22 08 12

Un regard désarmant sur la vie !

 

Paul.jpgLa notation au verso du recueil de nouvelles de Florence Paul est juste : Nous sommes invités dans « En vie de bonne heure » (ou Envie de bonheur) à partager le regard désarmant de l'auteure. Ce petit livre a déjà quelques mois d'existence, faite d'amitié, de rencontres et même du « prix ex-libris » accordé par les bibliothèques du Brabant Wallon, mais je vous le conseille vivement si vous aimez la belle écriture, simple, naturelle, avec les mots qui conviennent. Si vous aimez les courtes histoires aux retournements ou aux coups de théâtre inattendus ! Si vous aimez notre vie quotidienne, souvent, mais avec ce zeste d'imaginaire propre à notre culture aussi ! Cette Nivelloise peut attiser avec talent notre curiosité d'une nouvelle à l'autre. Mais d'entrée de jeu dans la première nouvelle « Réception au château », elle se joue de nous et nous en sourions, confiants dans la suite des récits ! J'aime qu'elle soit divers personnages, comme cette personne de 88 ans dans « Le ruffian du cimetière » ! « Un âge où l'on parle à soi-même (...) la dernière personne qui peut vous comprendre et même peut-être vous aimer »... superbe ! Ce « ruffian », terme littéraire un peu sorti du langage courant et qui désigne un grand voyou, utilise des sms et écoute de la musique avec des oreillettes sur le banc public ! Les descriptions de la nature dans « Le jardin d'Helena » sont magnifiques ! Belle aussi la description des mineurs dans « la dernière chaise », de ces chaises qu'au bon temps, on remet sur le trottoir devant la maison pour bavarder avec les voisins et les passants ! Et puis nous avons onze ans avec Célestine, et nous avons du chagrin avec elle, car les parents... C'est un peu la suite dans la nouvelle suivante avec « Le psy ». J'ai un faible pour « Chute » qui décrit si bien le point de vue de la personne qui tombe en VTT, comme au ralenti. Et enfin, ce bijou de conclusion : « La petite dernière », dont je vous laisse la surprise. Florence Paul a un style, un ton, une écriture et surtout une talentueuse manière de nous faire partager son texte, ce qui est le propre des vrai(e)s écrivain(e)s !

 

Jacques MERCIER

 

« En vie de bonne heure », nouvelles, Florence Paul, EME Editions (www.intercommunications.be), 80 pp. 15/21,5 cm, couverture et illustrations : Maryse Cheron, 9 euros.(6 euros en version Pdf)

06 04 12

Lothringen

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 " Je croyais en la puissance de notre Führer. Je le trouvais piètre écrivain, je n'approuvais pas toutes ses idées mais je lui faisais confiance. Qui mieux que lui pouvait nous protéger? Or l'idée que les Amis viennent de si loin pour aider les Français et les Anglais à nous voler notre chère Lothringen m'angoissait"

Réfugiée, seule, dans la cave d'une maison lorraine détruite en 1944, par les bombardements alliés, Rosy, 14 ans, tente de survivre, resassant les souvenirs d'une très courte enfance ....

Peu à peu, elle s'affranchit de l'estime inconditionnelle que Mutti, sa mère, voue au Führer.

"J'ai fabriqué d'autres torches avec les pages de Mein Kampf, mais j'ai gardé celles où M. Hitler parle de la mort de sa mère. C'est la seule douleur que nous partagerons jamais. Mutti aurait soulevé la maison pierre après pierre pour me retrouver, ne serait-ce que pour s'assurer que je deviendrais la secrétaire de notre Fûhrer..."

Exercice subtil que de sonder la délicate position des Lorrains et des Alsaciens vis-à-vis de l'Occupant, de la France et d'un passé fait de revirements incessants. Nathalie Hug s"y emploie avec talent.

AE

La demoiselle des tic-tac, Nathalie Hug, roman, Calmann-Lévy, mars 2012, 200 pp, 15 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Littérature générale, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

28 03 12

Œuvres de choc...

Au siècle de Maupassant.gifLe texte ci-dessous a été envoyé dans la newsletter de mars 2012 des guides gastronomiques DELTA avant d'être mis en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :

Reprenant les quarante textes des dix-huit auteurs (1) qui furent adaptés pour les séries « Chez Maupassant » et « Au siècle de Maupassant, Contes et Nouvelles du XIXe siècle » diffusées sur France Télévisions depuis fin 2007, le recueil intitulé Au siècle de Maupassant paru aux Éditions Omnibus à Paris est un pur régal de littérature parfaitement troussée et tout aussi parfaitement ironique voire cynique.

C'est que, comme l'indique Gérard Jourd'hui, le réalisateur des émissions, « Maupassant, en brossant le portrait des hommes et des femmes de son temps, montre combien la race humaine demeure en proie à ses démons intérieurs et à ses passions destructrices et ce, en dépit des révolutions technologiques, scientifiques, philosophiques et sociales. Il ne s'interdit aucun thème, crève les abcès en tous genres au scalpel de sa plume avec une jouissance désenchantée. Survoltant notre imaginaire, à partir d'une simple anecdote, et en quelques pages seulement, il nous plonge dans les méandres de la bêtise, de la lâcheté, de la haine, de la perversité, parfois de l'amour. Ses récits courts où l'action, le lieu et les protagonistes sont peints sur le vif dans un style épuré jusqu'à la quintessence, servent une composition sans faille du récit. Cette concision de l'écriture a déjà maintes fois, par le passé, dans les réalisations de Carlo Rim, Claude Santelli et quelques autres, fait la preuve de son talent cinématographique. Le cinéaste que je suis n'y a pas été non plus insensible ».

Il est vrai que Maupassant (1850-1893), véritable aristocrate des lettres, ami de Flaubert et de Zola mais aussi disciple de Schopenhauer, jetait sur ses semblables un regard plus que désabusé, à travers une œuvre forte dans laquelle réalisme, pessimisme et fantastique font bon ménage – au contraire des hommes et des femmes qu'elle décrit.

Et il en va de même, quoique sur des modes parfois différents, dans le contrepoint des textes réunis autour de ceux du maître dans cette anthologie qui donne une belle leçon de lucidité collective...

Bernard DELCORD

Au siècle de Maupassant, Paris, Éditions Omnibus, octobre 2010, 1640 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,8 cm sous couverture brochée en quadrichromie et à rabats, 26,00 € (prix France)

 

(1) Guy de MAUPASSANT (Histoire d'une fille de ferme, La parure, L'héritage, Deux amis, Le père Amable, Hautot père et fils, Miss Harriett, Toine, Le rosier de Madame Husson, L'ami Joseph, Aux champs, Le petit fût, Ce cochon de Morin, Une soirée, La chambre 11, Au bord du lit, Le cas de Madame Luneau, Yvette, Une partie de campagne, Mon oncle Sosthène, Le vieux, Boule de Suif, L'assassin et En famille), Jules BARBEY d'AUREVILLY (Le bonheur dans le crime), Honoré de BALZAC (La maison du chat-qui-pelote), Victor HUGO (Claude Gueux), Émile GABORIAU (Le petit vieux des Batignolles), Georges COURTELINE (Boubouroche), Alphonse DAUDET (Les trois messes basses), Eugène LABICHE & Alfred DELACOUR (La cagnotte), Émile ZOLA (Pour une nuit d'amour), Gaston LEROUX (Le fauteuil hanté), Jules RENARD (L'écornifleur), Alphonse ALLAIS (L'affaire Blaireau), Anatole FRANCE (Crainquebille), GYP (Le mariage de chiffon), Octave MIRBEAU (Un gentilhomme), Eugène CHAVETTE (Aimé de son concierge) et Georges FEYDEAU (On purge Bébé !).

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28 03 12

Congo ya biso... (Notre Congo)

Une enfant de Poto-Poto.gifLe texte ci-dessous a été envoyé dans la newsletter de mars 2012 des guides gastronomiques DELTA avant d'être mis en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :

Né le 12 septembre 1937 à Léopoldville, Henri Lopès est un écrivain, homme politique et diplomate congolais (du Congo Brazzaville). Il a été Premier ministre de la République du Congo de 1973 à 1975. Depuis 1998, il est ambassadeur de son pays en France. En tant qu'écrivain, il est considéré comme l'un des représentants les plus connus de la littérature africaine moderne. En 1972, il fut lauréat du Grand prix littéraire d'Afrique noire de l'Association des écrivains de langue française pour son livre Tribaliques. En 1993, l'Académie française lui a décerné le Grand Prix de la Francophonie ; la même année, il est devenu docteur honoris causa de l'Université Paris XII et en 2002 de l'université de Québec.

Il vient de faire paraître aux Éditions Gallimard à Paris Une enfant de Poto-Poto, un roman très enlevé dont voici l'argument :

« "À la une, la photo d’une foule en liesse… En bas, dans le coin gauche, quelqu’un lève deux doigts. C’est Pélagie. À sa gauche, c’est moi, Kimia… C’était le 15 août 1960. La nuit de notre Indépendance… Pour Pélagie et moi, il s’agissait plus d’une occasion de réjouissance que d’une date historique." Suit le récit d’une amitié ente deux jeunes femmes que l’évolution de leur pays va séparer un temps. Amitié profonde, complexe, sillonnée de rivalités, de jalousie et, surtout, mue par une indéfectible solidarité au cœur d’un monde divisé.
Entre Pélagie et Kimia, un Moundélé, comme on appelle les Blancs, là-bas ! Mais ne serait-il pas, lui aussi, un enfant de Poto-Poto ?… Doublant l’intrigue amoureuse, une plongée dans les consciences de trois êtres dont les identités se forgent à la fusion des boues et des glaises des sols d’Afrique et d’ailleurs. À contre-courant des clichés, l’auteur, à l’écriture dépouillée, rapide, cinématographique, nous offre trois palpitants destins en perpétuels dialogues.
De l’Europe aux États-Unis, ce trio fiévreux de passion et d’intelligence reste uni par une aspiration commune, le désir de s’assumer et de se dépasser, que traversent les parfums et les saveurs du Congo dans les rythmes des rumbas du pays bantou. »

Un ouvrage qui, croyez-moi, balance drôlement et mérite incontestablement le détour !

Bernard DELCORD

Une enfant de Poto-Poto par Henri Lopès, Paris, Éditions Gallimard, collection « Continents noirs », janvier 2012, 264 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 17,50 €

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12 02 12

Un œuvre impérissablement vacharde...

Les quatre Hollandais.gifLe texte ci-dessous a été envoyé dans la newsletter de février 2012 des guides gastronomiques DELTA avant d'être mis en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :

Les trente nouvelles qui composent le recueil intitulé Les quatre Hollandais paru récemment en poche aux Éditions Robert Laffont à Paris ont été écrites par Somerset Maugham (1874-1965) avant la Seconde Guerre mondiale et elles ont pour cadre la Malaisie, à l'époque de l'Empire colonial anglais.

Une fois de plus, Maugham y fait la part belle aux voyages et aux colonies et il dépeint, au travers de portraits au scalpel et au vitriol, ceux qui ont fait le choix des îles, ces « Européens, fonctionnaires, planteurs, commerçants qui passaient en Malaisie leurs années actives ».

L'auteur – dont les œuvres ont été adaptées quarante-trois fois au cinéma, excusez du peu ! –prend toujours le soin d'affubler ses personnages ordinaires d'un trait psychologique qui bouleversera leur vie, d'inclure à son histoire un événement fortuit qui changera irrémédiablement le cours des choses.

Ainsi, les passions peuvent éclater et faire des ravages... On croise alors le chemin de ces quatre Hollandais, des marins qui parcourent les mers du Pacifique et dont l'amitié à toute épreuve fait l'admiration de tous, jusqu'à l'arrivée d'une jeune Malaise à bord de leur navire...

 Ici et dans les nouvelles qui suivent, Somerset Maugham se fait l'analyste impitoyable et désabusé de tous les secrets que peut receler le cœur humain.

Stéphane Denis, dans Valeurs actuelles (du 02/12/2010), a montré l'influence de Jules Renard sur l'écrivain britannique qu'il décrit comme un misanthrope talentueux nourri d'une grande curiosité des êtres.

Rien n'est plus exact !

Pour le plus grand plaisir du lecteur tout ébaubi...

Bernard DELCORD

Les quatre Hollandais par Somerset Maugham, traductions de Joseph Dobrinsky, Jacky Martin, Pierre Nordon & Claude-Noël Thomas, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Pavillons poche », septembre 2011, 712 pp. en noir et blanc au format 12,3 x 18,3 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 11,90 €  (prix France)

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06 02 12

Vu d'Afrique

Écrivain et oiseau migrateur.gifGrand Prix Littéraire de l'Afrique noire en 1998 pour son roman Bleu-Blanc-Rouge, Prix Renaudot 2006 pour Mémoires de porc-épic, Prix Georges Brassens 2010 pour Demain j'aurai vingt ans et professeur titulaire de littérature francophone depuis 2007 à l'Université de Californie à Los Angeles (la fameuse UCLA), l'écrivain congolais –du Congo-Brazzaville – Alain Mabanckou déborde de talent et jette sur la culture de langue française un regard empreint d'une profonde sagesse nourrie aux meilleures œuvres de l'africanité au sens large : celles de Frantz Fanon, Boubacar Boris Diop, Camara Laye, Ahmadou Kourouma, Sony Labou Tansi, Sami Tchak, Tchicaya U Tam'si, Victor Gary, James Baldwin...

Il apporte un sang neuf à la production française, et c'est tant mieux pour elle. Nous en voulons pour preuve son opus intitulé Écrivain et oiseau migrateur paru chez André Versaille à Bruxelles, dans lequel il a rassemblé des souvenirs et des réflexions sur ses rencontres, ses voyages, ses lectures, ses amitiés, qu'il narre avec une verve et un sens de la concision impressionnants.

Écoutons-le présenter son ouvrage :

« Mon pays d'origine, le Congo, possède une petite fenêtre qui donne sur la mer.

De là, gamin, je voyais passer toutes sortes d'oiseaux, certains pressés, d'autres à l'envol lourd. Parmi eux, les oiseaux migrateurs, qui planaient loin au-dessus de ma tête, me fascinaient. Lorsqu'ils se posaient sur les branches d'un arbre, le bec ouvert, je les observais contempler l'horizon, les ailes marquées par leur longue traversée. J'étais enfant et je voulais, moi aussi, devenir un oiseau migrateur.

Mais je suis devenu un écrivain, sans doute par compensation... Et la plupart de mes grands voyages sont nés des rencontres et des lectures que j'ai faites et qui m'ont construit. Dans ce livre, j'ai voulu dévoiler certaines pages de mon univers. La clé est dans la serrure : il suffit de la tourner, de pousser doucement la porte pour entrer dans ce jardin que j'arrose encore avec la foi du charbonnier.

On y trouvera l'ombre de ma mère, les éclats de rire de mes amis, une promenade silencieuse avec J-M G Le Clézio, et bien d'autres souvenirs. »

De grands bonheurs d'écriture !

Et de lecture...

Bernard DELCORD

Écrivain et oiseau migrateur par Alain Mabanckou, Bruxelles, Éditions André Versaille, collection « Chemin faisant », septembre 2011, 192 pp. en noir et blanc au format 12,3 x 21,4 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 17,90 €

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11 01 12

La possibilité d'une île?

 Rentrée littéraire 2012 - Parution ce jeudi 12 janvier

41hcBf7NUJL._SL500_AA300_.jpg" Il n'était pas sûr d'être absolument sincère. Mais il soupçonnait que, en temps voulu, ce qu'il venait de dire serait vrai, ce qui le rendait vrai, ou presque, à l'instant présent."

Radioscopie incisive de notre mode de vie occidental - américain en l'occurrence -  le roman de Lionel Shriver, nous fait partager le quotidien de deux couples d'amis, Glynis & Shep, Carol & Jackson, atteints par la maladie: le cancer rare et invasif de Glynis et la dystonie familiale, invalidante,  de Flicka, fille aînée du second couple.  A quoi s'ajoute l'opération esthétique ratée qu'a tentée Jackson.

 Personnage central du roman, Shep voit s'effondrer, avec la maladie de son épouse, le rêve essentiel et vital d'une échappée en "Outre-Vie", sur l'ïle de Pemba, près de Zanzibar. L'asservissement à l'argent qu'il tentait de fuir de la sorte lui revient de plein fouet, l'obligeant à composer avec la défection d'une sécurité sociale particulièrement perverse.

 Sondant sans tabou et avec une lucidité désabusée les tréfonds de l'âme humaine, Lionel Shriver envoûte  une nouvelle fois le lecteur du rythme d'un récit percutant, tracé  d'une plume alerte, maîtrisée qui transperce la judicieuse traduction opérée par Michèle Lévy-Braun.

 Tout ça pour.... la possibilité d'une île...?

 Apolline Elter.

 Tout ça pour quoi, Lionel Shriver, roman, traduit de l'américain par Michèle Lévy-Braun, Belfond, janvier 2012, 528 pp, 23 €

24 12 11

Joyeux Noël..toqué

9782226219176.jpgElle vient de nous parvenir entre les mains, la "petite anthologie savoureuse de l'esprit à table" concoctée par Laurent Mariotte, chef et animateur de plusieurs émissions-TV et le journaliste Marc Pasteger. Traquant les (bons) mots jusque dans leur chair, ce dernier avoue éprouver "un vrai plaisir à cuisiner autrui."

 Et les compères de convier Sacha Guitry, Napoléon, Curnonsky, Mary Welsh et son célèbre Bloody Mary, Alexandre Grimod de la Reynière...à la table d'un facétieux festin verbal et des formules... assaisonnées de personnages qui n'avaient pas leur langue en poche.

 "Sacha Guitry sort de mauvaise humeur d'un restaurant: " Le vol-au-vent, c'était du vol, il n'y avait que du vent!"

Et toque. Petite anthologie savoureuse de l'esprit à table, Laurent Mariotte et  Marc Pasteger, Albin Michel, novembre 2011, 182 pp

22 12 11

Une magnifique fresque du grand âge

Sans titre2.jpgImpensable de conclure 2011 sans partager avec vous une belle, une très belle découverte. Ce coup de coeur, je le dois à Emmanuel Khérad et son émission radiophonique hebdomadaire  La Librairie francophone.

L'émission, diffusée le week-end du 19 et 20 novembre 2011, recevait la romancière québécoise Jocelyne Saucier, lauréate du dixième Prix des Cinq Continents, pour son roman, Il pleuvait des oiseaux.

 Un roman?

 Pas vraiment. Bien plutôt un récit aux allures de conte.

 "L'histoire s'installe tranquillement. Rien ne se fait très vite au nord du 49e parallèle. Tom et Charlie commencent leurs journées en dépliant leurs membres endoloris par le sommeil puis se dirigent lentement vers le poêle pour l'attisée du matin et les patates aux lardons."

 Partie à la recherche du  peintre Ted Boychuck, un des derniers survivants des Grands Feux  de 1916, qui anéantirent, plusieurs villes du Grand Nord (le nord de l'Ontario), une photographe rencontre  ses compagnons d'ermitage, Charlie et Tom, deux vieillards qui ont décidé de fuir la vie civilisée et l'irrémédiable tyrannie du sort réservé aux personnes âgées.

  " A eux trois, ils ont formé un compagnonnage qui avait assez d'ampleur et de distance pour permettre à chacun de se croire seul sur sa planète"

Mais Ted est apparemment mort, qui emporte ses secrets avec lui.

 Survient alors Gertrude, aussitôt baptisée Marie-Desneiges, qui renaît à la vie après 66 années passées dans une institution psychiatrique.

 Et c'est cette nouvelle naissance, la possibilité d'une vraie vie, la rencontre de l'Amour et l'apprivoisement conjoint de la mort, "vieille  et [patiente] amie" qui rendent ce roman à ce point émouvant. La plume de Jocelyne Saucier, nourrie d'humanité, de tendresse introspective, de rythme et d'un sens neuf de l'image le rend ...exceptionnel.

"La mort est une vieille amie. Ils en parlent à leur aise. Elle les suit de près depuis si longtemps qu'ils ont l'impression de sentir sa présence tapie quelque part, en attente, discrète le jour mais parfois envahissante la nuit. Leur conversation du matin est une façon de la tenir à distance. Dès qu'ils prononcent son nom, elle arrive, se mêle à la conversation, insiste, veut toute la place, et eux la rabrouent, s'en amusent, l'insultent parfois, puis la renvoient, et elle, bon chien, s'en retourne ronger son os dans son coin. Elle a tout son temps."

Merci, Jocelyne Saucier

 Apolline Elter

 Il pleuvait des oiseaux, Jocelyne Saucier, roman,  Editions XYZ (Canada), coll. Romanichels, 1er trimestre 2011, 182 pp,

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21 12 11

64 libraires passent à la casserole

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Les éditions de l'Epure  fêtaient, cette année, leurs 20 ans d'existence. L'occasion de s'adjoindre la complicité de libraires amis, français et belges, et de les ...passer à la casserole.

En effet, outre la révélation de leur recette-fétiche, les 64 libraires participants étaient invités à préciser l'ouvrage culinaire qui les a le plus marqués et assaisonner le tout d'un extrait littéraire cher à leurs yeux.

Notre blog ne se sent dès lors plus d'aise, qui traque, consulte et collectionne, les liens entre la table et la littérature (voir notre rubrique "Gourmandises")

 S'il opte pour un extrait de l'ouvrage d'André-François Ruaud, Les nombreuses vies d'Hercule Poirot  (réédité en 2012), le Libraire Toqué (Namur) nous propose un Crumble de chicons aux épices...pas tristes, tandis qu'il rend hommage à Christiane et Dédée van Goidsenhoven et leur fabuleuse "Cuisine à qiatre mains" .

 A Grignan, la librairie Colophone (Chantal Bonnemaison) propose de déguster un passage extrait de Le sang noir de Louis Guilloux, où il est question de quatre-quart trempé dans du vin.., saisissant le prétexte des origines bretonnes de l'auteur pour révéler la recette d'un authentique far breton.

 Plus savoureux les uns que les autres, les noms des libraires défilent - L'Ecume des pages, la 25e Heure, La Machine à Lire, Le Goût des Mots, Dédicaces.....- tandis que les extraits et les recettes mettent le lecteur en appétit conjoint  d'une anthologie qui se décline si joliment autour de la table.

Apolline Elter

Les yeux plus gros que le ventre. Ou comment 64 libraires passent du livre à la casserole, collectif, Editions de l'Epure, septembre 2011, 160 pp, 15 €

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