01 03 16

Chemins de sagesse

_sagesse lavelle.jpgNous sommes tous à la recherche des « Chemins de sagesse », de cette sagesse qui nous apaise, mais aussi nous exalte. C'est précisément le titre d'un ouvrage du philosophe Louis Lavelle, que je découvre de plus en plus.

Comment ne pas être enthousiasmé par des phrases comme celles-ci :

« Être est toujours plus que connaître »

« Nous sommes à la fois dans le temps et dans l'éternité. »

« La science est exacte, la poésie est vraie. »

« La sagesse est une ouverture de l'âme qui livre accès en elle à l'intelligence et qui devient apte, en présence de l'univers, à tout aimer et à tout comprendre. »

« J'éprouve indéfiniment en moi la présence d'une puissance qui n'a point encore été employée, d'une espérance qui n'a point encore été déçue. »

« Le plus difficile dans nos relations avec les autres êtres, c'est ce qui paraît peut-être le plus simple : c'est de reconnaître cette existence propre, qui les fait semblables à nous et pourtant différents de nous, cette présence en eux d'une indivuadilité unique et irremplaçable, d'une initiative et d'une liberté, d'une vocation qui leur appartient et que nous devons les aider à réaliser, au lieu de nous en montrer jaloux, de de l'infléchir pour la conformer à la nôtre. »

« Les hommes les plus grands et les plus forts sont tout entiers à ce qu'ils font. Les autres sont toujours préoccupés. »

« Il y a dans la vie des moments privilégiés où il semble que l'univers s'illumine. »

 

Et enfin :

« La plus grande sottise et qui nous rend toujours dupe, c'est la peur d'être dupe. »

 

Avouez qu'il est des lectures plus superficielles. Celle de Louis Lavelle, qui vécut au début du XXe siècle et dont j'espère la plus large reconnaissance, est toujours d'une beauté profonde ! Bonne lecture et bonne réflexion.

 

Jacques MERCIER

 

« Chemins de sagesse », Louis Lavelle, notes de Bernard Grasset, préface de Jean-Louis Viaillard-Baron, Edition Hermann, 146 pp. 18 euros.

28 02 16

La puissance de la joie.

_joie lenoir.jpgFrédéric Lenoir dans « La puissance de la Joie » nous donne toutes les raisons de croire au bonheur. Avec des références, comme toujours, telles celles-ci :

« Le bonheur, c'est de continuer à désirer ce qu'on possède déjà. »

(saint Augustin)

ou

« La nature nous avertit par un signe précis que notre destination est atteinte. Ce signe est la joie. »

(Henri Bergson)

ou enfin

« La joie est une puissance, cultivez-la. »

(Dalaï-lama)

J'aime aussi beaucoup les pistes de musiques qu'il nous donne, et qu'il a suivies lui-même pour se mettre dans un état de bonheur. Cela va de la Messe en ut mineur de Mozart au fabuleux Köln concert de Keith Jarrett (qui tourne en boucle dans ma voiture).

Comme souvent, je vous donne à picorer quelques courts extraits, qui vous donneront sans doute envie de lire l'ensemble de ce fort bel essai.

« La persévérance dans l'effort jusqu'à la réalisation de notre projet est presque toujours source de joie. »

« Certaines personnes ne sont bien que seules, d'autres doivent en permanence être entourées, alors que la plupart ont besoin, pour s'épanouir, d'alterner moment de solitude et de sociabilité. »

« Une fois qu'on a compris qu'il est stupide et vain de vouloir être aimé par tout le monde, on est déchargé d'un grand poids. »

« La joie de pouvoir être pleinement soi. »

« Si l'amour n'est pas fondé sur une joie active mais passive, donc liée à l'imaginaire, il se transforme tôt ou tard en tristesse. »

« Aimer une personne ne consiste pas à la posséder mais, au contraire, à la laisser respirer. »

« La jalousie, la possessivité, la peur de perdre l'autre sont des passions qui parasitent, voire détruisent la relation du couple. »

« La joie a l'étrange faculté de s'accroître quand on la donne. »

 

Et enfin, sous forme de conclusion à ce billet/reflet :

«Lorsqu'on aime une personne, cet amour, dans ce qu'il a de vrai, est éternel. »

 

Jacques MERCIER

 

« La puissance de la Joie », Frédéric Lenoir, Édition Fayard, 216 pp. 18 euros.

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22 02 16

Balavoine, le rebelle !

_balavoine.jpgTrente ans déjà depuis la disparition tragique de Daniel Balavoine. Fabien Lecoeuvre, spécialiste de la chanson française, propose un portrait court et profond de l'artiste rebelle et engagé. Daniel est le symbole des années 80. Je l'ai rencontré de nombreuses fois et ai pu à la fois mesurer sa richesse de caractère et sa fidélité en amitié. Un jour, qu'il avait promis de rejoindre mon émission radio en direct au Midem, entre 20 et 24 heures ; et qu'il se produisait à Nice. Il a tenu à prendre la voiture jusqu'à Cannes pour réaliser avec moi la dernière heure !

L'auteur nous propose aussi une interview réalisée en 1978 et restée inédite. On trouve bien sûr, bio et discographie.

Daniel Balavoine était proche de chez nous, ayant eu une amie belge, que nous connaissions bien dans le métier.

Daniel déclarait en 1985 : "Il est toujours trop tôt pour mourir" !

Jacques Mercier

"Balavoine", la véritable histoire, Fabien Lecoeuvre, Ed du Rocher, 194 pp. 17,50 euros.

18 02 16

Tout sur le Bouddhisme

_bouddha.jpgVous ne le saviez peut-être pas, mais il existe deux grandes traditions dans le bouddhisme d'aujourd'hui : palie et sanskrite. Le Dalaï-lama nous en explique les points majeurs.

Bien sûr, il s'agit surtout d'amour, de compassion, de joie et d'équanimité. Cette dernière notion est essentielle.

L'ouvrage s'est écrit avec Bhikshuni Thubeten Chödrön, une moniale bouddhiste. C'est un essai fouillé et complet qui sort à point nommé, car depuis les années 60 et 70, certaines pratiques de méditation sont devenues très populaires.

Dans sa préface, Christophe André nous explique : « On ne devrait pas écrire ou dire « le » bouddhisme : ce terme recouvre en fait des traditions et des pratiques très variées, qui font à la fois la richesse et la complexité de cette religion. Cet ouvrage en témoigne : il aborde tous les points importants du corpus des connaissances et pratiques bouddhistes, en tenant compte de ses grandes traditions historiques. Il s'agit d'un livre remarquable, d'abord parce qu'il est rédigé par cette grande figure spirituelle de notre temps, le Dalaï-lama, dont l'érudition, l'humilité et la bienveillance sont palpables tout au long de l'ouvrage. »

Le livre comporte des illustrations et des photos. Une somme magistrale.

 

Jacques MERCIER

 

« L'enseignement du Bouddha », un seul maître, de nombreux disciples, le Dalaï-lama, édition Odile Jacob, 2015, 384 pages, 24, 90 euros.

04 02 16

Nous existons...

_lavelle ontologie.jpgDans les premières pages du livre « Introduction à l'ontologie » de Louis Lavelle, on peut lire : « Ici le philosophe est le frère du poète, ils ont la même quête : tenter de restituer la vibration de la conscience alors qu'elle se sent portée par un élan créateur dont la générosité et l'innocence la ravissent et l'exaltent. »

Qu'est-ce que l'ontologie ? Une branche de la philosophie concernant l'étude de l'être, de ses modalités et de ses propriétés.

C'est un essai qui est clair, exaltant, passionnant, même s'il faut s'appliquer à sa lecture, comme pour tout livre qui n'est pas superficiel. Mais le voyage en vaut la peine, croyez-moi !

Je ne vais pas détailler ici le propos, mais vous picorer quelques phrases, qui indiquent la direction.

« Notre liberté est en effet exposée à deux tentations dans lesquelles elle tend le plus souvent à se perdre : abandonner et opter pour la passivité, ou à l'inverse faire le choix d'une activité insatiable et acharnée entièrement tournée vers la conquête du monde. »

« En confondant l'avoir et l'être, nous glissons dans la spirale de l'insatisfaction et de la démesure. »

« Les trois fonctions de la conscience : la volonté, l'intelligence et l'amour – ne travaillent pas de concert et vivent dans un déséquilibre permanent, chacune s'efforçant de se subordonner les deux autres. »

A propos de l'être :

« A l'égard de toute existence, l'être peut être défini comme un infini de possibilité auquel elle participe selon la capacité de sa nature ou le degré de sa liberté. »

A propos de la réalité :

« Il n'y a donc que l'existence qui soit engagée dans le temps : mais l'être l'est au-dessus, bien qu'il le contienne, ce que l'on exprime en disant qu'il est éternel et la réalité est au-dessous, bien qu'elle y entre comme un instant qui n'aurait lui-même ni passé ni avenir, ce que l'on peut exprimer en disant qu'elle est évanouissante. »

A propos de l'acte :

« Si l'être est acte, il porte tout entier en lui sa propre raison d'être ou sa propre suffisance, dont la perfection elle-même n'est qu'un autre nom. »

 

La grande question à laquelle tente de répondre l'ontologie, en général, est « Pourquoi y a-t-il quelque chose et non pas plutôt rien ».

 

Jacques MERCIER

 

« Introduction à l'ontologie », essai, Louis Lavelle, Préface de Philippe Perrot, édition Le félin 2008, 206pp, 10,90 euros

28 01 16

Le merveilleux "LUDICTIONNAIRE"

_ludictionnaire.jpgOn en n'attendait pas moins de Bruno Coppens : un merveilleux Ludictionnaire, qui propose des définitions de noms propres, de noms communs, d'expressions latines et françaises. Je qualifiais souvent sur antenne Bruno Coppens, habitué des délires verbaux, de "nouveau Raymond Devos". Je maintiens, mais il va plus loin que son maître : alors que Devos jouait autour de quelques jeux de mots pour en faire un sketch, Bruno ne cesse de penser en mots, en les triturant, en leur faisant dire plus que ce qu'ils sont, mais toujours avec un humour fou. Il fait partie, comme Geluck, de ces personnes qui font des gags qu'on aurait aimé faire, mais surtout auxquels ont s'en veut de ne pas avoir pensé avant eux ! Voici quelques exemples, au hasard :

Adulte : Adolescent ayant mis l'acné sous le paillasson.

Alzheimer : Magasin d'efface et à trappes.

Humour : Essuie-glace que l'on actionne lorsqu'on roule dans une tempête de neige. Cela ne supprime pas la tempête mais cela permet d'avancer.

Et un petit nom propre pour la route !

Obama (Barack) : Vedette de la série télé "Desperate house white", l'histoire d'un couple errant dans la Maison Blanche et suscitant les plus grands espoirs. Dans les saisons 1 et 2, Obama réussira à débarrasser la planète de ben Laden, à rafler le prix Nobel de la paix et à négocier un accord avec l'Iran. Il n'y aura hélas pas de troisième saison. Mais le couple demeure charismatique au point qu'on l'appela "le couple le plus belge de la planète, les "Barack Michelle" !

Vous pouvez retrouver Bruno sur scène et à la radio dans "Un samedi d'enfer" ou "les Cafés serrés".

Jacques MERCIER

Ludictionnaire, Bruno Coppens, Ed. racine, 160 pp. 14,95 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Dictionnaires, Humour, Jacques Mercier, Langues | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 01 16

Michel Onfray ou l'intuition du monde

 

_onfray analyse.jpgIl ne m'étonne pas que Adeline Baldacchino, poétesse elle-même, auteure d'un ouvrage sur Max-Pol Fouchet, entre autres, se soit intéressée à Michel Onfray, philosophe et poète. Dans Michel Onfray ou l'intuition du monde, l'auteure explore trois aspects de l’œuvre : poétique, érotique et éthique.

Au début du livre, dans le chapitre « Genèse », Adeline Baldacchino explique qu'elle a voulu « prendre par la main les néophytes pour les « conduire jusqu'au secret des œuvres » ». Pourquoi lier philosophie et poésie ? Elle écrit : « La philosophie et la poésie, quand elles ne renoncent pas à être populaires, quand elles n'ont pas honte de s'offrir au commun des mortels, atteignent au plus haut de leur mission. »

Ou encore : « Procédant d'un même ressort initial, poètes et philosophes tentent pourtant d'accéder par des voies divergentes au même objectif : mieux vivre, qui est à la fois mieux sentir et mieux comprendre. »

Voici ce que cherche la poésie : « D'abord vivre ; pour écrire ensuite. » dit Onfray. A propos d'une forme de poésie, j'adore cette image de Michel Onfray : « Pour écrire des haïkus, il faut être dans le monde, présent au monde comme on surveille le lait sur le feu – dans l'attente du débordement. »

On sait combien Michel Onfray est particulier, tellement qu'il est devenu une cible visée de partout, ou plutôt des milieux « autorisés », comme on disait, et dans les médias surtout. Au point que l'auteur a refusé d'y passer pour la promotion de son prochain livre. Pour avoir vu quelques interviews de lui, je le comprends. L'agressivité qu'on a à son encontre n'a d'égale que la force de son propos. (Comme j'ai adoré « Cosmos », première partie de sa grande œuvre!)

« Michel Onfray est suspect, gênant parce qu'il lit trop et trop vite, écrit trop et encore plus vite. »

Mais évidemment, il s'agit de Michel Onfray, le plus grand philosophe français vivant, ô combien vivant !

« Chacun sent confusément qu'il n'est pas besoin de renoncer à la douceur pour atteindre à la puissance, à la rêverie pour se revendiquer de la rigueur, à l'imaginaire pour enquêter sur le réel. »

Onfray est un cas à part, non assimilable aux autres. L'auteure écrit : « Foncièrement différent car il tentait ce coup de force d'être à la fois un pédagogue au sens le plus classique de l'éducation populaire, un philosophe engagé dans la vie de la cité au sens le plus politique du terme et un écrivain au sens le plus littéraire et poétique du mot. »

Vous découvrirez avec volupté je pense cet essai passionnant et jubilatoire. Avec des citations superbes comme :

« Les poètes n'ont pas de pudeur à l'égard de leurs sentiments : ils les exploitent. » (Nietzsche)

« Le temps ne dure qu'en inventant. » (Gaston Bachelard)

« La poésie fait ramifier le sens du mot en l'entourant d'une atmosphère d'images. » (Bachelard)

« Les impostures de la poésie : Il s'agit de dire ce que tout le monde éprouve, mais d'une façon dont personne ne l'ait encore fait et qui en même temps parle avec éloquence au cœur de chacun. » (Roger Caillois)

Cette réflexion encore : « Écrire s'installe toujours dans l'espace d'une déchirure. » !

A mes débuts, je fus reçu par Alain Bosquet, qui serait un jour « intellocrate » à Paris. Il avait aimé mes poèmes. Un autre jour, Raymond Devos, natif de Mouscron comme moi, me fit l'apologie de Bachelard et j'achetai trois ou quatre de ses ouvrages magnifiques. C'est pourquoi cette anecdote rapportée dans le livre me touche beaucoup :

Un jour, Bachelard écrit au poète Alain Bosquet : « A vous lire, s'exaspère ma boulimie cosmique ».

Merci à Adeline Baldacchino pour cette approche superbe de ce grand philosophe. « Le propre des grandes œuvres » dit-elle « est de dégager un sentiment de générosité » ! Tellement juste.

 

Jacques MERCIER

 

« Michel Onfray (ou l'intuition du monde) », Adeline Baldacchino, Le Passeur éditeur 2016, 240 pp, 18 euros.

12 01 16

Nous aimer !

_ravaisson .jpgCette phrase du philosophe Félix Ravaisson est magnifique : « La pensée est une fleur de courte durée ». L'excellent livre « Testament philosophique » a été publié après sa mort en 1901. J'y trouve beaucoup de raisons d'espérer. Alors je partage avec vous ces instants rares.

Félix Ravaisson explique la vie en prenant comme principe créateur le battement.

« Le battement c'est élévation et abaissement, sursum et deorsum, autrement dit éveil et sommeil, vie et mort. »

J'aime aussi qu'il parle du mouvement et fait référence à Michel-Ange et à Léonard de Vinci : « Toute forme, a dit Michel-Ange, est serpentine, et le serpentement est différent selon les conformations et les instincts. Observe, dit Léonard de Vinci, le serpentement de toute chose. »

Mais sa proposition est surtout : « Aimez et la grâce vous sera donnée par surcroît. »

Voici encore deux citations :

« C'est pourquoi la poésie est chose plus philosophique et plus sérieuse que l'histoire, car l'histoire dit ce qui est, la poésie ce qui doit être. » (Aristote)

« Nous ne sommes au monde pour autre chose que pour aimer ». (Pascal)

Il est des soirs où la lecture nous réconcilie avec le monde !

 

Jacques MERCIER

 

« Testament philosophique », Félix Ravaisson, Editions Allia, 2008, 126 pp. 6,10 euros.

 

29 12 15

La chronique de Jean d'Ormesson : un régal !

_dormesson journal.jpgCe recueil d'articles écrits d'une plume talentueuse « Dieu, les affaires et nous », c'est la chronique d'un demi-siècle que nous propose Jean d'Ormesson. Dans la préface, Jacques Julliard explicite : « Quelle chance vous avez de croire, disent les bonnes gens, mais que c'est difficile ! Ils ne savent pas qu'il est non moins difficile de croire. Miterrand, comme d'Ormesson, eux, le savent. Ils ont l'athéisme ctaholique, comme un Rocard ou un Jospin ont l'athéiosme protestant. N'imaginez pas que lma différence soit négligeable : c'est toute la sensibilité de la personne qui se trouve imprégnée par les orientations religieuses de base, même chez les incroyants. » et de poursuivre : « Alors il ne suffit pas d'avoir du talent, du charme et de la chance. Il faut encore, par ces temps de conformisme morose, avoir le courage d'être heureux. »

Dans la première partie, l'auteur nous donne un choix de « moments » : Quelques phrases picorées en 1984 :

« Nous sortons d'un univers qui valait ce qu'il valait. Plein de privilèges, d'injustices et d'inégalités, il vivait au moins dans l'impatience de l'avenir et dans l'espérance de l'amélioration. C'est ce qu'on appelait le progrès. »

« Les vieilles vertus d'autrefois – le respect pour les anciens, la tradition, la famillle, l'exaltation du travail, la patrie – sont tombées au rang de sarcasmes, de matières à plaisanterie, de lubies malfaisantes. »

« La vie est merveilleuse ; il faut tout trouver en toi-même : la justice, le bonheur, la simplicité, la grandeur. Et alors, peut-être, tu reconstruiras le monde. »

Quelques autres éblouissements écrits dans Le Figaro :

En 1993 :

« Ce n'est pas leur origine, c'est leur seul comportement qui met une différence entre les hommes. »

En 2000 :

« Il est trop facile de ne tolérer que les idées et les mots sur lesquels on est tous d'accord. »

En 2002 :

(Après que Jospin soit battu par Le Pen) « La première des leçons est, une fois de plus, le caractère intuile ou néfaste des sondages. Relayés sans relâche par les médias qui partagent leurs responsabilités, ils donnent des informations toujours exactes, mais qui ne répondent jamais à la réalité. »

Dans la deuxième partie intitulée « L'histoire que nous vivons », voici encore un extrait d'article publié en 2011 :

« Il semble que notre monde moderne soit devenu non seulement, comme nous l'a appris Edgar Morin, d'une compléxité toujours croissante, mais aussi d'une imprévisibilkité assez surprenante. »

Une incroyable traversée de notre temps effectuée en compagnie d'un très grand écrivain-éditorialiste !

 

Jacques MERCIER

 

« Dieu, les affaires et nous », chronique, Jean d'Ormesson, préface de Jacques Julliard, Edition Robert Laffont, 2015, 668 pages, 24 euros.

 

 

17 12 15

L'idée de Dieu, l'idée de l'âme

_vieilliard baron tourpê.jpgCe n'est pas un livre facile, mais quel bonheur de suivre ce dialogue entre le docteur en philosophie, Emmanuel Tourpe, et le professeur émérite de philosophie, en particulier la philosophie de la religion, connu pour ses travaux sur l'idéalisme allemand (Novalis, Hördelin), sur Bergson et Lavelle, qu'est Jean-Louis Vieillard-Baron. « L'idée de Dieu, l'idée de l'âme » passe en revue sa vie, ses études, ses oeuvres, ses idées.

Voici ce qu'il dit de la religion : « La religion chrétienne a joué un rôle dans ma vocation philosophique ; car elle avait deux atouts à mes yeux, sa doctrine, intellectuellement très attrayante, très axée sur les mystères de l'existence, et très spéculative aussi avec la prodigieuse élaboration de la Trinité, et la prière comme exercice spirituel, dépouillement de l'âme devant Dieu. J'étais beaucoup moins sensible, à tort certainement, à l'aspect communautaire, à l’Église comme union institutionnelle des croyants, à l'aspect sacramentel aussi. »

Il est intéressant de suivre et de comprendre aussi sa manière d'étudier. Il dit « Concentrer son attention, c'est cela qui est une vraie décision philosophique. » Et ceci qui est superbe : « Très tôt j'ai eu la chance de me jeter à l'eau pour apprendre à nager, tant bien que mal, souvent mal, mais parfois bien. Au moins, j'ai eu la satisfaction, comme Montaigne, de me faire une vérité à moi. Je pressentais que je ne pouvais être sage que par moi-même. Il a fallu beaucoup de temps pour y parvenir. »

A propos du temps : « Mais, entre le temps physique des choses et le temps vécu de la conscience, il y a deux intermédiaires instructifs : le temps biologique, qui est le temps de la croissance et du vieillissement, et le temps social, qui est le temps de la vie en commun. Le premier nous ouvre vers le temps cosmique ; le second nous oriente vers l'histoire des hommes. »

« C'est le passé qui, s'il est évoqué, et quand nous le rappelons, devient présent. »

Bien sûr à propos de l'âme : « Nous avons à faire une essence de l’existence qui nous est donnée. »

Et surtout : « En fait, c'est tout au cours de notre vie qui nous constituons notre âme et l'éternisons. Plus nous sommes engagés dans les affaires du monde et plus nous nous éloignons de notre âme. Il faut une certaine sagesse pour savoir prendre sa place dans l’éternité. »

Tout ce qui concerne l'art et les artistes m'a particulièrement intéressé, voici, par exemple : « Je ne suis pas certain que les artistes soient bien conscients de tout ce qu'ils mettent dans leur art. Mais je suis certain d'une chose : c'est que les artistes médiocres n'attachent d'importance qu'à la technique de leur art, alors que les vrais artistes ont une pensée personnelle vigoureuse et profonde. »

Et : « L'appréciation des oeuvres d'art est difficile et exigeante ; certains n'aiment ni les musées ni les salles de concert. »

Et : « Dans ce domaine, la connaissance ne nuit pas à l'émotion, heureusement. »

Et surtout : « Dans notre univers médiatique, la culture reste l'élément le plus déterminant de l’émancipation individuelle et collective. »

Cette phrase de Rainer Maria Rilke dans « Lettres à un jeune poète », que vous connaissez peut-être, devrait nous apparaître à tout moment de doute dans nos métiers de création : « La critique est la pire ennemie de l'art, car ce qui convient aux œuvres d'art, ce n'est pas la critique, mais l'amour. »

Bonne découverte ! Je ne vous donne encore qu'une phrase essentielle :

« C'est à nous qu'il appartient d'avoir une âme en réalisant notre vocation personnelle. »

 

Jacques MERCIER

 

« L'idée de Dieu, l'idée de l'âme », Essai, Jean-Louis Vieillard-Baron et Emmanuel Tourpe. 192 pp. Les dialogues des petits Platons 2014. 18 euros.