29 11 11

Un explorateur du monde et de l'homme !

jlouis Etienne.jpgJean-Louis Etienne est médecin et explorateur. Il a beaucoup écrit déjà sur ses expéditions et la place de l'homme sur terre et dans l'univers, sa survie. Ce qui est intéressant avec cet auteur (de terrain) c'est qu'il décrit, analyse et livre ensuite sa sagesse. Avant de le suivre vers l'Antarctique, où son prochain périple scientifique va l'entraîner, lisez cet ouvrage, qui se conclut par "L'homme porte en lui l'intelligence de la solution" ! Souvent les textes sont livrés sous forme de réponses à des questions simples posées par vous et moi. Il aborde ainsi l'air, les poissons, l'eau, le climat, la civilisation du carbone, le génie de la nature, le mystère du vivant, etc. Je ne vous proposerai que cet extrait final du livre, adressé aux enfants "Ce sera votre monde !". Parmi les conseils : "Aimer ce que l'on fait et conserver sa liberté de décision", "Persévérer, même si le chemin est difficile... car on construit sa vie sur des réalisations, fussent-elles minimes, et non sur les frustrations de rêves inachevés" et j'aime aussi cette évidence, qu'il faut répéter en notre époque d'apparence et d'image : "Faites attention aux miroirs aux alouettes, une histoire d'amour à Sarcelles vaut bien mieux qu'un chagrin dans un palace à Bora Bora" ! Génial ! Et puis ces derniers conseils, en forme de conclusion : "Soyez inventifs, entreprenants, audacieux, apprenez à vous servir de vos dix doigts pour être plus autonomes, soyez individuellement responsables et collectivement solidaires. Soyez terriens et visez l'univers, il y a matière à explorer pour l'éternité, dans cette autre partie de soi où se cache la solution existentielle." Encore un de ces livres essentiels pour ne pas perdre courage, pour comprendre, pour avancer dans la vie avec les autres.

 

Jacques MERCIER

 

Nouvelles histoires naturelles (Quand l'homme entre en scène), par Jean-Louis Etienne. Edition Jean-Claude Lattès, 2011. 216 pages. 15 euros.

16 11 11

Un magnifique et émouvant témoignage !

nadia salmi.jpgC'est le premier livre de Nadia Salmi et il est magnifique ! C'est un roman, car on romance toujours un peu, les souvenirs se déforment, on ne se souvient pas de tout, mais c'est avant tout un récit poignant et qui nous bouscule avec un talent rare. La mission de Nadia Salmi, qui se découvre (comme dit le bandeau) parmi les 400.000 Français, petite-fille d'un soldat allemand, est de crier son amour, sa compréhension à sa mère ! Après avoir lu en avant-première le manuscrit, je ne peux que vous retranscrire des extraits de la lettre que j'ai envoyée à Nadia Salmi, croisée au hasard d'une interview (elle travaille pour le moment à la télévision à Lille, mais vit à Bruxelles).

Comme te traduire l'émotion que je ressens à la fin de la lecture de "Des étoiles sombres dans le ciel" ? Je suis touché, troublé, ému. C'est magnifiquement rendu. L'histoire multiple, compliquée, terrible est là, sous nos yeux, et avance peu à peu, au rythme des découvertes, des pleurs, mais avec une volonté, une force qui sont si belles. Tu as les mots justes et forts. Des trouvailles tout au long du récit : "Au moment où le stupide petit oiseau est sorti", par exemple. Ou encore le sommeil que Thérèse ne trouve pas avec "un mouton, deux brebis, trois agneaux..."; le jeu des 7 erreurs dans la lettre, la berceuse en ch'ti, ou "chaque jour que Satan fait", ou à la fin les défauts d'Hitler étalés sur la feuille... Et cette oiriginalité page 132 des courts extraits d'avant.
J'aime cette reconstruction, ces lettres, ces photos décrites; avec la documentation, la recherche. Les réflexions qui accompagnent : "Il faudrait pouvoir parler librement, écouter les témoignages des survivants avant qu'ils ne meurent", que nous pouvons appliquer à toutes les situations, même moins tragiques.
Quelques détails encore : la journée érotique et sensuelle sans mots crus. Quelle description !
La tribu, les réponses au questionnaire de Proust.
Le rejet de Noël, l'attirance vers les personnages orphelins.
Le courriel arrivé en Mauritanie.
Bref, tu as compris que je trouvais ton livre remarquable et digne cent fois d'être édité et partagé avec un grand public.

Nadia Salmi est une nouvelle écrivaine, n'en doutons pas ! Je ne peux que vous engager à partager sa création. Vous ne verrez plus le monde, l'humanité, de la même façon. Et c'est ça la qualité d'un livre : sa lecture nous change !
 
Jacques MERCIER
 
Des étoiles sombres dans le ciel, récit, Nadia Salmi, Editions OH !, 264 pp. Photo de couverture de la collection de l'auteur. Prix : 17,90 euros. www.oheditions.com et https://www.facebook.com/nadnad77

23 10 11

Un étonnant dialogue : Femme - Prêtre !

Ringlet - Mannik.jpgElle, c'est Marie-Annick Retif, qui chante depuis longtemps sous le nom de Mannick ; lui, c'est Gabriel Ringlet, vice-recteur de l'Université de Louvain, écrivain et ... libre de sa parole ! "Entre toutes les femmes" emprunte le titre à un poème de Charles Le Quintrec. Nous lisons une conversation détonante, chaleureuse, intéressante, intelligente, émouvante, passionnée autour des chansons de Mannick (évidemment vous pouvez écouter les chansons sur le site de Mannick, mais tous les textes sont repris dans l'ouvrage. Comme dit fort à propos Gabriel : "N'est-ce pas la force du chanson : revêtir parfois le grave dans l'habit musical du léger ?") et d'un classement des femmes en "printanières", "rebelles", "brûlantes", "souffrantes", "subversisves", "désirantes", "prêtresses" et "accouchantes". Chaque chapitre propose une réflexion (et qui décoiffe souvent, tant la vérité de s'exprimer est forte de chaque côté) en se plaçant sous le regard d'une femme : naître, partir, aimer, souffrir, résister, croire, célébrer et mourir. C'est dans l'actualité de notre vie d'être humain, c'est une vision sincère de la femme, c'est aussi une confidence très belle de l'homme et du prêtre. On n'évite pas la sensualité, la prêtrise des femmes, l'euthanasie, etc. Mais c'est bien au-delà : la tendresse, la compassion, la souffrance, le bonheur, la mort, l'amour... C'est d'une très belle écriture, fluide, réelle. Quelques moments picorés ça et là dans ce livre bien plus important qu'il n'y paraît : "Rien n'est pire que le pouvoir qui ne dit pas son nom. Le pouvoir "spirituel" en particulier." J'aime aussi cette référence à Teilhard de Chardin, que j'avais adoré, lorsque j'étais adolescent chez les Jésuites : "Dans la vie, je n'ai jamais rien fait de grand que sous le regard d'une femme." Gabriel Ringlet : "Je suis toujours étonné de voir le peu de liberté que chacun s'autorise". Les deux personnages ne sont pas toujours d'accord, cela va de soi : Gabriel : "Mais ose-t-on encore dire aujourd'hui qu'il est plus important d'être vivant que d'être heureux ?", Mannick : "Je tique sur cette réflexion. J'ai souvent pensé le contraire !" Dans l'actualité aussi après les propos de Mgr Léonard et des directeurs d'école divorcés, puisqu'on cite cette déclaration du Père Charles Delhez : "A être trop rigide, on en arriverait au paradoxe suivant : il vaudrait mieux être un meurtrier repenti qu'un divorcé remarié. Le meurtrier peut sortir de prison, le divorcé non." Sur Dieu : "Je trouve normal que Dieu change de rôle de siècle en siècle et de culture en culture, car le récit continue. Encore faut-il, à travers ces rôles que nous lui prêtons, reconnaître la trace d'authenticité de la divinité." Bien entendu, Mannick s'interroge sur le rôle des femmes dans l'Eglise : "Ai-je bien compris que la domination masculine sur l'ordination date des origines apostoliques et non des origines évangéliques"... En effet ! Notons aussi un bien émouvant témoignage sur Soeur Sourire, dont Gabriel Ringlet a connu le parcours douloureux...

Jacques MERCIER

 

Entre toutes les femmes, Mannick et Gabriel Ringlet, Edition DDB, Desclée de Brouwer, En couverture une huile sur bois de Philippe Ringlet, 334 pages, 18 euros.

20 10 11

Réconcilier la science et Dieu ?

Le Lotus et le Cosmos.jpgLongtemps j'ai cru que les religions remplissaient par des "mystères" nos ignorances scientifiques ; je sais aujourd'hui après la lecture de plusieurs ouvrages passionnants de Trinh Xuan Thuan ("La mélodie secrète" ou "L'infini dans la paume de la main") que la science peut s'accommoder de l'existence d'un Dieu ! Dans "Le Cosmos et le Lotus", sous-titré "Confessions d'un astrophysicien", le célèbre savant d'origine vietnamienne, mais éduqué à la française et formé aux Etats-Unis, explique son parcours professionnel et personnel, mais aussi en deuxième partie de l'ouvrage, il détaille très clairement le point actuel de ses recherches. Le titre le dit, il est imprégné de traditions bouddhiste et confucéenne, mais finalement n'est pas d'accord avec tous leurs préceptes. Il m'est difficile de rendre compte de mes notes de lecture (j'en ai une dizaine de pages, des notations qui me paraissent essentielles pour ma propre compréhension de l'existence), donc j'essaie d'esquisser des pistes. Sur l'unicité de la nature : "La nature est donc belle parce qu'elle possède un ordre, parce qu'elle est régie par des lois. Plus étonnant encore, ces lois peuvent être exprimées en termes mathématiques". L'auteur met aussi en parallèle, ce qui me réjouit, le processus de la création scientifique et celui de la création artistique. "Quand on crée une oeuvre d'art, on a le même sentiment de s'être approché un bref instant de la Vérité éternelle, d'avoir soulevé un modeste pan du Grand Mystère". Sa grande idée est, bien sûr, que tout a été prévu pour que l'homme apparaisse et puisse contempler la création, ici et maintenant. Que nous sommes reliés à tout. "Le simple fait de respirer nous relie à tous les êtres qui ont vécu sur le globe". Mais aussi "Nous descendons tous d'un seul et même organisme, une cellule primitive datant d'environ 3,8 milliards d'années". On connaît un peu cette théorie des atomes qui changent en onde ou en point selon l'observateur. "Ce concept de changement perpétuel et omniprésent rejoint ce que dit la cosmologie moderne : tout bouge, tout change, tout évolue, tout est impermanent, du plus petit atome à l'univers entier en passant par les galaxies, les étoiles et les hommes." Et cette incroyable affirmation, qui nous donne de l'espoir, qui gonfle l'âme : "Si l'univers est aussi vaste, c'est pour permettre notre présence. Si l'univers est tel qu'il est, c'est parce que l'homme est là pour l'observer et se poser des questions." Il reste bien des problèmes à régler (comme l'unification des quatre forces fondamentales dans la nature) et nous connaissons aussi le théorème de Gödel qui dit qu'il existe une limite à notre connaissance d'un système donné, car nous faisons nous-mêmes partice de ce système. L'auteur nous parle encore de tant de choses : de la liberté, de la spiritualité, de la créativité... Un livre qui exalte, qui nous change !

Jacques MERCIER

"Le Cosmos et le Lotus", Trinh Xuan Thuan, édition Albin Michel, 264 pp. 19 euros.

28 09 11

Matière à dispute

matière à dispute.jpgComment ne pas être d'accord avec la manière de voir la langue française expliquée par Zapf Dingbats ? D'autant que ces chroniques sont encadrées d'une préface de Jacques A. Bertrand ("Zapf nous rappelle qu'on ne connaît jamais suffisamment une langue...") et d'une postface de Michel Francard, qui souligne la grande variété de ton de l'ouvrage. Il s'agit donc d'un recueil de chroniques langagières, parues le lundi dans l'Avenir du Luxembourg. Les illustrations originales sont signées Palix. La couverture en donne un exemple significatif ! Pour vous inciter à sourire, à réfléchir, à apprendre autour de la langue, quelques mots de la quatrième de couverture devraient suffire pour vous convaincre : "Il faut veiller sur la langue, surveiller sa marche, son cours, ses écarts, ses flambées". Ou ceci : "La langue sert à faire société. Une phrase est, en résumé, une société ; un modèle de société; société faite de mots; avec ses règles, sa syntaxe." Cette citation aussi d'Alain Duchesne et Thierry Leguay : "Réfléchir sur les mots qui conduisent notre vie permet de mieux sentir le monde et notre destin." On ne peut mieux dire !

Jacques MERCIER

 

Matière à dispute, chroniques langagières, (tome 2) Zapf Dingbats et Palix, Ed Weyrish 2011, 132 pages, 14,5 / 24 cm, Couverture cartonnée. Prix : 19,90 Euros.

24 08 11

Le nouveau Christophe Marmorat : "exaltant" !

Marmorat.jpgLe sixième tome de la série "Ancrage" de Christophe Marmorat est exaltant, enthousiasmant, enrichissant... "La direction des risques" (vivre au féminin masculin) est une de ces lectures qui vous change, vous rend heureux ! Le livre mêle au fond beaucoup de genres : le journal, le dialogue, la nouvelle, les poèmes, le "blog" pour utiliser un terme à la mode... Avec toujours cette musique qui accompagne, qui souligne, qui explique la création de l'auteur. Son procédé consiste, comme vous le savez sans doute, à écouter en boucle un fond sonore qui produit une écriture minimaliste et fluide. Comme il l'écrit dans "A propos de l'écriture musicale" (en écoutant "A song of you" des Carpenters, dont il est question au début du livre) : "Je n'invente rien, je n'imagine rien, non. Je me contente de décrire, de reproduire ce que je vois et ressens (...) Le tempo est une des clés de cette écoute éveillée." On se laisse porter par le rythme de Marmorat, par le fil de ses pensées et nous traversons des paysages magnifiques et des descriptions superbes ("Maintenant il pleut très fort. J'adore ce temps qui nous rend les jours de soleil plus délicieux qu'ils devraient nous paraître, normalement.") : l'égo ("A ceux qui me disent que c'est égocentrique, nombriliste, je réponds qu'avez-vous à apporter de riche aux autres si vous êtes pauvres de vous-mêmes ?", la mort, l'instant esthétique, le discernement (grâce aux Jésuites), l'écriture elle-même ("J'ai observé un phénomène étrange depuis que j'écris et publie mes livres : Je n'ai plus d'âge dans la vie. Je n'ai plus que deux bornes : L'instant et l'infini.")... Et puis nous revient son admiration pour Elodie Frégé ( Mais oui !) et de la poésie aussi, comme ceci : "Mais, / Tu as une longue chevelure brune, / Et des yeux de la même couleur que ces larmes / Qui tapissent le Jardin du Luxembourg à l'automne." Enfin, ce qui semble l'évidence du livre "Vivre au féminin masculin", la part féminine qu'il se découvre : "Le masculin et le féminin existent en grammaire et en médecine." Et n'exisent que là, insiste l'auteur en quête de son identité. Mais le texte est encore riche d'autres réflexions sur des peintres, de textes sur des femmes, du chamanisme, de l'âme et de l'esprit... J'utilise l'adjectif "riche", car en effet on s'en sort enrichi de cette très belle lecture ! Exaltant, oui ! Vraiment ! Et enfin cet "autoportrait" superbe : "Un sourire, De l'enfance. / Un enthousiasme Adolescent. / Des mots Adultes." Qui fait mieux ?

Jacques MERCIER

 

La Direction des risques, vivre au féminin masculin, une écriture musicale de Christophe Marmorat, édition Ancrage 2011. cmarmorat@yahoo.fr 278 pages. 20 Euros.

05 07 11

Hommage au pois chiche !

 

pois chiches.jpgPierre-Brice Lebrun est un gourmet, un journaliste gourmet. Il partage avec les autres ses passions culinaires. On se souvient du « Petit traité de la boulette », rempli d'humour, qui lui a valu le Prix Cerise sur le gâteau 2009 du Festival des littératures gourmandes. Cette fois, cet auteur liégeois s'attache au pois chiche, sympathique légumineuse millénaire, injustement cantonnée à la couscoussière, capable pourtant de briller de l'entrée au déssert. Et l'auteur en fait une brillante démonstration. On apprend tout sur son origine, son exode, son déracinement : une belle aventure culinaire ! On apprend même à bien cultiver le pois chiche ! Et comme l'auteur gourmand manie aussi l'humour, il a parsemé (c'est le cas de le dire) son ouvrage de quelques calembours délicieux !

Jacques MERCIER

 

Petit traité du pois chiche, par Pierre-Brice Lebrun, Edition Le Sureau, 160 pp, cartonné, illustrations de Mireille Gayet, 19,50 euros.

01 07 11

Le bonheur au quotidien !

 

wilwerth.jpgVoilà un vrai manuel du bonheur quotidien ! Un livre qui donne le sourire, qui met du baume au coeur, qui fait rire, regarder les choses autrement. « Une manière d'inviter mes contemporains à redécouvrir les valeurs. Je suis convaincue que les grands changements partent des attitudes et actions individuelles » écrit Evelyne Wilwerth. Elle a mille fois raison. La présentation de ce petit guide du bonheur se décline en 22 astuces. Mais l'auteur précise « avant de s'embarquer » : « Aucun « isme », aucune référence philosophique. Simplement la voix du coeur ». Elle a raison : c'est celle qui touche le plus sûrement ! Au détour des astuces, on découvre un « jouet », une « araignée », une « bougie » ou un « miroir »; à chaque fois c'est une explication d'un moyen de se retrouver, d'exister mieux, et donc de pouvoir être disponible pour les autres. Les quelques illustrations en noir et blanc de Martine Souren donnent aussi du caractère à l'ouvrage. Au fil des pages, je note cette remarque sur la pudeur de la génération de nos parents ou cette question « Suis-je à la hauteur de mon enfance ? ». Je note aussi la proposition de sortir de son quotidien (Cette réflexion de toute beauté : « Offrir une majuscule au mot quotidien. »), de redécouvrir des moments de solitude. Le chapitre sur les yeux est magnifique : prendre une photo de ses yeux, l'agrandir et dialoguer avec soi ! « Il existe des dimanches sans voiture. Et si l'on décidait un dimanche de massacre des habitudes ? » suggère Eveline Wilwerth. Et comme pour signer son attachement à sa belgitude, elle, qui s'est frottée au théâtre, à la bohème, à l'animation, nous propose quelques fois un mot belge qu'elle apprécie : « racrapoter » !

 

Jacques MERCIER

 

22 astuces (pour une vie plus magique ), par Evelyne Wilwerth, édition maelstrÖm compAct , 96 pages, f 12cm/16cm, illustrations de Martine Souren, 8 euros. (www.maelstromreevolution.org)

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08 05 11

Enfin un philosophe optimiste !

Ferry autobio.jpgUne fois n'est pas coutume, je vous propose ici le texte de mon billet écrit dans mon propre blog (http//jacquesmercier.wordpress.com) à propos de l'autobiographie de Luc Ferry, publiée sous forme d'entretiens avec Alexandra Laignel-Lavastine.

Hier soir, ai terminé la lecture de l'autobiographie de Luc Ferry, enfin une sorte d'autobiographie écrite sous forme de dialogue et sous-titrée : "L'anticonformiste". Ce que j'en retiens avant tout, c'est une vision de l'avenir et qui n'est pas pessimiste ! Comme cela fait du bien ! Sa vision était déjà exposée dans son brillant et récent ouvrage : "La révolution de l'amour", mais il s'en explique longuement ici, avec son propre cheminement, ses origines, ses expériences, sa confrontation (d'où l'anticonformisme) avec les autres penseurs et/ou philosophes français. Je relève, par exemple sur mai 68 : "C'était aussi une période de grande liberté et d'aventures multiples, une période tumultueuse où l'on croyait que tout était permis du moment que l'on s'aime. J'en suis moins convaincu aujourd'hui, sans doute parce que je suis devenu plus soucieux des autres." Cela me touche d'autant plus que cette semaine je serai interviewé par Elodie de Sélys à propos d'un numéro de "Ce jour-là", excellente émission, consacré aux années 60. J'aime chez Ferry la clarté des choses. Ainsi à propos de notre civilisation : "Pour les Européens, trois grands principes éducatifs servent globalement de guide : l'amour, la loi et les oeuvres. Autrement dit : l'élément chrétien, l'élément juif et l'élément grec." Mais c'est surtout dans l'état actuel et les années qui viennent que Luc Ferry m'intéresse le plus. "Si la mondialisation s'est progressivement mise en place depuis le XVIII° siècle avec l'essor du capitalisme, la révolution numérique des années 90 nous a fait basculer dans autre chose." Et d'expliquer que le cours du monde semble nous échapper, soumis à la seule logique adaptative de la nécessité et de l'urgence. Mais il voit au-delà : "Deux mouvements - le désenchantement (mondialisation et déconstruction) et le réenchantement (sacralisation de l'humain à travers l'invention de la famille moderne - traversent la modernité démocratique." Et ceci encore : "Le seul lien social qui se soit approfondi, enrichi et intensifié depuis deux siècles est celui qui unit les générations à partir de l'expérience familiale. Je suis convaincu que c'est en elle, mais surtout à partir d'elle, qu'apparaissent de nouvelles formes de solidarité dans le reste de la société." ... Il y a encore beaucoup à dire et à commenter. Mais je vous renvoie au livre (Denoël) si voulez en savoir plus ! Pour ma part, je souris en refermant le livre, un peu plus confiant dans l'évolution du monde ! Avouez que c'est plutôt rare de pouvoir être aussi optimiste, car on entend surtout des appels à l'indignation, au désespoir,etc

 

Jacques MERCIER

 

Luc Ferry, l'anticonformiste (une autobiographie intellectuelle), entretiens avec Alexandra Laignel-Lavastine, Edition Denoël 2011, 390 pp. Photo Miguel Medina. 22 euros.

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05 05 11

Parler pour ne rien dire !

merle.jpgPierre Merle a été beaucoup édité et il s'est beaucoup exprimé autour de la langue française ! Quelques livres pour mémoire : "Le blues de l'argot", "Le Yaourt mode d'emploi", "Lexique du français tabou", "Le dico de l'argot fin de siècle", "Le dico du français qui se cause", "Petit traité de l'injure", "Mots de passe", "Les mots à la con", "Nouveau dictionnaire de la langue verte"... des livres qui parlent des manières de parler parallèles, marginales, hors-normes mais vraies. Il est journaliste, écrivain, linguiste. Dans "Politiquement correct" sous-titré "Dico du Parler pour ne rien dire", il s'attaque à ce qui est une des défenses les plus évidentes de tous ceux qui usent d'un pouvoir : la poudre aux yeux par le langage ! Mais pas seulement, puisque c'est aussi une manière d'édulcorer le langage populaire. En un mot, on tente de remplacer les langages vrais par une seule langue lisse, consensuelle, monotone aussi. Evidemment, elle perd alors tout son relief, cette langue française pourtant précise et pleine de nuances. Ce livre n'est pas qu'un dictionnaire, c'est aussi un pamphlet. Pierre Merle dénonce le conformisme branché. Il rappelle que la langue est le pouls de la société et que l'affadissement, la castration de l'une renvoient toujours à celles de l'autre. Avant de passer en revue les mots et les expressions concernés, l'auteur explique de manière magistrale dans son introduction l'étendue du phénomène et son succès croissant. C'est aux Etats-Unis qu'est né le "politically correct" que nous avons servilement adopté et adapté. J'aime en passant sa remarque à propos des importations américaines, qui ont toutes réussies leur entrée sauf le plus grand apport culturel du XXe siècle : le jazz ! Qu'est-ce que le "politiquement correct" ? Une auto-censure permanente. Dans les années 90, on vit donc apparaître "SDF" pour clochard, "Pays en voie de développement" pour pays sous-développé, "technicien de surface" pour balayeur... Tout s'est accéléré dès ce siècle-ci et l'auteur n'hésite pas à qualifier le phénomène "d'hypocrysie et de grotesque enflure". C'est une sorte de neutralité voulue. Le propre d'une mode qui réussit (c'est le cas), qui s'installe, c'est de finir par avoir l'air d'être une évolution naturelle. Et Pierre Merle de se poser la question : Pourquoi ça marche si bien et comment se transmet cette maladie ? Il répond : "Ca marche et se propage à tous les niveaux d'abord par psittacisme (on répète ce que les médias disent), puis par paresse (c'est livré clé en main) et enfin par pétoche et indifférence (On n'ose plus dire ce qu'on pense et on est indifférent à l'évolution de notre langue)". L'auteur est pessimiste et cite enfin "1984" et Orwell, la police de la pensée et la police du langage... Pour se faire une idée du phénomène et de son ampleur, plongez vite dans le dictionnaire de A comme Agent de propreté à Z comme Zone de non droit ! C'est très éloquent !

 

Jacques MERCIER

 

Politiquement correct, Dico du Parler pour ne rien dire, Pierre Merle, Les éditions de Paris/Max Chaleil. Format : 15x23 cm. Broché sous couverture quadri. 192 pages. 16 euros.

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