20 07 09

Un dîner de cons

Les invitésProustien en diable, le nouveau roman de Pierre Assouline, Les invités, décrit par le menu un dîner dans la haute société parisienne d’aujourd’hui, avec ses codes, ses rites, ses devoirs et ses exigences, transgressés allègrement par l’intrusion d’une invitée au pied levé, appelée à faire le quatorzième convive, superstition chic oblige, quatorzième invitée qui n’est autre, choc garanti, que Sonia, « l’employée de maison » d’origine maghrébine.
L’occasion pour l’auteur de mettre en scène et en verve à la façon de David Lodge un tout petit monde et son fonctionnement, ses bonnes manières à table et ses mauvaises manières dans la vie, ses certitudes, ses mesquineries ou ses préjugés racistes, homophobes, sociaux et on en passe… Extrait : « [Sonia] s’entendait dire “Madamedu”, ainsi qu’elle la nommait lorsqu’elle la savait loin, manière de moquer son insistance à toujours rappeler “du Vivier, en deux mots”,
signe que son opération du patronyme n’était pas encore cicatrisée ». Un régal !
Bernard DELCORD

Les invités par Pierre Assouline, Paris, Éditions Gallimard, collection « Blanche », mars 2009, 207 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous jaquette en quadrichromie, 17,90 €

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07 07 09

Les reines du plaisir

MITTERRANDIntégralité de notre entretien enregistré pour Livre de bord.
Un roman que j'ai particulièrement apprécié.


Attends-moi j'arrive, Anne-Marie Mitterrand, Albin Michel, 245p., 16€00.

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06 07 09

L'élégance des éplucheurs de patates

SHAFFERDe son vrai nom, Le cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey, qui voit une petite communauté de l'île, échapper aux représailles de l'Occupant, durant la seconde guerre mondiale, sous prétexte de l'existence d'un club de lecture. Un charmant roman épistolaire dont l'action se situe dans l'immédiat après-guerre.
Intriguée par l'incongruité de la situation, Juliet Ashton,  romancière londonienne, va correspondre avec les membres du Cercle, nouer des liens d'amitié,  tandis que jaillissent, au fil de ses investigations, le spectre de la guerre, des atrocités commises et la figure héroïque d'Elizabeth Mc Kenna.
En toile de fond  - on s'y attend -  une présentation de la lecture comme facteur salutaire de relations A force de lire, de parler de livres et de nous disputer à cause d'eux, nous en sommes venus à nous lier étroitement les uns aux autres. (...) A tel point que, de temps en temps, nous en arrivions presque à oublier la noirceur du dehors
Assurément une lecture à s'offrir  pour l'été. Traduit de l'américain, l'ouvrage connaît le sort envié des best sellers.
Apolline Elter

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, traduit de l'américain par Aline Azoulay, Nil éditions, mars 2009, 392 pp, 19€00.

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05 07 09

Le potentiel du hérisson

HERISSON_folioAlors que le roman de Muriel Barbery n'a toujours pas paru en poche, l'adaptation cinématographique est déjà sur nos écrans (sauf en Belgique où la date de sortie est reportée en août). La bande annonce laisse présager le meilleur quant à qualité de l'interprétation et à la fidélité du script au roman.
Renée et Paloma ont toutes les qualités pour accéder à la postérité. La première est l’insignifiante concierge d’un immeuble chic de la rue de Grenelle. La seconde est l’une des filles d’un des propriétaires dudit immeuble. Renée a un secret. Elle occulte son immense culture, sa passion pour les livres et le cinéma, derrière le masque de la valetaille type du rez-de-chaussée. Pamela, elle, cache une terrible résolution de se suicider derrière le mutisme des adolescents face au monde des adultes, qu’ils soient pas parents ou professeurs. Toutes deux ont tout compris de la vie mais se croient mal nées. Que pourrait-il bien subvenir dans cet immeuble bourgeois où jamais rien ne change pour les sortir de ce fatalisme ? Voyage au bout de la philosophie, L’élégance du hérisson est LE roman qui peut vous rendre votre vie. Son succès triomphal en est la preuve puisqu'il va rejoindre L'amant au firmament des romans les plus vendus de la littérature française contemporaine.
Puisse le film avoir le même potentiel.

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20 06 09

Entretien avec Irène Frain

FRAINIntégralité de l'interview réalisée pour Livre de Bord par Nicky à propos des Naufragés de l'île Tromelin.
Images : Alain Trellu


Les naufragés de l'île Tromelin, Irene Frain, Michel Lafon, février 2009, 371p., 20€00.

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19 06 09

L'éloge de Charlotte Corday

ONFRAY13 juillet 1793 : Charlotte de Corday d’Armont, 24 ans, assassine, d’un coup de couteau, Jean-Paul Marat, « qui marinait à demi nu dans une baignoire où il essayait vainement de calmer un eczéma géant. »
De sa plume tranchante, au style alerte et vivant, Michel Onfray nous trace les portraits comparés de L « Ami du peuple », usurpateur et brute sanguinaire de première classe – Jean-Paul Marat - et d’une jeune Normande, nourrie des lectures héroïques de la Rome antique, éprise de justice et de principes républicains, sublime Charlotte Corday, qui par son geste, pensait « tuer un homme pour en sauver cent mille. »
C'est également  un tableau haut en couleurs - avec barbecue cannibale guise d’entrée – du climat délétère de l'époque que Michel Onfray nous offre, des prémisses de la Révolution aux insurrections sanglantes savamment orchestrées par un Régime de Terreur. L’éclairage en est captivant. L’éloge de Charlotte Corday, déclarée :  Elle montera fièrement les marches de l’échafaud, épousant la mort comme une veuve de naissance qu’elle savait devoir être. Elle avait épousé le sublime dans l’Histoire.
Des conséquences de ce geste politiquement nul, mais moralement sublime, l’auteur tire une analyse historique intéressante: Je ne suis pas de ceux qui accablent Charlotte et jugent son geste inutile, je pense en revanche qu’elle ne peut être rendue responsable de ce que les autres ont fait de son geste : c'est-à-dire rien. Qu’aurait été l’appel du 18-Juin si personne n’avait emboîté le pas au Général de Gaulle?
L’ouvrage est court, la tension narrative incite à une lecture en un jet. Je vous la conseille absolument.
Apolline Elter
Coup de cœur.

La Religion du poignard. Eloge de Charlotte Corday, Michel Onfray, Editions Galilée, février 2009, 82 pp, 15 €.

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18 06 09

Un roman à poils mais de plume

nueRemarquablement rédigé, le roman érotique à succès de l’universitaire espagnole Lola Beccaria (elle est docteur en philologie hispanique, lexicographe, linguiste et thérapeute Gestalt) intitulé Lola toute nue reparaît ces jours-ci aux Éditions La Musardine à Paris, après avoir fait les beaux jours des Éditions Stock en 2006. Son argument est on ne peut plus classique :
« Alors que les journaux s‘apprêtent à révéler une affaire de moeurs qui ruinera à coup sûr sa carrière politique, Martina Iranco, ministre de l’Intérieur du gouvernement espagnol, décide d’écrire sa version des faits dans la solitude de son appartement. Elle entraîne alors le lecteur tantôt témoin, tantôt complice dans son incroyable confession. Exposant sans concession son univers intime et les moments fondateurs de son existence, la jeune femme se défait peu à peu des oripeaux de la vie sociale, de la morale et de la pudeur et affronte toute nue son histoire. De la passion interdite qu’elle partagea, encore enfant, avec un ami de son père aux dangereuses aventures sexuelles auxquelles elle se livre à l’âge adulte, Martina retrace l’insatiable quête d’amour et d’affection qui l’a menée à sa perte. Au fil des pages d’une grande densité littéraire, la narratrice s’attaque avec courage et justesse aux préjugés les plus ancrés sur la sexualité et le désir féminin. Un remarquable roman d’amour et de haine. »
Il n’en demeure pas moins que la tessiture du récit, organisée selon une linéarité en trompe-l’œil, rejoint en capacités évocatrices et en intensité dramatique les meilleurs topiques du genre, qui ont pour auteurs Guillaume Apollinaire, Jean Cocteau, Pierre Mac Orlan ou Louis Aragon. Rien à voir, donc, avec les écrits vains et creux de Catherine Millet sur sa vie sexuelle partouzarde, aussi fastidieuse qu’assommante, dernier grand succès (immérité) du genre, dont on espère qu’il sera rapidement détrôné par notre ébouriffante auteure galicienne (elle est née à La Corogne en 1963) !
Bernard DELCORD

Lola toute nue par Lola Beccaria, Paris, Éditions La Musardine, collection « Lectures amoureuses », mars 2009, 252 pp. au format 11 x 17,8 cm, 9,90 €

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13 06 09

Pauvre Boris ... (Jean Ferrat)

VIANIl y a cinquante ans, Boris Vian, le roi de la trompinette, retournait au néant sans être jamais oublié depuis. C’est que l’auteur de Je voudrais pas crever, qui était un bon vivant des lettres, de la musique et de la chanson (il composa notamment, pour Henri Salvador, le premier rock en français, rock and roll mops), fut aussi « provéditeur-éditeur » (avec Raymond Queneau) du très jarryen Collège de Pataphysique où il démontra, en bon ingénieur qu’il était, l’inépuisable richesse des proverbes, qui sont la sagesse des nations : selon lui, « À bon chat bon rat » induit mathématiquement « À bon château bon râteau », « À bon chapeau bon rapeau », « À bon Chakistan bon Rakistan », etc. Les Éditions Horay à Paris remettent en avant pour l’occasion, et elles ont bien raison, l’excellent Boris Vian en verve qui étincelle depuis des lustres à leur catalogue, quoique l’on imagine aisément que l’idée de célébrer le jubilé de sa disparition aurait fait se gondoler joyeusement l’auteur de J’irai cracher sur vos tombes.
On trouve en tout cas dans cette belle rivière à pépites quelques sentences dignes de l’antique : « À quoi est due la chute d’Adam et Ève ? C’est une erreur de Genèse ! » ; « Les femmes compliquent la vie des hommes pour obliger ceux-ci à la simplifier et entretenir en eux la flamme créatrice » ; « Le pluriel d’un maréchal, c’est des maraîchers. Le pluriel d’un général, c’est des générés » « Avec des si, on scierait » ; « La presse française fait preuve d’une partialité révoltante et ne traite jamais que les mêmes sujets : les hommes politiques et les autres criminels » ; « Supprimez le conditionnel et vous aurez détruit Dieu » ; « On notera l’harmonieuse correspondance homéopathique des mots ‘pin-up’ et ‘pénicilline’ : à côté du mal, le remède, et la même racine romaine » ; « Un jour, il y aura autre chose que le jour. » Génial, non ?
Et si vous pensez le contraire : « Riez, mes enfants, riez ! Ça n’a rien de tragique ! Dans cent ans, aucun de nous n’y pensera plus ! »
Bernard DELCORD

Boris Vian en verve
, présentation et choix de Noël Arnaud, Paris, Éditions Horay, 1970-2002, 128 pp. au format 10,5 x 18 cm, 7,50 €.

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02 06 09

La guerre au bout du crayon

CARICATURESEnfin publié en français sous le titre La Seconde Guerre mondiale en caricatures, le recueil de 350
« cartoons » rassemblés par l’historien britannique Mark Bryant, qui avait paru à Londres en 1989 et qui est depuis lors régulièrement réédité dans la capitale anglaise, devrait faire l’effet d’une bombe !
On y trouve en effet tous les secrets de la victoire de l’esprit : humour dévastateur, violence du trait décapante, foi (bonne ou mauvaise) qui soulève les montagnes de l’indifférence, vérités à géométrie variable (ces caricatures des années 1939-45, extraites de journaux, d’affiches, de tracts, de bandes dessinées, de mangas ou d’archives de prisonniers des camps, sont le fait de graphistes défendant les thèses des Alliés, surtout anglo-saxons et russes, mais aussi des forces de l’Axe, allemandes, italiennes et japonaises, ainsi que de pays neutres comme la Turquie), formules assassines, retournements de veste (soviétiques et italiens, entre autres), sombres prémonitions relatives à l’après-guerre…
De la montée des périls (l’ascension de Hitler, le pacte germano-soviétique, la Drôle de Guerre) jusqu’aux liesses de la Libération et aux explosions d’Hiroshima et de Nagasaki en passant par le Blitz de Londres, la guerre en Asie, en Afrique et en Russie, la bataille de Midway, la chute de Berlin ou le procès de Nuremberg, c’est une épaisse tranche d’histoire saignante et saisissante que ce magnifique album découpe au hachoir et au scalpel pour la donner à découvrir au lecteur tantôt amusé, tantôt médusé et tantôt épouvanté. Les commentaires de Mark Bryant, tout empreints de sagacité britannique et d’érudition universelle, brillent eux aussi de mille feux dans la nuit des Walkyries qu’ils décrivent avec beaucoup de brio. Un très beau livre, donc, et ô combien édifiant !
Bernard DELCORD

La Seconde Guerre mondiale en caricatures par Mark Bryant, préface de Wiaz, Paris, Éditions Hugo & Cie, avril 2009, 160 pp. en quadrichromie au format 23 x 30 cm sous couverture cartonnée, 25 €

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01 06 09

Un OVNI littéraire

decorationQui se souvient encore d’Errol Flynn, immense vedette hollywoodienne, qui naquit à Hobart en Australie le 20 juin 1909 et mourut d’une crise cardiaque à Vancouver au Canada le 14 octobre 1959 ?
Il avait pourtant incarné le rôle principal dans Les Aventures de Robin des Bois en 1938, film à succès qui inspira plus tard à Walt Disney son dessin animé éponyme, ainsi que dans Les Conquérants (1939), L’Aigle des mers (1940), Les Aventures de Don Juan (1948) et Le Soleil se lève aussi (1957), entre autres.
Ce séduisant aventurier, grand coureur de jupon, devenu une épave alcoolisée (il partage son cercueil avec six bouteilles de whisky mises là par ses compagnons de beuverie), était également à ses heures un écrivain plutôt original.
Pour célébrer le centenaire de sa naissance et le cinquantenaire de sa mort, les Éditions du Serpent à Plumes à Paris ont donc eu la bonne idée de faire traduire le second roman d’Errol Flynn paru à New York en 1946 chez Sheridan House. Cela donne L’Épreuve de vérité, un pseudo roman colonial dont l’histoire commence en Nouvelle-Guinée au début des années vingt et où l’aventure, l’exotisme, l’évasion et les péripéties masquent difficilement le mal-être de l’auteur qui s’est mis en scène sous les traits de Shamus O’Thames, dont il raconte l’existence depuis la mort de ses parents jusqu’à ses débuts à Hollywood. L’auteur ne manquant pas d’air, la deuxième partie se trouva amputée à la publication, l’éditeur ayant, à juste titre, craint les poursuites en diffamation.
On admirera (ou on détestera) le style narratif de bric et de broc de cet ouvrage où les poncifs exotiques côtoient les scènes de genre rétro, les apartés indéniablement érudits et l’humour le plus macabre et où tout le monde, colons et colonisés, en prend fameusement pour son grade. Il est vrai que le très droitier Errol Flynn était déjà sur la route qui, peu avant sa mort, le fit chantre de Fidel Castro…
Bernard DELCORD

L’Épreuve de vérité par Errol Flynn, Paris, Éditions du Serpent à Plumes, avril 2009,
375 pp., 21,00 €

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