04 05 15

Le dernier Mystère de Sollers !

_sollers mystère.jpg

 

Pour définir ce dernier ouvrage de Philippe Sollers « L'école du mystère », il suffit de vous détailler les titres de toutes ses parties (des chapitres?) : Messe, Fanny, Jazz ( « Le Saint-Esprit souffle où il veut, à travers tous les instruments et toutes les syllabes »), école, obscénité, dieux, exclusion, feu, tombeau, Manon, Marilyn, sport, duras, fumée, tippi, singuliers, appels, Odette, nervure, société, critiques, sans-souci, muse, prière.

C'est un foisonnement intelligent et passionnant. Il n'est pas étonnant que l'écriture soir au centre des réflexions : « Presque personne ne semble se douter que l'écriture, comme l'amour, la musique, les échecs, les mathématiques, est un sport de haut niveau. »

Pas surprenant non plus de retrouver ses auteurs favoris : « Lisez attentivement cette phrase, et, même, apprenez-la par cœur : « Ce tintement rebondissant, ferrugineux, intarissable, criard et frais de la petite sonnette. » (la porte du jardin de Combray, dans Proust « à la recherche du temps perdu »)

Mais je recopie quelques phrases du « chapitre » « Nervure » pour vous donner l'envie de découvrir, à votre manière personnelle, avec vos propres références, le tout ! : « La « nervure » consiste à savoir se déplacer à travers les cinq sens. Le mouvement d'abord : se faufiler, se glisser, s'éclipser, devenir invisible (en se montrant parfois à l'excès), faire volte-face, tourner casaque, déserter, mentir. Marcher souvent pieds nus dans le noir, écouter les murs, les parquets, les tapis, les dallages. Choisir des angles de vue selon les couleurs, toucher du bois, discerner les odeurs, saisir des parfums de femmes dans le cou ou derrière les oreilles. Éprouver en profondeur la toile, le coton, la soie, les feuilles, les galets, le velours. Écouter, du plus près possible, la main gauche d'un grand pianiste. Entrer dans le noir nocturne des arbres, pour mieux voir leur vert des matins d'été : Être assis négligemment au bord de la fosse qu'on a fait creuser pour vous enterrer, et, là, surprise dans le film, allumer une cigarette. Être somnambule très tôt, noter ses rêves, s'endormir n'importe où en trois minutes, être sourd quand il faut, mais rester attentif au moindre changement d'accent dans les mots. Être familier de toutes les fenêtres et de toutes les portes. Garder son enfance au bout des doigts, surtout, mystère de la foi. »

Jacques MERCIER

« L'école du mystère », Philippe Sollers. Gallimard 2015. 158 pp. 17,50 euros.

 

 

 

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Philippe Sollers, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

24 04 15

La liberté, c'est la poésie !

barbelés.jpg

 

Le mot « liberté » est un mot sacré qui n'est jamais si bien utilisé que par les poètes. Philippe Colmant est un poète. On trouve dans ce recueil deux des plus belles définitions de cet état, de cette vocation, de ce vice impuni : « Les poètes sont des nomades / Dans les sables mouvants / Du temps qui fuit sans cesse », mais aussi « Poètes, / Va-nu-pieds qui marchez / Sur les tessons de verre/ De vos cœurs éclatés » !

 

>Les poèmes sont souvent de facture classique, parfois ce sont de courts textes inspirés qui s'évadent de ce cadre. Et cela donne des instants de jubilation : « Aimer l'arbre / Lui parler »...

 

Les poèmes sont aussi des jeux autour des mots, des rapprochements de sens, de syllabes, de racines. Car c'est bien la poésie qui s'occupe le mieux de la langue française, du langage, de la recherche profonde du sens : « La nuit tombe sur ces tombeaux » ou « Et je ris de me voir / Si gai en ce mouroir » ou « Le fruit vert de nos pêchers de jeunesse » ou cette magnifique trouvaille « Le phare tourne de l’œil » ou enfin « Trop de censure / Trop de sang sur / Les murs ». Remarquables mouvements des mots qui remuent nos âmes.

 

Notons, au passage, que si le surréaliste Yves Bossut compara le poète Philippe Colmant à un violoniste « qui effleure le sens des mots, les caresse, les organise », on en retrouve ici un écho : « En posant l'arc-en-ciel / Sur les cordes de pluie / Du violon des jours ».

 

De temps à autre le poète se fait chair et parle de « toucher les seins nus de l'indicible » ou évoque « votre corps aux courbes devinées ». Mais l'essentiel est consacré aux barbelés qui entourent et blessent la liberté : les génocides, les camps, la diaspora des peuples, les fusillés, « les hurlements du souvenir ». Le poète est alors terriblement humain et solidaire. Il met ses armes au service pacifique de la mémoire. Et tous les grands thèmes, le temps qui passe et la solitude, par exemple, apparaissent alors dans les écrits : « Le temps est barbelé et déchire les chairs ». Nous savons que pour un arbre soit majestueux et superbe, il faut soigner ses racines autant que ses branches.

 

Du premier au dernier poème, nous vibrons avec l'auteur, je dirais « naturellement ». Tout est déjà dit dans le premier texte : « A la dérive » , car on y trouve avec ce langage unique qu'est la poésie – qui montre, suggère, explicite, bien mieux que de longs essais – notre situation d'être humain, ici, sur cette terre.

 

Mais tout n'est pas encore dit avec le dernier texte « Vouloir », car il faut « rebâtir des ruines un palais / Pour vivre comme un roi et non plus un valet. » Par la fenêtre ouverte, c'est un nouveau paysage qui s'ouvre sous nos yeux. Le livre nous a changés, nous sommes différents, c'est l'alchimie de la belle poésie de Philippe Colmant !

 

Jacques MERCIER

"Chants barbelés", Philippe Colmant. 2015. 70 pp. Philippe.colmant@gmail.com

 

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Poésie | Commentaires (0) |  Facebook | |

15 04 15

Ecoutez L'art de la fugue avec Philippe Sollers

Philippe Sollers, Fugues, Folio, Gallimard

 

Philippe Sollers est un des auteurs fétiches de Jacques Mercier.

Mine inépuisable de citations, approche transversale de la culture, à tout le moins non conformiste, Philippe Sollers est un des grands intellectuels éclairés du XX° siècle qui n'en finit pas d'éblouir et surtout de montrer la voie en ce XXI° siècle.

Ce nouveau mémo est consacré à l'une de ses dernières publications, Fugues, en format de poche.

Ce volume est la suite logique de La Guerre du Goût (1994), d'Éloge de l'infini (2001) et de Discours Parfait (2010), soit une compilation d'articles, d'interviews et d'essais.

Jamais trois sans quatre. 


podcast

 

Fugues, Philippe Sollers, Folio, Gallimard, décembre 2013, 1312 pages, 14€90.

 

Le Mémo de Jacques Mercier est diffusé dans le Café de Flore de Nicky Depasse, le jeudi entre 13 et 15 heures sur Radio Judaïca en Belgique sur 90.2 FM.

Jacques Mercier, Nicky Depasse, Judaica 

20 03 15

Une ex, un chat... un réel et grand plaisir de lecture !

 

onlit_45_chat_2D_V4.pngBenoit D essaie tant bien que mal de se reconstruire une vie sentimentale. Voilà bientôt deux ans que Patricia l’a quitté, lui laissant son chat pour solde de tout compte. Le narrateur était loin d’imaginer que ce félin l’emporterait dans une série de situations plus improbables les unes que les autres : filatures nocturnes, courses-poursuites à travers les rues de la ville et rencontres insolites qui le mèneront droit en enfer !

 

Comment le chat de mon ex est devenu mon ex-chat , le dernier roman de Edgar Kosma, vous emmène dans un univers loufoque où la mécanique de l’absurde, tel un tramway lancé à folle allure, écrase tout sur son passage. Dans un style direct et contemporain, ce roman traite avec une double dose d’humour des sujets les plus essentiels de l’existence : les femmes et les chats.

 

Cette présentation sur le site de OnLit éditions est parfaite ! Ajoutons-y la critique de «Le Carnet les Instants » : « L’humour de l’auteur, mêlant drôlerie cynique et comique de situation, est pour beaucoup dans la réussite de ce livre. La lecture de ce récit sera d’autant plus savoureuse pour les Bruxellois car Edgar Kosma entraîne son lecteur dans une ville dont celui-ci reconnaîtra avec plaisir les lieux et l’ambiance. Un roman urbain, dans lequel l’environnement joue un rôle actif. Un livre à conseiller à tous les usagers de la STIB célibataires qui n’aiment pas les chats. Et à tous les autres."

Puisque ce site s'appelle « Lire est un plaisir », laissez-moi témoigner de mon plaisir fou dans la découverte de ce roman. J'en avais le loisir lors d'un long voyage en train vers Luxemourg (pour « la Langue française en fête » chez les traducteurs de la Cour des Comptes européenne!). Et c'est alors qu'on se rend compte du bienfait de la lecture numérique ! D'ailleurs on trouve un joli dialogue sur la Toile, alors qu'ils communiquent via un site de rencontre :

 Ego_239 : Salut Tristana78 !

Tristana78 : Hello Ego_239 !

La manière d'écrire, de décrire, de nous plonger dans le rêve, dans la vie, est jouissive ! Voici quelques extraits : « Le souvenir d'un rêve toujours présent lui remonte sans détour des entrailles jusqu'aux extrémités de son cerveau. » Ou «Les pires abrutis peuvent parfois, par chance ou malentendu, avoir raison. Le plus important est qu'il ne le sache jamais. »  

La description du chat est incroyable et vous donne une bonne idée du style du livre : « Un animal au pelage noir comme un écran de télévision éteint et brillant comme un écran de télévision allumé fait alors son entrée dans la pièce. »

Edgar Kosma s'amuse à multiplier les façons d'écrire, par exemple, de longues périodes proustiennes : « Et à peine le gardien a-t-il raccroché que Benoit D se met à courir à toute vitesse dans la direction opposée d'où il est arrivé dans un noir presque absolu qui ne le garantit d'aucune manière de ne pas se fracasser contre le tronc d'un de ces grands arbres dont il n'a jamais pris le temps d'apprendre le nom alors qu'il connaissait par coeur les noms de toutes les équipes de foot. »

Et la poésie ? Elle est aussi présente. Un livre complet, je vous dis !

 « De l'autre côté de la vitre, une lune incomplète éclaire la rue déserte. »

Jacques MERCIER

 « Comment le chat de mon ex est devenu mon ex-chat », roman, Edgar Kosma. Editions OnLit 130 pp. Numérique 5,99 euros – Papier 12 euros.

 

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Humour, Jacques Mercier, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

03 03 15

SNCB Mon amour !

_sncb nancy.jpg

 Voilà un livre qui nous change les idées dans ce monde un peu embrumé ! Voilà un rayon de soleil jubilatoire !

Nancy Vilbajo nous fait vivre sa vie de « navetteuse » (un terme bien belge, par ailleurs!), celle qui fait aller-retour tous les jours en train entre Binche, sa ville, et Bruxelles, où elle travaille. « SNCB, mon amour », ce sont les mémoires d'une navetteuse avec des illustrations remarquables et drôles de François Bouton.

Cela commence par une joyeuse nomenclature des passagers habituels de tels trains : le narcoleptique, le bio-bobo-antidéo, etc. Avec chaque fois « Mon conseil » à mourir de rire !

Cela continue avec, comme les statuts sur Face Book (qu'on retrouve parfois d'ailleurs), sous une forme quotidienne de petit rapport, suivi du « Hashtag »... Le tout illustré, entrecoupé de réflexions, d'explications, de digressions les plus insolites et amusantes les unes que les autres.

Quelques exemples :

JUL 8 : Nancy V : le train est arrivé avec une minute D'AVANCE ! Ca annonce une invasion extra-terrestre, croyez-moi ! H : fermezlesvolets.

JUL 11 : Nancy V : Entendu à l'instant même dans le train : « Terminus... La température au sol est de 28 degrés centigrades ! » Malin, va... H : KennedyAirPort

AUG 5 : Nancy V : va rimer, attention... « Tous ces trains à l'heure, c'est comme au bon vieux temps de la vapeur ! » H : çarimeçarame

OCT 17 : Nancy V : Nous avions la Bataille de l'Yser. Nous avions Sarajevo. Nous avions le Darfour. Aujourd'hui, nous avons la ligne Bruxelles-Binche ! Pour mes compagnons de combat et moi : courage et abnégation. H : commeen14

NOV 27 : Nancy V : La SNCB est très consciencieuse : elle s'entraîne déjà pour les perturbations de demain : H : admiration

NOV 28 : Nancy V : A la SNCB, c'est déjà Noël ! Tu arrives à l'avance pour ne pas rater ton train et tu sautes in extremis dans le train précédent qui vient d'arriver très en retard. H : espacetemps

Et puis, j'aime cette émotion décrite quand, changeant de boulot et se servant dorénavant de sa voiture, Nancy se trompe et se rend à la gare, l'émotion !

Un excellent petit livre à lire dans le train et partout !

 

Jacques MERCIER

 

« SNCB mon amour », « Mémoires d'une navetteuse », Nancy Vilbajo, illustrations Fraçois Bouton, Editions du Basson, 6001 Marcinelle. Www.editionsdubasson.com 14X20,5. 120 pp. 18 euros.

 

 

 

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Humour, Jacques Mercier, Récits, Société | Commentaires (0) |  Facebook | |

02 03 15

Légitime démence, pas qu'un joli titre !

_marly démence.jpg

 

C'est passionnant quand dans un roman, on découvre de telles phrases : « Donc l'amour n'est pas juste une histoire de sentiments, mais bien un incident qui doit tomber à un moment précis dans la vie. Le coup de foudre, d'accord, mais pas n'importe quand ! » ou celle-ci : « Je ne crée pas pour pouvoir me dire que je suis génial, mais parce que je suis satisfait qu'à chaque intervention une chose nouvelle naisse. Transporté de bonheur à l'idée d'accoucher une oeuvre ! »

Elles se trouvent dans « Légitime démence » de Nathalie Marly.

On se souvient du charisme de l'auteur lorsqu'elle présentait « Appel à témoins » sur la RTBF. Depuis, elle est spécialiste dans la transmission des entreprises familiales et en communication d'entreprise et dirige sa propre société. Mais Nathalie écrit aussi... et bien ! J'avais aimé « Au nom du père » en 99 et « Instants frivoles » en 2010. J'aime le langage vrai, vivant, de ce nouveau roman.

Et même parfois un dialogue comme celui-ci : « Hé, Msieur Loïc, ça ba ? / ! Todo bien Juanito ! Y tu qué tal ? »

Une relation d'amour qui tourne mal : Loïc et Julie. Trois jours de tsunami conjugal et pour nous, lecteurs, des questions, des plongées dans nos propres existences !

Isabelle Lemaire dans « La Libre » comparait ce roman à « Lune de fiel » de Pascal Bruckner. « En moins trash ! » Un beau compliment !

 

Jacques MERCIER

 « Légitime démence », Nathalie Marly, roman,. Editions Dricot. 226 pp. 15 euros.

 

 

 

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Jacques Mercier, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

18 02 15

Meurtre au pays des Francs…

La francisque de Tournai.jpgMouscronnois formé chez les jésuites à Tournai, Jacques Mercier – que l’on ne présentera pas, tant est grande sa célébrité en Belgique francophone – a fait paraître récemment aux Éditions Luc Pire à Liège son cinquantième ouvrage, un roman policier cette fois, La francique de Tournai, dans une collection où le patrimoine historique et architectural de notre pays est particulièrement mis en évidence.

Voici le résumé qu’il en donne :

« Daniel, Tournaisien d’origine, sillonne l’Europe à la recherche de haches et de francisques pour enrichir sa collection. Il profite de ses nombreux voyages pour développer des activités mystérieuses. Mais, de retour à Tournai, à l’ombre des géants Jean Noté et Christine de Lalaing, machination et vengeance s’entremêleront. De la gare au beffroi, du quai Donat Casterman à la cathédrale, c’est lors d’un week-end de fête que se dénouera l’intrigue… »

On sait l’attention que notre Maître Jacques porte à la qualité de la langue française et le souci de perfection dans les détails qui l’a animé tout au long de sa carrière à la radio, à la télévision et dans la presse.

On ne s’étonnera donc pas de les retrouver dans son texte, qui est avant tout une belle ode à la première capitale franque de Childéric et de Clovis ainsi qu’un chant d’amour de la cité dont la cathédrale fameuse marie cinq splendides tours romanes à un superbe chœur gothique et renferme un trésor somptueux.

Une histoire passionnante dans une riche histoire…

Bernard DELCORD

La francisque de Tournai par Jacques Mercier, Liège, Éditions Luc Pire, collection « Romans de gare – Kill and read », octobre 2014, 130 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 €

12 02 15

Le poète sur son île

_colmant.jpg

 

 

Dans ce recueil, la plupart des poèmes sont composés dans des habits classiques avec pieds et rimes : c'est comme une promenade dans un parc fabuleux et reposant ; loin des gesticulations intellectuelles et d'avant-garde !

Plutôt que d'un parc, je devrais vous parler de la mer, qui est omniprésente dans « L'archet et la flèche » de Philippe Colmant.

La présentation d'Yves Bossut, par ailleurs un artisan du mouvement surréaliste belge, aux côtés de Scutenaire ou de Magritte, évoque en la personne du poète un violoniste : « Le poète effleure le sens des mots, les caresse, les organise : jeux d'assonances pour la modulation des voyelles, allitérations pour la sonorité des consonnes, et la rime, pour le retour du même son, et bien d'autres combinaisons encore. » Et de donner cet excellent conseil, valable pour toute lecture de poésie : « Ne pas se livrer à une lecture trop rapide, de la tête, sans le coeur. Y revenir et découvrir que sa poésie est harmonie et musique pour l'âme » !

D'emblée le premier texte nous emporte. « Qui peut voir ? » commence ainsi :

« Qui peut voir ondoyer les graciles oyats,

Posés tels des cils sur les paupières des dunes... »

 Je vous l'ai dit, la mer, l'océan, les bateaux, l'enfance... et ces jeux autour des mots : « un navire à marées » ou « T'attendre / Envers et contre tout. / T'attendre/ En vers et contre tous. »

 

Ne manquez pas la description magnifique de « La grande marée » !

 J'aime qu'il soit poète d'aujourd'hui avec les problèmes du monde, comme « L'exode ».

 J'aime qu'il soit poète de toujours avec l'évocation de ses frères dans la poésie : Rimbaud, Verlaine, Eluard... dans « Poésieland ».

 Quelques reflets sur les vagues des poèmes ?

 « Je sais bien que la nuit, toutes les chansons grisent. »

 « Au pays des dragons, des sampans et des jonques,

 Où la mer se noircit comme à l'encre de Chine, »

 Et puis le poète isolé au milieu de la mer qu'il crée :

 « Sur mon île,

 Dont je suis l'éternel nomade,

 Les arbres poussent dans mes mots

 Et dansent sous les vents d'ailleurs. »

 Pour l'instant, celui qui m'emmène le plus efficacement hors du temps s'appelle « Les amis décousus », dont voici la première strophe :

 « Te souviens-tu des jours où nous chantions voix nue,

 Où cet air voyageait jusqu'aux ciels d'Amérique,

 Portés par des vents bleus, têtus et chimériques,

 Qui gardaient nos accents et repoussaient la nue ? »

 Ce poète est né à Bruxelles. Il dit vivre aujourd'hui dans « le jardin des mots », ce lieu secret qu'il nous laisse entrevoir un moment !

 

Jacques MERCIER

 

« L'archet et la flèche », Philippe Colmant. Préface de Yves Bossut. Poèmes. 2014. 82 pp. 12 euros. Philippe.colmant@gmail.com

 

 

 

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Poésie | Commentaires (0) |  Facebook | |

04 02 15

Dieu et le néant !

_d'ormesson esperance.jpg

 

Voici une analyse qui corrobore celle que vient de publier Apolline !

Cela fait quelques années et quelques livres que Jean d'Ormesson explore les pensées de fin de vie, donc celles de la mort et du sens de la vie.

 

Nous avons ainsi de superbes pages, car son écriture devient de plus en plus claire, simple et belle, à propos des questions qui nous taraudent tous : que faisons-nous ici-bas (et d'ailleurs cet « ici-bas » est déjà une prise de position) et cette tranche de temps et d'espace de quelques dizaines d'années est-elle unique, débouche-t-elle sur d'autres vies, ici ou ailleurs, sur une autre forme de notre être ? Dans « Comme un chant d'espérance », Jean d'Ormesson nous parle de Dieu.

 

« Je crois en Dieu parce que le jour se lève tous les matins, parce qu'il y a une histoire et parce que je me fais une idée de Dieu dont je me demande d'où elle pourrait bien venir s'il n'y avait pas de Dieu »

 

Mais pourquoi ?

 

« Une idée comme une autre, et peut-être moins absurde que les autres : Dieu nous a donné la vie pour que nous en profitions. Pour que nous soyons heureux. Pour que nous nous supportions et que nous nous aimions les uns les autres. Et pour que nous chantions les louanges de l'Eternel dans les interstices de la pensée et du mal. »

 

Il nous donne – et c'est peut-être le passage le plus important à retenir du livre – la traduction d'un texte affiché dans une église de Baltimore, ville anglaise du Maryland, au 17e siècle. Ce texte nous donne des règles bases de la vie heureuse, comme ceci : « Jouissez de vos projets aussi bien que de vos accomplissements » !

 

Enfin, pour clore cette lecture qui nous laisse plein « d'espérance » :

 

« Il n'y a pas de vide, parce que, hors de l'espace et du temps, le vide est plein de Dieu. Et le néant n'existe pas parce qu'il se confond avec Dieu. »

 

Jacques MERCIER

« Comme un chant d'espérance », Roman, Jean d'Ormesson, Ed Héloïse d'Ormesson, 128 pp. 16 euros.

 

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Jean d'Ormesson, Philosophie, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 01 15

Montesquieu d'une grande actualité !

_montesquieu.jpg

Qui est Montesquieu ?

Charles-Louis de Secondat (1689 – 1755) fut conseiller au parlement de Bordeaux. Un oncle lui cède nom « de Montesquieu » et ses biens. Il fait partie de la Justice. En 1721 on publie anonymement ses « Lettres persanes » ensuite « De l'esprit des Lois » en 1748 . Il entre à l'Académie française. Il entreprend des voyages et des enquêtes sur le terrain. Il écrit le chapitre « Essai sur le Goût » pour Encyclopédie de Diderot.

 

« Pensées », est un recueil posthume publié en 1899-1900. Il écrit pour mieux comprendre l'humanité et éviter de juger nos semblables dans leur diversité. C'est une invitation à la tolérance et à la solidarité. 

 

Quelques phrases, picorées, dans le chapitre : Plaisirs et bonheur

 

« Le bonheur consiste plus dans une disposition générale de l'esprit et du coeur, qui s'ouvre au bonheur que la nature de l'homme peut prêter que dans la multiplicité de certains moments dans la vie. Il consiste plus dans une certaine capacité de recevoir ces moments heureux. »

 

« Si on ne voulait être qu'heureux, cela serait bientôt fait. Mais on veut être plus heureux que les autres, et cela est presque toujours difficile, parce que nous croyons les autres plus heureux qu'ils ne sont. »

 

« J'ai ouï dire au cardinal Imperiali : « Il n'y a point d'homme que la Fortune ne vienne visiter une fois en sa vie. Mais, lorsqu'elle ne le trouve pas prêt à le recevoir, elle entre par la porte et passe par la fenêtre. »

 

« J'ai toujours vu que, pour réussir parfaitement bien dans le monde, il fallait avoir l'air fou et être sage. »

 

« C'est un malheur qu'il y a trop peu d'intervalle entre le temps où l'on est trop jeune, et le temps où l'on est trop vieux. »

 

Et dans le chapitre : Curiosité

 

« Aimer à lire, c'est faire un échange des heures d'ennui que l'on doit avoir en sa vie, contre des heures délicieuses. »

 

« Il faut avoir beaucoup étudié pour savoir peu. »

 

Enfin dans celui consacré au Vice et à la Vertu :

 

« Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie : il ne faut pas être au-dessus des hommes ; il faut être avec eux. »

 

« Je n'estime pas les hommes parce qu'ils n'ont pas de défauts, mais parce qu'ils se sont corrigés des défauts qu'ils avaient. »

 

Le génie des philosophes est d'être encore et toujours d'une grande actualité pour la compréhension des hommes !

 

Jacques Mercier

 

Plaisirs et bonheur (et autres pensées), Montesquieu. Editions Folio Sagesses Gallimard, 2014. 96 pp. 2 euros

Écrit par Jacques Mercier dans Classiques, Jacques Mercier, Philosophie, Poche | Commentaires (0) |  Facebook | |