01 05 09

Le show permanent du pouvoir

SCHWARTZENBERGEx-élu et ministre du Mouvement des Radicaux de Gauche, professeur de droit, il scrute les états et ceux qui les dirigent pour en dresser un portrait convaincant.
J'ai eu l'occasion de le rencontrer.
Obama ? leader de Charme.
Poutine ? se fait passer pour héros mais son régime est totalitaire.
Proche de son électorat ? Chirac, Sarkozy aussi dans une certaine mesure, il aime se faire prendre en photo au milieu des ouvriers d’usine, même en lunette Ray Ban.
Avec des dérives, nombreuses, interpellantes ou risibles de la part d’élus qui cherchent à cultiver une image proche du peuple.
L’auteur raconte notamment comment Jimmy Carter, alors président des Etats-Unis refusait qu’on l’aide à porter sa valise lorsqu’il partait en voyage officiel… jusqu’au jour où la valise s’est ouverte. Elle était complètement vide !
La faute à qui ?
Plus sérieusement, le visage grave et un peu affligé, RG Schwarzenberg raconte qu’aujourd’hui.
Le profil remplace le projet, l’image remplace le projet (…) conséquence les citoyens ne sont plus en mesure de choisir leur avenir.
Démocrate, il refuse de charger la population; certes elle aime le people, mais ne demande pas que ça, en prédisant dans la foulée que le problème ne peut que s’accentuer...
Mitterand aurait placé Schwartzenberg au 1er rang des écrivains politiques, L’Etat Spectacle se lit en tous cas très facilement et, bien que comptant près de 387 pages, est tout à fait pédagogique.
Michel Geyer

  R.G. SCHWARTZENBERG - Michel Geyer

L'Etat spectacle : Volume 2 Politique, casting et médias, Roger-Gérard Schwartzenberg, Plon, avril 2009, 387p., 22€00.

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29 04 09

De la dentelle littéraire

NIMALValérie Nimal, l’auteure du recueil de nouvelles Les minutes célibataires paru chez Luce Wilquin en 2008 et dont nous avons écrit ici tout le bien que nous en pensions, pour ce coup de maître n’en était pas à son coup d’essai : elle avait déjà publié en 2004 aux Éditions Le Fram à Liège un autre petit bijou précieux : La robe de mariée, chronique minimaliste d’un mariage à la belge entre Alice, une Bruxelloise francophone travaillant dans une galerie d’art et Jan, un homme d’affaires flamand dont les activités gravitent autour des institutions européennes.
Fil conducteur de ce récit d’épousailles physiques, sociales et affectives, deux tableaux de Rachel Baes, Le fou rire et Le mariage secret, constituent la mise en abyme du couple à la manière de celle des Époux Arnolfini par Jan van Eyck. Le texte, une succession de touches subtiles et de petits bonheurs, démarre fort : « Il avait marché dans la merde, le soir où je le vis pour la première fois », il se focalise ensuite sur les projets d’avenir, la robe du mariage, avant de se terminer lamentablement, après la séparation du couple (Jan a une autre passion ravageuse, l’alcool) :
« Six mois plus tard, j’eus besoin d’argent pour partir à l’étranger. Je revendis ma robe de mariée dans une boutique de seconde main ».
Une robe de crêpe Georgette, près du corps, dont la mariée, qui l’avait dessinée elle-même, attendait que Jan la regarde au début de la nuit de noces et s’en émeuve… « Mais il a trop bu. Il tombe et l’entraîne dans sa chute sur le lit aux roses, et sombre, avant d’avoir eu le temps (d’en) dénouer les boutons. Elle n’ôtera pas sa robe de mariée. »
Le récit d’une course à l’abîme, en somme…
Bernard DELCORD

La robe de mariée par Valérie Nimal, Liège, Éditions Le Fram, 2004, 100 pp., 12 €

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22 04 09

La poésie comme on l’aime !

VERHEGGENInvité 2009 de la Chaire de poétique de l’UCL à Louvain-la-Neuve, Jean-Pierre Verheggen est l’un des plus brillants bretteurs de nos lettres si bravement belges, qui en comptent pourtant beaucoup. Mais de tous ceux-là, le plus fort, le plus sauvage, le plus invinciblement drôle (avec Le degré Zorro de l’écriture, Ninietzsche, peau d’chien !, Les folies belgères, Ridiculum vitae, On n’est pas sérieux quand on a 117 ans, L’Idiot du Vieil-Âge ou Le 12 septembre, ce dernier titre avec le bédéiste Johan de Moor…), le plus étonnamment théorique (Artaud Rimbur, essai comparatif sur l’œuvre d’Artaud et de Rimbaud, Divan le terrible, contre Freud, Vie et mort pornographique de Madame Mao, contre le maoïsme, Orthographe 1er, roi sans faute, sur l’écrit et l’oral) mais aussi le plus irrésistiblement poignant (avec Gisella, tombeau de son épouse défunte), c’est sans doute Jean-Pierre Verheggen, natif de Mazy-lez-Jodoigne, au pays du marbre noir, dont l’œuvre poético-dévastatrice
(« C’est un subversif, ce type ! », antienne actuelle de la presse littéraire française découvrant ses textes à travers le one-man-show que leur consacre Jacques Bonnafé dans L’Oral et Hardi, nominé aux Molières en 2008 et en 2009) plonge des racines profondes dans les carrières de Carrare, le pays de sa femme et du marbre blanc. Alliant le côté obscur de la farce et la blancheur éthérée des nuits d’amour aux portes de l’angoisse, « sa poésie est avant tout une parodie de la poésie, une critique radicale de l'idéologie que véhicule ce genre et un pastiche burlesque de ses conventions. À partir de là, il développe dès 1968 le concept de réécriture et en applique les effets à des champs d'investigation plus larges, allant de la bande dessinée à la langue politique la plus stéréotypée, en passant par la perversion d'un langage par un autre, en l'occurrence du français classique et scolaire par son wallon maternel, sauvage et sexuel », comme l’a écrit Marc Quaghebeur en 1982 dans son Alphabet des lettres belges de langue française. Sortant bien évidemment des sentiers battus, la conférence inaugurale de la chaire de poétique de l’UCL, tenue ce 21 avril, n’en fut pas une, remplacée par la projection d’un film intitulé Cas rare (évidemment…) consacré à notre phénomène, et par une prestation de Jacques Bonnafé qui se conclut sous le tonnerre des applaudissements d’un public d’étudiants rigolards et médusés. Mais ce n’est pas tout : Jean-Pierre Verheggen causera sur le thème « J’aime beaucoup ma poésie » les 23, 28 et 30 avril prochains à 20 heures à la fac de droit de l’UCL (auditoire More 53, place Montesquieu), qu’on se le dise ! (Et qu’on le « repète », à l’instar de feu Paul Vanden Boeynants, défunt Premier ministre du pays des Baraques à frites/Fritkot, un bien beau livre auquel collabora notre grand poète « ouallon »…)

Bernard DELCORD

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19 04 09

On n'a jamais approché d'aussi près les étoiles

LUMINETAprès Copernic et Tycho Brahé, ce troisième volume des premiers aventuriers modernes de l'espace est CELUI de Kepler qu'on a connu jeune dans La discorde céleste. Kepler qui sera l'oeil de Gallilée car il qui expliquera ce qu'a vu celui qui pour la première fois a regardé les planètes et la Lune dans une lunette.
C'est à nouveau instructif et romanesque, un nouvel épisode d'une saga de l'histoire de l'astronomie à recommander à tous ceux qui ne veulent plus se contenter des mêmes clichés autour du seul Léonard de Vinci. Le monde n'a pas manqué de génies.
Entretien avec Jean-Pierre Luminet enregistré après une conférence dans le magnifique grenier de la Librairie Molière à Charleroi, la plus grande librairie de Wallonie dont nous vous recommandons la visite.

  JEAN-PIERRE LUMINET - Brice Depasse 1
  JEAN-PIERRE LUMINET - Brice Depasse 2

L'oeil de Galilée, tome 3 des Bâtisseurs du ciel, Jean-Pierre Luminet, JC Lattès, janvier 2009, 405p., 20€00.

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18 04 09

Regardez

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15 04 09

About Oscar Wilde with Gyles Brandreth


GYLES BRANDRETH - Brice Depasse from Brice Depasse on Vimeo.

Entretien intégral réalisé à la Foire du Livre de Bruxelles pour notre émission Livre de bord.
Images : Alain Trellu.

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15 04 09

Exit Maurice Druon (1918-2009)

MDRUONGrand défenseur des traditions de la langue de Voltaire et admirateur proclamé de MC Solaar, ce qui n’est évidemment pas incompatible, l’académicien français Maurice Druon, neveu de Joseph Kessel, restera dans la mémoire des lettres comme l’auteur, avec son oncle, des paroles du Chant des partisans, hymne emblématique de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, et comme le commanditaire des Rois maudits, une fresque médiévale de fer, d’intrigues et de sang qui, écrite avec une flopée de nègres (cités par Druon dans l’ours des sept tomes de l’ouvrage parus entre 1955 et 1977, ce qui est tout à son honneur, on y retrouve notamment le Belge José-André Lacour et la future académicienne Goncourt Edmonde Charles-Roux). Mise en scène pour la télévision par Marcel Julian et Claude Barma, cette œuvre monumentale fit les grandes heures de l’ORTF en 1972.
Passé à Londres en 1942, Maurice Druon y avait été l’aide de camp de François d’Astier de la Vigerie avant de se muer en correspondant de guerre jusqu’à la fin des hostilités. Devenu écrivain, il obtient le Prix Goncourt 1946 pour son roman Les Grandes Familles et est élu sous la Coupole en 1966, au siège de Georges Duhamel. Surnommé le « Malraux de Pompidou », il occupa en 1973 la charge de ministre des Affaires culturelles, ce qui lui valut quelques solides inimitiés, accrues par son goût affirmé de l’ordre et par ses répliques à l’emporte-pièce, souvent amusantes (ainsi, s’agissant des subventions à allouer aux directeurs de théâtre subversifs, il s’exclama : « Les gens qui viennent à la porte de ce ministère avec une sébile dans une main et un cocktail Molotov dans l’autre devront
choisir » ; une autre fois, il n’hésita pas à qualifier de « pittoresque » le français de Québec, en l’opposant à la langue hexagonale issue du XVIIe siècle, « très sûre, très pure, très exacte »). Gros fumeur de cigarettes et de cigares devant l’Éternel, il s’est éteint à l’orée de ses 91 ans, trois ans après la publication de ses mémoires intitulés L’aurore vient du fond du ciel
Bernard DELCORD

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13 04 09

L'insoutenable gravité des êtres

BALTASSATPrague. Année Mozart. L'inconnue de l'hôtel Faroussi sur laquelle Angus Farel fantasme n'est pas aussi légère que l'héroïne de Kundera. C'est même une âme en peine, à la dérive. Son compagnon ne la désire plus.
Farel lui raconte l'histoire de Casanova vieillissant, établi dans cette même ville, plus de deux cents ans auparavant. Mozart arrive, avec Da Ponte, pour présenter son nouvel opéra, Don Giovanni. Son ancienne maîtresse (et la mère de ses jumelles) lui apprend que le compositeur adulé des Pragois s'est inspiré de lui pour créer ce nouvel opéra, ce qui est loin de lui plaire.
Jean-Daniel Baltassat, avant de publier des romans historiques populaires à succès (Inca, La reine de Palmyre) sous le pseudo collectif d'A.B. Daniel, nous avait déjà emmené dans l'univers de l'Art qui est toute sa vie.
Cet Almanach des vertiges est une brillante incursion dans la transe romanesque de l'Art et de l'Amour. La Musique, la Femme, la Création. Tout n'y est que beauté en ce compris les phrases, "oeuvrées", subtiles et chantantes.
Brice Depasse

  JEAN-DANIEL BALTASSAT - Brice Depasse 1
  JEAN-DANIEL BALTASSAT - Brice Depasse 2
  JEAN-DANIEL BALTASSAT - Brice Depasse 3

La chronique de ce roman dans le Grand Morning avec Philippe et Laure :


L'almanach des vertiges, Jean-Daniel Baltassat, Robert Laffont, février 2009, 270p., 18€00.

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13 04 09

Emma n'est pas Bovary

ZALBERGL'an dernier, nous attirions l'attention sur Carole Zalberg qui avec sa mère horizontale élevait la voix, ouvrait une nouvelle voie dans le monde littéraire français. Ce nouveau roman est celui de la mère de cette mère horizontale. Celle dont Sabine essaya vainement enfant, adolescente et jeune d'adulte d'attirer l'attention par sa dépravation sexuelle. Une histoire qui se termine dans la toxicomanie et un nouvel échec maternel, triste carbone d'un premier désastre affectif.
Ce que pense Emma de sa relation avec sa fille aînée, ce qu'elle pense d'elle-même, vous allez l'apprendre sur son lit d'agonie. Evitant une nouvelle fois le ton larmoyant, Carole Zalberg explore l'intimité de l'a-maternité avec une simplicité et une singularité exceptionnelle dans ce monologue métaphysique.
Nicky Depasse

  CAROLE ZALBERG - Nicky Depasse 1
  CAROLE ZALBERG - Nicky Depasse 2
  CAROLE ZALBERG - Nicky Depasse 3

Et qu'on m'emporte, Carole Zalberg, Albin Michel, février 2009, 130p., 12€00.

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13 04 09

À l’ombre de Médée

SORENTEOn ne mesurera jamais assez, nous les hommes, combien les femmes peuvent être des continents mystérieux et inexplorés, sinon inexplorables. À travers les méandres de ses désirs contradictoires, la narratrice du roman d’Isabelle Sorente nous dresse une carte du tendre pas toujours pleine de tendresse, où les chemins de fuite sont plus nombreux que les sentiers bucoliques, où le sexe se joue dans la lutte plus que dans la complicité - ou alors, complicité du délit, fût-il délicieux.Les masques du désir sont infinis. Les ruses qu’on invente pour le maintenir aussi, et celles que l’on développe pour lui rendre sa liberté lorsque l’habitude s’installe. La femme qui séduit Fabrice ou Farah a peur, mange, jeûne, s’inquiète du désir de l’autre, du sien, se veut mère, épouse, fille, putain. Elle se découvre quand elle se déshabille, puis se recouvre de mystère en restant nue. Et le juste milieu auquel elle parvient n’est pas celui qu’on croit...

Vincent ENGEL

À l’ombre de Médée, Transformations d’une femme, Isabelle Sorente, Grasset, 2009. 265 p., 18€00.

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