujourd'hui est présente partout, dans les détails si bien observés : une interview à la radio sur la "théorie de l'harmonie", les scènes de solitude dans une chambre d'hôpital, les enfants à la sortie d'une école... La Belgique est aussi présente en touches mises ça et là pour que le tableau soit réel : le chocolat belge, Namur, le "Food and Wine" qui se réfère au "Cook&Book" cher à Murielle Lona... Elle se réfère à des musiques, à des auteurs, dont Isabel Allende pour le prénom de l'héroïne et à Paolo Coelho qui lui inspire un épisode magique d'un dialogue avec un papillon ! Mais c'est l'Inde qui tient une place essentielle dans l'évolution de Julia : les aéroports, le sort terrible des bébés filles, l'Ashram et sur une plage l'écriture du poème dans lequel on retrouve le titre du roman : "J'en ai assez des apparences, je change de fréquence" (un titre génial et actuel). Il faudrait aussi parler des signes (un docteur qui s'appelle Messie !), des anges, des voix intérieures "Certaines phrases semblent écrites spécialement pour nous, pour nous ouvrir les yeux, pour nous faire comprendre quelque chose d'important."; il faudrait souligner les messages pour un mieux-vivre, qui soustendent tout le roman avec générosité, c'est le partage de l'expérience : "Chaque chose en son temps", "Se plaire à soi-même"... Et puis quelqu'un qui écrit cette phrase ne peut qu'être aimé : "Je connais des enfants qui ne jouent jamais dans l'herbe. C'est bien dommage ! Des enfants qui n'ont jamais couru dans l'herbe fraîchement coupée, les pieds libérés de leurs chaussures." On assiste donc dans ce roman passionnant à une belle histoire mouvementée, exotique et familière à la fois, et à une belle évolution : "Il y a toujours plusieurs chemins pour aboutir au même endroit" écrit Murielle Lona au début du livre, vers la fin elle note : "Et maintenant ? Elle qui autrefois était cartésienne ne fonctionnait plus qu'en faisant confiance à ses intuitions" ! Je suis "heureux" d'avoir découvert une nouvelle vraie romancière !

Jacques MERCIER

 

Je change de fréquence, Murielle Lona, Edition Option Santé, 2011, Diffusion : www.sdlcaravelle.com 254 pages. Couv : Martine d'Andrimont. 19,95 euros. Contact : murielle.lona@foodforthought.be

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07 03 11

Enfin, je comprends la Belgique !

bricman.jpgEnfin un livre qui explique ce qu'est la Belgique, ce qu'est être belge, ce que sont les problèmes qui nous occupent, nous minent la vie ! D'une plume claire, précise, Charles Bricman réussit ce tour de force d'expliquer en 120 pages toute la "problématique" (comme on dit aujourd'hui !) du pays. Je ne peux que le féliciter et vous engager à prendre connaissance de ce texte qui balaie toute l'histoire, les ruptures, les points de vue jusqu'à ces toutes dernières semaines ! "La Belgique, si elle existe vraiment, est une éponge" dit-il d'entrée de jeu. Plus loin, et cette considération pourra être appliquée à bien des situations : "On souffre toujours plus de ce que l'on concède que l'on ne jouit de ce qu'on obtient." Charles Bricman, en excellent journaliste, redonne les faits objectifs : du "Walen buiten" qui aurait dû être "De Walen eruit !" en bon néerlandais, au ridicule "plan B" de ces dernières semaines. De la séparation linguistique des grands partis au dossier BHV. Il esquisse aussi les deux solutions que l'Etat belge possédait pour éviter que ne dégénère la question des langues en un problème de nationalités. Il eût fallu instituer et propager un bilinguisme généralisé. Mais les Wallons n'ont pas voulu apprendre "le flamand" pour conserver leurs emplois publics. L'Etat pouvait aussi (comme l'abbé Grégoire en 1794) conclure qu'il faut pour lier un Etat une identité de langage. Mais cette fois l'Eglise n'aurait pas accepté qu'on se mêlât de mettre en oeuvre une véritable politique d'éducation nationale. Quand l'auteur met le doigt sur le vrai problème d'aujourd'hui c'est pour confirmer qu'un Etat fédéral se construit de la base vers le sommet. Or, on tente l'inverse depuis quarante ans ! Au passage il qualifie de "saugrenue" l'émission de politique-fiction de la RTBF en décembre 2007 ! Il écrit aussi : "Notre terre produit en nombre raisonnable des artistes, des inventeurs et des coureurs cyclistes. Elle est beaucoup moins généreuse s'agissant des penseurs." Oh, cette citation de Rik Torfs (CD&V) ! : "Le vrai problème entre Flamands et francophones n'est pas le désaccord, c'est l'indifférence". Charles Bricman situe le "moment" où tout bascula en février 1970, le jour où Gaston Eyskens à la tribune de la Chambre des représentants déclare que l'Etat unitaire était dépassé par les faits !  "Les Communautés et les Régions doivent prendre leur place dans les structures rénovées de l'Etat, mieux adaptées aux situations spécifiques du pays".  Ainsi commença la réforme de l'Etat belge... toujours en cours !

Jacques MERCIER

 

Comment peut-on être belge ? Charles Bricman. Edition Flammarion. Collection Café Voltaire. 128 pages. 12 euros. Suite du dialogue : http://blog.charlesbricman.be

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28 02 11

Voici 25 plaisirs littéraires !

Mini lits.jpgCes "25 minitrips en wagon-lit décapotable" sont 25 plaisirs littéraires magnifiques ! Leur édition est déjà une chose étrange et belle puisqu'au départ ces textes variés ont été publiés sur le site www.onlit.org. C'est un cadeau littéraire aux habituels lecteurs des nouvelles technologies. Leur caractéristique première est d'être courts, mais aussi d'aborder tous les genres en toute liberté ! Mon bonheur de lire a été renouvelé d'un auteur à l'autre, sans fléchissement et c'est déjà fantastique ! A ne pas manquer non plus la présentation en quelques lignes de chaque écrivain(e), insolite, drôle, inventive ! Essayons de survoler le tout : On commence par l'hyperdoué Nicolas Ancion et ses phrases amples qui donnent à voir et à sentir, à ressentir. Félicia Atkinson écrit dans son poème "les girafes au long cou recherchent les feuilles hautes, les feuilles hautes sont assoiffées de lumière (que cherche alors la lumière)..." Alain Bertrand, qui vit à Bastogne, évoque le ski et l'imaginaire. Pierre Borion aime la liberté de l'écriture et dans "Insomnie" il rêve de remplacer le pape ! "Les Françaises ont quelque chose de français qui les rend belles" écrit Frédéric Bourgeois, ce Namurois féru de photos. Lucielle Calmel juxtapose dans "Sud Ouest". Et puis toutes ces affirmations de Corentin Candi : "Corentin Candi ne choisit jamais la bonne fille, à la caisse." ou "Corentin Candi croit à la vie avant la mort." Laurent d'Ursel nous livre un cri, en une phrase de deux pages ! Le Liégeois Serge Delaive propose un joli poème sur l'amour déçu. D'une grande originalité le texte numéroté de Cedric Francis dans la tête d'un coureur cycliste qui pense à "la soeur de Lucien" ! "Je ne suis pas timide mais j'évite de prononcer des mots inutiles" déclare Corentin Jacobs dans sa contribution. Et plus loin : "Une femme est une mouche : pour l'attraper, pas d'hésitation n'est possible sinon elle s'envole !" J'ai adoré (comme beaucoup) le premier roman d'Edgar Kosma ("Eternels instants", analysé ici-même), j'ai aussi apprécié cette présentation par les sens de ses quelques personnages ! J'aime le ton, le vocabulaire de Lario Lacerda. Nous entrons dans le monde culinaire avec beaucoup d'humour et le "chef au chapeau" de Pierre-Brice Lebrun. Dans les "Appauvrismes" de Benoït Leclerc, je retiens "Lis-toi Entre les lignes Tourne sur toi-même Tu feras un singulier livre". Merveilleux texte de Karel Logist, le poète du Fram : cette fille en chemisier sur les affiches et la fin drôle, une vraie chute ! Avec Lucie Lux, nous entrons dans l'érotisme. Des sensations qu'on partage de l'intérieur avec la fille qui s'exhibe ! Sujet culinaire, documenté, avec la recette et les lieux, pour Jacques Raket et les "frivolités de la reine" (nos "choesels") ! Avant le texte halluciné et les musiques citées pour le lire, je ne résiste pas à vous lire dans la notice biographique cette épitaphe "Ci-gît mille édits, / Oh ! / Notre regrettée femme de méninges, / Née d'une maquerelle et d'un séraphin, / Elle vient de jeter l'encre" Et les premières lettres donnent "conne" ! Georges Richardot nous récite des "Il a fait" splendides. Laurence Soetens nous emmène dans le monde de Face Book, de Google et des pseudos. David Spailer allie littérature et polaroïds. J'aime aussi beaucoup "Room 14" de Vincent Tholomé, et sa façon prenante de tisser son texte, monologue, avec des points... Enfin restent Luc Vandermaelen et l'Ardèche, ainsi que Andy Vérol et cet amour terrifiant, brutal et la prison... Quelles heures heureuses j'ai passées à la lecture de ce recueil, que je ne peux que vous recommander chaleureusement !

Jacques MERCIER

 

25 minitrips en wagon-lit décapotable, collectif, Ed. La Renaissance du Livre, collection Grand Miroir, 200 pp, site: www.onlit.org Prix : 16 euros.

 

07 02 11

Un survol du show-biz

pascal negre.jpgPour tous ceux qui veulent comprendre, de l'intérieur, le phénomène du disque, de la production, du show et du business à la fois, du spectacle, du prix, du téléchargement, etc. Pascal Nègre propose un très bel exposé dans "Sans contrefaçon". Comme il l'explique, il est pour certains celui qui remet le prix au vainqueur de la Star Academy, pour d'autres celui qui lutte contre les téléchargements pirates ou le PDG d'Universal Music, l'ami des stars. Cependant, Pascal Nègre est avant tout un producteur. Le producteur dans une maison de disques est la personne qui verse des avances aux artistes afin qu'ils puissent écrire leurs chansons, qui choisit les musiciens et les studios, qui propose enfin les oeuvres au grand public. Le producteur doit créer un climat de confiance pour que l'artiste puisse s'exprimer au mieux. Pascal Nègre nous livre ici sa profession de foi dans son métier, son amour véritable de la musique, de cette forme de culture. C'est convaincant ! J'ai trouvé dans le livre bien des réponses aux questions que tout le monde se pose un jour. Qu'elles concernent le show et les caprices des artistes, les pourcentages sur les disques, la téléréalité et qui se cache derrière tout ça, les buzz sur Internet et les indépendants, etc. On s'attache à Pascal Nègre dès qu'il raconte son enfance, ses débuts, ses passions. On le comprend, on le suit, du bas jusqu'en haut de l'échelle, avec l'enthousiasme et l'intelligence comme compagnons. Il parle sans détours, par exemple, de l'affaire Hallyday, de la crise, de la star'Ac ! Oui, il cite des noms, oui, il donne des chiffres, oui, il juge et donne son avis personnel. Si Pascal Nègre est relativement optimiste tout au long de l'ouvrage, il termine par un coup de gueule ! "Toute une génération semble avoir perdu l'oreille. Elle passe son temps à écouter sur ordinateur des chansons compressées, décompressées et recompressées, sans paraître le moins du monde s'en trouver scandalisée. Or, c'est un désastre artistique. Que l'on puisse se satisfaire de deux minuscules haut-parleurs d'ordinateur pour écouter une oeuvre qu'un artiste a passé des semaines à travailler, à peaufiner, à perfectionner avec des musiciens, des réalisateurs et des ingénieurs du son, pour qu'elle soit offerte au public avec toute la palette de couleurs qu'il a imanginées, oui, cela me révolte ! C'est du saccage pur et simple !"

Jacques MERCIER

Sans contrefaçon, par Pascal Nègre. Edition Fayard, collection Document, 2010. 290 pages. 19 euros.

31 01 11

Des nouvelles érotiques !

marly.jpgNathalie Marly fut pendant dix ans journaliste à la RTBF et en particulier dans "Appel à témoins". Elle puise avec bonheur dans ses propres expériences du monde de la télévision pour créer ces nouvelles délicieusement érotiques, le décor mais aussi les personnages. Dans "Instants frivoles", elle est ainsi tour à tour scripte dans "Sous les néons orange" ; journaliste dans "Fantamses à Venise" ; assistante d'un reporter dans "Impondérable désir" ; star du JT dans "Anne et "son" vingt heures". D'ailleurs au-delà des fantasmes, de cette soif du désir sensuel, satisfait, assumé ou pas, on peut aussi découvrir des points de vue très intéressants et sans aucun doute vécus par Nathalie Marly sur ce métier passionnant mais cruel, une jungle. Avec un point final, qui pourrait être une sorte de pied de nez au métier : "L'habit fait l'envie", qui cette fois met en scène une téléspectatrice face à une vedette du petit écran ; et c'est bien ce dernier qui se ridiculise dans la réalité, hors du fantasme. L'humour, le clin d'oeil, parfois une clé donnée dans un sourire, émaillent ces courtes nouvelles. J'aime, par exemple, quand elle parle d'un grand mariage qu'il soit "une union avec tambours et trompettes" ! J'aime aussi cette idée de "l'armoire des anges" à découvrir dans "Les travertins", les masques blancs dans "Venise"... Personnellement, j'avais aimé le style, la manière d'écrire, de se décrire comme femme si personnelle et si générale, dès son premier livre "Au nom du Père"; je suis donc heureux de découvrir la suite du cheminement de son écriture. Quittez pour quelque temps la dure réalité pour vous plonger vous aussi dans ces "instants frivoles".

Jacques MERCIER

 

Instants frivoles, par Nathalie Marly. Nouvelles. Editions Dricot 2010. 13,5 cm/21 cm. 100 pages. 13,50 euros.

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