11 11 16

Un moment de grand bonheur !

 

Jean teulé.jpgJean Teulé nous offre vraiment «comme une respiration» dans notre vie quotidienne, dans notre vie intérieure, dans nos lectures, dans notre attitude envers les médias... Ces trente textes (et photos ou dessins parfois) sont trente moments de grand bonheur.

C'est d'autant plus fort que le style efficace et si personnel de l'auteur se déploie avec la même liberté que l'on connaissait dans ses ouvrages précédents. L'imagination (et sans aucun doute beaucoup de sa propre existence) de Jean Teulé s'est mise au service du côté souriant de la vie. Et c'est magnifique !

Dès le premier texte « Cui cui », nous avons le thème général : une maison « qui n'est pas bleue », comme celle de Le Forestier à San Francisco, où il ne pense pas au bruit du monde. Cela se termine par : « Nom de Dieu de nom de Dieu, quelle maison ! Autant dire qu'elle n'est pas à vendre. »

Ce sont des faits divers qui se passent dans le train, dans un terrain vague, à la plage, dans le métro, dans un avion... qui ont comme protagonistes des jeunes, des vieux... nous les humains, quoi ! On y évoque « Petite fleur » de Sidney Bechet, la calligraphie, la messe trop longue, une palombe tombée du nid, un viaduc, la langue des Rolling Stones.

Les sujets concernent le langage, la solitude, la beauté, les apparences, les rapports avec ses proches, la bêtise, la nature, la vieillesse... et la poésie, comme dans le 13e texte intitulé « Voyager avec toi ». La phrase complète est « Voyager avec toi, c'est déjà être arrivé ! »


Croyez-moi, vous ne regretterez pas cette lecture, c'est réellement un grand moment de bonheur ! Est-ce si fréquent en ce bas-monde ? Merci, Jean !



Jacques MERCIER

« Comme une respiration », Jean Teulé, 160 pp, édition Julliard. 13,3X20,7cm. Broché : 20,7 euros, Kindle : 13,3 euros.

 

 

02 11 16

L'électrochoc entre la chanson française et le rock !

 

bigot je t'aime.jpgYves Bigot dans « Je t'aime moi non plus », le premier des deux volumes d'une histoire de la chanson française et du rock, nous propose un livre magistral. Tout y est : l'analyse de plus d'un demi-siècle de musique chez nous, les exemples, les interviews, les références. L'introduction seule mérite d'être lue par tous, mais surtout sans doute par ceux qui aiment et le rock et la chanson ! En voici quelques extraits :

« Ce generation gap, le premier connu de l'histoire de l'humanité, prise de pouvoir de la culture par la jeunesse du monde, forte d'une éducation sans pareille, d'une rare période de paix et de plein-emploi, de croissance euphorique, de mobilité sociale inédite, ne s'exprimera nulle part plus fortement que dans sa musique et va engendrer un schisme et une frustration. »

Bien sûr, tout ce qui concerne l'utilisation de la langue française et les raisons des difficultés à la chanter en rythme y est évoqué !

« Je mesure mieux encore à quel point le français, si riche, si précis, si précieux, si complet si parfait, si exigeant, si sexy dit-on, doit impérieusement être défendu, protégé, revendiqué, mais aussi parfois dé ringardisé. »

ou

« Les fréquences du français sont réduites, concentrées entre 1000 et 2000 hertz (soit le nombre de vibrations par seconde qui confèrent au son sa hauteur, du grave à l'aigu), ce qui noie facilement dans celles des instruments, alors que celles de l'anglais notamment lui permettent de passer plus facilement par-dessus celles des guitares électriques... »

Ou encore

« On ne saurait donc s('étonner de la sacralisation des auteurs-compositeurs-interprètes des années 50/60 qui prolongent la tradition poétique de la lignée Villon-Ronsard-Hugo-Rimbaud à peine retouchée music-hall fantaisiste et jazz par Trenet (puis Bécaud, Salvador et Nougaro)... »

Pour tomber sur cette si belle phrase :

« Le française, une langue qui raisonne plus qu'elle ne résonne. »

 

Je pourrais multiplier à l'infini les extraits, souvent drôles avec ce clin d’œil qui caractérise la personnalité brillante de l'auteur :

 

« Chaque groupe en tournée, tout au long des années 70, 80 et 90, parfois encore aujourd'hui, saura immédiatement qu'il est en France en entendant le public taper dans les mains à contretemps, quand ça n'est pas carrément à côté. »

Comme l'indique le titre, le premier des artistes analysé en détails est Serge Gainsbourg : « Pour les Britanniques, Gainsbourg est un Dylan français (pour sa virtuosité avec les mots), avec la personnalité d'un Miles Davis (pour sa distance cynique, narquoise, et son attitude cool suprême), vieux et déglingué à la Tom Waits. »

Vient ensuite Claude Nougaro :

« Nous n'avons pas toujours été si complices. Que du contraire, comme on dit à Bruxelles... »

Suivent Hugues Aufray, Nino Ferrer, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Dick Rivers, Sylvie Vartan, Salvatore Adamo (On s'aperçoit combien l'auteur a saisi l'essence même de la Belgique, dans ses différences et ses qualités), Arno, Jacques Dutronc, Françoise Hardy, Ronnie Bird, Claude François, Michel Berger (auquel Yves Bigot a déjà consacré un livre), Christophe, Joe Dassin, Mort Shuman, Antoine, etc.

 

Yves Bigot a vécu cette histoire en direct. Sa carrière est complète : radio, presse, télévision, maison de disques.

 

Jacques MERCIER


« Je t'aime moi non plus » (les amours de la chanson française et du rock), Yves Bigot, essai, (volume 1 – de Gainsbourg à Goldman) Ed Don Quichotte 2016, 436 pp, format 22,5X14 cm, Broché : 19,90 euros ; Kindle : 13,99 euros.

 

25 10 16

Lettre en abyme

 

_Dugardin.jpgC'est un des cadeaux de ma fille Sophie pour mon anniversaire ; je le partage avec vous ! Si nous avons une chose en commun, c'est bien le rapport « particulier » avec notre mère. Parfois facile, heureux, parfois moins. Les textes poétiques de « Lettre en abyme » de Marc Dugardin en sont une illustration superbe. Le livre est né de la lecture de «Carta a mi madre » (Lettre à ma mère) de Juan Gelman, poète argentin mort en 2014.

 

Dans la préface, Jacques Ancet note très justement : « Ce qui fait le prix de ce petit livre bouleversant, c'est la simplicité déchirée, déchirante d'une écriture qui tente, à travers douleur et séparation, de renouer un lien rompu, le lien primordial sans lequel vivre est un déchirement infini. »

 

Je vous propose trois courts extraits pour vous donner envie de partager avec l'auteur cette relation mise en mots (et en abyme) :

 

C'est enfantin ce que je vais écrire :

Je vois une joue, la marque des griffes

et les mots me viennent

comme d'un petit fauve

en attente d'être léché

 

Je t'ai écrit

comme si l'on avait inversé les rôles

pour dévider un peu de tendresse

sur l'écheveau de ta propre histoire

 

Parfois nous nous faisons plus légers

avec des chansonnettes où le loup

est tenu à l'écart

avec des syllabes douces

sur nos écartèlements

 

Comme l'écrit Marc Wetzel dans son blog "Traversées" : "Naître, n'est-ce-pas, comme deux convois synchros, avoir sa "correspondance" dans le tunnel premier d'un corps y engageant l'autre ? Quelle plus abyssale concordance de destins qu'une série de contractions ? Et qu'est-ce que la poésie, sinon un langage aux ordres de ses propres contractions ?" 

 

 

Jacques MERCIER

 

« Lettre en abyme », poèmes de Marc Dugardin, Edition Rougerie 2016, 80 pp. 13 euros.

 

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05 10 16

Comment supporter la vie ?

 

_schreiber.jpgSi le titre du livre est « Fragments de lucidité », le sous-titre est plus explicite : « Comment supporter les choses comme elles sont ! ». Ce dernier ouvrage de Jean-Louis Servan-Schreiber est illustré de manière géniale par Xavier Gorce, qui souligne avec humour et talent les propos.

De ce manuel du mieux vivre aujourd'hui, je vous propose quelques extraits, retenus au fil de ma lecture.

Le buzz politique, les compétitions sportives, la vie des pipoles et la météo nourrissent l'essentiel de l'espace médiatique et des bavardages. Le reste du temps de parole est absorbé par les tracas familiaux et les discussions de travail entre collègues.

Même si ce 'est qu'une illusion de plus, l'idée que ma vie ne soit pas insignifiante m'aide à me lever le matin.

Après l'éclipse du religieux et la faillite des idéologies, nous voici désorientés. La modernité nous a fourni tous les conforts, sauf celui de l'esprit.

La vie nous oblige souvent à choisir entre les souffrances ou l'ennui.

Miser sur une notoriété fugitive ou une trace durable serait un péché contre la lucidité, une naïveté de plus.

Désormais, tous les habitants de la planète sont invités à focaliser leur attention sur les mêmes événements : ce soir, sur un crash aérien majeur, demain matin sur un changement de dirigeant en Chine.

 Pour ma part, ma mort idéale, c'est la fin de De Gaulle : il est en train de faire une réussite, il tombe et meurt peu après. Ce type a tout réussi, sa mort comme sa vie.

Bonne lecture. Comme il est agréable de se plonger dans un essai rafraîchissant et intelligent, sans être touffu !

Jacques MERCIER

« Fragments de lucidité » (Comment supporter les choses comme elles sont), Jean-Louis Servan-Schreiber, Essai, Edition Fayard, 2016, 220 pp. 16,50 euros.

 

 

 

 

 

11 09 16

La confiance et la peur

_massin.jpgLe titre de ce superbe essai du docteur Christophe Massin, psychiatre, est Une vie de confiance ; mais le sous-titre est important : Dialogues sur la peur et autres folies.

Il s'agit d'un original dialogue avec un couple qui s'interrogent sur leurs blocages. L'idée est de passer de la peur à la confiance. On assiste donc à une expérience tout au long de ce livre qui a des résonances multiples en nous.

Voici quelques phrases extraites du livre et retirées de leur contexte, mais qui vous donneront le ton du livre.

« La peur animale apparaît en situation de danger réel et présent, avec une intensité adaptée.... La peur psychologique, elle, se déclenche à l'idée d'un danger qu'elle projette, ou alors elle amplifie considérablement la peur animale. »

« Ce qui compte, c'est de reconnaître les tiennes (ses peurs) et à quel registre elles appartiennent. En schématisant, elles touchent trois domaines, toi-même, ta relation avec les autres, ta relation avec la vie. »

« Souviens-toi que la méfiance est contagieuse. »

« Nous confondons souvent la vie et nos congénères, et notre méfiance envers la vie concerne en réalité l'espèce humaine. »

« Tu ne te tortures plus dans l'angoisse du futur, tu sais qu'en te détendant maintenant, tu te rends au mieux disponible pour le moment et pour celui qui va suivre. »

« Tu ne peux surpasser tes capacités intellectuelles ou physiques, mais tu peux être indéfiniment plus confiant, plus aimant ! »

Et cette extraordinaire phrase, qui devrait diriger toute notre vie :

« Prends le risque de te montrer, si tu veux être aimé pour ce que tu es. »

 

Jacques MERCIER

« Une vie de confiance », Dialogues sur la peur et autres folies, Essai, Dr Christophe Massin, Odile Jacob, 2016, 172 pp. 20,90 euros

 

 

17 08 16

Tendresse et nostalgie !

 

couve moun lakou.jpgC'est une merveilleuse remontée dans l'enfance, une description pittoresque et si vraie d'un village en Jamaïque. Mais c'est aussi un trajet pour s'en éloigner et vivre autrement : de la Jamaïque vers la Guadeloupe et vers la Floride. « Moun Lakou » est un roman coloré et passionnant à suivre. Le « lakou » est un logement misérable.

L'auteure, Marie Léticée, est professeur de littérature et de langue à l’université de la Floride Central (UCF) ou elle enseigne depuis 1988. Dr. Léticée a publié des articles dans Callaloo, Labrys Review et dans Secolas Annals. Elle a aussi reçu plusieurs bourses d’initiative et un prix de l’enseignement à UCF. De plus, elle a créé plusieurs nouveaux cours tels que : La poésie noire des Amériques, la littérature francophone, la littérature antillaise, la littérature créole et le français des affaires. Elle écrit sur plusieurs plans : le roman et l'écriture du roman, dans un style qui ne peut que nous accrocher et nous intéresser. On est dans l'humain, avec les odeurs, les décors, les conversations. Mais aussi la profondeur qui s'en dégage : « La vie, ma chère, n'est qu'une suite de maintenant » ou l'humour, comme ce passage sur les fêtes de Noël et les cantiques pour les « blancs » !

Justement, les dialogues et souvent les mots sont dans leur langue originale, parfois en anglais, parfois en créole. Elle raconte ainsi ceux qui avaient séjourné en France : « Ils nous revenaient tous enrobés de français de Fwans, ce qui leur donnait le droit de nous considérer comme des arriérés sans avenir, emprisonnés que nous étions dans les pattes de notre créole grosso modo. Ils me fascinaient. »

Par la magie de son talent, on comprend presque tout : « Dèmen, si pwèta Dié » ne doit pas être traduit.

Le roman de Marie Léticée est truffée de petites merveilles de phrases. Pour décrire la « cour Monbruno », l'endroit où elle vit son enfance, elle écrit : « Une véritable toile d'araignée où maintes vies se perdaient, englouties par les entrailles voraces de la misère. »

Mais je ne peux pas dire mieux que ce texte d'un lecteur : « Ce roman, un délicat voyge dans les souvenirs d'une île d'avant la modernisation. Le goût des plaisirs simples : des jeux en plein air, des plats préparés pour survivre, des relations directes avec autrui et surtout ses voisins. Bref, une régression qui n'érige pas le passé en élément parfait d'une époque ou d'une existence, mais plutôt comme déclencheur de sourires et de questions sur soi-même. »

Jacques MERCIER

« Moun Lakou », roman, Marie Léticée, édition Ibis Rouge www.ibisrouge.fr , 132 pp, 14X22cm, Photo Jean-Paul Leclercq, 15 euros

 

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Récits, Romans, Société | Commentaires (0) |  Facebook | |

15 08 16

Riquet à la houppe, le nouveau roman d'Amélie Nothomb

 

 

amelie-riquet-houppe.jpgVoici le 25e roman d'Amélie Nothomb : « Riquet à la houppe » ; et voici donc 25 ans que nous nous connaissons ! Entre autres, en étant chaque année une invitée exceptionnelle du « Jeu des Dictionnaires ». On connaît mon enthousiasme pour ses écrits, mais j'ajoute que je n'ai jamais été déçu par eux. Cette re-création du conte de Charles Perrault (paru en 1697!) se joue sur le thème de la laideur et de la beauté ; un thème qui apparaît si souvent dans les romans d'Amélie.

« Le très laid suscite parfois un peu de compassion ; le très beau irrite sans pitié. La clef du succès réside dans la vague joliesse qui ne dérange personne. »

« Elle savait d'expérience combien le monde haïssait la beauté et ne demandait qu'à la traduire en sottise. »

Et de citer Barbey d'Aurevilly : « Le profil est l'écueil de la beauté ou son attestation la plus éclatante.»

 

Il s'agit de l'histoire parallèle de deux enfants, un laid : Déodat et une beauté : Trémière.

 

Et bien sûr voici les caractéristiques habituelles des romans de Nothomb : Le choix des prénoms tout d'abord.

« La mère de Rose s'appelait Passerose, autre nom de la rose trémière. »

« Pour qui aime, découvrir que l'aimée porte un prénom admirable équivaut à un adoubement. »

 

On découvre aussi quelques mots inusités, que l'auteure parsème toujours dans ses livres :

« Sardanapalesque », digne de Sardanapale par le caractère luxueux et débauché.

« Des chausse-trapes » (avec un seul p, comme se doit de l'écrire toute bonne académicienne !)

« Le tadorne de Belon », le plus grand des canards en France.

Et le retour des gossettes, de l'enfançon et de la déréliction, ce sentiment de solitude et d'abandon, que l'on retrouve souvent sous sa plume.

En passant, on saura tout sur les roses, sur l'arrivée du langage dans le cerveau (« Toute intelligence est aussi faculté d'adaptation. »), sur sa lecture récente de tous les volumes de la Comédie humaine de Balzac, sur l'amitié («L'amitié n'apparaît pas pour combler un appétit. Elle surgit quand on rencontre l'être qui rend possible cette relation sublime. »)...

 

J'aime aussi ses réflexions sur les oiseaux :

« Pourquoi inventer la figure de l'ange alors que l'oiseau existe ? »

« Il y aurait une thèse à écrire sur le besoin qu'a éprouvé le français de ridiculiser ces animaux splendides. (Dinde – en anglais turkey ; canard – en japonais kamo ; grue, en japonais tsuru) »

« De tous les animaux sauvages, l'oiseau était le seul que l'on côtoyait au quotidien, chaque jour de l'année. »

 

J'aime aussi son avis éclairé sur la télévision :

« (Devant le téléviseur) Il suffisait de se laisser emporter par ce tapis volant de lumière et de son, on était embarqué dans un monde peuplé de personnages fabuleux, dont les péripéties étaient racontées à une vitesse supersonique, avec des onomatopées étranges et des refrains au goût de bonbon. Au nom de quoi le privait-on de cet enchantement ? »

« Et il n'exclut pas que l'omniprésence de la télévision ait joué un rôle dans cette affaire. Non que les programmes soient forcément en cause. C'était comme si l'appareil lui-même avait capturé la volonté d'Axel. »

 

Enfin, cette phrase, pour clore ces quelques lignes destinées à vous inciter à la lecture de ce nouveau roman :

« Il détestait se sentir orphelin de livres, comme si aucun bouquin n'avait voulu de lui : il demeurait persuadé que c'était les ouvrages qui adoptaient leurs lecteurs et non le contraire. »

 

Jacques MERCIER

 

« Riquet à la houppe », Roman, Amélie Nothomb, Albin Michel, 190 pp, 16,90 euros.

 

 

22 07 16

Au-delà des apparences !

 

 

 

 

delaby photos.pngVoilà un livre, dans lequel j'ai écrit quelques lignes à la demande de son auteure*, la photographe, qui est d'une rare beauté intelligente ! Un « beau » livre ! Un livre à garder et à regarder. Au fond, vous retranscrire la préface est encore le mieux que je puisse faire pour vous le présenter. Virginie Delaby y explique sa démarche : (Cette Hulpoise a quitté son métier dans une grande entreprise pour se consacrer entièrement à sa passion de la photographie)

 

L'histoire a commencé lors d'un voyage en 2014.


Mon mari et moi avions fait la découverte de cette jolie chambre d'hôtes dans laquelle, hasard ou non, un magnifique livre des photographies d'Edward Steichen était mis à notre disposition. Je suis vraiment admirative de ce grand photographe des années '20 et '30.
Et je ne pouvais détacher mes yeux de ce livre...


La question vient alors immédiatement illuminer mon esprit:
"Et si je faisais un livre photos ?"


On aurait pu en rester là, tellement la phrase semblait (presque) anodine.
Au contraire, elle n'a jamais quitté mon esprit et y pris une place des plus importantes.


En faisant ce livre, j'ai souhaité mettre à l'honneur quatre-vingt femmes, trentenaires et plus, de tous horizons, sans aucun critère physique particulier.

En leur demandant de choisir un thème qui serait le fil conducteur de leur séance photo, ma volonté était de les mettre à l'aise et en confiance dans un exercice qui était, pour la plupart, une première expérience.


Un livre de femmes photographiées par une femme qui n'est pas celle que vous croyez !


Parce que toutes les femmes sont belles, je vous laisse admirer la beauté non retouchée, non photoshopée, non dissimulée.


La beauté, l'élégance que toutes les femmes portent en elles...

 

Oui, le terme « élégance » est également de mise ! Bonne vision.

 

(Une partie de la vente de mon livre sera versée à l'association "La Villa indigo" à Bruxelles. Cette jeune association tient beaucoup à coeur à Virginie Delaby qui s'implique depuis le début pour cette association. La maison de répit "Villa Indigo", est un havre de paix accueillant pour de courts séjours, les enfants atteints de maladies qui demandent une prise en charge importante et dont le pronostic est souvent réservé.)

 

*

Aussi François De Brigode, Pascal Vrebos, Alain Raviart, Grandgeorge, Hugues Hausman, Stefan Cuvelier, Laurent D’Elia, Olivier Leborgne, Marc De Roy, Richard Ruben, Alex Vizorek, Barbara Abel, Carlos Vaquera, Jean-Charles Della Faille, Olivier Arnould, Christophe Bourdon, Frédéric Maltesse, Brice Depasse, Vincent Maréchal, Eric Lamiroy …

 

 

Jacques MERCIER

 

« Mais voyons, Monsieur ! Je ne suis pas celle que vous croyez », Photographies de Virginie Delaby, éditions Le Chat Ailé, www.chataile.com , 40 euros.

 

 

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14 06 16

Qui sont nos héros ?

_cyrulnik héros ivres.jpgComment ne pas être pris par l'analyse magistrale de la société et de la manière dont nous y vivons, écrite par Boris Cyrulnik dans Ivres paradis, bonheurs héroïques.

Le propos ? : « Pas d'existence sans épreuves, pas d'affection sans abandon, pas de lien sans déchirure, pas de société sans solitude. La vie est un champ de bataille où naissent les héros qui meurent pour que l'on vivre. »

Voici donc quelques extraits du livre. J'espère qu'ils vous donneront envie de lire et de comprendre mieux notre existence sur terre.

« Tous les régimes totalitaires cherchent à contrôler les artistes, qui sont une arme pour gouverner les esprits. Si l'on veut s'emparer du pouvoir politique, il faut transformer en instrument de combat les romanciers, les comédiens et même les musiciens qui acceptent de servir la cause du dictateur. »

« Une fiction possède un pouvoir de conviction supérieur à une explication rationnelle. »

« Une vie furieuse est une souffrance, mais une vie sans rêves est une agonie psychique. »

 

« Tout récit est une falsification du réel puisqu'il s'agit d'aller chercher dans notre mémoire les images et les mots qui vont construire un autre réel, dans la représentation cette fois, comme une traduction. »

« Quand le « je » est fragile, le « on » sert de prothèse. »

« Quand les mots ne servent plus à raisonner mais qu'au contraire ils sont utilisés pour offrir une revanche affective, la langue devient un piège où s'arrête la pensée. »

« Ce qui reste dans la mémoire, c'est la première impression, celle qui déclenche l'émotion. Tout le reste n'est que travail fastidieux, nuance qui éteint la vertueuse indignation et laisse peu de traces dans la mémoire engourdie. »

« Les paroles s'envolent, alors que les écrits donnent une impression de vérité matérielle. C'est pourquoi les romanciers sont plus porteurs d'idéologie que ce qu'ils veulent nous faire croire. »

« Les politiciens utilisent le spectacle du malheur pour redorer leur propre image en se faisant photographier sur les lieux des tragédies, avant de manger un petit-four et de vite rentrer chez eux. »

« Ce n'est qu'à partir des années 1980 que la connotation du mot « victime » a changé. Le mot ne désignait plus une pauvre personne abîmée par l'existence, il racontait désormais comment un blessé se bagarrait pour se remettre à vivre. »

« La réduction des informations donne forme à ce qu'on raconte et, sans mentir, métamorphose ce réel. Pourrait-on faire autrement ? Si l'on voulait tout dire, personne ne pourrait comprendre. Il faut donc réduire, adapter nos souvenirs et adresser nos mots à celui à qui l'on raconte. »

« L'effet réducteur de la parole est lui aussi nécessaire pour exposer une idée claire. C'est ainsi que, le plus sincèrement du monde, on reconstruit son passé. »

 

Jacques MERCIER

 

« Ivres paradis, bonheurs héroïques », essai, Boris Cyrulnik, Edition Odile Jacob, 2016, 236 pp, 22,90 euros

 

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20 05 16

Excellent roman : Autoroute du soleil !

_polet.jpgGrégoire Polet (sur fond de la Fantaisie Op.17 de Schumann) nous emmène avec lui sur l'autoroute du soleil. C'est vif, court, poignant, vrai, et fort bien écrit. Le héros veut s'évader, comme tout le monde : « Vivre libre, c'est s'évader, s'évader, s'évader. On n'arrive pas au bout, mais on s'évade. Vivre libre et mourir en chemin dans un tunnel, avec, dit-on, une lumière au bout ? »

C'est aussi rempli de connotations originales, comme cette remarque au sujet de la fille : « Katherine, avec un K, agressif et agaçant, au lieu d'un C plus tranquille. »

Ou comme cette remarque, que nous avons tous faite en passant près de la Bourse : «  Je me souviens des frères ennemis, Falstaff et Cirio, de part et d'autre de la Bourse : l'un, sombre, démissionnaire, rempli de touristes ; et l'autre lumineux, plus inquiétant encore, rempli de vieilles rombières et capitonné comme un cercueil. »

(Même si le terme « vieille rombière » est outrancier ! J'y fus invité un jour par Annie Cordy, entourée de dizaines de fans âgées...

Bien sûr, de l'érotisme, avec l'image des tourterelles renouvelée : « Ton corps nu sur le lit blanc d'un hôtel, et tes seins seront deux tourterelles envolées dans l'oubli, et nous aurons l'amour des anges, la paix des nuages, le bonheur du silence, les douceurs de la neige et le vertige d'avoir tant vécu. »

Un voyage raconté de l'intérieur. Un voyage qui décrit, comme ses larmes : « le cœur pressé comme le raisin des vignobles traversés ».

« Il y a peu d'objets aussi poétiques dans la vie moderne et quotidienne qu’une autoroute » déclare Grégoire Polet, avec raison.

J'adore la séquence de conduite les yeux fermés.

J'adore l'arrivée au Portugal et la couleur verte de la porte...

Un court roman, un voyage magnifique, une vraie lecture d'été !

 

Jacques MERCIER

 

« Autoroute du soleil », Grégoire Polet, roman, édition OnLit 2016. 12,19cm – 48 pages. 6 euros.

 

 

 

 

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