08 10 15

Quand, enfants, nous récitions...

recitation.jpgOui, ce livre est l'écho parfait des cahiers de notre enfance, où l'on trouvait de belles poésies à réciter en classe ! La « Madeleine » des amoureux de la langue française... Ces « 100 récitations d'hier pour aujourd'hui » nous proposent des textes simples et beaux, avec des auteurs renouvelés. Bien entendu : Hugo, Baudelaire, Apollinaire, Verlaine, de La Fontaine, mais aussi Pierre Gamarra, Alain Bosquet, Charles Trenet, Maurice Carême, Lucienne Desnoues. Un excellent choix d'Albine Novarino-Pothier, qui a classé ces poèmes de manière à s'en servir utilement en classe : La rentrée, les vacances, l'été... mais aussi « Ombres et fêlures » ou « Le monde des grands » !

L'édition soignée est aussi agrémentée d'une quinzaine de dessins d'enfants originaux magnifiques.

Albine Novarino nous rappelle dans la préface la phrase de Saint-Exupéry : « Tous les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais très peu d'entre elles s'en souviennent ». Si vous l'aviez perdu, le souvenir de votre enfance vous reviendra au fil des pages avec émotion.

Elle rappelle aussi que « Quand on est petit, on s'inscrit dans le temps qu'il fait et dans celui qui vient. Très tôt, globalement, tout s'organise en années scolaires ».

Comme octobre est mon mois préféré et que Louis Mercier, (à chaque fois une courte bio est ajoutée) poète né dans la Loire en 1870, est sans doute un de mes lointains cousins, voici quelques vers extraits de « En octobre » :

 

L'air est fait d'un cristal fluide qu'on croit voir.

L'horizon délicat tremble dans les buées,

Et dès l'après-midi l'on sent déjà le soir.

 

Sorti récemment dans la même collection « Le goût des mots », dirigée avec grand talent par Philippe Delerm pour « Points » : « Sky my boss » de Jean-Loup Chifflet pour apprendre un anglais basique savoureux. Ah, les mots « déçus de rencontrer notre respect alors qu'ils voudraient notre amitié » dit joliment Philippe Delerm.

 

Jacques MERCIER

 

« 100 récitations d'hier pour aujourd'hui », Collectif sous la direction d'Albine Novarino-Pothier. Edition Points, collection « Le goût des mots », 192 pages. 10 euros.

02 10 15

Jean-Marie Rouart : un enchantement !

rouart amis.jpgDe temps à autre, la discussion de cet ancien directeur du Figaro littéraire m'enchante sur France 24 dans « Une comédie française » de l'excellente Roselyne Febvre. Jean-Marie Rouart aime passionnément la littérature, qui l'accompagne depuis toujours et même lui aurait la vie. Il rassemble dans « Ces amis qui enchantent ma vie » 120 écrivains avec une présentation subjective et un extrait choisi de l’œuvre. C'est un régal !

Si on trouve les grands noms d'hier et d'aujourd'hui (de Rabelais à Carson McCullers), ils sont justement très connus ou parfois moins. J'adore aussi les titres donnés aux chapitres qui les rassemblent : dans « Les fracasseurs de vitres », on trouve Rousseau et Céline, dans « Les magiciens » Cocteau ou Pierre Louÿs ou dans « Les monuments qu'on visite » Balzac, Simenon ou Proust.

Dans sa préface, Jean-Marie Rouart écrit : « Je pressentais le grand mérite des histoires : en troquant sa vie avec celle des autres, on ne gagnait pas forcément au change, mais on cessait de geindre sur la sienne. » ou « Je demandais aux livres : comment fait-on pour vivre, pour aimer, pour être heureux ? ».

Mais aussi, ce merveilleux hommage aux créateurs : « Une autre séduction m'attirer dans les livres : la passion vibrante de leur auteur pour exister. »

L'auteur s'interroge évidemment sur la trace qu'on laisse, comment et pourquoi, dans quelles circonstances ? Et d'écrire : « On n'existe que par des preuves, que ce soient des pierres taillées ou alors des mots. » ou « N'existe que ce qui a été raconté. »

Voici trois parmi de si nombreux extraits que j'aurais pu faire, mais que je vous engage à retrouver dans le livre :

Une phrase de Paul-Jean Toulet (classé dans « Les Magiciens ») : « Ce que j'ai aimé le plus au monde, ne pensez-vous pas que ce soient les femmes, l'alcool et les paysages ? »

A propos de l'effacement peut-être provisoire de Henry de Montherlant (classé dans « Les Moitrimaires ») dans l'univers littéraire actuel : « Notre époque veut que les artistes apportent, par leur existence et leurs actes, un certificat d'authenticité de leurs œuvres. »

Je retiens aussi (dans « Les Polémistes à poil dur »!), André Rouveyre et son « Discours d’expulsion de M.Paul Valéry à l'Académie française : « Il n'y pas de meilleur endroit pour accorder aux courtisans âgés sans propriété indépendante, un abri et des roses. » Ce qui prouve que Jean-Marie Rouart, académicien lui-même, est intelligent et possède un solide sens de l'humour et de l'autodérision.

Si je puis faire une petite parenthèse personnelle, je trouve un parallèle intéressant avec le choix des livres aimés et proposés par l'auteur et mon propre personnage du roman « Maître Gustave », qui définissait sa vie par les citations marquées dans les livres de sa bibliothèque !

Jean-Marie Rouart nous donne ici une nouvelle forme d'autobiographie, des reflets de ses propres idées et de ses convictions intimes. Une formidable façon d'entrer dans l'univers littéraire !

 

Jacques MERCIER

 

« Ces amis qui enchantent la vie » « Passions littéraires », Jean-Marie Rouart (de l'Académie française) ; édition Robert Laffont, 2015. 905 pp. 24 euros.

01 10 15

Le secret de l'empereur... Charles-Quint et l'horloge noire...

secret empereur.jpgEn lisant « Le secret de l'empereur » de Amélie de Bourbon Parme, nous devenons Charles-Quint, quelle expérience ! Nous le sommes et nous pensons comme lui ! Quelle magnifique aventure qui nous plonge dans le XVIe siècle ! Nous sommes dans les rouages du pouvoir (et le mot « rouage » prend ici tout son double sens!) au moment de son abdication à l'avantage de son fils Philippe. L'empereur la souhaite, malgré l'avis de son entourage et de sa famille. C'est un événement incroyable : jamais on n'avait ainsi abdiqué depuis Dioclétien en 305.

La première phrase d'un livre est toujours essentielle : « 24 octobre 1555 – Ce soir-là, l'empereur rejoignit son atelier de mécanique et d'horlogerie plus tard que d'habitude. »

Ce deuxième roman d'Amélie de Bourbon Parme se situe toujours dans l'Histoire puisque le premier était consacré au sacre de Louis XVII. L'abdication est lente et difficile, mais peu à peu l'Empereur le plus puissant du monde deviendra un homme.

« Ces derniers mois, il avait acquis la conviction qu'il était plus facile de prendre le pouvoir que de s'en défaire. »

Un homme avec une passion, celle des horloges. Il a hérité des collections de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Mais une horloge noire retiendra son attention... une horloge astronomique qui inquiètera même le Vatican, puisque son mouvement est différent.

Le style de l'auteure correspond totalement au propos, majestueux et lent, mais convient à notre lecture d'aujourd'hui. Ni le vocabulaire ni la poésie n'en sont absents. Ainsi cette « caquetoire », siège rudimentaire à accoudoirs pour bavarder ; ainsi cette si belle phrase : « La lumière du jour était basse, presque lointaine, comme si elle était occupée à éclairer un autre monde. »

 

Jacques MERCIER

 

« Le secret de l'empereur », Amélie de Bourbon Parme, roman, Edition Gallimard, 320 pp. 20 euros.

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29 09 15

"Escaut ! Salut... Une splendeur !

 

escaut.jpg« J'ai donné au poète une carte, il en a fait un territoire, de lettres et de mémoire mêlés », écrit l'éditeur Thomas Joiret pour Opium éditions! On connaît des ouvrages qui joignent photographie et poésie, mais celui-ci est particulier : Il s'agit d'un voyage entre Antoing et Anvers, au fil de l'Escaut. Ce sont l'image et le texte qui nous prennent par la main, qui nous font glisser d'un lieu à un autre ; avec un incroyable talent, dans cette Belgique si bien ressentie :

« La Belgique est un

grand entonnoir

et partout où il pleut

c'est un peu la

Belgique »

Nous sommes en Picardie et nous arriverons, transformés, à l'embouchure de l'Escaut, dans cette ville où le poète Werner Lambersy est né d'une mère francophone. Une « voix majeure de la littérature poétique de langue française » :

« En ville repose

la dormeuse à peine

pubère de l'eau

qui s'agite dans la littérature

de son rêve et

montre

son épaule

ombreuse parmi

un frou-frou de nuée »

Le photographe, Romain Mallet, propose avec ses photos : « un partage d'instants inestimables ».

N'hésitez pas à vous immerger dans cette beauté pure :

« Le fleuve

tricote la longue

écharpe tranquille que

portent au cou

les cygnes qui vont du

parc aux écluses »

Il existe deux volumes, l'un est bilingue, dans une traduction de Guy Commerman : « Schelde ! Gegroet ». Saluons aussi le travail magnifique de l'éditeur qui « ose » la poésie et le beau-livre !

 

Jacques MERCIER

 

« Escaut ! Salut », Werner Lambersy et Romain Mallet, poésie et photographie, Opium éditions, 2015, 64 pp. 60 euros. Www.opiumeditions.fr

 

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22 09 15

Musique : rythme et émotion

 

 

 

_musique beuzen.jpgL'auteur, Jean-Noël Beuzen, est violoniste dans l'Orchestre symphonique du rail, mais est psychiatre, ancien attaché à l'hôpital Sainte-Anne ! Il nous propose un extraordinaire voyage aux confins de trois territoires : la musique, l'émotion et la folie.

 

Tout d'abord, soulignons le style direct et simple ; loin des périodes littéraires et des métaphores. L'auteur définit d'ailleurs son ouvrage comme un album de photos qui montreraient les moments de rencontre entre une folie et une musique.

 

J'aime que le livre commence par le carnaval ! En place de l'explication traditionnelle du mot (carrus navalis, ce bateau porté en procession), il nous livre : « Une autre explication, qui paraît plus crédible, lui donne pour origine la locution « carnem levare » (en italien « carne vale », « adieu la viande »!), se rapportant à la tradition médiévale de clore la période précédant le carême par des fêtes et des libations, avant de faire quarante jours de pénitence par le jeûne et les privations. »

 

Voici quelques extraits pris dans la lecture :

 

« Nous n'avons pas d'émotions « gratuites », pour notre simple plaisir, détachées d'un contexte, d'une trajectoire. Nos émotions s’inscrivent dans une longue histoire qui débute dans la nuit des temps, et la musique les accompagne depuis le début. »

 

Plus étonnant encore :

 

« Pour la musique, nos deux cerveaux sont impliqués : le cerveau gauche prend en charge le rythme, tandis que la mélodie et l'harmonie sont du ressort du cerveau droit. »

 

« Le plaisir est ainsi fait qu'il est difficile de l'en passer une fois qu'on l'a connu. »

 

La musique est-elle universelle ?

 

« Un des critères qui fait que la musique est universelle est le rythme. Le battement est universel. Tout bat et tout est rythmé dans l'univers. »

 

Et de nuancer :

 

« Si la musique occidentale véhicule des émotions, la musique, dans d'autres cultures, possède des fonctions différentes : elle accompagne les rituels ou rythme le travail. »

 

A propos de la sonate de Vinteuil, que Marcel Proust écoutait durant son enfance :

 

« Pour Proust, le compositeur exprime dans chaque phrase, dans chaque thème, une véritable idée qui permet l'accès à un univers à la fois éternel et personnel, profond, enfoui, inaccessible à l'intelligence mais bien réel, celui de l'art qui dure, contrairement à l'amour. »

 

Une des plus belles définitions de l'audition de la musique :

 

« Écouter de la musique, c'est comme marcher dans un paysage familier, dans lequel pourtant tout peut changer en permanence sans que, pour autant, le paysage devienne étranger. »

 

« La musique est un pont entre les hommes, elle est aussi un pont entre soi et ses mondes, l'actuel et les imaginaires, en nous mettant en résonance avec eux. »

 

On trouve aussi dans le livre des analyses de morceaux célèbres, évidemment des avis sur le jazz et d'autres réflexions fort pertinentes sur l'influence de la musique sur nos comportements. Ainsi une analyse des ventes dans les grandes surfaces selon le genre de musique et le rythme...

 

Pour conclure, une citation de Shakespeare dans «  Le marchand de Venise » : « L'homme qui n'a pas de musique en lui et qui n'est pas ému par le concert des sons harmonieux est propre aux trahisons, aux stratagèmes et aux rapines. »

 

Jacques MERCIER

 

« La musique, entre génie créateur et vertu thérapeutique », Essai, Jean-Noël Beuzen, Odile Jacob, 2015, 284 pp. 24 euros.

 

15 09 15

Les Tweets sont des chats !

_pivot.jpg

 

Avec ce joli titre : « Les tweets sont des chats », Bernard Pivot propose aujourd'hui en version poche ce recueil original pour un vrai littéraire. Il s'en explique d'emblée dans l'avant-propos : « On se doute que je ne suis pas favorable à la tricherie qui consiste à abréger les mots et à se ficher de l'orthographe. »

Il définit ce lieu d'échange : « Twitter ou les brèves d'un gigantesque comptoir. » Et il se justifie : « Pourquoi les vieux s'interdiraient-ils d'utiliser avec fantaisie ou gravité les plus géniales inventions des nouvelles générations ? »

Enfin, l'Académicien Goncourt propose un choix de ce qu'il a écrit durant les mois précédents.

 Le titre se trouve expliqué : « J'aime les tweets parce qu'ils partent en silence, circulent en silence et arrivent en silence. Les tweets sont des chats. »

Voici un florilège qui vous donnera l'envie de tout découvrir, et peut-être aussi, de le suivre aujourd'hui sur ce réseau social :

« Les tweets sont utiles et précieux parce qu'ils sont la petite monnaie de la communication. »

« J'ai cru assez longtemps que c'était le même verbe qui permettait d'épeler les mots et les pommes de terre. »

« La littérature ne répond pas aux questions de ses lecteurs, elle les suscite. »

« Les écrivains sont de vieux écoliers qui n'auront jamais fini d'apprendre à écrire. »

« Les bons photographes ont un oeil ; les bons romanciers ont un regard. »

« La vraie réussite, c'est d'être jalousé pour ses qualités et admiré pour ses défauts. »

« Il me semble que, du temps de mes grands-parents, le monde entier, à commencer par eux, étaient en noir et blanc. »

« A quoi reconnaît-on que l'on est mort ? A ce que cette question ne nous vient pas à l'idée. »

« Est-ce une preuve de l'existence de Dieu que l'on en cherche des preuves toute sa vie sans les trouver ? »

Même en 140 signes, on a l'occasion de placer de cpourtes citations :

« Ecrire est la seule vérification que j'aie de moi-même » Françoise Sagan.

« Elle embrassait comme si elle avait soif » Alessandro Baricco.

 

Et enfin cette merveilleuse dernière pour la route !

« Des astronomes ont-ils découvert la bonne étoile sous laquelle ils sont nés ? »

Un vrai bonheur dans le rythme rapide mais maîtrisé de notre époque !

 

Jacques MERCIER

« Les tweets sont des chats », Bernard Pivot, Ed. Livre de Poche 2015. 160pp. 5 euros.

 

08 09 15

La poésie se marie aux images

 

_blanjean.jpg« Il ne s'agit pas d'illustrer. Ni de mettre des mots sur des images. Mais de laisse se rencontrer les émotions suscitées par l'oeuvre de l'autre » lit-on dans la préface du merveilleux ouvrage « L'arc en Ciel qui s'évadait de la Tasse de Thé » de Paul Blanjean.

 

Des poèmes et des tableaux... un voyage magnifique que je vous engage à faire vous aussi. Double plaisir !

 

« Le vent glisse dans l'infini

 de tes yeux

 Le souvenir des étoiles achève

 d'éteindre la nuit »

 

sont les premiers vers de l'ouvrage, vous entrez, la porte est ouverte vers les étoiles heureuses.

 

Tout est bonheur, mais citons, par exemple, au hasard des pages tournées, ce « miroir sans tain », acrylique sur papier de Christiane Marly, qui fait face à « La Terre s'endort » :

 

« Le sourire d'une flamme

 caresse la mémoire rouge

 des armours perdus

 Voici la nuit qui approche »

 

Ou cette « danse » xylogravure de Jacques Thannen sur ce texte :

 

« La danse fleurit

 Les notes qui glissent

 Le long de tes cuisses

 Une musique pastelle

 abreuve ton corps anonyme »

 

Le tableau « Peut-être » de Nadine Fis et ces vers :

 

« Un jour je ne recevrai plus

 les étoiles bleues de tes mots »

 

« Bleu je veux ! Je vis », monotype de Babette Baibay et ce poème imprimé à l'envers ! « L'envers » :

 

« Où est le ciel

 Où est la nuit »

 

J'aime beaucoup les poèmes écrits à l'aube et rassemblés dans le même chapitre. J'aime aussi que l'actualité ne soit pas absente de l'inspiration des poètes fichés dans le siècle (« Lampedusa ») (ou « La Bête noire » et la photo de Christophe Bustin : « Des barbelés fleurissent ton visage anonyme »..

 

 Jacques MERCIER

 

 « L'Arc-en-Ciel qui s'évadait de la tasse de thé », poèmes et illustrations, Paul Blanjean, éditions Noctambules http://arnoldcouchard.blog4ever.com  144 pp. 15 euros.

 

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Poésie | Commentaires (0) |  Facebook | |

08 09 15

Croire à l'au-delà ?

_charbonnier.jpgC'est un petit ouvrage intéressant qu'a écrit le docteur Jean-Jacques Charbonnier. Il s'intitule « Les 7 bonnes raisons de croire à l'au-delà. » Comme vous peut-être, cette question de la vie après la mort m'interpelle depuis longtemps, autant que le pourquoi et le comment de notre vie-même.

 

L'intérêt du livre est qu'il propose des faits scientifiques (mais la science explique et corrige au fur et à mesure de son progrès) et ensuite l'avis et les arguments des détracteurs. Cela nous permet aussi de tirer nos propres conclusions. Comme il  écrit : « Pour un croyant aucune preuve n'est nécessaire et pour un sceptique, aucune n'est suffisante. »

 

Dans la préface le docteur Olivier Chambon note : « Il est quand même plus facile de se détendre face à la vie si l'on sait que celle-ci continue après la mort du corps, et que l'on emporte dans l'au-delà que l'essentiel, à savoir notre conscience, nos connaissances, notre capacité à aimer, et nos liens d'amour. » Mon père m'a un jour dit quelque chose de semblable, en me parlant d'une sorte de jugement intérieur sur l'amour, la faculté d'aimer...

 

Un des chapitres concerne l'inspiration artistique et m'a évidemment intéressé. « Il me semble probable que beaucoup d'artistes talentueux trouvent leur inspiration par mediumnité ; dans cette hypothèse, l'information ne serait pas enfermée dans les neurones du sujet inspiré mais située au contraire à l'extérieur du cerveau. Un cerveau qui entrerait en connexion directe avec un champ d'informations dont la source serait localisée bien au-delà de nos petits neurones. » Et de dire plus loin : « Et si cette conscience source alimentée par l'ensemble de nos consciences était capable d'influencer le comportement des gens et d'agir sur la matière et les événements d'une vie ? » Mais aussi : « Et si cette conscience source était ce que les habitants de cette planète appellent Dieu ? »

 

Bref, de quoi réfléchir, alimenter nos idées, provoquer des lectures et des discussions. Cette phrase de Victor Hugo me plaît beaucoup : « De quel papillon cette vie terrestre est-elle donc la chenille ? »

 

Jacques MERCIER

 

« Les 7 bonnes raisons de croire à l'au-delà », Dr Jean-Jacques Charbonnier, J'ai lu, 2015. 220 pp. 7,10 euros.

 

05 09 15

Il est minuit, docteur Schweitzer

_schweitzer.jpg

Avec plaisir, je redécouvre les « Souvenirs de mon enfance » d'Albert Schweitzer, édités par Albin Michel. Outre l'intérêt des faits, de sa manière de penser, nous trouvons un bien joli style, peut-être dû aussi à la traduction faite par son oncle, Charles Schweitzer, le grand-père de Jean-Paul Sartre ! "Un petit bijou littéraire" en dira Herman Hesse.

Je note, entre autres, cette réflexion à propos de la poésie : « Aujourd'hui comme jadis, je pense qu'un poème ne supporte aucun commentaire. Il faut le sentir et le vivre. »

Mais je ne veux pas analyser ce livre, simplement vous faire part des pensées qui me sont venues. Le titre : « Il est minuit, docteur Schweitzer » me paraît un, si pas le, titre qui me demeure le plus gravé dans ma mémoire. Un titre magnifique tout d'abord d'une pièce de Gilbert Cesbron (qui était chroniqueur de radio et écrivain) ensuite du film de Haguet en 1952, avec Pierre Fresnay dans le rôle du Docteur !

Pourquoi est-il gravé de cette manière ? Parce que c'était mon enfance, un des premiers films qu'on m'a emmené voir ? Parce qu'on en parlait plus longtemps, alors qu'aujourd'hui tout file plus vite, une mode en remplaçant une autre, une chanson un autre tube, un mot un autre ?

Car c'est aussi le cas des titres suivants (livres, films...), qui me paraissent si magiques, si bien choisis : « Chiens perdus sans colliers » (du même Cesbron), « Premier de cordée », « Bonjour tristesse », « Un certain sourire », « Quand on n'a que l'amour », « La guerre de Troie n'aura pas lieu », « Le petit Prince », « Les quatre cents coups », « Le septième sceau »....

2015 est le cinquantenaire de la mort du docteur.

Jacques MERCIER

"Souvenirs de mon enfance", Albert Schweitzer, Edition Albin Michel, 2015, 140 pp. 14 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Biographies, Jacques Mercier, Récits | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 08 15

Un bonheur annuel : Amélie Nothomb !

Couve nothomb.jpg

 

Depuis le premier roman, je suis un fan d'Amélie Nothomb. J'ai eu maintes fois l'occasion de la rencontrer (entre autres comme invitée au Jeu des Dictionnaires, qu'elle adorait aussi!) et d'échanger des idées, des lettres, des mots et l'enrichissement de notre relation ne faiblit pas.

Comme pour les albums de Philippe Geluck, j'attends le moment, la sortie, l'édition nouvelle et jamais je ne suis déçu. Mieux, à chaque fois je suis heureusement surpris !

Cette année, sur le modèle peut-être du « crime de l'Orient-Express » d'Agatha Christie ou du « crime de Monsieur Lange » de Jean Renoir, voici « Le crime du comte Neville ».

Le début du roman ne laisse en rien prévoir l'étonnante révélation de la deuxième page. C'est donc déjà un commencement d'histoire formidable.

Tout ce qu'on aime chez Amélie se retrouve bien entendu : le choix original des prénoms comme Oreste, Electre, Rosalba ou Aucassin... Et cette héroïne du livre qui s'appelle « Sérieuse » !

Tout de suite, nous sommes plongés dans un « univers » : celui d'une fillette de 12 ans ; mais aussi dans un monde que l'auteure connaît, celui de la noblesse, des châteaux, des invitations. On cite le château de Pont d'Oye.

Je ne vous dis rien de l'histoire ni de la fin géniale, mais voici quelques extraits, que je picore (comme je dis dans « Mémo » avec Nicky Depasse sur Radio Judaïca) :

 

« Pourquoi avoir inventé l'enfer alors qu'il existe l'insomnie ? »

« Cet édifice insensé de complexité qui constituait le paraître »

« La seule excuse de Dieu, c'est qu'il n'existe pas. »

 

J'ai adoré l'allusion aux cinq sens, avec le mot tendance « ressenti » !

C'est court, excellent, savoureux et profond – comme un chocolat belge ?

 

Jacques MERCIER

 

« Le crime du comte Neville », roman, Amélie Nothomb, Edition Albin Michel, 138 pp. 15 euros.