25 12 10

Philo pour jeunes !

Ferry philosophie.jpgTu es jeune ? Tu veux aimer la philo ? Lis-moi ! C'est à peu près le message de Luc Ferry dans cet ouvrage "Apprendre à vivre" et sous-titré "Traité de philosophie à l'usage des jeunes générations", qui vient d'être réédité en collection de poche. Ancien ministre de l'Education nationale française, le philosophe a un sens admirable de la pédagogie. Il nous conduit ici, en nous tutoyant, à travers toutes les grandes écoles philosophiques. C'est une introduction remarquable à une étude plus poussée, une synthèse magnifique ! Pourquoi ce livre ? Luc Ferry s'en explique dans l'avant-propos : "D'abord, égoïstement, parce que le spectacle le plus sublime peut devenir une souffrance si l'on n'a pas la chance d'avoir à ses côtés quelqu'un pour le partager". C'est donc au partage de ses connaissances que nous invite l'auteur. Il nous explique en termes simples le parcours en trois étapes de la philosophie : la théorie, la morale et l'éthique et finalement la conquête de la sagesse. Au passage, on glane des phrases de philosophes évidemment. De Sénèque, au hasard : "Il faut retrancher ces deux choses : la crainte de l'avenir, le souvenir de maux anciens. Ceux-ci ne me concernent plus et l'avenir ne me concerne pas encore". Et ceci "Tandis qu'on attend de vivre, la vie passe." Au moment de parler de Jean-Jacques Rousseau, on lit le statut de l'homme par rapport à l'animal : "Au contraire, l'homme va se définir à la fois par sa liberté, par sa capacité de s'arracher au programme de l'instinct naturel et, du coup aussi, par sa faculté d'avoir une histoire dont l'évolution est a priori indéfinie." Kant, Descartes, ils défilent tous avec leurs idées transcrites simplement. Il s'attarde avec raison sur "le cas Nietzsche", dont il dit : "On peut ne pas partager ses idées, on peut même les détester, mais on ne peut plus penser après lui comme avant. Là est le signe incontestable du génie." Une idée parmi d'autres dans sa philosophie : "Dans le conflit entre la raison et les passions, ne pas choisir les secondes au détriment de la première, sous peine de sombrer dans la pure et simple "bêtise"." L'idée actuelle de Luc Ferry est optimiste, remplie d'espoir (voir son livre "la révolution de l'amour") et elle s'annonçait déjà dans ce livre-ci : "L'urgence n'est certes plus de s'en prendre à des "pouvoirs" désormais introuvables tant le cours de l'histoire est devenu mécanique et anonyme, mais au contraire, de faire surgir de nouvelles idées, voire de nouveaux idéaux, afin de retrouver un minimum de pouvoir sur le cours du monde." Et de terminer par l'idée maîtresse du respect d'autrui !

Jacques MERCIER

 

Apprendre à vivre, par Luc Ferry. Edition J'ai lu, 2010 (édition orig. Plon 2006). Format de poche. 314 pages. 7 euros.

02 12 10

Une merveille de tendresse !

livrejacques.jpgC'est un petit livre intemporel, pour ne pas dire éternel. C'est un livre de tendresse. Certains n'hésitent pas à parler d'un nouveau "Petit Prince" ! "Dis, est-ce que ça repousse les ailes" de Brigitte Jacques L. est, en effet, un moment de grand bonheur de lecture et de poésie (dans un sens de climat poétique, de conte, d'invention). Un plaisir composé de lumière, de poésie, d'émerveillement : les dessins, le texte et sa disposition, sa simplicité, tout contribue à rendre cette découverte inoubliable. Yves Duteil, qui s'y connaît en enfance et en tendresse dans ses propres créations, a écrit une sorte d'éditorial d'après lecture, et ses mots traduisent le même sentiment partagé par tous les lecteurs (très nombreux déjà), grands et petits. Un extrait pour tépoigner de cette profondeur du texte : "Le regard que l'on pose sur lui / Un jardin a besoin de se sentir regardé avec amour pour être beau / quelles que soient ses saisons / quel que soit le terrain / quelles que soient ses pousses / à ces regards-là / il fleurit / à ces regards-là / il donne des fleurs inattendues simplement parce qu'il se sent aimé." En cette période de fêtes d'enfance, de naissance et d'innocence, c'est le cadeau idéal; presque pour équilibrer les jouets plus prosaïques...

Jacques MERCIER

Dis, est-ce que ça repousse les ailes ? de Brigitte Jacques L. Edition Fidélité Jeunesse. Broché. 84 pages. 16 euros. Rens : www.dismelodie.be

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30 11 10

Comprendre la honte !

Cyrulnik honte.jpgLe neuropsychiatre Boris Cyrulnik aborde aujourd'hui le problème de la honte. Dans "Mourir de dire - La honte", l'auteur de tant d'essais magnifiques ("Parler d'amour au bord du gouffre", "De chair et d'âme", etc.) analyse ce "poison de l'existence" qui nous atteint tous plus ou moins. De celui qui rougit à la victime de la pédophilie, hélas bien à l'ordre du jour. Quelques phrases notées tout d'abord : "Les mots sont des morceaux d'affection qui transportent parfois un peu d'information." (P.7) Dans le chapitre "sortir de la honte", on lit : "La réussite n'est pas toujours une preuve d'épanouissement, elle est souvent même le bénéfice secondaire d'une souffrance cachée." (P.38). Dans la section "La mort dans l'âme", cette évidence qu'il est bon de se redire : "Ce n'est pas l'échec qui provoque la honte, c'est le sentiment d'échec, ce qui n'est pas pareil." (P.76) Ceci qui devrait être une devise : "On n'éprouve la honte que si l'on souhaite préserver son amour-propre sous le regard de ceux auxquels on donne le pouvoir de nous rabaisser" (P. 242). C'est une approche actuelle, inédite, nourrie des dernières études de la science que nous propose Boris Cyrulnik. On sait que les animaux n'éprouvent pas la honte et qu'elle est, chez l'homme, la preuve d'un bon développement intellectuel et affectif. Il faut donc bien distinguer les honteux, qui se soucient de l'autre, et les pervers, qui n'incluent pas l'autre dans leur univers. L'auteur revient sur son enfance juive, il fut un des trois rescapés de la rafle des enfants bordelais en 1944 ; Si on témoigne, explique-t-il, on transmet son, traumatisme; si on se tait, on transmet l'angoisse du silence. L'auteur est devenu psychiatre pour essayer de tout comprendre. Ce qui est impossible, mais l'incite néanmoins à l'optimisme. De livre en livre, il réinvente une manière plus harmonieuse de vivre ensemble. Il mise sur l'humanité de l'homme en quelque sorte. Après John Bowlby, qui a introduit le terme dans ses écrits sur l'attachement, en France, c'est Boris Cyrulnik qui développe le concept de "résilience" (reprendre vie après un malheur) en psychologie. Dans cet ouvrage, Boris Cyrulnik nous engage à dépasser la culpabilité et à retrouver force, fierté et liberté.

Jacques MERCIER

Mourir de Dire La Honte, par Boris Cyrulnik. Edition Odile Jacob. En couverture : la réprimande, d'Edouard Frère. 264 pages. 22,50 euros.

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26 11 10

Au fil des musiques : les mots !

Mormorat  La fille du froid.jpg Voici donc le quatrième tome de la série, déjà évoquée ici, de recueils "Ancrage", où Christophe Marmorat lie si intimement musique et texte. C'est un nouvel enchantement ! Un livre complet où se mélangent poésie, musique, philosophie, réflexion, description, émotion. Tout d'abord l'auteur s'explique sur le choc de la chanson "Les rideaux" d'Elodie Frégé. J'aime aussi que cela commence par un retour à l'enfance "sensation douce, puis chaude". Oh, cette surimpression de mots différents collés sur ceux de "Autumn Leaves" (version chantée par Eva Cassidy) : une merveille ! Ses souvenirs égrenés et toujours la musique, une création née, dit-il, de la lecture de Proust et de Bergson. Comme j'aurais aimé écrire un aussi incroyable début de texte que "Je suis né vieux et dans une certaine solitude"... Dans ses "tentatives philosophiques", il évoque la beauté des corps et des âmes. Il parle aussi de la guerre, puis nous vient "La fille du froid", et sa photo en noir et blanc "une lourde capeline entoure ses épaules". La Fille du Froid va accoucher d'Ange, se retrouve sur scène, plonge dans la mer... et toujours la qualité de l'écriture :  "tu seras la couturière des sourires glacés". Ensuite il y aura des textes pour des figures féminines : Aurèle ("Aurèle Louve, à pas de loup"), Lucie, Isabelle, Julie, Béa.. et même des instants érotiques avant un dernier conseil (provisoire puisque nous attendons les trois derniers volumes) : "Vivez pour ce moment où vos yeux se poseront sur la grâce" !

Jacques MERCIER

La Fille du Froid, suivi de "Poèmes pour Aurèle" par Christophe Marmorat, 228 pages, édition par l'auteur, coll. Ancrage. 18 euros. cmarmorat@yahoo.fr - Libris Agora Louise.

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26 11 10

Les poètes sont immortels !

piqué des vers.jpg  C'est rappelé dans la préface de cette superbe anthologie : "Longtemps après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues" (Trenet) ! La poésie et l'amour sauvent le monde, vient d'écrire Jean d'Ormesson dans son dernier livre. Tout cela annonce bien ce "Piqués des vers" qui fête le 300° numéro de la collection Espacxe Nord, aujourd'hui à la Renaissance du Livre ! Immortels les poètes belges repis ici le sont d'une certaine manière puisqu'on n'y a indiqué que leur année de naissance (et on les trouve dans cet ordre chronologique) mais pas d'autre date, histoire d'imaginer qu'ils sont tous encore vivants ! (j'ai le grand honneur d'y avoir un poème, j'en rougis de bonheur!). Colette Nys-Mazure parle de la "contagion du poème". Elle explique qu'il faut arracher la poésie à la tour d'ivoire dans laquelle on l'enferme, souvent contre le gré de poètes. "La poésie est tout sauf une décoration de l'existence" écrit-elle fort élégamment "Substantielle, elle aide à vivre; et celui qui l'écrit et ceux qui la lisent." Son conseil ? "Apprendre par coeur et par corps ces poèmes, se les redire ici et là, en chemin ou dans une salle d'attente, quel plaisir sans ombre ! Je crois à ces mots qui permettent de tendre une main et de traverser la nuit sans mourir." Magnifique ! Le recueil fort bien mis en page commence par Emille Verhaeren (1855) et se termine par Kathleen Dor (1983). Les auteurs revendiquent le choix des coups de coeur et proposent dans ce bouquet de grands noms, des redécouvertes et de délicieuses surprises. J'ouvre au hasard : Evelyne Wilwerth "Elle tourna le dos / aux colloques/ et ôta ses chaussures. / Ses pieds / apprivoisèrent l'herbe. / Elle sut / qu'elle avait échappé / de justesse / à la mort."

Jacques MERCIER

Piqué des vers ! Colette Nys-Mazure et Christian Libens. Edition Renaissance du Livre. Collection Espace Nord. 416 pages. Couverture Olivier Brunet. 12 euros.

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08 11 10

Vertigineux !

Univers.jpg Voici donc les dernières perspectives vertigineuses que nous offre la cosmologie contemporaine ! Embarquement immédiat, attachons nos ceintures ! C'est passionnant ! Notre guide, Etienne Klein, dirige le laboratoire de recherche sur les sciences de la matière au Commissariat à l'énergie atomique. Bien des réflexions et des recherches commencent avec Galilée... "C'est parce qu'il est l'un des rares à intriquer ces deux questions - Comment l'univers est-il apparu et pourquoi est-il apparu ? - que le problème de l'origine nous oblige à sonder les capacités ultimes de la science." Avant d'entrer dans cette exposition des thèses en présence et donc de nous faire une idée, si possible, l'auteur nous demande d'avoir à l'esprit trois choses essentielles : Un : L'univers, dans son idée moderne, est lié à une unité et à des lois (les mathématiques). Deux : L'univers peut être objet de science (la science ne s'occupe que des choses dont l'existence physique ou matérielle est avérée). Une idée jeune de moins d'un siècle, grâce à Einstein, à Hubble, etc. Trois : L'univers a une histoire, qui ne se réduit pas qu'à ses constituants (depuis Lemaître). On parle donc du Big Bang, qui ne serait donc plus une explosion initiale, mais un épisode traversé par l'univers... etc. J'aime ces repères tel celui-ci : "Un constat s'impose. Les lois physiques sont "hors du temps", au sens où elles ne changent pas au cours du temps : elles étaient les mêmes dans l'univers primordial qu'aujourd'hui. L'univers, lui, a changé. Plus précisément, les conditions physiques au sein de l'univers n'ont cessé d'évoluer." Cette évolution, on a peu l'habitude d'en tenir compte dans le monde occidental, alors qu'en Chine, par exemple : "La vie et le monde sont en transition continue et ne peuvent être dits que sous l'angle d'un perpétuel devenir." A vous de découvrir ce livre passionnant. Sachez encore que l'horizon que visent les scientifiques aujourd'hui est la découverte d'une "théorie du tout" (le mariage de la physique quantique et de la relativité générale)... Vertigineux, je vous le disais !

Jacques MERCIER

 

Discours sur l'origine de l'univers, par Etienne Klein, Edition Flammarion/NBS, 182 pages. 17 euros (prix France)

06 11 10

Enfin l'amour !

 Luc Ferry.jpgEnfin, un livre clair, évident, passionnant, qui répond à toutes les questions que nous nous posons sur ce que nous sommes et ce que nous allons devenir, nous qui sommes en manque de repères ! Ce que propose, ou expose plutôt, Luc Ferry est tout simplement un nouvel humanisme ! Et ses titre et sous-titre sont explicites : La révolution de l'amour (pour une spiritualité laïque) ! Les trois caractéristiques du temps présent sont la déconstruction des valeurs traditionnelles, la dépossession démocratique, l'impuissance publique devant la mondialisation et enfin le ré-enchantement du monde par l'amour entre humains. C'est le constat qu'il détaille. Notre monde a plus changé en 50 ans que durant les 500 années précédentes. L'auteur nous relate l'histoire des grandes époques éthiques : de la conception aristocratique née dans l'Antiquité grecque, où chacun trouve sa place ici-bas comme dans le cosmos, jusqu'à ce second humanisme qui prône amour et fraternité (les grands mouvements d'aide internationale en sont un signe); on passe évidemment par la fondation religieuse de la morale, l'époque judéo-chrétienne, l'éthique républicaine des Lumières, qui est un premier humanisme, et par l'éthique de l'authenticité, qui fut l'époque encore proche où nous avons lutté contre toutes les aliénations et pour une logique de l'hédonisme. Entre autres sujets passionnants, Luc Ferry parle du plus grand événement récent en Occident : le mariage d'amour. Il engendre deux conséquences : l'invention du divorce et la sacralisation de l'enfant, comme jamais ce ne fut le cas auparavant. Cette idée de générations futures prend la place du nationalisme à droite et de la révolution à gauche. "L'histoire moderne est strictement parallèle à celle du mariage d'amour " écrit-il "et ce, de toute évidence, pour des raisons de fond. C'est l'amour, pourtant développé dans la sphère privée, qui a mis en sympathie le monde occidental avec les autres civilisations. Lorsque nous voyons un père kurde ou somalien pleurer l'enfant mort qu'il porte dans ses bras, nous ne pouvons nous empêcher de participer un tant soit peu à sa souffrance." Aujourd'hui nous ne sommes plus du tout d'accord de mourir pour les trois entités majeures qui ont constitué l'histoire du sacré en Europe : Dieu, la patrie et la révolution. En un demi-sècle ces trois motifs de sacrifice ont disparu de notre vieille Europe. Aujourdhui analyse Luc Ferry  "Faites l'effort de réfléchir en vous-même, et vous verrez que vous êtes prêts, le cas échéant, à prendre les armes pour protéger ceux que vous aimez, ce qui prouve que le sacré n'a nullement disparu. Il s'est simplement déplacé, incarné ailleurs, dans l'être humain et non plus dans des abstractions vides." A l'échelle de l'histoire c'est un événement inédit qui appelle, et c'est ce que fait Luc Ferry, une nouvelle réflexion philosophique. C'est passionnant. Cela éclaire vraiment nos pensées d'un nouveau point de vue et avouons que cela nous manquait. Personnellement, plongé tous les soirs dans la lecture des philosophes en quête de réponses, voici un livre qui me comble et me rend l'espérance. Cela conforte nos idées sur l'amour, sur la famille, sur notre place et notre rôle dans la société et son avenir, son évolution. La dernière partie du livre est consacrée à la spiritualité. Un livre remarquable !

Jacques MERCIER

 

La révolution de l'amour (Pour une spiritualité laïque) par Luc Ferry. Edition Plon. 478 pages. 21,90 Euros.

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29 10 10

Des siècles de sottises !

 

Sottise.jpg Il semble bien que nous ayons tous la sottise en partage : à un moment donné, dans une situation donnée, à une époque donnée. Ce spécialiste de la philosophie antique et médiévale qu'est Lucien Jerphagnon avoue dans la préface avoir hésité à en faire un gros traité détaillé et fouillé ou, ce que c'est devenu, un recueil de citations. Il faut dire que cet auteur d'ouvrages sur la Rome antique, sur Saint Augustin, les Césars, les dieux ou les citations latines, avait la matière sous la main. Le sous-titre de « La... sottise? » est donc « Vingt-huit siècles qu'on en parle ». Car depuis toujours on dénonce la bêtise et on en parle. Peut-être est-ce ce que nous avons tous en partage ? On est toujours l'idiot (le con ?) de quelqu'un. Schopenhauer dans  « Petits Ecrits français » note ceci : « Voltaire : « Tous les siècles se ressemblent par la méchanceté des hommes. » (J'ajoute : et par leur sottise.) » La sottise existe dans tous les milieux, citations à l'appui : « En démocratie, un homme supérieur devrait s'astreindre à donner l'illusion qu'il ne dépasse pas le niveau. Mais il est plus facile aux médiocres d'avoir l'air profond qu'aux grands esprits de faire la bête » (François Mauriac dans son Bloc-notes de mai 1955). A peu près tous les hommes d'esprit, je n'ose dire les intellectuels, ont écrit un avis sur cette grande question de la sottise. Certaines phrases sont restées célèbres comme dans le « Dictionnaire des idées reçues » la définition de Gustave Flaubert : « Imbéciles : ceux qui ne pensent pas comme vous. » Henry de Montherlant de son côté écrit dans « La Guerre civile » : « On fait l'idiot pour plaire aux idiots; ensuite on devient idiot sans s'en apercevoir. » L'auteur ne s'est pas intéressé qu'aux Saint-Simon, Rousseau, Balzac ou autres Pétrone, Rabelais et Montaigne, mais j'y retrouve un trait, que j'avais moi-même noté en lisant « La métaphysique des tubes » de notre ami Amélie Nothomb : « On n'a rien trouvé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent. » ! C'est une belle conclusion !

Jacques MERCIER

 

La ... sottise ? (Vingt-huit siècle qu'on en parle) Lucien Jerphagnon, Edition Albin Michel. 138 pages. 9 euros.

28 10 10

Des instants d'éternité !

haikus.jpg Le haïku est l'expression littéraire du zen. A partir de là, on sait qu'on goûtera aux plaisirs qui nous emportent hors du temps, ceux qui nous font du bien dans ce monde en proie à la vitesse, à l'encombrement, au stress. Ce très joli livre est le cadeau idéal de fin d'année ou plus exactement de n'importe quand dans l'année, puisqu'il propose justement 365 haïkus pour 365 jours de l'année, en sachant que dans le calendrier extrême-oriental les solstices et les équinoxes se situent au milieu des saisons et pas au début comme chez nous. Le livre commence par quelques pages d'explications très claires. On fait la connaissance des maîtres du haïku, dont le premier est Bashô (1644-1694) qui proposait dans ces poèmes de ne jamais perdre de vue que ce que nous faisons est en corrélation avec notre nature profonde. Un de ses haïkus les plus sublimes est : « Le vieil étang – du plongeon d'une grenouille – le bruit de l'eau. » Dès le début, c'est bien l'interpénétration de l'éternel et de l'éphémère. Les règles sont simples : le rythme doit être de 5-7-5 syllabes et il faut avoir recours à un mot suggérant la saison. Certains après lui modifièrent un peu ces règles devenues contraintes. Comme Issa (1763-1827) qui demande à décrire tout ce qui se passe devant nos yeux ou tout ce qui est ressenti dans notre coeur. Voici un de ses haïkus : « Me rendant sur les tombes – le vieux chien – va devant. » Plus proche de nous encore, le moine zen Santoka (1882-1940) retire même l'allusion aux saisons. Il souhaite seulement la pure expérience. Je vous livre trois instants d'éternité que j'ai particulièrement appréciés. A vous d'en découvrir d'autres. « De passage en ce monde – on s'abrite comme on peut – de la pluie d'hiver ». Ceci également : « Nuit sans lune – dans le jardin – juste le bruit des insectes. » Et enfin : « Le rossignol ! - au moment où la famille au complet – est à table. » Les caractères originaux avant la traduction ajoutent de la beauté esthétique et visuelle à la lecture !

Jacques MERCIER

365 Haïkus (instants d'éternité) par Hervé Collet et Cheng Wing fun. Edition Albin Michel. 410 pages. Relié et broché belle présentation, format 14/16cm. 18 euros.

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16 10 10

Le triomphe d'un concours !

achève moi (2).jpgCe recueil de nouvelles est le prolongement d'un concours littéraire bien particulier et qui a remporté un incroyable succès (plus de mille textes envoyés - bravo en passant aux lecteurs bénévoles) ! Le thème est original : il s'agissait de terminer un début de nouvelle, une façon d'aider notre imagination. Le service culturel de la province de Liège (initié par Paul-Emile Mottard avec Lucile Haertjens) avait fait appel à huit auteurs : Nicolas Ancion, Christine Aventin, Luc Baba, Vincent Engel, Jean-Luc Fonck, Bernard Gheur, Caroline Lamarche et Grégoire Polet. Ce recueil permet de lire les huit textes complets originaux, mais aussi les huit textes lauréats; ce qui donne la mesure de l'invention, de la difficulté aussi et de la création littéraire. Les fins ne sont jamais les mêmes ! Deux prix spéciaux, celui de la francophonie (une lauréate tunisienne) et celui de la jeunesse (accordé par la Fnac) complètent le livre. Les plus jeunes n'ont que 16 ans et déjà une telle envie de lire et d'écrire que cela est vraiment rassurant pour l'avenir de la littérature ! Quelques extraits pour vous donner envie de découvrir cet ouvrage : "Elle arborait un sourire doux-amer chapeauté d'une fine moustache de chocolat. Elle était à croquer" (Wanda Helinski - un début de Vincent Engel) "Je la fixais, ne sachant que penser, sans même m'être aperçu qu'elle s'était remise à pleurer, tout doucement, sans faire de bruit, comme la mer quand elle a égaré le rateau qui lui sert à effacer sur le sable les pas des amants désunis" (Roger Warin - un début de Jean-Luc Fonck, et on reconnaît que son humour a été suivi par le lauréat). Roger Dehaybe (commissaire de "Passages", l'opération qui englobait ce concours), et Myriam Senghor, de l'Organisation Internationale de la Francophonie, ont promis lors de la remise des prix un avenir encore plus prestigieux au concours, voilà une excellente nouvelle (si je puis dire) !

Jacques MERCIER

Achève-moi, nouvelles, La Renaissance du Livre, 150 pages, 15 euros.