23 08 08

En attendant Ravèse

RETZ"La dernière chose qu'il nous reste à détruire est la possibilité de l'amour, a dit Ravèse", l'ami du narrateur, "et par conséquent la seule chose que nous devions sauver." Le Grand Art, celui dont ces deux hommes parlent sur une banquette du café Select, c'est l'Amour. De fil en aiguille, il vont y arriver, telle la discussion entre Dupin et son ami dans la nouvelle d'Edgar Allan Poe.
Valentin Retz a une haute opinion de l'art et du sort que lui a réservé le XX° siècle qu'il me plaît (et me rassure) de partager. Les propos qu'il prête à Ravèse (Varèse?) laissent apparaître derrière le papier un homme jeune et intéressant, passionné et probablement passionnant.
La forme elliptique de son écriture d'érudit ne se met malheureusement pas encore assez au service de ses idées. Le manque de clarté et le de fluidité est le seul reproche que je ferai à cet bel essai sous couvert de conversation intime qui a séduit un (ou deux) homme(s) dans le bureau du premier étage d'une célèbre maison de la rue Sébastien Bottin.
Je conclurai avec Valentin Retz que ce qui se hait le plus et d'une haine mortelle, c'est le talent.
Brice Depasse

Grand Art, Valentin Retz, L'infini, Gallimard, 2008, 96p., 11€00.

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18 08 08

La tête en friche : le bonheur, maintenant

roger3 Bonheur intense. Vous êtes en vacances et vous lisez, sur une terrasse, une plage ou dans un train. A chaque page de ce roman, vous riez. Vous riez de tout votre saoul et priez que ça ne finisse jamais. Autour de vous, les gens sourient. Posez-les yeux sur eux et comptez-les, qui vous envient de tenir un tel trésor entre les mains. Un curieux ose : Quel est ce livre si drôle ? Vous susurrez : La tête en friche.
Comme dit Germain, le narrateur (110 kg de muscles, locataire d'une caravane, se méfie des mots et de ceux qui parlent "tout en guirlande et poils de cul") : "Ce qu'ils mettent au dos des romans, je vais vous dire, c'est à se demander si c'est vraiment écrit pour vous donner l'envie. En tout cas, c'est sûr, c'est pas fait pour les gens comme moi. Que des mots à coucher dehors - inéluctable, quête fertile, admirable concision, roman polyphonique... -et pas un seul bouquin où je trouve écrit simplement : c'est une histoire qui parle d'aventures ou d'amour -ou d'Indiens. Et point barre, c'est tout."
J'ajouterais que certains livres ont le pouvoir de transfigurer la vie. Dans La tête en friche, un faux dur, inculte et paresseux se prendra d'amitié pour une vieille dame, Camus et un dictionnaire. Ses compères, sublimement croqués dans leurs conversations de comptoir, n'en reviendront pas de la métamorphose. Qu'on se le chuchote à l'oreille : ce chef-d'œuvre d'humour et d'émotion pure est signé Marie-Sabine Roger. Foncez chez votre libraire, dès le 20 août !
Valérie Nimal


La tête en friche, Marie-Sabine Roger, Editions du Rouergue, août 2008, 224 pages, 16,50 euros.

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15 08 08

Tragédie phénicienne

NAJJARAvant Beyrouth, le Liban a connu d'autres villes martyrs. Saint-Jean d'Acre écrasée par Napoleon, Saladin, Saint Louis et Richard Coeur de Lion. Et bien plus loin, dans l'antiquité, Tyr assiégée et mise en pièces par Alexandre le Grand.
Un autre Alexandre nous raconte l'histoire incroyable du siège de Tyr par les troupes macédoniennes, du jusqu'au boutisme forcé par la raison d'Etat qui laissera un peuple phénicien annihilé et une armée grecque décimée mais victorieuse.
L'antiquité n'a pas laissé que des oeuvres d'art. Cet épisode historique remontant à une époque où Phéniciens, Grecs, Egyptiens, Carthaginois, Etrusques et Romains se disputaient encore la Méditérranée vous fera vivre à hauteur d'homme la violence qui accompagne ce que l'Histoire ne nous présente plus que comme des faits.

   ALEXANDRE NAJJAR - Brice Depasse 1
  ALEXANDRE NAJJAR - Brice Depasse 2
  ALEXANDRE NAJJAR - Brice Depasse 3

Phenicia, Alexandre Najjar, Plon, mai 2008, 226p., 18€90.

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05 08 08

La plume contre les chars

soljenitsyneUne grande figure de la littérature, témoin de ce violentissime XX° siècle européen auquel nous avons appartenu, a disparu. Après la vague des gros titres de la presse généraliste, je vous propose d'approfondir le sujet grâce à l'excellent portrait qu'en dresse mon ami Jean-Louis Kuffer.

Le combat biblique de David contre Goliath revient à l’esprit à l’instant de se rappeler la destinée historique providentielle, à la fois politique et littéraire, d’Alexandre Soljenitsyne. Nul écrivain du XXe siècle n’a été plus engagé, corps et âme. Nul n’a montré plus de courage et d’énergie, dans sa vie et par son œuvre. Contre le pouvoir totalitaire de Staline, qui l’envoya au bagne. Contre l’Etat soviétique et ses chiens de garde, ministres ou plumitifs. Contre les « pluralistes » occidentaux après son exil de 1974. Au fil d’une œuvre en continuelle expansion, brassant la langue et la revivifiant (on sait qu’il la renouvelée par un dictionnaire de son cru !) tout en menant ses campagnes de résistant, l’écrivain, conteur plein d’humanité et poète en prose de grand souffle, fit à la fois figure de chef de guerre et de prophète.

Lisez la suite de ce texte en cliquant sur la couverture.

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05 08 08

Tuons sous la pluie

frenchAprès la vague des auteurs de polars venus d'Outre Atlantique, il semble bien qu'une nouvelle tendance s'installe peu à peu dans le petit landernau de l'enquête policière : celle des auteures anglo-normandes à la plume trempée dans la plus sombre des encres ! Après Alex Barclay (Irlande) ou Mo Hayder (Angleterre), voici donc venir Tana French, petite nouvelle dans la discipline qui plante sa tente dans les brumes humides de la verte Irlande. La Mort dans les Bois débute avec la disparition de trois enfants au coeur d'une dense forêt, avant de faire un bon en avant dans le temps, jusqu'à notre époque, lorsque le corps d'une gamine de douze ans est retrouvé sur les lieux de ce qui est devenu un chantier de fouille archéologique. Les bois ont disparu ... mais le traumatisme de Rob Ryan, non. Retrouvé dans les bois avec les baskets en sang, seul survivant de la scène d'ouverture, il se voit confier l'enquête... Et le passé ne tarde pas à lui sauter au visage.
Pour une novice, aux commandes de son premier roman, Tana French s'en sort plutôt bien. Même si le départ est un peu laborieux et les descriptions un rien cliché (je crois que je pourrais décrire une épicerie ou une maison de la classe moyenne sans jamais y avoir mis les pieds, tant les lieux s'avèrent des passages obligés pour tous les auteurs de polar britanniques qui se respectent !) le rythme s'accélère peu à peu et on se surprend à se demander par quel stratagème la nouvelle venue va lier les fils de son intrigue. Elle y arrive sans trop de mal... Même si certains passages nécessitent une petite paire de forceps. Moins « évident » que la prose d'Alex Barclay et plus posé que les « horreurs » de Miss Hayder, l'oeuvre de Tana French devrait bonifier avec le temps.
Dr Corthouts

La Mort dans les Bois, Tana French Michel Lafon, mai 2008, 472p., 21€95.

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30 07 08

Micro-joailleries pour amateurs de littérature

clementCela fait plus d'un an que ces Grains de beautés me tentent, résistent et survivent au harcèlement des maisons d'édition, à la coulée continue des nouveautés, aux salles d'attente peuplées d'auteurs à interviewer.
Aujourd'hui décision de saisir ce livre sur la table de nuit de Nicky. Et ...
Veni, legi, vici. Joie. L'attente est à la hauteur des espérances. Vive la littérature. Nouvel univers. Territoires vierges comme ces îles des mers de Chine vers lesquelles navigue Zérène, peintre miniaturiste itinérant du XVIII° siècle, parti à la pêche aux merveilles qu'il doit rapporter à la Marquise des Ailleurs, mécène dont l'amour est le prix de l'aventure.
Ecrites dans la langue précieuse du siècle des Lumières et des Libertés, les lettres de Zérène, élève de François Boucher, Arthur Gordon Pym de l'érotisme, demeureront mon plus beau souvenir de vacances 2008.

  FREDERIC CLEMENT - Brice Depasse 1
  FREDERIC CLEMENT - Brice Depasse 2

Grains de beautés (et autres minuties d'un collectionneur de mouches), Frédéric Clément, Actes Sud, mars 2007, 101p, 16€.

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15 07 08

La passion selon Lapierre

LAPIERREIncrevable Dominique Lapierre ! Quatre décennies après Paris brûle-t-il ? et Ô Jerusalem, deux best sellers mondiaux, près de trente ans après le New-York du Cinquième cavalier, sans compter les Bhopal et Moscou de ses derniers livres, le raconteur d'aventures humaines plonge aujourd'hui dans les racines de Pretoria, Johannesbourg et du Cap.
Depuis les premiers occupants hollandais jusqu'à Nelson Mandela, l'auteur de "La Cité de la joie" vous fait le récit (dénué du complexe de la pensée unique) de la vie des Afrikaners, autochtones et colons anglais : âmes pures, grandes crapules, pionniers malgré eux, mères courages blanches et noires, bref tous ces hommes et femmes qui ont façonné en bien ou en mal la nation arc-en-ciel.
J'en omettais dans cette énumération l'intérêt de ce livre par rapport aux autres sur le même sujet : la passion que Dominique Lapierre met dans son écriture, ses histoires, ses rencontres, sa vie. Ecoutez-le !

  DOMINIQUE LAPIERRE - Brice Depasse 1
  DOMINIQUE LAPIERRE - Brice Depasse 2

Et n'oubliez pas la fondation de Dominique Lapierre :

  DOMINIQUE LAPIERRE - Brice Depasse 3

Dominique Lapierre 03
«Un arc-en-ciel dans la nuit»,Dominique Lapierre, Robert Laffont, mai 2008, 363p, 21€00


Photo : Alain Trellu

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15 07 08

Vitalie Rimbaud

RIMBAUD LALANDERéédité en format de poche, l'ouvrage de Françoise Lalande, éclaire d'un jour nouveau la personnalité de Vitalie Cuif, alias, Madame Frédéric Rimbaud, maman du célèbre poète ; j'ai nommé : Arthur Rimbaud.
Un bijou d'écriture et d'introspection que je vous recommande vivement.
Eperdument éprise du capitaine Frédéric Rimbaud dont elle aura quatre enfants, deux fils, deux filles, Vitalie se voit abandonnée oar son époux et seule face à la vie.
"A partir de cette année 1860, Vitalie Cuyf, épouse Rimbaud, devint une femme qu'on ne vit plus jamais rire ou sourire une seule fois." p 65
"Elle jura de s'en sortir et d'en tirer ses enfants, de cette vie au fond d'un trou" (p 68)
Avec tendresse et acuité psychologique, Françoise Lalande trace un portrait tout en finesse, de cette Ardennaise, dénonçant le portrait de mégère acariâtre que la légende lui a abusivement octroyé.
Dévouée à l'extrême à ses enfants - elle perdra sa fille homonyme - Vitalie- des suites de la tuberculose - elle favorisera, dans la mesure de ses moyens financiers et au-delà des limites de la compréhension le bien-être d'Arthur, son fils, son alter ego.
Par delà le portrait d'Arthur Rimbaud, Françoise Lalande signe un éclairage social des plus passionnants, étayé par une documentation impressionnante, sur les conditions de vie, en ce début XIXe (siècle)
Un livre bien écrit, que je vous recommande chaleureusement pour l’été.
Apolline Elter

Madame Rimbaud, Françoise Lalande, Labor, coll."Espace Nord, 2005", 329p. (Réédition de l'ouvrage paru auprès des Presses de la Renaissance, en 1987).

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28 06 08

Une brique dans l'oreille

DE_ROSNAY

Par Vincent Engel (visitez son site).

Ce sont leurs obsessions qui définissent le mieux les écrivains, et c’est à travers elles qu’ils déploient le meilleur de leur art. Tatiana de Rosnay est convaincue que les murs et les lieux en général gardent la mémoire des événements qui se sont produits chez eux. Et que certaines personnes perçoivent et subissent cette mémoire.
Des souvenirs malheureux essentiellement; dans “Elle s’appelait Sarah”, de Rosnay évoquait la rafle du Vél’ d’Hiv. Ici, ce sont les victimes d’un tueur en série. Un roman bref, coupant comme une lame, étouffant comme la main d’un meurtrier. La folie qui monte, pose ses valises sanglantes dans l’âme de la narratrice et, petit à petit, imperceptiblement, transforme la victime en bourreau. On finirait par croire que, pour vivre heureux, il faut être amnésique, si la littérature, et particulièrement celle de Tatiana de Rosnay, n’était pas aussi l’outil privilégié de la mémoire. Laquelle est indispensable, sinon au bonheur, du moins à l’humanité.

Copie de Tatiana deRosnay10 «La mémoire des murs», Tatiana de Rosnay, Héloïse d’Ormesson, mai 2008, 141p, 16€00

Acheter «Les collectionneurs»

Portrait : Alain Trellu

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27 06 08

Michel Lambert: Le jour où le ciel a disparu

lambert2Vous n’êtes pas à ma place, dit un homme à son collègue qui tente de le consoler (après un accident qui a rendu son fils handicapé). Comme si cette sentence nous était adressée en filigrane, l’auteur de ces nouvelles instaure entre ses personnages et le lecteur, une distance idoine, enrichie de respect et de tendresse. Nous ne sommes pas à là place de ces gens. Et cependant. Dès le début, l’atmosphère pèse, le ciel menace, les protagonistes luttent contre leurs démons et les femmes ont des rires fêlés. Au fil des pages de ce recueil, leur tourment devient entêtant. Grâce à sa plume vive, précise, Michel Lambert nous permet de frôler ces âmes sombres au plus près et de pénétrer dans leur monde désenchanté. Tous ont vécu une journée « où le ciel a disparu ». Une journée où l’on aurait envie de pleurer dans les bras d’un être aimé jadis, ou d’aboyer comme un chien devant une inconnue. Ces jours-là, l’écrivain les habille de couleurs dramatiques : ciels gris de novembre, sales, jaunâtres. Il leur confère un air trop chargé de désirsflotte une sorte de désordre. La côte belge s’anime de passants, figurants d’après-tournage. Dans une autre rue, des silhouettes blanches se fondent parmi les flocons de neige. Ces éléments météorologiques composent un décor idéal, qui sert l’intrigue et accompagne les variations d’humeur des protagonistes. Jalousie, assuétude, abstinence, rivalité, solitude, folie, handicap. Le malheur ordinaire (pas si éloigné du bonheur triste) a rarement été aussi bien exploité dans un recueil. Emmenez ces histoires dans votre valise si vous partez en vacances. Dix perles cohérentes, homogènes, au style impeccable.
Valérie Nimal

Le jour où le ciel a disparu , Michel Lambert, Le Rocher, 178 p, 17,50 €.
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