27 09 08

Au regret d'être père

VILAINOserais-je le sous-titrer. Chaque roman de Philippe Vilain aborde un sujet sensible. Le précédent, Paris l'après-midi, était l'adultère. Nous voici dans du plus cruel encore : la difficulté d'être père, de le devenir, d'en accepter la responsabilité, les devoirs.
Devenir père, c'est grandir avec un coeur qui reste en enfance.
Le narrateur de ce livre tente sans cesse de fuir par des voies pas très élégantes, par des non dits répétitifs.
Faux-père pose la question de l'amour chez l'homme qui voyage de femme en femme refusant de leur succomber, par ennui. Jusqu'au jour où une belle et rebelle Italienne le piège, avec délicatesse. Elle ouvre cette âme paternelle qui sommeille en lui et s'évertue à éteindre les remords du vieux séducteur.
L'un des derniers remords consigné dans un carnet va conduire à une tragique mésaventure, fruit du doute et du malentendu.
"Papa" ne se gomme pas comme une faute.
Nicky Depasse

Faux-père, Philippe Vilain, Grasset, août 2008, 112p., 11€90 env.

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25 09 08

Dernières lettres du Petit Prince

SAINTEX_LETTRESIl y a un an, une quinzaine de lettres inédites de Saint-Exupéry sont apparues lors d'une vente publique. Achetées par un collectionneur français, les voici éditées chez Gallimard. Ces lettres mettent au jour une histoire d'amour entre le pilote-écrivain et une jeune femme de 23 ans, rencontrée dans le train entre Oran et Alger en 1943. Probablement les dernières à avoir été écrites avant l'accident fatal, elles sont illustrées par des dessins du Petit Prince de la main de son auteur. Les documents reproduits en fac-simillé, accompagnés de leur transcription typographique, témoignent de cette dernière relation, probablement la plus platonique (malgré lui) qu'ait connu Saint-Ex.
Pour les fans du Petit Prince, pour les amateurs de styles épistolaires éblouissants, pour les chasseurs de documents, pour Saint-Exupéry.
Nicky Depasse

Lettres à l'inconnue, Antoine de Saint-Exupéry, Gallimard, septembre 2008, 15€00.

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24 09 08

L'amour est la raison d'aimer

PPDAJacques est un jeune adolescent dans le Rabat de l'entre-deux guerres. La tranquilité de son existence dorée au Maroc est bouleversée par la visite de la star mondiale, Charles Lindbergh. Au cours de la réception donnée en son honneur, le héros de l'Atlantique séduit sa mère devant tout le gratin de la bonne société française à laquelle appartient son père, lui aussi pilote (et ami de Saint-Exupéry).
Mon chéri,
J'embarque sur le Jean-Laborde. Un coup de folie, j'avais envie, ne m'en tiens pas rigueur. Je descendrai sans doute à la prochaine escale, Saint Louis du Sénégal, et je serai bientôt de retour.

Face au désarroi de son père, le petit Jacques s'embarque, passager clandestin, dans un sac de l'Aéropostale pour retrouver sa maman. Une aventure dans le quotidien de l'auteur du Petit prince, de Forteresse, Vol de nuit et Terre des hommes, auxquels fait référence ce court et beau roman.
Brice Depasse

Petit prince du désert, Patrick Poivre d'Arvor, Albin Michel, juillet 2008, 115p., 12€ env.

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21 09 08

Lady Di et la chambre noire

BRAMLYPermettez-moi, braves gens, d'attirer votre attention sur un roman captivant, ambitieux et extrêmement réussi de Serge Bramly. Le photographe écrivain nous plonge cette fois dans l'envers du décor de l'histoire de Charles et Diana. Une histoire qui, si elle a déjà fait l'objet de très nombreuses publications, ne l'a pas encore été sous cet angle politico-thriller ni avec ce talent.
Car outre les personnages de Diana et Charles, vous allez pouvoir suivre des trajectoires qui auraient du rester parallèles et qui pourtant vont se croiser sous le pont de l'Alma : un trafiquant d'armes suisse, un conseiller du ministre des finances françaises, une famille d'armateurs libanais bruxellois, un général africain, un photographe parisien et un agent des services secrets français.
La convergence de ces intérêts et destins fera prononcer à Diana un dernier mot que ses sauveteurs ne comprendront pas : "murder".
Alors ! Votre curiosité n'est-elle pas piquée au vif ?

   SERGE BRAMLY - Brice Depasse 1
   SERGE BRAMLY - Brice Depasse 2
   SERGE BRAMLY - Brice Depasse 3

La chronique du livre sur Nostalgie, dans le Grand Morning :

  GRAND MORNING - Serge Bramly

Serge Bramly13Photo : Alain Trellu

Le premier principe, Le second principe, Serge Bramly, JC Lattès, août 2008, 614p., 22€ env.

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18 09 08

Si j'étais lui

BOURAOUIIl est comment le nouveau Nina Bouraoui ?
Tendre et touchant. Beaucoup de tendresse. Nous l'avons évoquée lors de notre entretien, Nina et moi. Appelez-moi par mon prénom. C'est ce que j'ai fait. Ce petit bout de femme est un vrai soldat qui n'a pas craint de publier un roman différent, de facture plus classique que précédemment. Elle assume ses choix, sa narration beaucoup plus accessible, son amour démesuré voire obsessionnel avec un jeune homme rencontré lors d'une signature en librairie.
Récit surprenant dans lequel on se surprend à caresser l'étoffe d'une relation tissée sur la toile, de mots et d'images virtuels. Au fil des emails échangés, la passion pour l'autre se déploie.
Je ne me suis pas lassée ... j'ai aimé partager avec Nina cet univers où l'Amour est roi sur la toile des rencontres [ pas toujours nettes ;o) ].
En clair, je vous recommande ce livre sans mauvaises pensées.
Nicky Depasse

   NINA BOURAOUI – Nicky Depasse 1
   NINA BOURAOUI – Nicky Depasse 2
   NINA BOURAOUI – Nicky Depasse 3

Appelez-moi par mon prénom, Nina Bouraoui, Stock, 2008, 111p., 14€50.

Nina Bouraoui07
Photo: Alain Trellu

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18 09 08

Russie blanche & rouge sang

VAVITCHViktor Vavitch est une des grandes sensations de l'automne, une aventure éditoriale. Nous assistons à l'exhumation, à la publication d'un roman qui devrait être à l'heure actuelle déjà considéré comme un classique. Oeuvre de Boris Jitkov, écrivain pour la jeunesse reconnu même par les soviets d'avant guerre, ce roman aurait dû être publié en 1941, trois ans après la mort de son auteur. La censure stalinienne le condamnant au pilon avant sa mise en rayon, l'imprimeur en garde quelques exemplaires.
Viktor Vavitch plonge alors dans un oubli dont il ne sortira qu'à la fin du siècle dernier. Edité en Russie en 1999, sa version française voit enfin le jour. Louons le geste de l'homme qui a sauvé cet impressionnant roman choral de la destruction.
Premières lignes, première découverte : un style résolument, incroyablement moderne. Jitkov fait sonner le verbe comme son contemporain Chostakovitch faisait résonner les notes. Sèchement. Simplement. Minimalistement. Ouvrez ce livre. Lisez la scène d'introduction. Vous y êtes ?. Eblouissant, non ? Jitkov est un vrai génie, vous l'avez compris. Et si vous adorez Dostoïevski ou Gogol, vous êtes déjà comblé et heureux de la perspective d'avoir devant vous un roman fleuve à savourer.
La suite. Un foisonnement d'histoires parallèles puis accidentellement concordantes et enfin sécantes.
1905. La révolution. L'annihilation de vies, d'espoirs et de destinées des quidams qui se retrouvent face à face. Comme Zola le démontre admirablement dans La fortune des Rougon ou La débâcle, les gens ne sont rien face aux remouds de l'histoire qu'ils soient imbéciles comme Viktor Vavitch ou artistes comme le brave flûtiste juif éperdument amoureux.
Epique, magnifique, désespéré. Entre Tolstoï et Céline.
Brice Depasse

Viktor Vavitch, Boris Jitkov, Calmann-Lévy, 2008, 732p., 25€.

VAVITCH_1905

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16 09 08

"Keith me" : on est quittes

keithmeChère Amanda Sthers,
La presse a annoncé que Patrick Bruel et vous, c’est fini. Votre visage illumine les pages de magazines. Les gens veulent lire votre livre, pour savoir Ça fait quoi d’être mariée à un mec connu, et puis plus ? Je vous cite. Vous savez y faire avec les journalistes. Vous avez appris à vous protéger. Pourtant, vous écrivez sur votre vie privée. Comment, dès lors, lire votre livre ? Peut-on ignorer la rumeur et faire fi des préjugés ? Dès la page 44, vous dites : On m’a posé trente-sept fois la question en interview : « Pensez-vous que vous auriez eu du succès si votre mari n’avait pas été connu ? » Chaque fois, vous vous êtes retenue de hurler. Vous avez trouvé une parade. Dès le début de Keith me, vos jeux de rôles font mouche : On disait qu’on était dans la peau d’un écrivain ―Amanda alias Andréa―, qui se glisse dans la peau de Keith Richards, le guitariste des Rolling Stones. Et l’on admet que vous avez le don de vous dédoubler. Je suis cet homme, comme je suis ces femmes qu’il a aimées. Déroutant, comme procédé. Vous êtes donc Keith. Un rockeur. Un vrai. Celui que vous auriez voulu épouser. Pour surmonter votre peine, vous vous prenez pour un dieu du rock. Keith me fait parler, mon mari m’a fait taire. (…) Il voulait tellement pas que j’abîme son image. Difficile d’être un petit écrivain face au chanteur qui remplit le stade de France. Comment exister, quand d’aucuns pensent Et puis tu écris, ça t’occupe, comme les femmes qui tricotent ? Comment s’en sortir, quand on a quitté le foyer avec les enfants, car papa n’aime plus maman ? Plutôt que d’étaler votre chagrin sur un divan, vous plongez dans la rock-fiction. Pour éprouver des sensations : J’ai peur d’abîmer mon corps, je verse la drogue dans les veines de Keith et j’en prends les effets ou, au contraire, les anesthésier. Vous faites parler la rock star pour mieux vous l’approprier. Certains chapitres comportent des moments cocasses ― lettres de groupies, interviews factices ― et crus ― scènes d’orgies chez les Stones ―, des passages forts et des comparaisons, comme quand Keith quitte sa femme pour une plus jeune. Anita sera toujours ma femme. Mais voilà, j’ai rencontré la même qu’Anita avec des années en moins et je l’ai épousée. C’est infect. Alors, Keith me est-il le livre de la revanche ? Doit-on lire dans ce titre : Fais-moi Keith ? Rends-moi star, comme lui/comme toi ? Quitte-moi ? En devenant Keith, vous laissez Patrick vivre sa vie, et vous suggérez : Nous sommes quittes. Finalement, votre livre n’est pas si loin du pardon.
Valérie Nimal
PS : J’aime quand votre plume s’empare avec grâce du malheur des femmes de génie, Marianne Faithfull et Cie, du désir des hommes et du rejet. En fermant votre roman, j’ai eu envie de vous voler du talent, comme vous le dites si joliment. Quand vous écrivez, vous existez.

Keith me, Amanda Sthers, Stock, août 2008, 143 pages, 14,50 euros.

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15 09 08

D'amour et d'amitié en Algérie

KHADRAC'est un très grand Khadra que publie Juliard cet automne. Quel souffle ! La richesse, la misère, le soleil d'Algérie, les attentats, le maquis, les amours impossibles, l'amitié grégaire des ados, le charme de l'avant-guerre, le désert, la guerre d'indépendance, les fêtes, le racisme, l'Islam, la fierté, l'alcoolisme, le pardon, les anciens combattants, la vieillesse, le bon vin, l'anisette, les premiers émois, la première fois, ... tout sonne dans cette épopée où les destins personnels sont broyés par le grand marteau de l'Histoire.
Yasmina Khadra est, certes, un de nos grands producteurs de best sellers actuels. Son humanité, son talent et son style font de lui un des écrivains majeurs contemporains.
Quel beau et juste Prix Nobel de littérature il ferait.

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   YASMINA KHADRA – Brice Depasse 2
   YASMINA KHADRA – Brice Depasse 3

La chronique sur Nostalgie :

   GRAND MORNING - Yasmina Khadra

Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina Khadra, 2008, 413p., 20€00.

Yasmina Khadra04Photo : Alain Trellu

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12 09 08

Entretien avec la princesse

NOTHOMBAvec Le fait du prince, Amélie Nothomb confirme tout le bien qu'on pensait de son inspiration renouvelée après une baisse de pression (cliquez sur la couverture du livre pour lire notre chronique). Vous y retrouverez tout ce qui vous a plu dans ses excellents romans de la décennie précédente avec en plus une touche d'optimisme, un certain ensoleillement qui lui sied très bien.
Bref, Le fait du prince est un thriller qui ne manquera pas de vous surprendre comme cet entretien réalisé autour de la table d'un café de la place Flagey, et après une orgie de frites (avec andalouse et samouraï) comme seuls les Belges et les Ch'tis savent les apprécier.

   AMELIE NOTHOMB – Brice Depasse 1
   AMELIE NOTHOMB – Brice Depasse 2
   AMELIE NOTHOMB – Nicky Depasse

«Le fait du prince», Amélie Nothomb, Albin Michel, 2008, 160p, 15€90

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11 09 08

Un sommet de l’humour anglais

WODEHOUSELes Éditions Omnibus à Paris ont ressorti, sous le titre générique de Jeeves, quatre romans de Pelham Grenville Wodehouse (1881-1975) qui, depuis leur parution (en 1923 pour L’inimitable Jeeves, en 1924 pour Allez-y Jeeves et en 1934 pour Ça va Jeeves ? et Merci, Jeeves !), n’ont cessé de remporter un succès phénoménal aux quatre coins de la planète auprès des amateurs d’humour à la fois pince-sans-rire et délirant. Évoluant dans un univers so British peuplé de jeunes filles – de bonne famille, indeed – énergiques et épuisantes, de leurs tantes redoutables et de leurs oncles débonnaires, le personnage de Jeeves, le génial et flegmatique majordome d’un jeune célibataire oisif et écervelé qui a l’art de se fourrer dans des situations inextricables, a enthousiasmé et fait rire aux larmes des générations de lecteurs éblouis par tant de virtuosité dans l’art de brosser le portrait un brin sarcastique d’une société. Quand on referme cet ouvrage, on ne peut que partager ce commentaire définitif d’un critique littéraire sujet de Sa Gracieuse Majesté : « Il n’y a que deux sortes de lecteurs de Wodehouse, ceux qui l’adorent et ceux qui ne l’ont pas lu ».
Bernard Delcord

Jeeves [L’inimitable Jeeves, Allez-y, Jeeves, Merci, Jeeves !, Ça va, Jeeves ? Préface de François Rivière] par Pelham Grenville Wodehouse, Omnibus, juin 2008, 912 pp., 24 €.

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