26 08 09

Devant moi marchait Nathalie

ABECASSISUn roman qu'Eliette Abécassis (La Répudiée, Clandestin, Un heureux événement, ...) tisse autour de Sonia (Rykiel) et de sa fille Nathalie, unies par une relation fusionnelle intense. Avec, en filigranes, le poids de la tradition juive et la relation d'un destin hors du commun.
"Entrée dans la mode à reculons", Sonia Rykiel conçoit cette dernière comme une écriture qui révèle la femme à elle-même. Nombre d'écrivains - féminins - se sont passionnées pour le style imposé et les chapitres de ses collections.
Au fil des dialogues, scènes d'ambiance et portraits des protagonistes, l'auteur dévoile le rôle symbolique de la robe, véritable facteur d'émancipation d'une fille vis-à-vis de sa mère : " Sans la robe, la femme n'est qu'un souillon, c'est-à-dire, symboliquement, un nourrisson tout juste sorti du ventre,  sale encore des sécrétions maternelles. Et nous sommes toutes ces souillons gardées au foyer par nos mères, et en chacune de nous sommeille cette jeune fille qui aspire à être femme mais qui ne le peut pas parce que sa mère ne veut pas qu'elle le soit, et toute la quête de la femme est de parvenir  à s'échapper du regard maternel, et toute la quête de la mère est de maintenir sa fille nue dans son foyer, son antre, son ventre, et toute l'entreprise de la fille est d'en sortir, de se vêtir, c'est la robe qui la rendra femme sous le regard de l'homme".
Apolline Elter

Mère et fille, un roman, Eliette Abécassis, Albin Michel, août 2009, 170 pp, 15,90 €

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 08 09

Un « Routard » belge fort émouvant

L'oblique des continentsDans L’oblique des continents paru en 2006 chez Memory Press à Érezée et toujours disponible, la romancière namuroise Rose Nollevaux décrit le périple pédestre, de l’Ardenne à la côte belge, d’un Français de 47 ans, Julien Kupperblum qui, frappé par le destin, entreprend de se reconstruire en partant à la découverte de notre plat pays et de ses habitants.
Le ton est à la tristesse poétique et au ressourcement par la magie des paysages ou par la grandeur des âmes et à la rédemption par le souvenir ou par la mer.
« C’est un beau roman, c’est une belle histoire », que celle de cette victoire tout en symbole, sur le deuil consécutif de la perte d’un enfant…
Bernard DELCORD

L’oblique des continents par Rose Nollevaux, Érezée, Memory Press, 2006, 228 pages en noir et blanc au format
11 x 19 cm sous couverture plastifiée en quadrichromie,
16,00 €

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

16 08 09

La Bible de l'histoire coloniale

Wesseling 2Membre éminent de l’Académie royale néerlandaise, de l’Académie royale belge des sciences d’outre-mer et de l’Academia Europaea, l’historien hollandais Henri Wesseling (né en 1937), qui enseigna à l’université de Leyde, fut aussi chercheur auprès de Henri Brunschwig à l’École Pratique des Hautes Études à Paris ainsi qu’à l’Institute for Advanced Study de Princeton. C’est un immense spécialiste de l’histoire des XIXe et XXe siècles, dont les éditions Gallimard viennent de publier, dans la collection Folio et traduit du néerlandais, un remarquable essai intitulé Les empires coloniaux européens 1815-1919, vaste étude comparative des systèmes et des pratiques colonialistes de la France, de la Grande-Bretagne, de la Belgique, des Pays-Bas, de l’Espagne, du Portugal, de l’Allemagne, de l’Italie et de la Russie. Constatant que les évaluations coloniales et postcoloniales s’opposent mais que c’est moins la différence entre la position du colonisateur et du colonisé qui détermine la façon de considérer le passé que les changements subis par l’esprit du temps, l’auteur met en lumière le fossé actuel entre la foi inébranlable de jadis dans la vocation de l’Occident et dans les bienfaits du colonialisme pour les peuples soumis, et le sentiment de culpabilité des hommes d’aujourd’hui devant les bénéfices, parfois exorbitants, de l’exploitation des colonies. Pour y voir plus clair, il a procédé à une approche synoptique d’envergure qui, en mettant au jour les ressemblances et les différences, permet de mieux comprendre l’unité du phénomène colonial à travers le monde et d’alimenter le débat avec autant de sagesse que d’objectivité.
Bernard DELCORD

Les empires coloniaux européens 1815-1919 par Henri Wesseling, traduit du néerlandais par Patrick Grilli Paris, Éditions Gallimard, 2009, collection « Folio Histoire », 560 pp. en noir et blanc au format 18 x 11 cm, 9,10 €

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

16 08 09

Un écrivain maudit

HamsunPrix Nobel de littérature 1920, le Norvégien Knut Hamsun (1859-1952), qui fut d’abord marin pêcheur à Terre-Neuve puis agriculteur aux États-Unis, a produit dans sa jeunesse et dans son âge mûr une œuvre puissante admirée d’écrivains aussi divers qu’Ernest Hemingway, Henry Miller, Franz Kafka, André Gide, Maxime Gorki, Thomas Mann, Bertolt Brecht, John Galsworthy, Herbert George Wells ou Isaac Bashevis Singer, et dans sa vieillesse – entre 1940 et 1945 – des articles de presse pronazis qui lui valurent ensuite l’opprobre général, dans son pays comme sur la scène littéraire internationale. Or, si son aveuglement des dernières années, fortement inspiré par son exécration de la Grande-Bretagne (il ne fut jamais raciste ni antisémite) est bien évidemment condamnable, il n’en va pas de même de son œuvre romanesque produite in tempore non suspecto, au sein de laquelle il a créé la forme archétypale du héros vagabond, sorte d’aristocrate de l’errance, dans La Faim (1890), Mystères (1892), Pan (1894), Sous l'étoile d'automne (1906), Un vagabond joue en sourdine (1910), La dernière joie (1912), Vagabonds (1927), August le marin (1930), La vie continue (1933), également tourné vers les valeurs paysannes et nordiques dans Benoni (1908), Rosa (1908), L’Éveil de la glèbe (1918), Femmes à la fontaine (1920). Autant de textes inspirés, magnifiques odes à la nature animées du goût du voyage, de la compagnie des femmes et de la fidélité au rêve, d’une telle modernité qu’elle inspire encore, et bien souvent à leur insu, l’esprit « routard » de tant de nos contemporains.
Les Éditions Pardès à Grez-sur-Loing ont fait paraître, sous la plume du jeune essayiste de droite Michel d’Urance et sous le titre Hamsun Qui suis-je ?, une courte mais intéressante biographie de notre homme, dont nous ne saurions trop recommander la lecture aux esprits libres, d’autant qu’il s’agit de la seule, accessible, en langue française.
Bernard DELCORD

Hamsun Qui suis-je ? par Michel d’Urance, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, 128 pp.
en noir et blanc au format 14 x 21 cm, 12 €

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

14 08 09

Public announcement

Après Nous sommes tous des playmobiles, vous pourrez découvrir le nouveau roman de Nicolas Ancion, L'HOMME QUI VALAIT 35 MILLIARDS, en librairie le 27 août prochain.

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (1) |  Facebook | |

13 08 09

La gadjé

FERNEYUne lecture majeure. Frappée de grâce et d'éternité. Ils étaient des Gitans français qui n'avaient pas quitté le sol de ce pays depuis quatre cents ans.
Autour de la vieille Angéline et de ses cinq fils gravitent brus et bambins. Ils mènent une existence d'une précarité absolue: Oui, la vitalité était enfermée en eux. Partout ils trouvaient leurs marques. Le ravitaillement sans argent, l'eau potable qu'il fallait chercher à la pompe, les sources occasionnelles de revenu, les tournées des hommes dans la banlieue, tout cela eût semblé à d'autres une existence impossible et tout cela assurait un rythme à leur vie.(...) Une femme pourtant venait chaque semaine. Elle connaissait les Gitans depuis près d'une année sans avoir vaincu leur sauvagerie. C'était la responsable d'une bibliothèque. Elles pensait que les livres sont nécessaires comme le gîte et le couvert. Elle s'appelait Esther Duvaux.
Ainsi se tisse une relation entre les gitans et la gadjé, rythmée par les lectures hebdomadaires qui réunissent les enfants du camp. Une relation qui prend un tour vital, empreinte d'écoute, d'échange et de respect.
Alice Ferney nous avait séduite par L'élégance des veuves (cliquez sur la couverture ci-contre), elle nous ravit par ce bijou d'écriture, au rythme apaisant, enveloppant et un don inné pour magnifier ce que la vie a de sordide sans jamais verser dans la mièvrerie ou les considérations à l'emporte-pièce.
Une lecture majeure. Je vous le certifie.
Apolline Elter

Grâce et dénuement, Alice Ferney, Actes Sud 1997, Babel, 300p,, 8€50

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

12 08 09

Boris Vian forever

Boris Vian Si j'étais pohéteuIngénieur de l’École Centrale, trompettiste de talent, poète surprenant, romancier prolixe, traducteur éclairé, parolier disert, chanteur décalé, critique de jazz intransigeant, dramaturge déroutant, producteur de disque inspiré, conférencier loufoque, acteur ténébreux... Boris Vian, qui ne vécut que durant trente-neuf ans (de 1920 à 1959), a eu au moins dix vies bien remplies !
Cet écrivain particulièrement créatif et original (pensons à sur le mode poétique, J’irai cracher sur vos tombes sur le mode provocateur, Vercoquin et le plancton sur celui de la dérision et L’arrache-cœur sur celui du désespoir) a aussi composé 500 chansons dont l’illustrissime Déserteur (1954-55) qui fit enrager la société française bien-pensante d’alors et mua pour toujours son auteur en icône de toutes les jeunesses révoltées.
Boris Vian a popularisé et adapté le rock ’n roll en France avec des titres comme Rock ’n roll mops interprété par Henri Salvador (pour qui il écrivit aussi l’increvable Faut rigoler) et par Henri Cording alias Michel Legrand, ou comme Rock à la niche que son auteur interpréta semble-t-il lui-même en 1957 sous le pseudonyme quelque peu humide de Peb Roc, après avoir rallié en 1952 le Collège de Pataphysique fondé par Raymond Queneau quatre ans auparavant.
Saluons les Éditions Gallimard qui ont fait paraître dans la belle collection « Découvertes » un remarquable Boris Vian « Si j’étais pohéteu » (par Marc Lapprand et François Roulmann) consacré à cette météorite talentueuse qui a rejoint les étoiles voici 50 ans. Qu’il y rigole en paix !
Bernard DELCORD

Boris Vian « Si j’étais pohéteu »
par Marc Lapprand et François Roulmann, Paris, Gallimard, avril 2009, collection « Découvertes, 128 pp. en quadrichromie au format
17,8 x 12 cm, 12,90 €

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

04 08 09

La musique des mots (25) : Longtemps

ERIK ORSENNAUn must pour votre été, un classique du roman d'amour (torride) et de culture par un des plus célèbres Prix Goncourt et académiciens : Erik Orsenna.
On a déjà tout écrit sur ce grand livre, alors écoutez-nous. Et puis si vous voulez écouter Erik Orsenna, cliquez sur la couverture. Vous le retrouverez dans notre dernier entretien à propos de son voyage autour du monde à la rencontre de l'eau.

  La musique des mots - Erik Orsenna & George Benson

BENSONLongtemps, Erik Orsenna, Livre de Poche, 1999, 412p., 6€50.

Give me the night, George Benson, Warner, 1980, 10€99.

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (1) |  Facebook | |

24 07 09

Une histoire belge

Le roman du Big BangSous-titré La plus importante découverte scientifique de tous les temps, l’essai de Simon Singh (un docteur en physique nucléaire de Cambridge, d’origine indienne, par ailleurs auteur chez Hachette du fameux Dernier théorème de Fermat et d’une ébouriffante Histoire des codes secrets) intitulé Le roman du Big Bang paru chez Jean-Claude Lattès relate l’histoire et les conséquences des travaux d’un physicien belge, Mgr Georges Lemaître (1894-1966). Ce prêtre catholique carolorégien, élève du grand physicien Arthur Eddington à Cambridge et auteur, après un passage par Harvard, d’une thèse de doctorat fameuse défendue à Boston au Massachusetts Institute of Technology, développa avec succès la théorie d’un univers en expansion, dite du « Big Bang », aujourd’hui universellement acceptée. Simon Singh se penche sur les prémices de cette conception nouvelle, sur les travaux des prédécesseurs de Lemaître (qui enseigna à Louvain et fut aussi un des inventeurs du cyclotron) comme Hubble, Friedmann ou Sitter et sur ses rapports avec la théorie de la relativité due à un autre de ses maîtres à penser, Albert Einstein. Passionnant de bout en bout et d’une lecture parfaitement accessible dans son approche vulgarisatrice, cet ouvrage se doit de figurer dans la bibliothèque (et dans la tête) de qui veut se pencher sur la question des origines de l’univers, sans se laisser obscurcir l’esprit par des a priori religieux, mais sans pour autant rejeter nécessairement l’idée de Dieu. Un livre qui rend (très) intelligent…
Bernard DELCORD

Le roman du Big Bang par Simon Singh, Paris, Éditions JC Lattès, 2005, 505 pp., 24,50 €, réédité au format de poche chez Hachette Littérature en 2007 dans la collection « Pluriel ».

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

23 07 09

L'histoire sans fin

ELIETTEUn roman qu'Eliette Abécassis (La Répudiée, Clandestin, Un heureux événement, ...) tisse autour de Sonia (Rykiel) et de sa fille Nathalie, unies par une relation fusionnelle intense. Avec, en filigranes, le poids de la tradition juive et la relation d'un destin hors du commun.
Entrée dans la mode à reculons, Sonia Rykiel conçoit cette dernière comme une écriture qui révèle la femme à elle-même. Nombre d'écrivains - féminins - se sont passionnées pour le style imposé et les chapitres de ses collections.
Au fil des dialogues, scènes d'ambiance et portraits des protagonistes, l'auteur dévoile le rôle  symbolique de la robe, véritable facteur d'émancipation d'une fille vis-à-vis de sa mère : Sans la robe, la femme n'est qu'un souillon, c'est-à-dire, symboliquement, un nourrisson tout juste sorti du ventre,  sale encore des sécrétions maternelles. Et nous sommes toutes ces souillons gardées au foyer par nos mères, et en chacune de nous sommeille cette jeune fille qui aspire à être femme mais qui ne le peut pas parce que sa mère ne veut pas qu'elle le soit, et toute la quête de la femme est de parvenir  à s'échapper du regard maternel, et toute la quête de la mère est de maintenir sa fille nue dans son foyer, son antre, son ventre, et toute l'entreprise de la fille est d'en sortir, de se vêtir, c'est la robe qui la rendra femme sous le regard de l'homme.
Apolline Elter

Mère et fille, un roman, Eliette Abécassis, Albin Michel, octobre 2008, 170 pp, 15,90 €.

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |