30 06 17

Tout commence à Sumer

 

 

histoire sumer.jpgOn n'en finit pas de découvrir la richesse de la civilisation sumérienne. Elle date de 3000 ans avant notre ère ! Certains pensent qu'une civilisation plus avancée de l'univers est venue donner l'impulsion nécessaire pour cet épanouissement. Ce qui est sûr c'est qu'une série impressionnante de « premières » dans nos civilisations actuelles sont nées à Sumer.

Ce livre « L'histoire commence à Sumer » est la référence historique, écrite il y a déjà quelques décennies par Samuel Noah Kramer, qui enseignait à l'Université de Pennsylvanie. Depuis lors bien des découvertes ont eu lieu, de nouveaux écrits, mais c'est une excellente base pour explorer les nouveaux rebondissements...

Quelques exemples de premières :

 

Les premières écoles :

Après que Sumer eut été progressivement conquis, dans le dernier quart du IIIe millénaire, par les Sémites akkadiens, les professeurs sumériens entreprirent la rédaction des plus vieux « dictionnaires » que l'on connaisse. Les conquérants sémitiques, non seulement avaient emprunté aux Sumériens leur écriture, mais ils en avaient conservé précieusement les œuvres littéraires, qu'ils étudièrent et imitèrent longtemps, après que le sumérien eut disparu comme langue parlée. D'où le besoin de « dictionnaires » dans lequel les expressions et les mots sumériens fussent traduits en akkadien.

 

Le premier Moïse :

Quand le monde eut été créé et que le sort de Sumer et de la cité d'Ur eut été décidé, An et Enlil, les deux principaux dieux sumériens, nommèrent roi d'Ur le dieu de la lune, Nanna. Celui-ci à son tour choisit Ur-Nammu comme son représentant terrestre pour gouverner Sumer et Ur. Les premières décisions du nouveau chef eurent pour objet d'assurer la sécurité politique et militaire du pays.

 

La première cosmologie :

Pour expliquer la marche et le gouvernement de l'univers, les philosophes sumériens avaient recours non seulement à des personnalités divines, mais aussi à des forces impersonnelles, à des lois et règlements divins, les « me ». Ce mot est attesté dans un grand nombre de documents : on constate notamment que des « me » président au devenir de l'homme et de sa civilisation.

 

Notre auteur en énumère environ cent. (Une soixantaine est intelligible aujourd'hui)

 

Les premiers animaux des fables :

Ces compilations de proverbes et de dictons ne nous traduisent qu'un aspect de la littérature sapentale des Sumériens. Ils connaissent d'autres genres d'écrits utilitaires destinés à inculquer la « sagesse » et par là l'exercice d'une vie équilibrée et heureuse.

L'almanach du fermer offre un exemple de traité didactique ; et sous son air de narration sans autre but que le plaisir littéraire, la Vie d'un écolier est au fond une sorte de portrait moral. Autre genre : la controverse.

 

Premiers parallèles avec la Bible, le paradis :

Il est passionnant de suivre le cheminement des idées et des œuvres à travers ces vieilles civilisations, des Sumériens aux Babyloniens et aux Assyriens, aux Hittites, aux Hurrites et aux Araméens. Les Sumériens n'exercèrent évidemment pas une influence directe sur les Hébreux, puisqu'ils avaient disparu bien avant l'apparition de ces derniers. Mais il n'est guère douteux qu'ils influencèrent profondément les Cananéens, prédécesseurs des Hébreux en Palestine. C'est ainsi qu'on peut expliquer les nombreuses analogies relevées entre les textes sumériens et certains livres de la Bible.

 

Le premier Noé :

Le déluge via Babylone et remontant à Sumer.

 

Le premier symbolisme sexuel :

Les chants érotiques qui célébraient le mariage d'un roi-berger et de la déesse de la fertilité pourraient fort bien être les précurseurs du Cantique des Cantiques, cette suite disparate de chants d'amour sensuels dont la présence dans l'Ancien Testament, aux côtés du Livre de Moïse, des Psaumes où domine la prière et du Livre des Prophètes plein d'appels tonnants à la morale, a toujours surpris et laisse encore perplexe plus d'un spécialiste de la Bible.

 

La première légende de la résurrection :

La déesse de l'amour, que ce soit la Vénus romaine, l'Aphrodite grecque ou l'Ishtar des Babyloniens, a toujours enflammé l'imagination des hommes et surtout des poètes. Les Sumériens l'adoraient sous le nom d'Inanna, la « Reine du ciel ».

 

Le premier saint Georges :

Avant Saint Georges : Héraclès et Persée.

La mise à mort du Dragon était un thème familier de la mythologie sumérienne dès le IIIe millénaire avant Jésus-Christ.

 

L'été est une période propice à la découverte, n'hésitez pas à vous ouvrir de nouveaux horizons sur notre passage sur Terre !

 

Jacques MERCIER

 

« L'histoire commence à Sumer », Samuel Noah Kramer, Essai, Champs Histoire, Flammarion 86/94. 320 pp. 9 euros.

 

24 05 17

Le jazz

 

_le jazz.jpgLe Jazz” est le premier ouvrage d’une toute nouvelle collection proposée par les Editions Ikor. Il est écrit par un jazzman : Stéphane Mercier

Ce livre s’adresse à tout public. En effet, l’apparition du jazz est présentée dans son contexte politique et social. Les parallèles sont tirés entre l’évolution du jazz et les événements marquants de notre société démocratique et capitaliste: l’immigration, la ségrégation, la prohibition, la Seconde Guerre mondiale, les grandes inventions et les révolutions ont influencé cet idiome en perpétuel changement. La grande Histoire est contée à travers les petites histoires de ces personnalités attachantes.

Aujourd’hui, le jazz est plus que jamais parmi nous, car cette musique créative et interactive se veut porteuse de messages de justice, d’égalité, de tolérance et d’anti-conformisme.

L’auteur vous invite donc à entrer dans la fabuleuse histoire du jazz, qui est d’une certaine manière notre histoire à tous…

Passionné d’histoire du jazz depuis les années 80, le saxophoniste Stéphane Mercier étudie au Jazz Studio d’Anvers, au Conservatoire Royal de Bruxelles et au Berklee College of Music.

Les sept années passées ensuite à New York lui donnent l’occasion de croiser certains acteurs de première main comme Herbie Hancock, Wynton Marsalis, Horace Silver, Tommy Flanagan ou George Benson. Il entend des histoires de proches de Duke Ellington et de Charlie Parker, comme celles de l’éminent professeur Herb Pomeroy.

Rentré en Europe, Toots Thielemans l’aide à rencontrer Quincy Jones, lançant une série d’interviews, dont celle de Kenny Garrett, saxophoniste ayant cotoyé les derniers grands orchestres et leaders de la grande époque.

En 2013, il monte un spectacle sur l’histoire du jazz : “La Boîte de Jazz” attire 27 000 spectateurs en un an et demi, soit 270 représentations à guichets fermés.

C'est un petit livre « tout simple », pas cher et très bien écrit et vraiment agréable à parcourir (vous pouvez l'emporter partout). C'est aussi une mine de renseignements : disques, livres, anecdotes sur le jazz si vous voulez prolonger la lecture ou l'étoffer. Le début d'une belle collection et une belle carte de visite pour son auteur.

Jacques Mercier

« Le Jazz », Stéphane Mercier, Ikor Editions, collection "c'est tout simple" sous la direction de Marc Bailly, 110 pp, 12cmX17cm, 9,99 euros. www.ikoreditions.com

 

 

18 05 17

La Kollaboration !

colla.jpgCet ouvrage est magistral. Il raconte en détails une époque et ses dérives. Ce n'est pas seulement un document, avec ses dates, ses noms, ses précisions, c'est une histoire. Ce n'est pas un roman, même si on peut le lire ainsi, car tout est vrai, vérifié même.

L'auteur, Eddy De Bruyne, a déjà écrit plusieurs livres qui ont traité de la collaboration ; cette fois, il s'attache à la collaboration en Wallonie et en particulier à celle de la région de Liège. L'éditeur explique à propos de « Entre collaboration et kollaboration » : « L'ensemble jette une lumière crue sur une époque particulièrement trouble mettant en scène victimes et protagonistes. »

« En guise de prélude », en début de livre, et sous le titre « La croisière s'amuse », l'auteur nous raconte la randonnée en bateau-mouche que fit Léon Degrelle en septembre 1936. On lui avait refusé un meeting en salle, il choisit de le faire sur la Meuse, à l'aide d'un haut-parleur ! Quant aux dernières pages, pour boucler l'aventure, nous découvrons les « Tribulations d'un agent double liégeois » !

Au fil des chapitres, on découvre la magistrature et l'occupant, les apprentis policiers de Rex ou le recrutement pour la légion Wallonie.

En passant, nous avons également l'envie des uns d'un séparatisme wallon, des autres d'un rattachisme.

Le texte rend ces événements actuels, lisibles, et donc d'autant plus intéressants à découvrir.

Un exemple ? Quelques lignes prises au début de la page 90 : « Au début de l'Occupation, le département politique et culturel de la « Sipo-Sd » de Bruxelles approuvait un éventuel rattachement de la Wallonie à la France en échange de la session de l'Alsace et de la Lorraine à l'Allemagne. Par la suite, il approuva plutôt l'idée de la constitution d'un État wallon autonome auquel seraient rattachées les provinces du Nord français, soit la Franche-Comté, la Picardie et les Flandres. »

Voici déjà deux livres remarquables (avec « L'Opéra dans l'Histoire ») parus dans cette superbe collection dirigée avec le talent qu'on lui connaît par Bernard Delcord.

 

Jacques Mercier

 

Entre collaboration et Kollaboration, Eddy De Bruyne, Les éditions de la province de Liège, 428 pp, 24 euros. www.edplg.be

 

 

09 05 17

L'Opéra dans l'histoire... une petite merveille !

 

 

opéra.jpg

« Ce livre s'adresse à tout mélomane et aux férus de grands « tubes ». Puisse-t-il enthousiasmer aussi les friands d'histoire culturelle ou d'histoires des mentalités, pour lesquels l'opéra reflétait la magnificence d'un prince. » écrit Bernard Wodon dans l'introduction de l'ouvrage : L'opéra dans l'histoire. D'autre part, Stefano Mazzonis di Pralafera, Directeur de l'Opéra Royal de Wallonie, note dans sa préface : « Par force de détails, précisions, anecdotes et autres curiosités, l'auteur invite le lecteur à découvrir les lieux magiques, où les sentiments des protagonistes sont traduits par les paroles et soutenus par la musique ».

Tous ces mots : friands, curiosités, magiques... ne peuvent qu'aiguiser notre appétit de connaissance.

Et puis, cela commence ainsi : « Les origines de l'opéra remontent à la Grèce antique. Tragédies ou comédies s'accompagnent de danses, de chœurs, de monologues, de duos récités et chantés.... » Et on embarque pour un merveilleux et passionnant voyage de quelques centaines de pages ! Une lecture musicale, qui plus est !

L'éditeur explique bien le propos : « Depuis 1600 en Europe, puis 200 ans plus tard en Amérique, l'opéra reflète les thèmes culturels et les différents aspects de la vie quotidienne. Neuf chapitres retracent chronologiquement cette histoire de l'opéra des origines à nos jours ; contexte historique, style lyrique, décor de théâtre et biographie des compositeurs regroupés par écoles jalonnent ce florilège des principales œuvres du répertoire. Cet outil indispensable en résume les arguments, clarifie les principaux termes musicaux et s'attarde parfois plus longuement sur les grands succès. »

Le livre s'adresse à tout mélomane, enseignant, étudiant, musicologue, ainsi qu'aux professionnels du spectacle, interprètes, programmateurs musicaux et décorateurs sonores.

Un mot de l'auteur : Bernard Wodon, Docteur en Philosophie et Lettres a déjà publié une Histoire de la musique chez Larousse et Mille ans de rayonnement artistique liégeois. Comme j'aime qu'il dédie son libre à sa maman qui a renoncé à sa carrière de cantatrice pour se dévouer pour ses enfants, tout en les sensibilisant aux grands succès du répertoire.

 

 

Jacques MERCIER

 

 

L'opéra dans l'histoire, Bernard Wodon, Les éditions de la province de Liège, 20017, 544 pp, 24 euros.

 

18 04 17

Tournai, une ville en poésie

 


_m Dictionnairepoéticon.jpgDeux sorties « poétiques » donnent des couleurs à la littérature. Tout d'abord « Poéticon », qui son éditeur, François Van Dorpe, définit comme un « magalivre » (à la fois magazine et livre) : « C'est un terrain de jeux poétiques, proposant des expériences ou permettant aux lecteurs de proposer leurs idées ». Dans ce numéro zéro, on trouve par exemple cette belle expérience : quatorze artistes ont relevé le défi – dans le cadre de Tournai Ville en Poésie 2017 – de prendre un extrait d'un livre de la collection « Musique des Mots » et de créer une œuvre miniature inspirée par le texte. On peut suivre le résultat : l’œuvre et l'extrait du texte remis dans son contexte. Un exemple : Pascale Loiseau a créé une installation de nœuds et macramé avec caillou, fils de laiton, bronze, inox et cuivre pour ce texte de Jean-Louis Keranguéven : « Il faut toujours remettre en place chaque caillou chaque rocher afin qu'il nous surprenne encore disait mon père à marée basse. »

 

_traces fugace.jpg« Traces du fugace » est précisément édité pour garder la mémoire de créations poétiques courtes, nées de projets souvent spontanés grâce au Printemps des Poètes, à la ville de Tournai et à la Wallonie. Vous y découvrirez « Affiche ton poème », réalisé avec des écoles primaires de la ville. Savourons quelques trouvailles d'enfants de 3° et 4° primaires : « Comment dessiner un cauchemar ? / Avec un crayon ordinaire » (Apolline Ardennois), « Comment toucher la lune ? / Avec des mots tristes. » (Zoé Derycke), « Dans le jardin / J'ai ramassé l'univers. » (Mathias Dubois), « Qui écrit un poème dans l'arbre ? / Le printemps. » (Suzane Parent).

Vous avez peut-être suivi cette opération « Panneaux électroniques », une activité en cours d'Unimuse, de la Maison de la Culture et de la Ville. De courts textes furent diffusés sur les panneaux électroniques, tels ceux-ci : « Voir fourmiller Tournai et se dire : Il ne manque que le chant des cigales » (Olivier Delcourt), « Cabossés / Les mots ont leur beauté / Ils dissimulent leur vérité » (Jacky Legge), « Ce que j'aime dans la fermeture éclair, c'est l'éclair » (Françoise Lison-Leroy), « Écrire c'est s'ancrer en pleine terre pour mieux déployer ses ailes » (Colette Nys-Mazure).

Entre autres, dans ce livre très riche et passionnant, on découvre le résultat d'installations d'incises littéraires dans les 33 cimetières de Tournai. Un seul exemple : « Le vrai tombeau des morts c'est le cœur des vivants » (Jean Cocteau).

Les extraits des discours de l'échevin de la Culture, Tarik Bouziane, que l'on peut relire ici prouve que la poésie peut être au centre de toutes nos activités et qu'elle marquera profondément les citoyens que nous sommes ! Je suis particulièrement fier de cette ville poétique, où j'ai accompli une partie essentielle de mes propres études, il y a longtemps déjà...

 

Jacques MERCIER

 

Poeticon, N° 0, Les Déjeuners sur l'herbe, 54 pages, 20cm/21cm, 15 euros. www.poeticon.be

Traces du fugace, Les Déjeuners sur l'herbe, 94 pages, 20cm/21cm, 5 euros.

www.lesdejeunerssurlherbe.com

 

 

 

 

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10 04 17

Troubles midis : un incroyable témoignage !

 

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« Dès la première phrase, nous sommes avec Catherine Melchior Sana, nous quittons notre monde pour rejoindre le sien », telle est la première phrase de la préface. « Troubles midis » raconte quelques moments de la vie d'une « personnalité limite », soit quelqu'un qui est borderline.

Ce sont de larges pans de vie, des tranches découpées à vif dans l'âme. L'auteure parvient à faire passer des descriptions incroyables de la douleur intérieure. Ce trouble est vertigineux, inquiétant, tellement ressenti à la lecture.

L'avant-propos de Géraldyne Prévot-Gigant, psychothérapeute, éclaire fort bien le roman et donc tous ces problèmes que ressentent les personnes atteintes de ce trouble. Elle nous donne par exemple les symptômes qui sont visibles dans une relation de couple : les efforts pour éviter abandon réel ou imaginaire, l'alternance d'idéalisation et de dévalorisation, l'absence de sentiment solide d'identité, une impulsivité dans deux domaines au moins (dépenses, sexe, toxicomanie, conduites à risque, troubles alimentaires...), des menaces suicidaires et automutilations, une instabilité affective...

Mais une fois que le borderline aura suivi une psychothérapie et trouvé son équilibre, il aura toujours cette générosité dénuée d'égocentrisme et toutes ces caractéristiques : Sympathie, disponibilité, curiosité, ouverture d’esprit, créativité, intelligence, caractère fort, modestie...

 De mémoire, je retiens deux « moments » du livre : La vie est pareille à ce retour de pêche en mer, où l'on rejette les trop petits crabes qui en meurent. L'un d'eux sera sauvé par un enfant. Et aussi ce malaise devant l'envahissement de Sandrine, sans que la narratrice n'ose la contrecarrer.

Mais le style est, lui aussi, de la meilleure facture ! Voici, par exemple, le premier paragraphe du premier chapitre :

« C'était une partie d'elle. Elle ne savait ni pourquoi ni comment revenaient à son, esprit de vastes champs pourfendus par un chemin droit goudronné et, plus loin, ces arbres grandioses dessous lesquels un petit sentier de terre incrusté de cailloux plongeait dans l’ombre fraîche des branches lourdes de feuillages gras entremêlés. »

Et quelques bribes picorées dans « Troubles midis » :

« J'imagine combien les gens sont inaptes à se comprendre. Il suffit de regarder les informations télévisées pour en avoir la preuve. Guerres à gogo, internationales, nationales, de voisinage, de couples. »

« C'est l'insatiabilité de la « passoire » laissant écouler l'amour au fur et à mesure qu'il est offert. »

« Que dois-je faire ? - Apprendre – Apprendre? - Que tu existes en être de bien, qu'il y a un nom pour chaque émoi et que tout ce qui te trouble peut te rendre forte. »

Ce roman témoigne, décrit, donne à penser par l'émotion de l'histoire et la qualité de l'écriture mise à son service. On en sort enrichi et grandi.

 

Jacques MERCIER

 

« Troubles midis », roman, Catherine Melchior Sana, Ikor éditions décembre 2016, A5 14,8X21 cm 208 pp, 16,20 euros.

 

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27 02 17

"Rosa", un très grand livre !

marcel sel rosa.pngUn grand livre ! Un de ceux qu'on attend – souvent trop longtemps - quand on aime lire et écrire ! « Rosa » de Marcel Sel est la révélation d'un nouveau et talentueux romancier. On connaissait déjà l'essayiste ou blogueur (Blog de Sel), voici le narrateur, le scrutateur de l'âme humaine et des sociétés où elle évolue. Chez cet habitué des réseaux sociaux, nous trouvons évidemment des phrases courtes, efficaces, justes et belles.

Le premier chapitre est tout de suite étourdissant avec l'enfance, l'émotion, la déception, la mémoire, tout ce qui peut nous entraîner dans la lecture. Mais le livre a comme originalité d'alterner l'histoire et son écriture. L'auteur envoie des pages à son père en échange d'argent (8 pages à 30 euros = 240, par exemple).

Parlons des mots et même des néologismes : « Je suis un adultescent », écrit-il ou « à cause de mon abruxellation », mot inventé par Juan d'Oultremont. J'aime aussi « corbeiller », soit jeter à la corbeille : « Il ne pourrait plus jeter mon travail, le corbeiller ! »

Et ces phrases qui ne peuvent que nous toucher, si on s'essaie à l'écriture : « Je pose la précieuse feuille sur le buvard de son bureau. Je prends une bouffée de l'odeur d'encre Waterman. Même fermé, le pot diffuse un parfum fort, profond, intelligent. »

« Ça fait quatre jours que j'ai commencé l'histoire de Rosa. Et déjà, j'ai besoin d'elle – de l'histoire. Et de Rosa, aussi. En marchant, j'imagine les scènes que je dois écrire. Je les fais respirer avant de les coucher sur le papier. Je les promène, elles prennent l'air. Après toutes ces années passées dans mes carnets à boudins, elles étouffaient. »

C'est un livre qui navigue entre la Belgique et l'Italie. A propos de notre pays, ces notations magnifiques : « Quand il pleut, je m'enivre de sa fonte qui a l'air de pleurer, oui, de fondre en larmes, tout comme les piétons, les voitures, les camions, qui plient sous l'averse. Quand le ciel est flamand, qu'il descend au plus bas, à nous toucher presque, pour imposer son plafond sombre et menaçant, mon pont se détache du canal avec un air de défi. » ou « Il a plu un peu. J'habite un pays qui pleurniche. »

A propos de l'Italie : « Vu des collines alentour, c'est un amas de pierres muettes. De toits de tuiles mates. Des maisons qui se grimpent dessus. » ou «Venise ronronnait en fin d'après-midi. »

Parmi les sujets, la peinture et les musées tiennent une grande place : Picasso, Degas, Spilliaert. Là, il découvre une jeune femme en robe bleue qui est assise dans le Musée d'Art ancien, rue Royale à Bruxelles : « Elle me tourne le dos. Il a l'air d'onduler. Ou alors, c'est son dos qui est une ondulation. « Elle se lève, l'eau se déplie », me dis-je. Je souris : La jeune femme qui dort peut-être encore et dont j'étudie le dos a la souplesse de ce vers d'Eluard. » Plus loin : « Elle s'étire. Ses bras touchent l'infini. »

A propos de l'amour, du premier baiser et du reste, on lit et on redécouvre grâce à la pudeur, à la sensualité et et à l'élégance des descriptions. Ne ratez pas la page 180 !

 Comme le premier chapitre, celui des « galettes » recèle aussi des pages magnifiques ! On est dans le livre, on ne le lit plus, on le vit !

Il faudrait encore parler de tant de choses : de Mussolini, de l'horreur de la fin de la guerre en Italie, des Oustachi, de l'exportation des Juifs, bien entendu qui sous-tend le livre tout entier.

Un mot encore, extrait de l'épilogue, et qui explique si bien nos errances : « Avant, je marchais dans ma ville en regrettant de ne pas être ailleurs. Désormais, je prends mon temps. J'écoute l'écho des pierres. Je regarde les vieilles maisons, je leur demande de me raconter leur histoire. »

Un très grand livre !

 

Jacques MERCIER

 

« Rosa », Marcel Sel, OnLit édition, 2017, 12X19 cm, 300 pages, 19,50 euros.

 

 

 

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14 02 17

Un joyeux délire !

bière qui coule.jpgSi vous aimez comme moi la langue française et les expressions, mais si, en plus, vous aimez sourire, rire et jouer sur les mots, ce petit livre délicieux Bière qui coule n'amasse pas mousse est pour vous ! Charlotte Dekoker s'amuse dans un joyeux délire à décortiquer quelques expressions, à imaginer, à prendre des chemins de traverse. Un humour qui ressemble beaucoup au non-sens belge ou anglais. Il faut beaucoup d'imagination et un sens de la dérision intelligente pour réussir dans ce domaine. Mais, ne vous y trompez pas, on apprend aussi en s'amusant. Mine de rien, on trouve des mots justes et précis.

« Se tenir à carreau », « Avoir les dents qui rayent le parquet », « Être dur de la feuille », « La politique de l’autruche », « Mettre les points sur les i » ou « Se dorer la pilule » sont des expressions que vous n'utiliserez plus jamais de la même façon, innocente et savante ! L'auteur aura semé en vous le grain de folie qui rend la vie plus belle.

J'aime aussi les NB traduits de manière différente à la fin de chaque chapitre. Par exemple : NB Napoléon Bonaparte.

Pour vous donner le ton de l'ouvrage, voici comment l'auteure nous met tout de suite dans le bain ! Voici les premières phrases de l'ouvrage : « Je serais vraiment passée à côté de quelque chose si je n'avais pas écrit ce livre. Quant à vous, mes gros lapins, n'en parlons pas. Votre vie aurait tout simplement été comme avant. C'est dire. L'angoisse. »

Charlotte Dekoker a 30 ans, vit à Paris, où elle occupe des fonctions de direction dans le secteur du mécénat. Gageons qu'elle a dû passer de bien belles récréations en dehors de son travail pour mener à bien la rédaction de ce petit livret.

 

Jacques Mercier

 

« Bière qui coule n'amasse pas mousse », Charlotte Dekoker, Digobar Éditions, 2016, 110 pp. 12 euros.

 

 

11 02 17

Décadence

 

décadence.jpgAyant adoré le premier volume Cosmos de la Brève Encyclopédie du monde, une fresque crépusculaire et violente sur notre civilisation, de Michel Onfray, j'attendais beaucoup du suivant Décadence.

Je vous recopie quelques phrases d'une fort belle analyse du sujet : « Un torrent qui emporte avec lui vingt siècles de civilisation judéo-chrétienne, une fresque crépusculaire qui démarre avec l'invention du christianisme et s'achève avec le transhumanisme. Évêques, princes, chevaliers: à le lire, tous usent du crime, du mensonge et de la manipulation pour écraser les plus humbles. Après 1789, «les tartuffes de la probité » (Beaumarchais) succèdent aux tartuffes de la religion. Le lecteur ; qu'il soit catholique, admirateur de Rousseau, de Robespierre ou de Mai 68, y trouvera mille et une raisons de fâcherie. Le réac s'accrochera à l'éloge des Chouans, l'anticlérical aux pages sur les croisades, le scientiste à l'inexistence de Jésus. Il regrettera parfois les facilités, les outrances, ces moments où la fougue créatrice mêle le règlement de comptes au récit, mais reconnaîtra que l'auteur tient sa monture au galop du début jusqu'à la fin, que la charge fiévreuse n'épargne personne. Il serait vain cependant de chercher les erreurs historiques, de déconstruire cette déconstruction. Décadence n'est ni un livre d'histoire ni un manifeste. C'est un roman intérieur. Une impression obsédante sourd de cette symphonie funèbre. »

Moi qui suis optimiste, qui essaie de l'être, je suis perplexe devant un tel constat, peut-être juste. Je note par exemple, à propos de notre éducation sentimentale : « Depuis son origine, l'Eglise a été bien plus vétilleuse sur l'interdiction de la sexualité libre que sur la prohibition de la guerre, bien que dans le Décalogue il existe un commandement qui interdise de tuer mais aucun qui défende de jouir librement de son corps. Mais le christianisme est moins soucieux d'imiter le Jésus de paix qui pardonne et aime ses ennemis que le Paul de guerre qui allume des bûchers et associe son nom à une arme. »

Certains citent Spinoza à propos de la philosophie de l'Histoire de Michel Onfray : « Ni rire, ni pleurer, mais comprendre ». Ce qui m'attire cependant en lui, ce sont les levées de boucliers qu'il suscite ; c'est qu'il doit toucher juste ! On le trouve trop philosophe pour être historien, trop littéraire pour être philosophe ! Aujourd'hui, il communique avec sa WebTV et écrit jusqu'à 25.000 signes par jour, vêtu de noir comme un moine.

Dans ce livre, Michel Onfray décrète la fin de la civilisation judéo-chrétienne. Il nous promet des solutions dans le troisième volume, que j'attends avec impatience.

 

Jacques MERCIER

 

« Décadence », Michel Onfray, Edition Flammarion 2017, 24 x 4,2 x 15,4 cm, 656 pages, 22,90 euros.

 

 

 

01 02 17

Le meilleur de la légende

cover_story.jpgBrice Depasse raconte depuis 2001 – et avec un grand talent - les légendes de la musique sur Nostalgie. C'est « La Story ». Pas moins de 4500 chroniques ! C'est la grande et la petite histoire qui se mêlent. Souvent, il raconte des débuts difficiles ou insolites, parfois ce sont des aspects pittoresques et qu'on ignore des plus grands artistes. Bob Dylan qui fait fumer leur premier joint aux Beatles, David Bowie qui s’inspire d’un western pour trouver son pseudonyme, Michel Polnareff qui montre ses fesses sur des affiches publicitaires, Céline Dion qui débarque à La Louvière…

On suit l'ordre chronologique : entre autres David Bowie, Bob Dylan, Beatles, Rolling Stones, Françoise Hardy, Serge Gainsbourg, Jane Birkin, Michel Polnareff, Renaud, Christophe, William Sheller, Roxette, Lenny Kravitz, Téléphone, Elton John, Police, R.E.M., Telex, le rock, Michael Jackson, les années 80 et jusqu'aux années 2000. Un panorama époustouflant sous forme de textes simples, documentés et précis. C'est simple : cela donne envie de tout réécouter !

Vous adorerez aussi la « septième partie », intitulée « Vous n'imaginez pas tout ce qui est arrivé près de chez vous. » Vous l'avez deviné cela concerne notre pays : Genesis à Woluwe-Saint-Lambert, Queen au théâtre 140 et, parmi toutes les anecdotes, j'ai le plaisir de lire « la nuit n'en finit pas » qui reprend une anecdote qui s'est déroulée du temps de mes études de journalisme en compagnie de Salvatore Adamo et la naissance de «Tombe la neige » !

Comme j'adore les citations, celles choisies par l'auteur en exergue du volumineux livre me paraissent tellement à propos. Celle-ci est de Philippe Sollers : « Savoir où l'on va n'est pas tant savoir où l'on va mais savoir de mieux en mieux d'où on vient » !

Quand je dis « volumineux » c'est un réel compliment, on ne reste pas sur sa faim. Faites l'expérience que j'ai faite pendant quelques soirées : vous ouvrez n'importe où le livre, c'est toujours une histoire passionnante !

 

Si vous voulez suivre Brice par ailleurs, il a écrit récemment deux bios bien belges : « Le Grand Jojo. Tout va très bien » et « Frédéric François. C'est mon histoire ».

 

Jacques MERCIER

 

« La Story », (le meilleur de la légende), Edition Renaissance du Livre, 15cmX23cm, 512 pages, 24,90 Euros.

 

 

 

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