16 12 08

La naissance d’un monde nouveau

decorationGrand Prix 2008 du Roman de l’Académie française publié par Bernard de Fallois à Paris, La dernière Conférence de Marc Bressant, un homme issu du sérail, plonge le lecteur dans les arcanes de la diplomatie internationale en lui faisant suivre de l’intérieur une conférence imaginaire tenue à Londres durant deux mois en 1989, au moment précis où l’équilibre du monde bascula avec la chute du mur de Berlin. Rédigé sous la forme d’un journal tenu par le chef de la délégation française, cet ouvrage passionnant décrit, avec une verve comparable à celle d’Un tout petit monde de David Lodge, les méandres et les entrelacs des rapports de force, des rapports humains et des rapports sexuels entretenus par les ténors et les seconds couteaux de la gens diplomatica mondiale au nom de leurs pays respectifs et de la puissance réelle ou supposée de chacun de ceux-ci. Il montre aussi à quel point l’art diplomatique est affaire de circonstances, de conventions et de contraintes. Jusqu’à ce qu’un vent de liberté souffle sur l’Europe…
Bernard DELCORD

La dernière Conférence par Marc Bressant, Paris, Éditions de Fallois, 2008, 236 pp., 18 €

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13 12 08

Un texticule hilarant

BEUCLERSi la critique est aisée et l’art difficile, qu’en est-il de l’art de la critique, surtout lorsque celui-ci se décline sur ce mode particulier et radical qu’est l’humour ? Difficile, certes, mais tellement jubilatoire quand il est réussi ! Ce qui est certainement le cas des “particules” de Véronique Beucler : une journée dans la vie d’expatriés français dans les Caraïbes. Une intrigue autour d’une employée de l’Ambassade, et un tir croisé autour de l’Ambassadeur et de sa femme, avec des pages qui vous feront hurler de rire. Français, trop français ; même avec notre Karel De Gucht, on n’atteint pas un tel sommet de bêtise et d’aveuglement hautain et méprisant.
"Heureux ceux qui savent rire d’eux-mêmes, car ils n’ont pas fini de s’amuser” (Woody Allen) ; on imagine ce que donnerait la plume de Beucler dans une chronique de l’Elysée sous Nicolas Ier. En attendant, savourons celle-ci, d’autant que, au-delà de l’ironie, il y a de beaux portraits et une vraie histoire d’amour.
Vincent ENGEL

Les particules de mon mari sont authentiques, Véronique Beucler, Albin Michel, 2008, 324p., 19€50.

Retrouvez toutes les lectures et les livres de Vincent Engel sur son site en cliquant sur la couverture.

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10 12 08

Un vrai roman

POIVRE_filsLe roman d’Olivier Poivre d’Arvor, "Le voyage du fils", offre de multiples et authentiques bonheurs de lecture. En voici trois qui ont fait l’objet de l’entretien que m’a accordé Olivier Poivre d’Arvor : la construction du récit, les personnages, et le style ou plutôt les différents styles d’écriture.
Ce roman échappe au carcan des auto-fictions et du navrant nombrilisme de plusieurs romans de la rentrée. Il raconte ! Le roman devient ainsi le seul langage qui permet de s’emparer de la réalité, d’une réalité comme celle de la disparition d’un amour, de la mort d’une mère et de la misère matérielle qui conduit une femme désespérée à se jeter par la fenêtre.
Le style Olivier Poivre d’Arvor, par mimétisme (inconscient ?), s’abandonne à la liberté formelle d’une Duras pour les chapitres dont la narratrice est Anne Latour…ou à la ligne claire de Camus dans "L’étranger" pour les chapitres vus à travers les yeux du jeune Chinois. Et cela donne des phrases terribles qui glacent le lecteur dans la commisération, la pitié et l’incompréhension. « Maman a donc désormais ses papiers », se dit le jeune chinois au moment de signer à la Préfecture de Police la décharge pour ses effets personnels, un maigre sac en plastique contenant quelques vêtements…Et par ces quelques mots, cette phrase courte et banale, toute la détresse misérable des sans-papier vous saute à la gorge. Chaque chapitre est identifié par des vers extraits de poésie chinoise, comme s’ils venaient projeter un peu de lumière, un peu d’humanité sur le monde : « Jusqu’à m’étourdir, j’ai suivi la lune », « Par erreur je suis tombée dans les filets de la poussière du monde », « Et les larmes lui coulent comme des rangées de perles »...En parallèle ou en écho à ces "perles", surgissent ça et là des prières boudhistes lues par le jeune chinois ou le refrain d’une chanson d’Edith Piaf, enfant trouvée sur un trottoir de Belleville…
Voici un roman indispensable qui redonne à la littérature une de ses fonctions essentielles et qui n’appartient qu’à elle : prendre conscience par l’émotion de la réalité des êtres, de la complexité de leurs émotions et de la détresse dans laquelle ils sont aspirés. Voici un livre dont les résonances ne s’éteignent pas lorsqu’on en achève la lecture…d’autant plus qu’à la dernière ligne, il redonne à considérer tout ce qu’on vient de lire, en redistribuant les cartes en quelque sorte, simplement en dévoilant les invisibles liens entre les êtres et les destins.On saisit alors la signification de l’ épigraphe de Marguerite Duras qui intriguait au moment d’ouvrir le livre : « Ecrire, c’est se taire, c’est hurler sans bruit »…
Edmond Morrel

  OLIVIER POIVRE d'ARVOR - Edmond Morrel 1
  OLIVIER POIVRE d'ARVOR - Edmond Morrel 2

Le voyage du fils, Olivier Poivre d'Arvor, Grasset, août 2008, 16E90.

Retrouvez et écoutez toutes les rencontres d'Edmond Morrel en cliquant sur la couverture du livre.

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09 12 08

Lire est un plaisir, version GM

VERONESICe matin sur Nostalgie, avec Philippe & Laure, il a été question de Chaos calme (que je ne saurai trop vous recommander), Prix Femina étranger 2008 et, surtout, vrai bijou littéraire 2008, 2009, 2010, ...
A lire avant ou après avoir vu le film (cliquez sur la couverture pour regarder la bande annonce) mais A LIRE.
Et aussi, et puis, Et après de Guillaume Musso qui, lui sera sur les écrans le 14 janvier (avec Romain Duris et John Malkovich). Encore 35 fois dormir ...


MUSSO_afterwardsChaos calme, Sandro Veronesi, Grasset, 2008, 504p., 21€90.

Et après, Guillaume Musso, Pocket, 2005, 360p., 6€50 env.

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06 12 08

La jubilatoire saga des Meijer

LEWINSKIQuelques grands ouvrages auront illuminé cet automne 2008. Qu'ils aient été primés ou pas n'a absolument aucune importance. La résonance qu'ils auront dans le temps et les chaumières, dans chacune de nos vies et celles de nos enfants est leur unique réalité et finalité.
Le Melnitz de Charles Lewinsky est un Grand Cru d'une Année exceptionnelle. Avec le souffle d'un Emile Zola et la verve d'un Thomas Mann, l'écrivain suisse allemand a donné vie à une famille, les Meijer, qui devrait rejoindre la légende des Rougon-Macquart.
L'unité d'un seul roman donne bien sûr plus de corps à cette oeuvre et son idée maîtresse qui est de nous faire partager le quotidien d'une famille juive ayant connu les trois guerres (1870, 1914, 1940) et les courants sociaux du grand virage du XX°.
Outre le plaisir procuré par son style littéraire (éblouissant) et le divertissement (la truculence des personnages et le ressort de leurs aventures sociales), Melnitz se révèle aussi être un excellent manuel d'Histoire qui va vous en apprendre beaucoup sur la judaïté en Helvétie. Jubilatoire, je vous dis.

Melnitz, Charles Lewinsky, Grasset, octobre 2008, 776p., 22€90.

  CHARLES LEWINSKY - Brice Depasse 1
  CHARLES LEWINSKY - Brice Depasse 2

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06 12 08

La vie aura passé

GERMAINUne des plus belles phrases de la littérature, nous la devons à Aragon : “La vie aura passé comme un grand château triste”. Et le roman de Sylvie Germain l’illustre à merveille. Ces vies qui filent, qui s’étiolent à peine nourris les rêves les plus fous, ceux qui nous font croire que cela en vaut la peine. Sabine, Pierre, Edith, Georges et tous les autres : autant de destins si vite passés mais à travers lesquels passe cet inaperçu - une fillette fantasque, un amour de guerre - qui laisse aux survivants une trace à la fois forte et aveugle, et qui modifie la course de ces gouttes d’eau insignifiantes que sont nos vies.Et le plus bel inaperçu, le plus chatoyant, planté au milieu de la vue et pourtant si peu remarqué : l’éclat solaire, pur et insolent, d’un tableau jaune de Rothko, de ces œuvres denses et tragiques qui disent, en un geste de couleur, que, si la vie passe, restent la beauté et l’amour de l’art et de nos rencontres. Et “c’est si peu dire que je t’aime”, n’est-ce pas M. Aragon ?
Vincent ENGEL

L’inaperçu, Sylvie Germain, Paris : Albin Michel, 2008. 294 p. 17 €

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03 12 08

Partir, revenir

BLOOMDans la foulée du très beau Vita de Melania Mazzucco, qui racontait l’histoire d’une jeune Italienne débarquant à New York en 1903, le roman de Bloom raconte la vie de Lilian, une juive russe échappée d’un pogrome dans les années 1920. Mais ici, l’exil devient un exode : apprenant que sa fille n’est pas morte et a été emportée en Sibérie par une famille rescapée, Lilian décide de quitter la sécurité retrouvée à NY pour une épopée terrible jusqu’en Alaska où elle espère embarquer. De rencontre en rencontre, elle nous offre un tableau saisissant de cette Amérique encore sauvage.L’originalité de Bloom réside surtout dans la manière de présenter, en quelques lignes, le destin des personnages croisés par Lilian, et dans le jeu avec le dictionnaire et le thesaurus qui aident l’émigrée à apprendre l’anglais.Une aventure qui nous ôte l’envie de nous plaindre de nos petits malheurs, et qui pose avec force la question de la maternité.
Vincent Engel

Ailleurs, plus loin, Amy Bloom, Belfond, 2008. 249p., 19 € env.

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03 12 08

Un achèvement absolu

CHICHECette rentrée littéraire me laissait une impression mitigée, jusqu’à ce que je découvre le premier roman de Sarah Chiche. L’histoire absolument bouleversante d’une jeune femme qui revient sur son enfance, les rapports horriblement complexes qu’elle a entretenus avec sa mère depuis la mort de son père. Elle a quinze mois quand il meurt, et sa mère n’aura de cesse de la couper de la famille paternelle. Mère abusive, violente, séduisante, aimée, enviée. Des années dans l’ombre de désirs refoulés, de secrets blessants. Jusqu’à l’événement de trop qui la plonge dans une terrible dépression.
“L’inachevée” est l’histoire dure et pure d’une reconstruction. La narratrice devient adulte, comprend sa mère et lui pardonnera. Un peu d’humour, beaucoup d’humanité, de style et d’intelligence pour dépasser le traumatisme, refuser la position faussement confortable de la victime sans verser pour autant dans celle du bourreau.
Sarah Chiche pourra-t-elle écrire un second roman après un texte aussi nu et achevé ? Souhaitons-le. En attendant, ne ratez pas celui-là.
Vincent Engel

L’inachevée, Sarah Chiche, Grasset, 2008, 177 p., 15 € env

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02 12 08

Alain Souchon au pays des livres

SOUCHONDans son excellent dernier album, Ecoutez d'où ma peine vient, Alain Souchon revient sur sa chanson hommage à Françoise Sagan. Je ne pouvais pas rater l'occasion de le faire parler de ces livres qu'il aime tant et de son mode d'emploi pour ne pas se tromper dans une librairie face à la pléthore de titres en rayon.
Extrait de notre entretien qui sera diffusé la semaine prochaine sur Nostalgie.

Dans ce podcast, il est question d'écouter d'où sa peine vient, de Françoise Sagan, de mélancolie et d'Amour.

  ALAIN SOUCHON - Brice Depasse 1

Où l'on évoque Chateaubriand, Sagan, Brett Easton Ellis, Douglas Kennedy, Amélie Nothomb, BHL & Houellebecq, ...

  ALAIN SOUCHON - Brice Depasse 2

efr318-004-MF

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01 12 08

Un Chinois à Paris

LACAMPDans Le jongleur de nuages Ysabelle Lacamp évoque le destin d'un des 140.000 Chinois qui vinrent travailler en France pendant la guerre 14-18 pour remplacer les ouvriers partis au front mais aussi pour "nettoyer" les tranchées. Parmi ces travailleurs oubliés par l'Histoire, un des derniers Juifs chinois, rejeté par les uns et les autres parce qu'il est différent.
Accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis, il fuit vers Paris.
Fille de l'écrivain (Prix Renaudot en 1969 pour Les feux de la colère) et journaliste (co-fondateur de l'AFP) Max-Olivier Lacamp, l'auteure d'Une jeune fille bien comme il faut réécrit avec bonheur sur la différence et la recherche d'identité à travers l'Histoire et une histoire.

  YSABELLE LACAMP - Brice Depasse

Le jongleur de nuages, Ysabelle Lacamp, Flammarion, octobre 2008, 394p., 21€00.

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