22 09 15

Musique : rythme et émotion

 

 

 

_musique beuzen.jpgL'auteur, Jean-Noël Beuzen, est violoniste dans l'Orchestre symphonique du rail, mais est psychiatre, ancien attaché à l'hôpital Sainte-Anne ! Il nous propose un extraordinaire voyage aux confins de trois territoires : la musique, l'émotion et la folie.

 

Tout d'abord, soulignons le style direct et simple ; loin des périodes littéraires et des métaphores. L'auteur définit d'ailleurs son ouvrage comme un album de photos qui montreraient les moments de rencontre entre une folie et une musique.

 

J'aime que le livre commence par le carnaval ! En place de l'explication traditionnelle du mot (carrus navalis, ce bateau porté en procession), il nous livre : « Une autre explication, qui paraît plus crédible, lui donne pour origine la locution « carnem levare » (en italien « carne vale », « adieu la viande »!), se rapportant à la tradition médiévale de clore la période précédant le carême par des fêtes et des libations, avant de faire quarante jours de pénitence par le jeûne et les privations. »

 

Voici quelques extraits pris dans la lecture :

 

« Nous n'avons pas d'émotions « gratuites », pour notre simple plaisir, détachées d'un contexte, d'une trajectoire. Nos émotions s’inscrivent dans une longue histoire qui débute dans la nuit des temps, et la musique les accompagne depuis le début. »

 

Plus étonnant encore :

 

« Pour la musique, nos deux cerveaux sont impliqués : le cerveau gauche prend en charge le rythme, tandis que la mélodie et l'harmonie sont du ressort du cerveau droit. »

 

« Le plaisir est ainsi fait qu'il est difficile de l'en passer une fois qu'on l'a connu. »

 

La musique est-elle universelle ?

 

« Un des critères qui fait que la musique est universelle est le rythme. Le battement est universel. Tout bat et tout est rythmé dans l'univers. »

 

Et de nuancer :

 

« Si la musique occidentale véhicule des émotions, la musique, dans d'autres cultures, possède des fonctions différentes : elle accompagne les rituels ou rythme le travail. »

 

A propos de la sonate de Vinteuil, que Marcel Proust écoutait durant son enfance :

 

« Pour Proust, le compositeur exprime dans chaque phrase, dans chaque thème, une véritable idée qui permet l'accès à un univers à la fois éternel et personnel, profond, enfoui, inaccessible à l'intelligence mais bien réel, celui de l'art qui dure, contrairement à l'amour. »

 

Une des plus belles définitions de l'audition de la musique :

 

« Écouter de la musique, c'est comme marcher dans un paysage familier, dans lequel pourtant tout peut changer en permanence sans que, pour autant, le paysage devienne étranger. »

 

« La musique est un pont entre les hommes, elle est aussi un pont entre soi et ses mondes, l'actuel et les imaginaires, en nous mettant en résonance avec eux. »

 

On trouve aussi dans le livre des analyses de morceaux célèbres, évidemment des avis sur le jazz et d'autres réflexions fort pertinentes sur l'influence de la musique sur nos comportements. Ainsi une analyse des ventes dans les grandes surfaces selon le genre de musique et le rythme...

 

Pour conclure, une citation de Shakespeare dans «  Le marchand de Venise » : « L'homme qui n'a pas de musique en lui et qui n'est pas ému par le concert des sons harmonieux est propre aux trahisons, aux stratagèmes et aux rapines. »

 

Jacques MERCIER

 

« La musique, entre génie créateur et vertu thérapeutique », Essai, Jean-Noël Beuzen, Odile Jacob, 2015, 284 pp. 24 euros.

 

15 09 15

Les Tweets sont des chats !

_pivot.jpg

 

Avec ce joli titre : « Les tweets sont des chats », Bernard Pivot propose aujourd'hui en version poche ce recueil original pour un vrai littéraire. Il s'en explique d'emblée dans l'avant-propos : « On se doute que je ne suis pas favorable à la tricherie qui consiste à abréger les mots et à se ficher de l'orthographe. »

Il définit ce lieu d'échange : « Twitter ou les brèves d'un gigantesque comptoir. » Et il se justifie : « Pourquoi les vieux s'interdiraient-ils d'utiliser avec fantaisie ou gravité les plus géniales inventions des nouvelles générations ? »

Enfin, l'Académicien Goncourt propose un choix de ce qu'il a écrit durant les mois précédents.

 Le titre se trouve expliqué : « J'aime les tweets parce qu'ils partent en silence, circulent en silence et arrivent en silence. Les tweets sont des chats. »

Voici un florilège qui vous donnera l'envie de tout découvrir, et peut-être aussi, de le suivre aujourd'hui sur ce réseau social :

« Les tweets sont utiles et précieux parce qu'ils sont la petite monnaie de la communication. »

« J'ai cru assez longtemps que c'était le même verbe qui permettait d'épeler les mots et les pommes de terre. »

« La littérature ne répond pas aux questions de ses lecteurs, elle les suscite. »

« Les écrivains sont de vieux écoliers qui n'auront jamais fini d'apprendre à écrire. »

« Les bons photographes ont un oeil ; les bons romanciers ont un regard. »

« La vraie réussite, c'est d'être jalousé pour ses qualités et admiré pour ses défauts. »

« Il me semble que, du temps de mes grands-parents, le monde entier, à commencer par eux, étaient en noir et blanc. »

« A quoi reconnaît-on que l'on est mort ? A ce que cette question ne nous vient pas à l'idée. »

« Est-ce une preuve de l'existence de Dieu que l'on en cherche des preuves toute sa vie sans les trouver ? »

Même en 140 signes, on a l'occasion de placer de cpourtes citations :

« Ecrire est la seule vérification que j'aie de moi-même » Françoise Sagan.

« Elle embrassait comme si elle avait soif » Alessandro Baricco.

 

Et enfin cette merveilleuse dernière pour la route !

« Des astronomes ont-ils découvert la bonne étoile sous laquelle ils sont nés ? »

Un vrai bonheur dans le rythme rapide mais maîtrisé de notre époque !

 

Jacques MERCIER

« Les tweets sont des chats », Bernard Pivot, Ed. Livre de Poche 2015. 160pp. 5 euros.

 

08 09 15

La poésie se marie aux images

 

_blanjean.jpg« Il ne s'agit pas d'illustrer. Ni de mettre des mots sur des images. Mais de laisse se rencontrer les émotions suscitées par l'oeuvre de l'autre » lit-on dans la préface du merveilleux ouvrage « L'arc en Ciel qui s'évadait de la Tasse de Thé » de Paul Blanjean.

 

Des poèmes et des tableaux... un voyage magnifique que je vous engage à faire vous aussi. Double plaisir !

 

« Le vent glisse dans l'infini

 de tes yeux

 Le souvenir des étoiles achève

 d'éteindre la nuit »

 

sont les premiers vers de l'ouvrage, vous entrez, la porte est ouverte vers les étoiles heureuses.

 

Tout est bonheur, mais citons, par exemple, au hasard des pages tournées, ce « miroir sans tain », acrylique sur papier de Christiane Marly, qui fait face à « La Terre s'endort » :

 

« Le sourire d'une flamme

 caresse la mémoire rouge

 des armours perdus

 Voici la nuit qui approche »

 

Ou cette « danse » xylogravure de Jacques Thannen sur ce texte :

 

« La danse fleurit

 Les notes qui glissent

 Le long de tes cuisses

 Une musique pastelle

 abreuve ton corps anonyme »

 

Le tableau « Peut-être » de Nadine Fis et ces vers :

 

« Un jour je ne recevrai plus

 les étoiles bleues de tes mots »

 

« Bleu je veux ! Je vis », monotype de Babette Baibay et ce poème imprimé à l'envers ! « L'envers » :

 

« Où est le ciel

 Où est la nuit »

 

J'aime beaucoup les poèmes écrits à l'aube et rassemblés dans le même chapitre. J'aime aussi que l'actualité ne soit pas absente de l'inspiration des poètes fichés dans le siècle (« Lampedusa ») (ou « La Bête noire » et la photo de Christophe Bustin : « Des barbelés fleurissent ton visage anonyme »..

 

 Jacques MERCIER

 

 « L'Arc-en-Ciel qui s'évadait de la tasse de thé », poèmes et illustrations, Paul Blanjean, éditions Noctambules http://arnoldcouchard.blog4ever.com  144 pp. 15 euros.

 

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Poésie | Commentaires (0) |  Facebook | |

08 09 15

Croire à l'au-delà ?

_charbonnier.jpgC'est un petit ouvrage intéressant qu'a écrit le docteur Jean-Jacques Charbonnier. Il s'intitule « Les 7 bonnes raisons de croire à l'au-delà. » Comme vous peut-être, cette question de la vie après la mort m'interpelle depuis longtemps, autant que le pourquoi et le comment de notre vie-même.

 

L'intérêt du livre est qu'il propose des faits scientifiques (mais la science explique et corrige au fur et à mesure de son progrès) et ensuite l'avis et les arguments des détracteurs. Cela nous permet aussi de tirer nos propres conclusions. Comme il  écrit : « Pour un croyant aucune preuve n'est nécessaire et pour un sceptique, aucune n'est suffisante. »

 

Dans la préface le docteur Olivier Chambon note : « Il est quand même plus facile de se détendre face à la vie si l'on sait que celle-ci continue après la mort du corps, et que l'on emporte dans l'au-delà que l'essentiel, à savoir notre conscience, nos connaissances, notre capacité à aimer, et nos liens d'amour. » Mon père m'a un jour dit quelque chose de semblable, en me parlant d'une sorte de jugement intérieur sur l'amour, la faculté d'aimer...

 

Un des chapitres concerne l'inspiration artistique et m'a évidemment intéressé. « Il me semble probable que beaucoup d'artistes talentueux trouvent leur inspiration par mediumnité ; dans cette hypothèse, l'information ne serait pas enfermée dans les neurones du sujet inspiré mais située au contraire à l'extérieur du cerveau. Un cerveau qui entrerait en connexion directe avec un champ d'informations dont la source serait localisée bien au-delà de nos petits neurones. » Et de dire plus loin : « Et si cette conscience source alimentée par l'ensemble de nos consciences était capable d'influencer le comportement des gens et d'agir sur la matière et les événements d'une vie ? » Mais aussi : « Et si cette conscience source était ce que les habitants de cette planète appellent Dieu ? »

 

Bref, de quoi réfléchir, alimenter nos idées, provoquer des lectures et des discussions. Cette phrase de Victor Hugo me plaît beaucoup : « De quel papillon cette vie terrestre est-elle donc la chenille ? »

 

Jacques MERCIER

 

« Les 7 bonnes raisons de croire à l'au-delà », Dr Jean-Jacques Charbonnier, J'ai lu, 2015. 220 pp. 7,10 euros.

 

05 09 15

Il est minuit, docteur Schweitzer

_schweitzer.jpg

Avec plaisir, je redécouvre les « Souvenirs de mon enfance » d'Albert Schweitzer, édités par Albin Michel. Outre l'intérêt des faits, de sa manière de penser, nous trouvons un bien joli style, peut-être dû aussi à la traduction faite par son oncle, Charles Schweitzer, le grand-père de Jean-Paul Sartre ! "Un petit bijou littéraire" en dira Herman Hesse.

Je note, entre autres, cette réflexion à propos de la poésie : « Aujourd'hui comme jadis, je pense qu'un poème ne supporte aucun commentaire. Il faut le sentir et le vivre. »

Mais je ne veux pas analyser ce livre, simplement vous faire part des pensées qui me sont venues. Le titre : « Il est minuit, docteur Schweitzer » me paraît un, si pas le, titre qui me demeure le plus gravé dans ma mémoire. Un titre magnifique tout d'abord d'une pièce de Gilbert Cesbron (qui était chroniqueur de radio et écrivain) ensuite du film de Haguet en 1952, avec Pierre Fresnay dans le rôle du Docteur !

Pourquoi est-il gravé de cette manière ? Parce que c'était mon enfance, un des premiers films qu'on m'a emmené voir ? Parce qu'on en parlait plus longtemps, alors qu'aujourd'hui tout file plus vite, une mode en remplaçant une autre, une chanson un autre tube, un mot un autre ?

Car c'est aussi le cas des titres suivants (livres, films...), qui me paraissent si magiques, si bien choisis : « Chiens perdus sans colliers » (du même Cesbron), « Premier de cordée », « Bonjour tristesse », « Un certain sourire », « Quand on n'a que l'amour », « La guerre de Troie n'aura pas lieu », « Le petit Prince », « Les quatre cents coups », « Le septième sceau »....

2015 est le cinquantenaire de la mort du docteur.

Jacques MERCIER

"Souvenirs de mon enfance", Albert Schweitzer, Edition Albin Michel, 2015, 140 pp. 14 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Biographies, Jacques Mercier, Récits | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 08 15

Un bonheur annuel : Amélie Nothomb !

Couve nothomb.jpg

 

Depuis le premier roman, je suis un fan d'Amélie Nothomb. J'ai eu maintes fois l'occasion de la rencontrer (entre autres comme invitée au Jeu des Dictionnaires, qu'elle adorait aussi!) et d'échanger des idées, des lettres, des mots et l'enrichissement de notre relation ne faiblit pas.

Comme pour les albums de Philippe Geluck, j'attends le moment, la sortie, l'édition nouvelle et jamais je ne suis déçu. Mieux, à chaque fois je suis heureusement surpris !

Cette année, sur le modèle peut-être du « crime de l'Orient-Express » d'Agatha Christie ou du « crime de Monsieur Lange » de Jean Renoir, voici « Le crime du comte Neville ».

Le début du roman ne laisse en rien prévoir l'étonnante révélation de la deuxième page. C'est donc déjà un commencement d'histoire formidable.

Tout ce qu'on aime chez Amélie se retrouve bien entendu : le choix original des prénoms comme Oreste, Electre, Rosalba ou Aucassin... Et cette héroïne du livre qui s'appelle « Sérieuse » !

Tout de suite, nous sommes plongés dans un « univers » : celui d'une fillette de 12 ans ; mais aussi dans un monde que l'auteure connaît, celui de la noblesse, des châteaux, des invitations. On cite le château de Pont d'Oye.

Je ne vous dis rien de l'histoire ni de la fin géniale, mais voici quelques extraits, que je picore (comme je dis dans « Mémo » avec Nicky Depasse sur Radio Judaïca) :

 

« Pourquoi avoir inventé l'enfer alors qu'il existe l'insomnie ? »

« Cet édifice insensé de complexité qui constituait le paraître »

« La seule excuse de Dieu, c'est qu'il n'existe pas. »

 

J'ai adoré l'allusion aux cinq sens, avec le mot tendance « ressenti » !

C'est court, excellent, savoureux et profond – comme un chocolat belge ?

 

Jacques MERCIER

 

« Le crime du comte Neville », roman, Amélie Nothomb, Edition Albin Michel, 138 pp. 15 euros.

 

22 08 15

"Le" policier à lire !

_marmet.jpgSi vous hésitez à lire un roman policier, pour une quelconque raison, n’en lisez qu’un ! Celui de Pascal Marmet : « Tiré à quatre épingles », un titre qui est un joli jeu de mots sur l’expression et sur une statuette africaine ensorcelée, que l’on voit en couverture.  
L’auteur m’a vraiment attiré de page en page, de séquence en séquence, avec des rebondissements, des coups de théâtre ; un sens intelligent de la composition et du suspens incroyable ! Depuis la première page, on a envie de connaître la clé de l’énigme : c’est bien le but d’un roman policier.

Celui-ci a vraiment tout pour nous plaire : l’actualité, les descriptions, les dialogues et des personnages ! Quels personnages ! Du commandant Chanel à l’enivrante et sulfureuse Albane, de l’elfe aux chaussures vertes jusqu’à l’ado paumée Salomé ! Tous sont à leur place, arrivent au bon moment dans l’histoire, sont une pièce d’un puzzle fantastique !

Dès le premier paragraphe, le ton est donné : « Qu’ils soient soporifiques ou percutants, le commandant Chanel abhorrait les discours. Il préférait le murmure des aveux et le bruit intense de la respiration du présumé coupable. »

Pour notre plaisir littéraire, Pascal Marmet (à la manière d’une Amélie Nothomb) nous jette en pâture un mot ou deux, dont il faut chercher le sens (même si le contexte nous l’indique). Ainsi de « banche », un moule en béton dans les chantiers ; ainsi de « oriel », une fenêtre en encorbellement ; ainsi enfin de « thérémine », instrument de musique quasi électronique !

Je ne vous dirai rien de l’histoire haletante, ni de l’ambiance des gares, ni de celle des musées africains ou du 36 quai des orfèvres, appelé à être déménagé. Mais je vous conseille, par exemple, de savourer le chapitre appelé « Gevéteraconter », une superbe rencontre avec une petite fille dans le train, Milène, qui ne dessinera pas un mouton mais jouera au jeu des sept familles…

Un polar, un vrai de vrai, un bon de bon (pour utiliser un phrasé branché : un bon de chez bon !)

J’avais déjà apprécié « le roman du parfum » et « le roman du café », cette fois, Pascal Marmet nous entraîne dans un parfum de sorcellerie et une saveur de mystère.

Jacques MERCIER

Tiré à quatre épingles, roman policier, Pascal Marmet, édition Michalon, 18 euros, 272 pages. http://www.michalon.fr

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Thriller, Polar | Commentaires (0) |  Facebook | |

07 07 15

D'anciens contes japonais...

_haikaku.jpg

 

 

"L'histoire du tonnelier tombé amoureux" suivi de "Histoire de Gengobei" sont des contes de Ihara Saikaku, qui vécut de 1642 à 1693 et remporta un grand succès populaire de son vivant. Né à Osaka, il est l'inventeur du conte réaliste en prose japonais. Après avoir publié des haïkus, il écrit des tableaux de mœurs, comme "Vie d'un ami de la volupté", qui se situe dans les lupanars de son temps.

Nous découvrons ici deux histoires d'amour réalistes et rocambolesques qui se passent dans le Japon féodal de la fin du 17e siècle. Elles sont extraites de « Cinq amoureuses » (1686), où les femmes de spont temps condamnées à la fidélité ou à une mort ignominieuse.

Les personnages se soucient de la réussite de leurs amours plus que des interdits d'une société rigide... toutes les ruses sont bonnes pour y parvenir. De plus, on a quelques illustrations de Yoshida Hambei, un célèbre peinte de gravures.

Deux phrases pour vous mettre en appétit de lecture :

 

« La vie humaine est bornée, mais la passion amoureuse, inépuisable. »

 

"Il n'existe en ce monde ni fantômes ni veuves fidèles."

 

Toutes ses histoires ont des fins malheureuses sauf une, où l'auteur laisse entendre que le servage de la femme prendra fin un jour.

Jacques MERCIER

"Histoire du tonnelier tombé amoureux", Ihara Saikaku, Edition Gallimard, collection Folio 2 euros ! 100p.

 

 

 

 

 

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Nouvelles, Romans, Société | Commentaires (0) |  Facebook | |

01 07 15

Une mystique sans Dieu ?

_bologne.jpgCet essai de Jean-Claude Bologne, membre récent de notre Académie royale de langue et de littérature françaises en Belgique, journaliste, écrivain, critique, « Une mystique sans Dieu » est magistral. Non seulement parce qu'il est truffé de références et de citations, mais parce qu'il nous remet en question avec talent. C'est toujours le but d'un bon livre !

 

Pour résumer brutalement le propos, l'auteur rappelle que « Vide l'anagramme de Dieu » ! Jean-Claude Bologne part d'une « illumination » qui ne devrait pas nécessairement être associée à la religion.

 

Depuis une quarantaine d'années, l'auteur explore l'histoire et la littérature pour retrouver les signes de l'expérience qu'il a lui-même vécue. On retrouve les illuminations religieuses, mais aussi d'autres, qu'il assimile à un « mysticisme athée ». Il examine les pistes, les possibilités. Et c'est un travail qui nous transporte.

 

Par exemple, à propos de l'ascèse et de l'écriture qui mènent à cet éblouissement : « Une écriture est un « donné », sans complément d'agent, car je ne puis croire à une force transcendante qui me dicte mes propres mots, qu'il s'agisse de Dieu, d'une muse ou de la Nature. Non pas un « donné par », mais un « donné », tout simplement, que je n'ai pas à « prendre », qui s'impose comme une évidence. Il peut s'agir de la première phrase, de ce tremplin sans lequel le livre ne pourrait pas prendre son élan. Souvent, elle m'est révélée par la marche, et épouse son rythme. C'est ma façon d'échapper au mythe de l'inspiration extérieure. »

 

Il cite Marcel Moreau : « A travers sa déraison, le possédé de verbe rend superflue toute démarche qui consisterait à confier à l'ordre idéologique ou religieux, matériel ou immatériel, son besoin d'être « sauvé ». »

 

Parmi les noms les plus souvent cités, on trouve sans surprise : Maître Eckhart : « Les hommes qui demeurent dans leur essence attachés aux choses créées resteront pour l'éternité dans cette essence, qu'on appelle l'enfer. De même, ceux qui ne laissent demeurer en eux que Dieu seul resteront dans leur essence : Dieu deviendra leur essence et le restera pour l'éternité. »

 

J'aime énormément ce paragraphe qui fait un constat de la réduction des expériences à leurs effets physiques et qui n'apporte que désenchantement...

« L'art est devenu décoratif, et la musique une manière polie d'attendre un correspondant au téléphone, ou de meubler les insupportables minutes de silence dans un ascenseur, sinon dans les toilettes d'un aéroport.

La Nature bien peignée dans les jardins publics fait ressembler les parterres à des tombes attendant la Toussaint.

L'amour a été un des tabous de la fin du Xxe siècle, cantonné aux mièvreries de la collection « Harlequin ».

L'extase religieuse elle-même se réduit à une collection d'angelots de plâtre, petits putti joufflus et fessus. Comment y ancrer encore notre espoir d'absolu ? Ce serait folie ! »

 

Jacques MERCIER

 

« Une mystique sans Dieu », Essai, Jean-Claude Bologne, Albin Michel, 328 pp. 20,90 euros.

 

 

 

11 06 15

Un sixième sens !

_6e sens.jpgL'auteur est professeur à l'université de Lyon. André Holley a déjà publié « Eloge de l'odorat » et « Le cerveau gourmand ». Ici, il nous propose avec « Le sixième sens », une enquête neurophysiologique sur un sixième sens, un sens intérieur par rapport aux cinq autres qui sont extérieurs.

Cela ajoute une palette nouvelle à notre sensibilité. Nos émotions sont-elles aussi influencées par les informations silencieuses de notre organisme ? C'est une question passionnante et dont cette étude apporte une ouverture incroyable à nos propres expériences.

« C'est une évidence », écrit l'auteur « Le cerveau est organisé pour recueillir et exploiter des signaux qui décrivent l'état du corps et les confronte aux signaux du monde du dehors pour les interpréter ».

On apprend plein de choses ! Comme ceci, que le cerveau ne consomme qu'1 petit % d'énergie pour répondre aux stimuli extérieurs comme une image, une mélodie, une senteur, une saveur.

Le livre est illustré par des croquis, des plans, des coupes. Il est enrichi de références.

La conclusion est que le cerveau montre clairement qu'il traite comme un sens à part entière une vaste catégorie de messages qui lui parviennent de l'intérieur de l'organisme.

L'ultime chapitre s'intitule « Le dernier mystère qui reste » !

 

Jacques MERCIER

 

« Le sixième sens », une enquête neurophysiologique, André Holley, Essai, Collection sciences, Edition Odile Jacob, 218 pp. 22,90 euros.