14 12 15

Les sensuels fantasmes...

_hoex.jpgC'est un de ces bonheurs de lecture qui nous arrivent de temps à autre, surtout quand c'est – non pas le hasard ! - la chance qui préside à la rencontre. Nicky Depasse recevait Corinne Hoex dans son émission matinale sur Radio Judaïca, alors que cette fois-là je donnais en direct mon « Mémo » hebdomadaire (C'est-à-dire mes phrases picorées dans un livre que j'apprécie). Je ne connaissais Corinne Hoex que par certains recueils de poèmes, toujours si bien soulignés par des illustrations choisies, mais je ne l'avais jamais croisée et surtout je n'avais pas encore lu son dernier ouvrage Valets de nuit  !

Ce sont plus de trente rêves, des fantasmes, mais le mot n'est pas approprié, c'est mieux que cela, c'est plus élégant, moins agressif. C'est poétique, comme l'est depuis longtemps, notre tradition de l'imaginaire poétique belge. Tout est possible, c'est ainsi que nous pouvons vivre sans être étouffé par la petitesse du pays. Ces récits cours sont imaginés avec un horloger, un fourreur, un géographe, un pompiste, etc. Le sculpteur propose une fin géniale, je vous conseille ce texte pour l'humour. Mais tous sont intéressants et jouissifs. « Le vigile » par exemple.

Chaque texte est précédé d'une citation adéquate et c'est une entrée en matière délicieuse. Le style est simple, clair, évident et appelle à la suite de la lecture.

« Hypocrisie » de Félicien Rops a été choisi pour la couverture. Quel merveilleux choix ! Ces fesses de femme qu'entoure un loup de carnaval. Laissons-vous emporter par ces histoires, par ces mondes étranges, qui sont bien féminins dans leur univers, mais qui nous touchent tant aussi ! J'ai parlé de « bonheur » et de « jouissif », on est dans le propos !

 

Jacques MERCIER

 

Valets de nuit, nouvelles, Corinne Hoex Collection « Traverses », édition Impressions Nouvelles. 160 pages. 14 euros.

 

 

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05 12 15

Rien de nouveau sous le soleil...

JUGEND.jpg

Dessin inédit de Johan de Moor.

29 11 15

Une incroyable aventure

_germe.jpgGhislaine Jermé a choisi de se consacrer à l'écriture, à l'âge de la retraite. Excellente idée, les projets et leurs réalisations prolongent nos vies et permettent de transmettre aux générations suivantes. Mais en réalité, elle écrit depuis son adolescence et l'on sent son appétit d'écrire intact ? Son premier roman s'appelait « Le soleil de mes rêves » très justement ! Le second s'appelle « Je ne suis pas un monstre ». Au rythme d'un par an, c'est une Incroyable aventure au pays des Societs, comme Tintin, qu'elle a choisi cette fois de partager. Un frère et une soeur décident de partir en vacances en Sibérie. Sont-ils d'innocents touristes ou des transfuges ? Pour quelles raisons les services secrets russes et britanniques sont-ils sur leurs traces ? Toutes les réponses vous seront données.

Ghislaine Jermé a le talent de bien décrire, de nous emmener dans l'action même grâce à des courts paragraphes espacés, qui sont comme un halètrement, une respiration rapide du lecteur qui suit le déroulement de l'histoire. Les très nombreux dialogues donnent une réalité à l'histoire.

Si vous aimez l'aventure, vous serez servi !

 

Jacques MERCIER

 

Incroyable aventure, roman, Ghislaine Jermé, Chat Ailé édition, 318 pp. 18 euros. Www.chataile.com distribué par Maison de la Poésie d'Amay.

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29 11 15

La poésie est une symphonie

_symphonia.jpgSymphonia humana propose des poèmes extraits des six premiers recueils de Philippe Colmant. Une symphonie ! Embelli encore par des photographies faites par l'auteur, qui décidément a beaucoup de talents, le livre est un enchantement. Ce que devrait être tout recueil de poésie.

Dans sa préface, Yves Bossut écrit : « Il s'assied au bord du silence pour écouter les trompettes de la vie et de la mort, de l'amour et de la détresse, celles de l'humanité. »

La phrase mise en exergue définit son titre :

« A l'Homme en quête d'âme

qui accroche tant bien que mal

ses notes fragiles et éphémères

(et des silences assourdissants)

à la portée du monde. »

Nous sommes mis dans les conditions d'écoute et de lecture, de vision et de silence. Et voici les poèmes...

Un seul exemple : « Chanter l'arbre » qui commence ainsi :

Sentinelle du vide,

Orphelin dans sa terre,

Gardien du temps trop long.

Laissez vous aller à la symphonie des poèmes de Philippe Colmant, c'est une musique qui restera longtemps dans votre âme...

 

Jacques MERCIER

 

Symphonia humana, poèmes, Philippe Colmant, préface de Yves Bossut, Demdel éditions, 116 pages, 12 euros. Www.demdel-editions.com

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24 11 15

Soyons "ZEN" !

_zen.jpgLe premier roman de Maxence Fermine fut un énorme succès : « Neige ». Paru en 1999, le roman fut traduit en 17 langues. Ce roman initiatique raconte l'histoire de Yuko, un jeune japonais qui compose des haïkus. Depuis lors, Maxence Ferine a écrit une petite vingtaine d'ouvrages, dont « L'apiculteur », « Opium », « La petite marchande de rêves » etc. Il vit en Savoie et se consacre à l'écriture.

Vous qui êtes troublé par le monde tel qu'on nous le présente dans les médias, vous qui êtes assourdis par le brouhaha des moyens de communications, « Zen » un livre qui va vous faire du bien ! Un beau livre, simple, clair, magnifique, tant dans le fond que dans la forme. La mise en page des phrases est magnifique, tout comme le style de l'auteur, entre poésie et récit. Une seule illustration au centre du roman en souligne sa beauté.

Voici un exemple : l'entièreté du chapitre 8 :  

« Être attentif à une branche prise dans le vent du matin. Observer le mouvement de la brume et des nuages. Vivre les lieux. Respirer les parfums de la nature. Saisir l'instant.

Puis s'enfermer dans son atelier. Et reproduire en un trait unique les nuances de la réalité.

Travail solitaire.

Souffle divin.

Comme tous les artistes sur cette terre, changer le monde de façon invisible.

Et cependant évidente. »

C'est l'histoire de Kuro, calligraphiste, et de Yuna, son élève. J'ai un peu de mal à extraire de l'ensemble quelques phrases qui donnent le ton.

« Matin de mai chaud et ensoleillé. Le chant des oiseaux dans les arbres. Musique harmonieuse. Dans le jardin zen, le champ de gravier forme des vagues d'écume. Mer blanche. »

« La musique la plus difficile à créer, mais certainement la plus belle, est celle du silence. »

« Yuna, elle, attend que la toile du silence se déchire d'elle-même. »

Voilà un bon livre, voilà ce qu'on attend aussi de la littérature et de ses écrivains. Merci !

 

Jacques MERCIER

 

« Zen », roman, Maxence Fermine, édition Michel Lafon, 138 pp. 14, 95 euros

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19 11 15

Le bonheur, toujours le bonheur...

_bonheur lenoir.jpgFrédéric Lenoir nous parle du bonheur à travers les philosophes. Il s'en explique dans le prologue : « C'est un cheminement, plutôt, le plus vivant possible, ponctué d'interrogations et d'exemples concerts, dans lequel le lecteur croisera aussi bien l'analyse des psychologues que les derniers apports de la science. »

C'est un bonheur, sans jeu de mot, de parcourir ces pages écrites dans un langage clair, qui résume, explique, propose. Tout est bon à prendre, à écouter, pour se sentir mieux, pour toucher du bout de l'âme la vraie vie. Picorons quelques moments :

« Le bonheur épicurien se concrétise dans ce qu'il appelle l' « ataraxie » qui signifie « quiétude absolue de l'âme ». Cet état s'obtient par la suppression des craintes imaginaires et superstitieuses, par notre capacité à nous satisfaire de nos seuls besoins fondamentaux, et par la qualité de nos plaisirs – l’amitié étant sans doute le plus important. »

Les têtes de chapitres nous guident : Donner du sens à la vie ; Être heureux, c'est apprendre à choisir ; Tout être humain souhaite-t-il être heureux ? Etc. Bien sûr, il y a l'intérêt évident d'avoir les citations des philosophes – et elles sont aussi mises en exergue des chapitres :

Arthur Schopenhauer : « Les neuf dixièmes, au moins, de notre bonheur reposent exclusivement sur la santé. Un mendiant en bonne santé est plus heureux qu'un roi malade. »

Alain : « Il est impossible que l'on soit heureux si l'on ne veut pas l'être ; il faut donc vouloir son bonheur et le faire. »

Sénèque : « Pendant que l'on attend de vivre, la vie passe. »

Mais la science est elle aussi appelée à l'aide : « D'après le Pr Sonja Lyubomirsky (département psy de Californie) estime qu'à 50% les aptitudes au bonheur dépendent de la sensibilité de l'individu (déterminants génétiques), à 10% celles relevant de son cadre de vie et des conditions extérieures, à 40% celles qui sont tributaires de ses efforts personnels. »

Frédéric Lenoir nous parle de la contagion du bonheur : « L'une des clés de la sérénité consiste à ne plus se comparer, à se départir de l'esprit de rivalité, à chercher à surmonter toute jalousie. »

L'auteur dénonce la volonté des éducateurs de vouloir « remplir le crâne » des enfants en leur enseignant toutes sortes de connaissances, qui les aideront fort peu à vivre bien. Le vrai projet éducatif devrait consister à apprendre à l'enfant à développer son « jugement ». Car l'éducation doit apprendre à penser bien pour vivre mieux.

J'apprécie aussi que Tchouang-tseu et Montaigne ont un trait en commun : l'humour. Montaigne qui a choisi comme devise « Que sais-je ? »

Montaigne : « Il fallait s'enquérir qui est mieux savant, non qui est plus savant. Nous ne travaillons qu'à remplir la mémoire, et laissons l'entendement et la conscience vides. »

Tchouang-tseu : « Quiconque veut s'emparer du monde et s'en servir court à l'échec. »

 

Jacques MERCIER

Du Bonheur – Un voyage philosophique – Frédéric Lenoir – Le Livre de Poche – 240 pp – 6,60 euros.

06 11 15

L'homme réseau-nable

_réseau nable.jpgUn jeu de mot si approprié !

« L'homme réseau-nable » de Lionel Naccache n'est pas un livre à lire en une heure en diagonale, c'est un livre très intéressant et passionnant. Dans l'avant-propos, il définit l'ouvrage : « L'hypothèse centrale de ce livre est que la connaissance de l'architecture fonctionnelle des réseaux de neurones qui composent un cerveau peut nous aider à comprendre celle des réseaux interindividuels qui structurent les sociétés humaines. » 

Vous découvrirez la notion de « voyage immobile » avec entre autres cette uniformisation massive, que nous connaissons. Tous ces lieux qui sont identiques et nous l'impression de ne plus « voyager » : Le centre commercial, l'aéroport international, l'hôtel de l'homme d'affaires en voyage quelque part entre l'Asie du Sud-Est et l'Europe de l'Est, la salle du complexe de cinéma, le magasin Ikea d'Arhus au Danemark ou celui de Sendai au Japon, le café « branché » et connecté, la station balnéaire, celle de sports d'hiver... Sa théorie est que la crise d'épilepsie est un « voyage immobile » microcosmique ! Pour argumenter la thèse, il fait aussi appel aux mots : « « Convulsions de l'Histoire » : l’expression est devenue si banale aujourd'hui, que nous en oublions souvent le sens premier. « Convulsions », ou le symptôme le plus connu de l'épilepsie. »

Quelques chiffres aussi nous interpellent. L'auteur est neurologue, professeur de médecine à la Pitié-Salpêtrière, directeur d'une équipe de recherche à l'Institut du cerveau et de la moelle épinière. « Un neurone est en contact physique permanent avec environ 10.000 neurones. Si l'on considère qu'un cerveau humain compte environ 80 à 100 milliards de neurones, le nombre de points de circulation unidirectionnels de cette information nerveuse avoisine donc... les 10 exposant 11 x 10 exposant 4 divisés par 2, soit 5000 billiards de synapses ! »

Il faudrait évoquer la synchronisation des masses et des lieux habités « par l'établissement rapide et efficace de voies de circulation physique à grande échelle. Ces transformations incluent le développement important des lignes ferroviaires, ainsi que la massification du transport automobile qui ne devait plus être réservé aux seules élites. Dans l'Allemagne nazie, cette politique des transports trouvera son aboutissement le plus éloquent dans la marque-slogan Volkswagen, la « voiture du peuple ». Voitures du peuple qui propulsent les individus sur ces véritables faisceaux organisés que sont les autoroutes, dont les premières furent imaginées et conçues par le régime fasciste de Mussolini. »

Et de retracer notre évolution : « D'un point de vue évolutif, il ne fait aucun doute qu'une fois le cerveau devenu conscient, et donc riche d'un « format universel » de communication des contenus mentaux individuels, l'aventure sociale a dû connaître un envol sans précédent, un envol « pré-historique ». Puis ces sociétés ont fait leur entrée fracassante dans l'Histoire il y a environ six mille ans, avec l'invention des systèmes d'écriture et de lecture. Ces systèmes autorisent la transmission explicite de contenus mentaux et de postures cognitives à travers les générations. »

La réflexion d'Auguste Comte confirme joliment  : « Il y a plus de morts que de vivants, et ce sont les morts qui dirigent les vivants. »

J'en reste là, mais j'ajoute encore ce passage qui équilibre le côté « masse » et le côté « individu » : « Notre société a réussi à aménager une place pour la « raison de l'individu », aux côtés des places envahissantes de toutes ces autres raisons qui nous entourent depuis la nuit des temps : la raison du plus fort, la raison d’État, la raison de l'argent, la raison des intérêts collectifs, la raison de la nation, etc. Une place sans pareille pour la raison d'un bonhomme parmi des myriades. »

 

Jacques MERCIER

 

« L'homme Réseau-nable » (Du microcosme cérébral au macrocosme social), Lionel Naccache, Edition Odile Jacob, sciences, 150 pp. 22,90 euros.

 

 

13 10 15

SUPERBE "Compte à rebours" !!!

_juan.jpgUn grand bonheur de lecture, voilà ce que procure « Compte à rebours », le dernier ouvrage de Juan d'Oultremont, chez OnLit. L'accroche résume : « Judas Klaus-Thauman reçoit un courriel d'une jeune inconnue. Elle désire lui envoyer chaque lundi un nouvel épisode de son feuilleton culinaire. En retour, il promet de lui écrire chaque jour durant un an : un compte à rebours au terme duquel... il la demandera en mariage ! « Épouser, c'est comme peindre, c'est choisir. »

Cette histoire commence le lendemain de l'enterrement de l'artiste belge Marthe Wéry. « Le jour où la Belgique enterra une de ses artistes majeures ».

Tout y est : la qualité du style, la forme et le fond, le général et le particulier, l'humour et l'imagination. Juan d'Oultremont, par ailleurs artiste polyvalent – plasticien, il enseigne à l'ERG -, a l'art de rassembler dans cet ouvrage les choses de la vie, celles que seul un artiste curieux relève parfois et qu'on a plaisir à découvrir sous sa plume. « Lui : C'est curieux, les filles retirent leur pull en croisant les bras par devant, alors que les mecs les retire en allant les attraper sur la peau de leur dos.

Elle : Les types doivent toujours avoir l'impression qu'ils font du judo alors que les femmes se déshabillent comme une prière. »

J'aime évidemment, comme amoureux de la langue française, ces moments où une belle faute d'orthographe se glisse dans le texte, clin d’œil malicieux de l'ancien titulaire du Jeu des Dictionnaires, mais est aussitôt corrigée entre parenthèses : « Une fille qu'il a d'amblée (à imprimer sur une des assiettes à dessert)... Car son idée est de reproduire ces fautes sur un service de vaisselle ! Par ailleurs, Juan aime les précisions : « Bien des gens l'ignorent, l'injure est une parole que l'on adresse à un ou une autre, alors que le juron est une interjection qu'on se destine. »

Pour vous, je picore quelques phrases. Comme cette comparaison :

« Vertige, dit-il. L'effet centrifuge que doivent ressentir les jeunes mariés pakistanais dont les parents ont choisi le conjoint. »

La description que voici :

« Comme souvent lorsque l'émotion risque de la submerger, son regard glisse sur sa droite dans un mouvement qui rappelle la dérive de certains icebergs. »

A propos d'un « peut-être », cette phrase - Judas est de nationalité suisse:

« Son peut-être à elle, c'est une façon de répondre comme les portes tambours des grands hôtels genevois – lui pense bien sûr à celles du Cornavin. Une réponse dans laquelle vous pouvez vous engager sans crainte puisqu'il suffit d'y rester pour se retrouver à son point de départ. »

Judas est daltonien, un « grand daltonien », comme on dit un « grand artiste » :

« Temps froid et clair, avec du violet et une pointe de rose circulant par-dessus la collégiale. »

Enfin, cette exceptionnelle définition de l'écume :

« Les savants de l'antiquité étaient déjà unanimes sur un point : sous quelle forme qu'elle apparaisse, l'écume n'existe que par le mouvement. Stabile, elle se désagrège, se dissout et disparaît. »

Et puis, je n'oublie pas l'érotisme que l'auteur distille dans ses œuvres ; pour nous rappeler combien il fait partie de notre existence.

Jacques MERCIER

« Compte à rebours », Juan d'Oultremont, Onlit Édition 2015, 240 pp, 16 euros.

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08 10 15

Quand, enfants, nous récitions...

recitation.jpgOui, ce livre est l'écho parfait des cahiers de notre enfance, où l'on trouvait de belles poésies à réciter en classe ! La « Madeleine » des amoureux de la langue française... Ces « 100 récitations d'hier pour aujourd'hui » nous proposent des textes simples et beaux, avec des auteurs renouvelés. Bien entendu : Hugo, Baudelaire, Apollinaire, Verlaine, de La Fontaine, mais aussi Pierre Gamarra, Alain Bosquet, Charles Trenet, Maurice Carême, Lucienne Desnoues. Un excellent choix d'Albine Novarino-Pothier, qui a classé ces poèmes de manière à s'en servir utilement en classe : La rentrée, les vacances, l'été... mais aussi « Ombres et fêlures » ou « Le monde des grands » !

L'édition soignée est aussi agrémentée d'une quinzaine de dessins d'enfants originaux magnifiques.

Albine Novarino nous rappelle dans la préface la phrase de Saint-Exupéry : « Tous les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais très peu d'entre elles s'en souviennent ». Si vous l'aviez perdu, le souvenir de votre enfance vous reviendra au fil des pages avec émotion.

Elle rappelle aussi que « Quand on est petit, on s'inscrit dans le temps qu'il fait et dans celui qui vient. Très tôt, globalement, tout s'organise en années scolaires ».

Comme octobre est mon mois préféré et que Louis Mercier, (à chaque fois une courte bio est ajoutée) poète né dans la Loire en 1870, est sans doute un de mes lointains cousins, voici quelques vers extraits de « En octobre » :

 

L'air est fait d'un cristal fluide qu'on croit voir.

L'horizon délicat tremble dans les buées,

Et dès l'après-midi l'on sent déjà le soir.

 

Sorti récemment dans la même collection « Le goût des mots », dirigée avec grand talent par Philippe Delerm pour « Points » : « Sky my boss » de Jean-Loup Chifflet pour apprendre un anglais basique savoureux. Ah, les mots « déçus de rencontrer notre respect alors qu'ils voudraient notre amitié » dit joliment Philippe Delerm.

 

Jacques MERCIER

 

« 100 récitations d'hier pour aujourd'hui », Collectif sous la direction d'Albine Novarino-Pothier. Edition Points, collection « Le goût des mots », 192 pages. 10 euros.

02 10 15

Jean-Marie Rouart : un enchantement !

rouart amis.jpgDe temps à autre, la discussion de cet ancien directeur du Figaro littéraire m'enchante sur France 24 dans « Une comédie française » de l'excellente Roselyne Febvre. Jean-Marie Rouart aime passionnément la littérature, qui l'accompagne depuis toujours et même lui aurait la vie. Il rassemble dans « Ces amis qui enchantent ma vie » 120 écrivains avec une présentation subjective et un extrait choisi de l’œuvre. C'est un régal !

Si on trouve les grands noms d'hier et d'aujourd'hui (de Rabelais à Carson McCullers), ils sont justement très connus ou parfois moins. J'adore aussi les titres donnés aux chapitres qui les rassemblent : dans « Les fracasseurs de vitres », on trouve Rousseau et Céline, dans « Les magiciens » Cocteau ou Pierre Louÿs ou dans « Les monuments qu'on visite » Balzac, Simenon ou Proust.

Dans sa préface, Jean-Marie Rouart écrit : « Je pressentais le grand mérite des histoires : en troquant sa vie avec celle des autres, on ne gagnait pas forcément au change, mais on cessait de geindre sur la sienne. » ou « Je demandais aux livres : comment fait-on pour vivre, pour aimer, pour être heureux ? ».

Mais aussi, ce merveilleux hommage aux créateurs : « Une autre séduction m'attirer dans les livres : la passion vibrante de leur auteur pour exister. »

L'auteur s'interroge évidemment sur la trace qu'on laisse, comment et pourquoi, dans quelles circonstances ? Et d'écrire : « On n'existe que par des preuves, que ce soient des pierres taillées ou alors des mots. » ou « N'existe que ce qui a été raconté. »

Voici trois parmi de si nombreux extraits que j'aurais pu faire, mais que je vous engage à retrouver dans le livre :

Une phrase de Paul-Jean Toulet (classé dans « Les Magiciens ») : « Ce que j'ai aimé le plus au monde, ne pensez-vous pas que ce soient les femmes, l'alcool et les paysages ? »

A propos de l'effacement peut-être provisoire de Henry de Montherlant (classé dans « Les Moitrimaires ») dans l'univers littéraire actuel : « Notre époque veut que les artistes apportent, par leur existence et leurs actes, un certificat d'authenticité de leurs œuvres. »

Je retiens aussi (dans « Les Polémistes à poil dur »!), André Rouveyre et son « Discours d’expulsion de M.Paul Valéry à l'Académie française : « Il n'y pas de meilleur endroit pour accorder aux courtisans âgés sans propriété indépendante, un abri et des roses. » Ce qui prouve que Jean-Marie Rouart, académicien lui-même, est intelligent et possède un solide sens de l'humour et de l'autodérision.

Si je puis faire une petite parenthèse personnelle, je trouve un parallèle intéressant avec le choix des livres aimés et proposés par l'auteur et mon propre personnage du roman « Maître Gustave », qui définissait sa vie par les citations marquées dans les livres de sa bibliothèque !

Jean-Marie Rouart nous donne ici une nouvelle forme d'autobiographie, des reflets de ses propres idées et de ses convictions intimes. Une formidable façon d'entrer dans l'univers littéraire !

 

Jacques MERCIER

 

« Ces amis qui enchantent la vie » « Passions littéraires », Jean-Marie Rouart (de l'Académie française) ; édition Robert Laffont, 2015. 905 pp. 24 euros.