08 11 10

Vertigineux !

Univers.jpg Voici donc les dernières perspectives vertigineuses que nous offre la cosmologie contemporaine ! Embarquement immédiat, attachons nos ceintures ! C'est passionnant ! Notre guide, Etienne Klein, dirige le laboratoire de recherche sur les sciences de la matière au Commissariat à l'énergie atomique. Bien des réflexions et des recherches commencent avec Galilée... "C'est parce qu'il est l'un des rares à intriquer ces deux questions - Comment l'univers est-il apparu et pourquoi est-il apparu ? - que le problème de l'origine nous oblige à sonder les capacités ultimes de la science." Avant d'entrer dans cette exposition des thèses en présence et donc de nous faire une idée, si possible, l'auteur nous demande d'avoir à l'esprit trois choses essentielles : Un : L'univers, dans son idée moderne, est lié à une unité et à des lois (les mathématiques). Deux : L'univers peut être objet de science (la science ne s'occupe que des choses dont l'existence physique ou matérielle est avérée). Une idée jeune de moins d'un siècle, grâce à Einstein, à Hubble, etc. Trois : L'univers a une histoire, qui ne se réduit pas qu'à ses constituants (depuis Lemaître). On parle donc du Big Bang, qui ne serait donc plus une explosion initiale, mais un épisode traversé par l'univers... etc. J'aime ces repères tel celui-ci : "Un constat s'impose. Les lois physiques sont "hors du temps", au sens où elles ne changent pas au cours du temps : elles étaient les mêmes dans l'univers primordial qu'aujourd'hui. L'univers, lui, a changé. Plus précisément, les conditions physiques au sein de l'univers n'ont cessé d'évoluer." Cette évolution, on a peu l'habitude d'en tenir compte dans le monde occidental, alors qu'en Chine, par exemple : "La vie et le monde sont en transition continue et ne peuvent être dits que sous l'angle d'un perpétuel devenir." A vous de découvrir ce livre passionnant. Sachez encore que l'horizon que visent les scientifiques aujourd'hui est la découverte d'une "théorie du tout" (le mariage de la physique quantique et de la relativité générale)... Vertigineux, je vous le disais !

Jacques MERCIER

 

Discours sur l'origine de l'univers, par Etienne Klein, Edition Flammarion/NBS, 182 pages. 17 euros (prix France)

06 11 10

Enfin l'amour !

 Luc Ferry.jpgEnfin, un livre clair, évident, passionnant, qui répond à toutes les questions que nous nous posons sur ce que nous sommes et ce que nous allons devenir, nous qui sommes en manque de repères ! Ce que propose, ou expose plutôt, Luc Ferry est tout simplement un nouvel humanisme ! Et ses titre et sous-titre sont explicites : La révolution de l'amour (pour une spiritualité laïque) ! Les trois caractéristiques du temps présent sont la déconstruction des valeurs traditionnelles, la dépossession démocratique, l'impuissance publique devant la mondialisation et enfin le ré-enchantement du monde par l'amour entre humains. C'est le constat qu'il détaille. Notre monde a plus changé en 50 ans que durant les 500 années précédentes. L'auteur nous relate l'histoire des grandes époques éthiques : de la conception aristocratique née dans l'Antiquité grecque, où chacun trouve sa place ici-bas comme dans le cosmos, jusqu'à ce second humanisme qui prône amour et fraternité (les grands mouvements d'aide internationale en sont un signe); on passe évidemment par la fondation religieuse de la morale, l'époque judéo-chrétienne, l'éthique républicaine des Lumières, qui est un premier humanisme, et par l'éthique de l'authenticité, qui fut l'époque encore proche où nous avons lutté contre toutes les aliénations et pour une logique de l'hédonisme. Entre autres sujets passionnants, Luc Ferry parle du plus grand événement récent en Occident : le mariage d'amour. Il engendre deux conséquences : l'invention du divorce et la sacralisation de l'enfant, comme jamais ce ne fut le cas auparavant. Cette idée de générations futures prend la place du nationalisme à droite et de la révolution à gauche. "L'histoire moderne est strictement parallèle à celle du mariage d'amour " écrit-il "et ce, de toute évidence, pour des raisons de fond. C'est l'amour, pourtant développé dans la sphère privée, qui a mis en sympathie le monde occidental avec les autres civilisations. Lorsque nous voyons un père kurde ou somalien pleurer l'enfant mort qu'il porte dans ses bras, nous ne pouvons nous empêcher de participer un tant soit peu à sa souffrance." Aujourd'hui nous ne sommes plus du tout d'accord de mourir pour les trois entités majeures qui ont constitué l'histoire du sacré en Europe : Dieu, la patrie et la révolution. En un demi-sècle ces trois motifs de sacrifice ont disparu de notre vieille Europe. Aujourdhui analyse Luc Ferry  "Faites l'effort de réfléchir en vous-même, et vous verrez que vous êtes prêts, le cas échéant, à prendre les armes pour protéger ceux que vous aimez, ce qui prouve que le sacré n'a nullement disparu. Il s'est simplement déplacé, incarné ailleurs, dans l'être humain et non plus dans des abstractions vides." A l'échelle de l'histoire c'est un événement inédit qui appelle, et c'est ce que fait Luc Ferry, une nouvelle réflexion philosophique. C'est passionnant. Cela éclaire vraiment nos pensées d'un nouveau point de vue et avouons que cela nous manquait. Personnellement, plongé tous les soirs dans la lecture des philosophes en quête de réponses, voici un livre qui me comble et me rend l'espérance. Cela conforte nos idées sur l'amour, sur la famille, sur notre place et notre rôle dans la société et son avenir, son évolution. La dernière partie du livre est consacrée à la spiritualité. Un livre remarquable !

Jacques MERCIER

 

La révolution de l'amour (Pour une spiritualité laïque) par Luc Ferry. Edition Plon. 478 pages. 21,90 Euros.

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29 10 10

Des siècles de sottises !

 

Sottise.jpg Il semble bien que nous ayons tous la sottise en partage : à un moment donné, dans une situation donnée, à une époque donnée. Ce spécialiste de la philosophie antique et médiévale qu'est Lucien Jerphagnon avoue dans la préface avoir hésité à en faire un gros traité détaillé et fouillé ou, ce que c'est devenu, un recueil de citations. Il faut dire que cet auteur d'ouvrages sur la Rome antique, sur Saint Augustin, les Césars, les dieux ou les citations latines, avait la matière sous la main. Le sous-titre de « La... sottise? » est donc « Vingt-huit siècles qu'on en parle ». Car depuis toujours on dénonce la bêtise et on en parle. Peut-être est-ce ce que nous avons tous en partage ? On est toujours l'idiot (le con ?) de quelqu'un. Schopenhauer dans  « Petits Ecrits français » note ceci : « Voltaire : « Tous les siècles se ressemblent par la méchanceté des hommes. » (J'ajoute : et par leur sottise.) » La sottise existe dans tous les milieux, citations à l'appui : « En démocratie, un homme supérieur devrait s'astreindre à donner l'illusion qu'il ne dépasse pas le niveau. Mais il est plus facile aux médiocres d'avoir l'air profond qu'aux grands esprits de faire la bête » (François Mauriac dans son Bloc-notes de mai 1955). A peu près tous les hommes d'esprit, je n'ose dire les intellectuels, ont écrit un avis sur cette grande question de la sottise. Certaines phrases sont restées célèbres comme dans le « Dictionnaire des idées reçues » la définition de Gustave Flaubert : « Imbéciles : ceux qui ne pensent pas comme vous. » Henry de Montherlant de son côté écrit dans « La Guerre civile » : « On fait l'idiot pour plaire aux idiots; ensuite on devient idiot sans s'en apercevoir. » L'auteur ne s'est pas intéressé qu'aux Saint-Simon, Rousseau, Balzac ou autres Pétrone, Rabelais et Montaigne, mais j'y retrouve un trait, que j'avais moi-même noté en lisant « La métaphysique des tubes » de notre ami Amélie Nothomb : « On n'a rien trouvé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent. » ! C'est une belle conclusion !

Jacques MERCIER

 

La ... sottise ? (Vingt-huit siècle qu'on en parle) Lucien Jerphagnon, Edition Albin Michel. 138 pages. 9 euros.

28 10 10

Des instants d'éternité !

haikus.jpg Le haïku est l'expression littéraire du zen. A partir de là, on sait qu'on goûtera aux plaisirs qui nous emportent hors du temps, ceux qui nous font du bien dans ce monde en proie à la vitesse, à l'encombrement, au stress. Ce très joli livre est le cadeau idéal de fin d'année ou plus exactement de n'importe quand dans l'année, puisqu'il propose justement 365 haïkus pour 365 jours de l'année, en sachant que dans le calendrier extrême-oriental les solstices et les équinoxes se situent au milieu des saisons et pas au début comme chez nous. Le livre commence par quelques pages d'explications très claires. On fait la connaissance des maîtres du haïku, dont le premier est Bashô (1644-1694) qui proposait dans ces poèmes de ne jamais perdre de vue que ce que nous faisons est en corrélation avec notre nature profonde. Un de ses haïkus les plus sublimes est : « Le vieil étang – du plongeon d'une grenouille – le bruit de l'eau. » Dès le début, c'est bien l'interpénétration de l'éternel et de l'éphémère. Les règles sont simples : le rythme doit être de 5-7-5 syllabes et il faut avoir recours à un mot suggérant la saison. Certains après lui modifièrent un peu ces règles devenues contraintes. Comme Issa (1763-1827) qui demande à décrire tout ce qui se passe devant nos yeux ou tout ce qui est ressenti dans notre coeur. Voici un de ses haïkus : « Me rendant sur les tombes – le vieux chien – va devant. » Plus proche de nous encore, le moine zen Santoka (1882-1940) retire même l'allusion aux saisons. Il souhaite seulement la pure expérience. Je vous livre trois instants d'éternité que j'ai particulièrement appréciés. A vous d'en découvrir d'autres. « De passage en ce monde – on s'abrite comme on peut – de la pluie d'hiver ». Ceci également : « Nuit sans lune – dans le jardin – juste le bruit des insectes. » Et enfin : « Le rossignol ! - au moment où la famille au complet – est à table. » Les caractères originaux avant la traduction ajoutent de la beauté esthétique et visuelle à la lecture !

Jacques MERCIER

365 Haïkus (instants d'éternité) par Hervé Collet et Cheng Wing fun. Edition Albin Michel. 410 pages. Relié et broché belle présentation, format 14/16cm. 18 euros.

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16 10 10

Le triomphe d'un concours !

achève moi (2).jpgCe recueil de nouvelles est le prolongement d'un concours littéraire bien particulier et qui a remporté un incroyable succès (plus de mille textes envoyés - bravo en passant aux lecteurs bénévoles) ! Le thème est original : il s'agissait de terminer un début de nouvelle, une façon d'aider notre imagination. Le service culturel de la province de Liège (initié par Paul-Emile Mottard avec Lucile Haertjens) avait fait appel à huit auteurs : Nicolas Ancion, Christine Aventin, Luc Baba, Vincent Engel, Jean-Luc Fonck, Bernard Gheur, Caroline Lamarche et Grégoire Polet. Ce recueil permet de lire les huit textes complets originaux, mais aussi les huit textes lauréats; ce qui donne la mesure de l'invention, de la difficulté aussi et de la création littéraire. Les fins ne sont jamais les mêmes ! Deux prix spéciaux, celui de la francophonie (une lauréate tunisienne) et celui de la jeunesse (accordé par la Fnac) complètent le livre. Les plus jeunes n'ont que 16 ans et déjà une telle envie de lire et d'écrire que cela est vraiment rassurant pour l'avenir de la littérature ! Quelques extraits pour vous donner envie de découvrir cet ouvrage : "Elle arborait un sourire doux-amer chapeauté d'une fine moustache de chocolat. Elle était à croquer" (Wanda Helinski - un début de Vincent Engel) "Je la fixais, ne sachant que penser, sans même m'être aperçu qu'elle s'était remise à pleurer, tout doucement, sans faire de bruit, comme la mer quand elle a égaré le rateau qui lui sert à effacer sur le sable les pas des amants désunis" (Roger Warin - un début de Jean-Luc Fonck, et on reconnaît que son humour a été suivi par le lauréat). Roger Dehaybe (commissaire de "Passages", l'opération qui englobait ce concours), et Myriam Senghor, de l'Organisation Internationale de la Francophonie, ont promis lors de la remise des prix un avenir encore plus prestigieux au concours, voilà une excellente nouvelle (si je puis dire) !

Jacques MERCIER

Achève-moi, nouvelles, La Renaissance du Livre, 150 pages, 15 euros.

07 10 10

Musique et Poésie

Mormorat.jpgChristophe Marmorat s'exprime par le texte (de la poésie, certes, mais on pense à des nouvelles, à un journal, à de la philosophie selon !), par les arts graphique et par la musique. Il intitule le procédé "écriture musicale". L'auteur a déjà édité les trois premiers recueils d'une série de sept, chiffre magique. Pour simplifier, expliquons que souvent il s'agit de textes inspirés par une musique (classique, chanson, film, peu importe). Entrons, par exemple, dans "Le trajet de la goutte", premier texte du deuxième volume : "No surprises" de Radiohead inspire le détail d'un magnifique trajet hors du temps de cette goutte d'eau qui explose et s'écrase au ralenti. Parfois, le texte se pose sur celui de la chanson, comme pour "Tout va changer" de Fugain, où l'on lit : "La mémoire des lignes, de ton dos, le goût des larmes salées...". Parfois, on bouge avec le texte, comme pour "Les marionnettes" de Christophe : "Bouger, se mouvoir, moi je veux - t'émouvoir...". Ce sont des voyages superbes, proches et majestueux, intérieurs mais partagés, portés de Bach aux Pink Floyd, avec des exercices, des histoires, de l'invention et beaucoup de talent !

Jacques MERCIER

Lorsque les âmes font l'amour, Christophe Marmorat, 100 pages, édition par l'auteur. coll. Ancrage. 15 Euros.

Le trajet de la goutte, Christophe Marmorat, 94 pages, édition par l'auteur. coll.Ancrage 15 Euros.

Le déploiement d'ailes, Christophe Marmorat, 162 pages, édition par l'auteur. Coll. Ancrage. 18,5 Euros.

Renseignements : cmarmorat@yahoo.fr

 

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04 10 10

Dieu est Humour !

Werber Cyclope.jpgOn ne lâche plus le livre une fois qu'on l'a entamé ! C'est un polar, noir certes, mais dont le sujet est l'humour ! Dans la lignée des grands narrateurs d'histoire (Je pense à Manchette, par exemple), Bernard Werber propose plusieurs niveaux de lecture : l'idée philosophique, l'histoire elle-même, qui est une enquête et la découverte d'un monde, celui des humoristes dans ce cas-ci. Beaucoup d'italiques, d'inserts, comme il aime le faire et cela donne un relief incroyable à la lecture. Comme cette séquence récurrente des "blagues", qu'on apprendra inventées par une société vieille de trois-mille ans et qui les lance dans l'oreille de l'Humanité anonymement pour transmettre en même temps des valeurs ! (Une partie de ces histoires drôles provient du site officiel de Bernard www.bernardwerber.com , car l'auteur communique et dialogue d'une façon totalement nouvelle, actuelle avec ses lecteurs, qui peuvent intervenir). Une façon aussi de faire un livre sur l'humour qui ne soit pas ridicule. Il s'agit donc d'une enquête menée par les deux héros Isidore Katzenberg et Lucrèce Nemrod, qui termine la trilogie sur l'origine de l'Humanité "Le Père de nos pères", sur la compréhension du cerveau "L'Ultime secret", en proposant ici le mystère du rire avec "Le rire du Cyclope". C'est l'histoire d'une enquête qui commence après la mort (en riant seul dans sa loge après un spectacle) du plus grand humoriste du monde : Darius, appelé le Cyclope car il n'a en effet qu'un oeil. Je vous laisse découvrir les méandres incroyables et passionnants de l'histoire, comme Bernard Werber peut à chaque fois nous l'apporter et avec un tel talent, du cyle des "Fourmis" jusqu'à celui des "Dieux", etc. Si le talent de Werber est incontestable dans l'originalité, la recherche des détails qui frappent et intéressent (je pense au début du livre à l'ambiance d'une salle de rédaction de magazine, les coulisses d'un music-hall ou dans la propriété d'Isidore les trois dauphins nommés John, Paul et Ringo, auxquels s'ajoute évidemment George, un requin blanc sauvé du braconnage en mer !), il est injuste de ne jamais parler du style de cet auteur à succès. Limpidité, efficacité, mots justes, phrases courtes et lumineuses... sont des constats à dire et redire pour ceux qui doutent... "Dieu est humour" ou cette pensée de Lucrèce à propos de la mort et de l'humour noir de Dieu lors de l'enterrement du Cyclope : "Cyclope, tu m'as abandonnée. Comme les parents m'ont abandonnée. Comme tous cxes gens qui m'approchent et qui finissent par m'abandonner. J'ai l'impression que là-haut un dieu farceur nous fait le cadeau de la rencontre avec certains êtres merveilleux pour voir notre mine déconfite lorsque ensuite ils nous les enlève." On trouve aussi des réflexions (dans la bouche de Lucrèce) comme : "Quelle femme osera révéler à un homme que le vrai point G est celui qui se trouve à la fin du mot shopping ?" Après 20 ans de carrière, le romancier Bernard Werber est au mieux de sa forme et de sa création. Il écrit, comme toujours, pour le plaisir des lecteurs, pour sa curiosité. Il y réussit : on referme le livre en souriant et non pas, comme c'est souvent la cas, avec des tonnes de nouvelles questions existentielles sans réponse ! "Le rire du Cyclope" est un livre complet, un vrai roman dans le fond et la forme. Lire et rire, un si beau mariage !

30 09 10

A la recherche des mots...

Vassilis alexakis.jpg Pour ceux qui aiment les mots, cette recherche impossible du "premier mot" est fabuleuse, comme la Toison d'Or, comme l'Eldorado, le Paradis perdu ! Le roman raconte l'histoire de Miltiadis, professeur de littérature comparée à Paris, né en Grèce, qui, avant de mourir, voudrait découvrir le "premier mot". Il meurt avant d'avoir réalisé cette quête. Le jour de son enterrement, sa soeur lui promet d'élucider l'énigme... Et c'est parti ! Pour le style, il est à la hauteur du propos, une belle clarté, mais avec en plus une intensité dans la description des détails. Au hasard des premières pages, pour vous laisser le plaisir de la découverte ensuite, je cite : "Aucun peuple ne peut légitimement tirer vanité de sa langue car aucune n'est la création d'un seul peuple." Quelques pages plus loin : "À travers la langue que nous parlons résonnent les voix des peuples qui se sont éteints il y a des milliers d'années." Cette constatation à propos de la langue "dite" maternelle : "Ce n'est pas la mère qui transmet la langue maternelle, mais le quartier". Cette réflexion sur le vocabulaire en général : "Certains des termes que j'ignore me paraissent plus obscurs que d'autres. Ils ne sont pas simplement incompréhensibles, ce sont des clefs qui ouvrent sans bruit les portes de territoires mystérieux."... On croisera au cours de cette belle enquête le langage des signes, les chimpanzés, Darwin, Freud... L'auteur est né à Athènes et a publié en grec et en français. Il fit des études de journalisme à Lille. Il dessine aussi.  Il avoue pouvoir plus facilement faire de l'humour en français. Je me souviens d'un mot dans le roman "Aller-Retour" dans les années 80 : "Ne vous dérangez pas, le temps ne fait que passer !" Il reçoit en 2007 le Grand prix du roman de l'Académie française.

Jacques MERCIER

 

"Le premier mot", Vassilis Alexakis. Roman. Edition Stock. 460 pages. 22 euros.

 

 

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28 09 10

Le Chat : toujours génial !

Le Chat acte XVI.gifQue dire d'autre ? À chaque sortie d'un album de Philippe Geluck, je suis soufflé ! Comment peut-il encore et toujours avoir autant d'inspiration ? Pas une seule défaillance et dans tous les domaines : le fond, la forme ! Avec  "Le Chat, Acte XVI" (et sa bulle provocatrice et drôle de couverture : "Comme vous êtes bien monté, Roméo !") l'artiste poursuit ses observations de la comédie humaine, vaste tableau où le rire, caustique souvent, est la bonne manière de voir les choses (c'est aussi dans notre culture belge). La première analyse est celle-ci : comment n'y ai-je pas pensé avant lui ? Et c'est donc son génie. Nous proposer des choses évidentes, comme celle de demander de fermer son téléphone portable avant de commencer la lecture de l'abum, et de signaler de le refermer à la fin de l'abum ! Génial ! Son humour se situe sur beaucoup de plans différents. Celui tout simple de l'idée illustrée, comme ceci : "Tintin a changé de pantalon après 45 ans...  Espérons qu'il a plus souvent changé de chaussettes." ou "Pierre et Marie Curry découvrant l'épice qui portera leur nom". Oui, vous pouvez relire... La variété de la longueur des gags est intéressante aussi : une case, trois, ou la page carrément. Et cela permet alors de proposer par exemple le papa et la maman bonhomme de neige qui disent au revoir à leur fils bonhomme de neige partant à l'école : "Ne prends pas chaud !" Ou cet incroyable premier pas de l'homme sur la lune, nouvelle version, dont je vous garde la surprise. Le dessin, l'idée et le texte mêlés, c'est encore Shiva qui n'a pas besoin de kit-mains-libres ! Cependant je voudrais aussi souligner, c'est le cas depuis toujours, que Philippe aborde tous les grands problèmes, même les plus délicats, mais à sa manière et c'est d'une redoutable efficacité ! Ainsi l'hésitation du Chat à manger une souris handicapée, les musiques qui accompagnent les différents plats, les burkas qui interviennent de temps en temps... Pour finir, vous découvrirez une extraordinaire trouvaille dans les dernières pages et le pourquoi des sparadraps sur le visage de notre Chat ! Pas d'essouflement, je disais, mais mieux encore : Le Chat est disponible sur iPhone, un "chacolat" nouveau existe chez Galler et Philippe se produira sur scène au Magic Land Theatre dès le 9 novembre pour un nombre limité de présentation de "Je vais le dire à ma mère" (encore une allusion à Shakespeare, puisqu'il tient en main sur l'affiche un crâne...) Autant d'occasions de vivre dans l'univers drôle, humain, génial et  unique créé par Geluck !

Jacques MERCIER

"Le Chat, Acte XVI" Philippe Geluck. 48 pages quadri. Couverture cartonnée. 10,40 Euros. Edition Casterman. (AppStore pour l'iPhone et www.magicland-theatre.com)

SORTIE LE 13 OCTOBRE !!!!

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09 08 10

Amélie, une très grande épistolière !

AMELIE NOTHOMB.jpgDès la première phrase, Amélie Nothomb nous accroche. Elle ne nous lâche plus jusqu'à la fin. Je suis de plus en plus un "fan" absolu ! Comment peut-on avoir une telle régularité dans le talent ? (Depuis 1992, chaque année !) Je le découvre comme une nouvelle cuvée d'un bon vin (moi qui ne bois pas !), avec ses spécificités (quelques mots littéraires, l'autobiographie toujours présente, la briéveté du texte, les rapports à la nourriture...) mais surtout avec le choix d'un sujet qui nous touche, parce qu'Amélie est passionnément humaine et sensible. C'est d'abord une histoire de lettres échangées (et l'on sait combien l'auteure aime écrire, répondre, dialoguer avec ses lecteurs et lectrices). « Un lien ne me paraît complet que s'il comporte une part de correspondance » écrit-elle. Il s'agit donc d'un échange de courtes lettres entre l'auteure, Amélie Nothomb elle-même et un soldat américain basé à Bagdad (L'occasion de charges contre la guerre et l'armée). C'est aussi une réflexion sur la création par l'écriture. « Il y a une jouissance que rien n'égale : l'illusion d'avoir du sens », « Être écrivain, cela signifie chercher désespérément la porte de sortie » ou cette affirmation : « Tout écrivain contient un escroc ». On aborde aussi, ce qui est d'une grande actualité, nos rapports avec le virtuel et donc par la force des choses : le mensonge et la vérité. Amélie nous parle – sans que cela nous surprenne - de l'anorexie, de l'obésité, des médicaments, de l'addiction. Le soldat est obèse au point de considérer sa difformité comme une autre personne, qu'il baptise Schéhérazade ! Et c'est parti... avec ses rebondissements, ses surprises, ses émotions, son humour (« une tenue XXXXL ? » ou le soldat lui demandant si ses lettres ne la « gavent » pas !, le slogan « Faites le gueuleton, pas la guerre ») C'est avant tout, me semble-t-il, un grand roman qui traite de la frontière entre les êtres humains. Où se situe-t-elle, peut-on la modifier, jusqu'où pénètre-t-on dans un autre univers ? La personne publique doit-elle livrer quelque peu sa vie privée ? Et dans ce domaine, Amélie, qui entretient des liens solides et fidèles avec ceux et celles qui se nourrissent de sa prose, est très bien placée pour cette analyse, cette réflexion. On peut dire encore, mais c'est plus anecdotique, que, l'air de rien ( en stoemelinks , en bruxellois), Amélie souligne sa belgitude (les Marolles, le syllabus, la douceur de vivre à Bruxelles...) et son érudition linguistique (Découvrez l'opisthographie, l'étymologie du mot diplomate ou sincère...) Et toujours tant de phrases, de passages qu'on a envie de recopier pour les relire et s'en délecter (j'allais dire « s'en nourrir » !) : « Les gens sont des pays »... « Un artiste qui ne doute pas est un individu aussi accablant qu'un séducteur qui se croit en pays conquis »... Et ceci enfin qui justifie pour nous tous et toutes l'envie de communiquer, voire d'écrire : « La confidence sauve de l'asphyxie ».Jacques MERCIER


Une forme de vie. Roman. Amélie Nothomb. Édition Albin Michel . 2010. 170 pp. 15,90 € (en librairie le 19 aoùt)

 


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