11 09 16

La confiance et la peur

_massin.jpgLe titre de ce superbe essai du docteur Christophe Massin, psychiatre, est Une vie de confiance ; mais le sous-titre est important : Dialogues sur la peur et autres folies.

Il s'agit d'un original dialogue avec un couple qui s'interrogent sur leurs blocages. L'idée est de passer de la peur à la confiance. On assiste donc à une expérience tout au long de ce livre qui a des résonances multiples en nous.

Voici quelques phrases extraites du livre et retirées de leur contexte, mais qui vous donneront le ton du livre.

« La peur animale apparaît en situation de danger réel et présent, avec une intensité adaptée.... La peur psychologique, elle, se déclenche à l'idée d'un danger qu'elle projette, ou alors elle amplifie considérablement la peur animale. »

« Ce qui compte, c'est de reconnaître les tiennes (ses peurs) et à quel registre elles appartiennent. En schématisant, elles touchent trois domaines, toi-même, ta relation avec les autres, ta relation avec la vie. »

« Souviens-toi que la méfiance est contagieuse. »

« Nous confondons souvent la vie et nos congénères, et notre méfiance envers la vie concerne en réalité l'espèce humaine. »

« Tu ne te tortures plus dans l'angoisse du futur, tu sais qu'en te détendant maintenant, tu te rends au mieux disponible pour le moment et pour celui qui va suivre. »

« Tu ne peux surpasser tes capacités intellectuelles ou physiques, mais tu peux être indéfiniment plus confiant, plus aimant ! »

Et cette extraordinaire phrase, qui devrait diriger toute notre vie :

« Prends le risque de te montrer, si tu veux être aimé pour ce que tu es. »

 

Jacques MERCIER

« Une vie de confiance », Dialogues sur la peur et autres folies, Essai, Dr Christophe Massin, Odile Jacob, 2016, 172 pp. 20,90 euros

 

 

17 08 16

Tendresse et nostalgie !

 

couve moun lakou.jpgC'est une merveilleuse remontée dans l'enfance, une description pittoresque et si vraie d'un village en Jamaïque. Mais c'est aussi un trajet pour s'en éloigner et vivre autrement : de la Jamaïque vers la Guadeloupe et vers la Floride. « Moun Lakou » est un roman coloré et passionnant à suivre. Le « lakou » est un logement misérable.

L'auteure, Marie Léticée, est professeur de littérature et de langue à l’université de la Floride Central (UCF) ou elle enseigne depuis 1988. Dr. Léticée a publié des articles dans Callaloo, Labrys Review et dans Secolas Annals. Elle a aussi reçu plusieurs bourses d’initiative et un prix de l’enseignement à UCF. De plus, elle a créé plusieurs nouveaux cours tels que : La poésie noire des Amériques, la littérature francophone, la littérature antillaise, la littérature créole et le français des affaires. Elle écrit sur plusieurs plans : le roman et l'écriture du roman, dans un style qui ne peut que nous accrocher et nous intéresser. On est dans l'humain, avec les odeurs, les décors, les conversations. Mais aussi la profondeur qui s'en dégage : « La vie, ma chère, n'est qu'une suite de maintenant » ou l'humour, comme ce passage sur les fêtes de Noël et les cantiques pour les « blancs » !

Justement, les dialogues et souvent les mots sont dans leur langue originale, parfois en anglais, parfois en créole. Elle raconte ainsi ceux qui avaient séjourné en France : « Ils nous revenaient tous enrobés de français de Fwans, ce qui leur donnait le droit de nous considérer comme des arriérés sans avenir, emprisonnés que nous étions dans les pattes de notre créole grosso modo. Ils me fascinaient. »

Par la magie de son talent, on comprend presque tout : « Dèmen, si pwèta Dié » ne doit pas être traduit.

Le roman de Marie Léticée est truffée de petites merveilles de phrases. Pour décrire la « cour Monbruno », l'endroit où elle vit son enfance, elle écrit : « Une véritable toile d'araignée où maintes vies se perdaient, englouties par les entrailles voraces de la misère. »

Mais je ne peux pas dire mieux que ce texte d'un lecteur : « Ce roman, un délicat voyge dans les souvenirs d'une île d'avant la modernisation. Le goût des plaisirs simples : des jeux en plein air, des plats préparés pour survivre, des relations directes avec autrui et surtout ses voisins. Bref, une régression qui n'érige pas le passé en élément parfait d'une époque ou d'une existence, mais plutôt comme déclencheur de sourires et de questions sur soi-même. »

Jacques MERCIER

« Moun Lakou », roman, Marie Léticée, édition Ibis Rouge www.ibisrouge.fr , 132 pp, 14X22cm, Photo Jean-Paul Leclercq, 15 euros

 

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15 08 16

Riquet à la houppe, le nouveau roman d'Amélie Nothomb

 

 

amelie-riquet-houppe.jpgVoici le 25e roman d'Amélie Nothomb : « Riquet à la houppe » ; et voici donc 25 ans que nous nous connaissons ! Entre autres, en étant chaque année une invitée exceptionnelle du « Jeu des Dictionnaires ». On connaît mon enthousiasme pour ses écrits, mais j'ajoute que je n'ai jamais été déçu par eux. Cette re-création du conte de Charles Perrault (paru en 1697!) se joue sur le thème de la laideur et de la beauté ; un thème qui apparaît si souvent dans les romans d'Amélie.

« Le très laid suscite parfois un peu de compassion ; le très beau irrite sans pitié. La clef du succès réside dans la vague joliesse qui ne dérange personne. »

« Elle savait d'expérience combien le monde haïssait la beauté et ne demandait qu'à la traduire en sottise. »

Et de citer Barbey d'Aurevilly : « Le profil est l'écueil de la beauté ou son attestation la plus éclatante.»

 

Il s'agit de l'histoire parallèle de deux enfants, un laid : Déodat et une beauté : Trémière.

 

Et bien sûr voici les caractéristiques habituelles des romans de Nothomb : Le choix des prénoms tout d'abord.

« La mère de Rose s'appelait Passerose, autre nom de la rose trémière. »

« Pour qui aime, découvrir que l'aimée porte un prénom admirable équivaut à un adoubement. »

 

On découvre aussi quelques mots inusités, que l'auteure parsème toujours dans ses livres :

« Sardanapalesque », digne de Sardanapale par le caractère luxueux et débauché.

« Des chausse-trapes » (avec un seul p, comme se doit de l'écrire toute bonne académicienne !)

« Le tadorne de Belon », le plus grand des canards en France.

Et le retour des gossettes, de l'enfançon et de la déréliction, ce sentiment de solitude et d'abandon, que l'on retrouve souvent sous sa plume.

En passant, on saura tout sur les roses, sur l'arrivée du langage dans le cerveau (« Toute intelligence est aussi faculté d'adaptation. »), sur sa lecture récente de tous les volumes de la Comédie humaine de Balzac, sur l'amitié («L'amitié n'apparaît pas pour combler un appétit. Elle surgit quand on rencontre l'être qui rend possible cette relation sublime. »)...

 

J'aime aussi ses réflexions sur les oiseaux :

« Pourquoi inventer la figure de l'ange alors que l'oiseau existe ? »

« Il y aurait une thèse à écrire sur le besoin qu'a éprouvé le français de ridiculiser ces animaux splendides. (Dinde – en anglais turkey ; canard – en japonais kamo ; grue, en japonais tsuru) »

« De tous les animaux sauvages, l'oiseau était le seul que l'on côtoyait au quotidien, chaque jour de l'année. »

 

J'aime aussi son avis éclairé sur la télévision :

« (Devant le téléviseur) Il suffisait de se laisser emporter par ce tapis volant de lumière et de son, on était embarqué dans un monde peuplé de personnages fabuleux, dont les péripéties étaient racontées à une vitesse supersonique, avec des onomatopées étranges et des refrains au goût de bonbon. Au nom de quoi le privait-on de cet enchantement ? »

« Et il n'exclut pas que l'omniprésence de la télévision ait joué un rôle dans cette affaire. Non que les programmes soient forcément en cause. C'était comme si l'appareil lui-même avait capturé la volonté d'Axel. »

 

Enfin, cette phrase, pour clore ces quelques lignes destinées à vous inciter à la lecture de ce nouveau roman :

« Il détestait se sentir orphelin de livres, comme si aucun bouquin n'avait voulu de lui : il demeurait persuadé que c'était les ouvrages qui adoptaient leurs lecteurs et non le contraire. »

 

Jacques MERCIER

 

« Riquet à la houppe », Roman, Amélie Nothomb, Albin Michel, 190 pp, 16,90 euros.

 

 

22 07 16

Au-delà des apparences !

 

 

 

 

delaby photos.pngVoilà un livre, dans lequel j'ai écrit quelques lignes à la demande de son auteure*, la photographe, qui est d'une rare beauté intelligente ! Un « beau » livre ! Un livre à garder et à regarder. Au fond, vous retranscrire la préface est encore le mieux que je puisse faire pour vous le présenter. Virginie Delaby y explique sa démarche : (Cette Hulpoise a quitté son métier dans une grande entreprise pour se consacrer entièrement à sa passion de la photographie)

 

L'histoire a commencé lors d'un voyage en 2014.


Mon mari et moi avions fait la découverte de cette jolie chambre d'hôtes dans laquelle, hasard ou non, un magnifique livre des photographies d'Edward Steichen était mis à notre disposition. Je suis vraiment admirative de ce grand photographe des années '20 et '30.
Et je ne pouvais détacher mes yeux de ce livre...


La question vient alors immédiatement illuminer mon esprit:
"Et si je faisais un livre photos ?"


On aurait pu en rester là, tellement la phrase semblait (presque) anodine.
Au contraire, elle n'a jamais quitté mon esprit et y pris une place des plus importantes.


En faisant ce livre, j'ai souhaité mettre à l'honneur quatre-vingt femmes, trentenaires et plus, de tous horizons, sans aucun critère physique particulier.

En leur demandant de choisir un thème qui serait le fil conducteur de leur séance photo, ma volonté était de les mettre à l'aise et en confiance dans un exercice qui était, pour la plupart, une première expérience.


Un livre de femmes photographiées par une femme qui n'est pas celle que vous croyez !


Parce que toutes les femmes sont belles, je vous laisse admirer la beauté non retouchée, non photoshopée, non dissimulée.


La beauté, l'élégance que toutes les femmes portent en elles...

 

Oui, le terme « élégance » est également de mise ! Bonne vision.

 

(Une partie de la vente de mon livre sera versée à l'association "La Villa indigo" à Bruxelles. Cette jeune association tient beaucoup à coeur à Virginie Delaby qui s'implique depuis le début pour cette association. La maison de répit "Villa Indigo", est un havre de paix accueillant pour de courts séjours, les enfants atteints de maladies qui demandent une prise en charge importante et dont le pronostic est souvent réservé.)

 

*

Aussi François De Brigode, Pascal Vrebos, Alain Raviart, Grandgeorge, Hugues Hausman, Stefan Cuvelier, Laurent D’Elia, Olivier Leborgne, Marc De Roy, Richard Ruben, Alex Vizorek, Barbara Abel, Carlos Vaquera, Jean-Charles Della Faille, Olivier Arnould, Christophe Bourdon, Frédéric Maltesse, Brice Depasse, Vincent Maréchal, Eric Lamiroy …

 

 

Jacques MERCIER

 

« Mais voyons, Monsieur ! Je ne suis pas celle que vous croyez », Photographies de Virginie Delaby, éditions Le Chat Ailé, www.chataile.com , 40 euros.

 

 

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14 06 16

Qui sont nos héros ?

_cyrulnik héros ivres.jpgComment ne pas être pris par l'analyse magistrale de la société et de la manière dont nous y vivons, écrite par Boris Cyrulnik dans Ivres paradis, bonheurs héroïques.

Le propos ? : « Pas d'existence sans épreuves, pas d'affection sans abandon, pas de lien sans déchirure, pas de société sans solitude. La vie est un champ de bataille où naissent les héros qui meurent pour que l'on vivre. »

Voici donc quelques extraits du livre. J'espère qu'ils vous donneront envie de lire et de comprendre mieux notre existence sur terre.

« Tous les régimes totalitaires cherchent à contrôler les artistes, qui sont une arme pour gouverner les esprits. Si l'on veut s'emparer du pouvoir politique, il faut transformer en instrument de combat les romanciers, les comédiens et même les musiciens qui acceptent de servir la cause du dictateur. »

« Une fiction possède un pouvoir de conviction supérieur à une explication rationnelle. »

« Une vie furieuse est une souffrance, mais une vie sans rêves est une agonie psychique. »

 

« Tout récit est une falsification du réel puisqu'il s'agit d'aller chercher dans notre mémoire les images et les mots qui vont construire un autre réel, dans la représentation cette fois, comme une traduction. »

« Quand le « je » est fragile, le « on » sert de prothèse. »

« Quand les mots ne servent plus à raisonner mais qu'au contraire ils sont utilisés pour offrir une revanche affective, la langue devient un piège où s'arrête la pensée. »

« Ce qui reste dans la mémoire, c'est la première impression, celle qui déclenche l'émotion. Tout le reste n'est que travail fastidieux, nuance qui éteint la vertueuse indignation et laisse peu de traces dans la mémoire engourdie. »

« Les paroles s'envolent, alors que les écrits donnent une impression de vérité matérielle. C'est pourquoi les romanciers sont plus porteurs d'idéologie que ce qu'ils veulent nous faire croire. »

« Les politiciens utilisent le spectacle du malheur pour redorer leur propre image en se faisant photographier sur les lieux des tragédies, avant de manger un petit-four et de vite rentrer chez eux. »

« Ce n'est qu'à partir des années 1980 que la connotation du mot « victime » a changé. Le mot ne désignait plus une pauvre personne abîmée par l'existence, il racontait désormais comment un blessé se bagarrait pour se remettre à vivre. »

« La réduction des informations donne forme à ce qu'on raconte et, sans mentir, métamorphose ce réel. Pourrait-on faire autrement ? Si l'on voulait tout dire, personne ne pourrait comprendre. Il faut donc réduire, adapter nos souvenirs et adresser nos mots à celui à qui l'on raconte. »

« L'effet réducteur de la parole est lui aussi nécessaire pour exposer une idée claire. C'est ainsi que, le plus sincèrement du monde, on reconstruit son passé. »

 

Jacques MERCIER

 

« Ivres paradis, bonheurs héroïques », essai, Boris Cyrulnik, Edition Odile Jacob, 2016, 236 pp, 22,90 euros

 

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20 05 16

Excellent roman : Autoroute du soleil !

_polet.jpgGrégoire Polet (sur fond de la Fantaisie Op.17 de Schumann) nous emmène avec lui sur l'autoroute du soleil. C'est vif, court, poignant, vrai, et fort bien écrit. Le héros veut s'évader, comme tout le monde : « Vivre libre, c'est s'évader, s'évader, s'évader. On n'arrive pas au bout, mais on s'évade. Vivre libre et mourir en chemin dans un tunnel, avec, dit-on, une lumière au bout ? »

C'est aussi rempli de connotations originales, comme cette remarque au sujet de la fille : « Katherine, avec un K, agressif et agaçant, au lieu d'un C plus tranquille. »

Ou comme cette remarque, que nous avons tous faite en passant près de la Bourse : «  Je me souviens des frères ennemis, Falstaff et Cirio, de part et d'autre de la Bourse : l'un, sombre, démissionnaire, rempli de touristes ; et l'autre lumineux, plus inquiétant encore, rempli de vieilles rombières et capitonné comme un cercueil. »

(Même si le terme « vieille rombière » est outrancier ! J'y fus invité un jour par Annie Cordy, entourée de dizaines de fans âgées...

Bien sûr, de l'érotisme, avec l'image des tourterelles renouvelée : « Ton corps nu sur le lit blanc d'un hôtel, et tes seins seront deux tourterelles envolées dans l'oubli, et nous aurons l'amour des anges, la paix des nuages, le bonheur du silence, les douceurs de la neige et le vertige d'avoir tant vécu. »

Un voyage raconté de l'intérieur. Un voyage qui décrit, comme ses larmes : « le cœur pressé comme le raisin des vignobles traversés ».

« Il y a peu d'objets aussi poétiques dans la vie moderne et quotidienne qu’une autoroute » déclare Grégoire Polet, avec raison.

J'adore la séquence de conduite les yeux fermés.

J'adore l'arrivée au Portugal et la couleur verte de la porte...

Un court roman, un voyage magnifique, une vraie lecture d'été !

 

Jacques MERCIER

 

« Autoroute du soleil », Grégoire Polet, roman, édition OnLit 2016. 12,19cm – 48 pages. 6 euros.

 

 

 

 

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12 05 16

De désirables nouvelles

_sandron nouvelles.jpgEmmanuèle Sandron possède un style personnel et terriblement attachant. Elle a aussi le talent d'écrire des nouvelles originales, ce qui n'est pas si courant ! Peut-être que son activité de traductrice littéraire l'a mise en contact avec des auteurs importants dans ce secteur ? On se nourrit de ses admirations. Dans « Je ne te mangerai pas tout de suite », elle propose sept récits plus insolites les uns que les autres ; et je vous en laisse la surprise.

Le premier texte est intitulé « Je m'interdis » et tout en énumérant ce qu'elle s'interdit (cela commence par la mousse au chocolat!), elle révèle en positif tout ce qu'elle est, dans le réel et dans le fantasme.

Le deuxième texte est le cheminement de la pensée, mais dans quel décor !

Ensuite, l'idée de « tomber » quand le personnage de Sarane s'en va est magnifique. Un grand moment, toujours ponctué par la pensée de celle qui raconte.

L'écriture d'Emmanuèle Sandron nous enveloppe, nous envoûte comme une sorte d'incantation littéraire. C'est idéal pour découvrir les thèmes du recueil : le désir, la transgression, la volupté, l'interdit...

 

Jacques MERCIER

 

Je ne te mangerai pas tout de suite, Nouvelles, Edition Luce Wilquin, 126 pages, 12 euros.

 

 

 

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02 05 16

La génération d'aujourd'hui !

_srar maeght.jpg« Si vous commencez le roman de Sarah Maeght, vous ne le lâcherez plus... » écrit avec enthousiasme Katherine Pancol à propos de son roman « C'est où, le nord ? ». Et de poursuivre dans une préface qui nous prépare avec désir à la lecture : « Dès la première scène, vous êtes happé. Fait aux pattes. Saucissonné. Vous ne voulez plus lâcher son héroïne, Ella, ni son copain Théo, sa copine Lou qui passe des castings pour une marque de lait concentré, son amant, Victor, ébéniste, son amante Cléo, photographe. Sans oublier sa sœur Julie, amoureuse du gorille du Jardin des Plantes, et Klaus, le poisson rouge qui tourne en rond dans son bocal et se fait du mouron. » J'adore cette manière de présenter les principaux personnages de ce roman alerte, vrai, terriblement d'aujourd'hui. Et d'une écriture nerveuse et drôle.

Une phrase picorée dans le récit : « - Tu crois que j'ai fait le tour de ton corps ?

J'aime ses mots qui ricochent alors qu'il ne lit pas de livres, ses envies de voyages alors qu'il n'a pas de bateau. »

J'aime que les dialogues soient l'épine dorsale de ces histoires. Ce sont les errances d'une fille de vingt-quatre ans qui ne sait pas où elle en est. C'est le portrait d'une génération, avec ses us et coutumes. Voilà un roman sans tricherie, qui nous plonge dans la vie même ! « L'orgasme c'est quand les jambes tremblent, je l'ai appris dans Loft Story »...

 

Jacques MERCIER

 

« C'est où, le nord ? », roman, Sarah Maeght, préface de Katherine Pancol, Albin Michel, 284 pp. 18 euros.

 

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27 04 16

Changement d'écriture... Un livre magnifique !

_marie noelle agniau.jpgQuelle écriture ! Cela faisait longtemps que je n'avais été emporté avec une telle force dans un livre. Mortels Habitants de la terre de Marie-Noëlle Agniau est une expérience littéraire que je vous conseille vivement.

C'est un texte, un récit incantatoire, un poème qui parle de la disparition de l'écriture cursive et la mise en écran du monde. De courts textes qui commencent par « Est une infrastructure » et ses variations : « Est une infrastructure humaine » ou « Est une infrastructure construite par l'homme et sa fenêtre », etc.

C'est inexplicable, indicible et justement n'est-ce pas cela le propre d'un poème ? Il faut le lire, le vivre, se laisser emporter par lui, son rythme, ses mots, ses répétitions, ses explosions et ses eaux calmes.

Un exemple : « Est une infrastructure humaine. Les lettres. Nous les avions mangées. Pendant la traversée. On avait faim. Et soif. »

Pour ceux qui croient que l'écriture « à la main », comme on disait « à la plume », résonne comme la fin de quelque chose, un naufrage, l'auteure répond : « La pureté. Au bout des doigts. On est tout propres ? On se détend. Sur une chaise longue. Avant que le navire ne sombre. Ne sombre pas. Passe juste à travers cascade ; de l'autre côté : c'est tout autre. On a modifié le corps. »

Et puis certains mots peu poétiques par nature le deviennent : « Pixellisée » ou « cristaux liquides »

Cela raconte si bien cette mondialisation que nous ressentons aujourd'hui : « Est une infrastructure lovée dans les airs et nulle part tout autour de la Terre. Nous ne vivons pour personne. Seulement pour les yeux de satellites humains.(...) Des paons mythologiques et le bleu des paraboles. »

Lisez cette description inouïe : « Une main tactile comme un écran. Je rends ma main. Je n'en ai plus besoin. Sa lenteur. Sa lenteur de main. Je la rends. Je la donne à la machine. Elle prend ma main. Ma main de petite fille. C'est tout comme. Comme une mère. »

J'adore tout cela et j'ai relu l'ensemble, ce que je fais rarement et à tort. « Est une infrastructure qui mord espace et temps ».

 Marie-Noëlle Agniau enseigne la philosophie. Elle écrit de la poésie et participe à des lectures publiques, à des projets collectifs d'écriture. La poésie, comme chez Nietzsche, est déjà pure philosophie. Merci pour ce bonheur !

 

Jacques MERCIER

 

« Mortels habitants de la Terre », Marie-Noëlle Agniau, Édition L’arbre à paroles, Collection IF, 86 pp. 10 euros. Maisondelapoesie.com Illustration couverture de Benjamin Monti

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21 04 16

Montmartre est triste sans toi

_marianne levaux.jpgMarianne Levaux nous plonge corps et âme dans une histoire d'aujourd'hui, qui pourtant a des résonances de toujours. Excellent roman que "Montmartre est triste ce soir" !

La disposition des phrases est particulière – comme une respiration, un halètement - et nous aide à mieux suivre le cours du récit et des réflexions.

Elle a du style et s'y entend pour décrire : « On discernait l'haleine mouillée d'un jardin en contrebas » ou ce trait : « Nathan disait toujours en riant que le pire n'est jamais décevant ».

Les phrases mises en exergue devant chaque chapitre jettent à chaque fois une lumière, une teinte, une intensité différentes sur le décor où l'on va pénétrer. Comme cette citation « Notre défiance justifie la tromperie d'autrui » de La Rochefoucauld.

Laissez-vous prendre par la main, découvrez Eve, peintre, Fernand, le fils du concierge, Juan, le voisin entreprenant, Andréï, le voyeur, Bianca, la galeriste... Des personnages qu'on semble déjà connaître après quelques jours – car l'histoire se déroule entre mars et septembre – et qui vont nous entraîner dans le mystère et la création de Marianne.

Enfin, un dernier mot : j'adore le titre ! « Montmartre est triste sans toi » est une trouvaille. Le roman en recèle bien d'autres.

Jacques MERCIER

"Montmartre est triste sans toi", roman, Marianne Levaux, Edilivre, 240 pp. 19 euros.

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