16 06 08

Les murs n'oublient jamais

TATIANADEROSNAYAvec l'énorme Elle s'appelait Sarah, Tatiana de Rosnay est entrée l'an dernier dans le club des auteurs qui passent la barre des cent mille. Ce n'est qu'un début puisqu'on sait aujourd'hui que le roman deviendra un film.
Héloïse d'Ormesson qui a eu la bonne idée de publier ce manuscrit refusé, réédite en ce beau printemps un livre paru en 2003 (et aujourd'hui épuisé) : La mémoire des murs. Mais il ne s'agit pas seulement d'une publication offerte aux lecteurs en attendant un nouveau roman de l'auteur. C'est surtout l'occasion de donner une véritable chance à une histoire qui inspira Elle s'appelait Sarah.
La mémoire des murs est le roman noir de la descente aux enfers d'une femme qui, fraîchement abandonnée et divorcée, emménage dans un petit appartement où elle va pouvoir repartir dans la vie.
Mais, mauvaise pioche, les murs de son nouveau domicile ont été les témoins du premier meurtre d'un tueur en série qui a terrorisé Paris et torturé des jeunes femmes seules ...
Un livre prenant, court et captivant sur l'obsession mais aussi la solitude urbaine des nouveaux célibataires pas toujours volontaires.

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«La mémoire des murs», Tatiana de Rosnay, Héloïse d’Ormesson, mai 2008, 141p, 16€00

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Tatiana deRosnay03
Photo : Alain Trellu

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15 06 08

The meaning of lives

GREGOR_auraisVoilà un livre qui va donner des vertiges de plaisir à tous les amateurs de littérature, de belles histoires et de la chose bien écrite. C'est du Jean Grégor. Un _jeune_ écrivain de pure race qui ne déçoit pas.
Un récit tourbillon sur le sens de la vie, non, sur l'absence de sens de la vie, non, sur l'absence de sens de toutes nos vies, non, sur le sens de toutes nos vies.
Les 179 pages de ce roman fonctionnent comme un aspirateur de destins singuliers. Quelques lignes suffisent à raconter la vie d'une multitude de personnages depuis la serveuse d'un restaurant de la Baie de Somme, jusqu'au petit garçon, fils d'un papa alcoolique, en passant par la malheureuse victime d'un accident d'avion, une jeune coiffeuse parisienne, un adjudant-chef instructeur du temps du service militaire, un fan de Johnny Hallyday, une mouche française ou grecque ou encore un jouet made in China.
Quelques lignes pour aller à l'essentiel de toute une vie de quatre, vingt ou soixante ans. C'est à la fois de la maîtrise romanesque et de la métaphysique. Que faisons-nous de notre vie ? Quand est-il trop tard ? Qu'est-ce qu'on fout ici ? Pourquoi ratons-nous tous notre vie ?
Ou tout simplement (et terriblement) : c'est notre vie.
Tout commence et finit au même endroit, un café-restaurant de la Baie de Somme.
Il est encore temps.
Géant.
Brice Depasse

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Tu aurais pu , Jean Gregor, Balland, mai 2008, 178p., 18€90.

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15 06 08

L'ami de Bono n'est pas dans la poche

GREGOR_BonoParu en même temps, hasard, que le Bono par Bono de Michka Assayas, nous avions été séduits en 2005 par cet autre texte étonnant et incroyablement fort de Jean Grégor. L'ami de Bono, c'est le livre (très bien écrit !) d'une génération style "Germain et nous" mais 10 ans plus tard. Une jeunesse vouée à la musique rock et à l'amitié, la vie grégaire des ados revécue alors qu'elle n'appartient plus qu'à notre passé.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, le livre n'est pas encore sorti en poche. Voilà un bel objet de pétition ou de Groupe sur Facebook pour tous les mordus du net qui veulent faire bouger les choses : "Pour que L'ami de Bono paraisse en poche".
Si vous appartenez à la génération U2/Police/Simple Minds, ne passez pas à côté de ce récit é-pa-tant.

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L’ami de Bono, Jean Gregor, Mercure de France, février 2005, 171p., 15€50

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12 06 08

La maison de Véronique Janzyk

lamaisonDes murs, des fenêtres, un toit, une porte. Ouvrez-la et entrez dans La maison de Véronique Janzyk. Tâtez les murs, appréciez le silence qui y règne, la lumière provenant du jardin, l’odeur de peinture fraîche. On y fait des travaux. La nouvelle propriétaire a eu envie de rénover cette maison, après une rupture amoureuse. Une autre vie commence. Des voisins à apprivoiser, des ouvriers à diriger, les traces des habitants précédents à effacer, un amour à oublier : Des livres s’empilent sur la table, devant la bibliothèque. Tabou de reproduire, en mettant de l’ordre, des tableaux antérieurs dont toi seul serait absent, où tu serais encore inscrit en creux. Dans le quartier, la femme et sa fille croisent d’autres gens, d’autres maisons, un désespéré et un sans-abri (Sa maison, c’est lui). Parfois l’héroïne hésite, rêve d’une simple tente. Pleine de courage, elle entreprend. Rénove. Joue avec l’espace et les mots. Accueille ses amis. Et c’est reparti la vie ! Bien plus qu’un inventaire de travaux, La maison sonde ce qui se niche chez soi, au plus profond et appose habilement monde intérieur et extérieur, en deux cents tableaux incisifs et poétiques.
Valérie Nimal

La maison, Véronique Janzyk, Le Fram, 115 pages, 2008, 12 €.
PS : Ce roman subtil d’une auteure belge est publié par Le Fram, une maison qui fête ses dix ans cette année et que je salue, car elle est aussi un peu ma maison.

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12 06 08

Du jaspe à la bouche de l'ogre

FEYDERÔ Humanité, un recueil de trois récits de Vera Feyder (cliquez sur la couverture pour en lire la chronique par Apolline Elter), fait suite à la publication par le Grand Miroir du Manteau de trous (cliquez sur la couverture, idem) confirmant ainsi l'excellent virage éditorial de la maison belge.
Je vous propose aujourd'hui d'écouter ma rencontre avec cette grande dame des lettres dont le premier récit (inclus dans ce recueil) fut publié par Simone de Beauvoir.

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FEYDER Manteau
O Humanité, Vera Feyder, Le Grand Miroir, mai 2008, 15€.

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10 06 08

Variables populaires

BOFANE

Par Vincent Engel (visitez son site).

Tandis que Maxim Shattam et d’autres construisent des récits de complots où les maîtres contrôlent absolument tout, jusque au hasard, Bofane, entre parabole et récit d’actualité, dresse le portrait des impondérables de la politique, même celle qu’exercent des apprentis dictateurs. Manipulateurs manipulés, arroseurs arrosés, les personnages de ce roman nous racontent l’histoire récente du Congo, en quête obstinée de la démocratie, en guerre contre la faim, les inégalités et les magouilles du pouvoir.
Peut-on construire une communication et un projet politique à partir d’un manuel scolaire de mathématiques ? C’est ce que pense Célio, manipulé par Tshilombo, une éminence grise aux mains rouges, avant de retourner l’équation contre lui. C’est que, dans les variables de Célio, il y a l’amour et la fraternité – des inconnues dans les dérives politiciennes de Tshilombo et des parasites qu’il cultive autour de lui.
Un roman intelligent et drôle sur des pratiques politiques qui ne sont pas l’apanage des Congolais.

Mathématiques congolaises, In Koli Jean Bofane, Arles : Actes Sud, 2008. 318 p. 23 €

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02 06 08

Toujours ensemble ?

VISDEIL'exil d'Alexandra est l'adaptation romanesque par l'auteure de Toujours ensemble, la pièce de théâtre qui a fait le succès d'Anca Visdei de New-York à Tokyo.
Alexandra va passer les fêtes de la fin d'année 1973 en Suisse, le pays où elle vient de demander l'asile politique. Elle écrit à sa soeur cadette, restée en Roumanie, un pays qui s'apprête à vivre deux terribles décennies sous le régime de Ceaucescu.
La solitude d'Alexandra et la misère de son pays natal qu'elle a fui la mort dans l'âme, c'est ce que Anca Visdei propose de vivre à ses lecteurs au travers des lettres de deux soeurs que lient l'amour familial et la passion du théâtre. Alexandra est auteure; elle découvrira cet occident tant espéré mais qui ignore tout de sa chance d'être libre. Iona est comédienne; elle découvrira que s'il faut plus de courage pour rester dans ce pays que pour le quitter, la vie ne s'arrête pas pour autant.
Un texte puissant, authentique qui contient tous les éléments de la vie avec ses drames, ses bonheurs, ses larmes et ses rires. L'épisode de la chute du dictateur vu à travers les yeux d'Alexandra devant sa télé mais aussi ceux de Iona et de sa grand-mère dans les rues de Bucarest vaut son pesant de Milan Kundera ou de Philip Roth.
Un endroit où aller, un livre à lire et à vivre.
Brice Depasse

L'exil d'Alexandra, Anca Visdei, Actes Sud, mai 2008, 20€.

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Toujours ensemble, au Festival d'Avignon, L'Albatros théâtre, du 10 juillet au 2 août.

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01 06 08

Y a-t-il une fée dans la salle ?

CALMEL_sorcieresAu coeur de la France du XV° siècle, la jeune Algonde a survécu miraculeusement à une chute dans un torrent qui l'a entraînée sous la montagne. Elle dit y avoir rencontré la fée Mélusine mais se récrie rapidement.
Après La rivière des âmes et Lady pirate, Mireille Calmel revient aux temps plus éloignés du Bal des Louves et du Lit d'Alienor, son plus grand, énorme, succès. L'occasion de parler avec celle qui m'enchante depuis des années de tous ses livres, de ses héroïnes, de ses mythes et d'elle-même.

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Le chant des sorcières , Mireille Calmel, XO, mars 2008, 384p., 19€90.

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Mireille Calmel_16Photo : Alain Trellu

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27 05 08

Teacher Man. Un jeune prof à New York

mccourt2 Décidément, l’école est un sujet inépuisable. Après l’annonce de la Palme d’or de Cannes décernée au film de Laurent Cantet, j’ai bien envie de vous présenter la vie d’un autre prof. Celle de Frank McCourt, qui s’est mis à écrire à 66 ans et a connu le succès avec Les cendres d’Angela et C’est comment l’Amérique. Il termine sa trilogie par Teacher Man. Un jeune prof à New York, qui retrace trente ans d’enseignement, de doutes et de problèmes surmontés seul. Après une enfance misérable en Irlande, des boulots de docker et l'armée américaine, McCourt obtient une bourse d’études et devient professeur. Un métier où il dit apprendre à chaque instant: Ils pensaient que j'enseignais. Je pensais que j'enseignais. J'apprenais. Car comment affronter cinq classes par jour ou 175 ados d'origines diverses et rentrer chez soi épuisé, la tête bouillonnante de vies en devenir et de questions posées? En affûtant ses armes : verve, curiosité, improvisation, anticonformisme... L’humour, le goût de l’authentique et la modestie de l’auteur rendent ce récit attachant dès la première page dont je cite un extrait pour vous allécher : Le premier jour de ma carrière, j’ai failli être viré pour avoir mangé le sandwich d’un lycéen. Le deuxième jour, j’ai failli être viré parce que j’avais évoqué la possibilité d’une relation avec un mouton.
Valérie Nimal

Teacher Man. Un jeune prof à New York, Frank McCourt, traduit par Laurence Viallet, Pocket, avril 2008, 6 € 80.
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24 05 08

Hubert Nyssen chez Point Virgule

NYSSENC'est à la Librairie Point-Virgule de Namur (Belgique) qu'Hubert Nyssen effectua, ce jeudi 22 mai, la dernière présentation officielle de son roman, Les Déchirements. Un honneur pour la petite ville que célébrèrent les lecteurs en prenant d'assaut la librairie et tous les sièges disponibles.
Le débat fut animé par Régis Delcourt (Point Virgule), témoignant d'une lecture approfondie du roman, des thèmes et quête qui le parcourent et d'une mise en perspective de la riche production littéraire de l'auteur.
Prolixe et passionnant quand il évoque les métiers d'écrivain et d'éditeur, deux de ses "casquettes" Hubert Nyssen enchanta également les auditeurs par la lecture de passages choisis des "Déchirements", sortes de mises en abyme du travail de l'écrivain.
Et de définir le métier d'éditeur comme celui d'un passeur, d'un conseiller qui doit favoriser l'attrait du texte. Pour cela, "Un éditeur doit mettre l'auteur en situation de percevoir la différence entre ce qu'il a écrit et ce qu'il croit avoir écrit. Il doit le mettre en situation "de se lire lui-même."
Interrogé sur son site web et la publication d'un journal quotidien, Hubert Nyssen en compara la pratique à celle des gammes pour les joueurs de piano. Avec cette spécificité que là où les autres journaux qui paraissent sur Internet se concentrent sur des faits et des opinions, les relations quotidiennes d'Hubert Nyssen accordent une importance majeure aux détails et décors qui campent l'atmosphère. La quintessence des billets parus en 2007 fera l'objet d'un ouvrage prévu pour la rentrée littéraire, L'année des déchirements.
Après une allusion pudique à l'âge et au foisonnement de projets qui habitent en lui, Hubert Nyssen conclut la présentation par la devise de Jean Cuttat, faite sienne : "J'ai passé l'âge d'être vieux".
Une soirée magistrale.
Apolline Elter

NYSSEN
Photo : Alain Trellu

Les déchirements, Hubert Nyssen, Actes Sud, coll. "Un endroit où aller, février 2008, 306 p., 20€

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