28 02 11

Voici 25 plaisirs littéraires !

Mini lits.jpgCes "25 minitrips en wagon-lit décapotable" sont 25 plaisirs littéraires magnifiques ! Leur édition est déjà une chose étrange et belle puisqu'au départ ces textes variés ont été publiés sur le site www.onlit.org. C'est un cadeau littéraire aux habituels lecteurs des nouvelles technologies. Leur caractéristique première est d'être courts, mais aussi d'aborder tous les genres en toute liberté ! Mon bonheur de lire a été renouvelé d'un auteur à l'autre, sans fléchissement et c'est déjà fantastique ! A ne pas manquer non plus la présentation en quelques lignes de chaque écrivain(e), insolite, drôle, inventive ! Essayons de survoler le tout : On commence par l'hyperdoué Nicolas Ancion et ses phrases amples qui donnent à voir et à sentir, à ressentir. Félicia Atkinson écrit dans son poème "les girafes au long cou recherchent les feuilles hautes, les feuilles hautes sont assoiffées de lumière (que cherche alors la lumière)..." Alain Bertrand, qui vit à Bastogne, évoque le ski et l'imaginaire. Pierre Borion aime la liberté de l'écriture et dans "Insomnie" il rêve de remplacer le pape ! "Les Françaises ont quelque chose de français qui les rend belles" écrit Frédéric Bourgeois, ce Namurois féru de photos. Lucielle Calmel juxtapose dans "Sud Ouest". Et puis toutes ces affirmations de Corentin Candi : "Corentin Candi ne choisit jamais la bonne fille, à la caisse." ou "Corentin Candi croit à la vie avant la mort." Laurent d'Ursel nous livre un cri, en une phrase de deux pages ! Le Liégeois Serge Delaive propose un joli poème sur l'amour déçu. D'une grande originalité le texte numéroté de Cedric Francis dans la tête d'un coureur cycliste qui pense à "la soeur de Lucien" ! "Je ne suis pas timide mais j'évite de prononcer des mots inutiles" déclare Corentin Jacobs dans sa contribution. Et plus loin : "Une femme est une mouche : pour l'attraper, pas d'hésitation n'est possible sinon elle s'envole !" J'ai adoré (comme beaucoup) le premier roman d'Edgar Kosma ("Eternels instants", analysé ici-même), j'ai aussi apprécié cette présentation par les sens de ses quelques personnages ! J'aime le ton, le vocabulaire de Lario Lacerda. Nous entrons dans le monde culinaire avec beaucoup d'humour et le "chef au chapeau" de Pierre-Brice Lebrun. Dans les "Appauvrismes" de Benoït Leclerc, je retiens "Lis-toi Entre les lignes Tourne sur toi-même Tu feras un singulier livre". Merveilleux texte de Karel Logist, le poète du Fram : cette fille en chemisier sur les affiches et la fin drôle, une vraie chute ! Avec Lucie Lux, nous entrons dans l'érotisme. Des sensations qu'on partage de l'intérieur avec la fille qui s'exhibe ! Sujet culinaire, documenté, avec la recette et les lieux, pour Jacques Raket et les "frivolités de la reine" (nos "choesels") ! Avant le texte halluciné et les musiques citées pour le lire, je ne résiste pas à vous lire dans la notice biographique cette épitaphe "Ci-gît mille édits, / Oh ! / Notre regrettée femme de méninges, / Née d'une maquerelle et d'un séraphin, / Elle vient de jeter l'encre" Et les premières lettres donnent "conne" ! Georges Richardot nous récite des "Il a fait" splendides. Laurence Soetens nous emmène dans le monde de Face Book, de Google et des pseudos. David Spailer allie littérature et polaroïds. J'aime aussi beaucoup "Room 14" de Vincent Tholomé, et sa façon prenante de tisser son texte, monologue, avec des points... Enfin restent Luc Vandermaelen et l'Ardèche, ainsi que Andy Vérol et cet amour terrifiant, brutal et la prison... Quelles heures heureuses j'ai passées à la lecture de ce recueil, que je ne peux que vous recommander chaleureusement !

Jacques MERCIER

 

25 minitrips en wagon-lit décapotable, collectif, Ed. La Renaissance du Livre, collection Grand Miroir, 200 pp, site: www.onlit.org Prix : 16 euros.

 

07 02 11

Un survol du show-biz

pascal negre.jpgPour tous ceux qui veulent comprendre, de l'intérieur, le phénomène du disque, de la production, du show et du business à la fois, du spectacle, du prix, du téléchargement, etc. Pascal Nègre propose un très bel exposé dans "Sans contrefaçon". Comme il l'explique, il est pour certains celui qui remet le prix au vainqueur de la Star Academy, pour d'autres celui qui lutte contre les téléchargements pirates ou le PDG d'Universal Music, l'ami des stars. Cependant, Pascal Nègre est avant tout un producteur. Le producteur dans une maison de disques est la personne qui verse des avances aux artistes afin qu'ils puissent écrire leurs chansons, qui choisit les musiciens et les studios, qui propose enfin les oeuvres au grand public. Le producteur doit créer un climat de confiance pour que l'artiste puisse s'exprimer au mieux. Pascal Nègre nous livre ici sa profession de foi dans son métier, son amour véritable de la musique, de cette forme de culture. C'est convaincant ! J'ai trouvé dans le livre bien des réponses aux questions que tout le monde se pose un jour. Qu'elles concernent le show et les caprices des artistes, les pourcentages sur les disques, la téléréalité et qui se cache derrière tout ça, les buzz sur Internet et les indépendants, etc. On s'attache à Pascal Nègre dès qu'il raconte son enfance, ses débuts, ses passions. On le comprend, on le suit, du bas jusqu'en haut de l'échelle, avec l'enthousiasme et l'intelligence comme compagnons. Il parle sans détours, par exemple, de l'affaire Hallyday, de la crise, de la star'Ac ! Oui, il cite des noms, oui, il donne des chiffres, oui, il juge et donne son avis personnel. Si Pascal Nègre est relativement optimiste tout au long de l'ouvrage, il termine par un coup de gueule ! "Toute une génération semble avoir perdu l'oreille. Elle passe son temps à écouter sur ordinateur des chansons compressées, décompressées et recompressées, sans paraître le moins du monde s'en trouver scandalisée. Or, c'est un désastre artistique. Que l'on puisse se satisfaire de deux minuscules haut-parleurs d'ordinateur pour écouter une oeuvre qu'un artiste a passé des semaines à travailler, à peaufiner, à perfectionner avec des musiciens, des réalisateurs et des ingénieurs du son, pour qu'elle soit offerte au public avec toute la palette de couleurs qu'il a imanginées, oui, cela me révolte ! C'est du saccage pur et simple !"

Jacques MERCIER

Sans contrefaçon, par Pascal Nègre. Edition Fayard, collection Document, 2010. 290 pages. 19 euros.

31 01 11

Des nouvelles érotiques !

marly.jpgNathalie Marly fut pendant dix ans journaliste à la RTBF et en particulier dans "Appel à témoins". Elle puise avec bonheur dans ses propres expériences du monde de la télévision pour créer ces nouvelles délicieusement érotiques, le décor mais aussi les personnages. Dans "Instants frivoles", elle est ainsi tour à tour scripte dans "Sous les néons orange" ; journaliste dans "Fantamses à Venise" ; assistante d'un reporter dans "Impondérable désir" ; star du JT dans "Anne et "son" vingt heures". D'ailleurs au-delà des fantasmes, de cette soif du désir sensuel, satisfait, assumé ou pas, on peut aussi découvrir des points de vue très intéressants et sans aucun doute vécus par Nathalie Marly sur ce métier passionnant mais cruel, une jungle. Avec un point final, qui pourrait être une sorte de pied de nez au métier : "L'habit fait l'envie", qui cette fois met en scène une téléspectatrice face à une vedette du petit écran ; et c'est bien ce dernier qui se ridiculise dans la réalité, hors du fantasme. L'humour, le clin d'oeil, parfois une clé donnée dans un sourire, émaillent ces courtes nouvelles. J'aime, par exemple, quand elle parle d'un grand mariage qu'il soit "une union avec tambours et trompettes" ! J'aime aussi cette idée de "l'armoire des anges" à découvrir dans "Les travertins", les masques blancs dans "Venise"... Personnellement, j'avais aimé le style, la manière d'écrire, de se décrire comme femme si personnelle et si générale, dès son premier livre "Au nom du Père"; je suis donc heureux de découvrir la suite du cheminement de son écriture. Quittez pour quelque temps la dure réalité pour vous plonger vous aussi dans ces "instants frivoles".

Jacques MERCIER

 

Instants frivoles, par Nathalie Marly. Nouvelles. Editions Dricot 2010. 13,5 cm/21 cm. 100 pages. 13,50 euros.

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27 01 11

Un témoignage terrible !

opus dei.jpgLe terrifiant témoignage de Véronique Duborgel vient de paraître dans la collection "J'ai Lu" : "Dans l'enfer de l'Opus Dei". L'auteure a passé treize ans dans l'"Oeuvre" et on a l'impression de vivre un très mauvais film, de tout ce qu'on pouvait craindre à propos des sectes, avec le goût du secret, l'obéissance à tout prix, l'humiliation, la dissimulation. Le plus triste est sans doute que tout est organisé pour le "paraître", alors que la religion même souhaite "l'être". Est-ce ce que voulait réellement le fondateur idôlatré, Mgr Escriva de Balaguer (Mort en 75, canonisé en 2002) ? Ses écrits (dont on retrouve des extraits significatifs ici) semblent y répondre par l'affirmative. Le plus étonnant est sans doute la présence qu'on y donne à Satan et à ses oeuvres. Et puis, les codes, les termes, les secrets, j'y reviens, comme une franc-maçonnerie dévoyée et devenue religieuse. "Siffler" est faire acte de candidature, par exemple. Le plus rétrograde est sans doute la séparation totale des sexes tout au long de la vie quotidienne ou en communauté, avec délation et "corrections fraternelles" ! Au fond, on décrit une organisation totalitaire, dont on sort très difficilement et dont on ne se remet jamais. Parfois, il faut écrire, témoigner, crier pour s'en sortir. Il faut le courage de Véronique ! "J'ai confié au lecteur des bribes de ma vie, un peu en désordre" conclut-elle "j'ai écrit comme l'on renverse une boîte de puzzle. Des pièces éparses, des morceaux de vie éparpillés. Un travail de souvenir auquel ma mémoire se refusait parfois. Chercher au fond de moi, tout au fond, ce qui avaité été enfoui dans le but d'être oublié, toutes ces choses que j'ai occultées, effacées dans le vouloir."

Jacques MERCIER

 

Dans l'enfer de l'Opus Dei, par Véronique Duborgel. Edition J'ai lu, 2010. 155 pages. 4,80 euros.

27 01 11

Vivre est un art !

petit traité.jpgLes livres (des manuels de vie) de Frédéric Lenoir sont tous et longtemps classés dans les listes des meilleures ventes. C'est normal dans cette existence qui est au XXIe siècle plus incohérente que jamais et à la recherche permanente de sens. Que faisons-nous ici ? Qui sommes-nous ? L'auteur nous explique le propos en deux phrases : "Exister est un fait, vivre est un art. Tout le chemin de la vie, c'est passer de l'ignorance à la connaissance, de la peur à l'amour." Le livre s'intitule Petit traité de vie intérieure et il s'agit bien de ça : de la philosophie, de la spiritualité (doit-on encore dissocier nécessairement les deux ?) pour tout le monde. La recette comporte six points. 1 : S'aimer, accepter ce qui est inéluctable, n'agir que sur ce qui est transformable. 2 : Avoir foi en la vie, et donc pouvoir aussi lâcher-prise. 3 : Etre responsable de sa vie. 4 : Avoir du temps libre, ne pas tout le temps s'occuper, être léger, futile parfois. 5 : Etre parfois dans le silence, la méditation. Et 6 : Faire confiance en son intuition, connaissance et discernement... Pour mieux nous expliquer, l'auteur s'appuie sur la pensée des êtres exceptionnels : de Jésus à Spinoza, de Conficius à Lévinas. Ne manquez surtout pas l'addendum, un dialogue entre Socrate et Jacques Séguéla autour de la "vie réussie" et de sa définition, qui vaut son pesant de sourires. Où l'on parle évidemment de la montre du publicitaire ! Ne manquez pas non plus l'apologie de l'Abbé Pierre, superbe ! Et pour les pessimistes voici une phrase parmi des dizaines d'autres aussi encourageantes : "Toute action en faveur de la vie, aussi minime soit-elle, est une manière de nous relier au monde et de signifier notre refus de la violence et de la desctruction. Plus nous serons nombreux à agir ainsi, plus le monde aura des chances de changer."

Jacques MERCIER

 

Petit traité de vie intérieure, par Frédéric Lenoir. Edition Plon, 2010. 200 pages. 18 euros.

08 01 11

Tous mortels !

ragon.jpgLe livre "Ils se croyaient illustres et immortels..." de Michel Ragon est à la fois une vue très intéressante sur la fin de vie de quelques hommes illustres, mais aussi et surtout un livre qui fait réfléchir aux valeurs importantes. Parmi celles-ci la gloire, la fortune et le pouvoir, on le sait, n'ont qu'une place toute relative ! Et surtout ne durent que le temps d'une mode (cela revient parfois) mais dans les exemples de Ragon même pas le temps de toute une vie. Les anecdotes sont bien choisies et nous rendent proches Descartes, Pound, Clemenceau, Dumas ou Sagan. J'aime les citations en exergue. Gustave Flaubert : "On est reconnu pendant cinq ans, dix ans, quinze ans (c'est déjà beaucoup) puis tout sombre, hommes et livres". Louis-Ferdinand Céline : "On n'est plus qu'un vieux réverbère à souvenirs au coin d'une rue où il ne passe déjà presque plus personne." Petit livre sur l'illusion, sur le temps qui passe, sur l'aspect dérisoire des choses matérielles. La vie c'est ce que l'on est et pas ce que l'on a, j'ai toujours en tête cette phrase et Michel Ragon nous la remet en mémoire de bien belle façon ! Ajoutons sans être aussi pessimiste aujourd'hui ce que Charles De Gaulle écrivait : "La vieillesse est un naufrage" pour être complet.

Tant qu'il est temps, essayons de faire le tri dans les valeurs proposées et choisissons bien !

Jacques MERCIER

 

Ils se croyaient illustres et immortels... par Michel Ragon. Edition Albin Michel 2011. 162 pp. Format 13cm/18,5cm. 15 euros.

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30 12 10

Une fresque dessinée pour Napoléon !

napoleon.jpgC'est le premier ouvrage édité pour Nicolas Dandois, carolorégien issu de l'atelier de BD de Saint-Luc à Bruxelles, et c'est excellent ! Voici le premier tome d'une saga consacrée à Napoléon, intitulé "Eté 1815". Un si beau travail de dessinateur que les planches ont été exposées au Musée Wellington à Waterloo ! On raconte dans ce volume la mort de Napoléon, l'autopsie, etc. ensuite on remonte dans l'Histoire jusqu'à la fin politique de l'empereur après sa défaite. Dans sa demeure de Malmaison, hanté par le souvenir de Joséphine, il ne maîtrise plus son destin... Pierre d'Harville dans la préface écrit : "Oui, Nicolas a de l'audace, c'est bien le rôle d'un auteur de bande dessinée. J'ai aimé les intrigues, les scènes de guerre, les scènes de lit. Napoléon tonne, grogne, sourit parfois, commande souvent." En noir et blanc, les dessins s'inscrivent totalement dans la sensibilité actuelle, même réflexion pour le format. Une formidable façon de redécouvrir ce personnage fascinant et contesté. On attend donc les autres tomes !

Jacques MERCIER

 

Ete 1815, Napoléon - Tome 1, écrit et dessiné par Nicolas Dandois. Editions Des ronds dans l'O. Sept 2010. 160 pp. Format 16,5 cm/24 cm. 16,50 euros.

28 12 10

Inventer sa vie !

lavilliers.jpgQuel livre étrange ! Une biographie de Bernard Lavilliers, d'abord acceptée, puis refusée, puis poursuivie par Michel Kremer, critique musical... Etrange parce qu'on y retrouve vraiment - avec admiration - tout le parcours de Bernard Lavilliers, ses disques, ses motivations... mais aussi ses mensonges : les inventions auxquelles - moi-même dans les années 70 - tout le monde a cru ! Il ne fut pas boxeur, il n'eut pas une enfance malheureuse, il ne fut pas chauffeur de poids lourd en Amazonie... et même, oui, il a copié, plagié beaucoup de textes de poètes qu'il aimait ! Le résultat est trouble : ce n'est pas qu'on ne l'aime plus, mais comme s'il nous avait trompé, il faut qu'on tolère, accepte et pardonne... Ce serait dommage de ne retenir que ses erreurs, car le livre est surtout une excellente analyse de sa place dans la chanson française. L'auteur cite d'ailleurs cette déclaration de Blaise Cendrars à propos de son célèbre roman "Le Transsibérien" : "Qu'importe si j'ai pris ce train, puisque je l'ai fait prendre à des milliers de gens." En effet ! On comprend bien le processus de création de Lavilliers : "Lavilliers aime écrire en état d'urgence..."mais ne pas tout raconter" explique-t-il lui-même dans une interview "La chanson aime le non-dit, le non-lieu et les personnages secrets. Elle aime le flou, ce qui se passe ailleurs, de l'autre côté de la logique." Je ne connais pas beaucoup de plus juste définition de l'écriture d'un texte de chanson. On croise dans le livre Nicoletta (idées noires), Ray Barretto, Corto Maltese, Léo Ferré... et ses femmes, Lisa, Evelyne... Tout le parcours incroyable du petit Stéphanois, né Bernard Oulion, devenu Bernard Lavilliers.

Jacques MERCIER

Les vies liées de Lavilliers, par Michel Kemper. Edition Flammarion. Collection pop culture. novembre 2010. 388 pp. 20 euros.

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25 12 10

Philo pour jeunes !

Ferry philosophie.jpgTu es jeune ? Tu veux aimer la philo ? Lis-moi ! C'est à peu près le message de Luc Ferry dans cet ouvrage "Apprendre à vivre" et sous-titré "Traité de philosophie à l'usage des jeunes générations", qui vient d'être réédité en collection de poche. Ancien ministre de l'Education nationale française, le philosophe a un sens admirable de la pédagogie. Il nous conduit ici, en nous tutoyant, à travers toutes les grandes écoles philosophiques. C'est une introduction remarquable à une étude plus poussée, une synthèse magnifique ! Pourquoi ce livre ? Luc Ferry s'en explique dans l'avant-propos : "D'abord, égoïstement, parce que le spectacle le plus sublime peut devenir une souffrance si l'on n'a pas la chance d'avoir à ses côtés quelqu'un pour le partager". C'est donc au partage de ses connaissances que nous invite l'auteur. Il nous explique en termes simples le parcours en trois étapes de la philosophie : la théorie, la morale et l'éthique et finalement la conquête de la sagesse. Au passage, on glane des phrases de philosophes évidemment. De Sénèque, au hasard : "Il faut retrancher ces deux choses : la crainte de l'avenir, le souvenir de maux anciens. Ceux-ci ne me concernent plus et l'avenir ne me concerne pas encore". Et ceci "Tandis qu'on attend de vivre, la vie passe." Au moment de parler de Jean-Jacques Rousseau, on lit le statut de l'homme par rapport à l'animal : "Au contraire, l'homme va se définir à la fois par sa liberté, par sa capacité de s'arracher au programme de l'instinct naturel et, du coup aussi, par sa faculté d'avoir une histoire dont l'évolution est a priori indéfinie." Kant, Descartes, ils défilent tous avec leurs idées transcrites simplement. Il s'attarde avec raison sur "le cas Nietzsche", dont il dit : "On peut ne pas partager ses idées, on peut même les détester, mais on ne peut plus penser après lui comme avant. Là est le signe incontestable du génie." Une idée parmi d'autres dans sa philosophie : "Dans le conflit entre la raison et les passions, ne pas choisir les secondes au détriment de la première, sous peine de sombrer dans la pure et simple "bêtise"." L'idée actuelle de Luc Ferry est optimiste, remplie d'espoir (voir son livre "la révolution de l'amour") et elle s'annonçait déjà dans ce livre-ci : "L'urgence n'est certes plus de s'en prendre à des "pouvoirs" désormais introuvables tant le cours de l'histoire est devenu mécanique et anonyme, mais au contraire, de faire surgir de nouvelles idées, voire de nouveaux idéaux, afin de retrouver un minimum de pouvoir sur le cours du monde." Et de terminer par l'idée maîtresse du respect d'autrui !

Jacques MERCIER

 

Apprendre à vivre, par Luc Ferry. Edition J'ai lu, 2010 (édition orig. Plon 2006). Format de poche. 314 pages. 7 euros.

02 12 10

Une merveille de tendresse !

livrejacques.jpgC'est un petit livre intemporel, pour ne pas dire éternel. C'est un livre de tendresse. Certains n'hésitent pas à parler d'un nouveau "Petit Prince" ! "Dis, est-ce que ça repousse les ailes" de Brigitte Jacques L. est, en effet, un moment de grand bonheur de lecture et de poésie (dans un sens de climat poétique, de conte, d'invention). Un plaisir composé de lumière, de poésie, d'émerveillement : les dessins, le texte et sa disposition, sa simplicité, tout contribue à rendre cette découverte inoubliable. Yves Duteil, qui s'y connaît en enfance et en tendresse dans ses propres créations, a écrit une sorte d'éditorial d'après lecture, et ses mots traduisent le même sentiment partagé par tous les lecteurs (très nombreux déjà), grands et petits. Un extrait pour tépoigner de cette profondeur du texte : "Le regard que l'on pose sur lui / Un jardin a besoin de se sentir regardé avec amour pour être beau / quelles que soient ses saisons / quel que soit le terrain / quelles que soient ses pousses / à ces regards-là / il fleurit / à ces regards-là / il donne des fleurs inattendues simplement parce qu'il se sent aimé." En cette période de fêtes d'enfance, de naissance et d'innocence, c'est le cadeau idéal; presque pour équilibrer les jouets plus prosaïques...

Jacques MERCIER

Dis, est-ce que ça repousse les ailes ? de Brigitte Jacques L. Edition Fidélité Jeunesse. Broché. 84 pages. 16 euros. Rens : www.dismelodie.be

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