28 09 11

Matière à dispute

matière à dispute.jpgComment ne pas être d'accord avec la manière de voir la langue française expliquée par Zapf Dingbats ? D'autant que ces chroniques sont encadrées d'une préface de Jacques A. Bertrand ("Zapf nous rappelle qu'on ne connaît jamais suffisamment une langue...") et d'une postface de Michel Francard, qui souligne la grande variété de ton de l'ouvrage. Il s'agit donc d'un recueil de chroniques langagières, parues le lundi dans l'Avenir du Luxembourg. Les illustrations originales sont signées Palix. La couverture en donne un exemple significatif ! Pour vous inciter à sourire, à réfléchir, à apprendre autour de la langue, quelques mots de la quatrième de couverture devraient suffire pour vous convaincre : "Il faut veiller sur la langue, surveiller sa marche, son cours, ses écarts, ses flambées". Ou ceci : "La langue sert à faire société. Une phrase est, en résumé, une société ; un modèle de société; société faite de mots; avec ses règles, sa syntaxe." Cette citation aussi d'Alain Duchesne et Thierry Leguay : "Réfléchir sur les mots qui conduisent notre vie permet de mieux sentir le monde et notre destin." On ne peut mieux dire !

Jacques MERCIER

 

Matière à dispute, chroniques langagières, (tome 2) Zapf Dingbats et Palix, Ed Weyrish 2011, 132 pages, 14,5 / 24 cm, Couverture cartonnée. Prix : 19,90 Euros.

24 08 11

Le nouveau Christophe Marmorat : "exaltant" !

Marmorat.jpgLe sixième tome de la série "Ancrage" de Christophe Marmorat est exaltant, enthousiasmant, enrichissant... "La direction des risques" (vivre au féminin masculin) est une de ces lectures qui vous change, vous rend heureux ! Le livre mêle au fond beaucoup de genres : le journal, le dialogue, la nouvelle, les poèmes, le "blog" pour utiliser un terme à la mode... Avec toujours cette musique qui accompagne, qui souligne, qui explique la création de l'auteur. Son procédé consiste, comme vous le savez sans doute, à écouter en boucle un fond sonore qui produit une écriture minimaliste et fluide. Comme il l'écrit dans "A propos de l'écriture musicale" (en écoutant "A song of you" des Carpenters, dont il est question au début du livre) : "Je n'invente rien, je n'imagine rien, non. Je me contente de décrire, de reproduire ce que je vois et ressens (...) Le tempo est une des clés de cette écoute éveillée." On se laisse porter par le rythme de Marmorat, par le fil de ses pensées et nous traversons des paysages magnifiques et des descriptions superbes ("Maintenant il pleut très fort. J'adore ce temps qui nous rend les jours de soleil plus délicieux qu'ils devraient nous paraître, normalement.") : l'égo ("A ceux qui me disent que c'est égocentrique, nombriliste, je réponds qu'avez-vous à apporter de riche aux autres si vous êtes pauvres de vous-mêmes ?", la mort, l'instant esthétique, le discernement (grâce aux Jésuites), l'écriture elle-même ("J'ai observé un phénomène étrange depuis que j'écris et publie mes livres : Je n'ai plus d'âge dans la vie. Je n'ai plus que deux bornes : L'instant et l'infini.")... Et puis nous revient son admiration pour Elodie Frégé ( Mais oui !) et de la poésie aussi, comme ceci : "Mais, / Tu as une longue chevelure brune, / Et des yeux de la même couleur que ces larmes / Qui tapissent le Jardin du Luxembourg à l'automne." Enfin, ce qui semble l'évidence du livre "Vivre au féminin masculin", la part féminine qu'il se découvre : "Le masculin et le féminin existent en grammaire et en médecine." Et n'exisent que là, insiste l'auteur en quête de son identité. Mais le texte est encore riche d'autres réflexions sur des peintres, de textes sur des femmes, du chamanisme, de l'âme et de l'esprit... J'utilise l'adjectif "riche", car en effet on s'en sort enrichi de cette très belle lecture ! Exaltant, oui ! Vraiment ! Et enfin cet "autoportrait" superbe : "Un sourire, De l'enfance. / Un enthousiasme Adolescent. / Des mots Adultes." Qui fait mieux ?

Jacques MERCIER

 

La Direction des risques, vivre au féminin masculin, une écriture musicale de Christophe Marmorat, édition Ancrage 2011. cmarmorat@yahoo.fr 278 pages. 20 Euros.

05 07 11

Hommage au pois chiche !

 

pois chiches.jpgPierre-Brice Lebrun est un gourmet, un journaliste gourmet. Il partage avec les autres ses passions culinaires. On se souvient du « Petit traité de la boulette », rempli d'humour, qui lui a valu le Prix Cerise sur le gâteau 2009 du Festival des littératures gourmandes. Cette fois, cet auteur liégeois s'attache au pois chiche, sympathique légumineuse millénaire, injustement cantonnée à la couscoussière, capable pourtant de briller de l'entrée au déssert. Et l'auteur en fait une brillante démonstration. On apprend tout sur son origine, son exode, son déracinement : une belle aventure culinaire ! On apprend même à bien cultiver le pois chiche ! Et comme l'auteur gourmand manie aussi l'humour, il a parsemé (c'est le cas de le dire) son ouvrage de quelques calembours délicieux !

Jacques MERCIER

 

Petit traité du pois chiche, par Pierre-Brice Lebrun, Edition Le Sureau, 160 pp, cartonné, illustrations de Mireille Gayet, 19,50 euros.

01 07 11

Le bonheur au quotidien !

 

wilwerth.jpgVoilà un vrai manuel du bonheur quotidien ! Un livre qui donne le sourire, qui met du baume au coeur, qui fait rire, regarder les choses autrement. « Une manière d'inviter mes contemporains à redécouvrir les valeurs. Je suis convaincue que les grands changements partent des attitudes et actions individuelles » écrit Evelyne Wilwerth. Elle a mille fois raison. La présentation de ce petit guide du bonheur se décline en 22 astuces. Mais l'auteur précise « avant de s'embarquer » : « Aucun « isme », aucune référence philosophique. Simplement la voix du coeur ». Elle a raison : c'est celle qui touche le plus sûrement ! Au détour des astuces, on découvre un « jouet », une « araignée », une « bougie » ou un « miroir »; à chaque fois c'est une explication d'un moyen de se retrouver, d'exister mieux, et donc de pouvoir être disponible pour les autres. Les quelques illustrations en noir et blanc de Martine Souren donnent aussi du caractère à l'ouvrage. Au fil des pages, je note cette remarque sur la pudeur de la génération de nos parents ou cette question « Suis-je à la hauteur de mon enfance ? ». Je note aussi la proposition de sortir de son quotidien (Cette réflexion de toute beauté : « Offrir une majuscule au mot quotidien. »), de redécouvrir des moments de solitude. Le chapitre sur les yeux est magnifique : prendre une photo de ses yeux, l'agrandir et dialoguer avec soi ! « Il existe des dimanches sans voiture. Et si l'on décidait un dimanche de massacre des habitudes ? » suggère Eveline Wilwerth. Et comme pour signer son attachement à sa belgitude, elle, qui s'est frottée au théâtre, à la bohème, à l'animation, nous propose quelques fois un mot belge qu'elle apprécie : « racrapoter » !

 

Jacques MERCIER

 

22 astuces (pour une vie plus magique ), par Evelyne Wilwerth, édition maelstrÖm compAct , 96 pages, f 12cm/16cm, illustrations de Martine Souren, 8 euros. (www.maelstromreevolution.org)

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08 05 11

Enfin un philosophe optimiste !

Ferry autobio.jpgUne fois n'est pas coutume, je vous propose ici le texte de mon billet écrit dans mon propre blog (http//jacquesmercier.wordpress.com) à propos de l'autobiographie de Luc Ferry, publiée sous forme d'entretiens avec Alexandra Laignel-Lavastine.

Hier soir, ai terminé la lecture de l'autobiographie de Luc Ferry, enfin une sorte d'autobiographie écrite sous forme de dialogue et sous-titrée : "L'anticonformiste". Ce que j'en retiens avant tout, c'est une vision de l'avenir et qui n'est pas pessimiste ! Comme cela fait du bien ! Sa vision était déjà exposée dans son brillant et récent ouvrage : "La révolution de l'amour", mais il s'en explique longuement ici, avec son propre cheminement, ses origines, ses expériences, sa confrontation (d'où l'anticonformisme) avec les autres penseurs et/ou philosophes français. Je relève, par exemple sur mai 68 : "C'était aussi une période de grande liberté et d'aventures multiples, une période tumultueuse où l'on croyait que tout était permis du moment que l'on s'aime. J'en suis moins convaincu aujourd'hui, sans doute parce que je suis devenu plus soucieux des autres." Cela me touche d'autant plus que cette semaine je serai interviewé par Elodie de Sélys à propos d'un numéro de "Ce jour-là", excellente émission, consacré aux années 60. J'aime chez Ferry la clarté des choses. Ainsi à propos de notre civilisation : "Pour les Européens, trois grands principes éducatifs servent globalement de guide : l'amour, la loi et les oeuvres. Autrement dit : l'élément chrétien, l'élément juif et l'élément grec." Mais c'est surtout dans l'état actuel et les années qui viennent que Luc Ferry m'intéresse le plus. "Si la mondialisation s'est progressivement mise en place depuis le XVIII° siècle avec l'essor du capitalisme, la révolution numérique des années 90 nous a fait basculer dans autre chose." Et d'expliquer que le cours du monde semble nous échapper, soumis à la seule logique adaptative de la nécessité et de l'urgence. Mais il voit au-delà : "Deux mouvements - le désenchantement (mondialisation et déconstruction) et le réenchantement (sacralisation de l'humain à travers l'invention de la famille moderne - traversent la modernité démocratique." Et ceci encore : "Le seul lien social qui se soit approfondi, enrichi et intensifié depuis deux siècles est celui qui unit les générations à partir de l'expérience familiale. Je suis convaincu que c'est en elle, mais surtout à partir d'elle, qu'apparaissent de nouvelles formes de solidarité dans le reste de la société." ... Il y a encore beaucoup à dire et à commenter. Mais je vous renvoie au livre (Denoël) si voulez en savoir plus ! Pour ma part, je souris en refermant le livre, un peu plus confiant dans l'évolution du monde ! Avouez que c'est plutôt rare de pouvoir être aussi optimiste, car on entend surtout des appels à l'indignation, au désespoir,etc

 

Jacques MERCIER

 

Luc Ferry, l'anticonformiste (une autobiographie intellectuelle), entretiens avec Alexandra Laignel-Lavastine, Edition Denoël 2011, 390 pp. Photo Miguel Medina. 22 euros.

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05 05 11

Parler pour ne rien dire !

merle.jpgPierre Merle a été beaucoup édité et il s'est beaucoup exprimé autour de la langue française ! Quelques livres pour mémoire : "Le blues de l'argot", "Le Yaourt mode d'emploi", "Lexique du français tabou", "Le dico de l'argot fin de siècle", "Le dico du français qui se cause", "Petit traité de l'injure", "Mots de passe", "Les mots à la con", "Nouveau dictionnaire de la langue verte"... des livres qui parlent des manières de parler parallèles, marginales, hors-normes mais vraies. Il est journaliste, écrivain, linguiste. Dans "Politiquement correct" sous-titré "Dico du Parler pour ne rien dire", il s'attaque à ce qui est une des défenses les plus évidentes de tous ceux qui usent d'un pouvoir : la poudre aux yeux par le langage ! Mais pas seulement, puisque c'est aussi une manière d'édulcorer le langage populaire. En un mot, on tente de remplacer les langages vrais par une seule langue lisse, consensuelle, monotone aussi. Evidemment, elle perd alors tout son relief, cette langue française pourtant précise et pleine de nuances. Ce livre n'est pas qu'un dictionnaire, c'est aussi un pamphlet. Pierre Merle dénonce le conformisme branché. Il rappelle que la langue est le pouls de la société et que l'affadissement, la castration de l'une renvoient toujours à celles de l'autre. Avant de passer en revue les mots et les expressions concernés, l'auteur explique de manière magistrale dans son introduction l'étendue du phénomène et son succès croissant. C'est aux Etats-Unis qu'est né le "politically correct" que nous avons servilement adopté et adapté. J'aime en passant sa remarque à propos des importations américaines, qui ont toutes réussies leur entrée sauf le plus grand apport culturel du XXe siècle : le jazz ! Qu'est-ce que le "politiquement correct" ? Une auto-censure permanente. Dans les années 90, on vit donc apparaître "SDF" pour clochard, "Pays en voie de développement" pour pays sous-développé, "technicien de surface" pour balayeur... Tout s'est accéléré dès ce siècle-ci et l'auteur n'hésite pas à qualifier le phénomène "d'hypocrysie et de grotesque enflure". C'est une sorte de neutralité voulue. Le propre d'une mode qui réussit (c'est le cas), qui s'installe, c'est de finir par avoir l'air d'être une évolution naturelle. Et Pierre Merle de se poser la question : Pourquoi ça marche si bien et comment se transmet cette maladie ? Il répond : "Ca marche et se propage à tous les niveaux d'abord par psittacisme (on répète ce que les médias disent), puis par paresse (c'est livré clé en main) et enfin par pétoche et indifférence (On n'ose plus dire ce qu'on pense et on est indifférent à l'évolution de notre langue)". L'auteur est pessimiste et cite enfin "1984" et Orwell, la police de la pensée et la police du langage... Pour se faire une idée du phénomène et de son ampleur, plongez vite dans le dictionnaire de A comme Agent de propreté à Z comme Zone de non droit ! C'est très éloquent !

 

Jacques MERCIER

 

Politiquement correct, Dico du Parler pour ne rien dire, Pierre Merle, Les éditions de Paris/Max Chaleil. Format : 15x23 cm. Broché sous couverture quadri. 192 pages. 16 euros.

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27 04 11

Un très émouvant premier roman !

biefnot.jpgNon seulement le premier roman de Véronique Biefnot est émouvant, mais "Comme des larmes sous la pluie" est aussi totalement réussi ! Ce n'est pas rien : pouvoir tenir en haleine, nous emporter dans des retournements de situation, nous surprendre par le cheminement des histoires et des personnages ! Ecrivain à succès, Simon Bersic n'en est pas moins fragile et malheureux : il ne parvient pas à surmonter la perte de sa femme. Et si, avec Naëlle, la vie lui offrait une seconde chance ? C'est le début du roman haletant, passionnant et terrible aussi, comme peut l'être parfois la vie elle-même. Véronique Biefnot est belge, comédienne, peintre et metteur en scène. Elle ne masque pas les décors régionaux de son histoire : une soirée à la Jazzstation de St-Josse, le parvis de Saint-Gilles, le magasin Au Chien Vert, la place Flagey, autant de coins de Bruxelles qui servent de décor au récit. Dès le début du livre, nous entrons dans la peau, dans l'âme de plusieurs personnages et une typographie particulière nous fait lire et entendre aussi une autre voix, mystérieuse au début, qui s'inscrira dans l'histoire jusqu'au dénouement final. C'est truffé de trouvailles littéraires, voire poétiques, comme ces "jours bleus" ou la récolte des oeufs de Pâques. Les réflexions sont justes : "Seuls les jeunes enfants et les animaux peuvent nous responsabiliser à ce point, ancrer leur confiance si loin en nous, donner un sens, une nécessité à chacun des gestes du quotidien, fussent-ils les plus insignifiants." Ou plus loin : "Simon se disait que, confrontés à ce qui les dépasse, les hommes ne peuvent décidément que diviniser ou détruire." La rencontre amoureuse est décrite comme seule une écrivaine peut le faire : "Elle sortit... et tout ce qui restait encore de lumière dans le ciel se concentra, incendiant sa silhouette, un couloir étincelant la reliait à lui, effaçant tout alentour, il était happé, happé par elle; sa vie, à présent, lui semblait-il, en dépendait." Magnifique ! Bien entendu, une fois lu, vous comprendrez aussi pourquoi ce livre a été écrit par une Belge, pourquoi tout le roman est "comme recouvert d'un voile d'ombre". Je ne peux que vous conseiller vivement d'entrer dans ce roman et de lire sous le chiffre I, ce premier titre : "... comme la brume matinale dévoile un à un les arbres du jardin..." qui suggère fort bien ce que vous allez vivre en partageant la création de Véronique Biefnot.

Jacques MERCIER

 

Comme des larmes sous la pluie, roman de Véronique Biefnot, Editions Héloïse d'Ormesson, collection : Les sentiments de l'autre. 328 pages. 20 euros.

16 04 11

Avec ceux qui "font" les auteurs !

nadeau.jpgMaurice Nadeau nous raconte de l'intérieur, en journaliste et en écrivain, la jungle des éditions littéraires. C'est évidemment passionnant pour ceux qui aiment lire et écrire. Intitulés "Grâces leur soient rendues", les derniers mots de sa préface, ces "mémoires littéraires" parcourent en effet un grand pan de l'histoire de la littérature. L'auteur qui fut le plus souvent au service des autres, s'excuse : "Ecrire, j'en ai l'habitude : des centaines, des milliers d'articles, quelques ouvrages de hasard. C'est là qu'est le hic : journaliste, pas vraiment écrivain. Le surfing." Maurice Nadeau fut journaliste et directeur littéraire. Il a découvert entre autres Roland Barthes, Georges Bataille, Samuel Beckett, Tahar Ben Jelloun, Hector Bianciotti, Jorge Luis Borgès. Dans des chapitres de quelques pages, il raconte fort bien l'amitié (Miller, par exemple), les arcanes du métier, les jalousies, les rancoeurs, les pièges; mais aussi Julliard, Gallimard, Denoël, les éditions qui décident de la vie des auteurs. Il s'attarde avec bonheur et précision sur André Breton et le surréalisme ; sur le "nouveau roman", sur les revues littéraire, sur les jurys, sur les correspondances. Non seulement c'est une mine précieuse de renseignements sur la traversée du siècle, comme on l'indique, mais c'est écrit d'une plume juste et claire, qui convient parfaitement au propos. Quelques extraits ? Voici un passage d'un article paru dans Combat" en 1949: "C'est que, pour Breton, la valeur d'un poème se mesure à d'autres critères que le bonheur d'expression, la qualité du chant, le pouvoir des suggestions. Compte davantage à ses yeux la possibilité que possède ou non ce poème de nous ouvrir une porte sur l'inconnu." Ou dans le chapitre consacré à Maurice Blanchot. Il découvre par hasard un texte de lui qui dit :"Le signe de son importance, c'est que l'écrivain n'ait rien à dire..." Et d'écrire : "Voilà qui renverse mes convictions. J'ai toujours pensé qu'écrire c'est "exprimer", et plus encore "s'exprimer", révéler au lecteur éventuel la vision que l'écrivain se fait du monde, des autres et, pourquoi pas, de lui-même. Maurice Blanchot voit le romancier dans un état très particulier qu'il dit être "l'angoisse"..." Des réflexions comme celles-là remplissent le livre et non seulement donnent à lire, mais à réfléchir sur le monde de l'édition et de ceux qui en font partie !


Jacques MERCIER

 

"Grâces leur soient rendues", mémoires littéraires, Maurice Nadeau. Ed. Albin Michel. 482 pages. 24 euros.

04 04 11

Une nouvelle civilisation !

universalisme.jpgC'est la première fois que je trouve un ouvrage où toutes mes questions ont une réponse ! André Heymans, licencié en philosophie, travaille depuis vingt ans sur la condition humaine. Il part du constat que l'humanité est arrivée à une croisée de chemins pour nous offrir ce remarquable ouvrage : "La révolution pour une nouvelle civilisation : l'Universalisme", un monument, un livre que je relis déjà, un livre dont j'ai noté des dizaines d'extraits significatifs. Dans l'introduction, l'auteur explique : "L'homme est capable de certitude et de bonheur. D'où le présent écrit qui se veut un discours d'homme à homme, d'intelligence et de coeur. En chacun de nous gît une pierre précieuse qui peut briller d'un vif éclat." L'auteur détaille et structure son propos en divers chapitres : Les principes de l'existence, l'application des principes (cosmologie,vie,évolution des espèces), l'être humain et les civilisations, les religions, les valeurs morales et leur fondement et enfin l'accomplissement esthétique. Avant de vous proposer quelques extraits, voici ce que dit encore André Heymans : "L'humanité se trouve actuellement dans un état de crise. Ou bien elle persévèrera avec les mêmes erreurs et signera sa déchéance et sa disparition. Ou bien, l'humanité s'ouvrira à une toute autre perception de ses valeurs, tournant résolument le dos aux égarements gravissimes qu'elle commet actuellement sans arrêt. L'humanité est appelée à une révolution sur elle-même." Je ne peux que vous dévoiler quelques phrases, et je m'en excuse, tant la matière du livre elle-même est complète, forte, riche. Cependant j'ai envie de vous faire partager cette découverte, cette lumière tout-à-coup au milieu de tant de recherches personnelles. Ceci qui donne un sens à la vie : "Concrètement, chaque existence particulière exprime une fraction momentanée et limitée de l'éternel infini." Ailleurs, je lis : "L'univers s'est réalisé lui-même, avec ordre et méthode, sans faille depuis le moment zéro. Il est son propre horloger." Cette pensée révolutionnaire aussi sur ce qui nous entoure, mais qui correspond de plus en plus à ce qui s'affirme : "Influencés par d'anciennes conceptions, nous éprouvons des difficultés à admettre que depuis les particules élémentaires jusqu'aux superamas de galaxies, depuis les bactéries jusqu'aux espèces animales et végétales, le monde qui nous entoure est muni de sensibilité, de conscience, de connaissance, d'inventivité et de mémoire." C'est finalement un grand bonheur de pouvoir mettre en place les dernières pièces du puzzle de notre interrogation : "L'existence n'est pas pour se sentir écrasée sous son poids. Elle se manifeste dans l'ivresse d'être, dans l'exaltation du bonheur. Le corps ressent de la joie à s'exprimer librement et à se faire valoir." et "L'homme appartient à un univers extraordinaire qui lui a donné la possibilité d'acquérir la pensée apte à mieux comprendre l'existence et à progresser dans des voies lumineuses." ou encore ceci : "Considéré plus largement, l'être humain fait partie d'un vaste ensemble cosmique dont la raison d'être tend à créer des valeurs. Leur signification est saisie par l'intelligence; leur but invite au bonheur et à la beauté." Quelques mots encore pour vous donner le désir d'en savoir plus, d'approfondir avec l'auteur tous les aspects de cette grande affaire existentielle : "Le bonheur est l'acceptation de soi-même et de l'existence pour en ressentir de l'enchantement. L'homme heureux accomplit son être, ses désirs, ses projets." Que dire encore ? Que je suis mieux dans ma peau, dans ma tête, dans ma vie depuis que j'ai découvert cette nouvelle civilisation possible ?

Jacques MERCIER

 

La Révolution pour une nouvelle Civilisation : L'Universalisme, essai par André Heymans. Les éditions de la Mémoire. Collection Helios. 2011. 190 pp. 22 euros. Autres ouvrages de l'auteur : andreheymans@skynet.be

16 03 11

Une troublante saga familiale !

couturiau.jpg"Les silences de Margaret" nous emmènent dans la découverte d'une grande saga familiale, remplie de secrets, de non-dits, de confessions. C'est passionnant ! Paul Couturiau, après avoir beaucoup écrit sur le Vietnam ("L'inconnue de Saïgon" en 2004, par exemple) et déjà écrit sur la Lorraine ("L'abbaye aux loups" en 2010, par exemple) y revient. C'est son pays d'adoption. Et même si nous revivons des moments bruxellois d'une autre époque (avec ces détails délicieux comme l'allusion aux émissions de Gérard Valet), c'est à Metz que le narrateur, Pierre, avocat, défend sa soeur soupçonnée de meurtre. Tout commence dans une boîte de jazz malfamée (le jazz prend une grande importance tout au long du récit), le "Graoully", qui est également le nom d'un monstre, que la légende locale fait disparaître dans les profondeurs du fleuve. Dès le début du roman, nous sommes plongés dans le coeur de l'action, avec une atmosphère fort bien rendue par l'auteur. On remonte dans le passé (au moment du nazisme) mais avec toujours un retour, fil conducteur, à quelques jours du printemps 1981. Les chapitres sont déclinés par des personnages différents et récurrents. C'est sans conteste la "confession" de Margaret, la grand-mère, qui est la plus émouvante. Beaucoup de dialogues et de détails vrais (exemple : "Dans ces années-là, le train était encore un monstre qui crachait de la fumée au milieu d'un fracas étourdissant et impressionnant pour un enfant que tout terrifiait" P. 34). Une vivacité de style qui suit bien les intrigues, mais aussi chaque mouvement (exemple : "Elle laisse sa phrase en suspens, mais l'accompagne d'un mouvement de la main, qui en rend la fin parfaitement intelligible. Je suis toujours émerveillé par la grâce du moindre geste de Cécilia." P. 286), qui permet de rester au fil de la lecture dans l'ambiance et le propos. Bien entendu, cette quête de l'avocat le confronte à ses propres démons, mais sûrement aussi nous renvoie à nos propres interrogations sur la vie.

Jacques MERCIER

 

Les silences de Margaret, par Paul Couturiau. Editions Presses de la Cité, Coll. Terres de France. 380 pages. Couverture d Christian Schad. 20,50 euros.

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