07 10 10

Musique et Poésie

Mormorat.jpgChristophe Marmorat s'exprime par le texte (de la poésie, certes, mais on pense à des nouvelles, à un journal, à de la philosophie selon !), par les arts graphique et par la musique. Il intitule le procédé "écriture musicale". L'auteur a déjà édité les trois premiers recueils d'une série de sept, chiffre magique. Pour simplifier, expliquons que souvent il s'agit de textes inspirés par une musique (classique, chanson, film, peu importe). Entrons, par exemple, dans "Le trajet de la goutte", premier texte du deuxième volume : "No surprises" de Radiohead inspire le détail d'un magnifique trajet hors du temps de cette goutte d'eau qui explose et s'écrase au ralenti. Parfois, le texte se pose sur celui de la chanson, comme pour "Tout va changer" de Fugain, où l'on lit : "La mémoire des lignes, de ton dos, le goût des larmes salées...". Parfois, on bouge avec le texte, comme pour "Les marionnettes" de Christophe : "Bouger, se mouvoir, moi je veux - t'émouvoir...". Ce sont des voyages superbes, proches et majestueux, intérieurs mais partagés, portés de Bach aux Pink Floyd, avec des exercices, des histoires, de l'invention et beaucoup de talent !

Jacques MERCIER

Lorsque les âmes font l'amour, Christophe Marmorat, 100 pages, édition par l'auteur. coll. Ancrage. 15 Euros.

Le trajet de la goutte, Christophe Marmorat, 94 pages, édition par l'auteur. coll.Ancrage 15 Euros.

Le déploiement d'ailes, Christophe Marmorat, 162 pages, édition par l'auteur. Coll. Ancrage. 18,5 Euros.

Renseignements : cmarmorat@yahoo.fr

 

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04 10 10

Dieu est Humour !

Werber Cyclope.jpgOn ne lâche plus le livre une fois qu'on l'a entamé ! C'est un polar, noir certes, mais dont le sujet est l'humour ! Dans la lignée des grands narrateurs d'histoire (Je pense à Manchette, par exemple), Bernard Werber propose plusieurs niveaux de lecture : l'idée philosophique, l'histoire elle-même, qui est une enquête et la découverte d'un monde, celui des humoristes dans ce cas-ci. Beaucoup d'italiques, d'inserts, comme il aime le faire et cela donne un relief incroyable à la lecture. Comme cette séquence récurrente des "blagues", qu'on apprendra inventées par une société vieille de trois-mille ans et qui les lance dans l'oreille de l'Humanité anonymement pour transmettre en même temps des valeurs ! (Une partie de ces histoires drôles provient du site officiel de Bernard www.bernardwerber.com , car l'auteur communique et dialogue d'une façon totalement nouvelle, actuelle avec ses lecteurs, qui peuvent intervenir). Une façon aussi de faire un livre sur l'humour qui ne soit pas ridicule. Il s'agit donc d'une enquête menée par les deux héros Isidore Katzenberg et Lucrèce Nemrod, qui termine la trilogie sur l'origine de l'Humanité "Le Père de nos pères", sur la compréhension du cerveau "L'Ultime secret", en proposant ici le mystère du rire avec "Le rire du Cyclope". C'est l'histoire d'une enquête qui commence après la mort (en riant seul dans sa loge après un spectacle) du plus grand humoriste du monde : Darius, appelé le Cyclope car il n'a en effet qu'un oeil. Je vous laisse découvrir les méandres incroyables et passionnants de l'histoire, comme Bernard Werber peut à chaque fois nous l'apporter et avec un tel talent, du cyle des "Fourmis" jusqu'à celui des "Dieux", etc. Si le talent de Werber est incontestable dans l'originalité, la recherche des détails qui frappent et intéressent (je pense au début du livre à l'ambiance d'une salle de rédaction de magazine, les coulisses d'un music-hall ou dans la propriété d'Isidore les trois dauphins nommés John, Paul et Ringo, auxquels s'ajoute évidemment George, un requin blanc sauvé du braconnage en mer !), il est injuste de ne jamais parler du style de cet auteur à succès. Limpidité, efficacité, mots justes, phrases courtes et lumineuses... sont des constats à dire et redire pour ceux qui doutent... "Dieu est humour" ou cette pensée de Lucrèce à propos de la mort et de l'humour noir de Dieu lors de l'enterrement du Cyclope : "Cyclope, tu m'as abandonnée. Comme les parents m'ont abandonnée. Comme tous cxes gens qui m'approchent et qui finissent par m'abandonner. J'ai l'impression que là-haut un dieu farceur nous fait le cadeau de la rencontre avec certains êtres merveilleux pour voir notre mine déconfite lorsque ensuite ils nous les enlève." On trouve aussi des réflexions (dans la bouche de Lucrèce) comme : "Quelle femme osera révéler à un homme que le vrai point G est celui qui se trouve à la fin du mot shopping ?" Après 20 ans de carrière, le romancier Bernard Werber est au mieux de sa forme et de sa création. Il écrit, comme toujours, pour le plaisir des lecteurs, pour sa curiosité. Il y réussit : on referme le livre en souriant et non pas, comme c'est souvent la cas, avec des tonnes de nouvelles questions existentielles sans réponse ! "Le rire du Cyclope" est un livre complet, un vrai roman dans le fond et la forme. Lire et rire, un si beau mariage !

30 09 10

A la recherche des mots...

Vassilis alexakis.jpg Pour ceux qui aiment les mots, cette recherche impossible du "premier mot" est fabuleuse, comme la Toison d'Or, comme l'Eldorado, le Paradis perdu ! Le roman raconte l'histoire de Miltiadis, professeur de littérature comparée à Paris, né en Grèce, qui, avant de mourir, voudrait découvrir le "premier mot". Il meurt avant d'avoir réalisé cette quête. Le jour de son enterrement, sa soeur lui promet d'élucider l'énigme... Et c'est parti ! Pour le style, il est à la hauteur du propos, une belle clarté, mais avec en plus une intensité dans la description des détails. Au hasard des premières pages, pour vous laisser le plaisir de la découverte ensuite, je cite : "Aucun peuple ne peut légitimement tirer vanité de sa langue car aucune n'est la création d'un seul peuple." Quelques pages plus loin : "À travers la langue que nous parlons résonnent les voix des peuples qui se sont éteints il y a des milliers d'années." Cette constatation à propos de la langue "dite" maternelle : "Ce n'est pas la mère qui transmet la langue maternelle, mais le quartier". Cette réflexion sur le vocabulaire en général : "Certains des termes que j'ignore me paraissent plus obscurs que d'autres. Ils ne sont pas simplement incompréhensibles, ce sont des clefs qui ouvrent sans bruit les portes de territoires mystérieux."... On croisera au cours de cette belle enquête le langage des signes, les chimpanzés, Darwin, Freud... L'auteur est né à Athènes et a publié en grec et en français. Il fit des études de journalisme à Lille. Il dessine aussi.  Il avoue pouvoir plus facilement faire de l'humour en français. Je me souviens d'un mot dans le roman "Aller-Retour" dans les années 80 : "Ne vous dérangez pas, le temps ne fait que passer !" Il reçoit en 2007 le Grand prix du roman de l'Académie française.

Jacques MERCIER

 

"Le premier mot", Vassilis Alexakis. Roman. Edition Stock. 460 pages. 22 euros.

 

 

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28 09 10

Le Chat : toujours génial !

Le Chat acte XVI.gifQue dire d'autre ? À chaque sortie d'un album de Philippe Geluck, je suis soufflé ! Comment peut-il encore et toujours avoir autant d'inspiration ? Pas une seule défaillance et dans tous les domaines : le fond, la forme ! Avec  "Le Chat, Acte XVI" (et sa bulle provocatrice et drôle de couverture : "Comme vous êtes bien monté, Roméo !") l'artiste poursuit ses observations de la comédie humaine, vaste tableau où le rire, caustique souvent, est la bonne manière de voir les choses (c'est aussi dans notre culture belge). La première analyse est celle-ci : comment n'y ai-je pas pensé avant lui ? Et c'est donc son génie. Nous proposer des choses évidentes, comme celle de demander de fermer son téléphone portable avant de commencer la lecture de l'abum, et de signaler de le refermer à la fin de l'abum ! Génial ! Son humour se situe sur beaucoup de plans différents. Celui tout simple de l'idée illustrée, comme ceci : "Tintin a changé de pantalon après 45 ans...  Espérons qu'il a plus souvent changé de chaussettes." ou "Pierre et Marie Curry découvrant l'épice qui portera leur nom". Oui, vous pouvez relire... La variété de la longueur des gags est intéressante aussi : une case, trois, ou la page carrément. Et cela permet alors de proposer par exemple le papa et la maman bonhomme de neige qui disent au revoir à leur fils bonhomme de neige partant à l'école : "Ne prends pas chaud !" Ou cet incroyable premier pas de l'homme sur la lune, nouvelle version, dont je vous garde la surprise. Le dessin, l'idée et le texte mêlés, c'est encore Shiva qui n'a pas besoin de kit-mains-libres ! Cependant je voudrais aussi souligner, c'est le cas depuis toujours, que Philippe aborde tous les grands problèmes, même les plus délicats, mais à sa manière et c'est d'une redoutable efficacité ! Ainsi l'hésitation du Chat à manger une souris handicapée, les musiques qui accompagnent les différents plats, les burkas qui interviennent de temps en temps... Pour finir, vous découvrirez une extraordinaire trouvaille dans les dernières pages et le pourquoi des sparadraps sur le visage de notre Chat ! Pas d'essouflement, je disais, mais mieux encore : Le Chat est disponible sur iPhone, un "chacolat" nouveau existe chez Galler et Philippe se produira sur scène au Magic Land Theatre dès le 9 novembre pour un nombre limité de présentation de "Je vais le dire à ma mère" (encore une allusion à Shakespeare, puisqu'il tient en main sur l'affiche un crâne...) Autant d'occasions de vivre dans l'univers drôle, humain, génial et  unique créé par Geluck !

Jacques MERCIER

"Le Chat, Acte XVI" Philippe Geluck. 48 pages quadri. Couverture cartonnée. 10,40 Euros. Edition Casterman. (AppStore pour l'iPhone et www.magicland-theatre.com)

SORTIE LE 13 OCTOBRE !!!!

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09 08 10

Amélie, une très grande épistolière !

AMELIE NOTHOMB.jpgDès la première phrase, Amélie Nothomb nous accroche. Elle ne nous lâche plus jusqu'à la fin. Je suis de plus en plus un "fan" absolu ! Comment peut-on avoir une telle régularité dans le talent ? (Depuis 1992, chaque année !) Je le découvre comme une nouvelle cuvée d'un bon vin (moi qui ne bois pas !), avec ses spécificités (quelques mots littéraires, l'autobiographie toujours présente, la briéveté du texte, les rapports à la nourriture...) mais surtout avec le choix d'un sujet qui nous touche, parce qu'Amélie est passionnément humaine et sensible. C'est d'abord une histoire de lettres échangées (et l'on sait combien l'auteure aime écrire, répondre, dialoguer avec ses lecteurs et lectrices). « Un lien ne me paraît complet que s'il comporte une part de correspondance » écrit-elle. Il s'agit donc d'un échange de courtes lettres entre l'auteure, Amélie Nothomb elle-même et un soldat américain basé à Bagdad (L'occasion de charges contre la guerre et l'armée). C'est aussi une réflexion sur la création par l'écriture. « Il y a une jouissance que rien n'égale : l'illusion d'avoir du sens », « Être écrivain, cela signifie chercher désespérément la porte de sortie » ou cette affirmation : « Tout écrivain contient un escroc ». On aborde aussi, ce qui est d'une grande actualité, nos rapports avec le virtuel et donc par la force des choses : le mensonge et la vérité. Amélie nous parle – sans que cela nous surprenne - de l'anorexie, de l'obésité, des médicaments, de l'addiction. Le soldat est obèse au point de considérer sa difformité comme une autre personne, qu'il baptise Schéhérazade ! Et c'est parti... avec ses rebondissements, ses surprises, ses émotions, son humour (« une tenue XXXXL ? » ou le soldat lui demandant si ses lettres ne la « gavent » pas !, le slogan « Faites le gueuleton, pas la guerre ») C'est avant tout, me semble-t-il, un grand roman qui traite de la frontière entre les êtres humains. Où se situe-t-elle, peut-on la modifier, jusqu'où pénètre-t-on dans un autre univers ? La personne publique doit-elle livrer quelque peu sa vie privée ? Et dans ce domaine, Amélie, qui entretient des liens solides et fidèles avec ceux et celles qui se nourrissent de sa prose, est très bien placée pour cette analyse, cette réflexion. On peut dire encore, mais c'est plus anecdotique, que, l'air de rien ( en stoemelinks , en bruxellois), Amélie souligne sa belgitude (les Marolles, le syllabus, la douceur de vivre à Bruxelles...) et son érudition linguistique (Découvrez l'opisthographie, l'étymologie du mot diplomate ou sincère...) Et toujours tant de phrases, de passages qu'on a envie de recopier pour les relire et s'en délecter (j'allais dire « s'en nourrir » !) : « Les gens sont des pays »... « Un artiste qui ne doute pas est un individu aussi accablant qu'un séducteur qui se croit en pays conquis »... Et ceci enfin qui justifie pour nous tous et toutes l'envie de communiquer, voire d'écrire : « La confidence sauve de l'asphyxie ».Jacques MERCIER


Une forme de vie. Roman. Amélie Nothomb. Édition Albin Michel . 2010. 170 pp. 15,90 € (en librairie le 19 aoùt)

 


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05 08 10

Ma bibliothèque d'été : Jacques Mercier

Voici quelques livres lus cet été (ou à lire encore):

Mythes Racines Universel - Silo (Nouvel Humanisme)

Conversion à la Converserie - Grimbert Le Taisson (Eole)

Nombres - Philippe Sollers (Seuil)

L'ensorcellement du monde - Boris Cyrulnik (Odile Jacob)

Une forme de vie - Amélie Nothomb (Albin Michel) la critique paraitra dans quelques jours...

La voix de la connaissance - Don Ruiz (Trédaniel)

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14 07 10

Des jeux étranges dans la si belle Dordogne !

Dordogne.jpg Dès les premières superbes phrases, on sait que la Dordogne et la nature décrites avec sensualité et talent par Sophie François seront un élément essentiel du roman, au même titre que cette bande d'adolescents fortunés et que ce passage toujours incroyable de l'adolescence à l'âge adulte. Jugez-en avec les premières lignes : « Tout commence avec rien. Quelques gouttes de pluie sur les haies de buis qui longent des allées de terre, pendant des kilomètres, sous les arbres. » On le vit, on le ressent. Le pari de la création littéraire est déjà gagné et on avance dans le livre... Il y a donc la musique des phrases, les descriptions souvent minutieuses, les trouvailles pour désigner des moments de l'histoire quasi policière jusqu'aux derniers mots : « Rien ne disparaît de ce qui nous enracine ». Magistral ! L'auteure a donc un style; ce n'est pas si fréquent dès le premier roman (un deuxième est terminé, un troisième est en route, ce qui nous réjouit déjà). Le sous-titre du roman, dont le narrateur est un jeune garçon, est : « Jeux interdits dans les années walkman ». Ces jeux interdits sur fond de Grand Meaulnes sont beaux, intenses, érotiques bien entendu et sans frustrations « Nous mélanger pour échanger sans fin nos corps ». Le récit se déroule sur trois étés. Toute l'adolescence est là : la musique, le sport, l'autonomie, le regard des autres. Les détails qui font une époque sont distillés sans déranger le grand mouvement de l'ensemble : les baladeurs, les cyclomoteurs, les fêtes, la solitude partagée et l'inévitable fossé des générations, « L'accès à des envols dont ils n'avaient pas connaissance leur avait fait peur ». Vous y découvrirez l'histoire et les rebondissements, le suspens : le colin-maillard, les photos, les feux d'artifice, les caves... « Les choses tournèrent finalement follement sur elles-mêmes, à la manière d'une toupie, jusqu'à ce qu'elle verse sur le flanc, agonisant dans son propre mouvement. » Mais c'est un grand livre, car il fait réfléchir, il nous interroge, nous remet en cause. Il y est question de Dieu, de la morale, de la vie et de la mort, avec des fulgurances : « Dans son désarroi, l'homme préfère la persistance dans l'erreur au tumulte du changement ». Au passage vous découvrirez, à la manière d'Amélie Nothomb, quelques mots moins connus qui pimentent la lecture et l'enrichit : nycthéméral (relatif à la succession des jours et des nuits) ou borie (une ferme agricole dans le Sud-Ouest de la France !)

Jacques MERCIER


Dordogne. Roman, Sophie François. Édition Le Manuscrit. 2009. 190 pp. 17,90

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08 07 10

Un vrai petit roman de vacances !

Patron - d'oublevée Si, en vacances, vous voulez lire et rire de ce qui se passe le reste de l'année, dans le monde du travail et des intrigues, ce roman est pour vous ! Drôle, enlevé, c'est un roman à clé, qui ravira les amateurs ou pas du monde littéraire. Cette fois l'action est située en Belgique, où finalement les éditeurs ne sont pas si nombreux et où il sera facile d'identifier de qui on parle ! Il suffit d'ailleurs de s'arrêter à la citation mise en exergue : « Du médiocre au pire, Il n'y a point de degré » (Boileau). J'aime bien l'entrée en matière immédiate : « Les autres font rêver. C'est un travail. Je m'appelle Sophie Blanche. Je suis éditrice. Je n'adore pas mon patronyme et j'ai donné à mon activité d'édition un nom de marque : C'est ça. » On évolue avec humour dans l'édition, dans un groupe de presse et on découvre, avec comme une sorte de ricanement, les agissements d'un petit chef , tel qu'il est défini. Comme souvent, on peut cueillir dans la lecture toutes sortes de choses intéressantes : une philosophie de vie, un divertissement, une dénonciation et même de la poésie. Enfin, puisqu'il s'agit d'un jeu, il restera après la lecture à découvrir qui se cache sous le pseudonyme féminin de Brune d'Oublevée ! C'est un jeu... Il ou elle ?
Jacques MERCIER

On est toujours le patron de quelqu'un . Roman. Brune d'Oublevée. Édition La Muette. 2010. 110 pp.

9 €

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11 06 10

Nous rajeunissons tous les jours !

CYRULNIK2Ce dialogue entre deux penseurs a été édité il y a dix ans. Il est plus que jamais d'actualité en cette époque, où nous n'avons plus de réponses toutes faites à nos angoisses existentielles. Boris Cyrulnik est psy, mais aussi éthologue. Edgard Morin est sociologue. Ils sont tous les deux adeptes de l'interdisciplinarité : « On est loin d'avoir compris la nécessité de relier ». Le cerveau avec l'esprit, le culturel et le psychologique, le cérébral et le biologique. C'est passionnant ! On passe de l'explication de l'évolution de l'enfant (« L'enfance n'est pas seulement faite de jeux et de rigolades, mais d'une série d'expériences tragiques »), à celle de l'humanité (« Tout être a en lui, d'une façon plus ou moins refoulée, tous les âges de la vie ») et de commenter les différentes naissances de l'homme jusqu'à aujourd’hui. Après environ 10.000 ans d'existence, la société historique (agriculture, villages, milices, villes, état, souveraineté, guerre, esclavage, religions, philosophie, intelligence) doit engendrer une nouvelle naissance : avons-nous la capacité de nous confédérer pacifiquement ? On parle évidemment de la mort. « La riposte à l'angoisse de la mort c'est la communion, la communauté, l'amour, la participation, la poésie, le jeu... toutes ces valeurs qui font le tissu même de la vie. » Et puis cette affirmation « La vie est un processus continu de rajeunissement » ! On parle aussi d'appartenance, de culture, d'identité. On suggère que notre pensée doit fonctionner en faisant un jeu entre l'ordre et le désordre. Car l'ordre pur c'est la congélation générale et le désordre pur c'est la dissolution générale. Et aussi cette affirmation d'Edgar Morin en forme de mise en garde : « Je pense que la planète ne pourra pas se civiliser si cette idée d'appartenir à une communauté terrienne ne s'enracine pas chez les humains. Dans le cas contraire, les barbaries que nous avons déjà connues déferleront à nouveau... ».
Jacques MERCIER

Dialogue sur la nature humaine. Boris Cyrulnik et Edgard Morin. Éditions de l'Aube (Seuil). 2000. 94 pp. 6,50 €

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30 05 10

Trop vite !

SERVAN SCHREIBERUne seule image illustre bien le propos : En Asie speedée, le bouton le plus usé dans l'ascenseur est celui de la fermeture des portes ! L'envie de vitesse nous est arrivée au XIXe siècle. Elle procure une double satisfaction : au cerveau qui surpasse le corps et à l'homme qui bat l'animal ! Elle s'applique dans les transports et dans la communication. La vitesse est un puissant dérivatif contagieux. C'est elle qui a donné naissance au « court-termisme », analysé de maîtresse façon par Jean-Louis Schreiber. Cet essayiste et journaliste nous avait déjà proposé « L'Art du temps » et « Le Nouvel Art du temps » qui tentaient de nous délivrer du carcan du temps. (Personnellement, j'ai écrit pendant des années un édito dans la Libre, intitulé « Entretemps », où j'essayais de proposer des failles hors du temps : le silence, la musique, etc. ) L'auteur explique : « La recherche du chemin le plus court, la primauté de l'urgence sur l'importance, la pression sur les résultats sont toutes filles de la vitesse. Ensemble, elles ont engendré une situation de court-termisme généralisé dont nous ne sommes même plus toujours conscients » Et de passer en revue les sphères où le court-termisme sévit en faisant tant de dégâts : La politique ( ah ! Ces « procédures d'urgence » ! Car ce qui n'est pas urgent risque l'oubli), la finance avec cette citation de l'économiste André Orléan : « Il faut convaincre à chaque chanson, comme un chanteur de variétés » et plus tragique : « Gérer les firmes en fonction de leur valeur en Bourse était une stupidité », une déclaration d'un des gourous de la classe patronale américaine, l'entreprise et le nouveau mot magique « low cost », la consommation et le duo Internet et téléphone portable. Intéressant aussi le regard porté sur nos rythmes de vie : Assouvir nos désirs au plus vite, c'est retomber en enfance, ne plus se projeter dans l'avenir. Je découvre ainsi avec stupéfaction que la moyenne mondiale de l'accouplement humain est aujourd'hui de 4,2 minutes ! Le dernier chapitre est consacré à l'environnement, qui justement ne peut tabler que sur le long terme pour que notre planète survive. La conclusion est pourtant optimiste : nous pouvons changer les choses. « Les grands changements se sont produits lorsqu'une proportion suffisante d'un ensemble humain était convaincue de leur nécessité » ! Remettons donc tous un peu plus de long terme dans notre vie... Et prenons le temps de lire ce livre vraiment intéressant !
Jacques MERCIER

 Trop vite ! ou  Pourquoi nous sommes prisonniers du court terme , Jean-Louis Servan-Schreiber. Éditions Albin Michel. 2010. 200 pp. 15 euros.

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