17 08 13

Du Céline made in USA...

Le Festival de la couille.jpgL'article ci-dessous a paru dans la livraison du 17 août 2013 de l'édition belge du magazine MARIANNE :

Le saviez-vous ? Aux États-Unis, il existe deux festivals de la couille (Testy festy ou Testicule Festival en anglais). L’un se tient à Oakdale, en Californie, l’autre à proximité de Missoula, dans le Montana.

Celui d’Oakdale sert à collecter des fonds pour un Musée du cow-boy et les participants peuvent y déguster des testicules de taureau à volonté.

Quant à celui, érotique, de Missoula, le journaliste et écrivain satirique Chuck Palahniuk – né en 1962, il est membre du mouvement dit d'Anticipation sociale – en a brossé un portrait particulièrement décoiffant dans un recueil de reportages intitulé Le Festival de la couille et autres histoires vraies dont la traduction française a paru chez Denoël puis en version de poche chez Gallimard, un ouvrage dont la critique, allez savoir pourquoi, a fort peu parlé.

Outre la description de cette partouze géante au fin fond de l'Ouest américain et l'évocation de personnages ordinaires mais peu banals, l'auteur y relate un combat de moissonneuses-batteuses, une expédition en sous-marin nucléaire, la construction d'un château en béton, un face-à-face improbable avec Marilyn Manson ou les promenades d'un escort boy avec un malade en phase terminale, autant d'évocations d'une Amérique déjantée et méconnue dont il s'est fait le chroniqueur dans un style minimaliste des plus efficaces.

Dans ce recueil où se mêlent subversion, tendresse et humour décapant, Chuck Palahniuk démontre combien la réalité peut dépasser la fiction la plus délirante, et on ressort éberlué de ce voyage au bout du bizarre et du tragique...

Bernard DELCORD

Le Festival de la couille et autres histoires vraies par Chuck Palahniuk, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio », octobre 2009, 362 pp. en noir et blanc au format 10,8 x 17,9 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,70 € (prix France)

20 06 13

Un roman sur l'école à lire en vacances !

opa 2.jpgCe roman "OPA sur le Mammouth" est jubilatoire ! A lire absolument, même pour ceux qui ne sont pas au fait du système scolaire français. C'est tellement bien écrit qu'on s'y retrouve grâce aux notes ! Une fois commencée, on ne lâche plus l'histoire à rebondissements de l'installation d'écoles nouvelles créées par une multinationale et s'appuyant sur toutes les dérives que sont la publicité, la rentabilité, le marché, etc. Mais tout n'est pas noir ou blanc, comme on le sait ! Et on en arrive à pencher parfois du côté des anciens, parfois des nouveaux ! Le point de départ est bien la réelle dégradation du système éducatif français. Dave Mulland, homme d'affaires, décide de mettre la main sur les neuf mille collèges et lycées de France ! L'éducation nationale peut-elle devenir une affaire juteuse ? Il s'agit du premier roman de Nicolas Sizaret. Il allie un ton et un style très actuels à une provocation géniale ! Et les questions que le récit pose sont celles de l'actualité la plus brûlante ! Evidemment, cela nous concerne tous ! Suivez donc l'histoire de ces improbables "Unités Scolaires Compétitives", plongez dans l'univers de l'audiovisuel où les cadeaux sont parfois des stylos espions qui filment des erreurs des professeurs ! On vit aussi avec les professeurs et les syndicats. C'est plus vrai que nature ! Pour vous donner le ton, dès le début on découvre et on suit l'arrivée d'une jeune prof : "Zoé Alfard pressent que cette année scolaire sera inoubliable. Une intuition fondée, même si la jeune enseignante ignore tout du tourbillon d'événements dans lequel elle ne va pas tarder à se faire entraîner" C'est une bonne accroche ou je ne m'y connais pas ! Et le débat peut se poursuivre sur le site du livre...

 

Jacques MERCIER

 

"OPA sur le Mammouth" roman de Nicolas Sizaret. Editions Souffle Court. www.opasurlemammouth.com 412 pages. 20 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Littérature générale, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

04 06 13

« J'ai toujours rencontré si peu d'esprit autour de moi qu'il a bien fallu que j'utilise le mien. » (Paul Léautaud)

Journal littéraire de Paul Léautaud.jpgDiariste plus talentueux – et plus venimeux – que les frères Goncourt ainsi que le montre le choix de pages de son Journal littéraire qui vient de reparaître en poche chez Gallimard dans la collection « Folio » (l'édition princeps, réalisée sous la direction du grand Pascal Pia, date de 1969), le romancier, chroniqueur littéraire et critique dramatique Paul Léautaud (1872-1956) fut durant trente-trois ans secrétaire général du Mercure de France, sans doute la revue littéraire parisienne la plus prestigieuse de l'entre-deux-guerres.

Misanthrope anarchiste et réactionnaire, sceptique et cynique, vachard et tendre (surtout envers les animaux – il en a recueilli des dizaines à la fois, chats, chiens, oie, singe...), animé d'un grand respect de l'ordre établi, d'une horreur du désordre et de la nouveauté, d'un dégoût du peuple qui tranchaient avec son mépris pour le patriotisme, la violence, la guerre, l'esprit de sacrifice et l'esprit grégaire, il fut un aristocrate des lettres comme il y en eut sous Louis XIV, s'exprimant sans ambages dans une langue belle et claire qui n'a pas pris une ride.

Il tint toute sa vie un journal littéraire dont le manuscrit, fort de plus de 10 000 pages, relate les grands événements et les petites choses de sa vie quotidienne, mais aussi ses rencontres et ses entretiens avec beaucoup de ce qui compta dans le monde arts et des lettres, Guillaume Apollinaire, Maurice Barrès, Julien Benda, Paul Claudel, François Coppée, Léon Daudet, Lucien Descaves, Pierre Drieu la Rochelle, Georges Duhamel, Gaston Gallimard, André Gide, Remy de Gourmont, Alfred Jarry, Ernst Jünger, Stéphane Mallarmé, Maurice et Roger Martin du Gard, François Mauriac, Octave Mirbeau, Marguerite Moreno, Jean Paulhan, Pablo Picasso, Mme Rachilde, Jules Renard, Jules Romains, Marcel Schwob, Paul Valéry... et même Stendhal qu'il avait connu dans sa jeunesse.

Son mépris du temps qu'il vivait, celui à ses yeux d'une décadence de l'esprit, s'exprima tous azimuts, si bien que tout le monde politique (ou presque, l'engagement de Charles de Gaulle à Londres durant la Seconde Guerre mondiale constitue une notable exception) en prit pour son grade : les antidreyfusards, le Front populaire, les francs-maçons, les Juifs, les résistants, les collaborateurs, les vichystes...

On se souvient surtout de lui en raison des 38 entretiens radiophoniques qu'il accorda à Robert Mallet en 1950-51, dans lesquels ils se révèle comme une sorte de Voltaire moqueur et sans pitié, à la voix éraillée et aux prises de position tranchées et passionnées, tout l'inverse d'un vieux monsieur aux idées d'un autre temps.

Ses dernières paroles avant de mourir auraient été : « Maintenant, foutez-moi la paix », et il a fait don des droits sur son œuvre à la Société Protectrice des Animaux qui en dispose jusqu'en 2035.

À la manière des jeunes, on peut dire que ce Journal, « c'est de la bombe ! ».

Bernard DELCORD

Journal littéraire par Paul Léautaud, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio » n°5580, juin 2013, 1 305 pp. en noir et blanc au format 10,7 x 17,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,50 € (prix France)

01 06 13

Le Stendhal belge

Tempo di Roma.jpgLe texte ci-dessous a paru dans l'édition belge de l'hebdomadaire Marianne datée du 1er juin 2013 :

Auteur (avec Jean Hubaux) en 1937 de Bourg-le-Rond, une sorte de Chaminadour en Wallonie, Alexis Curvers (Liège 1906-1992) est l'un de nos plus grands écrivains, à qui l'on doit Printemps chez des ombres paru en1939, mais surtout le remarquable et célébrissime Tempo di Roma qui obtint le prix Sainte-Beuve en 1957, fut adapté au cinéma en 1963, a été traduit dans nombre de langues et est sans cesse réimprimé depuis 1991 dans la collection « Espace Nord » rassemblant les fleurons du patrimoine littéraire belge francophone (la dernière date de décembre 2012).

Ce roman, rédigé dans une langue magnifique, est une sorte de city-movie entraînant le lecteur à travers les méandres de la Cité éternelle, tout en contrastes de pauvreté et de richesse, dans un tourbillon de fêtes et d'aventures façon Dolce vita de Fellini mâtinée de Mamma Roma de Pasolini.

En voici le pitch : au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Jimmy, un jeune homme sans fortune et sans relations arrive à Rome. Vivant d'expédients, il découvre peu à peu la ville tout en ayant des démêlés avec les milieux louches, les cercles mondains et le monde ecclésiastique. Il connaît en même temps une histoire d'amour avec une femme et une amitié à la fois intellectuelle, passionnée et ambigüe avec un homme brillant et mystérieux, Sir Craven.

Un bijou littéraire !

Bernard DELCORD

Tempo di Roma par Alexis Curvers, Bruxelles, Fédération Wallonie Bruxelles, collection « Espace Nord », décembre 2012, 509 pp en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 12,50 €

23 05 13

Les femmes de Sollers

 

sollers femmes.jpgA la manière de "Mémo" dans l'émission littéraire de Nicky Depasse "Café de Flore" sur Radio Judaïca, voici quelques extraits picorés dans le dernier livre de Philippe Sollers : "Portraits de femmes". Non seulement on en apprend encore plus (que dans ses romans et récits précédents) sur les relations personnelles et littéraires, et donc l'inspiration de l'auteur, mais également nous poursuivons ce que nous aimons chez lui : cette réflexion intelligente et ressentie du coeur à l'âme de l'écrivain et de la femme. "En tant qu' "homme ", vous avez gagné, si, en plus de l'autorité souple qu'elle vous reconnaît, vous la faites rire, et si vous devenez son frère, son partenaire de jeu, et, subrepticement, son enfant." Sollers insiste : "Faites-vous aimer comme un enfant, espèce d'homme. De là, viennent, parfois, des liens indéfectibles." Et encore : "L'enfance est un royaume dont les femmes ont la clé. Elles l'égarent, on la retrouve, on revisite leur enfance avec elles, ça peut durer une nuit, trois jours, des années". Et plus loin encore, de conclure avec une telle élégance :"Soyez l'enfant de votre femme, et, surtout, faites-la rire. Elle est particulièrement jolie quand elle rit." 

L'auteur cite cette pépite de Céline : "L'homme torche les lois, la femme fait l'opinion"

Et comment ceux qui écrivent ne seraient pas d'accord avec cette phrase !  "Une femme qui me permet d'écrire plus, et mieux, est un don du ciel".

 

 Et l'amour physique ? Et le baiser ?

"Quand une femme vous embrasse (ou s'embrasse à travers vous), vous savez exactement où vous êtes. Admis ou pas. Notre époque n'est pas favorable à l'âme, d'où l'apparition du répétitif et misérable « bisou ». "

 Voilà qui renvoie nos pauvres bisous, signes sympas sur le Net, sur nos réseaux... à ce qu'ils sont !

Jacques MERCIER

 

"Portraits de femmes", de Philippe Sollers. Flammarion 2013. 160 pp. 15 euros.

 

 

 

 

 

 

18 05 13

Un Panthéon des lettres françaises

Quolibets.jpgEn se penchant, dans Quolibets paru aux Éditions L'Âge d'Homme à Lausanne, sur l'œuvre des 68 auteurs français qui comptent à ses yeux, l'essayiste belge Christopher Gérard a fait preuve d'un goût très sûr manifesté sur un ton bellement anticonformiste, résolument à contre-courant de la bien-pensance actuelle considérée à juste titre comme décadente par notre chroniqueur passionné de liberté et en vénération devant la langue française la plus pure.

C'est donc avec délectation que l'on découvre ses considérations à fleuret moucheté, par le biais de commentaires parfois insolents mais faisant toujours mouche, à propos de corsaires et d'irréguliers de la littérature d'hier et d'aujourd'hui, dont certains sentent le soufre : Jules Barbey d'Aurevilly, Jean-Baptiste Baronian, Henry Bauchau, Jacques De Decker, Michel Déon, Ghislain de Diesbach, Pierre Drieu la Rochelle, André Fraigneau, Corinne Hoex, Ernst Jünger, Jacques Laurent, Jean Mabire, Félicien Marceau, Michel Mohrt, Philippe Muray, Roger Nimier, Jean Raspail, Jacqueline de Romilly, Dominique de Roux, Stendhal, Pol Vandromme, Dominique Venner, Émile Verhaeren, Vladimir Volkoff, Paul Willems...

Mais aussi de talents trop peu connus, comme ceux de Jacques d'Arribehaude, d'Olivier Bardolle, d'Alain Bertrand, de Bernard du Boucheron, de Bruno Favrit, de Jean Forton, de Marc Hanrez, de David Mata, d'Anne Richter, d'Éric Werner, entre autres.

Une passionnante mise en perspective de la considération que nous livra jadis Robert Poulet, prince des critiques s'il en fut : « Dans la littérature française contemporaine, bien souvent les idées sont à gauche et le talent à droite... ».

Bernard DELCORD

Quolibets Journal de lectures par Christopher Gérard, Lausanne, Éditions L'Âge d'Homme, mai 2013, 224 pp. en noir et blanc au format 12,5x 19 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 14 €

03 02 13

Un Helvète de choc…

Blaise Cendrars L'or d'un poète.gifNé à La-Chaux-de-Fonds, le poète et romancier suisse Blaise Cendrars ( de son vrai nom Frédéric Sausser, 1887-1961) est l'auteur prolixe d'œuvres impérissables comme la Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France (1913), J'ai tué (1918), Au cœur du monde (1918), Pâques à New York (1919), Anthologie nègre (1921), L’Or (1925), Moravagine (1926), Éloge de la vie dangereuse (1926), Petits Contes nègres pour les enfants des Blancs (1928), Le Plan de l’Aiguille (1929), Les confessions de Dan Yack (1929), Rhum (1930), D'Oultremer à Indigo (1940), L’Homme foudroyé (1945), La Main coupée (1946), Bourlinguer (1948), Le Lotissement du ciel (1949), Emmène-moi au bout du monde !... (1956).

Cet aventurier des lettres (il roula sa bosse partout, s'engagea volontairement dans l'armée française durant la Première Guerre mondiale, y perdit le bras droit, n'en eut cure et produisit l'une des œuvres littéraires les plus fortes qu'il nous ait jamais donné de lire.

À  l'occasion des cinquante ans de sa mort, sa fille Miriam a fait reparaître chez Gallimard, dans la fameuse collection « Découvertes », le remarquable essai brillamment illustré qu'elle lui a consacré sous le titre Blaise Cendrars L'or d'un poète dont la lecture est un pur ravissement du cœur et de l'esprit.

Voici comment elle résume la vie de son père :

« Enfant fermé, difficile, Freddy Sauser suit ses parents à Naples avant de rentrer en Suisse, où l’école buissonnière et sa passion pour la lecture, de Jules Verne à Tolstoï, de Nerval à Érasme font de lui un fort mauvais élève.

À seize ans, il quitte sa famille et part pour Moscou. À Saint-Pétersbourg en 1905, il est secrétaire d’un joaillier et se mêle aux milieux révolutionnaires. C’est là que le futur poète commence à écrire. Ce sont des années de formation, marquées par son premier amour, Hélène, qui périra par le feu.

À Berne, en 1908, il reprend des études et rencontre Féla Poznanska, l’étudiante polonaise qui deviendra sa femme et la mère de ses trois enfants. Dans la misère, sous les toits, à Paris, à Bruxelles, puis à New York, il travaille à la recherche de son écriture, vivifiée en profondeur par le monde moderne. Il écrit Pâques à New York et invente son nom nouveau : Blaise Cendrars.

À Paris en 1912, il rencontre les artistes dont la quête s’apparente à la sienne, poètes comme Apollinaire puis Reverdy ou Soupault, peintres comme Chagall, Léger ou Robert et Sonia Delaunay. Coup de tonnerre dans le ciel de la poésie, il écrit et publie, avec les couleurs de Sonia Delaunay, dans une forme nouvelle et inégalée depuis, le "premier livre simultané" : Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France.

Éclate la Première Guerre mondiale : engagé volontaire, Cendrars perd sa main droite.

Dans l’effervescence du Paris de l’après-guerre, Cendrars est écrivain et poète, critique d’art, éditeur audacieux, assistant metteur en scène avec Abel Gance, réalisateur à Rome, ou encore librettiste de ballets.

En 1924, il part pour le Brésil, qui deviendra une de ses sources d’inspiration. Le poète se fait prosateur et de 1925 à 1930 publie ses grands romans : L’Or, Moravagine, Le Plan de l’Aiguille, Dan Yack. Il fait ensuite l’expérience du grand reportage, puis publie trois livres de nouvelles.

En juin 1940, désespéré par l’occupation allemande, il s’exile à Aix-en-Provence. Après trois années de silence et de vie contemplative, il reprend la plume, écrit L’Homme foudroyé, La Main coupée, Bourlinguer, Le Lotissement du ciel.

Terrassé par une attaque d’hémiplégie en 1958, le poète à la main coupée tente encore d’écrire avec sa "main amie" paralysée. Il meurt le 21 janvier 1961. »

Un homme pareil ne pouvait que produire des ouvrages hors normes !

Et il l'a fait...

Bernard DELCORD

Blaise Cendrars L'or d'un poète par Miriam Cendrars, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes Gallimard », janvier 2011, 128 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 17,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 13,60 € (prix France)

22 01 13

Un humaniste souriant...

Mémoires (Amadou Hampâté Bâ).gifAnticipant involontairement la guerre qui déchirerait son pays, les Éditions Actes Sud en Arles ont fait paraître en mars 2012, dans leur belle collection « Thesaurus », les Mémoires du grand écrivain malien Amadou Hampâté Bâ né vers 1900 à Bandiagara (Mali) et mort le 15 mai 1991 à Abidjan (Côte-d'Ivoire). Au conseil exécutif de l'Unesco, où il siégeait, et à travers ses différents ouvrages, toujours consacrés à la tradition et aux civilisations africaines, il s'est rendu célèbre pour son inlassable activité au service des cultures orales.

Le prière d'insérer de l'ouvrage est d'une précision limpide :

« Voici, pour la première fois réunis en un unique volume, les Mémoires d'Amadou Hampâté Bâ, le grand défenseur des cultures orales africaines et du dialogue entre les civilisations. Ce témoignage (qui couvre les années 1900 à 1933), d'une ampleur et d'une richesse exceptionnelles, constitue certainement l'œuvre la plus importante de l'auteur.

Loin de s'attacher à la forme habituelle de l'autobiographie, Amadou Hampâté Bâ, servi par la prodigieuse mémoire des peuples de tradition orale, revisite les souvenirs d'une enfance et d'une adolescence bousculées par des événements familiaux et bientôt politiques.

Dans Amkoullel l'enfant peul, il présente ainsi la vie des Maliens (nourris de l'enseignement du français en même temps que des principes de l'Islam), alors aux prises avec les contraintes de la colonisation. On y voit défiler une étonnante galerie de portraits, d'Africains comme d'administrateurs français dépeints avec verve.

Au début du second volume, Oui mon Commandant !, l'auteur, alors âgé de vingt-deux ans, entame sa carrière au sein de l'administration coloniale. De Ouagadougou à la Haute-Volta, il apprend à côtoyer ses supérieurs hiérarchiques. C'est durant cette période qu'il se marie, fonde une famille et voyage en commençant à noter tous les récits oraux dont il deviendra peu à peu le dépositaire. L'ouvrage s'achève en 1933 lorsqu'à son retour au Mali, en homme mûri, il retrouve son maître Tierno Bokar.

À la fois roman d'aventures, document sociologique et vaste fresque historique, ces Mémoires portent la marque d'un humanisme et d'un esprit de tolérance qui leur confèrent une véritable dimension universelle et en font sans doute l'une des œuvres maîtresses d'Amadou Hampâté Bâ.

À travers ce témoignage unique, où l'humour surgit à chaque page, et où la curiosité et la soif de savoir sont omniprésentes, on peut comprendre la trajectoire qui mènera un jour l'enfant de Bandiagara jusqu'à l'Unesco où il lancera, pour appeler au sauvetage des traditions orales, la phrase que l'on sait : "En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle" ».

On ne peut mieux dire !

Bernard DELCORD

Mémoires par Amadou Hampâté Bâ, préface de Théodore Monod, photographies de Philippe Dupuich, Arles, Éditions Actes Sud, collection « Thesaurus », mars 2012, 854 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 28 € (prix France)

Pour vous, nous avons repris dans cet ouvrage plein de sagesse les quelques lignes suivantes :

PENSÉES

« Même s'il n'est qu'une petite mare de brousse, chacun d'entre nous peut essayer de maintenir pure et paisible l'eau de son âme, afin que le soleil puisse s'y mirer tout entier. »

« Sache ô néophyte !, que le savoir est plus précieux que l'ambre pur et le corail blanc. Il vaut mieux que l'or sans mélange et le diamant sans altération. Pourquoi ? Parce que le savoir est l'unique fortune que l'on peut entièrement donner sans en rien la diminuer. »

« Si tu sais que tu ne sais pas, tu sauras. Si tu ne sais pas que tu ne sais pas, tu ne sauras pas. »

« Même si l'or est enveloppé dans un chiffon souillé et jeté sur un "village d'ordures", cela ne diminue en rien la valeur de l'or. »

« Les caprins, ovins et bovins et leurs maîtres peuls sont presque frères. Mais à bien regarder les choses, ce sont les Peuls qui semblent avoir été créés pour servir le troupeau et non les bêtes pour profiter aux Peuls. »

« Qu'est-ce que Dieu sinon un potier, et en même temps un casseur de pots ? »

29 10 12

On a tous un "Bobo" en nous...

bobos2.jpg

Première expérience dans le monde des livres pour Myriam Leroy. La jeune femme bien connue pour ses chroniques sur Pure FM "Myriam Leroy n'aime pas" mais aussi dans la presse écrite, sort son premier bouquin, "Les Bobos, la révolution sans effort". Une compilation de ses chroniques sur La Première concernant le phénomène "Bourgeois Bohème".

 Un livre drôle à l'image de son auteur, qui dresse le portrait de ces personnes hors du commun. Au fil des chapitres, on apprend à les connaître en vacances, dans leur quotidien, leurs relations avec les autres... Des traits de caractère parfois absurdes, des situations abracadabrantes qui nous rappellent qu'au fond, on est tous un peu "bobo" dans l'âme...

Pour la jeune femme, le Bobo est principalement bruxellois, aime aller bruncher le dimanche, mange local, s'habille au marché Vintage de la Place Sainte-Catherine... et j'en passe... Si tout au long des pages, vous vous sentez proche de la description, c'est certainement que vous êtes un tant soit peu, un peu des leurs... Mais attention, ce n'est pas une tare!

Un livre amusant avec une description sarcastique, piquante mais très tendre... Bref, un livre qui vaut le détour et qu'il faut lire...

MyriamLeroy nous en parle...

Pourquoi avoir décidé d'écrire un livre?

Ce livre est une compilation de mes chroniques dans l'émission On n'est pas rentré sur la Première. En fait, un jour, NicolasVadot qui est chroniqueur dans l'émission m'a dit: "si tu décides de publier tes chroniques, je serais ravi de les illustrer". C'était très flatteur de sa part. C'est ainsi que l'aventure a commencé. Je n'avais pas de contact dans les maisons d'édition et il a fait en sorte que le livre soit publié.

Vous dressez un portrait peu flatteur des "Bobos"...

Je pense justement que non. Ce bouquin est très tendre, je les aime beaucoup. Et puis, je m'inspire beaucoup de moi et de ma petite sœur. C'est la "Bobo" par excellence, authentique. Je pense que c'est un clin d'œil malicieux! Mieux vaut être bourgeois et bohème que pauvre et polluant! 

Myriam Leroy, un peu "Bobo"?

Oui... Je n'aime pas la télévision, je fais attention dans mon alimentation à manger local, bio, je ne mets pas le chauffage... Mais dès que j'en ai l'occasion, je prends le premier avion pour partir loin... C'est hyper-cliché! Il m'est déjà arrivé de taper sur Google "dictature+jolis paysages" pour savoir dans quel pays j'allais partir pour découvrir de jolis paysages... (Rires).

Vous avez d'autres projets dans l'écriture?

Rien de très concret... J'ai écrit un roman mais il est dans le fond d'un tiroir et une pièce de théâtre... Il faut voir si elle plaira au commanditaire... Le projet qui me tient à cœur pour l'instant, ce sont les nouveaux podcasts développés par le Focus Vif... (Focus Store) Nous prenons des sujets culturels d'actualité et nous en débattons avec les autres journalistes du magazine.

Pour vous donner un petit avant-goût du livre de MyriamLeroy, regardez le teaser...


 

"Les Bobos, la révolution sans effort", Myriam Leroy, Ed. Renaissance du Livre, Octobre 2012, 128pp, 9,99€.

A noter: le bouquin ne se trouve pas dans les supermarchés car les supermarchés, ça n'est pas "Bobo"!

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Belge, Humour, Littérature générale, Portraits | Commentaires (0) |  Facebook | |

01 09 12

Les lettres françaises dans tous leurs États…

Dictionnaire de la littérature française et francophone.gifPublié sous la direction de Pascal Mougin qui a coordonné le travail dune cinquantaine de spécialistes, le Dictionnaire de la littérature française et francophone paru récemment aux Éditions Larousse à Paris constitue une somme remarquable d’informations autant qu’une source inépuisable de découverte pour les amateurs de littérature et un outil de travail indispensable pour les étudiants et les enseignants.

En sus d’une partie dictionnaire de 350 entrées consacrées aux écrivains de langue française, d’Adam de la Halle à Émile Zola en passant par les noms incontournables pour arriver jusqu’à Christine Angot (si, si !), Tonino Benacquista, Didier Daeninckx, Philippe Delerm, Boris Gamaleya, Nancy Huston, Camille Laurens, Henri Lopes, Jean-Patrick Manchette, Marie N’Diaye, Yasmina Reza ou Jean-Philippe Toussaint, cet ouvrage s’ouvre par une chronologie littéraire argumentée allant du Moyen Âge au XXIe siècle et exposant avec clarté et concision l’histoire des genres, des formes, des moyens, des écoles, des mouvements et des courants esthétiques qui ont façonné non seulement les lettres de l’Hexagone, mais aussi celles de la Belgique, de la Suisse, du Québec, des Antilles, de l’Afrique du Nord et de l’Afrique Noire, de Maurice, de Madagascar…

Un voyage passionnant dans le temps et dans l’espace !

Bernard DELCORD

Dictionnaire de la littérature française et francophone sous la direction de Pascal Mougin, Paris, Éditions Larousse, collection « In extenso », mars 2012, 592 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 21,50 € (prix France)

Liste des entrées :

Adam de la Halle, Achard, Adam le Bossu, Adamov, Adenet le Roi, Alain-Fournier, Alexakis, Allais, Angot, Anouilh, Apollinaire, Aragon, Arnothy, Arrabal, Artaud, Aubigné, Audiberti, Aymé, Bâ, Baïf, Balzac, Barbey d’Aurevilly, Barjavel, Barrès, du Bartas, Barthes, Georges Bataille, Bauchau, Baudelaire, Pierre Bayle, Hervé Bazin, Beaumarchais, Beauvoir, Beckett, Belleau, Benacquiste, Ben Jelloun, Benoît de Sainte-Maure, Bergounioux, Bernanos, Bernardin de Saint-Pierre, Beti, Bianciotti, Blondin, Boileau, Boileau-Narcejac, Bon, Bonnefoy, Bossuet, Alphonse Boudard, Daniel Boulanger, Bouraoui, Bove, Breton, Butor, Calvin, Camus, Carco, Emmanuel Carrère, Céline, Cendrars, Césaire, Chamoiseau, Char, Chateaubriand, de Chazal, Andrée Chédid, Cheng, Chénier, Chessex, Chevillard, Chrétien de Troyes, Christine de Pisan, Cioran, Cixous, Claudel (Paul & Philippe), Cocteau, Colette, Philippe de Commynes, Maryse Condé, Constant, Corneille, Courteline, Crébillon Fils, Cyrano de Bergerac, Daeninckx, Léon-Gontran Damas, Daninos, Frédéric Dard, Alphonse Daudet, Philippe Delerm, Depestre, Descartes, Des Forêts, Desforges, Desnos, Desportes, Devi Nirsimloo-Ananden, Dhôtel, Dib, Diderot, Djebar, Djian, Drieu La Rochelle, du Bellay, Dubillard, Ducharme, Duhamel, Dumas, Duras, Echenoz, Eluard, Érasme, Ernaux, Exbrayat, Fanon, Fénelon, Fernandez, Feydeau, Flaubert, Fleutiaux, France, Frankétienne, Frison-Roche, Froissart, Gamaleya, Garnier, Théophile Gautier, Gautier d’Arras, Gautier de Coinci, Gauvin, Genet, Genevoix, Germain, Gide, Giono, Giraudoux, Glissant, les Goncourt, Gracq, Gréban, Green, les sœurs Groult, Hervé Guibert, Guillaume de Machaut, Guitry, Guyotat, Ludovic Halévy, Anne Hébert, Houellebecq, Hugo, Huston, Huysmans, Ionesco, Jaccottet, Max Jacob, Jammes, Japrisot, Jarry, Jean Bodel, Jean Renart, Jodelle, Joinville, Jonquet, Jouhandeau, Jouve, Kateb, Kessel, Koltès, Kourouma, Kristof, Kundera, Louise Labé, Labiche, La Boétie, Labou Tansi, Laclavetine, Laclos, Mme de La Fayette, Laferrière, La Fontaine, Laforgue, Lagarce, Lamartine, Larbaud, La Rochefoucauld, La Sale, Laurens, Lautréamont, Léautaud, Le Clézio, Leduc, Leiris, Lesage, Lopes, Loti, Maalouf, Mac Orlan, Maeterlinck, Makine, Malherbe, Mallarmé, Mallet-Joris, Malraux, Manchette, René Maran, Marguerite d’Angoulême, Marivaux, Marot, Roger Martin du Gard, Maunick, Maupassant, François Mauriac, Maurois, Mauvignier, Maximin, Louis-Sébastien Mercier, Mérimée, Merle, Mertens, Michaux, Michelet, Michon, Miron, Modiano, Molière, Montaigne, Montesquieu, Montherlant, Morand, Musset, Navarre, N’Diaye, Nerval, Nimier, Nizan, Nodier, Amélie Nothomb, Nourissier, Novarina, Charles d’Orléans, Jean d’Ormesson, Orsenna, Oster, Ouologuem, Pagnol, Pascal, Péguy, Pennac, Perec, Pergaud, Perrault, René Philoctète, Pinget, Ponge, Antoine François Prévost, Proust, Prévert, Quéffelec (Henri & Yann), Queneau, Quignard, Rabelais, Racine, Jacques Réda, Mathurin Régnier, Renan, René d’Anjou, Restif de La Bretonne, cardinal de Retz, Reverdy, Reza, Rimbaud, Rivoyre, Robbe-Grillet, Christiane Rochefort, Olivier Rolin, Rolland, Romains, Ronsard, Jean de Rotrou, Rouaud, Roubaud, Roumain, Rousseau, Roussel, Rutebeuf, Sabatier, Sade, Sagan, Sainte-Beuve, Saint-Exupéry, Saint-John Perse, Saint-Simon, Sallenave, Salvayre, Sand, Nathalie, Sarraute, Sartre, Scarron, Scève, Schéhadé, Mme de Scudéry, Segalen, la comtesse de Ségur, Semprun, Senghor, Mme de Sévigné, Simenon, Claude Simon, Sollers, Charles Sorel, Soupault, Mme de Staël, Stendhal, Sue, Supervielle, Taine, Tardieu, Tocqueville, Topor, Tournier, Jean-Philippe Toussaint, Tremblay, Tristan l’Hermite, Troyat, Tzara, Urfé, U Tam’si, Vailland, Valéry, Vallès, Vaugelas, Vautrin, Vercors, Verhaeren, Verlaine, Verne, Vialatte, Vian, Théophile de Viau, Vigny, Villehardouin, Villiers de l’Isle Adam, Villon, Vinaver, Volodine, Voltaire, Wace, Wiesel, Martin Winckler, Yourcenar, Zola.