22 04 10

La (nouvelle) vie devant soi

BOISSARDTandis que son couple s'enlise et se rompt - Olivia, la brillante avocate internationale ne supporte plus le tempérament de son époux - Jean-Rémi  Le Guen est amené, sous l'injonction de Cédric, son fils aîné - lui-même en perdition - de prendre sa vie en main.
Tu ne t'es jamais demandé par hasard si c'était pas ton petit monde minable à toi que tu essayais de protéger, on se demande pourquoi? Dans la vie, mon GRAND, il faut parfois savoir choisir, se bouger un peu, merde!
C'est ce qu'il fait, sous le regard attentif de Tom, son fils de douze ans, narrateur partiel du récit. Rompant avec la confortable situation professionnelle offerte par son beau-père, Jean-Rémi renoue avec ses racines, son vrai métier de jardinier et sauve par la-même celles de ses enfants et d'un ginkgo bicentenaire.
On n'enterre pas comme ça des années de tricherie avec soi-même. Et les tricheries des grandes personnes crèvent les yeux des enfants et brisent leur élan.
Un récit agréablement orchestré par la plume féconde et résolument "tendance" de Janine Boissard, qui pose, autour du thème des racines, celui du dialogue entre les générations.
Apolline ELTER

Sois un homme, papa, Janine Boissard, roman, Fayard, 312 pp, 19€90

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 04 10

Le roman du patriarche

NATAFMon nom est Abraham. Je suis venu au monde il y a très très longtemps.
Le défi est de taille : extraire la figure mythique d'Abraham des tréfonds de la Bible, lui donner la parole d'un récit vivant, sympathique et de surcroît étonnamment intéressant. Corollaire au propos, c'est la Genèse de l'Humanité, Adam, Eve et Noé, ...que l'auteur aborde, ainsi que celle des pratiques sociales et religieuses.
Soutenu par une connaissance biblique fouillée, le récit est comblé en ses - nombreux - manques "historiques" par les effets heureux d'une imagination vraisemblable.
Et c'est en cela qu'il prend tout son sens: nous faire réfléchir sur notre condition humaine, notre relation au sacré au départ du compte rendu de la Création.
Apolline ELTER

Moi, Abraham, Eric Nataf, roman, Odile Jacob, avril 2010, 360 pp, 19,90 €

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

19 04 10

L'aube de l'immortalité

GOETZGénial ! A travers le récit du coiffeur Adolphe Pâques, Adrien Goetz, l'écrivain qui nous a divertis avec tant d'humour et d'intelligence grâce à ses deux dernières intrigues*, nous fait assister, que dis-je, qu'écris-je, vivre les dix dernières années de Chateaubriand. Et donc participer à la rédaction d'un chef d'oeuvre immortel : Mémoires d'outre-tombe.
Si Adolphe Pâques, coiffeur de Chateaubriand dont la boutique connaîtra aussi le succès sous le second empire, a bien existé, Adrien Goetz pimente son roman d'une histoire d'amour, l'ultime, du vieux Chateaubriand au faîte de son art (littéraire). Tout dans ce livre est éblouissant de finesse et de justesse dans cette petite histoire servie par un style littéraire discret, la patte des grands.
Brice DEPASSE

  ADRIEN GOETZ - Brice Depasse

Le coiffeur de Chateaubrian, Adrien Goetz, Grasset, mars 2010, 174p., 12€00.

*"Intrigues à l'anglaise" et "Intrigues à Versailles", Grasset et Livre de Poche, cliquez sur la couverture du livre.

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (3) |  Facebook | |

18 04 10

Les intérimaires du nucléaire

FILHOLDans ce premier roman, Elisabeth Filhol nous fait pénétrer dans cet univers fascinant, mystérieux et inquiétant à la fois : celui de l’industrie nucléaire. Une docu-fiction traitée du point de vue des humains qui y travaillent dans des conditions inhumaines : les précaires du nucléaire. Ou quand l’homme est une machine au même titre que le réacteur...
Tandis que le spectre de la catastrophe de Tchernobyl reste encore très présent dans les esprits, elle nous emmène au cœur des centrales françaises, au rythme des embauches du narrateur, travailleur intérimaire. Un tour de France en dix-neuf étapes – le nombre de centrales dans l’hexagone –, où ces ouvriers de maintenance partagent les mêmes risques au quotidien, la même précarité, le même toit, les frais de transport d’une ville à l’autre. Et la même angoisse muette d’une surexposition aux radiations aussi... La fatigue, le stress, où comme dans le cas présent pour le narrateur, le contact avec une pièce radioactive égarée, et le dosimètre s’affole. Et le risque d’atteindre le seuil des vingt millisieverts, dose maximale de radiation tolérable par homme et par an, de planer. Pourtant, la centrale séduit autant qu’elle effraie, mélange d’attirance et de répulsion, de puissance et de destruction.
Ils sont des milliers à converger vers ces centrales, travailleurs de l’invisible pour lesquels il est facile de décrocher un emploi, après une simple formation de quelques jours. Une solidarité se forme. Un "compagnonnage" qui se fait au gré des « arrêts de tranche », ces périodes de l’année où les réacteurs sont arrêtés afin de permettre l’accès aux zones les plus sensibles. Maintenance, entretien du réacteur, contrôles techniques, changement de combustible y sont alors effectués dans un climat de tension permanente, de danger.
Dans ce roman très engagé tant socialement que politiquement, l’auteur a un double mérite. Nous éclairer sur ce qui peut pousser ces personnes à mettre en péril leur santé, leur vie, motif qui ne peut être leur maigre salaire. Et, d’autre part, en accompagnant ces équipes d’ouvriers, celui de nous informer sur le fonctionnement de cet univers depuis l’intérieur.
Toutefois, les nombreux exposés scientifiques et techniques, de la fission de l’atome aux normes d’exposition aux radiations, de même que la froideur du style (ton distancié, descriptions cliniques, phrases relativement longues), m’ont laissée quelque peu en périphérie de la centrale.
Une impression mitigée donc.
Karine FLÉJO

La centrale, Elisabeth Filhol, éditions P.O.L, janvier 2010, 141pp., 14,50€

Ce roman a reçu le prix Télérama - France Culture

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (1) |  Facebook | |

15 04 10

Derrière la ligne bleue des Vosges…

Gens d’Alsace et de LorraineLes écrivains lorrains Émile Erckmann (1822-1899) et son ami Alexandre Chatrian (1826-1890) sont les chantres de l’Alsace et de la Lorraine d’avant et d’après l’annexion prussienne, entérinée par le traité de Francfort du 10 mai 1871 consécutif de la défaite et de l’écroulement du Second Empire. On les présente volontiers comme les coryphées d’un nationalisme français à la Paul Déroulède, ce qui est parfaitement inexact. Issus de milieux plutôt modestes et ayant travaillé dans l’enseignement ou aux chemins de fer, c’étaient de parfaits démocrates, soucieux du passé et de la vie des petites gens des alentours de Phalsbourg, la ville où ils s’étaient rencontrés.
Parce qu’elles connurent un succès populaire gigantesque, il fut rapidement de bon ton de critiquer leurs œuvres dans les cercles bobos-intellos du XIXe siècle et cet anathème persiste encore aujourd’hui, dans les facultés notamment.
Fort heureusement, comme l’affirmait Lénine, « les faits sont têtus » et l’intérêt du public persiste pour des romans comme L’Ami Fritz (adapté à de nombreuses reprises au cinéma et à la télévision) ou Histoire d’un conscrit de 1830 et pour des textes courts comme les Contes de la montagne ou les Contes fantastiques. C’est que leurs personnages, sous les apparences de la simplicité parfois candide ne manquent ni de profondeur ni de grandeur d’âme, comme le souligne l’universitaire Jean-Pierre Rioux dans sa belle présentation des Gens d’Alsace et de Lorraine, un recueil de six romans paru tout récemment chez Omnibus à Paris, compilation d’histoires dans l’Histoire, où la dignité et l’espérance sont confrontées à la fatalité des temps ou du destin et à l’effroi de la souffrance et de la mort, mais aussi au bonheur et à la douceur de vivre dans une sorte d’éden rural et forestier.
« Quand on a eu le bonheur de naître dans les Vosges, entre le Haut-Barr, le Nideck et le Geierstein, on ne devrait jamais songer aux voyages », écrivaient benoîtement nos auteurs. Quant à ceux qui sont nés ailleurs, après avoir les avoir lus, il ne leur reste plus qu’à boucler leurs valises pour Saint-Avold, Saverne, Haguenau, Metz, Nancy ou Strasbourg !
Bernard DELCORD

Gens d’Alsace et de Lorraine (L’Ami Fritz, Histoires d’un paysan, Madame Thérèse, Histoire d’un conscrit de 1830, Le Blocus, Waterloo) par Erckmann-Chatrian, présentation de Jean-Pierre Rioux, Paris, Éditions Omnibus, février 2010, 1332 pp. en noir et blanc au format 13,6 x 19,8 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 25 €

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

14 04 10

La vie, l’amour, la mort…

Double vie d’un papillonRoman tout à la fois charmant, surprenant et déconcertant, Double vie d’un papillon de la jeune auteure belge Valérie Cohen paru chez Dorval Éditions à Jargeau près d’Orléans emmène le lecteur en voyage de l’autre côté du miroir en tissant des liens ténus entre l’ici-bas et l’au-delà à travers les récits croisés des conséquences et des suites de plusieurs décès. Ce thème, qui pourrait sembler morbide, est l’occasion pour les narrateurs (vivants et morts) d’un déploiement d’optimisme serein qui force l’admiration tant le passé leur semble naturellement inscrit dans un continuum infini, lui-même conçu comme prolongement naturel de l’amour des proches, de la famille, des amis ou des patients. Car il s’agit avant tout d’une jolie histoire d’amour, habilement tricotée et montée en mailles indéfectibles, celles d’une chrysalide à baisers papillons...
De la belle ouvrage !
Bernard DELCORD

Double vie d’un papillon par Valérie Cohen, Jargeau, Dorval Éditions, avril 2010, 113 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 15 €

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (1) |  Facebook | |

13 04 10

Un gala de vacheries…

L'argot est né de la haineL’éditeur bruxellois André Versaille a rassemblé, dans un nouveau bijou de sa collection « À s’offrir en partage », divers documents et textes courts de Louis-Ferdinand Céline à l’aide desquels le plus grand romancier du XXe siècle (avec Marcel Proust) balance quelques pétards sous les fauteuils du conformisme intellectuel d’hier et d’aujourd’hui.
Intitulé L’argot est né de la haine ! en raison du texte éponyme qu’il recèle (paru dans Arts en 1957), ce petit recueil hilarant et grinçant contient un étonnant discours d’hommage à Émile Zola (1933), la transcription d’un enregistrement sur disque où l’auteur du Voyage au bout de la nuit révèle les plans de sa Grande attaque contre le Verbe (1957), la réponse à une enquête du Figaro (« Faut-il tuer les prix littéraires ? », 1934), le contenu d’une conversation à bâtons rompus chez lui à Meudon avec trois étudiants de l’ESSEC (L’art nous est hostile, 1958), celui d’une interview radiophonique –Je ne sais pas jouir de la vie, jamais diffusée –pour l’ORTF en 1961, la préface (Chanter Bezons, voilà l’épreuve !, 1944) du livre d’Albert Sérouille, Bezons à travers les âges, une présentation de Gargantua pour Le Meilleur Livre du Mois ("Rabelais, il a raté son coup", 1957) et, surtout, surtout, À l’agité du bocal (1948) dans lequel Céline flingue Sartre –qu’il s’ingénie, par dérision, à prénommer Jean-Baptiste– tout en rappelant certaines turpitudes d’icelui sous l’Occupation…
Il faut dire que le philosophe prétendument résistant y était allé en 1945 dans Les Temps Modernes d'une affirmation quelque peu péremptoire et gratuite : « Si Céline a pu soutenir les thèses socialistes des nazis, c’est qu’il était payé ». Eh bien, il n’aurait pas dû…
Bernard DELCORD

L’argot est né de la haine ! par Louis-Ferdinand Céline, proposé par Raphaël Sorin, commentaire de Bernadette Dubois, Bruxelles, André Versaille éditeur, collection « À s’offrir en partage », mars 2010, 92 pp. en noir et blanc au format 10,4 x 14,9 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 5 €

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

11 04 10

L’aventure, c’est l’aventure…

Le temps de l'espéranceGrand reporter s’il en fut, l’académicien français Joseph Kessel (1898-1979) était entré à 17 ans au vénérable Journal des Débats à Paris, pour y débuter une carrière formidable qui le mènerait dans diverses rédactions (La Liberté, Le Figaro, Le Mercure de France, Gringoire, Paris-Soir…) et aux quatre coins de la planète, en plein cœur de l’action.
Aventurier dans l’âme, ce fils d’un médecin juif d’origine lituanienne est né en Argentine où il a passé les premières années de son enfance avant de suivre, en 1905, ses parents à Orenbourg dans l’Oural puis, en 1908, à Nice où il fait ses études secondaires et ensuite à Paris où il s’inscrit au lycée Louis-le-Grand avant de décrocher une licence ès lettres en 1915. Infirmier brancardier durant quelques semaines en 1914, il s’enrôle volontairement sous les drapeaux à la fin de 1916, dans l’artillerie puis dans l’aviation qui l’envoie notamment en mission en Sibérie. À 21 ans, revenu à la vie civile, décoré de la croix de guerre et de la médaille militaire, il obtient la nationalité française. On le retrouve désormais partout où les choses bougent, où le monde change, témoin engagé des transformations du temps. Correspondant de guerre en 1939-40, il rallie la Résistance puis s’engage dans les Forces françaises libres du général de Gaulle à Londres. Avec son neveu Maurice Druon, il a composé en 1943 le fameux « Chant des partisans », hymne emblématique de la lutte antinazie. Il poursuit ensuite ses pérégrinations journalistiques, tout en publiant de nombreux romans, ainsi qu’il l’avait toujours fait (La Steppe rouge, 1922 ; L'Équipage, 1923 ; Belle de jour, 1928, qui inspira le film de Luis Buñuel en 1967 ; Fortune carrée, 1932 ; Marchés d'esclaves, 1933 ; La Passante du Sans-Souci, 1936, porté à l'écran par Jacques Rouffio en 1982 ; L'Armée des ombres, 1943, adapté au cinéma par Jean-Pierre Melville en 1969 ; Le Bataillon du ciel, 1947, adapté la même année au cinéma par Alexandre Esway ; Les Amants du Tage, 1954 ; Témoin parmi les hommes, 1956 ; Le Lion, 1958 ; Les Cavaliers, 1967… sans oublier une belle biographie du pilote Jean Mermoz en 1939).
Ses reportages sont, comme ceux d’Albert Londres, des modèles du genre, mêlant goût du risque et sens extraordinaire de la narration dans une langue d’une grande pureté mais sans afféterie. Les Éditions Tallandier à Paris ont pris l’initiative remarquable de les rassembler tous dans six volumes de la collection de poche « Texto », et le premier d’entre eux s’intitule Le Temps de l'espérance Reportages 1919-1929. On y suit Joseph Kessel sur les Champs-Élysées le 14 juillet 1919 pour le défilé de la victoire, en Irlande insurgée contre la Couronne, chez les Russes Blancs de Paris, dans un avion de l’Aéropostale en route pour Villa Cisneros, avec des méharistes dans le désert syrien ou sur les rivages de Palestine quand l’État juif s’élaborait en secret… Un parcours palpitant !
Bernard DELCORD

Le temps de l’espérance Reportages 1919-1929 par Joseph Kessel, Paris, Éditions Tallandier, collection « Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, février 2010, 285 pp. en noir et blanc au format 12 x 18 cm sous couverture brochée en couleur, 10 €

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

11 04 10

Lire et relire

KUFFER2Mon oeuvre a quelque chose d'un taillis dans lequel il n'est pas aisé de dégager mes traits décisifs. En cela je suis patient. Je n'écris que pour être relu. Je compte sur le temps qui suivra ma mort. Seule la mort fera ressortir de l'oeuvre la figure de l'auteur. Alors on ne pourra plus méconnaître l'unité de mes écrits... (Walter Benjamin)

Dans les multiples aspects de la lecture, le phénomène de la relecture est une expérience en soi, qui peut prendre elle-même les formes les plus variées. Du livre lu en adolescence, type Vol à voile de Blaise Cendrars, ou Crime et châtiment de Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski, et qu’on éprouve la nostalgie ou la curiosité de relire dix ou vingt ans plus tard, à ces auteurs ou ces ouvrages auxquels on revient sans discontinuer à travers les années, la relecture équivaut le plus souvent à une redécouverte, laquelle dépend évidemment de l’évolution du texte autant que de celle du lecteur.
Lire Les possédés à dix-huit ans, même si Dostoïevski a pu passer pour le champion des exaltations de la jeunesse, revient le plus souvent à ne pas en percevoir les dimensions les plus profondes, faute d’expérience. Mais relire Dostoïevski à trente ou cinquante ans peut, aussi, nous en éloigner. Et lire Dostoïevski dans la traduction nouvelle d’un André Markowicz, qui serre le texte initial de beaucoup plus près que ce ne fut le cas des «belles infidèles», revient positivement à redécouvrir l’écriture frénétique du grand romancier russe.Ingeborg Bachmann écrivait dans le chapitre consacré aux Problèmes de poésie contemporaine, dans ses Leçons de Francfort: «Au cours de notre vie il arrive souvent que nous changions plusieurs fois de jugement sur un auteur. A l’âge de vingt ans, nous l’expédions avec un mot d’esprit ou nous le classons comme une figurine de plâtre qui n’a rien à voir avec nous. A l’âge de trente ans, nous découvrons sa grandeur et, dix ans plus tard encore, notre intérêt à son égard s’est à nouveau éteint ou encore nous sommes saisis de nouveaux doutes ou pris par une nouvelle intolérance. Ou, au contraire, nous commençons par le prendre pour un génie puis nous découvrons chez lui des platitudes qui nous déçoivent et nous l’abandonnons. Nous sommes sans merci et sans égards, mais là où nous ne le sommes pas, nous ne prenons pas non plus parti. Il y a toujours tel ou tel aspect d’une époque ou d’un auteur qui nous convient et dont nous sommes prêts à faire un modèle, mais d’autres aspects nous gênent et nous devons les éluder par la discussion. Nous citons en portant au triomphe ou en condamnant comme si les oeuvres n’étaient là que pour prouver quelque chose à nos yeux»…
Preuves attendues ou révélations inattendues, sources auxquelles nous revenons ou rivages à découvrir encore : peu importe en définitive, n’était l’acte vivifiant de lire - et là je vais relire le Requiem d'Antonio Tabucchi pour ne pas quiter tout à fait Lisbonne...
Jean-Louis KUFFER

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

10 04 10

Pretty Camille Corday

MOTTECamille avait épousé Niels pour sa fortune et son statut social, jusqu'à ce qu'elle s'aperçoive qu'il n'avait suffisamment ni de l'un ni de l'autre pour justifier une existence sans amour.
Pretty woman
moins le conte de fée, Camille Corday n'a d'autre ambition que d'être une femme entretenue. Elle jette son dévolu sur Niels Phileas, un  Américain issu d'une famille aristocrate et fortunée. Le couple s'installe aux Etats-Unis et ne tarde  pas à découvrir les méfaits de la lassitude. Cynique dans sa lucidité, cruel dans sa crudité, le roman de Capucine Motte s'impose d'entrée de jeu par une écriture tonique, raffinée - quelques accents m'évoquent Alice Ferney -  et un sens de la formule remarquablement croquée: Camille se fanait en marchant. Chaque pas qui l'éloignait de la Porte des Lions vers le Café de Flore la rapprochait de l'âge de la femme où les possibles se raréfient. A l'idée de la trentaine, une célibataire désargentée peut devenir sa propre ennemie.
Et le lecteur d'assister à l'inéluctable engluement de l'héroïne, belle et fauchée, dans une aventure de couple désenchantée. Analysant sans concession les mobiles qui poussent Camille dans les bras de Niels, Capucine Motte signe un premier roman saisissant et … remarquable.
Apolline ELTER

La vraie vie des jolies filles, Capucine Motte, JC Lattès, mars 2010, 304 pp,  15€50

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |